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Quel sport soutenir ?

 


Nous vivons dans un monde braqué sur l'argent et la consommation. Le football en porte inévitablement les stigmates. Le gain est devenu la préoccupation principale des fripouilles et des flibustiers que sont souvent managers et dirigeants.

Georges Haldas (" Le Temps ", 13.10.01)

APRES L'EURORACKET, LES J.O.RACKET ?

Deux visionnaires, le directeur de l'Hôtel de Rhône, Marco Torriani, et le président de Genève Tourisme, Jean-Pierre Jobin, ont donc eu une idée de génie, reprise (c'est dire si c'est une idée de génie) par Mark Muller et la "Tribune de Genève"  : faire organiser les Jeux Olympiques d'hiver 2018 à Genève. C'est vrai que ça manquait à notre station de sports d'hiver. Torriani et Jobin ont donc monté un comité exploratoire, pompé 200'000 francs au Sport Toto, et sont allés quémander des soutiens moraux divers et variés. Ils ont obtenu notamment celui, comme on s'y attendait, de Mark Muller, toujours partant pour soutenir ce genre de foutaises (invariablement qualifiées de projets "ambitieux et enthousiasmant", youpie !). Dans la "Tribune" du 27 juin, le rédac'chef nous pond carrément un édito orgasmique : Non seulement "l'Euro2008 est un succès total que même le fiasco du Bout-du-Monde ne peut entamer" (faudra qu'on nous explique comment un succès contenant un fiasco peut être total...)" et l'image de la baudruche à Jobin sur le jet d'eau a été une image "parfaite", mais "dans la griserie de l'instant" (raaaah lovely) "un seul projet semble désormais capable de satisfaire l'appétit des nouveaux rois de l'événement" et de leurs porte-plumes : les JO 2018, qui ramèneraient "l'Euro aux dimensions d'une belle fête foraine", et permettraient en plus aux fétichistes de la bagnole et aux drogués du béton de nous coller la traversée routière de la rade, la troisième voie autoroutière et un nouvel aéroport. Reste plus que quelques détails à peaufiner : s'assurer "l'appui des autres cantons, de la Confédération et de la France voisine" (Ruetschi a oublié l'Union européenne et l'ONU, mais ça doit être dans l'exaltation du moment), et surtout du peuple (qui devra se prononcer), de "Swiss Olympic" (l'organe faîtier de l'olympisme en Helvétie), qui avait déclaré renoncer à une candidature suisse pour 2018, et des instances olympiques (qui, comme l'UEFA pour l'Euro, ne donneront pas leur appui mais le vendront, très cher) et du "reste du monde", qui évidemment n'a que ça comme préoccupation essentielle. Les promoteurs des JO de Genève veulent encore trouver une personnalié qui soit la "figure de proue" du projet (Mark Muller pense à Stéphane Lambiel, Pirmin Zurbriggen ou Didier Cuche, c'est dire la hauteur des figures de proue...). Et Marc Roger, alors, on l'oublie ?

Quant à nous, on va devoir tirer les leçons de l'Euroracket pour éviter les JOracket, et nous y prendre assez tôt pour faire capoter un projet encore plus imbécile que celui dont on vient de sortir. Parce que "si la candidature (genevoise) se concrétise, les Genevois devront voter en 2009". Mais aussi, si nous les y convions, à chaque demande de crédit, à chaque projet de loi, à chaque déclassement de zone, en 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017...

De toute façon, une candidature genevoise aux JO de 2018 aurait apparemment peu de chances : les Jeux Olympiques étant organisés non  par des pays mais par des villes (ce que Manuel Tornare n'a pas manqué de rappeler à Mark Muller), et les règles de Swiss Olympic (qui n'a d'ailleurs même pas été informée de la pseudo-candidature genevoise, et avait même annoncé qu'il n'y aurait pas de candidature suisse pour les jeux de 2018) imposant une ratification des candidatures par vote populaire (communal ou cantonal, voire les deux), les Genevois (de la Ville en tous cas, et du canton en plus, vraisemblablement) devront obligatoirement être consultés, et pas seulement sur le principe : aussi sur un crédit d'investissement, une subvention, une garantie de déficit -bref, le montant officiel du racket. Racket dont Mark Muller assure qu'il n'a "aucune idée".

Et c'est là qu'on va rigoler. Parce que le budget d'une plaisanterie du genre JO d'hiver va avoisiner les deux milliards (c'était le budget des JO de Turin en 2006), soit deux ans de budget total de la Ville. Dans une Ville (et un canton) incapables de payer les 150 millions de son stade vide, c'est peut-être un peu excessif. Autant dire que le gag de Jobin et Torriani risque de faire long feu. D'autant que pour "Swiss Olympic", une candidature suisse pour 2018 n'aurait "pas de sens et quasiment aucune chance", les jeux précédents (2014) se déroulant déjà en Europe (à Sotchi, en Russie, aux portes de l'Abkhazie et de la Géorgie, va y'avoir du sport) et la règle étant celle d'un tournus entre continents (il y a déjà deux candidatures asiatiques et une candidature américaine).. En plus, Swiss Olympic doute de la ferveur populaire invoquée par Mark Muller. Et Manuel Tornare de la pertinence de la comparaison avec l'Eurofoot : organiser des Jeux Olympiques, même d'hiver, c'est autrement plus complexe que d'accueillir trois matches de foot.

 

"Le foot est un sport riche, mais les clubs expliquent que leur rôle est de soigner les joueurs d'élite, pas d'investir dans le foot pour tous", regrette le Responsable des manifestations du Service culture de Lausanne, Nicola Di Pinto, par ailleurs entraîneur des débuts du club de foot Stade Lausanne-Ouchy.

Ben oui, c'est ce qu'on définit plus sobrement comme le "foot-pognon".

Cela dit, faut les comprendre, les taborniaux qui veulent organiser des JO d'hiver à Piogre : comme l'UEFA, le CIO est une gigantesque pompe à fric (depuis le début de l'ère Samaranch, en 1984). Durant l'olympiade 2004-2008, le mouvement olympique aura perçu cinq milliards de revenus. Plus de la moitié (53 %) des revenus du mouvement olympique proviennent des droits de retransmission télé, les sponsors suivent avec 34 %, la billetterie traîne avec 11 %, les produits dérivés dérivent avec 2 %. Le CIO perçoit 8 % de cette manne et reverse le reste aux comités d'organisation des Jeux, ainsi (mais dans une moindre mesure) aux fédérations des sports olympiques et aux comités olympiques nationaux, et quelques miettes au comité international paralympique et à l'Agence mondiale antidopage. Dans un programme de financement "TOP" (T he Olympic Partner") étaient réunies pour les JO de Pékin douze multinationales (Coca-Cola, Visa, Panasonic, Kodak, McDonald's, Samsung, Lenovo) qui ont payé 866 millions de dollars le droit d'utiliser l'emblème olympique. Dans le Comité d'organisation des JO de Pekin (BOCOG), on trouvait 35 entreprises (la plupart chinoises, mais aussi des multinationales comme Adidas ou Volkswagen) qui payaient chacune 28,5 millions (soit un milliard au total), plus des prestations en nature (VW fournit 5000 véhicules, Adidas habille les volontaires), dans l'attente d'un bon retour sur investissement (Adidas attend un retour immédiat de 100 millions, soit trois fois sa mise, et le doublement de ses points de vente en Chine). Pour la première fois, les montants perçus par le sponsoring national (700 millions) ont dépassé ceux du sponsoring international (500 millions). L'addition des deux n'atteindra toutefois pas le total des droits de télévision : 1,7 milliard de dollars). Quant à la billetterie, elle atteint tout juste (selon les prévisions) la centaine de millions. Une paille. Une grosse paille, mais une paille.

Le temps passe : en 1948, lors des premiers jeux télévisés, la BBC avait payé ses droits 800 balles. Et le CIO les lui avaient rendu, parce qu'il avait fait du bénéfice. Il fera évidemment un bénéfice incomparable en 2008, mais ne rendra rien des centaines de millions (1,737 milliard de dollars) qu'il aura encaissé en droits TV. La seule chaîne américaine NBC a payà 894 millions de dollars, ce qui lui donnait le pouvoir d'imposer les horaires des compétitions pour qu'elles passent à de bonnes heures pour ses téléspectateurs, et surtout ses annonceurs. L'Europe suivait à bonne distance, avec 400 millions de droits (pour tous les pays d'Europe réunis, de l'Alantique à l'Oural).

Que restera-t-il du Tibet, des menaces de boycott, des problèmes de pollution, de la question des droits de l'homme et de la censure en Chine lorsque la vasque olympique s'embrasera dans le Stade national de Pékin ? Il y a fort à parier que toutes les polémiques s'effaceront au moment où le spectacle débutera", écrit Edouard Lin, dans le guide TV des JO, supplément à l'"Illustré"...

Il y a en effet des paris qu'il aurait été stupide de prendre : celui-là était perdu d'avance. Le rouleau compresseur médiatico-économico-sportif compresse les états d'âme. Autour des JO de Pekin comme autour de l'Eurofoot à Genève.

Après les JO de Pekin, se tiendront les JO (d'hiver) de Vancouver, en 2010. Et là encore, y'a des indigènes qui râlent. Pas des Tibétains, évidemment, mais des Amérindiens. Les maudits sauvages râlent contre la constructions de nouvelles infrastructures sur des territoires qui sont supposés être les leurs, et n'ont jamais été cédés au gouvernement fédéral ni à la province : Hôtels, télécabines et parkings devraient fleurir sur les dernières terres de chasse intactes de la nation Salish. Qui n'a jamais été consultée ni par le comité olympique local, ni par le CIO. Font chier les peaux-rouges, ils savent pas qu'ils ont été battus par John Wayne ?

Quant aux JO de Pekin, ils se seront tenus dans une ville nettoyée de ses dissidents : Fin juillet, Amnesty International fait le point sur les "valeurs de la Charte olympique" (qui veut "encourager une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine"), confrontées à la réalité chinoise. Bilan : les condamnations à mort et les exécutions (8000 par an) se poursuivent, les "rééducations par le travail" pour les petits délinquants et déviants divers aussi, la pression et la répression sur les défenseurs des droits humains itou, la censure s'est renforcée contre les journalistes et sur internet, les minorités nationales, en particulier les tibétains et les ouïgours, sont ciblées... dès fin décembre 2007, la police a commencé à arrêter et à mettre en résidence surveillée des dizaines de militants des droits humains, d'intellectuels critiques et d'avocats des uns et des autres. Ce qui n'émeut pas le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, qui ne cesse de répéter qu'il ne faut pas "mélanger le sport et la politique", qu'il ne faut pas "demander au CIO de régler tous les problèmes de la planète" (d'ailleurs, nous, on ne lui demande rien, au CIO), que le CIO est une "organisation sportive" (formée tout de même de comités nationaux contrôlés, de près ou de loin, par des Etats) et qui a déclaré au "Financial Times" qu'il fallait se montrer "patients" avec la Chine, étant donné son histoire. Et aux journaliste du "Temps" qui lui rappellent que la Charte olympique, dans son art. 5, "fait référence aux droits de l'Homme", Rogge répond : "Nous défendons le principe général des droits de l'Homme, sans entrer dans le domaine spécifique du monde de la politique". C'est commode, ça fait des droits de l'Homme une sorte d'ectoplasme métaphysique sans contenu réel, et ça évite d'avoir à se battre pour les faire respecter.

Le président du CIO, Jacques Rogge, s'était fait une raison : les mouvements de protestations des associations de défense des droits de l'homme à propos de la tenue des JO en Chine, "nous les subissons et nous les subirons jusqu'au jour de la cérémonie de clôture", déclarait-il au "Monde" (du 16 octobre)

C'est ça, la différence entre les pontes du sport-pognon et les Chinois de base : les premiers subissent les protestations des ONG pendant quelques mois, les autres subissent les violations de leurs droits fondamentaux pendant toute leur vie. Et ça doit être très, très dur, d'être président du CIO et d'être harcelé par Amnesty International...

La plupart des ballons de foot sont fabriqués à la main, au Pakistan, et plus particulièrement à Sialkot, dans le Pendjab, où 35'000 personnes (femmes et hommes, mais aussi, encore, des enfants) fabriquent vingt millions de ballons par an. Jusqu'en 1996 au moins, cette production était en grande partie assurée par des enfants, travaillant à domicile, et exclus de l'école par leur travail. 17'000 enfants et 42'000 adultes travaillaient dans la fabrication des ballons de foot en 1996. En 1997, un traité conclu entre les producteurs, l'UNICEF et l'OIT interdisait le travail des enfants de moins de 14 ans. Ce traité a produit des effets : 10'000 enfants ont pu suivre l'école primaire, 5000 continuer leur formation ensuite -mais les familles ont pertdu une source de revenu, et la rémunération du travail ne s'est pas améliorée -elle a même baissé de 10 % en dix ans. Aujourd'hui, les ouvriers, payée à la pièce, gagnent 40 à 75 centimes par ballon fabriqué dans les conditions "normales", ou 50 % de plus pour ceux fabriqués dans les conditions du commerce équitable -on trouve ces "ballons équitables" dans le commerce chez nous, pour un prix à peine supérieur à celui des autres.

La Suisse importe chaque année un million et demi de ballons de foot, vendus entre vingt et quarante francs. Les écoles achètent 20 à 30 % de cette marchandise, sans trop vérifier si elle a été produite dans les conditions habituelles de servage ou celles du "commerce équitable". Il est donc vraisemblable que des écoles de notre beau pays achètent des ballons "fabriqués dans des conditions de misère" et d'exploitation, comme le signale l'Oeuvre suisse d'entraide ouvrière (OSEO). Avant l'Eurofoot, le Crédit Suisse avait eu l'idée géniale de lancer une opération marketing en distribuant 200'000 ballons de foot. Avant qu'on lui fasse remarquer qu'une bonne partie de la production de ces ballons était encore assurée par des enfants, ce qui a finalement poussé la banque à faire un don d'un million à l'UNICEF. Quand à la Fédération internationale du foot professionnel, la FIFA, elle a "interdit" aux entreprises qu'elle certifie de faire travailler des enfants, mais comme elle ne fait aucune vérification préalable et ne sanctionne une violation de cette interdiction qu'a posteriori, une fois l'infraction dénoncée (quand elle l'est), constatée (quand on en fait l'effort) et prouvée (quand on le peut), cette interdiction est probablement aussi souvent violée que les règles du foot lors des matches internationaux. Surtout que les "entreprises certifiées" font fréquemment appel à des sous-traitants qui, eux, ne sont pas "certifiés".

Le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, a répondu à ceux qui demandaient au comité d'intervenir auprès de la Chine, avant les JO de Pekin, pour qu'elle piétine pas trop ouvertement les droits humains : "Nous ne sommes ni une organisation politique, ni un organisme militant"...

... ah ben ça alors, c'est une surprise...

L'UEFA, qui fait raquer les collectivités publiques pour l'organisation à son profit de l'Euro2008, est particulièrement soucieuse de contrôler les droits de diffusion et de marketing liés à ladite compétition. Disons que, d'une main l'UEFA puise dans les caisses publiques, et que de l'autre elle tape sur tous ceux qui auraient l'impudence de vouloir saisir l'occasion de l'Euro pour se faire un peu de pub. Depuis l'Euro2004, au Portugal, c'est une entreprise mise en place par l'UEFA ("Euro 2008 SA) qui gère les droits de diffusion (y compris de la diffusion des matches, puisque l'UEFA s'est instituée productrice des images de télé) et de marketing, et réprime le "marketing parasitaire" (il y en a donc un autre ?) de tous ceux qui tentent d'obtenir une petite part d'un gâteau que l'UEFA entend bien se réserver. Un réseau mondial de juristes veille : la porte-parole d'Euro2008 SA annonce à mi-décembre que la société est déjà intervenue auprès de 250 contrevenants (contrevenants à quoi, au juste ?) par des lettres de mise en demeure, et que cinq cas ont débouché sur des actions en justice. L'UEFA accusait en outre publiquement la Migros de se faire de la pub sur le dos de l'Euro2008 en proposant des jeux en marge de la compétition (du genre "championnat des supporters", à la télévision) alors qu'elle avait été écartée du choix des sponsors officiels de la compétition au prétexte que les distributeurs ne constituent pas un bon partenaire pour ce genre d'événements. De leur côté, les responsables de l'organisation des à-côtés de l'Euro2008 à Genève commençaient à trouver l'UEFA et Euro2008 S.A. un tantinet encombrantes, procédurières, maniaques : "des dizaines de pages de document réglementent le moindre détail". Et "Le Temps" de se demander (le 17 décembre) si, "à force d'obstination mercantile", l'UEFA ne serait pas en train de dresser contre elle "une grande partie de l'opinion publique". Certes. Mais c'était juste un peu tard pour se poser la question.

Le coordinateur de l'Eurofoot pour Genève, Michael Kleiner, et les fonctionnaires impliqués dans l'organisation du machin, se donc mis, deux mois avant le raoût, à critiquer l'UEFA et les conditions qu'elle imposait aux villes hôtes. Des conditions tellement draconiennes que les autorités genevoises ont pris une décision dont l'héroïsme impressionne : tenir leurs "événements promotionnels" sur la plaine de Plainpalais, et pas dans le Stade de la Praille, vu que l'UEFA, qui s'est arrogée la maîtrise de cette espace payé par la collectivité imposait des tarifs de location prohibitifs (une réception coûtant jusqu'à 3000 balles par invité). Les représentants de l'UEFA "arrivent avec des contrats fleuves où tout est prévu et imposé : clause sur la sécurité, sur la décoration, sur la publicité. Les autorités signent et (les représentants de l'UEFA) décident de tout". Et Michael Kleiner, un tantinet jésuite, de s'interroger : "Comment expliquer aux contribuables (genevois) que nous utilisons leur argent pour louer à des prix prohibitifs des surfaces dans leur propre stade, via une société mandatée par l'UEFA afin de vendre des espaces (...) qui, en réalité, appartiennent (aux Genevois)". Et alors ? Qu'est-ce que c'est que ces scrupules tardifs ? Comment a-t-on expliqué aux Genevois qu'on allait pomper des dizaines de millions dans les caisses publiques pour construire un stade inutile ? On ne leur a rien expliqué du tout, on s'est contenté de leur bourrer le mou en affirmant que le stade était indispensable, qu'il ne coûterait rien et qu'il serait toujours plein...

Apportant sa contribution au commentaire du " Discours de la servitude volontaire " de la Boëtie, Mark Muller explique (dans " Le Temps " du 27 mai) comment les collectivités publiques se sont couchées devant l'UEFA : " Tous les pays qui ont fait acte de candidature se sont soumis volontairement aux contraintes édictées par l'UEFA. Dès le moment où la Suisse et l'Autriche ont été désignées, les carottes étaient cuites. Tout était verrouillé dans le dossier de candidature ".

On ne saurait mieux résumer la situation -sauf à résumer ce résumé par une phrase encore plus sobre : " dans ''consentant'', il y a d'abord ''con'' ".

L'UEFA a aussi fait raquer les sponsors (ils servent à ça, d'ailleurs). La firme horlogère vaudoise Hublot a ainsi payé entre trois et cinq millions pour être, avec Coca-Cola, l'UBS et les chocolats Ferrero, sponsor national suisse de l'Euro. Mais Hublot, au moins, a décidé d'offrir les espaces publicitaires qu'elle a acheté à l'organisation "Football contre le racisme en Europe" (FARE), qui il est vrai a beaucoup de boulot pour civiliser les supporters de foot. L'exemple de Hublot devrait être suivi : on attend donc que l'UBS offre désormais ses espaces publicitaires à la Banque Alternative, Coca Cola aux associations de lutte contre la malbouffe et Ferrero à la fondation Max Havelaar.

Les sponsors de l'Euro2008 n'étaient pas contents : des entreprises (et pas les plus petites : Swiss, par exemple, ou Migros) récupéraient le bruit médiatique autour de l'Euro pour en tartiner leurs propres campagnes promotionnelles (Swiss s'intitulait "compagnie aérienne officielle des fans", Migros organisait un "Euro des supporters"...). L'UEFA avait carrément exigé de la Suisse qu'elle adopte une loi contre le marketing sauvage pendant l'Eurofoot, c'est-à-dire l'exploitation de la compétention sportive sans,  crime de lèse-majesté, versement de royalties à l'UEFA. Mais, surprise : les exigences de l'UEFA n'ont pas été entérinées par la Suisse officielle, et la loi contre le "marketing sauvage" avait sombré en procédure de consultation. L'UEFA a donc dû intervenir elle-même auprès de 430 entreprises pour leur demander de cesser d'utiliser l'image de l'Eurofoot. Dure est la loi du marché dans la jungle du sport pognon.

Ayant fait raquer ses sponsors, l'UEFA les couve ensuite, et va jusqu'à les protéger comme une hypothétique indépendance de comportement des spectateurs des matches : la porte-parole de l'UEFA, Pascale Vögeli, a rappelé en mai que tout détenteur d'un ticket d'entrée pour un match avait noué une "relations contractuelle" avec l'UEFA, que pendant le tournoi les stades accueillant les matches devenaient juridiquement des spaces privés dont l'UEFA usait à son gré, selon ses règles. On ne pouvait être plus clair. Et donc, si un groupe de supporters arborait des accessoires portant le logo de marques qui n'étaient pas des sponsors officiels du tournoi, lesdits supporters pouvaient se voir confisquer ces accessoires. l'EUFA avait même prévu d'expédier des "contrôleurs" dans les "Fan zones" et les lieux de retransmission publique, pour y faire régner l'ordre des marques. Big Sponsor is watching you.

A  Bâle, un petit brasseur local, Istvan Akos, avait décidé de distribuer des T-shirt à l'effigie de sa propre marque, "Unser Bier", pendant l'Euro, y compris dans les zones soumises au monopole visuel des sponsors (en l'occurrence, la bière Carlsberg). Intervention immédiate de l'UEFA : les gens qui porteront ces T-Shirts seront carrément interdits d'entrée dans les zones officielles. Istvan Akos a également sillonné le Rhin, sous les yeux du public (qui applaudissait) et des organisateurs, sur un rafiot aux couleurs de sa bière. On aurait aimé que le brasseur de la bière "Calvinus" en fasse autant à Genève mais bon... Toujours à Bâle, où trois restaurateurs ont été punis par la fermeture de leurs terrasses pour avoir refusé de vendre la bière-sponsor, de petites fêtes de "résistance" au diktat du sponsor ont été organisées, et une Conseillère nationale verte a ouvert un "jardin à bière" pour signifier que Bâle est "plus que seulement de la Carlsberg".

Même la police genevoise s'est fait engueuler par l'UEFA : elle avait fait confectionner (pour ses collaborateurs) des T-Shirts et des casquettes aux couleurs de l'Euro2008 par un fabriquant que l'UEFA n'avait pas autorisé à utiliser son logo. L'opération a coûté 10'000 balles, pour 500 T-Shirt et 300 casquettes. La police devra utiliser ses fanfreluches à d'autres occasions, ou les distribuer gratuitement.

L'UEFA ayant décidé de produire elle-même les images télé des matches, elle entendait se substituer à l'organisme suisse de défense des droits d'auteurs, la SUISA, et attribuer ses propres licences pour la retransmission des matches de l'Euro2008, parallèlement à la SUISA. Parallèlement, mais à un prix explosé : la SUISA accordait des licences à 160 francs pour l'ensemble des compétitions de l'Euro2008, l'UEFA  voulait taxer jusqu'à 200 balles... mais par match. Las ! Elle a été déboutée par le Tribunal administratif fédéral.

Si l'UEFA n'a pas été autorisé à attribuer ses propres licences pour la retransmission des matches, elle a tout de même réussi à choisir ce qui sera retransmis. En clair : à sélectionner les "bonnes" images (celles qui lui servent" et les "mauvaises" (celles qui risquent de déplaire). Les télés nationales suisse et autrichienne ne pouvaient, éventuellement, transmettre leurs propres images que dans leur pays. Résultat : Des images de supporters croates allumant des feux de bengale pendant le match Allemagne-Croatie, ou d'un supporter croate pénétrant sur le terrain et oursuivi par des flics, ont été censurées. Et les télés nationales suisse et autrichienne ont râlé contre cette censure. Après en avoir accepté, sinon le principe, du moins l'éventualité. Cocus et faux derches, donc. De leurs molles protestations, l'UEFA n'avait de toute façon cure : son porte-parole expliquait suavement dans "Le Temps" du 17 juin que "le vrai débat est celui de ces petites télévisions publiques qui n'ont plus beaucoup de ressources et deviennent dépendantes des producteurs d'images sportives", comme l'est désormais l'UEFA. Le directeur de l'information à la télé publique autrichienne a déclaré que les télés publiques devaient "réfléchir si (elles allaient) continuer à accepter" cette situation...que  personne ne doute que sa télé va, comme toutes les autres, continuer à accepter. Jusqu'en 2004, les images des Eurofoots étaient produites par l'Union européenne de radiodiffusion (UER). L'Euro2008 a été le premier où les images étaient produites directement par l'UEFA, qui a créé une filiale, UMET-UEFA, gérant les aspects techniques et mettant le matériel à disposition.

Le premier test après l'Euro a été celui des JO de Pekin. Parce que là aussi, l'organisateur (le CIO, comme l'UEFA) se fait producteur d'images. Il a créé avec le comité d'organisation des jeux une organisation (le BOB, Beijing olympic broadcasting) qui va produire le signal télévisuel fourni aux chaînes qui détiennent les droits de diffuser.

Après plusieurs mois de bras de fer, la Confédération a réussi à imposer à l'UEFA le principe de la fiscalisation des primes reçues par les joueurs des équipes en lice en Suisse pendant l'Euro : elle les imposera à hauteur de 20 % sur les primes reçues au cours de la compétition. L'UEFA demandait à ce qu'ils soient carrément dispensés de taxation sur leurs primes. Or les montants en jeu méritent tout de même un minimum d'attention du fisc : chaque équipe qualifiée recevra de l'UEFA 7,5 millions d'euros pour sa participation au tournoi, plus un million par victoire, plus deux millions pour les quart de finales, trois millions pour les demi-finales et 7,5 millions pour le vainqueur...

Cela dit, c'est pas avec le produit de l'imposition des joueurs qu'on va remplir les caisses publiques : le montant total des recettes fiscales que pourraient toucher l'Autriche et la Suisse se situera, modestement, entre quatre et huit millions de francs. Même pas ce que coûte à la Confédération (dix millions) la campagne de marketing de "Suisse Tourisme"...

Les joueurs, pourtant, recevront (du moins certains d'entre eux) de jolies primes: les Turcs recevront chacun environ 725'000 francs pour avoir réussi à aller jusqu'aux demi-finales; les Russes, qui sont dans le même cas, recevront 195'000 francs. Eliminés en quart de finales, les Croates toucheront 486'000 francs. Les Espagnols, vainqueurs du tournoi, recevront, eux, 347'000 francs -et les Allemands, qu'ils ont battus, à peu près autant.

Quant à l'UEFA elle-même, rappelons qu'elle ne paie pas un sou d'impôt, en tant que "société d'utilité publique". Statut que l'administration fédérale des contributions semble vouloir lui contester, comme à d'autres fédérations du sport professionnel (la FIVB -Volleyball- ou la FIG -gymnastique) au prétexte mesquin que la moitié de son chiffre d'affaire 2008 (trois milliards de prévus) proviendra de la commercialisation de droits TV, qu'il s'agit donc d'une activité économique et que ça exclut l'exemption d'impôts. Du coup, mobilisation générale chez ces philanthropes : si vous nous imposez, on part ailleurs ousque y'aura pas d'impôts à payer. Une soixantaine de fédérations et associations sportives internationales ont leur siège en Suisse, dont une quarantaine dans le canton de Vaud, qui s'inquiète : les retombées économques de leur présence sont évaluées (à la louche) à 200 millions par an, et elles emploient un millier de personnes -qui sont imposées comme contribuables individuels quand elles habitent en Suisse. En mars 2006, la Conseillère nationale vaudoise Géraldine Savary (PS) déposait une initiative parlementaire demandant la publication des bilans annuels, des salaires des dirigeants et de l'échelle des salaires des organisations sportives internationales implantées en Suisse. En octobre 2007, cette proposition était rejetée par la Commission de l'économie du Conseil national, mais à une seule voix de majorité, ce qui laissait craindre au gouvernement vaudois une acceptation en plénière, d'où un lobbying insistant auprès des parlementaires fédéraux, sur le thème : "touchez pas aux vaches sacrées sportives".

Malgré ses déboires dans la crise des "subprimes", l'UBS avait encore du pognon à foutre en l'air, mais pas trop, tout de même : Elle sponsorisait les "amphithéâtres de l'Euro", dits "UBA Arena", installés dans seize villes suisses pendant un mois (en Romandie : à Bienne, la Chaux de Fonds, Lausanne, Nyon et Sion), mais les groupes qui y jouaient devant 5000 à 6000 personnes au maximum (dont 1200 places assises payantes, entre onze et seize balles) n'étaient pas payés, au motif que ces machins étaient "un tremplin pour se faire connaître"."Tout a été investi dans les infrastructures", y'a plus un rond pour payer les artistes, expliquait le porte-parole de l'organisateur. On pouvait pas demander un chti coup de main à "Chauffe Marcel" Ospel, l'ex-patron de l'UBS à plus de 20 millions annuels de salaires et gratifications diverses ?

Les concerts des "UBS Arena" ont d'ailleurs été revus à la baisse, pour cause de nuisances sonores, et ne duraient plus qu'une demie-heure avant les matches, priorité étant donnée à un programme télé spécialement produit par la SSR, "Arena TV", qui, lui, durait 70 minutes.

Les UBS Arena ont produit un intéressant règlement pour leurs parcs à bestiaux : y étaient interdits les cloches, les mégaphones, les klaxons à gaz, les crécelles, les parapluies, les caméras vidéos, les boissons autres que celles des marques des sponsors. Il était également interdit de se tenir debout sur les places assises, de répandre des liquides, de faire ses besoins hors des toilettes (on pouvait chier dans son froc, quand même ?). Il  était en revanche prescrit de trier ses déchets et de se soumettre à la fouille. Pas de doute, l'Eurofoot, ça va être une grande fête populaire.

"Les grandes fédérations sportives tentent de plus en plus de s'assurer la maîtrise de l'image et du son avec leurs propres sociétés de production", sanglotait le directeur général de la SSR, Armin Walpen, après avoir dénoncé la censure exercée par l'UIEFA sur les images de retransmissions de l'Eurofoot...

... mais qui sont les crétins qui négocient avec les "grandes fédérations sportives" des contrats qui leur laissent le pouvoir de censurer les images, hein, Monsieur le directeur général de la SSR ?

Les retombées économiques de l'Eurofoot ne sont pas quantifiables, estiment l'institut zurichois BAK et le secrétariat autrichien à l'économie : l'événement ne devrait pas faire augmenter le produit intérieur brut de la Suisse et de l'Autriche, ni le PIB genevois, de plus de 0,1 % (un pour mille, donc, mais l'Union industrielle autrichienne espère que ça montera à 0,21 %, et le cabinet Rütter+Partner suggère une fourchette de 0,14 à 0,18 % duPIB, soit entre1,1 et 1,5 milliard), ce qui relativise beaucoup les promesses faites et les assurances données pour justifier l'organisation du machin en Suisse ("ça va doper l'économie !"). Et non seulement l'Eurofoot n'amènera, dans le mailleur des cas, que un pour mille de PIB de plus (un effet "quasiment invisible" et "à peine quantifiable" à l'échelle macroéconomique, selon Rütter+Partner), mais l'effet sera ponctuel : les emplois créés seront temporaires, comme les dépenses supplémentaires de consommation. Quant aux rentrées fiscales, l'Union industrielle autrichienne les estime à 25 millions, et Rütter+Partner entre 80 et 110 millions (entre Confédération, cantons et communes). Soit bien moins que le coût de l'Eurofoot pour les caisses publiques. A Genève, les retombées économiques mesurables et directes de l'Eurofoot, c'est-à-dire celles amenées par les "visiteurs" et les dépenses supplémentaires des indigènes, devraient se situer entre 22 et 40 millions. Soit de toutes façons moins que ce que l'"événement" aura coûté aux caisses publiques municipales et cantonales genevoises, entre subventions directes et indirectes, dépenses de sécurité et de voirie, heures supplémentaires du personnel public mobilisé, aménagement des parcs à bestiaux de Plainpalais et du Bout-du-Monde, adaptation du stade aux exigences de l'UEFA etc...

A Genève, le "laboratoire d'économie appliquée" de l'Université situe le chiffre d'affaire net, direct et indirect, de l'Euro dans une fourchette de 70 à 110 millions, la création de valeur ajoutée entre 40 et 60 millions, et les rentrées d'impôt direct(canton et commune) entre 2,1 et 3,1 millions. Une poussière, un vingtième, en gros, de ce que le machin aura coûté aux caisses publiques (16,6 millions sur le budget cantonal, huit millions pompés dans le fonds d'équipement communal, plus les coûts liés à la mobilisation des services publics...)

Sitôt  l'Eurofoot terminé, on a commencé à faire les comptes dans les villes-hôt es. Et A Bâle, on s'est aperçu que si les fast-food et bistrots du centre-villes ont vu leur chiffre d'affaire augmenter, les restaurants ont vu le le leur baisser de 15 à 30 %, voire 50 %, et qu'au total, seul un établissement sur quatre a tiré profit de l'Eurofoot. Même constat à Zurich et à Berne. Et aussi à Genève (et dans la région), où l'on estime déjà que les hôtels n'ont pas vu leur chiffre d'affaire s'accroître  : ils étaient déjà remplis par la conférence annuelle de l'OIT, et une bonne partie des supporters (ceux des pays d'où provient l'immigration genevoise, les Portugais et les Turcs, notamment) ont logé chez des parents ou des amis. En réalité, les résultats ont même été mauvais. Sauf à Bâle, le nombre de nuitées vendues en Suisse a diminué de 2,6 % en juin 2008 par rapport à juin 2007. A Genève, le recul a atteint 4 %, à Zurich 4,8 %, à$ Berne 12,7 %. A Bâle, elles ont certes augmenté de 3,6 %, mais uniquement grâce à celle passées dans les hôtels les plus bas de gamme (une étoile), qui sont aussi les seuls  à avoir vu le nombre de leurs nuitées augmenter à Genève (de 1 % par rapport à juin 2007 pour les deu étoiles). Le président de la société des hôteliers genevois se dit très surpris, le directeur de Genève Tourisme pas vraiment déçu.

Par ailleurs, selon le Secrétariat d'Etat suisse à l'économie, l'Euro2008 aurait du faire monter le cours du franc suisse par rapport au dollar et à l'euro, du moins si les prévisions de 1,4 million de visiteurs étrangers, d'un milliard et demi de chiffre d'affaire et de 7300 emplois temporaires créés s'étaient réalisées.

Finalement, les organisateurs, forcément (auto)satisfaits, de l'Eurofoot helvéto-autrichien ont annoncé que la durée moyenne du séjour des visiteurs des stades a été de 3,4 nuits en Suisse et 3,6 en Autriche, et qu'ils ont dépensé chacun 2189 francs en Autriche et 1621 francs en Suisse.

Fin juillet, l'UEFA, elle, criait victoire. Elle pouvait : l'Eurofoot a généré des recettes records de 2,14 milliards de francs, soit 50 % de plus (ou près d'un milliard de plus) qu'au Portugal en 2004. Les seuls droits de retransmission télévisée ont amené 1,3 milliard (les marches ont été suivie en moyenne par 155 millions de téléspectateurs). Le sponsoring et le merchandising ont ramené 461 millions, le programme "VIP" our les enreprises 215 millions, la billetterie la plus petite part : 149 millions. Ce qui confirme que l'Eurofoot n'était pas une manifestation sportive, mais un bazar commercial (tant pis pour le pléonasme). Le bénéfice net atteint 412 millions. Quelle part pour la Suisse et l'Autriche ? Rien. Ou alors une "image positive" (qu'elle avait déjà) et les "retombées financières" de l'installation de l'UEFA sur son sol (Eurooot ou non). L'Eurofoot a coûté au moins 180 millions aux collectivités publiques suisses (Confédération, cantons, communes), dont au moins 72 millions à la Confédération. A Genève, les collectivités publiques y auront claqué une trentaine de millions.

L'organisme faîtier du secteur touristique suisse, Suisse Tourisme, espère pour 2008 une croissance du chiffre d'affaire du secteur, et du nombre de nuitées, supérieures à celle enregistrée entre 2006 et 2007... grâce à l'Eurofoot, qui devait, selon Suisse Tourisme, générer 500'000 nuitées supplémentaires (ce qui ne fait toutefois que 1,5 % du total). Mais comme prudence est mère de sûreté, Suisse Tourisme voulait encore inciter les fans de foot à prolonger leur séjour en Suisse après les matches. C'est raté : la durée moyenne du séjour des visiteurs de l'Eurofoot a été en Suisse de 3,4 nuits (3,6 en Autriche), et ils n'ont dépensé sur sol helvétique que 1621 francs en moyenne (2189 francs en Autriche)  Suisse Tourisme espèrait une croissance du nombre de nuitées supérieure en 2008, grâce à l'Euro, à celle observée en 2007. Quant aux hôteliers, ils font grise mine : des quatre villes hôtes de l'Eurofoot en Suisse, seule Bâle a vu le nombre des nuitées hotelières augmenter (de 3,6 % en comparant juin 2008 à juin 2007), mais uniquement grâce à l'augmentation de celles dans les puciers une étoile. A Genève, le recul des nuitées a atteint 4 %, à Zurich 4,8 %, à Berne 12,7 %.

Les commerçants de Nyon et de Genève ont fait suer le burnous de leurs employés en nocturne et le dimanche, pendant l'Eurofoot, les Nyonnais aux environs de l'écran géant du bord du lac, les Genevois un peu partout (aux abords du stade, aux abords des "fans zones", sur le parcours des troupeaux de supporters...). Du 7 au 28 juin à Genève, les magasins situés entre Cornavin et la vieille ville pouvaient rester ouverts en semaine jusqu'à 20 heures, les samedis 21 et 28 juin jusqu'à 18 heures, les samedis 7 et 14 juin jusqu'à 19 heures et le dimanche 15 juin de 11 à 17 heures. Les travailleuses et travailleurs pouvaient bosser jusqu'à 14 heures par jour, six jours de suite. Retour à la semaine de 84 heures. L'Eurofoot, c'est Germinal. Les syndicats ne sont pas contents : ils étaient opposés à ces prolongations, mais c'est la Confédération qui les a autorisées, le canton allant un peu moins loin que ce qui était autorisé (la Confédération autorisait les ouvertures jusqu'à minuit). Compensation salariale : un salaire doublé pour le travail dominical.

Les travailleurs des transports publics ont eux aussi été appelés à bosser plus -et eux non plus ne sont pas très heureux de cette pression supplémentaire. L'Euro2008 avait averti la direction des CFF (et celles des transports publics urbains) en requérant un "engagement maximal" de la part de l'ensemble du personnel des transports publics suisses pendant trois semaines. Les CFF ont fait circuler 2500 trains spéciaux (et les compagnies annexes, BLS et de Suisse orientale, 1300 autres) pendant ces trois semaines de juin, et offert deux millions de places supplémentaires (dont un million pour les voyageurs liés à l'Euro2008), sur les lignes desservant les quatre villes hôte et douze villes accueillant des "arènes" à écran géant. Le trafic régional autour des quatre villes hôtes a fonctionné les jours de matches, 24 heures sur 24. Au passage, les CFF avaient annoncé qu'ils ne prendraient pas de réservations les jours de matches, ce qui perturbait totalement la planification des courses d'école se déroulant dans toute la Suisse à cette période de l'année.

Cette mobilisation des CFF, qui va, concrètement, l'assumer ? Le personnel a dû renoncer à des jours de congé et effectuer des tours de service plus longs. Les contrôleurs se sont vu raboter des jours de congé, sans consultation des syndicats, on a pas de temps à perdre à un "dialogue social" archaïque quand sonne l'heure du foot.

Si les vendeuses et vendeurs, et contrôleurs des transports publics ont été appelés à bosser un peu plus, les maraîchers et puciers de Plainpalais, eux, ont été mis au régime : l'installation du parc à blaireaux de la "fans zone" à Plainpalais a bouffé une partie de l'espace du marché -d'où une solide rogne naissant entre le comité de l'association des marchés et le Conseiller administratif Maudet, qui promettait aux marchands que la "fan zone" n'aurait pas "d'incidence notable" sur les marchés, mais c'est plus d'un mois de perturbations et de réduction de l'espace qu'ils occupent habituellement que les marchands ont eu à subir, dans la meilleure période de l'année pour eux. Et comme ils n'avaient pas pu obtenir les précisions qu'ils demandaient sur ce qui les attendait, ils nourrissaient quelques doutes sur la crédibilité des assurances données en décembre dernier par les zautorités municipales et cantonales, leur promettant que la foire à blaireaux de Plainpalais n'entraînera pratiquement aucune nuisance pour eux. Finalement, un accord a été signé le 18 avril entre la Ville et les marchands de Plainpalais (puciers, maraîchers). La "Fan zone" a été entourée de palissades (c'était bien un parc à blaireaux).

L'installation de la Fan Zone à Plainpalais a eu quelques autres effets collatéraux : le glacier de la plaine a dû plier bagage pour libérer l'espace réservé aux éventuelles évacuations de la Fan Zone. L'indemnisation que lui a proposé la Ville ne couvre évidemment pas les pertes occasionnées, mais tant pis : faut faire de la place au corral.

Une bonne nouvelle, tout de même On a  trouvé une utilité sociale à l'Euro 2008 : la décroissance. La perte de productivité du travail entraînée par les discussions, les nuits blanches, les beuveries et autres joyeusetés liées à l'Euro pourrait correspondre à 0,4 % du Produit intérieur brut de la Suisse (et de l'Autriche), soit, pour la Suisse, à environ 1,8 milliard de francs, c'est-à-dire deux ou trois fois plus que ce que les hypothèses les plus optimistes promettent de création de valeur ajoutée brute à l'économie suisse.Selon une étude d'une université allemande, les "bavardages" autour du Mondial de foot de 2006 ont fait perdre un quart d'heure de travail par jour et par travailleur à l'économie allemande. La réduction du temps de travail par le bavardage sur le foot, fallait y penser.

Et puis une autre bonne nouvelle, faut rester positifs : le trafic automobile privé a été limité autour du stade de la Praille. Bon, c'est pas par conviction écologiste, c'est parce que l'UEFA l'a exigé (et que quand l'UEFA exige, villes et cantons s'inclinent).

Travail des enfants, salaires de misères, absence de contrats ou contrats précaires : c'est le contexte de la fabrication des ballons de foot dans la région de Sialkot, au Pakistan, où 75 % des ballons vendus dans le monde sont fabriqués. Du coup, le réseau genevois du commerce équitable (Magasins du monde, Capi Indigo,  le Balafon, Heartical, la Calebasse, Ayni) a proposé des ballons certifiés "équitables" et écolos. La matière première du ballon sera payée plus cher que le prix fixé par le "marché", les salaires seront supérieurs de 50 % aux salaires "normaux", le produit fini sera acheté 20 % plus cher que le prix "du marché".

Le directeur du musée d'ethnographie de Genève, Jacques Hainard, croit pouvoir affirmer (dans "Le Temps" du 7 juin) que "tout le monde joue au foot, n'importe où sur la planète"...

... ben non...

Et Hainard d'ajouter que "la fascination du ballon rond, du dieu ballon, nous amène (...) à l'abdication de la faculté critique"...

... ben non...

Finalement, c'est Adidas qui a remporté la coupe : le fabriquant de cothurnes sportives sponsorisait cinq équipes (Allemagne, Espagne, France, Grèce, Roumanie), dont la tenante du titre (la Grèce) et les deux finalistes (l'Espagne et l'Allemagne). Nike en sponsorisait autant (la Croatie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie et la Turquie), comme Puma (l'Autriche, l'Italie, la Pologne, la Suisse et la République Tchèque), et Umbro sponsorisait la Suède). On croit que l'Eurofoot oppose des équipes nationales de foot ? Ben non : ça oppose des fabriquants de godasses. Nike a payé 69 millions pour pouvoir être le sponsor de l'équipe de France entre 2011 et 2018 (les Français étaient sous contrat avec Adidas), et Adidas espère en 2008 un chiffre d'affaire, pour ses seuls produits "foot", de près de deux milliards de francs.

Le président de la fédération internationale du foot-pognon, Sepp Blatter, se rengorge dans "Le Matin Dimanche" du 8 juin : "En dix ans, nous avons (...) adapté le marché du foot et de la télévision. Nous faisons davantage de marketing".

On avait remarqué.

Mais Blatter a aussi une âme : pour lui, "le football véhicule de vraies valeurs. Il donne du plaisir, de la joie, de l'espoir et au final de l'amour. Il peut permettre de créer un monde meilleur et plus juste".

Et là, par contre, on n'a rien remarqué.

On est rassurés : à coups de dizaines de millions, la paix a été conclue entre les familles de la mafia du foot pognon, l'UEFA (faîtière du foot européen), la FIFA (faîtière du foot international) et le G14 (lobby des clubs les plus riches, et donc les plus puissants, d'Europe). Le G14 va se dissoudre, et se transformer en une Association européenne des clubs (ECA), de droit suisse, qui se substituera au "Forum des clubs" de l'UEFA, s'ouvrira à une centaine de clubs européens de 53 pays, et enverra quatre représentants au Conseil stratégique de l'UEFA. Les bagarres entre le G14 et l'UEFA (ou la FIFA) étaient saignantes : le G14 réclamait pas moins d'un milliard de dollars d'indemnités rétroactives à la FIFA, pour les clubs ayant eu à déplorer en dix ans des blessures de joueurs lors de tournois internationaux organisés par la FIFA. Pour calmer le jeu, l'UEFA va claquer 157 millions de FS, et la FIFA 122 millions, ces modestes contributions étant allouées aux clubs qui "mettent à disposition" leurs joueurs pour les compétitions européennes et internationales, jusqu'en 2014. Ce sont donc les grands, gros et riches clubs, qui n'en auraient pas besoin qui vont en bénéficier. Comme disait l'autre, "l'argent va là où est déjà l'argent".

Faut dire que le foot professionnel, ça mobilise un paquet de pognon. Le foot professionnel est devenun une sorte d'archétype du libéralisme sauvage : la dérégulation règne, et la seule loi est celle du plus fort -c'est à dire celle du plus riche.

Lors de la saison 2006-7, vingt clubs ont généré des revenus de plus de 150 millions de francs suisses, dix des revenus de plus de 250 millions et deux de plus de 500 millions : en tête, le Real Madrid, avec 561,6 millions, et Manchester, avec 507,5 millions, suivis de près de Barcelone (467,1 millions), Chelseau (455,6 millions) et Arsenal (424,9 millions). Les clubs anglais croulent sous le pognon, et placent trois des leurs dans les cinq clubs les plus riches d'Europe -et donc du monde, et quatre autres dans les quinze suivants. Espagnols (deux clubs dans les cinq plus riches, trois dans les vingt plus riches) et Italiens suivent (quatre dans les vingt plus riches). Les vingt clubs les plus riches constituent ensemble une masse financière de 6 milliards de francs.

En France, l'attribution des droits de diffusion du Championnat de Ligue 1 avait vu, en 2004, Canal+ sortir 1,8 milliard d'euros sur trois ans pour s'adjuger ces droits, face à TPS. Mais ça ne suffisait pas à la Ligue de football professionnel, qui pour les droits 2008-2011 a organisé des enchères où on ne vend plus que des "lots" (il y en a douze : les dix meilleurs matches, les matches du samedi soir...), et où les enchère se poursuivent tant que la Ligue n'est pas satisfaite du montant atteint. Quant aux budgets des équipes de Ligue 1, ils vont de 25 (Auxerre) à 155 millions (Lyon) d'euros.

Par ailleurs, selon le magazine "Forbes", une dizaine de footballeurs ont engrangé des revenus supérieurs à 17 millions de dollars US en 2007. En tête du classement, David Beckham s'est fait plus de 50 millions de francs suisses, dont 38 en contrats publicitaires. Il est suivi, de loin, par Ronaldinho (34 millions FS), Michael Ballack (33,4 millions), Thierry Henry et Ronaldo (25 millions). Le joueur français le mieux payé est Djibril Cissé, qui  se fait environ 6 millions brut par an. Une misère. Selon le journal sportif allemand "Sport Bild", les 26 joueurs allemands sélectionnés pour l'Eurofoot touchent ensemble 163 millions de francs de salaire et gratifications diverses par an. Le salaire global des joueurs de la seule équipe anglaise de Chelsea totalise 464 millions.

Au total, le "marché" du foot européen lors de la saison 2006-7 a pesé 22 milliards de francs, soit 1,6 milliard de plus que la saison précédente. Les cinq championnats nationaux les plus importants (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et France) pèsent 11,5 milliards, et la seule Bundesliga allemande a dégagé 340 millions de bénéfices.

L'Eurofoot a aussi été l'occasion pour les lobbies rôdant autour des parlementaires, et pour les grandes entreprises planant au-dessus des lobbies, de distribuer le genre de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les votes. Par exemple des billets pour les matches, dans des carrés VIP. Dans l'EuroJulie du 12 juin, on apprend ainsi que l'UDC Parmelin s'est fait inviter par EOS et le PDC Darbellay par le Crédit Suisse. Mais les grandes entreprises râlent quand même : les billets sont rtares, et s'il faut se les payer au marché noir, ils sont chers. Des dizaines de grandes entreprises désireuses de faire de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les affaires, sous forme de billets de l'Eurofoot, sont démarchées par des "revendeurs non autorisés" qui essaient de leur fourguer des billets pour des prix allant jusqu'à 200'00 balles pour la finale viennoise, en passant par 60'000 balles pour un France-Italie, par exemple. Une multinationale américaine basées à Genève aurait ainsi payé 90'000 francs pour dix billets de demi-finale -des billets dont on n'est même pas sûr qu'ils seront valables, l'UEFA ayant annoncé qu'elle ne laissera pas entrer dans les stades de porteurs de billets qui n'auraient pas été vendus par les vendeurs quelle a autorisés. Quand on détient un monopole, on le défend...

L'Euro2008 n'était pas terminé que les pontes de l'UEFA començaient déjà à ouvrir les caisses de l'Euro2012, organisé par la Pologne et l'Ukraine (si Poutine n'envoie pas ses chars avant) : un chantier de 46 milliards d'euros, pour des travaux d'infrastructure (stades, aéroports, hôtel.s, routes etc...) , dont sept milliards pour les seules infrastructures de Kiev, 20 milliards  avec celles des cinq autres villes ukrainiennes, plus 26 milliards pour les villes polonaises (l'Union européenne en financera la plus grande partie, sans avoir aucune capacité de régulation et de contrôle sur l'UEFA, grande organisatrice et grande bénéficiaire de manifestations payées par les collectivités publiques (locales, régionales, nationales, européenne). L'UEFA, organisation sans but lucratif (on ne ricane pas, dans le fond), et ne payant pas d'impôts (on ne pleure pas, devant), réalise un chiffre d'affaire de plus d'un milliard par an (plus de deux milliards les années d'Eurofoot, probablement plus de trois milliards en 2008). Surtout, elle entend maîtriser les droits de retransmission TV, sa principale source de revenus, dont le montant a littéralement explosé : l'équivalant de 6,9 millions d'euros en 1988, de 28,3 millions en 1992, de 80 millions en 1996, de 140 millions en 2000, de 560 millions d'euros en 2004 et de 1,3 milliard en 2008... En quatre ans, de 2004 à 2008, les droits commerciaux sont passée de 183 à 250 millions d'euros (461 millions de recettes de sponsoring et merchandising lors de l'Eurofoot 2008). Il n'y a guère que les entrées payantes dans les stades qui plafonnent (autour de 80 millions habituellement, 150 millions pour l'Euro) -c'est d'ailleurs normal, les matches et le jeu sont ce qui importe le moins dans l'Eurofoot. Mais l'opacité la plus totale règne sur le montant réel des contrats passés avec les sponsors et les partenaires privés. On ne sait qu'une chose : ils se chiffrent en dizaines de millions d'euros.

Or aucun organisme de surveillance n'encadre la bénéficiaire (l'UEFA) de cette masse financière.

Dans une lettre qu'il a envoyée début septembre aux Chefs d'Etat de l'Union Européenne, le président de l'UEFA, Platini, les supplie de l'aider à "protéger le football d'un mercantilisme qui l'assaille de toutes parts".

On attend la lettre d'Oussama Ben Laden suppliant les chefs d'Etat de l'aider à protéger l'islam du terrorisme.

Un criminel de guerre croate, l'Oustachi Milijov Asner, ancien chef de la police du régime fasciste d'Ante Pavelitch, 95 ans aux fraises et supporter de la Croatie, a été repéré et photographié à la terreasse d'un café de Klagenfurt. Jugé "sénile" par la justice autrichienne, et donc inapte à être jugé, il est présenté par le Centre Simon-Wiesenthal comme un exemple de la protection accordée par l'Autriche à d'anciens criminels de guerre. Un autre exemple d'un passé qui ne veut pas passer, c'est le lieu de la finale de l'eurofoot : un stade viennois au passé nazi. Ben quoi ? Pour les dieux du stade, ça vaut bien Nuremberg, non ?

Fâché contre les "antifooteux", le professeur d'éthique (à Neuche) Denis Müller affirme (dans "Le Temps" du 15 mai) "Prétendre que football égale opium (du peuple) équivaut à postuler que ce jeu nous rends idiots, politiquement et socialement irresponsables"...

... on ne voit effectivement pas ce qui pourrait nous suggérer pareille hypothèse...

EURODOPE

On estime à 770 tonnes par an la consommation mondiale de produits dopants, en ne tenant compte que des stéroïdes anabolisants et de la testostérone. ça correspond annuellement à 14 milliards de doses de stéroïdes et 34 milliards de doses d'EPO et GH, et à 15 millions de consommateurs de stéroïdes, 1 million et demi de testostérone et deux millions d'EPO et GH. Les sportifs, professionnels ou amateurs, constituent la très grande majorité des consommateurs de ces saloperies : de 38 à 40 % des consommateurs se trouvent dans la clientèle des salles de gymnastique (et des professionnels de la sécurité), et de 35 à 37 % chez les athlètes, tous sports confondus ("Le Monde", 17 juin 2008).

Le 12 mars, entraîneurs et dirigeants des fédérations de foot des seize pays participant à l'Eurofoot ont signé une charte contre le dopage, prévoyant des tests sanguins en plus des tests d'urine déja pratiqués. Avant que tout test ait été effectué, les  patrons du foot européen avaient clamé qu'il n'y a pas, et qu'il n'y aura pas, de dopage dans "leur" sport... c'est dire si ces tests allaient être efficaces. Platini : "il n'y a pas à mon sens de dopage organisé" dans le foot; Kühn : "il est beaucoup plus difficile de se doper" dans le foot que dans d'autres sports, et "en équipe de Suisse, personne n'est dopé". Sur quoi, 300 contrôles antidopages ont été réalisés pendant l'Eurofoot. Tous négatifs, comme prévu, et comme annoncé. Il faudrait donc croire qu'aucun footballeur professionnel ne consomme des "drogues de performance". En fait, la seule chose qu'on doit croire c'est qu'aucun ne s'est fait prendre la dope dans le sang ou la pisse. Parce qu'on peut parfaitement se doper sans être pris : en consommant des substances interdites non décelables, des substances décelables mais non  interdites, ou des substances décelables et en principe interdites sauf quand elles sont prescrites dans le cadre d'un traitement médical. Bref, on peut se doper aux hormones de croissance, aux transfusions autologues, à l'ACTH, à l'EPO biosimilaire, à l'insuline, à l'IGF-1, au Néoton, à l'Actovégin, aux hormomnes thyroïdiennes, à l'HMB... sans que cela apparaisse dans les contrôles ultérieurs. Les contrôles sanguins ne permettent pas la mise en évidence de la consommation de substances non hormonales, le dopage par hormone de croissance peut se faire quasiment en toute impunité (il faut être con pour se faire repérer), puisque trois heures après l'administration du produit, le contrôle sanguin ne le révèle plus. Bref, la seule vertu des contrôles effectués dans le foot, largement inférieurs en efficacité à ceux effectués par exemple sur le Tour de France, est une vertu de blanchiment : ça décerne un label de propreté à tous ceux qui ont été contrôlés, y compris ceux qui se sont dopés mais ne se sont pas fait repérer, ou à ceux qui se dopent habituellement mais se sont arrangés pour se faire contrôler à un moment où ils ne se se sont pas dopés.

Personne ne croit d'ailleurs sérieusement que le football professionnel soit préservé du dopage. Sinon, pourquoi la FIFA aurait-elle attendu d'être menacée de se retrouver devant le tribunal arbitral du sport pour mettre son réglement antidopage en conformité avec le code de l'Agence mondiale antidopage ? "Au sein de la FIFA, il y a des intérêts qui ne veulent aucun changement et d'autres qui sont plus progressistes", résumait en novembre  le président sortant de l'agence mondiale antidopage, Richard Pound, qui expliquait que les intérêts économiques en jeu expliquent les libertés prises avec les codes : "les gens engagés dans les équipes ne veulent pas prendre le risque de perdre leurs stars pour une 'broutille' comme le dopage" ("Le Temps" du 14 novembre). Faut être con comme Maradona pour se faire piquer, quoi...

Dans le genre faux derche, le président du CIO, Jacques Rogge, a fait fort, dans un entretien au "Monde", en octobre dernier, déclarant : "je trouve que l'opinion publique est trop tolérante vis-à-vis du dopage en général : on a vu des athlètes pris en flagrant délit être encouragés le lendemain".

On voit surtout aux JO des athlètes pratiquement tous dopés, et qui ne se distinguent que par la légalité ou non des substances et des méthodes de dopage.
 

"l'UEFA est une association a but non lucratif", a déclaré, sans rire, son président, Michel Platini dans "Le Matin bleu" du 30 avril...

... Il a raison Platoche, c'est pas le but qui est lucratif, c'est tout le chemin qu'on parcourt pour l'atteindre.

 

"On donne beaucoup d'argent aux villes-hôtes : Genève a reçu plus de 2 millions de francs", se justifiait Michel Platini : "beaucoup d'argent", c'est en réalité moins de la moitié de ce qu'allait coûter à Genève la seule sécurité. Et en tout, Genève allait claquer vingt fois plus pour l'Euro2008 que le "beaucoup d'argent" qu'elle aura reçu de la princière UEFA).

 

Aller aux JO "représente un objectif sportif monnayable, après beaucoup d'efforts, auprès de mes sponsors comme de ma fédération. Si je renonce, je perds de quoi gagner ma vie et m'entraîner à plein temps", répondait la triathlète suisse Magali Di Marco Messmer, à l'hypothèse d'un boycott des JO par les sportifs pour protester contre la répression au Tibet...

... où il se confirme que le sport professionnel élève la conscience politique et citoyenne...

LES AVENTURES DE RORO

Ramené manu policiari de Madrid à Genève le 11 octobre dans un avion médicalisé (le transfert a dû coûter dans les 100'000 balles, d'autant que la France avait refusé le transit de Roro par son territoire), inculpé de gestion fautive, banqueroute frauduleuse, escroquerie, abus de confiance, l'ancien patron du FC Servette, Marc Roger s'est vu refuser ensuite à moult reprises sa mise en liberté provisoire, le 19 octobre, le 14 décembre, le 5 février,  le 12 février, le 4 avril, le 20 mai, le 4 juin, le 28 juillet. A chaque fois le même argument pour le même refus : le risque de fuite, chat échaudé craignant l'eau froide, et de collusion (faut dire que du naufrage du Servette, Roro est le seul responsable éventuel à être en tôle). Le dossier ayant été  transmis au Ministère public, la Chambre d'accusation a estimé que le risque de fuite était aggravé, et le Tribunal fédéral a confirmé. Pourtant, Roro a tout osé : il a non seulement promis, juré, qu'il ne s'enfuirait pas, mais même assuré qu'il voulait rester à Genève... pour reprendre le Servette, grâce au règlement de créances impayées pour 30 millions de francs.

Le procès de Roro devrait s'ouvrir le 1er septembre, devant la Cour correctionnelle avec jury. Pluie annoncée de témoins (pas moins de 95) plus ou moins crédibles et plus ou moins utiles à la manifestation de la vérité : Pelé, Bernard Tapie, Alain Morisod, Guy Roux (increvable entraîneur de l'AJ Auxerre), Thierry Henry, Patrick Vieira, Claude Makelele (joueurs français), Roman Abramovic (milliardaire russe, président du FC Chelsea), Sepp Blatter (président de la fédération du foot-pognon)...  D'ici là, et pendant tout le procès, le bouc émissaire doit rester dans son enclos, estiment les parties civiles. Les avocats de Roger étaient évidemment d'un autre avis, estimant qu'une détention préventive de deux ans est disproportionnée par rapport à la peine encourue, et proposaient sa mise en liberté conditionnelle contre une caution de 40'000 francs, que le parquet estimait insuffisante -sans pour autant s'opposer à la remise du bouc émissaire en stabulation libre, mais moyennant une caution plus élevée. Roro affirme être totalement fauché, mais la justice genevoise a enquêté sur un compte qu'il avait ouvert  en 2001 au Luxembourg, et dont la rumeur suggérait qu'il était encore crédité d'un petit million, alors que lui affirmait qu'il était à sec depuis 2003. C'est presque le cas : le compte a été en grande partie vidé avant l'arrivée de Roro au Servette en 2004. Il avait été alimenté en 2001 et 2002 par des commissions versées pour le transfert du joueur Clude Makelele en Espagne.

Dans la même procédure que Roro sont impliqués son ancienne avocate, Marguerite Fauconnet, le patron d'une fiduciaire zurichoise et l'ancien administrateur du Servette FC, Olivier Maus, qui s'est opposé à ce que sa déclaration fiscale soit versée au dossier, a demandé des compléments d'expertise financière (qui lui ont été  refusée) et accuse de la faillite du SFC son ancienne équipe dirigeante, dont son ancien président, l'actuel Conseiller national libéral Christian Lüscher, ainsi que les deux anciens administrateurs Olivier Carrard et Alain Rolland (de Jelmoli) que Maus accuse d'avoir tout fait pour repousser une faillite inéluctable, et d'avoir enjolivé la situation du SFC pour pouvoir le fourguer, moribond, à Roger. Même les accusateurs de Marc Roger sont d'accord que "le club a été artificiellement sauvé" en 2004, et que "tout le monde a été dupé", comme le reconnaît le procureur Zanni, pour qui il est "risible de dire qu'on ne savait pas" que le club avait besoin de 15 millions "pour sortir la tête de l'eau"... "J'ai acheté le club en croyant qu'il avait un passif de 4,5 millions de francs. En réalité, il était de 14,5 millions. Les dirigeants du Servette FC qui m'ont vendu le club ont dilapidé l'héritage légué par Canal Plus", a déclaré (en octobre dernier) Marc Roger, qui a promis qu'il allait "prochainement" publier sur internet les preuves comptables qu'il s'est fait avoir par les dirigeants du Servette à l'époque où il l'a acheté. On attend. Avec impatience.

En attendant, Roro est seul à payer les pots cassés. Et ça fait 20 mois qu'il est au gnouf.Au passage, son avocat, Alain Marti, a été inculpé de faux dans les titres, pour avoir produit un document selon lequel un notaire genevois disposerait de l'argent pour "sauver Servette" de la faillite. Et même largement : selon ce "document", près de six milliards de francs seraient en mains du notaire, ce pactole provenant d'une invention géniale d'un Libanais, Joseph Ferraye, qui aurait découvert le moyen d'éteindre les puits de pétrole incendiés en Irak. L'avocat de Roger se trouvait donc à l'automne 2007 inculpé pour avoir produit le document supposé prouver que le notaire détenait cette fortune. L'avocat admet avoir produit le document, mais plaide la bonne foi. Celle du charbonnier, sans doute.

Pour compléter le palmarès de Roro, on l'accuse non seulement d'avoir à lui tout seul coulé le Servette, mais aussi d'avoir payé des hommes de main pour menacer un débiteur récalcitrant, et tenter de lui extorquer 150'000 balles. Dans cette affaire, Marc Roger n'est cependant entendu qu'à titre de témoin, puisque ce sont les hommes de main qui sont passés devant le tribunal en novembre.

Roro n'est d'ailleurs pas seulement accusé devant la justice genevoise, il est aussi de temps à autre accusateur. Le 16 janvier, il est sorti de sa geôle pour accuser devant le Tribunal de police un ancien journaliste du "Temps", contre qui il a porté plainte pour diffamation et qu'il accuse d'avoir par un article paru en décembre 2004 fait capoter le sauvetage du Servette par de mystérieux investisseurs russes, qui étaient (selon Roro) prêts à y balancer trois millions de francs, mais y auraient renoncé après avoir lu dans l'article que Roro était recherché par la police espagnole pour avoir falsifié une lettre de change et avoir été compromis dans la faillite du club de foot FC Lorca.

Pour couronner le tout, le père de Roro s'est lui aussi retrouvé au gnouf, à la mi-novembre, et pour un peu moins de deux ans, pour abus de biens sociaux, faux et usage de faux: il avait utilisé les fonds de deux sociétés, à raison de 2,7 millions d'euros,  pour nourrir le club de foot dont il était président, l'Olympique d'Alès (l'argent a servi à payer des loyers, des déménagements et des cadeaux aux joueurs et à leurs proches).

Enfin, Roro a écrit (ou plutôt fait écrire par le journaliste Michel Biet) ses mémoires. Il avait commencé à le faire juste avant son arrestation, en février, mais n'a pas trouvé d'éditeur, parce qu'il demandait une avance excessive sur ses droits d'auteurs. L'agence de presse DATAS a obtenu une copie des Mémoires de Roro, et "Le Courrier" nous en a fait un chti résumé (dans son édition du 25 juin). Roro décrit les réseaux de copinage, les magouilles et les habitudes du "footbusiness", mais n'apporte pas de révélations particulières : il nous décrit un milieu pourri, qu'on savait déjà pourri avant qu'il nous le décrive. Il se présente lui-même comme la victime d'un système mafieux, qu'on sait pertinemment être mafieux. Il regrette d'avoir mis quinze ans pour comprendre qu'il se trouvait dans un "milieu sans foi ni loi", ou "tout est permis pour la vente ou l'achat d'un joueur", et où règnent "les arrangements, les dessous de table, les retro-commissions, les menaces, les parties de poker menteur, les arnaques", avec comme acteurs des joueurs "âpres au gain", des dirigeants, des agents, des "intermédiaires véreux" et des entraîneurs, "prêts à tout, pour toujours plus d'argent", le tout sur fond de  retro-commissions, de fraude fiscale, d'évasion fiscale, de transactions en liquide ou par chèques sur des comptes dans des paradis fiscaux... le sport professionnel, quoi, dans toute sa beauté.

Fin mai, la mise aux enchères des reliefs du Servette de Marc Roger (les affaires saisies lors de la faillite de la SA) ont pris des allures de bradage. la machine à imprimer les maillots, qui vaut 10'000 balles, est partie pour 500 balles, la veste de Roro et une vingtaine de survêtements sont partis pour 90 balles, les maillots estampillés du nom des joueurs ont plafonné à quelques dizaines de thunes.

 

LES AVENTURES DU SERVETTE

Deux investisseurs iraniens, Canadiens et Français d'adoption, Majid Pishyar et son  fils Amin, à la tête d'un groupe industriel de Dubaï (32Group) et de plusieurs sociétés, dont la "Swiss Financial Consulting Services" à Genève, et qui étaient entrés dans le comité du Servette au début novembre, projettaient carrément de le racheter (pour huit millions), de le transformer en société anonyme, de créer une structure, du marketing, des finances solides, un management professionnel, un centre de formation... et de le faire remonter en "Super League". Majid Pishyar est "l'homme du futur pour Servette", assurait l'actuel président du club, le brave Francisco Vinas, avant de couper les jambes dudit "homme du futur". Ceux qui cherchent des poux dans la coiffure de Micheline Calmy-Rey parce qu'elle s'est rendue en Iran n'auraient certainement pas manqué de protester contre l'hypothèse d'un achat du Servette par des Iraniens,  mais, patatras ! "La Tribune" du 7 juin annonçait que "l'homme du futur" n'était vraisemblablement plus que celui du futur antérieur : le président Vinas a fait annoncer sur le site internet du club que "Messieurs Pishyar voulant s'en tenir à des assurances de nature générale", sans signer les quinze pages de convention proposée par Vinas, "il n'a pas été possible d'obtenir des engagements jugés suffisants". L'Occident chrétien est sauvé. Surtout que les Pishyar se sont déjà illustrés dans la reprise d'un club de foot autrichien, Admira Wacker Modling, de Vienne, huit fois champion d'Autriche, mais mis en liquidation judiciaire après avoir été présidé par Majid Pishyar. Le club a d'ailleurs ensuite purement et simplement disparu. Toute la famille Pishyar siègeait au comité du club (le père, ses fils et son neveu), ce qui n'a pas empêché le club d'être deux fois relégué, la deuxième fois "sur le tapis vert" en raison d'une garantie bancaire non versée par le clan Pishyar. Finalement, le 7 juillet, et par sept voix contre cinq (mais en l'absence des deux Pishyar), le comité de l'association du Servette refusait le plan Pishyar, et donc la passation de pouvir entre Vinas et Pishyar. Du coup, l'entraîneur pressenti du FC Servette, Gérard Castella, qui s'était engagé au côtés des Pishyar, a jeté l'éponge, et Jacques Barlie veut la tête de Vinas. 

Le 23 mai, les objets saisis dans le cadre de la faillite du Servette FC ont été bradés par l'Office des faillites, dans une vente aux enchères qui a pu éventuellement (et encore, on  n'est pas sûrs) rapporter de quoi payer les frais de la vente aux enchères. Du fond de son trou, Marc Roger s'étonne : les coupes gagnées par Servette, les drapeaux de ses adversaires, les maillots de Pelé, Zidane, Henry ou Ronaldinho offerts au club n'ont pas été mis en vente, et ont disparu.

S'il n'y avait que ça qui ait disparu... En fait, y'a que Roger qu'on ait réussi à garder.

ENCARTE

Depuis le 27 juin, un certain Jérôme Valke est devenu le numéro deux de la fédération internationale du foot-pognon, la FIFA. Valke, ancien journaliste, puis dirigeant de sociétés, avait pourtant été licencié le 15 décembre 2006 de la FIFA, pour avoir indûment favorisé la société Visa, au détriment de la société MasterCard, dans la négociation d'un contrat de sponsoring. Du coup, Sepp Blatter, président de la FIFA, licenciait VBalke... qui revenait donc six mois plus tard à la FIFA, après que celle-ci et MasterCard aient commercialement divorcé pour les coupes du monde 2010 et 2014, et que la FIFA ait choisi Visa (la candidate de Valke, précisément) comme partenaire pour toutes ses compétitions entre 2007 et 2014.

Entre coquins, on finit toujours par s'arranger comme entre copains.

"On ne peut plus tolérer que les pouvoirs publics versent l'argent du contribuable à une manifestation sportive sans avoir des garanties sérieuses qu'il n'y aura pas de triche, donc de dopage", déclare (sérieusement ?) le Conseiller d'Etat Mark Muller dans "Le Matin dimanche" du 5 août...

... Faut dire que MM parle du Tour de Romandie. Pas de l'Eurofoot. A quoi les pouvoirs publics ont décidé d'attribuer des million s d'"argent du contribuable" sans "garantie sérieuse qu'il n'y aura pas de triche, donc de dopage".
L'éthique sportive de Muller et de ses comparses, c'est celle du deux poids, deux mesures. On fait la fine bouche devant le cyclisme, on raque pour le foot business.

Quant au président de l'UEFA, Michel Platini, il joue carrément les andouilles : "Je ne crois pas à un dopage organisé dans notre sport" ("Tribune de Genève" du 7 juin).

C'est le même genre de déclarations qu'on entendait dans le cyclisme professionnel il y a une dizaine d'années...
EUROPROXOS

La coalition "Euro 08 contre la traite des femmes" annonce une "campagne de grande envergure contre la traite des femmes" à l'occasion de l'Eurofoot, pour rendre le "grand public (...) attentif à la nécessité de mieux protéger les victimes de la traite des femmes et de la prostitution forcée". La coalition va lancer une pétition demandant une meilleure protection des victimes et des témoins, pétition qui sera lancée dans la semaine du 8 mars, journée internationale des femmes, et qui sera accompagnée, jusqu'à l'Eurofoot, d'actions publiques (stands, manifestations etc...) puis, avant et pendant l'Euro, de la projection d'un spot, sur les écrans retransmettant les matches et, "si possible", à la télévision.

Au Grand Conseil genevois, une motion socialiste demandant un renforcement de la prévention et de la répression du proxénétisme lors de l'Eurofoot a été renvoyée le 28 juin à l'examen en commission judiciaire (à une voix de majorité, contre la droite qui n'en voulait pas, et contre le Conseiller d'ERtat socialiste Moutinot, qui n'en voyait pas l'utilité vu qu'il n'y a pas à Genève "de réseaux mafieux qui contrôlent la prostitution" et que la police fait déjà bien son travail. Pourtant, le chef de la section compétente à l'état-major de la police genevoise, Jean Nobs, déclarait une semaine auparavant dans GHI qu'on assistait à Genève à une véritable "explosion de la prostitution", avec 1500 prostituées, soit une fille pour 300 habitants, nourrissons et grabataires compris, ce qui représente plus du triple de la proportion normale pour une ville de la taille de Genève. Le nombre de prostituées recensées aurait été multiplié par vingt en cinq ans, et par quatre en un an, entre 2006 et 2007, du fait des bilatérales et de la libre circulation. Et Jean Nobs d'ajouter qu'avec l'Eurofoot 2008, "il y aura plus de mendiants, plus de voleurs et plus de prostituées". Ce que précisément la droite parlementaire niait, et dont doutait le ministre de la police.

 

FOOTBALLEURS AU NOIR

Le président à vie de la Ligue des Tessinois, "Nano" Bignasca, a écrit dans son canards, "La Regione", le 26 août, que l'équipe nationale suisse de foot alignait "trop de joueurs noirs", et que la Suisse n'ayant jamais colonisé l'Afrique (elle a seulement profité de la colonisation de l'Afrique par d'autres), "un footballeur de couleur chocolat est acceptable, mais trois, c'est décidément trop". Pour le président de la LICRA, Elie Elkaim, Bignasca n'a rien dit d'autre "qu'un Suisse noir n'a pas la même valeur qu'un autre Suisse". Or, selon le ministère public tessinois, Bignasca n'a pas commis de discrimination raciale en le disant. Quant à l'Association suisse de foot, elle se dit "consternée" par les propos de Bignasca, mais les reltivise : "il s'agit d'un politicien isolé". Comme Le Pen en France, qui depuis la victoire de la France au Mondial de 1998 attaque systàmatiquement l'équipe nationale "black blanc beur", trop black et trop beur. Isolés, donc, Bignasca et Le Pen. Isolée peut-être, mais pas solitaires : il y a fort à parier que des conneries du genre de celles proférées par le Nano, un bon paquet de Suisses normaux, blancs, les pensent (et un bon paquet de supporters les disent, à leur manière, en poussant dans les stades des cris de singes dès qu'un joueur noir a le ballon).

EUROBURP

Aucune bière et aucun autre alcool ne seront vendus dans les stades suisses pendant l'Euro2008, a annoncé l'UEFA. Quoique... d'une part, cette interdiction ne vaut que dans l'0enceinte des stades -à l'extérieur, on pourra se biturer. Et d'autre part, cet antialcoolisme ne frappe que le spectateur de base : dans les loges VIP, on pourra trinquer sans limite ni remord. "on présume que les nantis savent gérer l'alcool et le bon peuple un peu moins", regrette le directeur de l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme.

INCERTITUDES

Le coordinateur de l'Euro2008 pour Genève, Michael Kleiner, dit vouloir "céer une fête formidable avec cet Euro et présenter une Genève festive et chaleureuse". Et pour cela, il espère des matches engageant la France et l'Italiue, ou éventuellement, on n'est pas difficiles, l'Espagne ou le Portugal, vu la force des communautés espagnoles et portugaises à Genève. "Il y aurait de l'ambiance", soupire Kleiner, qui visiblement ne compte pas trop sur les indigènes pour mettre ladite ambience.

POMPE A FRIC

On le sait, les promoteurs de l'Euro2008, et leurs commis politiques, ont largement évoqué les mirifiques avantages ("retombées") économiques de la chose pour les pays et les villes hôtes, tous les grands événements sportifs étant supposés être largement bénéficiaires. Mais bénéficiaires à court terme, et quand on ne tient pas compte des coûts d'infrastructure, des effets de substitutions (touristes évitant les lieux où se déroulent les manifestations sportives, supporters restreignant leurs dépenses de visiteurs pour amortir le coût d'un billet), de la charge financière des nuisances liées aux manifestations et aux infrastructures, des éventuelles désordres liés au hooliganisme...

On se rappellera utilement que trente ans après les jeux olympiques de Montréal (1976), les habitants de la ville payent encore la dette (1,5 milliard d'euros) laissée par les infrastructures des jeux, et que quinze ans après les jeux olympiques d'Albertville (1992), les équipements olympiques sont sous-utilisés.

On se rappellera surtout que l'essentiel de l'impact économique positif du sport (pour ne rien dire de son impact social positif) vient de sa pratique en amateur. En France, celles-ci génèrent un chiffre d'affaire de plus de 25 milliards d'euros, alors que le sport business en génère sept fois moins (3,3 milliards) ("Le Monde" du 4 septembre).

RECRUTEMENT DE BENEVOLES POUR UNE POMPE A FRIC

La campagne de recrutement de bénévoles en vue de l'Euro2008 a débuté (elle va se poursuivre jusqu'àé fin octobre, et reprendra en décembre), et les syndicats s'inquiètent. 2700 volontaires sont recherchés dans les villes-hôtes, dont 400 à Genève, en plus des 5000 bénévoles recrutés directement par "Euro 2008 SA". Ces volontaires, baptisés (évidemment en anglais) "host city volonteers", seront chargés notamment de l'information du public, de l'accueil des supporters, de l'aide à la "mobilité du trafic", de l'entretien et du nettoyage, du transport de personnes... toutes tâches qui auraient pu être confiées à des professionnels, mais voilà : les professionnels, faut les payer. Les syndicats, notamment UNIA, ont fait savoir que s'ils n'étaient pas opposés en principe au bénévolat, c'était à la condition qu'ils ne servent pas des dessins lucratifs. Or la société organisatrice de l'Euro, Euro2008 S.A., est une société à but lucratif, et elle entend bien exploiter (gratuitement) des bénévoles plutôt que de payer des salariés, pour des tâches nécessitant des compétences professionnelles (informatique, travail avec les media). "Il n'est pas acceptable qu'une entreprise qui retirera d'énormes bénéfices de l'événement fasse alors travailler des personnes grauitement". Pas acceptable, certes, mais pas surprenant non plus : quant on pompe des millions dans les caisses publiques, on peut aussi en gratter d'autres sur les salaires.

UNIA exige donc des organisateurs de l'Euro2008 qu'ils garantissent des conditions de travail correctes pour les milliers de volontaires et de salariés impliqués dans l'Euro2008, qu'ils respectent les conventions collectives et que là où il n'y a pas de convention collective, un salaire horaire minimal de vingt francs de l'heure soit respecté.

On peut toujours rêver.

BOURRAGES DE CRANES

Grâce (ou à cause) d'un projet scolaire binational austro-suisse, "Fait Play Euro Schools" (l'anglais étant comme chacun sait la langue commune de l'Autriche et de la Suisse), un mini-Euro mixte sera organisé en juin, opposant des écoles moyennes (le Cycle d'Orientation, à Genève) de Suisse d'Autriche, chaque équipe représentant un pays européen (participant ou non à l'Euro officiel). Au sort, Genève a tiré l'Allemagne.

Cette compétition devant opposer des ados (en gros, de 12 à 15 ans), fallait trouver quelque chose pour les plus petits. Donc, dans la perspective d'une "promotion durable du sport", toutes les classes primaires qui le désirent (et quelques unes qui ne le désirent pas mais à qui on va tout de même l'imposer) recevront un "Euro-kit", destiné aux enfants de cinq à dix ans. De cinq à dix ans d'âge légal. Parce que si on devait le distribuer à tous les supporters de cinq à dix ans d'âge mental, les stocks seraient insuffisants.

Bien marrie, la Migros qui avait cru pouvoir surfer sur une hypothétique vague d'enthousiasme féminin pour le foot à l'approche de l'Euro, et qui avait annoncé à Genève, Neuchâtel, Fribourg, Bulle, Sion et dans le canton de Vaud des cours de son Ecole-Club sur les règles du foot (trois séances de cinquante minutes, pour 50 balles), en proclamant avec un peu de précipitation que ce cours est de tous ceux prévus dans la perspective de l'Euro celui "qui a rencontré le plus large écho"... Résultat : à Genève, le cours de juin a été annulé faute de participantes, aucune inscrption n'était enregistrée pour les cours d'octobre et de novembre, itou à Neuche, Fribourg, Bulle et Sion, et dans le canton de Vaud ce sont tous les cours de foot qui ont été annulés.

La femme est décidément l'avenir de l'homme.

Et tout ça n'empêche pas l'entraîneur-adjoint de l'équipe suisse, Michel Pont (comme la lune) d'affirmer dans "la Tribune de Genève" (du 22 août) que "l'identification de la population à l'équipe helvétique concerne toutes les régions du pays".

La chaîne de grands magasins Manor a aussi eu l'idée d'ûtiliser l'Euro2008 pour sa propre pub : elle a lancé une opération "ballon rouge" en s'inspirant du concept des relais de la flamme olympique, le ballon en question étant intelligemment placé au départ au sommer du Cervin, pour ensuite se promener en Suisse jusqu'à Bâle, où il arrivera la veille du match inaugural de l'Eurofoot, le 6 juin 2008. "On tient à passer par tous les endroits connus situés à proximité de nos magasins", explique le responsable du sponsoring de Manor, Markus Laub : en Valais, ça a par exemple été la vigne de Farinet, et à Lausanne le Musée olympique. A Genève, on sait pas. Mais y'a sûrement des chiottes publiques pas loin des magasins Manor.

On ne comptera en tous cas pas sur la presse romande pour une critique de l'Euro 2008 : les huit principaux quotidiens régionaux romands (La Tribune de Genève, 24 Heures, L'Express, l'Impartial, la Nouvelliste, la Liberté, le Journal du Jura et le Quotidien Jurassien) mettent leurs "forces en commun" pour servir la soupe à l'Euro2008, proclamé carrément "plus important événement sportif du siècle organisé en Suisse". Ce siècle n'ayant que six ans, on admire la prescience du pool de supporters pour les 93 années à venir après l'Euro.

On notera l'abence dans cette belle équipe du "Temps" (probablement considéré comme un quotidien national, et non régional) et du "Courrier", vraisemblablement considéré comme potentiellement trop critique).

Quant à la télévision nationale (la SSR, donc), elle a conclu un partenariat avec l'UEFA pour l'Euro 2008 : "UEFA EURO 2008 with SRG SSR idée suisse". On notera le "with" plutôt que le "mit", "avec" ou "con" (qui même en français s'imposerait). Mais on a quand même échappé à une devise tout à fait nationale idée suisse, proposée par le dirgé de la SSR, Armin Walpen, pour "motiver le personnel" de la boîte, au cas où il aurait quelque réticence à se mettre à la botte de l'UEFA : "We light the Euro fire"...

Enfin, un barman genevois, Daniel Pion, a créé des "coktails officiels de l'Euro 2008", dont un sans alcool : nectar de fraises du Valais et d'abricot, avec un jus de pomme pétillant.

C'était inutile : le cockail officiel de l'Euro, on le connaît déjà : un tiers de nectar d'arnaque, un tiers de jus de racket et un tiers de blabla. Servir tiède, mais réchauffer si besoin est.

RORO, LE RETOUR

Le gouvernement espagnol a donné son aval définitif et sans recours possible à l'extradition de Marc Roger vers la Suisse. L'extradition de l'ancien patron du FC Servette et de la Société d'exploitation du Stade, détenu à Madrid depuis février, devrait, annonce l'Office fédéral de la Justice le 21 septembre, se faire "dans les semaines qui viennent". On ne sait pas comment viennent les semaines, ni comment viendra Roro. On sait seulement qu'il ne viendra pas en avion, sa santé l'excluant. Restent le bateau (mais pour la Suisse, c'est un peu compliqué, sauf à remonter le Rhône, et de toutes façons Roro est aussi malade en bateau, certificat médical à l'appui), le train (mais faut passer par la France, et si Roro décide de sauter du train pendant le voyage, ou demandait à y être hospitalisé, il se soustrairait à la justice suisse puisque la France n'extrade pas ses ressortissants et que Roro est français) ou la voiture, qui pose les mêmes problèmes que le train. La Montgolfière, personne n'y a pensé ? Transporter une baudruche dans un ballon, ça semble pourtant assez cohérent...


EUROBOURRAGE DE CRANE (ET VIDAGE DE CAISSES PUBLIQUES)

Une fort opportune étude du bureau zurichois Rütter+Partner (sur)évalue à une fourchette de 1,1 à 1,5 milliard le chiffre d'affaire de l'euro2008 pour la Suisse. La valeur ajoutée de l'événement serait comprise dans une fourchette de 637 à 859 millions, et les dépenses des visiteurs dans une fourchette de 250 à 400 millions (le nombre de visiteurs étrangers étant évalué entre 1 et 1,4 millions, pour 2,8 à 5,4 millions de visiteurs au total). Tout cela est bien beau, mais d'une part la même étude constate que pour les collectivités publiques, l'Euro2008 aboutira à un déficit d'au moins 30 millions (les investissements publics s'élevant à au moins 140 millions, et les rentrées fiscales à au plus 110 millions), et d'autre part une étude allemande sur les retombées économiques du Mondial allemand de 2006 constate que ces retombées ont été bien moindre que prévues, et qu'en particulier celles dans le secteur du tourisme avaient été largement surestimées : si un événement sportif majeur attire des spectateurs étrangers, il pousse d'autres touristes à renoncer à se déplacer dans la région sinistrée. Le seul domaine où le Mondial de foot semble avoir eu quelque effet, c'est la démographie : dans plusieurs villes allemandes, neuf mois après l'événement, on a constaté un "baby boom" (plus 20 % de naissances à Berlin, par rapport à l'année précédente, par exemple). Economiquement, cepenant, le Mondial n'a eu aucun effet sur la conjoncture allemande : les bénéfices supplémentaires enregistrés dans certains secteurs (le commerce de détail par exemple) et sous-secteurs (la gastronomie, les articles de sport) ne se traduisent que par des retombées tout à fait margin ales sur l'ensemble de l'économie. En Suisse, les prévisions de Rütter+Partner sont contestées pour leur optimisme excessif : pour un porte-parole de la Migros ("20minutes.ch" du 14 mai), le doublement escompté du chiffre d'affaire est "illusoire". En revanche, comme il pourrait être moins illusoire dans certains secteurs très particuliers, les collectivités publiques organisatrices ont décidé de soutenir financièrement une campagne contre la traite des femmes et la prostitution forcée, après analyse des faits lors du Mondial allemand de 2006. Il faut donc bien admettrre que certains secteurs de l'économie vont effectivement profiter de l'Euro2008, même si selon le service de coordination contre la traite d'être humains ne prévoit pas une "flambée de la prostitution forcée" pendant l'Euro 2008. Logique : on s'est déjà fait baiser avant.

En Autriche également, on a produit des prédictions très optimistes sur l'impact économique de l'Euro : des recettes de 320 millions d'euros, 5400 nouveaux emplois, dont un e moitié de longue durée, des centaines de milliers de nuitées. L'Autriche investira officiellement l'équivalent de 220 millions de francs dans l'organisation de l'Euro2008, la Suisse 182 millions. Il faut évidemment placer l'expression "au moins" avant le chiffre officiel. Et attendre les comptes pour savoir ce que le machin aura réellement coûté aux collectivités publiques.


Le 7 juin, dans les quatre villes hôtes de l'Eurobeauf (Bâle, Berne, Genève et Zurich), les organisateurs du machin ont installé des compteurs à rebours "se mettant en branle sous le regard émus des officiels locaux" ("Le Temps" du 7 juin). A 18 heures ce jour là, il restait encore 31'536'000 secondes avant le coup d'envoi du premier match.

Et le délégué du Conseil fédéral pour l'Euro2008 de prédire : "Au final, je suis persuadé que tout le monde sera emballé". Personne n'ayant d'ailleurs le choix.

Si on n'a pas le choix d'être ou non emballés (on est déjà ficelés), on a encore le choix de nous emballer nous même ou de nous y refuser. Un sondage (sans représentativité, et par internet) auprès des lecteurs de "20minutes.ch", a priori plutôt sensibles à ce genre d'événements, signale que si 43 % d'entre eux se "réjouissent" à l'avance de l'Euro2008, 30 % s'en foutent et 27 % y sont allergiques. "La sauce tarde à prendre, surtout à Genève", observe le prébendier de service (le député radical Frédéric Hohl, organisateur des à-côtés festifs du machin). Normal, c'est pas une sauce, c'est un bouillon de onze heures.

Emballées aussi, la radio et la télévision publiques. Garde à vous ! C'est le mot d'ordre imposé par la radio et la télé publique suisse (SSR SRG Idée Suisse) à ses collaborateurs, à propos de l'Euro 2008. La SSR a passé un accord avec la société Euro2008 SA, et entend bien faire en sorte que cet accord ait force de loi supérieure à la liberté d'informer -et plus encore, évidemment, à celle de critiquer. Une missive adressée au personnel pose clairement le diktat : "L'Eurol va devenir au cours des 13 prochains mois le sujet dominant pour tous les services des sports, mais les émissions d'information, de divertissement et les programmes culturels reprendront eux aussi ici et là les divers éléments marquants de cette manifestation. "We light the Euro fire", telle est la devise que s'est donnée la SRG SSR Idée suisse pour les mois à venir". "We light the Euro fire" : on a bien fait d'appeler le swiss public network "idée suisse". Et on fait bien de mettre au pas les quelques journalistes qui pourraient à la SSR avoir encore quelques bribes de morceau de fantôme d'esprit critique. Et de préciser que les collaborateurs de la SSR SRG Swiss idea devront désormais et jusqu'au 29 juin 2008 utiliser un papier à en-tête et des enveloppes poprtant le logo de l'Euro.

Le service public va donc rouler pour l'UEFA. Le pire, c'est qu'on n'est même pas surpris de cet aplaventrissement.

l'inamovible président de la FIFA, Josep Blatter*, a affirmé ("Entreprise romande" du 11 mai) que "le football n'est fermé à personne, il est ouvert à tous".

... vouais. A n'importe qui, même. Mais pas à n'importe quel prix.
Le Suisse Joseph Blatter, président de la Fédération internationale du sport-pognon (la FIFA) depuis 1998, apparatchik de la FIFA depuis 32 ans, a été réélu à la tête de ladite FIFA, le 31 mai, par acclamations. Il était le seul candidat. Et il est âgé de 71 ans. Candidature unique, vote unanime, gérontocratie : on a l'amour du sport à la soviétique, à la FIFA.
On notera la présence de Suisses (d'âge plus ou moins respectable) dans la nomenklatura sportive internationale : Joseph Blatter préside la fédération internationale de foot (et siège au Comité international olympique), René Fasel préside la fédération internationale de hoykey sur glace (et siège aussi au CIO), Gilbert Felli est directeur exécutif de la commission du CIO pour les JO de Vancouver (2010) et de Londres (2012), Gianfranco Kasper préside la fédération internationale de ski (et siège au CIO), Denis Oswald préside la fédération internationale d'aviron (et siège au CIO), Raphaël Martinetti préside la fédération internationale de lutte. Toute une série de fédérations sportives internationales ont par ailleurs le siège en Suisse, comme le comité international olympique. Finalement, qu'on supporte de temps à autre les nuisances des compétitions sportives organisées par ces bureaucrates, ça n'est peut-être que justice...

Des billets pour la demi-finale bâloise de l'Euro2008 sont déjà en vente sur internet pour 6500 francs le jeu de quatre, soit douze fois plus cher que leur prix normal. Ces billets sont soit mis en vente par des particuliers les ayant obtenu normalement, ou par des revendeurs plus ou moins légaux sachant où s'approvisionner au noir. En Angleterre, des sites internet de vente non autorisée opérant à grande échelle font déjà l'objet d'enquête.

C'est pas juste, faut pas tuer le petit commerce, il est inséparable de la beauté du foot. Pour certains, il en est même le seul intérêt.

C'est ainsi que des entreprises sont prêtes à débourser des sommes "colossales" (selon "Le Matin" du 29 avril) pour obtenir des places VIP lors des matches de l'Euro 2008, histoire de s'en servir pour appâter des clients, réceptions dans de grands hôtels à la clef (et escort girls en prime ?). Les 80'000 billets VIP disponibles, distribués par la société américaine IMG, sont en vene depuis la mi-avril, mais des arrangements se négocient depuis le début de l'année, par des filières parallèles, notamment des sociétés installées dans des paradis fiscaux (genre Lichtenstein), qui proposaient mi-avril les trois matches du premier tour dans le groupe de la Suisse pour 18'000 balles la place (3000 francs de plus que le prix officiel) , avec réception dans un grand hôtel de Bâle. Dans les coulisses de l'UEFA, on admet qu'il est possible que des fédérations nationales de foot, malgré l'interdiction qui leur en est faite, alimentent ce marché noir (ou gris foncé).

Quant au spectateur de base, il aura été convié à la loterie : l'UEFA a reçu 8,7 millions de demandes de billets, pour 350'000 billets disponibles. Sur 24 demandes, 23 n'auront donc pas été satisfaites ailleurs que sur le marché noir. A Genève, 750 billets sont réservés à la population du canton pour chacun des trois matches diputés à la Praille, les 7, 11 et 15 juin 2008. ça fait 2250 billets en tout, pour le vulgaire. Pour l'élite, le Conseil d'Etat dispose de 40 billets par match à distribuer à ses petits copains. La Fédération suisse de foot dispose en outre de 19 % des places pour chaque match de l'équipe de Suisse, tous disputés à Bâle.

Au total, sur 1,05 million de places, un tiers sont attribuées par tirage au sort au "grand public", 38 % aux fédérations de foot des pays qualifiés, 14 % aux sponsors, le reste se partageant entre happy few : invités spéciaux, notables de l'UEFA et leurs copains, villes hôtes, propriétaires des stade. Le marché noir va quant à lui se nourrir des reliefs de ces attributions.

Le président de la FIFA, Blatter (dans "Coopération" du 10 avril), a proclamé que "le football doit continuer de renforcer et d'étendre son rôle social dans le monde"...

... mais seulement en dessous de 2500 mètres d'altitude, vu que la FIFA a décidé de ne plus reconnaître les matches internationaux joués au-dessus de cette limite. Et ça doit être un hasard si les stades situés au-dessus de 2500 mètres sont ceux de pays pauvres, et que les poids lourds du foot pognon ne sont pas concernés par cette limite...

Le président à vie de la fédération internationale de foot-pognon, Joseph Blatter, a proposé, et obtenu de la FIFA, que désormais on n'organiserait plus de matches internationaux au-dessus de 2500 mètres d'altitude "pour des raisons médicales et dans un souci de mieux protéger les joueurs"

Et pas du tout parce que de tels matches ne rapportent rien. Pour des raisonss sociales et dans un souci de mieux protéger les caisses publiques, on pourrait aussi décider de ne plus organiser de matches internationaux au-dessus de 2500 balles. Mais faut pas rêver.

Jouer en altitude étant supposé malmener les organismes des joueurs qui n'y sont pas habitués, les stades de La Paz (Bolivie, 3600 m-), Bogota (Colombie, 2640 m.), Quito (Equateur, 2800 m.), Cuzco (Perou, 3500 m), pour ne citer que les capitales sud-américaines, seraient mis hors compétition par la FIFA. Du coup, les présidents péruvien (Alan Garcia) et bolivien (Evo Morales) ont lancé, soutenus par leurs homologues vénézuélien (Hugo Chavez) et chilienne (Michelle Bachelet) une offensive pour faire annuler la décision de la FIFA, soutenue en revanche par les Brésiliens et les Argentins, l'idole cacochyme du foot brésilien Pelé expliquant que "jouer en altitude a toujours désavantagé les Brésiliens", ce qui justifie sans doute qu'on y renonce. Comme, sans plus de doute, il serait justifié de renoncer à jouer dans des pays chauds pour ne pas désavantager les joueurs des pays scandinaves, dans des pays froids pour ne pas désavantager les joueurs des pays africains. Et en Suisse pour ne pas désavantager les joueurs des pays pauvres ? Un hebdo colombien, "Semana", pose donc la bonne question : "Si la FIFA interdit de jouer en altitude pour de raisons de santé, pourquoi ne le fait-elle pas aussi avec les basses températures, la neige, la pluie et la canicule ?"...

Réponse : parce que les pays qui seraient victimes d'une telle interdiction sont plus riches que les pays victimes de l'interdiction de jouer en altitude...


Pour l'Euro2008, à Genève, en plus du reste, une boîte de nuit sera spécialement aménagée à la patinoire des Vernets pour que les supporters puissent boire et se secouer jusqu'au bout de la nuit (la voirie les rammassera au matin).

Si la plaine de Plainpalais est surpeuplée, s'il pleut, s'il grèle, si... les euromaniaques pourront suivre les matches sur l'écran des Vernets : c'est une "soupage de sécurité", explique le député radical Frédéric Hohl, organisateur de l'"événement", qui ajoute que tous les soirs une réunion sera organisée (avec la police, entre autres) pour savoir si on ouvre ou non le parc à beauf des Vernets en plus opu à la place de celui de Plainpalais. Aux riverains de Plainpalais, on a une bonne nouvelle a donner : après deux heures du matin le week end et onze heures du soir la semaine, un peu de tranquillité reviendra. Un peu. Réaction des riverains : "limiter le bruit (en le déplaçant aux Vernets), c'est toujours mieux que de nous proposer d'aller nous installer ailleurs", ce que les braves organisateurs du machin n'avaient pas hésité à suggérer aux malheureux habitants.

Dans 17 villes triées par les organisateurs, une "UBS Arena" sera installée par la société Perron8, mandatée par la banque UBS, pour permettre au bon peuple de "vivre l'Euro comme s'ils (les habitants) y étaient" : des écrans de 45 m2, des arènes jusqu'à 1000 places assises et 10'000 debout (on n'a pas les chiffres pour les places couchées). Six villes ont déjà été désignées (Bienne, Kreuzlingen, Locarno, Lugano, Sion et Soleure), trois ont le bonheur d'avoir déjà été mises hors course (dont Montreux et Martigny), mais les masochistes de ces villes peuvent encore espérer la mise en oeuvre d'un projet privé (il leur faudra se payer une licence auprès de l'UBS). Plusieurs villes "sélectionnées" par l'UBS (heureux pays, où une banque privée "sélectionne" des municipalités...) ont refusé le cadeau : Fribourg, Delémont, Schaffhouse. Et Lucerne a fait savoir qu'elle n'en voulait pas. La principale raison de ces refus tient aux coûts élevés générés par ces sites, coûts évidemment à la charge des communes, et se montant à plus de 100'000 francs par site.

Pour l'installation des "UBS Arena" dans 17 villes, les organisateurs annoncent que des sponsors privés assureront "l'essentiel des coûts". Pour l'accessoire, qui risque de coûter aussi cher (voire plus) que l'essentiel, on fera comme d'habitude appel aux caisses publiques ?

Et dans les villes qui n'auront pas été retenues par les organisateurs pour l'installation de ces parcs à beaufs, des privés pourront toujours monter leurs propres parcs, mais à condition de se payer une licence. Y'a pas de petit profit dans le sport pognon.

"La culture sera le parent pauvre de l'Euro2008", annonce (à regrets) "Le Temps" du 16 juin.

Sans blague ?

Du côté des organisateurs suisses de la foire à beaufs, on est aussi optimistes, mais on prend des précautions, au cas où l'enthousiasme spontané des masses ne serait pas au rendez-vous. On lance donc une campagne destinée à réveiller cett enthousiasme, ou à le susciter, ou à faire croire qu'il est là. ça s'appelle (en anglo-zurichois, forcément, vu qu'en français ou en italien, ça a tout de suite l'air de la chanson : tarte) "Play Football Switzerland on Tour", ça dure 140 jours et ça doit "ancrer le football d'un point de vue émotionnel dans toutes les régions du pays" et y laisser "une trace tangible au-delà de l'Euro". Quelle genre de trace, on sait pas, mais une trace.

Au cas où on aurait oublié que l'Euromachin est une grosse affaire de gros sous, la campagne "Play Football Switzerland on Tour" est soutenue par le Crédit Suisse et Oechsner Sport". Et bien sûr, la SSR, jamais en reste de soutien à la ringardise.

"Je ne crois pas à un dopage organisé dans (le foot) (mais) nous luttons contre avec beaucoup de contrôles", déclare Michel Platini, président de l'UEFA, dans "La Tribune de Genève" du 7 juin...

Platini, c'est le genre d'athée qui fait tous les soirs ses prières : s'il n'y a pas de dopage organisé dans le foot, contre quoi on lutte ? Et si on lutte contre le dopage organisé, à quoi ça rime de dire qu'il n'y en a pas ?

La justice genevoise a confisqué la caution de 300'000 francs qui avait été versée par l'ancien patron du Servette (et de la SA d'exploitation du stade), Marc Roger, en échange de sa libération provisoire -suivie de sa fuite en France, d'où il ne pouvait être extradé, et conclue par une escapade en Espagne, où il a été coffré sur mandat international. La justice espagnole a donné son accord à l'extradition de Roro, demandée par la Suisse. L'avocat espagnol de Marc Roger ne se faisait d'ailleurs pas d'illusions sur ses chances d'éviter son extradition (il a quand même fait recours contre la décision espagnole) et déclarait que le Bouc émissaire était "prêt à revenir en Suisse" (mais pas en avion), et était même "plutôt en forme". Après quoi, sans doute pour attester de la bonne forme de l'nimal, il a produit un certificat médical tenant de l'inventaire vésalien : Roro souffre de troubles respiratoire, d'hypertension artérielle, de surpoids, d'un taux trop élevé de cholestérol et de dépression. Un vrai sportif, quoi. La justice espagnole a admis que l'état de santé de Roro était incompatible avec son transport en avion vers la Suisse. Le transport du malade extradé devra donc se faire en train ou en bagnole. Problème : pour aller d'Espagne en Suisse, faut passer par la France. Dont Roger est ressortissant. Et qui n'extrade pas ses ressortissants. Si Roro sautait du train ou de la bagnole ou s'annonçait simplement à la frontière française en tant que ressortissant français extradé d'Espagne vers la Suisse, il pourrait rester en France. Libre ou pas, mais en France. Et la justice genevoise se retrouverait le bec dans l'eau. L'office fédéral de la justice négocie certes avec les autorités françaises la garantie qu'elles ne s'opposeront pas à l'extradition de Roger, mis cette garantie n'est pas acquise. L'avocat des joueurs (plaignants contre Roro) du Servette s'inquiète et propose... un transfert en bateau. Comment aller en bateau d'Espagne en Suisse quand on ne navigue pas sur Alinghi ? Et Me Canonica de suggérer une croisière méditerranéenne d'Espagne vers l'Italie (encore faudrait-il ne pas passer par les eaux territoriales françaises, Roro est capable de se foutre à l'eau pour peu qu'elle soit française), puis le train et la bagnole d'Italie vers la Suisse.

Le feuilleton de la faillite du Servette tourne carrément à la farce.

Quant à l'extradition, elle aurait pu être contestée si les délits poursuivis n'existaient pas en droit espagnol ou si les conditions de détention en Suisse violaient les droits de l'homme, mais les délits retenus contre Roger existent en Espagne et la Suisse n'est pas une dictature militaire. Seulement, et en 2008, une dictature médiatique du foot pognon, mais c'est pas une violation des droits de l'homme.

Roro avait pourtant commencé par refuser son extradition, en invoquant des motifs aussi sérieux que sa gestion du Servette et du Stade : la peur de l'avion, la claustrophobie et ses ennuis cardiaques. Résultat : il sera extradé en train. Pourquoi pas en char à boeufs ? Parce qu'on n'a pas trouvé de char. Les boeufs, on les avait déjà : les supporters du Servette et les contribuables qui ont, les uns et les autres (les uns étant d'ailleurs aussi parmi les autres) payé les conneries de Roro, et la connerie plus gtrande encore de ceux qui lui ont filé les clefs du stade et du club.

Bref, on attend Roro à Genève d'ici la mi-août (s'il ne trouve pas le moyen d'échapper d'ici là). Il est inculpé de gestion déloyale, banqueroute frauduleuse abus de confiance et faux dans les titre. Ses parrains et soutiens genevois, eux, ne sont inculpés de rien : la connerie n'est pas un délit.


"Nous mettons des paires d'yeux à disposition des sponsors" : Ainsi le "stratège du marketing" du club anglais FC Chelsea, cité par "Le Temps" (du 8 mars) résume-t-il la fonction des clubs de foot professionnel.

... Au moins, c'est franc : le foot n'est plus un sport, mais un support de pub. Et une pompe à fric.

Les organisateurs de l'Euro annoncent une "audience cumulée" de "près de dix milliards de téléspectateurs". Vous nous direz que dix milliards de téléspectateurs sur une planète peuplée, nourrissons et grabataires compris, de sept milliards d'invididus humains, dont la moitié n'a pas la télé, ça fait beaucoup, mais "audience cumulée", ça veut dire que chaque téléspectateur est compté autant de fois qu'il suit un match (ce qui permet de faire grimper les tarifs de pub) Et que s'il en suit douze, il est compté douze fois. Probable aussi qu'on compte comme téléspectateurs les chiens, les chats, les poissons rouges, les hamsters et les canaris à portée de vue de la télé. Un peu contraints, certes, comme téléspectateurs, mais a priori pas plus décérébrés que les humains vautrés devant le match.

La SSR a acheté les droits de diffusion exclusive de tous les matches de l'Euro2008 pour la Suisse. Elle n'a pas communiqué le montant de cette transaction. En France, TF1 et M6 se partageront les retransmissions.

La marque de Bière Carlsberg, déjà sponsor des championnats d'Europe de foot, de la finale de la Coupe de l'UEFA, du maillot du FC Liverpool et de l'équipe suisse de foot, lance un concours (mais faut acheter 10 cannettes pour avoir le tickert de participation), avec comme prix 100 billets d'entrée à l'Eurofoot.

Les supporters peuvent donc commencer à se biturer un an avant les festivités. Qu'est-ce que ça va être pendant.

Nouveau sponsor de l'Euro2008 pour la Suisse, aux côtés de l'UBS et de Swisscom : la marque de montres Hublot (des montres étanches pour naviguer en eau trouble), qui va lancer un modèle "exclusif" Euro2008, et sera chronométreur officiel de l'Euro2008. Le patron de Hublot, Jean-Claude Biver, se dit fier "d'ouvrir le luxe au football". L'inverse est déjà fait, vu les revenus des stars du foot, des patrons de clubs, et les masses de pognon en jeu.

Les supporters suisses ne sont pas contents : avec la méthode d'attribution des places pour les matches de l'Euro220, "même si on réussit à avoir un billet, on sera dispersé dans le stade, ce qui cassera l'ambiance", geint (dans "Le Matin" du 26 février) le vice-président du fan club "Swiss Active Movement".

Ben pourquoi que ça casserait l'ambiance ? y'a qu'à taper sur son voisin... avec un peu de pot, ça tombera sur un étranger.

En attendant, une grosse moitié (51 %) des Suisses interrogés par sondage (Demoscope) en janvier se "réjouissent" de l'Eurofoot et une petite moitié s'en foutent (44 %) ou y sont allergiques (3 %). Et quand on cause pognon, 44 % des personnes interrogées trouvent que l'utilisation des fonds publics pour l'"événement" est justifiée, 43 % s'y opposent. Et en mars, selon un autre sondage (Isopublic), 71 % des personnes interrogées soutiennent l'entraîneur de l'équipe nationale de foot, Köbi Kuhn, 53 % pensent que la Suisse atteindra les quarts de finales (autrement dit : sera dans les huit meilleurs équipes européennes), alors que 17 % ne la voient pas passer même le premier tour (heureusement qu'elle est qualifiée d'office en tant que co-organisatrice), et que 2 % la voient championne d'Europe. Sur un échantillon représentatif pour un sondage de cette importance (incontestable), 2 %, ça correspond en gros aux joueurs de l'équipe nationale et à leurs remplaçants. Pour un échantillon plus large, on peut y ajouter les entraîneurs et les soigneurs. D'ailleurs, l'entraîneur, Koebi Kuhn, assure que "Gagner l'Euro, c'est un rêve qui peut devenir réalité". Transformer le stade de la Praille en plantation de chanvre écologique aussi. "On veut gagner, contre n'importe qui", poursuit Kuhn. Contre le Lichtenstein, Andorre, Saint-Marin ou le Vatican (à condition sur les joueurs soient en soutanes), c'est possible, en effet. Face à des adversaires plus sérieux, le doute place : "ça n'est pas parce que la Suisse n'a jamais gagné contre l'Allemagne depuis 50 ans qu'on ne veut pas remporter le prochain match (le 7 février) à Düsseldorf". Match que la Suisse a perdu. Et quand elle fait une tournée d'entraînement en mars en Floride, elle réussit à ne pas perdre contre la Jamaïque (la ganja doit y être pour quelque chose), mais elle échoue devant la Colopmbie (ça doit être la faute à la coke).

Forte parole du philosophe valaisan Christian Constantin (dans "Le Matin Dimanche" du 4 février) "Le sport permet de parler un langage universel, de communiquer avec les jeunes autrement que par le vice".

... Ouais : le langage universel, c'est le beuglement des slogans racistes, et la communication "autrement que par le vice", c'est à coup de tatanes dans les joyeuses.

Sepp Blatter n'est pas content : le président de la Fédération internationale du foot-pognon (FIFA, dans un entretien à la feuille footballistique alémanique ("Eurosoccer") dénonce l'absence de vision et d'engouement pour l'Euro2008 de la part des hautes sphères helvétiques, absence de quoi découlerait un impact négatif auprès de l'opinion publique. "Nous en sommes encore à nous disputer pour savoir qui paiera quoi", se plaint Blatter -qui a du retard : on ne dispute plus, on sait : l'UEFA et la FIFA ne paieront rien, ou presque, les collectivités publiques paieront le maximum. Dans une telle ambiance, "le public ne peut pas s'enthousiasmer", geint Blatter. Il devrait s'enthousiasmer, le public ? Et pour quoi donc ? En réalité, ce n'est pas tant le public que les milieux de l'économie qui entéressent le président de la FIFA : "le secteur du tourisme, le monde politique, economiesuisse et les instances sportives doivent unir leurs forces". Et les proxénètes, les putes et les flics, on les oublie ?

Le Conseiller d'Etat genevois Mark Muller n'est pas d'accord avec Blatter : "Sur le terrain, nous rencontrons un écho très positif", assure le libéral. Sur quel terrain ? La Praille ? La Plaine de Plainpalais ? Et le factotum de Muller, le député radical Frédéric Hohl, responsable des manifestations annexes à l'Eurofoot, estime lui aussi que l'écho de l'événement est "plutôt exceptionnel". Et il en veut pour preuve que lors d'un sondage, un Suisse sur deux "a même déclaré s'intéresser à l'Euro". "Même", comme dit Hohl : ce qui fait un Suisse sur deux qui ne s'y intéresse pas ou y est allergique. Après tout le battage médiatique que le public a enduré à propos de l'Eurofoot, la performance est mince.

Genève accueillera, bon gré, mal gré (à moins d'un miracle) trois matches de l'Eurofoot, les 1er, 11 et 15 juin (84 à 90'000 spectateurs, si on fait le plein). En eux-mêmes, ces matches sont déjà générateurs de nuisances. Il y'a ajoutera les nuisances des corrals de Plainpalais, du Bout du Monde, et éventuellement des Vernets et du Jardin Anglais. A Plainpalais, les riverains devront supporter une "*zone tampon" ouverte en permanence, une grande scène prévue pour six concerts, deux écrans géants, une "fan zone"pouvant accueillir 30'000 personnes ("noceurs et supporters", précise innocemment la "Tribune de Genève" du 9 février....

"Genève va s'éclater pendant l'Eurofoot 2008" titre "La Tribune de Genève" du 9 février. Amis de Plainpalais, bon courage : vous aurez droit à une "Fan Zone" pouvant accueillir 30'000 blaireaux, une "Zone tampon", une scène pouvant accueillir des stars devant un public de plusieurs dizaines de personnes, six "mégaconcerts", deux écrans géants... Réponse des organisateurs de la fête à beaufs aux inquiétudes des riverains : "Déménagez", "Allez habiter dans un autre quartier quelque temps", dans des "chambres d'hôtes". C'est quoi, le slogan de l'Eurofoot ? "Courage, fuyons !" ? Commentaire de l'intellectuel du peloton, Christioan Constantin : les riverains de la plaine de Plainpalais "sont simplement des grincheux".

Et même : des grincheux bientôt sourds.

38 villes suisses (en plus des trois villes hôtes) sont en compétition pour savoir lesquelles, d'entre elles, seront les dix-sept qui auront le droit d'emmerder leurs habitants avec l'installation d'écrans géants pour suivre l'Euro 2008. Parmi ces 38 villes, onze sont romandes (ou à moitié romandes) : Bienne, La Chaux de Fonds, Delémont, Fribourg, Lausanne, Martigny, Neuchâtel, Nyon, Sierre et Sion. Les dix sept villes retenues devrot installer une arène, protégée par des agents de sécurité privés. Les villes choisiront les sociétés de sécurité privées assurant la surveillance des corrals, mais seront responsables de la sécurité en dehors de l'enceinte.


L'UEFA est une formidable machine à pognon : depuis 1992, la Ligue des champions, organisée par l'UEFA, a généré plus de 8 milliards de francs en droits de tous genres, dont 950 millions pour la seule édition 2005/2006. Pour le seul exercice (saison) 2004/2005, l'UEFA (qui détient désormais elle-même les droits d'exploitation de l'Euro, et donc encaissera elle-même ceux de l'Euro2008) a reçu pour 1,15 milliard de francs de recettes. Pour une association à but non lucratif (c'est son statut en droit suisse), c'est pas mal. L'ancien vice-président de l'UEFA, Freddy Rumo, battu en 1990 par Johansson pour la présidence, se demande "quelle est la différence entre le mode de fonctionnement de l'UEFA et celui d'une grande entreprise ?". Réponse : une grande entreprise paie des impôts et remplit les caisses publiques, l'UEFA vide les caisses publiques et ne paie pas d'impôts. Ce qui n'empêche pas son nouveau président, Michel Platini, de déclarer (il est vrai avant d'avoir été élu) : "le football est un jeu (...) c'est la beauté de ce jeu qui l'a rendu populaire. Il ne faut donc pas trop l'ouvrir à des gens qui viennent à lui par intérêt personnel". Et de poursuivre, un tantinet amer : "l'arrivée d'énormément d'argent dans le football a amené des gens qui aiment l'argent et qui veulent changer les règles du football (sans se soucier) de la valeur sociale, philosophique du football, de la notion de fair-play" ("La Tribune de Genève du 12 décembre). Il tombe de quelle planète, Platoche ?

L'ancien vice-président de l'UEFA, Freddy Rumo, se demande "quelle est la différence entre le mode de fonctionnement de l'UEFA et celui d'une grande entreprise ?"

("Le Temps" du 26 janvier)

Réponse : une grande entreprise paie des impôts et remplit les caisses publiques, l'UEFA vide les caisses publiques et ne paie pas d'impôts.

Le 26 janvier, les 52 fédérations nationales de l'UEFA étaient appelées à élire le président de la coupole du foot européen. Ils avaient le choix entre un vieux crocodile cacochyme de 78 ans, le Suédois Lennart Johansson, président sortant, en poste depuis 1990. et un ancien jeune de 52 ans, le Français Michel Platini, challenger, qui a finalement été élu avec 27 voix au premier tour. Johansson, qui a été consolé avec une présidence d'honneur, était le candidat de Johansson à la succession de Johansson, Platini le candidat du patron de la coupole internationale, la FIFA, Sepp Blatter, qu'il avait soutenu (en vain) contre Johansson pour l'élection du président de la FIFA en 1998. Retour d'ascenseur, donc : Platini soutient Blatter contre Johansson, donc Blatter soutient Platini contre Johansson, et affirme après l'élection de Platini : "nous avons la même conception du football, qui n'est pas seulement un produit et une entreprise". Pas seulement, non. Mais surtout. Commentaire du journaliste anglais Andrew Jennings, auteur d'une enquête ravageuse sur la FIFA et son président, l'élection de Platini est "une catastrophe pour le football, parce que comme il baisera la main de Blatter (grâce à qui il a été élu), ce dernier jouira alors des pleins pouvoirs" sur le foot mondial et le foot continental". Elu à la présidence de l'UEFA, Platini se retrouve d'ailleurs automatiquement vice-président de la FIFA, c'est-à-dire de Blatter.

Pour rester à son poste, le vieux crocodile avait pourtant arrosé : chaque association nationale (ce sont elles qui élisent) a reçu 600'000 balles de dotation supplémentaire. Et ça n'a pas suffi. Fallait verser plus. Pour conquérir le poste, le vieux jeune avait promis de renforcer le poids des petites fédérations nationales (les plus nombreuses) face aux grandes (l'italienne, la française, l'allemande, l'anglaise et l'espagnole). Promesses électorales. D'ailleurs, les deux candidats promettaient, la bouche en coeur, qu'ils allaient lutter avec vigueur contre le racisme, la violence, le dopage et la corruption. Parce qu'il y a tout ça dans le foot ? On en apprend de belles..

Après l'élection de Michel Platini à la présidence de l'Union européenne de folotball (UEFA), le président de la Fédération internationale de football (FIFA), Sepp Blatter, qui soutenait la candidature de Platini, se félicite ("La Tribune de Genève" du 27 janvier) : "nous avons la même conception du football, qui n'est pas seulement un produit et une entreprise".

Pas seulement, non. Mais surtout.

Le foot anglais va encaisser entre 2007 et 2010 plus de quatre millards d'euros, soit un milliard par saison, en droits de diffusion media (internet compris). Sur ce pactole, un quart sera redistribué aux équipes de première division : 120 millions pour le champion, 70 millions pour le deuxième, 70 millions à se partager entre les autres. Meuh non, le sport ça n'a rien à voir avec le pognon...

L'UEFA travaille, c'est sûr, pour les jeunes et leur bonne santé psychique et physique : "Le Monde" du 12 janvier décrit donc les membres de la coupole du foot européen (l'UEFA) : "le représentant espagnol soliloque en boîtant bas, le délégué anglais peine à réajuster sa ceinture de pantalon (...) (le) président suédois (...) semble usé par la maladie et seize années d'un pouvoir absolu".

... Allez les jeunes !

En même temps que son président, l'UEFA élisait son comité exécutif. Et vlam ! le seul Suisse candidat (un papy de 73 ans, Giangorgio Spiess) a été battu. Mais comme l'UEFA a son siège en Suisse (à Nyon) et que Platini a promis de s'installer en Suisse (à Nyon, pas à Gstaad), à défaut d'honneur, l'intérêt est sauf.


Le sport, c'est la santé : selon une enquête de l'Agence française de lutte contre le dopage, 10 % des jeunes sportifs français (15 % des jeunes sportifs américains) ont accès à des produits dopants, 2 à 3 % en prennnt en toute connaissance cause, un pourcentage indéterminé en prennent parce qu'on les leur fait prendre, sans qu'ils sachent précisément ce qu'ils consomment, et les jeunes sportifs sont confrontés pour la première fois à un âge situé entre 9 et 13 ans à la "recherche de l'amélioration chimique de la performance physique". En Espagne, selon "Le Monde", plusieurs clubs de foot, dont le Real de Madrid et Barcelone, et peut-être le FC Valence et le Betis Seville, ont été clients du bon docteur Fuentes, grand dispensateur de produits dopants à injecter, et dont les clients connus se retrouvaient surtout, jusqu'à présent, dans le cyclisme, et qui confirme au "Monde" (du 7 décembre) avoir eu comme clients "athlètes, joueurs de tennis, footballeurs, joueurs de handball, boxeurs"... pas de joueurs de pétanque ni de pelote basque ? Les clubs de foot accusés nient. Ils n'ont pas dopé leurs joueurs, promis, juré.Ou alors à l'insu de leur plein gré ?

En Suisse, selon le Bureau de prévention des accidents, le sport fait 300'000 blessés et 135 morts par année, les accidents du sport représentent un coût économique et social de deux milliards par an, et la tendance est à la hausse du nombre des victimes et du coût des accidents, en raison du nombre croissant d'activités sportives, et de la manière de plus en plus violente (pour soi-même ou les autres) de les pratiquer.

Un "kit euro2008" va être proposé aux écoles primaires de toute la Suisse par le comité organisateur du machin. On n'est pas sûrs de savoir ce que ce kit contient : une seringue, une épèrouvette, de l'EPO, de la fausse monnaie, une pompe à fric et un cocktail Molotov nous paraissent en tous cas indipensables.


Nous tenons sur le soutien au sport (du vieux mot français desport, qui signifiait amusement on est passé à une signification renvoyant à la compétition et au profit) le même discours, à partir des mêmes principes, que sur la construction d'un stade : si un équipement (le stade) ou une activité (le sport) est d'utilité publique, elle doit faire l'objet d'un soutien de la collectivité publique. Mais quel sport est d'utilité publique ? Celui qui se pratique ou celui qui se regarde (et plus souvent vautré devant la télévision que présent dans un stade) ? Celui que pratiquent les milliers de membres et de licenciés des clubs amateurs, ou celui des usines à fric que sont les grands clubs " de dimension européenne " dont Servette aspire à être , sans pouvoir en avoir ni la surface, ni le public, ni le rayonnement compte tenu de la modestie (économique et démographique) du championnat suisse (pour ne pas écrire suisse-alémanique) ?

"Travailler en équipe, respecter l'adversaire, savoir gérer la victoire comme la défaite, observer certaines règles : ces valeurs dépassent largement le cadre du sport"

(Walter Fust, directeur de la Coopération et du développement au Département fédéral des Affaires étrangères, "Un seul monde", mars 2005)
Ces valeurs dépassent peut-être "largement le cadre du sport", n'empêche qu'elles n'ont pas trouvé le chemin du stade de la Praille. Ou qu'elles n'ont pas réussi à y entrer. Ou qu'elles se sont réfugiées dans les sous-sol... En tous cas, on les cherche encore.

Usines à fric dont les responsables ne semblent pas toujours des modèles de scrupules financiers -comme si l' " amour " proclamé du foot était une circonstance atténuante de l'amour, bien réel, du pognon : l'éphémère président délégué du FC Lugano, Pietro Belardelli, qui devait " sauver " le " club phare " du Tessin, s'est discrètement éclipsé de la scène sportivo-financière après avoir été convoqué par le procureur dans une affaire de blanchiment d'argent. Et on apprend au surplus qu' " un généreux bailleur de fonds du club a trempé dans (une) affaire de trafic d'armes qui a secoué les chrétiens-démocrates allemands ", qu' " un autre a sauvé la revue fasciste italienne Il Borghese "... et qu'on a fini par retrouver deux protagonistes de ces affaires au fond du lac de Lugano. A Genève, si on n'a pas encore retrouvé de dirigeants du FC Servette dans le lac (mais tout de même un ancien président du club à Champ-Dollon), on a signalé d'étranges transactions : un joueur argentin, Eduardo Tuzzio, acheté en juillet 2001 pour 10 millions de FS, a été revendu en trois jours à l'Olympique de Marseille, avec une plus-value d'un million, parfaitement invisible dans la comptabilité du club genevois. le SFC a donc pu acheter un joueur dont le prix équivalait à celui du budget annuel du club. Comme l'a dit Coencas, l'opération est " suspecte "

A quoi le foot et Servette en particulier sont-ils associés aujourd'hui ? A l'affairisme, à l'argent douteux.

(Jacques Ducret, " Le Matin " 16 janvier 2005)

Février 2004 : Mi-février 2004, au bord de la faillite, SFC (S.A.) se tourne vers un " sauveur " dont nul, pas même lui, ne sait s'il a réellement les moyens de sauver quoi que ce soit : Marc Roger. La plupart des actionnaires de Servette FC (S.A) passent avec lui un accord prévoyant qu'ils lui cèdent leurs actions pour un franc symbolique, et qu'ils abandonnent leurs créances. Passent ce marché : Michel Coencas (30 % des actions), La Praille SA/Jelmoli (15 %), le groupe Franck Muller (10 %), l'entrepreneur genevois Dominique Corazzi (10 %), Francisco Vinas (8 %, mais il garde 10 %), CanalPlus et Didier Piguet (9,5 %), Bowling Switzerland (2,5 %) et l'Association du Servette (2,5 %). Au total, Marc Roger et son groupe d'investisseurs détiendrait 87 % des actions du Servette SA, qui a déposé une requête en ajournement de faillite. Marc Roger, reprend d'abord, moyennant 800'000 Euros la présidence, 87 % des actions (et les dettes) du SFC, obtient un ajournement de faillite, puis (deux jours après avoir fait annoncer par son avocate que son " entrée dans le capital action de la société d'exploitation n'est pas envisagée ") la présidence (et les dettes) de la Société d'exploitation du stade, à qui le SFC doit 300'000 francs. Voilà donc Roger à la fois régisseur (en tant qu'actionnaire unique, pour un franc symbolique, de la société d'exploitation) et locataire (en tant que club résidant) du Stade de Genève. Ou, pour le dire autrement, créancier du Servette et débiteur de la société d'exploitation du stade… Jelmoli et le Crédit Suisse ont soutenu la prétention de Marc Roger à porter ces deux casquettes. Un représentant de l'Etat (l'ancien Conseiller d'Etat Ramseier) aussi. L'autre représentant de l'Etat s'y est opposé. Et le représentant de Lancy s'est abstenu. Marc Roger est donc arrivé à être à la fois patron du club résidant et patron de l'exploitation du stade. Du coup, si l'une de ces deux entités a des problèmes financiers, elle les partagera avec l'autre. Et si ces problèmes sont graves, elle fera plonger l'autre. Car pour le club, qui pèse plus du quart du chiffre d'affaire de la société d'exploitation (800'000 FS sur 3 millions), c'est toujours la mouise. La ligue suisse de football exige que les dettes des clubs demandant une autorisation de jeu ne dépassent pas 800'000 FS. Celles du SFC, au moment où il dépose sa demande de licence, sont près de quatre fois supérieures (4,4 millions)., sinon plus. Et un mois plus tard, toujours supérieures à deux millions (certaines extimations parlent de dix millions…). La " Swiss Football League " (l'anglo-américain n'est pas une langue nationale, mais c'est la langue du fric) refuse donc d'accorder au Servette (ainsi qu'au Young Boys de Berne et au FC Wil) sa licence de " Super League " (toujours en anglo-américain dans le texte, mais il ne s'agit que de la plus récente mouture de la Ligue nationale A) et menace de rétrograder les trois clubs en 1er Ligue (là, comme on est chez les " petits clubs ", les langues nationales, langues de ploucs, refont leur apparition). De l'avis du président de la Ligue suisse de football (pardon : la " Swiss Football League "), Peter Stadelmann, " l'endettement (du Servette) est si important qu'il est impossible de savoir à l'heure actuelle (début mai 2004) comment la prochaine saison sera financée ". Marc Roger promet que " tout sera arrangé dans les délais, le 20 mai au plus tard ". Arrangé comment, par qui, avec quels fonds ? Mystère. Finalement, le SFC reste en Super League, mais se prend une prune de trois points et commence le championnat avec un score négatif...

En sept heures, une poignée d'hommes à double casquette a donné les clefs du stade à un quasi-inconnu. Sans appel d'offres, Sans sécurité sur sa solidité financière. Sans appui d'un expert en " events ".

(Ignace Jeannerat, " Le Temps " du 25 février 2004)

Quant à la société d'exploitation du stade, son passif au 31 décembre est de l'ordre du million, et Marc Roger n'en reprend que le 30 %. Qui casque pour le reste ? La Fondation du stade. C'est-à-dire, pour moitié, les collectivités publiques… Ce qui n'empêche évidemment pas la société d'exploitation de faire des cadeaux au club : les trois quarts de la redevance pour l'utilisation du stade sont abandonnées pendant la première année, la moitié pendant la deuxième année. Perte pour la société d'exploitation : 375'000 francs...


Une fois de plus, la loi du chéquier a prévalu. Et personne, au cours de ce feuilleton hivernal, n'a jamais évoqué la moindre stratégie sportive. Marc Roger n'a pas été choisi parce qu'il présentait un projet de terrain sensé et alléchant (mais) parce qu'à quelques secondes du coup de sifflet final prononcé par la justice, il pose sur la table un chèque (…).

(Simon Meier, " Le Temps " du 21 février 2004)

Le capital action du SFC est de 2,5 millions. Légalement, le passif d'une société anonyme (et Servette est une SA) ne doit pas dépasser la moitié de son capital action. Ce passif a, début 2004, atteint au moins la totalité du capital, certaines estimations le situant au triple du capital… Le SFC est une société anonyme, à deux doigts du dépôt de bilan, et à la recherche éperdue d'un repreneur (ou du moyen d'organiser une souscription publique -mais à 100 ou 200 francs la part, il faudrait au Servette obtenir le soutien de 10'000 ou 20'000 personnes pour éviter la faillite. Or le club n'a que 4000 à 5000 supporters, qu'on a déjà fait passer à la caisse lors d'une souscription publique pour le stade...

" Si je viens à Genève, c'est pour y investir à long terme, au moins dix ans*. Servette doit regarder vers le haut, viser la Ligue des champions "

(Marc Roger, le 14 février 2004)
*fermes ou avec sursis ?

" Le football, ce n'est pas l'argent, les grilles d'un stade fermé, les escroqueries du Stade de la Praille, le racisme ou les crachats, les promesses non tenues face aux jeunes. Le football, c'est un ballon et deux pulls pour les buts "

(Daniel Jacquet, "Tribune de Genève" du 1er mars 2005)

Les grands clubs ? Des usines à fric dont les responsables ne semblent pas toujours des modèles de scrupules financiers -comme si l' " amour " proclamé du foot était une circonstance atténuante de l'amour, bien réel, du pognon : l'éphémère président délégué du FC Lugano, Pietro Belardelli, qui devait " sauver " le " club phare " du Tessin, s'est discrètement éclipsé de la scène sportivo-financière après avoir été convoqué par le procureur dans une affaire de blanchiment d'argent. Et on apprend au surplus qu' " un généreux bailleur de fonds du club a trempé dans (une) affaire de trafic d'armes qui a secoué les chrétiens-démocrates allemands ", qu' " un autre a sauvé la revue fasciste italienne Il Borghese "... et qu'on a retrouvé deux protagonistes de ces affaires au fond du lac de Lugano. A Genève, si on n'a pas encore retrouvé de dirigeants du FC Servette dans le lac (mais tout de même un ancien président du club à Champ-Dollon), on a signalé d'étranges transactions : un joueur argentin, Eduardo Tuzzio, acheté en juillet 2001 pour 10 millions de FS, a été revendu en trois jours à l'Olympique de Marseille, avec une plus-value d'un million, parfaitement invisible dans la comptabilité du club genevois. le SFC a donc pu acheter un joueur dont le prix équivalait à celui du budget annuel du club. Comme l'a dit Coencas, l'opération est " suspecte "

Feuilleton servettien : on joue les prolongations. Aucun émissaire des "investisseurs syriens" ne s'est présenté le 14 février au greffe du tribunal pour déposer un recours contre le jugement de faillite, et c'est par la poste que la garantie bancaire de quinze millions aurait (parce qu'on n'en est même pas sûrs) été adressée au juge de la cour d'appel. Qui devra vérifier aussi minutieusement que possible la provenance des fonds avant de décider, éventuellement, de suspendre la faillite. L'appel a formellement été déposé par l'avocat Nicolas Droz, pour le compte d'un créancier de la SA du Servette, Touriscar.

Sur les toujours mystérieux investisseurs syriens candidats à la reprise de la SA du Servette, "Le Temps" (12 février) donne quelques renseignements : ils seraient personnnifiés par un "duo plutôt disparate" formé d'un homme d'affaire qui se "fait appeler docteur Bachar" -titre et nom portés un temps par l'actuel président syrien, fils de son père, Bachar el Assad- et du "vrai bailleur de fonds", dont aucun nom ne nous est donné, mais qui serait "actif dans l'import-export". L'import-export de quoi ? Mystère et balle de match... Les Syriens viendraient à Genève pour "diversifier leurs investissements", Servette étant "le pionnier dans une opération à deux branches qui se veut novatrice". Ce qui ne signifie pas grand chose, puisque l'avocat des joueurs du Servette, François Canonica, rappelle qu'il n'y a pas d'investissement rentable possible dans un club de football en Suisse, qu'on ne peut qu'y "perdre de l'argent" et qu'y investir quoi que ce soit relève du "mécénat pur et simple". Or pour effacer l'ardoise du Servette, il faut casquer plus de 20 millions (dont 7,5 millions de "perte opérationnelle" accumulée en six mois, du 1er juillet au 31 décembre 2004...). Soit cinq millions de plus que ce qui a été jusqu'à présent promis par les "mystérieux Syriens".

Dans "La Tribune de Genève", Jean-Noël Cuenod se demande "pourquoi donc ces investisseurs proche-orientaux s'intéressent-ils tant à Servette ?", et laisse répondre (évasivement) un "banquier genevois", qui relève que "les financiers arabes désinvestissent massivement les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001" par crainte de voir leurs fonds séquestrés par les autorités américaines au moindre soupçon, et "diversifient leurs placement". Lesquels placements "transitent souvent par Genève qui demeure une place financière attractive". Et notre banquier de poursuivre : "il n'est donc pas étonnant qu'un groupe de financiers d'origine syrienne ou autre veuille s'implanter à Genève", ni que "ce groupe conserve son anonymat".

Mais avouez qu'il serait assez farce que l'on découvre finalement que ces financiers sont aussi ceux de réseaux islamistes...

" Dans ce monde pollué du football, il faut faire (du dossier Servette) un exemple ".

François Canonica, avocat des joueurs du Servette, devant la Chambre d'accusation statuant sur la demande de libération provisoire de Marc Roger, le 29 avril 2005, " Le Temps " du 30 avril 2005)

... et de Marc Roger un bouc émissaire.

Alors que les électrices et électeurs de la Ville de Genève balayaient à trois contre un le projet de crédit (" prêt ") municipal en faveur demla fondation du Stade, le bouc-émissaire continuait donc à brouter l'herbe du terrain de foot de Champ-Dollon : le 29 avril, la Chambre d'accusation a refusé de le remettre en liberté provisoire. Le 25, Marc Roger avait ajouté à sa collection d'inculpations celle d'avoir accordé des " avantages à certains créanciers ". Mickey Maus est dans le même cas -mais lui n'est pas en prison. Maus et Roger sont donc accusés d'avoir, pour éviter la faillite de leur SA, privilégié le règlement de certaines créances au détriment d'autres, ce qui est contraire à la loi. Une nouvelle plainte a été déposée contre Roger, par son partenaire madrilène, Lorenzo Sanz, qui se demande à quoi ont servi les 3,25 millions d'euros qu'il lui a versé en comptant bien profiter du Servette pour réaliser de juteux transferts de joueurs : comme le dit poétiquement le procureur Dario Zani, Lorenzo Sanz n'était " pas un mécène qui soutenait le Servette à fonds perdus mais un financier à qui l'on a vendu du vent ". Et l'avocat des joueurs du Servette, François Canonica, d'ajouter que " dans ce monde pollué du football, il faut faire (du dossier Servette) un exemple ". A quoi l'avocat de Roger, Jacques Barillon, répond, tout de même, que " dans le ciel du Servette, il n'y a pas que des anges et un seul diable ".

" Dans le ciel du Servette, il n'y a pas que des anges et un seul diable "

Jacques Barillon, avocat de Marc Roger, devant la Chambre d'accusation statuant sur la demande de libération provisoire de Marc Roger, le 29 avril 2005, " Le Temps " du 30 avril 2005)

Ben non : y'a aussi des vautours, des étourneaux, des corbeaux, des pies voleuses, des martns pêcheurs de financements publics et des faucons. Et un vrai : celui qui va trinquer pour toute cette volaille.

Selon un premier audit (succinct) effectué par un expert indépendant, les recettes prévues par le budget 2004-2005 du SFC avaient augmenté de 138 % par rapport au budget (déjà surévalué côté recettes) de la saison précédente. En réalité, la perte opérationnelle du 1er juillet au 31 décembre 2004 (une demi-saison) a dépassé les 7,5 millions (soit une moyenne de 1,255 million par mois). Bref, chaque jour que les dieux du stade faisaient, Servette perdait 40'000 balles. Mais en claquait 1500 francs par jour en (250'000 FS en " frais de restauration VIP " (petites sauteries avec " personnalités " dans les bons -et chers- restaurants). Soit près de la moitié de recettes de billetterie. Amis spectateurs, sachez donc que la moitié du prix de votre billet a servi à payer les notes de restaurant des " VIP "...

Les joueurs, eux, n'ont pas été payés. A la Praille, le ballon de rouge coûte plus cher que le ballon de foot.

Nouvelle entrée du stade de la Praille

Quant au Stade de la Praille, " rien ne s'oppose " à ce qu'il soit utilisé pour accueillir les matches du Servette de première ligue, a déclaré (Le Temps du 17 février) Pascal Chobaz, membre du Conseil de fondation du Stade de Genève. Pascal Chobaz ajoute qu'on pourra réduire " au maximum " les coûts d'utilisation du stade, puisque pour des matches de première ligue, on n'a pas besoin " d'un grand déploiement policier " et qu'on peut se contenter d'ouvrir " une seule tribune ". C'est bien pensé. On avait avec le Servette de superleague un stade aux trois quarts vide, on aura avec le Servette de première ligue (puis, éventuellement, si tout va bien, de ligue B) un stade vide à 90 %. On aurait pu tout aussi bien se contenter de rénover le charmant stade de Frontenex plutôt que de se goinfrer le mammouth de la Praille.

" Si je ne trouve pas les soutiens financiers nécessaires d'ici au mois de juin (pour le centre de formation de l'Association du Servette FC), je serai obligé de renoncer à ce qui me tient le plus à cœur : la formation des jeunes. Ce serait une perte énorme pour Genève. Si on disparaît, il y aura trente ou quarante espoirs du football suisse qui devront s'exiler en Suisse alémanique "

(Francisco Vinas, président de l'Association du Servette FC, "La Tribune de Genève" du 5 avril 2005)

Un soutien financier est possible : celui de la Ville de Genève. Mais on ne peut pas en même temps claquer 2 millions et demi dans le trou de la Praille et les investir dans la formation des joueurs : faut choisir entre le gaspillage et l'investissement. Si les citoyennes et citoyens de la Ville refusent, comme nous les y invitons, le 24 avril de signer le chèque du gaspillage, il se trouvera certainement au sein du Conseil municipal des élus un peu moins masochistes (ou aveugles) que ceux de la coalition stadolâtre, qui pourront proposer au Conseil administratif de s'engager dans un soutien utile à une structure utile, plutôt que dans un soutien irresponsable aux promoteurs irresponsables d'un gouffre financier... Et en passant, une partie des 2,5 millions que la majorité stadolâtre veut balancer dans le trou de la Praille pourraient être, tout aussi utilement qu'au centre de formation de l'Association du Servette, être consacrés à l'entretien des stades utiles et existants.

La Swiss Football League (organe faîtier du foot suisse, comme son nom l'indique en anglozurichois dans le texte) a annoncé qu'elle allait se joindre à la cohorte des vautours agglutinés devant la dépouille de la SA du Servette et qu'elle allait déposer une requête en dédommagement auprès de l'Office des faillites pour " sauvegarder ses droits créanciers avant qu'il ne soit trop tard " Quels droits créanciers au juste ? C'est un peu tiré par le maillot, comme raisonnement, mais on vous le livre quand même :

Nouvelle inculpation janvier 2006 dans le cadre de la faillite du Servette SA : celle de Georges Philippe, fondateur d'une société fiduciaire (Orconsult) en relation directe avec Marc Roger et sa société (Avenir Football Investissement). Georges Philippe est inculpé de blanchiment. Son avocat affirme pouvoir démontrer que le juge d'instruction a été mis "sur une fausse piste par la partie civile" (les joueurs du Servette). Des transferts d'argent vers un compte de Marc Roger, ou en liquide à Roger, seraient à l'origine de l'inculpation de Philippe. Dont un transfert de 10'000 francs, en janvier 2005, quelques jours avant la faillite du club.

Par ailleurs, une expertise judiciaire va être ordonnée par le juge. Elle concernera les états financiers (comptes, bilans) du Servette dans les dernières années.

Bien avant de tomber en faillite, le FC Servette (SA) était tombé en magouilles, englué dans le bourbier du foot business. La présence dans l'actionnariat de la société du Servette de Canal+ (actionnaire majoritaire entre 1997 et 2002) lie le Servette aux magouilles du foot français, et le juge d'instruction Renaud van Ruymbecke s'interroge sur d'étranges transferts de joueurs, conclus par les dirigeants de Canal + et le président du Servette à l'époque, Michel Coencas (un copain de Marc Roger).

C'est ainsi que le joueeur argentin Eduadro Tuzio a été acheté 3,67 millions de francs en juillet 2001, puis revendu à l'Olympique de Marseille 4,5 millions trois jours après avoir été acheté. Mais le directeur financier de l'OM à l'époque, Pierre Dubiton, affirme qu'en réalité l'OM a payé 8,2 millions de francs ce joueur supposé en valoir 4,5, ce qui laisse 3,7 millions qui apparaissent dans un compte ouvert par le Servette au Crédit Suisse, mais pas dans le bilan officiel de la SA du club genevois. Question : où est passé le pognon ? Sûrement dans le soutien désintéressé au football amateur...

D'autres joueurs ont aussi fait l'objets de trafics douteux : les Brésiliens Dill, Robert et Hilton, le Bosniaque Skoro, par exemple.

Pour les enquêteurs français, le but de ces petits trafics est limpide : gonfler artificiellement la valeur marchande des joueurs (puisque le foot professionnel internationale fonctionne sur le même principe que la traite des esclaves : l'individu est acheté et vendu comme une machandise qui a son cours, et dont on peut faire monter ou descendre le prix) afin de dégager un profit que les acteurs de la traite se partageront.

Le juge d'instruction en charge de l'affaire de la faillite du Servette FC (Société anonyme, quoique connue de nos services) espère boucler son enquête cet automne. On s'en pourlèche déjà les babines. L'enquête se concentre actuellement sur la responsabilité pénale éventuelle des administrateurs du Servette FC entre 2002 et 2004, et la question de savoir si les comptes du club pendant ces années ont été ou non présentés de manière à dissimuler le surendettement de la société. Selon l'avocat de Marc Roger, la dette déclarée du club se montant à 4,5 millions FS au moment de sa reprise par Roger, mais toutes les factures n'avaient pas été correctement comptabilisées.

Quant au "nouveau" Servette, celui de Première ligue, son patron, Francisco Vinas, affirme (dans "La Tribune" du 4 février) que des investisseurs viennent le voir pour racheter le club, mais refuser ce rachat tant que Servette n'est pas monté en "Challenge League" (Ligue B), après quoi une Société anonyme (ben voyons) sera créée, et Vinas signera une convention stipulant que ni lui, ni aucun membre de sa famille n'en sera actionnaire.

Et un ex-président du FC Servette de plus en tôle : Michel Coencas, président du Servette entre septembre 2001 et avril 2002, a été condamné à deux ans de prison (dont six avec sursis) et 200'000 euros d'amende, pour escroquerie, par la correctionnelle de Nanterre, pour la cessation de paiement d'une société qu'il détenait en usant d'un prête-nom.

Coencas avait pris la présidence du Servette à la suite de la démission de Christian hervé (Canal+). Il avait aussi été le président du club de Valenciennes au moment du scandale du match truqué contre l'OM. Il avait enfin été au coeur de la bouffonerie des "msytérieux investisseurs syriens" qui devaient, en février 2005, racheter le Servette FC juste avant la faillite de la SA du club.

Coencas est donc le deuxième président du Servette à se retrouver en tôle, après Marc Roger. Et avant qui ?


Une expertise financière sollicitée par le juge d'instruction Tappolet, chargé de l'"affaire" de la faillite du Servette, lui a été rendue. La "Tribune de Genève" en a rendu compte le 6 septembre. Le document intervient dans la procédure pénale qui touche Marc Roger (inculpé notamment d'escroquerie) et Olivier Maus (gestion déloyale), et qui s'achemine doucement vers l'immolation du bouc émissaire.

L'expertise financière révèle que la SA du Servette était déjà surendettée avant l'arrivée de Roger (et après que Canal+ se soit retiré du club), que ce surendettement a été résorbé dans un premier temps grâce aux apports des associés de Roger (Makelele, Maus), puis ressuscité, et aggravé après que Roger ait été laissé seul à la tête du SFC par ses prédesseurs (Christian Lüscher, président, Olivier Carrard et Alain Rolland, administrateurs), et de la SA d'exploitation du stade, d'autant que Roger a mené une politique dispendieuse (transferts, charges, budget délirant de plus de 22 millions de francs lors de la saison 2004-5). Les comptes n'était de plus pas régulièrement tenus.

L'avocat de Roger, Alain Marti, conclut que l'expert "semble avoir embouché la trompette du juge" et a rendu un rapport incomplet, puisque l'expertise ne poste que sur les comptes du Servette et pas ceux de la société qui détenait le club, Avenir Football Investissements). Comme prévisible, Christian Lüscher se félicite se dit "satisfait" des conclisions du rapport. Quant aux avocats des joueurs, François Canonica, il conclut que Roger et Maus vont être condamnés (ils ne le sont pas déjà ?) et vont devoir rembourser les joueurs. Et comme Roro est ratiboisé, c'est Maus qui paiera. Et tout le monde sera content. Et la faillite du Servette ça ne sera plus que la faute à Roger.


Le Temps annonce qu'une délégation de la fondation du Stade (qui a repris l'exploitation du monstre, avec le concours -sûrement désintéressé- de la firme Aton) va tenter le 28 février 2005 de convaincre le comité central de l'Association suisse de football d'organiser à la Praille une rencontre éliminatoire de la Coupe du Monde, avec l'équipe de Suisse, le 3 septembre contre Israël (les investisseurs syriens sont cordialement invités) ou le 8 octobre contre la France (avec un arbitrage de Marc Roger ?). Il est vrai que ce stade a une solide expérience en matière d'éliminations : il a d'abord éliminé le public, il a ensuite éliminé soixante millions de fonds publics, il a enfin contribué à éliminer Servette. A la place de l'équipe de Suisse, on s'inquièterait. La Fondation va également demander à l'Union européenne de football (UEFA) d'organiser en 2006 la finale de la " supercoupe ", qui oppose le vainqueur de la Ligue des champions à celui de la Coupe de l'UEFA. Et la finale opposant l'équipe de l'Office des faillites à celle de la Brigade financière de la police, elle est prévue pour quand ?

Quant au sort du Servette, le nouveau représentant de l'Etat au Conseil de fondation du stade, Jean-Pierre Carera (par ailleurs président du Conseil d'administration de l'Arena) assure qu'une faillite du club offrirait "l'occasion d'une réflexion en profondeur" sur l'avenir du stade. Dommage, cependant, que cette "réflexion en profondeur" n'ait pas été entamée avant la construction du stade...).

Carera affirme ("Le Matin" du 8 février 2005) qu'un producteur se spectacles "se tient prêt, cette année, à organiser un concert à la Praille", mais ne peut "pour l'instant" rien dire de ce "projet très sérieux" (un de plus) : ni quand aura lieu ce concert, ni avec qui.

Le Stade de la Praille a été bâti en priorité pour le football, et le football, à Genève, c'est d'abord le Servette FC. On a donc bâti un stade de 30'000 places pour les 7000 spectateurs des matches d'un club en état de cessation de paiement…

Le football se porte bien à Genève, mais pas ce football là ; si " un football " se porte bien à Genève, c'est grâce aux 14'000 licenciés (dont 40 % d'étrangers) que compte le canton (5000 (joueurs actifs et seniors et plus de 8000 juniors), pas grâce aux millions balancés dans un improbable " club phare " (qui n'est que l'un, même s'il est le plus riche, des 66 clubs de football du canton, dont un tiers sont issus de communautés étrangères : portugaise, italienne, espagnole, albanaise, marocaine, brésilienne, essentiellement), club dont les joueurs, comme tous ceux du " sport d'élite " ont été depuis des années transformés en panneaux publicitaires ambulants, et que les clubs friqués s'échangent comme sous la féodalité les hobereaux s'échangeaient leurs serfs. Il y avait en 1999 510 équipes de football à Genève. Le SFC n'est que l'une de ces 510 équipes...

"L'Etat n'a pas à financer ou à gérer un club de football. Ce n'est pas le rôle d'une collectivité publique"

(Martine Brunschwig-Graf, présidente du Conseil d'Etat, "Le Courrier" du 5 février)

Une enquête de journalistes de la télévision publique flamande a mis au jour la corruption du championnat national belge par une mafia chinoise des paris. Sept rencontres, au moins, du championnat 2005-2006 de première division auraient été truquées. La saison précédente aurait aussi connu des épisodes du même genre : des joueurs et des entraîneurs sont approchés, un score est fixé à l'avance et on arrange le match pour qu'il se termine sur ce score. Les journalistes de la télé flamande travaillant en "caméra cachée" se sont vu offrir des commissions s'ils apportaient des informations intéressantes sur le déroulement des matches à venir. Le 2 février, une juge d'instruction a perquisitionné dans les locaux de la fédération belge de foot et saisi divers documents. Les dirigeants de trois clubs ont confirmé qu'ils avaient reçu des propositions de représentants de la mafia chinoise. En outre, le club de Mons aurait essayé d'acheter des matches pour éviter la relégation en deuxième division en 2005.

Sur quoi le brave Kofi Annan, capitaine de l'équipe de l'ONU, déclare (au Forum de Davos...) que les valeurs du sport sont "universelles" (tout dépend de ce qu'on entend par "valeurs"), que le sport est un "langage mondial, capable de jeter un pont entre les classes sociales, d'atténuer les divisions religieuses et culturelles", de contribuer "au développement personnel", d'enseigner les vertus du "travail en équipe"... Ben oui, quoi : c'est comme la mafia (chinoise ou non) : "universelle", jetant "un pont" entre les classes sociales des petits mafiosi et des grands parrains, atténuant les "divisions relieuses et culturelles" (par exemple entre mafieux russes orthodoxes, italiens catholiques et chinois confucianistes) etc...


Le football auquel nous pensons, c'est celui des 13'418 joueurs (des juniors aux seniors) enregistrés à Genève fin 2000. Pas celui de la poignée d'investisseurs pour qui " le sport " n'est que le nom d'une marchandise comme une autre. Ni celui de la poignée de lobotomisés fascisants pour qui les matches de football ne sont que l'occasion d'exhaler leurs nausées racistes en poussant des cris de singe dès qu'un joueur noir touche le ballon, ou leurs frustrations homophiles-homophobes en traitant de " pédés " les supporters du camp adverse.

" Depuis dix ans (...) le football international s'est radicalement métamorphosé : transformation des clubs en société anonymes, merchandising, pouvoir des télévisions, compétitions toujours plus lucratives " * ou espérant l'être : c'est de ce " sport "-là, transformé en industrie, et dont la finalité n'est plus ni le plaisir que l'on y prend, ni le lien social que l'on y tisse, mais le fric que l'on peut en tirer, dont témoigne le projet Canal+/Jelmoli.

"Le Temps", 9 février 2001

Ce sont les petits clubs, les associations sportives, le Satus, la deuxième ligue (et en deçà) , qui forment le tissu sportif genevois -celui, précisément, d'utilité publique. Ces clubs où chaque semaines des milliers de gamins et de salariés font bien plus pour le football et le sport populaire que Canal +, le Crédit Suisse, Jelmoli et le SFC (Société anonyme) et sa pompeuse " école de sport ". Cette prise en main du club local par une multinationale à laquelle appartenait un autre club, le Paris Saint-Germain, posait d'ailleurs un amusant problème, dès lors que l'UEFA interdit formellement à deux clubs ayant le même actionnaire principal, ou appartenant à la même " famille " financière, de participer à la même compétition européenne. Tant que le PSG et le SFC avaient le même actionnaire majoritaire, l'un des deux devait céder le pas à l'autre dans une compétition européenne où les deux seraient admis. Finalement, Canal+ s'est partiellement retirée du SFC : la danseuse helvétique avait perdu de ses charmes (et le stade de ses attraits).

" Le football (...) obéit au marché (...) et observe les règles les plus féroces de la concurrence. Il s'est mis hors jeu de l'associatif, tant 2001 n'est plus 1901. Il s'est lancé dans la course aux armements. Aux sponsors. Aux droits télévisés. Aux droits d'image. Aux gains fondés sur les participations et résultats dans les compétitions nationales et européennes. Il a foncé (...) dans l'escalade des salaires et transferts, des surenchères, et des intermédiaires "

(Pierre Georges, " Le Monde " du 25 avril 2001)

Nous ne parlons pas du même " sport ", du même football, que les partisans du stade Crédit Suisse/Jelmoli :

"(Si le foot) déchaîne les passions, c'est qu'il s'agit d'un sport intelligent"

(Paul-André Cornu, président du club de foot Yverdon Sport, "Migros Magazine" 3 janvier 2006)
... y'a qu'à regarder et entendre les supporters pour se rendre compte qu'en effet le foot est un sport intelligent...

En Allemagne, l'approche du "Mondial" de foot réveille les passions patriotiques, pour ne pas dire nationalistes : le Secrétaire général de la CSU bavaroise (la droite de la droite, l'équivalent de ce qu'est l'UDC en Suisse), Markus Söder, s'est dit persuadé que le Mondial contribuera à développer "un patriotisme positif, une foi en la patrie" (bien dans la tradition allemande...), et a estimé que l'hymne national ("Deutschland über alles", en français "L'Allemagne au dessus de tout") étant l'expression de ce sentiment, il serait bienvenu que les enfants l'apprennent à l'école.

En novembre, Joseph Blatter, président de la Fédération internationale de football (FIFA) s'était au contraire demandé, après les incidents des matches Suisse-Turquie (les supporters suisses avaient sifflé l'hymne turc) et Turquie-Suisse (les joueurs suisses avaient dû fuir le stade à la fin de la partie pour ne pas être lynchés), s'il était bien raisonnable d'en rajouter sur le chauvinisme émaillant les rencontres internationales en faisant jouer les hymnes nationaux. Le Comité international olympique (CIO) s'était posé la même question à l'époque de la guerre froide. Ni la FIFA, ni le CIO n'étaient allés plus loin que ces interrogations vertueuses. Et Blatter a annoncé que durant le "Mondial" de foot, on continuera à jouer les hymnes.

Et à manifester, au choix, son patriotisme, son chauvinisme, son nationalisme ou son racisme.

Après plus de trois mois d'enquête, la Fédération international de football (FIFA) a rendu le 7 février son verdict sur les affrontements survenus lors du match Turquie-Suisse à istamboul, en novembre dernier. La Fédération turque écope d'une amende de 200'000 FS et devra organiser les six prochains matches officiels de l'équipe nationale à huis clos et à au moins 500 kilomètres de la frontière turque. L'entraîneur adjoint de l'équipe nationale turque écope de douze mois de suspension (il s'en fout, il a démissionné) et de 15'000 francs d'amende, et trois joueurs sont suspendus pour deux à six matches et ponctionnés de 5000 à 15'000 francs. Côté suisse, le physio de l'équipe est taxé de deux matches de suspension et de 6500 balles d'amende, et le joueur Huggel de six matches de suspension et 15'000 francs d'amende. Commentaires inévitables des journatifs sporlistes suisses : c'est pas juste, les Suisses ils ont rien fait qu'à se défendre contre les méchants Turcs, fallait pas les condamner. Commentaires inévitables des journatifs sporlistes turcs : c'est pas juste, les Turcs ils ont rien fait qu'à réagir aux provocations des méchants Suisses, fallait pas les condamner.

La routine, quoi.

"A l'heure du Verdict rendu dans les inadmissibles débordements du Turquie-Suisse du 16 novembre dernier, il convient de garder la tête froide."

(Daniel Visentini, "La Tribune de Genève" du 8 février")

... en effet. Il convient même de s'en contrefoutre.

Comme l'écrit le journatif sporliste de "La Tribune de Genève", Daniel Visentini (le 8 février), "A l'heure du verdict rendu dans les inadmissibles débordements du Turquie-Suisse du 16 novembre dernier, il convient de garder la tête froide".

On peut même de s'en contrefoutre. Ou, pour garder la tête froide, en ricaner.

C'est fait.

Les valeurs du sport sont "universelles. C'est un langage mondial, capable de jeter un pont entre les classes sociales, d'atténuer les divisions religieuses et culturelles. Il constitue un instrument puissant pour favoriser la compréhension de l'autre, la tolérance et la paix. (...) Le sport contribue au développement personnel. Il nous enseigne le travail en équipe et le fair-play. Il aide à la confiance en soi et ouvre de nouvelles portes"

(Kofi Annan, au Forum économique mondial de Davos le 25 janvier)

... il n'a pas assisté au match Turquie-Suisse, Kofi...

Dans un grand dossier publié le 19 janvier, "Le Monde" décrit la traite des footballeurs africains. Selon l'organisation faîtière du foot européen (UEFA) elle-même, des agents "véreux" opérant pour le compte de clubs européens de divisions inférieures se livrent à de véritables trafics d'enfants. Des jeunes Africains d'une dizaine d'années sont envoyés illégalement dans des "camps d'entraînement" du sud de l'Italie, en Espagne ou au Portugal, puis revendus à de grands clubs. Le géographe Raffaele Poli, de l'Université de Neuchâtel, résume : "le footballeur africain est une matière première qu'on va chercher dans l'espoir de la qualifier pour la revendre plus cher". Et pour accroître la valeur de cette marchandise humaine, on fait transiter les footballeurs africains par des championnats de troisième zone (genre Albanie, Chypre, Malte), puis de deuxième zone (comme la Suisse, Belgique, Pays-Bas) avant de les revendre aux grands clubs professionnels de la première zone (Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne, France etc...). Et on empoche la plus-value. Et c'est ainsi qu'on trouve une floppée de footballeurs ghanéens en Roumanie et une palanquée de footballeurs nigérians en Albanie. En 2003, les africains représentaient 20 % des étrangers évoluant dans des clubs professionnels ou semi-professionnels européens (un millier de joueurs africains sur 5000 joueurs étrangers), et la plupart d'entre eux sont utilisés comme une sorte de main d'oeuvre bon marché (mais revendue fort cher) et subalterne. Pour détourner les règles de la fédération internationale de foot (la FIFA), qui interdisent les transferts internatiopnaux de joueurs de moins de 18 ans, et prévoient des indemnités pour les clubs formant des joueurs transférés, les agents et les clubs qui participent à la traite des footballeurs africains changent le nom ou l'âge des joueurs. Et au bout du compte, la traite des footballeurs rejoint la traite tout court : des enfants à qui on a promis (et aux parents de qui on a promis) des carrières de footballeurs en Europe se retrouvent domestiques en Côte d'Ivoire, au Cameroun ou au Maroc, victimes de réseaux mafieux.

"La Tribune de Genève" du 11 janvier annonce, sous la plume (à crampons) d'Arnaud Cerutti qu'il "se murmure avec insistance" que l'équipe de Suisse pourrait affronter dans le stade de la Praille "un adversaire africain (ou plus prestigieux ?) dans le cadre de sa préparation en vue du Mondial 2006".

On aime beaucoup le "ou plus prestigieux ?". Plus prestigieux qu'un nègre, quoi.

Pendant ce temps, sous l'égide de la coopération suisse au développement (DDC), s'est tenue à macolin une conférence "pour le sport et le développement" qui a, le 6 décembre, lancé un appel à "tirer parti du sport de manière active et ciblée afin d'améliorer partout dans le monde la qualité de l'éducation et de la santé, de réduire la pauvreté et de promouvoir la paix et la tolérance". Ben, y'a du boulot. Et la DDC s'en rend compte, puisqu'elle déclare intégrer "judicieusement le sport et le jeu dans ses activités" et que "dans plus de 60 programmes et projets menés dans le monde entier, elle vise à améliorer la santé physique et mentale des adolescents et des adultes, à favoriser l'intégration sociale des minorités et à surmonter les barrières culturelles". Message à transmettre au journaliste (Arnaud cerutti) de "La Tribune" (du 11 janvier) écrivant son espoir que l'équipe de Suisse pourra rencontrer une équipe "plus prestigieuse" qu'une vulgaire équipe africaine.

"Plus les informations nous serineront que la Terre devient inhabitable en raison du climat ou de l'insécurité, plus nous irons nous réfugier sur une autre planète, et ce sera le sport"

(Christophe Gallaz, "Le Temps" du 28 décembre 2005)
... faudra vraiment que le Terre devienne inhabitable pour que le sport apparaisse comme une terre d'asile...

Le chercheur du Centre international d'études du sport Raffaele Poli note (dans "Le Temps" du 29 août) que "des oligarques d'anciens pays soviétiques (ont) récemment investi beaucoup de moyens dans des clubs du monde entier". Exemples : le club londonien de Chelsea, racheté par Roman Abramovitch; le club écossais "Heart of Midlothian" par Vladimir Romanov, le Beitar de Jérusalem par Arkadi Gaydamak, Portsmouth par Alexandre Gaydamak (fils du précédent)... Dans ce type de rachats et d'accords financiers, les mafieux ne sont souvent pas loin Une société anglo-russe (avec siège aux Iles Vierges), la Media Sports Investment (MSI) a signé en 2004 un accord décennal avec les Corinthiens de São Paulo : le club reçoit 200'000 dollars par mois, mais reverse 80 % des gains réalisés sur la vente de ses joueurs. Problème : la MSI est fortement suspecte d'être une "lessiveuse" de l'argent sale du parrain géorgien Badri Petarkasichvili, lié à la mafia tchétchène. D'ailleurs, un accord a été conclu entre les Corinthiens de São Paulo et le club de Tbilissi, pour échanger des joueurs et construire une académie de football à Tbilissi.

Une brave conseillère municipale PDC meyrinoise, partisane de la rénovation à neuf, dix ou treize millions du stade municipal, annonce émeutes et incendies allumés par des jeunes privés "d'intégration par le sport" et privés de stade au cas où le référendum lancé par la gauche contre ladite rénovation aboutirait au rejet du crédit nécessaire.

Le risque de voir des "jeunes" crâmer leur cité faute d'aménagements accessoires du stade est pourtant assez faible. Contrairement au risque de voir les matches de l'Euro 2008 permettre aux holligans et supporters violents se défouler dans et autour des stades. Une loi fédérale contre le hooliganisme est d'ailleurs prévue -le Conseiller national radical neuchâtelois demande qu'elle soit applicable au-delà de l'échéance prévue (2009), vu que le hooliganisme et les violences périsportives ne vont pas cesser avec l'Euro 2008 (suivi du championnat du monde de hockey sur glace, en 2009).

A Genève, traumatisée par le G8, la droite avait pondu un projet de loi restreignant autant que possible la liberté de manifestation, mais en prenant soigneusement la précaution de préciser que cette loi ne s'appliquait pas aux manifestations sportives, une vitrine cassée par des fans de foot étant évidemment nettement moins cassée qu'une vitrine cassée par un altermondialiste radical. Et un commerçant pillé par un hooligan nettement moins traumatisé qu'un commerçant pillé par un loubard traîné dans le sillage d'une manif.

Policiers et responsables (si on peut dire) du foot suisse s'inquiètent : la balle au pied attire les hooligans violents comme un étron les mouches à merde. En Suisse comme ailleurs, et de la plus "basse" à la plus "élevée" des ligues : arbitre tabassé pas des supports de l'équipe perdante en 2003 lors d'un match de 2ème ligue entre Marly et Favargny menaces de mort des joueurs de Sonceboz contre ceux de Rebeuvelier, joueur de Vendlincourt tabassé par un joueur de Delémont et ses copains, entraîneur d'une équipe fribourgeoise de 5ème ligue étranglant l'arbitre... Fin juin 2005, le "tour d'honneur" de la finale de la Coupe suisse est annulé après des affrontements entre les supporters lucernois et zurichois. En août, des bagarres entre supporters de Young Boys et de Grasshopper font quatre blessés. A la Chaux de Fonds, en septembre, les supporters saint-gallois sèment la merde autour de la gare, et 25 d'entre eux sont arrêtés par la police. A Copenhague, toujours en septembre, en marge d'un match de Coupe UEFA entre Copenhague et le FC Zurich, les supporters zurichois foutent le bordel, une centaine d'entre eux sont arrêtés, cinq policiers sont blessés. Vivement l'Euro 2008 qu'on se marre...

"Un jour, si les présidents de clubs suisses ne prennent pas conscience de la montée d'une certaine violence, des mamans diront à leurs enfants : <<Non, t'iras pas au stade, c'est trop dangereux>>"

Thomas Helbling, responsable de la sécurité au sein de la "Swiss Football League", "Le Matin du 18 septembre.
... Á Genève, les mamans ne disent pas à leurs enfants "Non, t'iras pas au stade, c'est trop dangereux", mais plutôt "si t'es pas sage, t'iras au stade". Et l'enfant répond (en pleurant) : "Nan, veux pas y'aller, j'ai peur tout seul dans le noir"...

La seule consolation, c'est que le foot ne rend pas seulement cons les joueurs, les entraîneurs et les supporters : il connifie aussi les politiciens. "Un jour, si les présidents de clubs suisses ne prennent pas conscience de la montée d'une certaine violence, des mamans diront à leurs enfants : <<Non, t'iras pas au stade, c'est trop dangereux>>", sanglote Thomas Helbling, responsable de la sécurité au sein de la "Swiss Football League". On n'est pas des mamans, les Moutinot, Chobaz et autres Lüscher ne sont plus des enfants, mais on passe notre temps à leur demander déja de ne plus "aller au stade".

"Ce qui n'est jamais expliqué, c'est l'étrange tropisme qui pousse irrésistiblement les hooligans vers le football, les profondes affinités électives de tous les "ultras" pour la passion du ballon rond. (...) La pureté originelle du football serait donc toujours déflorée par de mauvais garçons venus d'ailleurs. Mais cette thèse ne tient pas une seconde lordqu'on comptabilise soigneusement les incidents graves qui scandent régulièrement les matchs "amicaux", les championnats nationaux et les rencontres internationales de football. (...) Affrontements entre bandes fanatiques, souvent infiltrées par l'extrême-droite, "bastons" haineux, émeutes et vandalismes, assassinats et lychanges en direct constituent désormais, dans tous les pays et à tous les niveaux de la compétition, l'ordinaire banalisé du football".

Jean-Marie Brohm, "La loi de la jungle, stade suprême du sport", "Le Monde Diplomatique" juin 2000

Le dernier rapport de l'Office fédéral de la police sur la sécurité intérieure de la Suisse note une "nette augmentation" du hooliganisme lors des marches de hockey et de football, et pas seulement dans les ligues de l'"élite", mais aussi dans les ligues inférieures. Les hooligans sont en outre de plus en plus voyageurs : ainsi, des Suisses vont semer la merde en Allemagne et des Allemands en Suisse. Pour couronner le tout, le milieu des hooligans est un "vivier de forces brutes pour l'extrême-droite", constate le cinéaste Daniel Schweizer.

Le rapport de l'Office fédéral de la police prévient : "Les hooligans se préparent... l'Euro (2008) sera l'occasion pour eux de se manifester".

Vivement l'Euro 2008, qu'on se marre autant que lors du G8.

" Il est largement prouvé que le sport exerce une influence favorable sur la santé physique et mentale des individus "

(Walter Fust, directeur de la Coopération et du développement au Département fédéral des Affaires étrangères, " Un seul monde ", mars 2005)
Walter Fust doit parler du sport amateur. Parce que sur l'influence du sport professionnel sur la santé physique et mentale des individus, un lourd doute plane...

Il faut désormais consacrer dans chaque stade plus de personnel à la surveillance des supports et à la sécurité qu'on n'en consacre à la formation des joueurs : de 60 à 110 personnes sont affectées à la sécurité au stade de Tourbillon (Sion) ; de 30 à 60 l'étaient aux Charmilles (plus 10 à 100 policiers selon les " risques " des matches), une cinquantaine à la Pontaise (Lausanne), près de 200 à Bâle (dont le stade est un " exemple " pour les partisans de celui de 30'000 places à la Praille)... Et tout cela coûte : de 10'000 à 15'000 FS par match à Genève à l'époque des Charmilles, de 5000 à 8000 FS à Lausanne, 12'000 FS pour un match à guichets fermés à Bâle. Le responsable de la gendarmerie genevoise pour le hooliganisme, le lieutenant Pasquier, déplore que la gendarmerie ait eu des difficultés à faire prendre en compte le volet " sécuritaire " des installations du nouveau stade de la Praille... (Le Temps, 21 août 2001)

"Quand j'ai joué en Suisse, des gamins de vingt ans se faisaient des grosses injections de sang de boeuf avant tous les matches. Ils étaient aussi dans la créatine à fond. Ils en prenaient aussi facilement que du chocolat en poudre au petit-déjeûner"

(Jean-Jacques Eydelie, footballeur professionnel passé de l'OM de Marseille au FC Zurich et au FC Sion, dans "L'Equipe Magazine" du 21 janvier 2006")
... on ne dira jamais assez les dangers du chocolat en poudre au petit déjeûner : ça fait des grumeaux avec la créatine et le sang de boeuf.

"Quand j'ai joué en Suisse, des gamins de vingt ans se faisaient des grosses injections de sang de boeuf avant tous les matches. Ils étaient aussi dans la créatine à fond. Ils en prenaient aussi facilement que du chocolat en poudre au petit-déjeûner", raconte dans "L'Equipe Magazine" du 21 janvier 2006" Jean-Jacques Eydelie, footballeur professionnel passé de l'OM de Marseille au FC Zurich et au FC Sion, pour finir au chômage. Evidemment, côté foot suisse, on dément. C'est bien connu, le foot est un sport propre et le sport c'est bon pour la santé.

Tellement bon que selon une enquête menée en 2002 par l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme (ISPA), les jeunes qui pratiquent le sport pendant leurs loisirs ont un net penchant pour le tabac et l'alcool, et ont 24 % de plus de risques de tomber dans le tabagisme que la moyenne des jeunes de leur âge. Le même genre d'enquêtes, faites au niveau international par l'OMS donne le même genre de résultats pour les autres toxicomanies, au point que le sport professionnel est l'un des milieux professionnels les plus frappés par les toxicomanies, légales (médicaments, alcool) ou illégales (opiacés, drogues de synthèse), sans même tenir compte du dopage.

Bref, nous ne parlons pas d'un sport-marchandise qui, puisqu'il se livre lui-même à la course au pognon privé, n'a plus à être subventionné, ni directement, ni indirectement, par la collectivité. Le foot " d'élite " fait le trottoir : ni les communes, ni le canton, ni la Confédération n'ont à être son proxénète.

Nous parlons d'un sport que des enfants, des adolescents et des adultes font par plaisir, parfois par passion, dans des clubs associatifs dont le but est de leur donner l'occasion et le moyen de ce plaisir ou de cette passion, et qui sont aussi l'un des lieux de la multiculturalité, du respect de l'autre et de l'intégration des immigrés.

Ce sport là mérite d'être soutenu. Le " sport " dont les " grandes équipes " de foot sont les " phares " ne mérite aucun soutien public -et n'en a d'ailleurs pas besoin : qu'on le laisse à ses spéculations, à ses pompes à fric, à ses vedettes. L'argent des contribuables n'a pas à être utilisé pour subventionner l'industrie du sport et du spectacle sportif -celle qui, au plan européen, est manifestée par le " G14 " (groupement des 14 plus puissants clubs européens), qui ferraille depuis des années pour que les joueurs soient littéralement enchaînés au club qui les a achetés (à un autre club), comme on enchaînait les esclaves dans les cales des vaisseaux de la traite.

Et si le Servette FC de la " Super League ", le Servette Société anonyme, était mis en faillite et éliminé de ladite Super League (en vieux français : Ligue nationale A) ? Bof… D'une part, cette élimination n'aurait aucun impact négatif sur l'économie locale (de toutes façons, le SFC SA ne paie pas ses factures), ni même sur l'audience du foot à Genève (l'OM, le Benfica, le Real ou la Juve y ont plus de supporters -et de téléspectateurs- que le Servette), ni même sur l'audience des émissions sportives de la télévision (le sportif en chambre ne fera que changer de sport, sans changer ni de fauteuil, ni de plateau télé, ni de canette de bière)…

Un extra-terrestre dans le monde du foot : ainsi apparaît le président du Servette FC, Francisco Vinas, dans l'entretien qu'il a accordé au "Matin" du 8 octobre. Lui-même résume sa propre étrangeté : "Moi, je fais du foot passion, pas du foot business". Mais ce dernier des Mohicans résume aussi la situation du club qu'il porte à bout de bras : "Je reçois une subvention qui correspond à la moitié de ce que touchent d'autres clubs du canton. Et Servette doit encore payer pour jouer à la Praille". Et Vinas d'ajouter : Si j'avais 5 millions de francs devant moi, je construirais un centre de formation".

Est-ce que ça ne serait en effet pas plus utile d'accorder une subvention de 5 millions à Vinas pour un centre de formation, que d'en claquerau moins trois fois plus dans les à-côtés de l'Euro2008 ?

En Suisse même, les " grands clubs ", qui ont réussi, après que la LNA ait manipulé la Première Ligue, à placer leur candidat (un avocat septuagénaire...) à la tête de l'Association suisse de football contre le candidat de la ligue amateur (au moins les choses sont-elles désormais claires : l'ASF est la représentante des sponsors du foot-spectacle rentable, pas celle des amateurs de football) n'ont rien à voir, sinon la prétention de le représenter, avec le sport que pratiquent des dizaines de milliers de nos concitoyens.

Malheureuses sont les villes qui comme Zurich érigent le sport et sa pourriture moderne en enjeu crucial, en symbole d'union civile et civique, en élément-clé de l'avenir, en symptôme de dynamisme, en signe d'audace, en preuve d'invention, en démonstration de son rayonnement au cœur de l'Europe et du monde.

Malheureuses sont les opinions publiques qui se passionnent pour la controverse suscitée par le projet de stade à Zurich au point d'y percevoir un rituel démocratique essentiel (…)

Malheureuses sont les villes comme Zurich et les opinions publiques actuelles qui se laissent d'autant plus fasciner par un projet de stade de football qu'elles organisent au quotidien la destruction de tout ce que le sport devrait inspirer aux humains : le plaisir et la possibilité de déployer son corps et sa mentalité dans un environnement bénéfique, d'accomplir un geste gratuit, de côtoyer l'étranger venu de loin, d'accorder le dynamisme à l'intelligence, de porter secours aux plus faibles, d'estimer l'Autre et de s'aimer soi-même

Christophe Gallaz, " Le Matin " 17 octobre 2004

Mobilisation générale à Berlin (et dans le reste de l'Allemagne) avant la Coupe du Monde de foot du 9 juin au 9 juillet prochains : on attend un afflux record de clients dans les bordels (la prostitution a été légalisée en Allemagne en 2002), et la 18e Coupe du monde de foot battra certainement tous les records en matière de racolage et de baise tarifée.

"Le sport est la meilleure école de vie. Il apprend à gérer la victoire, à surmonter la défaite, à s'intégrer dans une équipe, à respecter les règles et l'adversaire, à mieux se connaître"

(Adolf Ogi, "Le Matin" du 23 février)

... ça crêve les yeux...

400'000 prostituées travaillent en Allemagne, mais elles risquent d'être en nombre insuffisant pour les millions de spectateurs (essentiellement masculins) venus du monde entier, et 40'000 femmes recrutées par des réseaux de proxénétisme, voire de traite des femmes, s'apprêteraient à franchir la frontière. Interpol confirme : "Au moment des grands événements sportifs, les réseaux de prostitution mettent en place des structures spécifiques". Début février, les députées de la Commission des droits des femmes et de l'égalité des genres ont déposé au Parlement européen une motion dénonçant "la prostitution forcée dans le cadre des événements sportifs mondiaux" et demandant à la Commission européenne et aux Etats membres de "lancer une large campagne européenne (...) pour informer et éduquer le public en général, les sportifs et supporteurs en particuliers, sur la problématique de la prostitution forcée et du trafic, mais surtout pour limiter la demande en sensibilisant les clients potentiels". La Coalition internationale contre la traite des femmes a lancé une pétition demandant aux équipes participant au Mondial de foot de rendre "publique leur opposition à l'exploitation sexuelle des femmes". Le Conseil allemand des femmes a demandé à l'équipe d'Allemagne de parrainer sa campagne contre la prostitution forcée -mais un seul joueur (un remplaçant) a répondu favorablement, avant de se rétracter. L'organisation féministe "Le droit de la femme est un droit de l'homme" n'a réussi à enrôler qu'un ancien footballeur des années '60, Siggi Held, pour parrainer son action.

"Soyez poli et respectueux, assurez-vous que votre corps est propre, ne buvez pas trop"

(tract préparé par la municipalité de Berlin à l'intention des supporters de foot en prévision de leur affluence dans les bordels de la ville, lors de la Coupe du Monde)

... des supporters polis et respectueux, propres sur eux et pas bourrés : la muncipalité de Berlin a fumé le gazon de ses parcs ?

Il n'y a finalement que la Fédération internationale de football pour croire, et même assurer, qu'il "n'y aura pas de prostitution dans et autour des stades". Organisations féminines et autorités publiques n'en croient pas un mot et tentent de limiter les dégâts. L'association "Solidarité pour les femmes en détresse" (Solwodi) a lancé une campagne d'information dans les pays d'origine des femmes qui se verront "proposer des boulots dans les bars ou dans des restaurants pour la Coupe du monde (mais) courent le risque d'être prises dans des filières de prostitution". La municipalité de Berlin prévoit de distribuer 100'000 préservatifs et de diffuser un tract en anglais demandant aux supporters de rester "polis et respecteux", "propres" sur eux, et de ne "pas trop" boire. Des supporters polis, respectueux, propres et abstinents : le nouveau rêve berlinois.

De leur côté, les professionnel(le)s de la profession se préparent à faire peut-être de bonnes affaires. Une patronne de bordel (le Café Pssst) en doute ("les fans de football sont souvent saouls", mais le porte-parole du plus grand bordel d'Europe, Artemis (le nom grec de Diane, déesse chaste et vierge), ouvert à l'automne dernier, est plus optimiste : il lui suffira de 250 clients par jour pour 40 prostituées en moyenne pour rembourser en un an 90 % de son investissement initial de 6,4 millions d'euros. Dans ces conditions, la Coupe du monde, c'est tout bénéfice. Artemis est conçu pour accueillir 100 prostituées et 600 clients sur quatre étages, à trois stations de métro du stade olympique.

Moralité (si on ose dire) : dans le petit monde du foot-pognon, y'a pas que les contribuables qui vont se faire baiser.

 

 

 

 

 

L'Office fédéral du sport et "Swiss Olympic" lancent ensemble, depuis fin octobre 2004, avec (notamment) les départements de l'instruction publique, la Commision fédérale du sport et les offices fédéraux de la santé publique et des assurances sociales, une campagne contre les abus sexuels dans le sport, en expliquant que les personnes les plus touchées par ces abus sont les jeunes entre 10 et 17 ans et qu'à cet âge, en dehors de la famille, les clubs de sports figurent au nombre des lieux les plus propices aux abus sexuels. C'était notre rubrique : le sport, c'est bon pour la santé des jeunes.

Le foot est aussi une grande école de sociabilité : fin novembre, les dirigeants des clubs genevois ont dû se réunir avec le chef du département de l'Instruction publique, Charles Beer, pour tenter de donner une réponse aux comportements débiles constatés autour du foot junior : "des bandes qui s'invitent sur la touche d'un match de football avec des objets contendants, des éducateurs qui prennent leur douche avec les enfants" etc..., narre "La Tribune de Genève" (24 décembre). Même la Confédération a dû s'en mêler, en lançant une campagne de prévention (LaOla) pour soutenir les clubs confrontés à ce genre de comportements.

Les néo-nazis européens s'organisent pour faire du Mondial 2006 l'occasion d'un "massacre" de "musulmans", annonce "La Reppublica", s'appuyant sur les confidences d'un supporter d'extrême-droite de l'AS Roma, qui déclare : "nous parlons et planifions ensemble, avec les Anglais, les Allemands, les Néerlandais, les Espagnols" un "massacre" des supports turcs, algériens et tunisiens, tous "terroristes islamistes" et "ennemis à éliminer". Tout comme la police, d'ailleurs.

Tout ça, c'est pour le Mondial 2006. L'Euro 2008, c'est deux ans après. Le temps pour la coordination européenne des trépanés de s'entraîner.

En Suisse aussi, à notre petite échelle, on s'inquiète des violences des supporters : 400 personnes sont actuellement interdites de stade en Suisse, et 40 % de ces personnes ont moins de 20 ans. Confronté à la violence de certains de ses supporters, le FC Bâle a dû mettre en place un encadrement de ses fans (on rappelera d'ailleurs que "fan" est le diminutif de "fanatique").

Après avoir bu et cogné, le supporter, à supposer qu'il soit encore en état de le faire, va vouloir baiser. Et donc les bordels allemands sont sur le pied de guerre (ou le pied de grue) pour le Mondial de cet été : "Je pense que le football et le sexe vont bien ensemble", commercialement parlant, déclarait en décembre l'avocat du plus grand bordel de Berlin, Norman Jacob. Y'a pas de petit profit. Et même si le supporters bande mou après le match, il casque : ce que le client paie aux prostituées et aux tenanciers des boninards, c'est pas l'acte de baiser, c'est le temps passé à essayer de le faire, qu'il y soit parvenu ou non. En ce sens, le supporter de foot, c'est le client rêvé : il paie pour rien. Et deux fois : une fois au stade, une fois au bordel.


"C'est le football qui nous intéresse, pas les histoires qu'on apprend à l'école", ont déclaré ("Le Monde" du 6 juin) des supporters de foot visitant le stade olympique de Berlin avant la finale du "Mondial", et apprenant que ce stade fut construit par les nazis et fut le théâtre, pour les jeux olympiques de 1936, d'une gigantesque manifestation de propagande orchestrée par Goebbels.

... il n'est pire sourd que le supporter de foot qui ne veut rien entendre...

Le 13 mai, à Berlin, les supporters de deux équipes berlinoises (le Dynamo et l'Union) se sont affrontés. Ces affrontements ont fait cinq blessés et une trentaine de hooligans présumés ont été arrêtés. L'Allemagne compterait une dizaine de milliers de hooligans, dont la surveillance (et celle de leurs congénères importés des autres pays producteurs de cette matière primaire) pendant le Mondial de foot aura nécessité la mobilisation de 30'000 policiers. Après la rencontre Allemagne-Pologne, lors du premier tour du Mondial, 430 supporters ont été arrêtés après de violents incidents dans la rue.

Même les retransmissions télévisées de matches suscitent des incidents à des centaines de kilomètres des stades : à Genève, le 19 juin, après le match Suisse-Togo, deux supporters s'en sont pris à des piétons, qu'ils ont roués de coups, avant d'être arrêtés par la police après une course-poursuite... Quant aux matches "amicaux", ils le sont à peine plus que les autres : le 31 mai, juste avant le début d'un match amical Suisse-Italie, des supporters italiens fascistes sont interpellés par la police, qui leur confisque un drapeau et une banderole insultante et incitant à la violence. Les fachos sont ensuite autorisés à entrer dans le stade... et à récupérer leurs accessoires de fachos avant de rentrer chez eux.

En Suisse, on a compté plus d'une centaine d'incidents lors de matches de foot, nécessitant l'intervention de la police, entre début janvier 2005 et fin mai 2006. 350 à 400 individus (dont environ 150 ont moins de 20 ans) sont interdits de stade suite à des violences. La liste de leurs noms a été transmise aux organisateurs du Mondial, et les supporters suisses au Mondial ont été chaperonnés par une cinquantaine de policiers suisses, et huit "spotters" (repéreurs) de la police zrichoise, experts en hoologanisme. Après les incidents de Bâle, mi-mai, lors d'un match Bâle-Zurich, la présidente du FC Bâle a écrit au FC Zurich pour s'excuser du comporter des supporters bâlois, et le Procureur a demandé aux spectateurs des incidents de lui envoyer photos ou films permettant de confondre les trublions. Quant à l'inénarrable Adolf Ogi, il a fièrement déclaré : "nous devons redécouvrir la discipline, la justice et l'ordre", et le directeur de l'Euro2008 pour la Suisse, Martin Kallen, a assuré vouloir maintenir les hooligans à l'écart des stades en instaurant rien moins que trois périmètres de sécurité successifs : le premier pour empêcher les personnes sans billet de pénétrer dans la zone sécurisée, le second pour fouiller les spectateurs (soit les personnes avec billets), et le troisième pour trier les porteurs de vrais et de faux billets. Et cela sans exclure d'autres contrôles supplémentaires (des miradors avec des mitrailleuses ?), et en prévoyant jusqu'à 1000 agents de sécurité par match. Le Conseiller fédéral Samuel Schmid y ajoute l'armée : "de 8000 à 10'000 soldats seront nécessaires pour assurer la sécurité lors de l'Eurofoot", et les cantons pourront aussi utiliser des drones (avions sans pilotes) pour surveiller les supporters. On a enfin réussi à trouver une utilité à notre glorieuse armée -et ça tombe bien, c'est la même utilité que celle qu'on a trouvé à notre mirifique stade. Si vous avez d'autres trucs parfaitement ineptes et superfétatoires à fourguer, envoyez un mot aux organisateurs de l'Eurofoot, ils auront surement une idée géniale.

Mais qu'ils paieront avec votre propre pognon.

Pendant ce temps, les polices suisses s'entraînent et se préparent. Le commandant de la gendarmerie vaudoise, Alain Bergonzoli, résume : "les stades seront sanctuarisés" (le foot étant devenu une religion, c'est assez logique) : d'abord, les hooligans ne devraient pas pouvoir entrer en Suisse et devraient être arrêtés à la frontière. Ensuite, s'ils ont pu passer, ils sevraient être arrêtés sur les voies d'accès aux stades. Et si ont encore pu passer, il devraient être arrêtés à l'entrée des stades. Et s'ils ont encore pu passer, on fait quoi ? on les arrête sur la pelouse, dans les vestiaires, aux chiottes ? De toutes façons, le gendarme assure que "le hooligan n'est pas un ennemi, mais un citoyen passagèrement égaré, qui constitue une menace pour d'autres citoyens". Un policier genevois fait dans l'anthropologie : "un hooligan n'est pas uniquement un crâne rasé qui se déplace avec sa horde, ça peut être deux ou trois gamins avinés capables d'entraîner toute une tribune dans une bagarre générale". Vu la fréquentation habituelle du stade de la Praille, entraîner "toute une tribune" équivaut à entraîner tout le stade, et une bagarre générale à une dispute privée, mais on ne s'en plaindra pas.

Hypothèse amusante du gendarme vaudois : "il faudrait par exemple éviter que de trop nombreux supporters allemands et anglais se retrouvent (sur) le même bateau de la CGN, sur le Léman" ("Le Temps" du 21 juin). Et alors ? Y'aurait plus qu'à couler le bateau... Pour une fois que les supporters ne se noieraient pas dans de la bière mais dans de la flotte...

D'ailleurs, le Conseiller fédéral Samuel Schmid est opposé à la vente d'alcool autour des stades pendant l'Eurofoot, tout en ajoutant que la décision relève des cantons ("Tribune de Genève" du 29 mai).

Ouais. On pourrait aussi interdire le foot dans les stades, ça réglerait définitivement le problème des hooligans autour des stades : quand y'a pas de merde, y'a pas non plus de mouche à merde.

"Nous devons redécouvrir la discipline, la justice et l'ordre"

(Adolf Ogi, à propos des violences des supporters de foot, "Le Courrier" du 22 mai 2006)

... et le travail, la famille, la patrie, la marche au pas et la boule à zéro ?

Déferlement de connerie tribale autour du Mondial de foot : en plus des rabotés du bulbe s'enrobant d'un drapeau et klaxonnant à tire larigot au moindre but, d'autres taborniaux ont hissé sur le Palais fédéral à Berne (avec l'accord du bureau des Chambres fédérales et de la Ville de Berne) une immense banderole proclamant (en tudesque dans le texte) "Fussball regiert !" (le football gouverne). On croyait que dans une démocratie, c'était un gouvernement légitimement adoubé par un parlement élu qui gouvernait, ben non, c'est le foot.

"Fussball regiert !" (le football gouverne), proclame une fière (à bras) banderole hissée sur le Palais fédéral pendant le Mondial.

Ben voilà, c'est fait, on a redécouvert la discipline, la justice et l'ordre. Bon, évidemment, en route, on a un peu perdu la démocratie (on croyait que dans une démocratie, c'était un gouvernement légitimement adoubé par un parlement élu qui gouvernait, ben non, c'est le foot pognon), mais on fait pas d'omelette sportive sans casser des oeufs citoyens

Ajoutons au tableau, pour qu'il soit à peu près complet, qu'au-delà (ou à côté) du hooliganisme et des affrontements entre supporters, le foot collectionne les effets collatéraux amusants : suicides de supporters après la défaite de leur équipe, assassinats de supporters de l'équipe adverse, assassinats d'arbitres ou de joueurs (comme ce joueur colombien auteur d'un autogoal, en 1994), émeutes et pogroms divers et variés... Le top du top, ce fut la "guerre du football" (ou "guerre des cent heures") entre le Honduras et le Salvador, en 1969 : 2000 morts, 4000 blessés, 130'000 réfugiés (voir l'article paru dans "Le Courrier" du 12 juin

Y'a pas que les media, les fans de foot et les multinationales partenaires (genre Coca Cola) qui ont préparé le Mondial (et préparent déjà l'Euro) : les fachos aussi. Fin mars, une cinquantaine de hooligans polonais et allemands se sont offerts une petite répétition, un entraînement avant le Mondial. Et en Autriche, des hooligans de plusieurs pays auraient "signé un pacte" (selon le quotidien italien "La Repubblica") en vue de réaliser des "attaques ciblées" lors du Mondial.

De son côté, le Conseil des communautés africaines de Berlin a publié une liste de "no-go areas", c'est-à-dire de zones et de quartiers de Berlin et d'autres villes du Brandebourg et de Saxe où il est fortement déconseillé au "étrangers de couleur" de s'aventurer.

Comme disait on ne sait plus (et on n'a plus envie de savoir) qui, "le sport est un instrument de la fraternité entre les peuples". Et la fraternité, comme disait Caïn à Abel, ça se cultive.

Surtout dans des stades comme celui qui accueillera la finale du Mondial : le stade olympique de Berlin, construit sur ordre de Hitler, inauguré par Goebbels, célébré par Leni Riefenstahl. Un lieu emblématique de la fraternité entre les peuples, quoi.

Ce Mondial qui nous gouverne est d'abord une gigantesque pompe à fric : la FIFA (fédération internationale du foot pognon) a encaissé 1,6 milliard de francs pour la seule vente des droits TV, Coca-Cola s'est lié à la FIFA (et réciproquement) pour seize ans, Adidas a signé avec la FIFA un contrat qui, jusqu'en 2014, porte sur 400 millions de francs, et le marché du football devrait peser en 2006 autour de quatre milliards de francs (soit une croissance de 15 % en deux ans). Cette masse de fric est captée par des groupes dont le sport est la moindre des préoccupations. D'ailleurs, la Coupe du monde de foot n'est plus la Coupe du monde de foot, c'est, officiellement, la Coupe du monde de la FIFA. En réalité, c'est la Coupe du Monde des sponsors et des détenteurs des droits de télévision. Ainsi, le groupe ART, du milliardaire saoudien Salah El Kamel, s'est adjugé, contre les télévisions publiques arabes, le monopole de la retransmission des matches dans le Maghreb et le monde arabe, sur son réseau crypté, privant les chaînes nationales des pays arabes de la possibilité de conclure avec lui des accords permettant la diffusion des matches en clair et en direct. Pour pouvoir accéder au "bouquet" du groupe ART, les téléspectateurs des pays concernés devaient payer l'équivalent d'un à trois mois de salaire, le groupe s'étant arranché pour que seules les cartes d'abonnement les plus chères soient disponibles -du coup, les gouvernements ont du subventionner l'achat par les téléspectateurs de cartes à bas prix. Les téléspectateurs n'avaient pas même la possibilité, par exemple en Afrique du nord, de suivre les retransmissions en clair et en direct assurées par les chaînes françaises, puisque ART avait aussi obtenu le droit de faire crypter ces chaînes à destination des pays qu'elles arrosent. La presse algérienne dénonce la "FIFA du fric" et son "oligarchie opaque" qui a vendu à un millardaire saoudien le droit des téléspectateurs algérien de suivre les matches du Mondial.

"Mettons la magie du football au service de notre recherche de la paix et du développement"...

... ont affirmé le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan et le président de la FIFA, Joseph Blatter, à l'ouverture de la Coupe du monde de foot.

... ce serait en effet de la magie... Surtout dans des stades comme celui qui accueillera la finale du Mondial : le stade olympique de Berlin, construit sur ordre de Hitler, inauguré par Goebbels, célébré par Leni Riefenstahl. Un lieu emblématique de la recherche de la paix et du développement.

Le marché du foot est structuré par un appareil pyramidal de ligues, partant des clubs amateurs locaux jusqu'aux premières divisions nationales, puis en Europe à l'UEFA (Ligue des champions, championnat d'Europe) et, cerise sur la gâteau, la FIFA (Coupe du monde). le football est un système intégré où les clubs forment des ligues, regroupées au niveau continental (UEFA) et international (FIFA). Ce marché pyramidal est aussi un trafic, une traite : des milliers de jeunes Africains, recrutés par des réseaux qui ratissent le continent, viennent chaque année en Europe (la moitié en France)avec l'illusion d'y pouvoir faire une carrière de footballeurs professionnels. Leurs familles, bercées de la même illusion, payent 3000 ou 4000 euros un voyage qui, la plupart du temps, se termine dans la rue, sans papiers. L'association Culture Foot Solidaire a dénombré, rien qu'en France, plus de 600 joueurs africains en rupture de ban. La seule Fédération de foot du Cameroun a délivré en 2005 huit cent cinquante lettres de sortie. Les règles de la FIFA qui interdit le recrutement des mineurs sont contournées par les réseaux (au vu et au su de la FIFA) par le maquillage des papiers d'identité (on vieillit les joueurs pour povoir les transférer, après quoi on les rajeunit pour augmenter leur valeur marchande). On maquille aussi leur identité. Ce nouveau "bois d'ébène" est tout benef' : les clubs européens qui les achètent aux réseaux n'ont rien eu à payer pour leur formation, et encaissent une plus-value considérable quand ils les transfèrent à d'autres clubs.

On notera que la Coupe du monde (pardon : la Coupe de la FIFA) qui sévit actuellement n'aurait pas dû se dérouler en Allemagne, mais en Afrique, et que ce n'est qu'à la suite de sombres magouilles qu'elle a été déplacée d'un continent pauvre (et donc d'un marché inintéressant) à un pays riche.

"Il y a des clubs (de football) qui dopent leurs joueurs à leur insu"

(Arsène Wenger, manager du club britannique Arsenal, "Le Monde" du 25 mai 2006)

... il n'est pire crétin que le joueur de foot qui ne veut rien comprendre...

Fait pas bon critiquer la FIFA pendant (ou avant, ou juste après) le Mondial (de la FIFA) : ARTE (pas la pire chaîné télé, pourtant) a déprogrammé, le 28 juin, deux documentaires sur la FIFA et ses magouilles, prévus dans le cadre d'une soirée "Thema" intitulée "carton jaune pour la FIFA". Raison officielle de la programmation : le second documentaire ("quand la FIFA dicte sa loi à l'Allemagne") n'était pas terminé. or il était terminé. Mais voila : le doc' montrait comment la FIFA a imposé son marketing, fait rebaptiser des stades, installé des tribunes spéciales pour le potentat de la FIFA, Sepp Blatter, demandé divers privilèges pour ses sponsors et ses petits copains et joué un rôle douteux dans l'attribution des billets. Toutes pratiques qu'il était donc de mauvais goût de révéler pendant la "grande fête du foot".

Le premier documentaire, déprogrammé lui aussi (et là, on ne prend même pas le peine de prétendre qu'il n'était pas terminé, puisqu'il avait déjà été diffusé à la BBC) est une adaptation du livre du journaliste Andrew Jennings "Carton rouge pour la FIFA". La FIFA avait tenté de faire interdire le livre en Suisse et n'y était pas arrivée. Le doc détaille les transferts douteux d'argent vers la FIFA (notamment un virement d'une société de marketing sportif, International Sport Leisure, pour 1 million de francs suisses à l'hiver 1998), les étranges remboursements obtenus par le président de la FIFA, Sepp Blatter, après sa campagne pour se faire élire à la présidence en 1998.

Bref, la loi de la FIFA est toujours celle de la mafia : l'omertà.

De toutes façons, le Mondial a surtout été affaire de gros sous. On rappellera donc que l'Allemagne a claqué au moins 7 milliards d'euros pour le Mondial : 1 milliard et demi pour la construction et la rénovation des stades, quatre milliards et demi pour le réseau routier, 700 millions pour la nouvelle gare centrale de Berlin. On signalera que le prix du spot publicitaire est passé à 250'000 euros les 30 secondes sur TF1 (quinze ans de salaires d'un smicard, rapelle -méchamment- le "Monde Diplomatique"- pour la finale France-Italie (ce qui n'a pas empêché TF1 d'accuser une perte d'environ 40 millions d'euros dans l'opération "Mondial", entre ses 70 millions de recettes publicitaires et ses 110 millions d'achat de droits et de frais de production). De son côté, M6 devrait perdre dans les quinze millions. Pendant ce temps, la FIFA devait percevoir au moins 1,1 milliard d'euros pour les seuls droits télévisés et les parrainages publicitaires. Les investissements publicitaires pour le Mondial ont dépassé les trois milliards, le groupe Uma a annoncé que ses ventes avaient progressé de 40 % au premier semestre 2006, et Adidas a vendu plus de trois millions de maillots.

Quant à la FIFA, elle a encaissé un milliard et demi de francs pour les droits télé et un milliard de francs de ses 15 sponsors. Et ça ne lui suffit pas : les quinze sponsors actuels ont mis chacun entre 45 et 50 millions de dollars sur (ou sous) la table pour avoir leur nom lié à la fête à blaireaux, la FIFA a décidé de réduire le nombre des sponsors à six, mais de tripler le ticket d'entrée. Faites le calcul : la FIFA va encaisser 150 millions de dollars de plus de sponsoring (Coca-Cola, Adidas, Hyundai, Emirates Airlines, Sony, Visa) lors du prochain Mondial, en Afrique du Sud en 2010.


Le Mondial de foot a été, comme on s'y attendait, le moment d'un intense déferlement de connerie tribale. Un tribalisme salué d'ailleurs, on devait s'y attendre, par le parti officiel du tribalisme suisse : l'UDC s'est fendue le 24 juin d'un communiqué proclamant que la qualification de l'équipe nationale en 8ème de finale du Mondial "est un bel exemple de qualité suisse". On n'a par contre pas pu lire de communiqué proclamant que l'élimination de l'équipe suisse lors de ces 8ème de finale était un "bel exemple de qualité ukrainienne", mais on n'en félicitera pas moins l'équipe ukrainienne d'avoir contribué à dissiper les pestilences chauvines en Suisse. Dans "Le Matin", le Conseiller national radical Yves Christen témoigne avoirt entendu de jeunes supporters de l'équipe de foot suisse crier "vive Blocher !" devant le Palais fédéral. Il s'attendait à quoi, Christen ? A entendre des supports de foot crier "vive Zysiadis !" ?

Comme l'UDC n'est finalement que la version suisse d'un populisme tribal assez généralement répandu en Europe, on notera qu'en Italie, un ancien ministre de le Lega, Roberto Calderoli, vice-président du Sénat italien, a salué la victoire de l'Italie contre la France comme la victoire "idenditaire" d'une équipe "qui a aligné des Lombards, des Napolitains, des Vénitiens et des Calabrais" sur une équipe "qui a sacrifié sa propre identité en alignant des Noirs, des islamistes et des communistes". Et d'en remettre une couche après qu'on lui ait demandé de s'excuser : c'est quand même pas sa faute à lui, modeste tifoso, si l'équipe de France "a aligné sept noirs sur onze joueurs, si Barthez chante l'Internationale au lieu de la Marseillaise et si certains préfèrent la Mecque à Bethléem". En cherchant bien, on pourrait pas trouver aussi des juifs et des franc-maçons ? Quant à l'éditorialiste du "Messagero", il fait dans le dithyrambe patriotique : "Partout sur la planète Terre, le passeport blanc-rouge-vert sera timbré avec admiration". Même si c'est Zidane qui a donné le premier coup de tampon ?

En Suisse romande, on notera que le Mondial a été le prétexte d'une sorte de défoulement francophobe, chauvin et compensatoire. Une sorte d'écho aux campagnes antifrontaliers qu'on a connues à Genève lors des dernières élections cantonales. C'est dans ce brouet qu'un édito de von Burg dans "La Tribune" voit "un sentiment de fierté débarrassé de toute fausse pudeur". En effet. Et débarrassé aussi de toute vraie pudeur. En clair : une connerie basique s'exposant au grand jour. Heureusement que l'équipe de Suisse s'est fait jeter en huitième de finale, on serait tombé encore un peu plus profond dans le magma tribal.

"Quel est le contenu culturel ou linguistique du football? Le sifflet ? Les grognements des joueurs ? Les hurlements des supporters ? Les vociférations des entraîneurs ? C'est quoi, le contenu sémantique véhiculé par tout ça ?"

... se demande Jean-Marie Brohm, dans "Le Matin" du 25 juin.

... c'est quoi, le contenu sémantique de "groumpf" ? Ben, c'est "groumpf", quoi...

Quant aux dégats collatéraux de la "grande fête du foot", on se contentera ici de n'en donner que quelques exemples : Au total, près de 3000 personnes ont été arrêtées par la police allemande aux abords des stades du Mondial. Et cela, alors que des milliers de supporters potentiellement violents avaient été bloqués dans leurs pays d'origine (3600 en Grande-Bretagne, par exemple). 7000 délits ont été enregistrés, 875 personnes blessées, dont 250 policiers.


On ne comptera pas dans les dégâts collatéraux l'altercation, en finale, entre Zidane et Materazzi : là, avec les insultes de Materazzi et le coup de boule de Zidane, on est dans la routine des matches de foot, même si on en a fait tout un foin. De toutes façons, le moins que l'on puisse faire (et que la FIFA a d'ailleurs fait), c'est de renvoyer les deux joueurs dos à dos, après leur face-à-face. Ce qui n'a pas empêché les commentaires plus percutants : "Beaucoup, en Algérie du moins, regretteront que Zidane ait orienté son coup de tête vers la poitrine de Materazzi" au lieu de "l'ajuster de quelques centimètres plus haut, vers la gueule" après que Metarazzi ait insulté la mère et la soeur, de Zidane estime "Le Quotidien d'Oran". Le président Algérien Abdelaziz Bouteflika a d'ailleurs adressé un message de sympathie à Zidane, après la "grave agression" à laquelle il a réagi en "homme d'honneur". Bouteflika a assuré "Zizou" de la "compréhension", de "l'estime inentamée" et de l'"admiration" des Algériens.

Comme quoi, les footballeur ont raison, de temps à autre, de faire travailler leur tête.

"Un joueur comme Materazzi, c'est une maladie", a ajouté le footballeur français Lilian Thuram. On pardonnera à Thuram de ne pas faire la différence entre la maladie et le malade, il est footballeur, Thuram, pas médecin. Le malade, c'est Materazzi. Mais la maladie, c'est le foot.

Le fameux "coup de boule" de Zidane à Materazzi, en finale de la Coupe du Monde de foot, a rendu Zizou encore plus populaire qu'avant auprès des Français. Au "Top 50" IFOP-Journal du dimanche des personnalités préférées des Français, Zidane cartonne en tête, progresse de 17 points par rapport à l'enquête précédente, et se retrouve le préféré des hommes comme des femmes, de la gauche comme de la droite, et de deux tiers des 15-24 ans. Un véritable triomphe. Salué par les politiques (Chirac trouve le "coup de boule" compréhensible, Ségolène Royal salue la capacité du héros à défendre "farouchement les valeurs auxquelles il tient, en particulier le respect dû à sa soeur"), Zidane l'est aussi par ses sponsors. Adidas a créé un site internet pour le soutenir, Danone envisage de l'élire dans son Conseil d'administration.

L'Association suisse de football, qui connaît le terreau dans lequel elle batifole, a adressé une directive aux associations cantonales pour promouvoir le "fair play" dans les stades, manière de constater cette évidence qu'en ces lieux, le "fair play" n'est pas le comportement le plus naturel.

Emboîtant le pas à l'association suisse, l'association genevoise (ACGF) a élaboré un concept, se traduisant par une charte. Yvan Perroud, président de l'ACGF constate que "c'est entre 12 et 17 ans que la recrudescence des comportements antisportifs est la plus marquée" ("Tribune de Genève" du 2 septembre). Notons bien que le président de l'ACGF ne parle même pas des comportements antisportifs, mais de leur recrudescence...

Or donc, l'ACGF a donné consigne à ses arbitres d'être plus sévères. Le vice-président de l'association, Javier Gonzalez, constate en effet que "la violence sur les terrains a considérablement augmenté ces derniers temps", que l'autorité des arbitres est "souvent bafouée", que les "attaques verbales" et même physiques sont de plus en plus fréquentes, et qu'en plus de la tension qui règne souvent sur le terrain, des bandes, des supporters ou des "parents excités" mettent un peu d'huile sur le feu.

Côté supporters violents et autres hooligans imbibés, l'approche de l'Euro 2008 suscite également quelques inquiétudes, qui ont abouti à l'adoption de mesures de sécurité (contre lesquelles un référendum a vainement été tenté par certains clubs de supporters) que le Conseil fédéral a décidé d'appliquer (ou plutôt de faire appliquer par les cantons) dès le 1er janvier 2007. La loi permet la création d'une banque de données recensant les hooligans, l'interdiction de périmètre, la garde à vue pour 24 heures, l'interdiction de se rendre dans un pays donné, l'obligation de se présenter à la police, toutes mesures applicables à des jeunes dès 12 ans (sauf la garde à vue, dès 15 ans). La plupart des dispositions devraient être abandonnées fin 2009, l'important étant qu'elles soient praticables en 2008, pour l'Eurofoot, et en 2009, pour le Mondial de Hockey.

En attendant l'entrée en vigueur des textes "antihooligans", une cinquantaine de supporters du Servette s'en sont donnés à coeur joie, le 9 septembre, à Chiasso (où par ailleurs le Servette s'est fait éclaffer par l'équipe locale 4 à zéro). Des bagarres rangées provoquées par les supporters servettiens, aidés de supporters luganais qui voulaient casser du chasseso (plus les équipes sont proches, plus la connerie du supporter est concentrée) ont fait plusieurs blessés, dont un a été hospitalisé pour commotion cérébrale, brûlé des drapeaux et autres amusements traditionnels en pareille occasion. Le Ministère public tessinois a ouvert une enquête contre une cinquantaine de supporters genevois.

Comme disait l'autre, "Vivement l'Euro 2008"...


Depuis le début de la saison, il est interdit de fumer dans les stades suisses, y compris sur la pelouse et sur les bancs de touche, lors des matches.

Tant qu'il n'est pas interdit de picoler avant et après...

La campagne internationale contre le commerce du sexe, connexe au commerce du foot, semble avoir eu un effet positif : le nombre de prostituées plus ou moins clandestinement importées d'Europe de l'est, parfois contre leur gré, a été moins important que prévu. Mais ce trafic n'en a pas moins été constaté. En 2005 déjà, l'Allemagne, où la prostitution est légale depuis 2002, détenait le record d'Europe du nombre de femmes prostituées. Le Mondial 2006 lui aura permis de conserver son titre, malgré la campagne lancée par le Frauenrat sur le thème "carton rouge à la prostitution forcée". Campagne qui n'a d'ailleurs pas reçu le soutien de la FIFA (explication de la porte-parole du Frauenrat, Ulrike Helnwerth : "les fans de foot sont de potentiels clients de la prostitution, et la FIFA n'a pas voulu choquer son propre public"). Malka Marcovitch, directrice européenne de la Coalition contre la traite des femmes (CATW), confirme : "le foot des supporters offre l'image d'un monde valorisant les clichés machistes". Selon une étude menée par la CATW, auprès de 200 prostituées des Pays-Bas, où la prostitution est légale (comme en Allemagne), 80 % d'entre elles ont subi des violences physiques de la part de proxénètes ou de clients. La police fédérale allemande (le Bundeskriminalamt) a estimé à environ 40'000 le nombre des prostituées illégales, soit le 10 % du nombre total des prostituées du pays.

En Suisse, c'est pas plus brillant qu'en Allemagne : les Chambres fédérales ont refusé de débloquer des fonds pour lutter contre la prostitution forcée dans la perspective de l'Euro 2008.

Y'a pas que le sexe dans la vie du foot pognon, y'a aussi la dope. La Fédération internationale de foot (FIFA) est la seule fédération internationale de sport à ne pas autoriser l'agence mondiale antidopage (AMA) à effectuer des contrôles inopinés hors compétition. Contrairement au Tour de France ou au Comité international olympique (CIO), la FIFA n'invite pas non plus d'observateurs indépendants de l'AMA à superviser les procédures antidopages pendant le Mondial. La FIFA pratique donc ses propres contrôles, ce qui lui permet d'affirmer que seuls 0,37 % de ces contrôles antidopage se sont révélés positifs en 2005. Sur les 78 cas de dopage recensés, 63 concernaient l'usage du cannabis et de la cocaïne. Par ailleurs, le dopage médicamenteux destiné spécifiquement à améliorer les performances des joueurs concernerait un pourcentage insignifiant des joueurs (0,6 pour mille), ce qui, vu le nombre de joueurs, concernerait tout de même des milliers de ceux-ci. Ces chiffres sont cependant notoirement sous-estimée. Ainsi, en novembre 2005, le médecin chef de la Juve de Turin a été condamné (par la justice civile, pas par la FIFA, faut pas rêver) pour avoir "systématiquement et intensivement" administré de l'EPO à des joueurs du club entre 1994 et 1998. Le bon docteur a ensuite été relaxé parce que la loi italienne ne permettait de sanctionner que les cas de dopage survenus après 2000. Un expert italien, le professeur d'Onofrio, ne se fait pas d'illusion : "le football est intouchable" et "personne n'enquêtera plus sur ce qui se passe dans les pharmacies des équipes de football". Personne, sauf la FIFA ? En l'ocurrence, personne ou la FIFA, c'est kif-kif. Le manager du club anglais Arsenal a révélé que des clubs dopaient "leurs joueurs à leur insu", en leur disant leur injecter des vitamines. (voir "Le Monde" du 25 mai 2005)


La Fédération internationale de foot (FIFA) examine (avec une attention dont on ne se permettra pas de douter qu'elle est scrupuleuse) un rapport que l'AFP qualifie d'"accablant" ("Le Courrier" du 14 septembre) sur les tripatouillages financiers de l'un de ses vice-présidents, Jack Warner, et son fils, suspectés de s'être remplis les poches en revendant des billets pour le Mondial 2006, billets obtenus grâce au statut du père, et revendus par le fils, par l'agence de voyage qu'il dirige. Le bénéfice indu dépasserait le million de FS.

Un autre responsable de la FIFA, le président de la Fédération sud-américaine (Conmebol), Nicolàs Leoz, aurait de son côté touché l'équivalent de 200'000 FS de pots-de-vin, via une société liée à une autre société, en faillite, l'ISMM, qui détenait les droits marketing de la Coupe du monde -et dont la faillite avait creusé un trou dans les finances (limpides) de la FIFA.



 


 


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