Engouement forcé, joie obligatoire, jubilation tarifée, pompe à fric aspirante mais pas refoulante… l'Euro2008 avait déjà tout pour plaire. Au cocktail de ramdam médiatique, de racket financier et de privatisation de l'espace public, il ne manquait que la petite touche finale de paranoïa politico-policière. Ce fut fait : pendant les festivités dictées par l'UEFA (et financées, sur ses instruction péremptoires, par les caisses publiques), les manifestations de rue ont été, sauf exceptions, purement et simplement interdites. Pendant l'Euro, la vie du monde est priée de s'arrêter, la solidarité internationale aussi, la défense des droits fondamentaux de même (qu'on se rassure cependant : si les manifestations politiques de rue étaient interdites à Genève pendant l'Eurofoot, Genève n'allait pas se priver d'en dénoncer l'interdiction à Pékin pendant les Jeux Olympiques). La grosse baudruche flottant (quand le vent ne souffle pas à plus de 30 km/h) au dessus du jet d'eau était décidément bien à l'imagede la " grande fête du foot " : gonflée, coûteuse, ridicule, tenant à de gros cordages mais défaillante au moindre souffle de vent. Cette baudruche était une lanterne éclairant Genève en état de siège -comme on le dit d'un bain.
Annonçant les mesures de sécurité à l'entrée de la "Fan Zone" de Plainpalais, "20 Minutes" du 30 mai titre : "Tous les visiteurs de la Fan Zone seront palpés".
... c'est même pas une info : ça fait des années que la Fondation du Stade et l'UEFA (en) palpent.
Quant à Frédéric Hohl, il s'est fait rassurant : "Aucune fouille n'est exigée sur le site ouvert du Bout-du-Monde". Ben non, y'avait personne à fouiller. Ce qui n'a d'ailleurs pas empêché Hohl, lui aussi, d'en palper.
L'Eurofoot, ça a vraiment été palpitant.
Le droit de manifester a été fortement restreint pendant l'Eurofoot : le Département des Institutions a édicté une directive stipulant que, sauf exception, aucune manifestation imprévue ne serait autorisée sur la voie publique en juin, compte tenu de la mobilisation des forces de police autour de l'Eurofoot et de ses à-côtés. En Ville, des manifestations régulières (la Fête de la Musique, les Promotions) ont certes été maintenues, mais des manifestations prévues (y compris des tournois de foot) ont été déplacées (Pro Velo), repoussées (Gena Festival à Avully) ou suspendues (la Ville est à vous).
Comment nos zautorités auraient-elles fait si l'actualité politique avait eu le mauvais goût de ne pas se plier au calendrier des festivités footballistiques, et provoquait des manifestations ? Elles auraient été emmerdées (surtout si les organisateurs de manifestations de protestation ou de soutien ne demandaient pas d'autorisation, vu qu'ils avaient la quasi-certitude de ne pas l'obtenir) ? la Ville avait annoncé qu'elle donnerait son accord pour de telles manif's imprévues provoquées par les tumultes du monde, mais à la condition que le canton soit lui aussi d'accord. "Le droit constitutionnel de manifester sera maintenu", assurait le Secrétaire adjoint du département des institutions, Nicolas Bolle, qui ajoutait cependant que "chaque demande sera examinée attentivement". Autant ne pas déposer de demande -et même, utiliser intentionnellement les moments de rassemblement autour de l'Euro pour y greffer la manif. Hélas (trois fois), tel ne fut pas le cas.
Pourtant, y'aurait eu des squats à tenter...
La majorité de droite du Grand Conseil genevois a accordé au Conseil d'Etat (dit "de centre gauche") un crédit de 5 millions pour doter, hors de toute base légale utilisable, huit sites "sensibles" de caméras de surveillance en prévision de l'Eurofoot -mais les caméras resteront après, premiers fils d'une toile de vidéosurveillance plus étendue. La gauche s'est opposée à cette proposition, mais l'intellectuel de service, Eric Stauffer, du MCG, lui a répondu que "ceux qui sont contre sont ceux qui ont quelque chose à se reprocher".
La police genevoise avait commencé fin janvier à s'entraîner pour l'Euro2008 : à la Gare Cornavin, le 23 janvier, des policiers déguisés en supporters et des policiers déguisés en policiers ont fait mumuse pour tester le dispositif d'encadrement des premiers par les seconds. Au Stade de la Praille, où le 10 avril des policiers déguisés en supporters ont fait mine d'affronter des policiers déguisés en policiers. Explication de la police : 30'000 personnes à la Praille pendant les matches, et une activité "festive" presque 24 heures sur 24 pendant trois semaines, ça équivaut aux Fêtes de Genève plus la Lake Parade. Et faut se préparer. D'ailleurs, on avait préparé une prison provisoire "spéciale Euro", sur le modèle des prisons temporaires créées en Allemagne pendant le Mondial 2006 (elles avaient accueilli 400 supporters). A Genève, la prison temporaire (Champ-en-jachère-Dollon ?) était installée à Palexpo dans la halle 7 et pourrait être réutilisée pour le Mondial de hockey en 2009. C'est "pour le bien de la collectivité", expliquait le porte-parole de Palexpo. On est sauvés, Palexpo veut notre bien. De toutes façon, on pouvait pas mettre les supporters violents à Champ-Dollon, ousque ce ne sont pas les clients qui sont bourrés, mais la prison elle-même. D'ailleurs, une fois terminé, l'Eurofoot est venu au secours de Champ-Dollon : douze des cabanes en bois utilisées comme lieux de rétention provisoire à Palexpo, dans le cadre de l'Eurofoot, vont être mises à disposition de Champ-Dollon, au cas où. Au cas où quoi ? Non, pas en cas de surpopulation, c'est promis, assure le directeur Franziskakis. Juste en cas d'"événement exceptionnel", comme un incendie. Provoqué par exemple par une mutinerie elle-même provoquée par la surpopulation, on joue un peu sur les mots, là...
Les cailloux sur la plaine de Plainpalais ont été enlevés, parfois à la main, et remplacés par du gravier. "Nous avons veillé à ne fournir aucune munition à l'intérieur du site en cas d'échauffourées", a précisé l'inévitable député radical prébendier des à côtés de l'Euromachin, Frédéric Hohl.
En fait, on a pas enlevé les munitions, on a seulement changé leur calibre.
Les gendarmes genevois toucheront une indemnité spéciale, forfaitaire, pour leur service pendant l'Eurofoot, et leurs heures supplémentaires seront payées. L'Union du personnel du corps de police réclamait le versement d'une prime exceptionnelle pour la surcharge de travail pendant l'Eurofoot. A l'occasion du G8, une prime de 2500 francs avait été octroyée aux gendarmes et policiers genevois. Si une prime équivalente était versée pendant l'Eurofoot, et on ne voit pas au nom de quoi elle ne le serait pas, la facture de l'Eurofoot pour les collectivités publiques s'alourdirait d'au moins un million.
La police lucernoise s'est quant à elle fait la main, le 1er décembre, sur des manifestants n'ayant rien à voir avec l'Euro, mais ayant eu le mauvais goût de défiler en ville pour protester contre les menaces de fermeture d'un centre alternatif, alors que l'UEFA s'apprêtait à organiser à Lucerne le pince-fesse du tirage au sort des matches de l'Euro. Pour les flics lucernois, c'était une sorte d'exercice grandeur nature avant l'Euro, où une partie d'entre eux ont prêté main-forte aux flics des villes-hôtes alémaniques. Donc, bilan du test (ou on a scrupuleusement respecté les consignes énoncées pour les matches de l'Euro) : dispersion de la manif en tirant des balles de caoutchouc, 245 personnes arrêtées, emmenées dans un abri PC transformé en prison, fouillées, parfois désabillées et photographiées (parfois à poil, y compris les filles de moins de 18 ans, dénudées devant des policiers et des employés de la protection civile, certaines étant en outre l'objet de fouilles intimes). Des personnes ont été enchaînées pendant des heures, entassées dans de petites cellules sans sanitaires.
Des accords de coopération ont été signés avec la France et l'Allemagne pour que des policiers français et allemands (entre 500 et 1000 au total) puissent renforcer les flics suisses pendant l'Euro. A Genève, des agents français pouvaient être engagés pour une durée maximale de 48 heures, pour les matches Portugal-Turquie du 7 juin, République tchèque-Portugal le 11 juin et Turquie-République tchèque du 15 juin. Les Allemands sont allés s'ébrouer à Bâle et à Zurich. Berne a bénéficié de renforts des polices argovienne, soleuroise et de Suisse centrale. Avec tout ça, la Suisse était prête à tout. Mais les polices cantonales avaient averti : avant, pendant et après les matches de l'Euro, on sera aux abonnés absents pour tout ce qui relève de nos tâches habituelles. La police zurichoise a annoncé que les jours des matches, elle ne pourra assurer qu'un service minimum. Et elle a aussi annoncé qu'elle testait un drone (avion sans pilote) embarquant une camera pour pouvoir identifier les situations critiques.
Heureusement, quand les polices d'Etat menacent d'être débordées, les polices privées veillent : Securitas annonçait vouloir engager 400 personnes pour Vaud, le Valais et Genève (la moitié à Genève), et Protectas 1000 personnes pour toute la Suisse, dont 300 en Romandie. Les deux poulaillers privés n'avaient, fin mars, trouvé que la moitié de ce nouveau personnel. En attendant, ce sont bien des "agences de sécurité" privées -plus clairement dit : des polices privées- qui ont assuré la "sécurité" de la "fan zone" de Plainpalais. Et les organisateurs du parc à bestiaux ont été "très satisfaits" des prestations de Python Sécurité et AS Sécurité. Ils ont raison : obliger les vieilles dames avec des cannes et les jeunes mères avec poussettes à faire le tour de la plaine squattée par le parc à beaufs, ça méritait toutes les félicitations.
Et puis, notre glorieuse armée était sur le pied de guerre : en 2006, le Conseiller fédéral Samuel Schmid avait annoncé que 15'000 soldats seraient¨ mis à disposition des cantons pendant l'Eurofoot. La plus forte mobilisation depuis la Guerre Mondiale. On en avait tiré fort judicieusement la conclusion que l'armée se cherchait, et trouvait là où elle pouvait, des missions pouvant justifier son existence. Mais en réalité, des 15'000 soldats annoncés, on n'en a mobilisé que quelques centaines. A Genève, la gendarmerie a annoncé qu'elle comptait sur le renfort d'une seule compagnie, soit une centaine de troufions, chargés de régler la circulation et d'accomplir des tâches purement logistiques. C'est pour ça qu'on a besoin d'une armée, pour faire le boulot d'une police municipale ? Ben oui, c'est pour ça...
Et c'est pour ça aussi qu'on a besoin d'hélicoptères militaires : un Super Puma de l'armée, équipé d'une caméra embarquée, a remplacé à Genève les drones (avions sans pilotes) utilisés dans les autres villes-hôtes. Explication : l'aéroport est trop proche. Et la baudruche à Jobin aussi ?
Le Tribunal fédéral a annulé partiellement le règlement zurichois contre le hooliganisme, adopté en prévision de l'Euro2008, et mis également hors-jeu le dispositif genevois. Le contrôle judiciaire de la garde à vue (24 heures au maximum) des supporters arrêtés était jugé insuffisant par le TF, qui trouvait discutable le principe même de l'emprisonnement avant toute commission de délit, et qui précisait que tout individu arrêté doit pouvoir recourir immédiatement contre son arrestation et sa détention auprès d'un juge ou d'un tribunal, ce que ni le règlement zurichois, ni le règlement genevois ne permettaient. A Zurich comme à Genève, les réglements ne satisfaisaient pas aux exigences posées par la Convention européenne des droits de l'Homme, puisqu'ils ne prévoyaient de premiers recours qu'auprès d'autorités administratives ou politiques. A Genève, le règlement prévoyait qu'un recours doit être déposé d'abord auprès du Département cantonal (celui des Institutions), et, en deuxième instance, auprès du Tribunal administratif. Procédure trop lente, et insatisfaisante au regard de la Convention européenne, estime le TF. Du coup, Genève a du revoir sa copie : le supporter mis en garde à vue a inalement pu saisir la justice, et celle-ci (en l'occurence le Tribunal administratif) avait 24 heures pour rendre une décision. Restait un problème : celui de la détention de mineurs. Pour la présidente du Tribunal de la jeunesse, Sylvie Wegelin, il ne pouvait être question "de mettre les jeunes ailleurs qu'à la Clairière" -mais celle-ci est déjà surpeuplée, et ses cellules dédoublées.
La venue de dizaines de milliers de supporters tchèques, turcs et portugais à Genève, en sus des supporters vivant déjà dans la région, inquiètait ? Y'a pas de raison, assuraient leurs représentants : "nous avons des problèmes de violence entre clubs tchèques, mais très peu avec l'équipe nationale", affirmait la représentante des supporters tchèques. Pour son collègue turc, "le foot, c'est une fête, pas la guerre". Sauf évidemment si les Kurdes avaient utilisé (ils auraient dû) l'événement pour se rappeler au bon souvenir de la Turquie. Les autorités genevoises assuraient, par la voix de Mark Muller, n'avoir identifié, sur les trois matches joués à Genève, que deux matches à "risque faible" (Portugal-République tchèque et République tchèque-Turquie) et un match à "risque moyen" (Turquie-Portugal), pour lesquels les effectifs policiers locaux devraient suffire, surtout qu'en réserve se tenaient les CRS français et que l'armée suisse était prête à prendre en charge des tâches policières normales (la régulation du trafic, la "surveillance de certains lieux") pour en décharger la police genevoise. En fait, la prévision d'un EWurofoot sans baston a été la seule, du moins à Genève, qui se soit réalisée.
De toutes façons, les supporters étaient accueillis à Genève les bras ouverts. Ils ne doivent pas "être considérés comme une menace", avait proclamé le coordinateur de l'Euro2008 pour Genève, Michael Kleiner. Ben non, ils ne sont ni immigrants, ni requérants d'asile, ni mendiants. Et ils étaient même consommateurs.
A Bâle, Zurich, Genève, mais aussi dans le canton de Vaud (qui n'accueillait, heureusement pour lui, aucun match), les supporters ne pouvaient pas se masquer le visage (c'est dommage, de si belles têtes d'intellectuels), et pouvaient être amendés (jusqu'à 10'000 balles) s'ils le font. Même avec un masque de "Kobi" Kuhn ?
En tous cas, des hooligans, on n'a pas ça à Genève. Ou presque pas : selon le commandant de la gendarmerie genevoise, Genève ne compterait que dix hooligans potentiellement dangereux (on veut les noms !). Selon les estimations policières, il y aurait en Suisse entre 1500 et 2000 supporters violents, dont 264 étaient répertoriés début février dans la base de données "Hoogan".
A Berne, le club "phare" local, les Young Boys, a eu une riche idée : donner une "deuxième chance" aux supporters interdits de stade, en leur permettant d'assister, à condition d'être parrainés et accompagné de leur parrain, aux matches dans le stade de Suisse, stade que les pupilles et leurs parrains devront quitter au plus tard une demie-heure après la fin du match. On les materne, ces petits jeunes, c'est de la bonne graine, ça, Monsieur...
Petite chronique des bastons ordinaires :
La fédération de foot de Croatie a écopé d'une amende de 20'000 francs pour la punir du comportement xénophobe de supporters croates, lors du quart de finale de l'Eurofoot contre la Turquie (qui y a éliminé la Croatie).
Face à la violence sur et autour des stades, qu'ils attribuent spécifiquement aux joueurs et aux supporters étrangers", des responsables de clubs de foot suisses ont eu une idée géniale : celle de créer en Suisse un championnat "séparé" (dans des clubs séparés,peut-être, et éventuellement dans des quartiers réservés, qu'on pourrait appeler des ghettos ?) pour les clubs étrangers en général, voire les clubs "balkaniques" en particulier, "pour qu'ils se molestent entre eux". A Genève, cette idée (émanant de responsables de clubs alémaniques, en particulier des régions de Bâle et de Zurich) laisse perplexe : il y a 40 % d'étrangers dans le foot à Genève, et la menace de retraits de points au classement suffit à calmer les équipes les plus agitées et leurs supporters, d'où qu'ils viennent - la violence étant aussi le fait de joueurs et de supporters suisses.
Selon une étude de l'Université de Neuchâtel et du Fonds national, le milieu des supporters militants de foot est dominé par de jeunes "ultras" machos, chauvins, potentiellement violents, mais suisses et bien intégrés. Sans blague ? Et nous qui croyions avoir affaire à de vieux intellectuels féministes étrangers vivant en communauté...
Selon la gendarmerie genevoise, le record d'alcoolémie enregistré durant l'Eurofoot s'est établi à 3,67 pour mille chez les hommes et 2,69 pour mille chez les femmes.
L'égalité avance à grands pas. Enfin... quand elle arrive encore à tenir debout.
L'association "Juris Conseil Junior" a édité un guide juridique des "droits et obligations" des jeunes" fréquentant les manifestations de l'Eurofoot. On leur signalait qu'à partir de 16 ans (mais pas en dessous) ils ont le droit de boire de la bière, du vin ou du cidre, mais pas des alcools forts, qu'ils ne pourraient pas accéder avant 18 ans aux clubs éphémères installés dans les "fan's zones" (du genre du "Fan Club 08" des Vernets), que la loi punit les injures et incitations à la haine raciale même exprimées sous forme de SMS ou de MMS. Mais que si ils se font coffrer pour avoir, complètement bourrés, injurié les nègres de l'équipe adverse, les chtis supporters mineurs peuvent demander la présence de leurs parents une fois amenés au poste. Surtout si les parents, aussi cons que leur progéniture, ont déjà été coffrés pour les mêmes raisons que leurs gniards.
Soupçon d'inquiétude à la police fédérale : sur les forums internet "djihadistes", on pouvait lire des messages du genre "Transformons les deux pays les plus sûrs d'Europe en enfer, comme l'enfer irakien ou afghan". C'est vrai que l'Autriche est un des pays les plus sûrs d'Europe : les enfants y vivent protégés dans des caves pendant des années. En Suisse, la gare de Zurich aurait été évoquée (sur un site internet djihadiste) comme cible possible d'un attentat. Des craintes ont été également exprimés d'actions du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), la Turquie jouant plusieurs de ses matches en Suisse, où réside une assez importante communauté kurde de Turquie. Finalement, ces craintes étaient aussi injustifiées que les espoirs de voir l'équipe de Suisse passer le cap des éliminatoires de la compétition. Le ministère autrichien de l'Intérieur s'était d'ailleurs fait rassurant : "aucun élément ne permet de conclure à une menace terroriste pesant sur l'Autriche ou la Suisse durant l'Euro". Même optimiste de Samuel Schmid : "Il n'y a aucun indice concret de plans d'attentats pendant l'Euro". Mais le Conseiller fédéral n'en avait pas moins pris, au cas où, de solides résolutions : Quand un journaliste de la "Tribune" (du 31 mai) lui demandait : "Un avion rempli de passagers ne répond pas aux appels des chasseurs. Ordonnez-vous qu'il soit abattu ?", Sami répondait "Oui", parce que "Dans cet avion il y a des terroristes (comment il le sait, puisque l'avion ne répond pas ?) et des personnes innocente. Mais au sol, il y a aussi des milliers d'innocents". Bref : tuez les tous en vol, Dieu reconnaîtra les siens au sol.
Et comme on n'est jamais trop prudent, un porte-parole de la police fédérale, Jürg Bühler, ajoutait que ladite police ne surveillait pas seulement les islamistes, mais aussi les gauchistes : "Nous gardons à l'oeil des groupes d'êxtrême-gauche". Que le Securitas infiltré dans le comité contre les racket de la Praille et de l'Eurofoot se dénonce !
Profitant de l'Euro2008, une coalition de 25 organisations (www.traitedesfemmes2008.ch) a mené avant et pendant l'Euro, une campagne contre la traite des femmes. La coalition rappelle que chaque pays dont l'équipe de foot participe à l'Euro2008 (y compris la Suisse) est soit un pays d'origine, soit un pays de destination de ce trafic. Comme l'événement a attiré en Suisse et en Autriche des dizaines de milliers de personnes, en très grande majorité des hommes, dont de nombreux clients potentiels de prostituées pouvant avoir été victimes de la traite (celle-ci n'épargnant pas la Suisse, où selon l'Ofice fédéral de la police entre 1500 et 3000 victimes de la traite sont acheminées chaque année), le moment était particulièrement bien choisi : "Je compte sur une hausse du chiffre d'affaire de 10 à 15 %" pendant l'Eurofoot, se réjouissait le patron de plusieurs lupanars alémaniques, Ingo Heidbrink. Fléau mondial, la traite des êtres humains frappe, selon l'OIT, 2 millions et demi de personnes chaque année, dont 80 % de femmes et de filles, et rapporterait 35 milliards de dollars par an.
Les responsables policiers genevois et suisses estimaient qu'il ne devait pas se produire une aggravation de la traite des femmes pendant l'Euro 2008, mais la Brigade des moeurs qui, à Genève, sera chargée de surveiller le marché local du sexe pendant cette période chaude reconnaît être en sous-effectifs (elle est composée d'une vingtaine de policiers, dont cinq, en temps "normal", affectés au contrôle de la prostitution). En novembre 2006, une motion socialiste s'inquiétait de ce manque de moyens. Le porte-parole de la police admettait qu'on pourrait "rencontrer durant l'Euro quelques cas de prostitution illégale", et la coordinatrice d'Aspasie, l'association qui défend les travailleuses du sexe, évoque de petites structures "issues de la misère".
Un spot contre la prostitution forcée avait été tourné pour pouvoir être diffusé à la télé, dans les stades, les UBS Arenae et dans les "Fan Zone" de l'Eurofoot. Mais pas dans la "*Fan Zone de Genève" : le canton, qui avait pourtant contribué financièrement à cette action a ensuite estimé qu'il n'y avait "aucun lien entre prostitution et football" et qu'il ne fallait pas contribuer à faire croire qu'il pourrait y en avoir un (c'est Mark Muller qui cause). C'est bien connu, le supporter bande mou.
Cela étant, il n'y a pas que les supporters qui se laissent guider par leurs couilles : les joueurs aussi. Neuf joueurs du FC Thoune (six de l'équipe en fonction et trois anciens) ont été poursuivis pour abus sexuels sur une supportrice mineure (elle avait quinze ans au moment des faits). Quatorze personnes ont été inculpées dans cette affaire (les joueurs actifs, les anciens et des supporters), trois personnes, dont un joueur, sont accusées d'avoir contraint l'adolescente à des actes sexuels. Du coup, les responsables des clubs suisses ont tous protesté de leur vigilance : le président du Lausanne-Sport a déclaré que le club avait rendu les joueurs "attentifs à leurs obligations", et que les joueurs et les membres de l'encadrement doivent "signer un engagement éthique" portant notamment sur les moeurs et le dopage. Même type d'engagement au Servette. Et la "Swiss Football League" a transmis aux clubs des directives rappelant les obligations des joueurs : non, on ne culbute pas les supportrices mineures sur la pelouse. Quant aux joueurs du FC Thoune poursuivis pour abus sexuels, quatre d'entre eux n'ont été condamnés qu'à des peines pécuniaires (de 2700 à 4950 francs), aux frais de justice et mille francs d'indemnités à la jeune fille victime (consentante, paraît-il). Ils ont probablement écopé d'une peine si légère en plaidant l'irresponsabilité : des joueurs de foot, on ne peut pas leur demander de savoir ce qu'ils font.
En Autriche, un programme avait été prévu pour lutter contre l'augmentation des violences conjugales pendant l'Eurofoot (augmentation à laquelle on s'attendait, comme pendant tous les grands événements sportifs du même genre). En Allemagne, les violences domestiques ont augmenté de 30 % duant la Coupe du monde de foot 2006, et dans près de la moitié des cas, la hausse de la consommation d'alcool peut être incriminée.
Quant à la Suisse, elle n'avait strictement rien prévu pour lutter contre le phénomène : "nous n'avons malheureusement ni les moyens, ni le temps" de faire quelque chose, a déclaré le délégué genevois à la violence domestique. En revanche, le temps et les moyens n'ont pas manqué pour organiser, encadrer, promouvoir et annoncer les innombrables à-côtés de la fête à blaireaux.
La moitié des Européens fans de foot préfèrent regarder un match important plutôt que d'avoir des relations sexuelles, affirme une étude de l'organisme britannique Sirc réalisée pour Canon.
ça ne les a pas empêché de se faire baiser par l'UEFA, comme tout le monde.
Début septembre 2007, à l'occasion de la Coupe du Monde féminine de foot en Chine, la Fédération intenationale du foot pognon (la FIFA) et l'UNICEF ont lancé une campagne ("Goals for Girls") sur les "valeurs du sport et notamment du football afin de promouvoir l'éducation, l'égalité des sexes et les droits de la femme", qui, à constater le comportement des supporteurs -et désormais teuses- de foot dans les stades ont en effet bien besoin d'être promues et promus. Il faut "montrer comment les jeunes filles et les femmes peuvent lutter contre la discrimination des sexes", expliquent la FIFA et l'UNICEF. On voit pas comment on pourrait le montrer par le foot, sinon en réalisant l'égalité dans la connerie, le dopage et la violence, mais bon : c'est pas du militantisme, c'est de la promo...
Une recherche visant à mettre en évidence comment les acteurs d'une grande manifestation sont amenés à intégrer l'évaluation des risques et les problèmes de sécurité dans l'organisation de la manifestation a été lancée par l'Ecole polytechnique fédéral de Lausanne. Elle est co-financée par l'EPFL et la Fédération internationale du foot professionnel, la FIFA. Mais pas, apparemment, par l'UEFA.
Ben ça alors, pour une surprise, c'est une surprise...
LE FOOT, C ‘EST AUSSI LA GUERRE. LA VRAIE.
"Le Courrier" casse l'ambiance de la "grande fête du foot" en rappelant (le 13 juin) ce à quoi ont servi, et ce qu'on pu provoquer, les matches de quelques équipes nationales en compétition internationale :
- match entre l'Italie fasciste et l'Espagne républicaine au Mondial de 1934 : plusieurs joueurs espagnols blessés, le match est annulé;
- match entre l'Italie fasciste et la Hongrie fasciste en 1938 au Mondial : les Italiens reçoivent la coupe en uniforme militaire;
- match entre une équipe ukrainienne et une équipe allemande en 1942 à Kiev. Les Ukrainiens gagnent. Toute l'équipe ukrainienne est arrêtée par la Gestapo, tous les joueurs sont torturés et déportés, beaucoup meurent dans les camps.
- match entre le Perou et l'Argentine en 1964 à Lima. L'arbitre annule un but péruvien, les spectateurs protestent, deux d'entre eux déboulent sur le terrain, la police tire des coups de feu en l'air et provoque une panique qui fait 320 morts et 800 blessés.
- matches éliminatoire du Mondial entre le Honduras et le Salvador en 1969 : le Salvador perd le match aller au Honduras, gagne le match retour à domicile après que l'hôtel des joueurs honduriens ait été incendié. Des échauffourées font deux morts. Le Salvador gagne ensuite le match de barrage au Mexique. Une guerre éclate entre le Salvador et le Honduras, elle dure une semaine, fait 2000 morts et des milliers de blessés.
"Euro 2008 ne doit pas rimer avec G8"
La cheffe de la police genevoise annonce benoîtement qu'elle a officiellement déjà demandé l'aide des différentes polices cantonales et de polices étrangères ("notamment" allemande et française) pour faire face à l'Eurofoot 2008. "La police genevoise ne possède pas des forces nécessaires suffisantes" pour assurer l'ordre pendant la "fête du foot". On se retrouve donc dans la même situation que lors du G8,de joyeuse mémoire.
On ne sait pas si l'Euro 2008 sera la "fête du foot" promise, mais grâce à la police allemande, on pourra toujours en faire une fête de la bière.
Un match amical entre la Suisse et les Pays-Bas, le 22 août à la Praille, a permis à la gendarmerie genevoise de tester le "concept sécurité" élaboré pour l'Euro 2008. Le commandant de la gendarmerie, Christian Cudré-Marcoux, se dit satisfait du test, quoique un peu inquiet des problèmes de billetterie (lecture des code-barres à l'entrée du stade) et de buvette (manque de personnel) : "c 'est le cumul de ces microproblèmes qui peut poser des problèmes", résume le pandore en chef.
La presse s'est faite l'écho de rumeurs selon lesquelles des militants islamistes arrêtés récemment en Autriche et au Canada projeteraient des attentats dans les villes hôtes de l'Euro, pendant l'Euro. Les autorités suisses et autrichiennes ont démenti. A toutes fins utiles, nous adressons un message à Oussama Ben Laden : si vous voulez balancer un avion sur le stade de la Praille, faites-le quand il est vide. Vous n'aurez que l'embarras du choix du moment.
Selon le Conseiller fédéral Samuel Schmid, on surestime les risques de violences pendant l'Euro 2008 : 0,4 pour mille des spectateurs du Mondial 2006 ont été des perturbateurs (9000 interpellation pour, au total, 22 millions de spectateurs). Ce qui, sur 90'000 spectateurs attendus à Genève, fait tout de même entre 350 et 400 fouteurs de merde pour notre bonne ville.
Le canton de Genève va adhérer à un concordat intercantonal instituant des mesures contre la violence lors de manifestations sportives, concordat dont le texte est mis en consultation auprès des ministres cantonaux de la police. Le concordat prévoit des mesures d'interdiction de périmètres des obligations de se présenter à la police, des gardes à vue etc... Et si les cantons ne parvenaient pas à s'entendre, le Conseil fédéral agite la menace de légiférer lui-même pour sécuriser les stades.
La loi actuelle, en vigueur depuis janvier, prévoit déjà la création d'une banque de données (opérationnelle depuis le 1er mars) recensant les hooligans et la possibilité de les interdire de s'approcher d'un stade ou de se rendre à l'étranger. Elle prévoit aussi la possibilité de leur imposer de se présenter à la police, ou de les mettre en garde à vue (s'ils ont au moins 15 ans, les autres mesures s'appliquant dès l'âge de douze ans. Mais ce dispositif est limité dans le temps, et deviendrait caduc dès la fin 2009, d'où l'idée d'un concordat entre cantons, qui pourrait prendre la suite.
La grande fête populaire annoncée pour l'Euro 08 a une drôle de couleur (vert de gris) : Un engagement de police intercantonal "de dimensions exceptionnelles" est prévu pour l'Euro 2008, et une demande d'aide auprès de pays étrangers est possible "en dernier ressort", notamment pour un apport de flics allemands et français. Un seul match à risque devra mobiliser 900 policiers pour le seul maintien de l'ordre. De plus, les villes hôtes ont été invitées par notre glorieuse armée à préparer un "modèle de requête de soutien pour l'Euro-08" : le comique de la chose tient au fait qu'on se retrouve avec une armée si peu convaincue de sa propre utilité qu'elle va proposer ses services aux autorités civiles, pour des tâches ne relevant nullement d'une mission militaire. L'histoire du gros truc inutile à quoi on cherche désespérément une affectation utile, ça ne vous rappelle un peu l'histoire du stade de la Praille ?
Le 23 septembre, lors d'un match opposant en Haute-Savoie Ayze à Magland, un joueur de l'équipe de Magland a tenté de lâcher son chien (un molosse) contre l'arbitre après que celui-ci ait sanctionné l'un de ses coéquipiers. Fuite des uns, prise du chien à partie par les autres. Le joueur à cléb rd rejoint son équipe dans les vestiaires, et le chien, pas sectaire, attaque le gardien et le mord à le cheville.
Ce qui nous confirme que la place du football n'est pas dans les stades, mais dans les chenils.
Le 5 avril, le quart de finale de la Coupe de l'UEFA entre Séville et Tottenham a été ouvert par des affrontements entre supporters anglais et policiers espagnols. Bilan : 8 blessés.
Le 10 avril, le quart de finale de la Ligue des champions entre Manchester et Rome a été marqué par des violences : 18 personnes ont été arrêtées, et un blessé a du être hospitalisé.
Le 15 avril, à Agrinio (Grèce), lors d'un match de 3ème division, une bagarre générale entre joueurs et supporters des deux équipes a fait trois blessés graves. Le même week-éend, des incidents violents se sont aussi produits à Kalamata, Larissa, Thessalonique et Athênes, où, fin mars, un supporter de 25 ans avait été tué dans des affrontements entre plusieurs centaines de hooligans.
Le 26 avril, plusieurs supporters valaisans interdits de stade se sont défoulés dans la gare d'Aarau et se sont affrontés à la police. 25 supporters ont été arrêtés, un policier a été blessé. Début avril, lors d'une rencontre entre deux équipes juniors valaisannes à Vouvry, un joueur d'une quinzaine d'années a été passé à tabac par des supporters de l'équipe adverse.
Le FC Zurich a envoyé à quatre de ses supporters les plus excités une amende de 10'000 balles qui lui (au club, donc) a été infligée à cause de leurs "débordements" lors de matches à Zurich. La commission de discipline de la Souisse Foutbol Ligue avait puni le FC Zurich après que ces supporters aient lancé des objets ou allumé des feux d'artifice interdits dans les stades ou jouait le club.
Si on peut même plus rigoler, alors...
Une soixantaine de pandores de la Brigade d'intervention ont envahi le 7 mai la gare de Cornavin (une semaine avant, une quinzaine de poulets vaudois s'étaient livrés au même exercice dans la gare de Lausanne). Pas de panique, c'était un exercice, dans la perspective de l'Euro2008 : nos gendarmes ont simulé l'encadrement de supporters arrivés en masse par le rail. On entraîne donc nos gentils gendarmes à accueillir gentiment les gentils supporters des gentilles équipes du gentil Eurofoot. Et si les supporters sont pas gentils ? Ben... Comme le suggère le commandant des pandores de Piogre, "tout dépend des équipes que l'on recev ra : si c'est le Liechtenstein contre les Iles Féroé, cela devrait aller". Si les phoques des Féroé sont de bonne humeur. Et si c'est Serbie-Croatie, on fait quoi ? On appelle l'OTAN ?
On saura en décembre, après tirage au sort des groupes du tour final de l'Euro, quelles équipes s'affronteront dans quelles villes. On considère généralement que les supporters européens les plus violents se trouvent en Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Pologne, mais on en a quand même quelques centaines dans notre beau pays (où 600 supporters violents sont interdits de stade). Dans l'Union européenne, 10'000 interdictions de stade sont en vigueur contre des hooligans et des supporters violents. 16'000 policiers suisses seront mobilisés dans les villes hôtes et ailleurs. 15'000 soldats pourront leur donner un coup de main, ainsi que des flics français et allemands (on évalue le besoin de tels renforts étrangers dans une fourchette de 400 et 650 policiers pour Genève seulement), et des policiers en civils originaires des pays dont les équipes seront sur le stade, et spécialistes du hooliganisme ("spotters"). A Genève, les 1650 gendarmes, policiers et employés de la police seront privés de congés pendant toute la période de l'Euro. Dans les stades, la surveillance sera effectuée par des privés, sous la responsabilité de l'Association suisse de football. Les policiers ne pénétreront dans les stades qu'en cas de grabuge
Les fans, les joueurs, les employés, les supporters et les hooligans non répertoriés comme tels n'auront à l'occasion de l'Euro2008 besoin que d'un seul visa pour la Suisse et l'Autriche -quand encore ils auront besoin d'un visa. Ce visa austro-suisse sera un visa "Schengen" spécial, portant l'indication Euro2008.
Bonne nouvelle : les supporters anglais et allemands violents et interdits de stade chez eux ne pourront se rendre en Suisse et en Autriche pour l'Eurobaston.
Mauvaise nouvelle : les supporters français et italiens violents et interdits de stade chez eux pourront se rendre en Suisse et en Autriche pour l'Eurobaston.
Et le chef de la gendarmerie genevoise, le commandant Cudre-Mauroux, prévoit des risques de débordements plus élevés "sur les sites équipés d'écrans géants ou dans les rues" que dans les stades. Amis de Plainpalais, bon courage : "Genève va s'éclater pendant l'Eurofoot 2008" titre "La Tribune de Genève" du 9 février. Et dans "Le Temps" du 3 mars, un hooligan explique : "Le foot touche tout le monde, il est universel. (...) Les stades sont combles, les journaux parlent sans cesse d'émeutes qui ont éclaté ici ou là. Qui irait cogner un brave supporter de rugby ? (...) Au foot, tu te sens au coeur de l'événement. Tu vis". En cognant. On a la vie qu'on mérite.
Les supporters suisses ne sont pas contents : avec la méthode d'attribution des places pour les matches de l'Euro220, "même si on réussit à avoir un billet, on sera dispersé dans le stade, ce qui cassera l'ambiance", geint (dans "Le Matin" du 26 février) le vice-président du fan club "Swiss Active Movement". Ben pourquoi que ça casserait l'ambiance ? y'a qu'à taper sur son voisin... avec un peu de pot, ça tombera sur un étranger.
De toutes façons, assure le directeur de la "Swiss Football League" (en zurichois dans le texte), "60 % du public des matches de l'Eurofoot n'a rien à voir avec les équipes sur le terrain". Tu parles, Charles : un tiers des billets sont réservés aux fédérations nationales des équipes sur le terrain, pour qu'elles les revendent à leurs compatriotes, et un autre tiers est mis en vente par les organisateurs à qui en veut -y compris les supporters des équipes en lice, habitant la Suisse ou non.
Le chef de l'état-major de la police, Raphaël Rebord, responsable de la sécurité pour l'Euro2008, annonce que les effectifs militaires additionnels aux effectifs policiers iront jusqu'à 350 hommes les jours de matches, 150 le reste du temps, et qu'on fera appel à des renforts français si la configuration des matches l'impose.
De son côté, la Confédération mobilise l'armée pour maintenir l'rdre autour des stades : jusqu'à 15'000 soldats pourront intervenir dans les villes qui accueillent (de bon ou mauvais gré) l'Euro2008. Les deux chambres du parlement ont accepté l''angement de l'armée en service d'appui. Au Conseil national, la décision a été prise le 5 mars par 111 voix contre 51 (les socialistes, qui voulaient ramener le nombre de soldats engagés à un maximum de 10'000, et les verts, qui refusaient tout engagement de l'armée).
A nos vaillants troufions s'ajouteront nos vaillants policiers : près de 2000 policiers genevois, confédérés et étrangers seront mobilisés, annonce fièrement la cheffe de la police genevoise, Monica Bonfanti. Près de 400 policiers étrangers pourraient prêter main forte à leurs collègues suisses, ceux-ci devant tout de même assurer en plus leurs tâches notmales : "On ne peut pas dire à celui qui a été cambriolé : 'il y a le foot'", on ne peut pas intervenir... C'est pourtant vraisemblablement ce que va entendre "celui qui a été cambriolé".
De leur côté, les entreprises privées de sécurité Protectas et Securitas ont créé un consortium, PriSec-F08, pour coordinner les prestations de sécurité privée (genre vigiles devant les bijouteries) pendant l'Euro2008. es deux boîtes assurent qu'elles seront "un soutien pour les autorités publiques". Quand il y a un marché à prendre, tous les arguments sont bons.
L'Association suisse de foot a adressé, ou va le faire, à tous les clubs affiliés un "Pacte pour le fair-play et contre la violence". Pourquoi ? y'a un problème ? En signant ce pacte à Neuneu, les clubs s'engagent notamment à "condamner la violence, la discrimination, le racisme, le vandalisme et l'intolérance", à "refuser l'accès au stade aux fauteurs de troubles" qui "font preuve de violence à l'égard des personnes ou des choses", W"pénètrent sur le terrain", "déploient des banderoles ou entonnent des chansons racistes, sexistes ou portant atteinte à l'honneur". Bref, si les signataires de ce pacte étaient cohérents (ce qu'ils ne sont pas), en signant le pacte il s'engageraient à jouer tous leurs matches à huis-clos.
Les à-côtés festifs de l'Eurofoot se précisent (si on peut dire) : Mark Muller a annoncé, confirmé ou évoqué, en vrac, l'installation d'un corral (une Fans Zone) sur la plaine de Plainpalais, une draille de la gare à Plainpalais, voire de Plainpalais à la Praille, des écrans géants à Plainpalais, au Bout-du-Monde et à la Praille, un camping au Bout-du-Monde. Mais pour tout ça, il a pas les sous (du moins officiellement), Muller. Et il craint comme la peste le référendum, Muller. Et il va donc essayer de les trouver en contournement les droits démocratiques, Muller.
A Plainpalais, où les riverains de la Plaine se souviennent du calvaire endurée lors du Mondial de foot, on se prépare au pire. L'organisateur de la fetabeaufs, Frédéric Hohl, député radical (qui votera probablement en tant que député les millions dont il aura besoin en tant qu'organisateur), noie le poisson et dit qu'il "comprend les craintes ds riverains", mais explique qu'à Genève aucun endroit ne peut accueillir jusqu'à 100'000 personnes (jusqu'à présent il prétendait être capable d'en accueillir 80'000, c'est comme pour le coût de l'organisation de l'Euro pour les collectivités publiques : c'est surinflationniste). Et Hohl de s'engager à rencontrer régulièrement les habitants. Pour leur distribuer du Lexomil et des boules Quies ?
Une rencontre entre les habitants du quartier prochainement sinistré (les riverains de la Plaine, quoi) et des représentants de la Municipalité (notamment Manuel Tornare, Véronique Purro, une Conseillère municipale membre de la Commission des pétition) et des organisateurs de l'Eurobeaufs a eu lieu fin décembre. But de l'exercice : noyer le poisson. Genre "on vous comprend très bien, les habitants, mais la plaine est un lieu de fête, et la fête ça fait du bruit, et d'ailleurs du bruit y'en a aussi ailleurs, et la fêete du foot, on peut pas l'organiser ailleurs" etc. etc.
Arguments massues (entre autres) : on ne peut pas organiser l'Eurobeaufs à la patinoire, elle est trop petite. On peut pas non plus l'organiser au Bout du Monde, la nappe phréatique nme le supporterait pas. Au Stade de la Praille, alors ? Non, la pelouse est fragile. La question de savoir s'il faut l'organiser où que ce soit n'a bien sûr pas à être posée.
Bref, ce qui attend les malheureux indigènes de Plainpalais, ce sont plusieurs semaines invivables. Du bruit avant les matches, pendant les matches, et encore plus après. Et quand il n'y aura pas de matches, on organisera des concerts (de musique à beaufs, pas de grégorien).
Un projet de réaménagement de la plaine de Plainpalais est en cours. Dédé Heddiger a annoncé une séance d'information et de débat lundi 29 janvier. L'installation du parc à huîtres de l'Eurobeaufs2008 suffit pas à embellir la plaine (et faire chier les riverains) ?
La tolérance, l'intégration, le fair-play, le courage et le respect règnent à ce point dans le monde du sport (professionnel en l'ocurrence) que la rencontre de Coupe de l'UEFA du 13 décembre à Paris, entre le PSG et le Panathinaïkos d'Athènes, a été classée à "hauts risques" par la préfecture de police, qui a fermé la partie basse d'une tribune, mobilisé 700 stadiers et 2000 policiers, et interdit de stade 201 supporters.
La tolérance, l'intégration, le fair-play, le courage et le respect règnent aussi dans le sport amateur : l'un des huit trépanés qui ont, à Marseille, en octobre, pour faire comme à Nanterre et mieux qu'à Lyon, incendié un bus et brûlé vive une étudiante de 26 ans, était capitaine d'une équipe de foot, un autre était arbitre de sports collectifs et tous étaient fans de foot.
De toutes façons, y'a pas que le foot dans la vie. Y'a aussi le hockey. Deux joueurs du hockey-club de La Chaux de fonds ont été inculpés à la mi-décembre de viol sur quatre mineures de moins de 16 ans, et l'un d'eux, en plus, de tentative de viol sur majeure.
La "NZZ am Sonntag" a annoncé que la police pourrait rendre une petite visite préventive aux hooligans suisses, histoire de les sensibiliser (car ce sont de grands sensibles) aux conséquences que pourraient avoir leurs actes de hooligans, de leur faire savoir qu'ils sont connus de la police et que la police saura où les trouver si elle les cherchait. Cette idée géniale du chef de la sécurité de l'Euro, Martin Jäggi, a cependant suscité l'opposition du préposé fédéral à la protection des données, qui craint la stigmatisation sociale (devant leurs proches ou leurs employeurs) des hooligans, évoque les risques d'erreurs, et propose plutôt de convoquer les intéressés au poste. Quant à la porte-parole de l'Office fédéral du sport, Barbara Meier, elle rappelle ("Le Matin" du 11 janvier) que les hooligans ne sont pas seuls à pouvoir foutre le bordel et que "d'autres groupes utilisent les stades pour être violents". Par exemple les joueurs ?
La loi (toute récente) prévoit contre les hooligans un dispositif allant de l'interdiction de périmètre à la garde à vue pour 24 heures. Ces mesures sont applicables à toute personne de plus de 12 ans, et peuvent être prises jusqu'en 2009. Mais on ne sait pas si un hooligan étranger (vu qu'y a des hooligans étrangers qui viennent manger le pain des hooligans suisses) interdit de stade dans son pays se verra notifier la même sanction en Suisse. En Valais, trois supporters du FC Sion ont été interdits de stade pendant trois ans, et condamnés à deux mois de prison avec sursis et 1000 francs d'amende pour avoir provoqué des incidents en 2003 lors d'un match entre Sion et Lucerne. Pendant trois ans, donc, il leur est interdit d'approcher à moins de 400 mètres d'un stade de foot, dans la période qui va de trois heures avant le match à trois heures après, pour des matches de "Challenge League, de "Super League" et de Coupe de Suisse (on dit pas encore "Swiss Cup ?"). Mais apparemment pas pour des matches de l'Euro. On les retrouvera donc peut-être à Genève. Où on annonce que la zone du stade de la Praille (du Bachet à l'Etoile en passant par la gare), le Centre sportif des Vernets (parvis et parking compris), Palexpo (parc compris) et la Plaine de Plainpalais seront interdits aux hooligans. Dont on connaît le respect qu'ils portent à ce genre d'interdits. Ces interdictions sont prononcées sans condition préalable de condamnation pénale (il suffit d'avoir été repéré par une caméra, un policier ou un témoin).
Petit problème : les organisateurs de l'Euro2008 sont inquiets du manque de lieux de détention préventive pour les hooligans. Il faudrait 1200 places de stockage dans les villes hôtes, et on ne les a pas. D'où l'idée géniale évoquée par le "Sonntagsblick" : utiliser Palexpo pour y installer une prison de 400 places.
Palexpo a déjà accueilli fin janvier une vente de surplus militaires, pourquoi pas, en effet, y stocker les surplus sportifs.
Le Conseil des Etats a accepté l'engagement de 15'000 militaires en service d'appui à la sécurité pendant l'Euro. On a enfin trouvé une utilité à notre glorieuse armée.
Qu'on le veuille ou non, l'implantation d'un complexe constitué principalement d'un stade et d'un centre commercial aux abord d'une gare de marchandises où transitent des produits dangereux pose un problème de sécurité, en sus de poser un énorme problème de circulation, et d'être totalement contradictoire de l'objectif proclamé des autorités genevoises (cantonales et municipales) de réduire la charge de circulation automobile en zone urbaine.
Certes, on peut admettre l'hypothèse exprimée par le Conseiller d'Etat Laurent Moutinot devant le Grand Conseil, selon laquelle le projet de stade (mais le Conseiller d'Etat évoque le stade, pas le centre commercial...) peut être " l'occasion de mettre en place un pôle, une centralité, dans la région Genève-Sud " , qui effectivement en manque. Mais l'argument ne tient que pour un projet correspondant aux besoins, c'est-à-dire un projet de stade et pas de centre commercial, et un projet de stade de 15'000 places, pas de 30'000 places. Pour le reste, les habitants de la Praille et des quartiers avoisinants ont déjà eu l'occasion de vérifier, à leur dépends, ce que l'implantation d'un grand centre commercial pouvait engendrer de nuisances de toutes sortes (et il ne s'agissait encore, avec le M-parc de l'avenue de la Praille, " que " d'un centre commercial : avec le projet Jelmoli/Canal+, on a en plus le stade qui lui sert de prétexte...). En 1995, le Conseil municipal de Carouge avait voté un plan de circulation pour le quartier, et en avait fait une condition préalable à la construction du centre commercial ; résultat : le centre commercial s'est construit et s'est ouvert, mais aucune des conditions posées par le plan de circulation (déviation du trafic de transit, sens unique dans la rue de la Praille, zone de quartier à 30 km/h) n'a été respectée. L'augmentation de la circulation engendrée par le centre Migros dépasse de beaucoup celle qu'on attendait, le parking (830 places) est complètement saturé, comme la rue Jacques-Grosselin (bouchons, bruit, pollution, surtout le samedi, jour de grande affluence prévue pour le stade et le centre commercial). Le seul centre Migros génère déjà 800 allers-retours chaque jour. L'adjonction du centre Jelmoli double ce passage dans un quartier déjà sinistré. A la Praille, les habitants souffraient déjà du bruit, de la pollution, de l'insécurité. Un présage de ce que qu'allait provoquer l'implantation du stade, du centre commercial et de leurs " accessoires "...
De l'avis même des autorités cantonales, les CFF n'avaient pris aucune mesure significative pour renforcer la sécurité dans la gare de la Praille, et de l'aveu des CFF eux-mêmes, rien n'allait être entrepris avant des mois. La CIRMA (Commission interdépartementale genevoise sur les risques majeurs) avait pourtant exigé des CFF des mesures importantes, en s'appuyant sur l'ordonnance fédérale relative à la protection contre les accidents majeurs (OPAM), qui enjoint de prendre " toutes les mesures adéquates " pour diminuer les risques. En fait, les CFF se sont contentés de proposer de réduire la vitesse maximale des mouvements de manœuvres (de 30 à 10 km/h) pendant les manifestations se déroulant dans le stade, et d'effectuer quelques contrôles techniques supplémentaires sur les wagons. Cela n'a pas empêché le Tribunal fédéral de considérer que les promoteurs du stade et du centre commercial ne sont nullement tenus de s'assurer de la sécurité de leurs installations, que les riverains n'ont aucun droit à s'opposer à la constructions de ces installations, et que c'est à la Gare de la Praille (c'est-à-dire les CFF) de faire le nécessaire pour éviter une catastrophe…
Les usagers du stade y sont, selon un rapport du " Taylor Associate ", exposés à des risques d'accident majeur trente fois supérieurs aux normes admises. Les arrivées d'eau sont insuffisantes pour faire face rapidement à un feu d'origine chimique, et aucun budget n'est prévu pour remédier à cette insuffisance ; les protections contre d'éventuelles émanations (elles aussi non budgétées) sont, de l'avis des CFF, illusoires compte tenu de la nature des matériaux...
Le Conseiller administratif André Hediger a certes assuré qu' " en dix ans ", il n'a " jamais vu une affaire vraiment sérieuse à La Praille ". Encore heureux.... Mais quel étrange raisonnement : aucun accident n'est arrivé en dix ans, donc aucun accident n'arrivera jamais ? On ne peut que prier instamment les responsables de la sécurité de la population de ne pas s'en tenir à cet optimisme béat (celui qui, sans doute, prévalait à Seveso, à Bhopal, à Schweizerhalle, avant que, précisément, ne surviennent des " affaires vraiment sérieuses " qui n'avaient pas eu le bon goût de s'annoncer préalablement aux autorités compétentes). Faut-il attendre qu'une " affaire vraiment sérieuse " se produise à La Praille pour prendre conscience qu'on y a construit souk et arènes sur une bombe à retardement ?
D'un côté, les CFF ont minimisé les risques pour ne pas avoir à payer les protections et les précautions nécessaires, tout en sachant qu'on ne doit plus trier des produits toxiques en zone urbaine ; de l'autre, les autorités cantonales ont donné leur feu vert à la construction d'un stade, d'un centre commercial et d'un hôtel dans une zone à risque. L'écotoxicologue cantonal, Jean-Claude Landry, a fustigé " la désinvolture " des CFF -mais que dire de celle des autorités politiques, cantonales et municipales, en totale contradiction des directives fédérales concernant la protection de l'air et la sécurité des personnes face aux risques d'accidents majeurs -comme d'ailleurs de l'objectif proclamé de réduire la circulation automobile en zone urbaine ?
Quelques stades allemands pourraient bien se révéler lors du Mondial 2006 autant de pièges à (patriotes / chauvins / nationalistes / racistes / biffez ce qui ne convient pas). C'est en tous cas ce que suggère une enquête de l'organisation allemande de consommateurs, la Stiftung Warentest, qui a relevé des "manquements graves" à la sécurité dans plusieurs des stades accueillant le Mondial, et des problèmes dans les deux tiers des stades concernés. Le stade olympique de Berlin (un monument du nazisme triomphant), qui acceuillera la grande finale du 9 juillet, le Veltins de Gelsenkirchen et le stade central de Leipzig sont particulièrement visés : tous souffrent de "manquements graves" et en cas de mouvements de panique, ceux-ci pourraient "avoir des conséquences dramatiques". Les spectateurs ne peuvent pas accéder au terrain de jeu en cas de bousculade, à Berlin un fossé sépare les tribunes du terrain, à Leipzig c'est un mur et un fossé qui empêchent la fuite des spectateurs. A Kaiserlautern, les mesures contre les risques d'incendie sont insuffisantes, notamment dans les tribunes de presse construites en bois. Dans huit autres stades, des problèmes plus ou moins graves sont évoqués. Les deux tiers des stades requis pour la Coupe du monde ne remplissent pas les critères de sécurité de la Fédération internationale, alors que des sommes colossales ont été investies dans la rénovation ou la construction des stades : autour d'un milliard et demi d'euros en cinq ans, dont un quart de milliard pour le seul stade de Berlin, remis à neuf pour passer de Leni Riefenstahl à Franz Beckenbauer (et des Dieux du Stade aux dieux du fric).
Lors de l'Eurofoot 2008, on nous promet à Plainpalais des "événements" qui vont peser de leur poids de nuisances pour les malheureux habitants du quartier, en particulier pour les riverains de la Plaine sur laquelle les supporters devraient pouvoir festoyer dans la joie, la bonne humeur, la bière et le tintamarre. La Plaine devrait, selon les organisateurs, pouvoir accueillir jusqu'à 30'000 personnes, autour d'un écran géant, d'une scène pour des concerts de "qualité" (mesurée en décibels ?) et des stands divers et variés.
Au Bout-du-Monde, on stockera 3000 pauvres (ceux qui n'ont pas trop de pognon à claquer dans les flons flons de Plainpalais) dans un camping, avec des écrans (plus petits qu'à Plainpalais, c'est pour les pauvres), d'une petite (c'est pour les pauvres) scène et même, luxe inouï, des "installations sanitaires indisèpensables", même si c'est pour des pauvres, on est beaux, grands et généraux, même au Bout du Monde on pourra pisser ailleurs que dans les buissons -s'il en reste.
Prompt à assurer la sécurité d'une manifestation dont, pour user d'un euphémisme on dira qu'il n'est pas évident que les Genevois veuillent, le Conseil d'Etat a aussi quémandé de la Confédération l'aide de l'armée et de la protection divile, et des autres cantons un renfort de police. On ne sait pas combien ce cirque va coûter, mais on se doute bien que ça sera pris sur le budget ordinaire de l'Etat, ne serait-ce que pour éviter un référendum.
Le canton de Genève a demandé des renforts policiers aux autres cantons, à la France et à l'Allemagne en prévision du service d'ordre pour l'Eurofoot 2008. On nous refait le même coup que pour le G8. Spoerri est partie, les conneries continuent. C'est ce qu'on appelle la continuité de l'Etat.
En tous cas, les polices s'inquiètent : la base de données "deuxième génération" du système Schengen cafouille, et ses problèmes techniques pourraient retarder son introduction, ce qui serait "catastrophique" selon les polices européennes, car cela empêcherait la Suisse et l'Autriche d'avoir accès à des informations importantes sur les supporters violents et autres hooligans (voire les terroristes ou supposés tels, soupçonnés de tenter quelque chose pendant l'Euromachin).
Le 13 septembre, le Conseil fédéral a donné son feu vert à la mise à disposition de quinze bataillons et huit compagnies (jusqu'à 15'000 soldats) du 2 au 28 juin, pour assurer la sécurité de l'Eurofoot (protection et surveillance de bâtiments, soutien aux garde-frontières, surveillance de l'espace aérien, escorte de personnes protégées par des véhicules blindés etc...). Cette mobilisation d'effectifs, à disposition des villes et cantons hôtes, s'accompagnera d'une mobilisation de matériels de communication et de radars, et l'armée pourrait engager des hélicoptères Puma équipés de caméras à infrarouge et des drones de reconnaissance. On est soulagés : les bombes à fragmentation ne sont pas prévues. Le Conseiller fédéral Samuel Schmid déclare cependant qu'il vaut mieux que ce soit la police et non l'armée qui s'occupe de l'encadrement des supporters". La Fédération des fonctionnaires de police, quant à elle, a des doutes : elle relève que la police n'a pas les compétences nécessaires pour traiter les données obtenues par les zélicos et les drones de l'armée.
Mark Muller, lui, est tout content, cette mobilisation de l'armée fédérale pour la sécurité d'une manifestation organisée par l'UEFA le ravit : le Conseil fédéral "prend en compte nos soucis". En compte, c'est le mot. Et d'ajouter : "Nous n'espérons pas devoir utiliser des drones ou des hélicoptères. Cependant, nous savons que nous pourrions en faire usage". Contre qui ? les joueurs, le public, les supporters, les hooligans ou les référendaires ?
Le président du comité suisse d'organisation de l'Euromachin est optimiste : "l'exaltation suscitée auprès des supporters helvétiques est déjà un gage de succès". Si on y ajoute l'exaltation des supporters des autres pays, et celle des hooligans, on va friser le triomphe. Surtout auprès des vendeurs de bibine, des vitriers, de la police, de la justice et de l'armée.
Un lecteur du "Temps" compare judicieusement (dans un courrier de lecteur paru le 19 septembre) deux chiffres évoqués par le même journal cinq jours avant : l'OTAN a envoyé 20'000 soldats en Afghanistan, la Suisse en mobilise 15'000 pour assurer la sécurité de l'Eurofoot. Chacun ses priorités, quoi.
En France, et après son désormais illustrissime coup de boule à Materrazzi, Zinedine Zidane a été élu personnalité la plus admirée des Français et le tube de l'été vite bricolé à partir de l'épisode, la "danse du coup de boule", a été vendu à 500'000 exemplaires et est toujours 5ème au "top" des ventes. La marque "Coup de tête en métal" a été déposée à l'Office chinois des brevets et devrait orner d'un logo explicite cuaussures, drapeaux et canettes de bière. De son côté, le président de la FIFA, surfant (lourdement) sur la vague médiatique, l'illustre Blatter, veut organiser une "réconciliation" à grand spectacle entre Zidane et Materazzi. Il évoque la possibilité de le faire sur lîle de Robben, en Afrique du Sud, où Nelson Mandela et d'autres militants anti-apartheid ont été détenus pendant des années. Il y a une idée intéressante, là : on pourrait organiser l'Eurofoot à Champ Dollon en réduisant les matches à des affrontements entre deux joueurs, et en substituant le coup de boule final aux tirs aux buts.
A Chiasso, le 9 septembre, des supporters du Servette (ceux de la "section Grenat")envahissent le stade avant même le début du match et s'en prennent aux supporters du FC Chiasso. Bilan, plusieurs blessés (dont deux Chiassesi hospitalisés, l'un grièvement). Il s'avère que les affrontements ont été prémédités par les supporters servettiens, le site de la "section grenat" (www.section-grenat.ch) invitant ses membres à "bien avoir en tête la relation unissant les rossoblu (Chiasso) aux consanguins valaisans" (les ennemis héréditaires des "grenats"). En revanche, on ne trouve aucune invite comparable sur les sites des supporters chiassesi (www.redside.ch) ou sédunois (www.ultra-sion.ch>. La police genevoise a annoncé qu'elle connaissait, avant la rencontre, l'identité de deux hooligans avérés et de cinquante supporters potentiellement dangereux. Un supporter témoigne dans "Le Matin" : certains "ultras" boivent "3 litres de bière chacun avant un match"). Il y a cinq groupes de supporters du Servette, regroupant environ 200 personnes, dont un groupe ouvertement raciste, les "Geneva Boys" (ceux qui poussent des cris de singe dès qu'il y a un joueur africain dans l'équipe adverse)Quant aux membres de la "section Grenat" le principal groupe de supporters, leur justification des affrontements est d'une simplicité enfantine : "c'est les autres qui ont commencé", "ils ont rien fait qu'à nous insulter". Comme disait l'autre : "qu'est-ce qu'un stade ? une grande cour de récréation d'école primaire". Mais alors, très, très primaire.
A Pietermaritzburg (Afrique du sud), le 10 septembre, un footballeur a été poignardé et tué en plein match par le coéquipier qu'il avait été appelé à remplace.
A Zurich, le 16 septembre, 18 supporters du FC Zurich sont arrêtés avant un match contre Thoune. 4 d'entre eux, qui avaient molesté des policiers le 19 août lors d'un match entre le FC Zurich et Grasshopers sont condamnés à quelques jours de prison avec sursis.
Le 24 septembre, le joueur argentin du FC Nantes Mauro Cetto est expulsé pour avoir insulté la mère du gardien de l'OM, Carrasso; quelques jours auparavant, c'est le joueur de l'AC Milan Patrick Vieira qui était exclu pour trois matches après avoir insulté l'arbitre. "Un match sans insulte, c'est inimaginable", reconnaît l'auteur d'une étude sur l'insulte dans l'univers politique, Matthew Legget, qui explique cet facette de la beauté du sport, école de civilité : "qu'elle agisse dans le registre sexuel ou raciste, le but (de l'insulte) est de (pousser l'adversaire à la faute pour obtenir) un coup franc, un penalty ou une expulsion". En Suisse, le joueur du FC Lucerne, Yao Aziawonou confirme la généralisation de l'insulte entre joueurs : "on me traite de sale Noir presque chaque semaine" ("Le Temps" du 25 octobre), et l'entraîneur des juniors du Servette la généralisation du crachat : "Il y a dix ans, personne ne crachait sur un terrain. Maintenant, ils s'y sont tous mis, même dans les vestiaires".
Le 14 octobre, à à Lucerne (match Lucerne-Sion) et Winterthur (match Wintherthur-Servette), des bagarres entre supporters, et entre supporters et policiers (qui ont du faire usage de balles en caoutchouc) ont eu lieu, faisant deux blessés (une femme et son enfant) à Lucerne.
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