Rwanda

Rwanda


Mise à jour : 3 janvier 2008
©Pascal Holenweg, Genève, 2008








Sommaire

La situation et le retour des réfugiés rwandais du Zaïre et du Congo
Qui sont les Banyamulenge ?
Les troubles au Rwanda
Chronologie d'un génocide
La traque des génocidaires
L'idéologie des races au Rwanda (par Justin Gahigi)
Vers une citoyenneté nouvelle ?
Quand la négation d'un génocide s'affiche devant le Palais fédéral suisse
Qui, en Suisse, protège les amis des génocidaires et pourquoi ?
Sur l'avenir de la coopération entre la Suisse et le Rwanda
Falsification, mode d'emploi
Quelques associations rwandaises et helvéto-rwandaises en Suisse
Le projet Suisse-Rwanda "Enfants de Gahini"
Quid de la fortune de Mobutu en Suisse ?

(AFP 7.7.1997) Le Rwanda a droit à des réparations financières de la communauté internationale, qui n'a rien fait pour empêcher le génocide de 1994, affirme une commission d'enquête indépendante de l'Organisation de l'Unité africaine, dans un rapport rendu public le 7 juillet. Le rapport, intitulé "le génocide évitable", accuse les USA, la France, la Belgique et le Conseil de Sécurité de l'ONU de n'avoir ni prévenu ni arrêté le génocide quand ils le pouvaient, alors qu'ils "auraient pu (l') empêcher". Le rapport met également en cause l'église catholique. Le rôle des USA est une "honte indélébile", a déclaré l'ancien ambassadeur canadien à l'ONU, Stephen Lewis, membre de la commission, qui s'est demandé "comment Madeleine Albright", qui était à l'époque la représentante des USA auprès de l'ONU, "peut vivre avec" cette honte. "Quant le génocide a commencé, les Etats Unis ont de manière répétée et délibérée miné tous les efforts visant à renforcer la présence militaire de l'ONU au Rwanda", affirme le rapport. La Belgique est, elle, accusée d'avoir été la principale instigatrice de la "retraite honteuse" des forces des Nations Unies du Rwanda. Quant aux Français, "ils savaient exactement ce qui se passait" et "pratiquement rien ne peut excuser la conduite du gouvernement français". Le rapport affirme que la France était "en position d'insister pour que les attaques contre les Tutsis cessent", et qu'elle a "choisi de ne jamais user de (son) influence". Elle a même permis, grâce à l'opération "Turquoise" (création d'une zone de sécurité dans le sud-ouest du Rwanda) à un grand nombre de génocidaires de s'échapper. La Commission demande au Secrétaire général de l'ONU d'établir une commission des Nations Unies pour définir les modalités des réparations et désigner les pays qui devront les payer, comme cela a été fait à l'encontre de l'Allemagne, et pour Israël, après la Shoah. Le rapport a été rédigé par un groupe de sept personnalités, présidé par l'ancien président du Botswana Ketumile Masire.

(AFP 14.4.1998) Le Conseil de Sécurité de l'ONU a fait le 14 avril, pour la première fois, son mea culpa pour ne pas avoir si empêcher le génocide du Rwanda, et a appelé à en tirer les leçons pour éviter à l'avenir de nouveaux massacres de populations civiles. "L'ensemble de la communauté internationale doit reconnaître sa part de responsabilité", a dit l'ambassadeur des Pays-Bas, Peter van Walsum, en ouvrant un débat public du Conseil sur la faillite de l'ONU face au génocide de 800'ooo personnes en 1994. Pour autant, le Conseil n'a pas "demandé pardon", comme le lui demandait le Rwanda, et comme l'a fait à Kigali début avril le Premier ministre belge Guy Verhofstadt. Les quinze membres du Conseil (dont la France, elle-même accusée d'être impliquée dans le génocide) ont préféré insister sur les leçons à tirer du génocide, en particulier en Afrique. Une mission du Conseil, conduite par l'ambassadeur américain Richard Holbrooke, doit se rendre en mai au Congo, où l'ONU doit déployer quelque 5500 hommes pour aider à l'application de la paix. La faillite de l'ONU en général, du Conseil de sécurité en particulier, de la communauté internationale et des grandes puissances à prévenir et à arrêter le génocide rwandais a été mise en lumière dans le rapport d'une Commission d'enquête indépendante dirigée par l'ancien Premier ministre suédois Ingvar Carlsson. "Le rapport montre au-delà de tout doute que le monde a laissé tomber le Rwanda", a dit l'ambassadeur rwandais Joseph Mutaboba. "Les Nations Unies n'ont pas du venir en aide aux Rwandais et (...) nous en portons tous -membres du Conseil, secrétariat, Etats membres- la lourde responsabilité, a admis l'ambassadeur français Jean-David Lévitte.

(AFP 23.6) Dans un rapport du ministère rwandais des Affaires sociales (MIGEFASO), le nombre des orphelins est estimà à 300'000 au Rwanda, dont 150'000 vivent seuls. Le rapport sur les enfants non-accompagnés les regroupe entre trois catégories : ceux vivant dans des centre d'accueils (CENA) gérés ou supervisés par l'Etat, ceux placés en familles d'accueil et les 148'000 enfants vivant seuls, c'est-à-dired sans adultes mais parfois en ayant la charge de leurs frères et soeurs plus jeunes. Le rapport estime en outre à 1500 à 2000 le nombre des "Mayibobo", les enfants des rues, à Kigali.

(Irin-Cea 42) Quelque 300'000 enfants visant sans la supervision permanente d'un adulte font partie des personnes les plus vulnérables au Rwanda, selon l'UNICEF. Ils n'ont aucun soutien familial, doivent se débrouiller seul et vivent dans des conditions déplorables.

(Irin-Cea 13.7) La première étude socio-démographique effectuée au Rwanda depuis le génocide de 1994 indique une population de 6,167 millions de personnes en 1996. 60 % de cette population a moins de 20 ans. 91,1 % de la population active est employée dans l'agriculture, 3,9 des Rwandais ont atteint le niveau d'éducation secondaire, 0,2 % le niveau universitaire ou équivalent. 34 % des foyers ont une femme à leur tête. La mortalité infantile se situe à 131/100'000, la densité de population atteint 409 habitants au km2, et la population du pays devrait atteindre plus de 11 millions de personnes en 2012.

(AFP 4.10) Une famine dans le sud du Rwanda a tué près de 400 personnes dans la seule préfecture de Gikongoro, selon le préfet de la région, qui attribue cette "disette" à des "perturbations climatiques, qui ont négativement influencé et ralenti les saisons agricoles". Sur 13 communes de la préfecture, six sont affectées par la famine, mais selon le préfet ces communes "depuis longtemps souffraient de disette" quand dans le reste du pays les récoltes étaient bonnes. Selon des sources non-gouvernementales, les perturbations climatiques et les mauvaises récoltes ne seraient cependant pas les seules causes de la famine : plus de 20'000 ressortissants de la région sont en prison sous des accusations liées au génocide de 1994, et leurs familles leur apporteraient le peu de nourriture dont elles disposent. L'emprisonnement de milliers d'hommes adultes prive en outre les familles de la force de travail nécessaire à l'accomplissement des taches agricoles. Enfin, de nombreuses surfaces arables ont été transformées en forêts d'eucalyptus que les fermiers refusent d'abattre.

(Irin-Cea 7.11) Le nombre de personnes déplacées dans le nord-ouest du Rwanda, selon les chiffres du gouvernement, atteignait le 31 octobre 1998 630'000 personnes, essentiellement en provenance des forêts où ils avaient été conduits par les miliciens "Interahamwe" et les membres des anciennes forces gouvernementales hutus.

(AFP 13.11) Plus de 30'000 "déplacés" rwandais voudraient quitter le camp de Nyamutera, dans la préfecture de Ruhengeri, où ils survivent dans des conditions misérables, mais en sont empêchés par l'insécurité qui règne dans le nord du pays. Près de 34^000 personnes vivent dans le camp, essentiellement des petits paysans qui ont fui leur foyers pour des raisons de sécurité, le nord et le nord-ouest du Rwanda étant les où les "rebelles" hutus sont les plus actifs. Dans les deux préfectures de Ruhengeri et de Gisenyi, plus de 630'000 personnes sont "déplacées".

(Irin-Cea 16.2.1999) La région des Grands Lacs abrite (mal) trois millions de réfugiés et pèersonnes déplacées, et près de 800'000 personnes vivant dans des conditions vulnérables (doit environ 350'000 en Tanzanie et 300'000 au Rwanda). Le nombre total de réfugiés s'élève à près de 900'000, dont près de 350'000 en Tanzanie, près de 200'000 au Congo-Kinshasa, autant en Ouganda et un peu plus de 30'000 au Rwanda. Des plus de millions de personnes déplacées, près de 700'000 se trouvent au Rwanda et près de 550'000 au Burundi. Enfin, sur plus de 12'000 enfants non accompagnés, près de la moitié (5300) se trouvent au Rwanda et plus d'un tiers (4500) au Burundi.


(LIDLIP) Plusieurs rapports sur la situation dans la région des Grands Lacs ont été remis à la Commission des droits de l'Homme de l'ONMU lors de sa 53ème session, du 10 au 18 avril 1997 à Genève, dans le cadre de la mise en oeuvre du "programme d'action pour la troisipme décennie de la lutte contre le racisme et la discrimination raciale" :


Le point sur le retour massif au Rwanda des réfugiés rwandais des deux Congo

C'est la défaite des miliciens "Interahamwe" et des ex-Forces Armées Rwandaises (ex-FAR) qui les tenaient en otage dans le camp de Mugunga qui a déclenché le mouvement du retour. Comme l'avaient fait en août dernier leurs compatriotes réfugiés au Burundi, ils ont pris la décision rationnelle de regagner leur pays malgré les incertitudes et les craintes. Combien restent-ils au Zaïre ? Les différentes estimations vont de 100 à 500'000. La guerre des chiffres traduit les divergences des différents acteurs quant à l'opportunité d'une intervention militaire. Il n'y a jamais eu de recensement de réfugiés au Kivu et les photos satellites ne distinguent pas les réfugiés rwandais des déplacés internes zaïrois.

Concernant l'opportunité d'une intervention internationale armée, deux tendances se dessinaient : d'une part les Américains et les Canadiens préconisaient une mission humanitaire, tandis que, d'autre part, les Français et quelques ONG réclamaient -et réclament toujours- une intervention militaire. Le gouvernement rwandais réclame une aide à la réinstallation des réfugiés dans leur commune d'origine. La rebellion au Kivu a autorisé les ONG à apporter leur aide aux déplacés internes du Kivu et reste opposée à une intervention armée d'une force multinationale. Le gouvernement zaïrois, enfin, se considère comme victime d'une agression rwandaise. Il refuse de reconnaître la rebellion armée du Kivu et reste favorable à une intervention militaire d'une force multinationale au Kivu. Une façon de gagner du temps pour préparer la revanche.

D'après le CICR, 80 % des réfugiés qui rentrent au Rwanda sont des femmes et des enfants. Parmi ces derniers, des milliers d'enfants non accompagnés. Déjà quelques ONG comme l'UNICEF ont commencé à les rassembler. Il faudra ensuite faire la recherche de leurs parents par le biais du CICR et/ou trouver des familles d'accueil, ou alors un centre d'accueil comme celui de Gahini (voir plus loin) pour prendre en charge ceux qui sont orphelins. Du pain sur la planche...

(Irin-Cea 16.2.1999) La région des Grands Lacs abrite (mal) trois millions de réfugiés et pèersonnes déplacées, et près de 800'000 personnes vivant dans des conditions vulnérables (doit environ 350'000 en Tanzanie et 300'000 au Rwanda). Le nombre total de réfugiés s'élève à près de 900'000, dont près de 350'000 en Tanzanie, près de 200'000 au Congo-Kinshasa, autant en Ouganda et un peu plus de 30'000 au Rwanda. Des plus de millions de personnes déplacées, près de 700'000 se trouvent au Rwanda et près de 550'000 au Burundi. Enfin, sur plus de 12'000 enfants non accompagnés, près de la moitié (5300) se trouvent au Rwanda et plus d'un tiers (4500) au Burundi.

(irin-Cea) 500 réfugiés rwandais au Congo sont revenus au Rwanda chaque semaine, en moyenne, en septembre et octobre. Depuis le début de l'année, 27'700 réfugiés rwandais au Congo en sont revenus, selon le HCR.


Soutenez le centre de Gahini pour enfants non accompagnés


Selon un rapport de la Mission de l'ONU pour les droits de l'Homme au Rwanda publié fin janvier 1997 à Genève, au moins 6800 réfugiés rwandais en Tanzanie et au Zaïre ont été arrêtés à leur retour au Rwanda en décembre 1996 et janvier 1997, sous la suspicion d'avoir participé au génocide de 1994. Au moins 60 rapatriés auraient été assassinés, dont 31 dans la commune de Rusumo (préfecture de Kibungo) le 9 janvier 1997. 1,2 millions de réfugiés rwandais dans les pays voisins sont rentrés au pays en 1996.

(HRW, 30.4) L'organisation américaine de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch a demandé le 30 avril une action internationale urgente pour sauver les milliers de réfugiés rwandais victimes d'attaques militaires, de famine et d'épidémies dans l'est du Zaïre. HRW dénonce les actions menées contre les réfugiés par les forces rebelles zaïroises de l'"Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre" de Laurent-Désiré Kabila, et se demande "combien faudra-t-il encore de morts avant que la communauté internationale assume sa responsabilité morale et légale d'intervenir". HRW demande à l'Alliance de cesser immédiatement ses attaques contre les civils, aux Nations Unies d'agir pour que soit assurée aux réfugiés et aux non-combattants la protection garantie par les conventions internationales et invite l'Organisation de l'Unité africaine, les Etats-Unis, le Canada et l'Union européenne à faire pression sur l'Alliance pour qu'elle observe la protection internationalement reconnus aux réfugiés.

(AFP 5.8) Les réfugiés rwandais établis au Congo-Brazzaville sont partagés entre une nouvelle errance et les risques d'un retour forcé au Rwanda, imposé par les autorités congolaises qui les accusent de participer aux combats qui opposent les partisans du président Pascal Lissouba et ceux de son prédécesseur Denis Sassou Nguesso.

A la fin du mois de juillet, le gouvernement congolais a mis en garde les réfugiés rwandais, burundais et congolais-zaïrois contre toute activité "incompatible avec leur statut", et a menacé de les expulser. Cette mise en garde intervenait après des accusations de la radio gouvernementale accusant les réfugiés de participer aux combats entre les partisans du président Lissouba et ceux de Denis Sassou Nguesso.

Le président Lissouba a reçu le 4 août une délégation du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) pour demander que les réfugiés rwandais quittent le sol congolais. Cette demande a reçu un accueil très compréhensif de la part du HCR, dont le chargé des urgences au Congo-Brazzaville, Bernard Kerblat, a déclaré que s'il était "établi et avéré que les réfugiés font partie des forces belligérantes" au Congo-Brazzaville, "le HCR ne pourra pas agir en leur faveur parce qu'ils violent les obligations que chaque réfugié doit respecter".

Plus de 15'000 réfugiés rwandais sont arrivés au Congo Brazzaville en mai 1997, après plus de sept mois d'errance au Zaïre face à l'avancée des soldats de l'Alliance de Laurent-Désiré Kabila. 5000 réfugiés ont été rassemblés dans un camp à la périphérie de Brazzaville, à Bilolo, dans une zone contrôlée par les partisans de Sassou Nguesso, tandis que les 10'000 autres sont restée au nord du pays dans l'attente d'une éventuelle évacuation. Les combats à Brazzaville ont contraint plusieurs centaines de réfugiés de Bilolo de gagner la frontière gabonaise. Les autres réfugiés de Bilolo sont restée sur place ou se sont disséminés dans le reste du pays, mais sont menacés d'être rapatriés de force au Rwanda et ne sont plus assistés par les organisations humanitaires internationales, qui ont quitté Brazzaville en raison des affrontements depuis le début du mois de juin. Certains de ces réfugiés, livrés à eux-mêmes, ont rejoint l'une ou l'autre des forces belligérantes, pour des raisons financières ou alimentaires -en clair : pour survivre. Les 9 à 10'000 réfugiés rwandais installés dans le nord du Congo-Brazzaville continuent, eux, de recevoir à partir du Congo-Kinshasa l'assistance des organisations humanitaires internationales. 1095 d'entre eux ont été évacués vers le Rwanda depuis le début juillet, et une deuxième opération de rapatriement doit être organisée en août, à laquelle certains réfugiés tentent d'échapper en se rendant en Centrafrique.

L'ONU accuse les forces de l'Alliance de crime contre l'humanité

Un rapport d'enquête de l'ONU affirme que les réfugiés hutus de l'ex-Zaïre ont été victimes, de septembre 1996 au printemps 1997, de massacres perpétrés par les forces de Laurent-Désiré Kabila. Les enquêteurs ont recueilli des témoignages concernant 134 massacres et considèrent que "le concept de crime contre l'humanité pourrait s'appliquer à la situation qui a régné et continue de régner" au Congo-Kinshasa.

"Ces crimes semblent revêtir un caractère suffisamment massif et systématique pour que la qualification de crime contre l'humanité puisse leur être attribuée", accuse le rapport rendu public le 11 juillet à Genève, et dont les auteurs (le Chilien Roberto Garreton, le Ghanéen Jonas Foli et le Sénégalais Bacré Wanly Niaye) étaient chargés d'enquêter sur le sort des 200'000 réfugiés hutus du Rwanda portés "disparus" dans la région où ils s'étaient installés depuis 1994 après avoir fui le Rwanda au lendemain du génocide perpétré contre les Tutsis.

Les massacres dont les forces de l'Alliance sont accusées ont été commis alors que la région du Kivu était sous leur contrôle, et que ses forces étaient encadrées, entraînées, équipées voire dirigées par l'armée rwandaise. Les victimes se comptent par milliers, dont "des femmes, des enfants, des blessés, des malades, des moribonds et des personnes âgées" assassinées dans les camps de réfugiés pour la seule raison qu'elles étaient hutus. Le rapport considère que ces massacres ont été "prémédités", et accompagnés de méthodes d'élimination telles que "la dispersion des réfugiés vers des zones inhospitalières" et "le blocage systématique de l'aide alimentaire" dans les zones où se trouvaient les réfugiés auxquels elle était destinée. Plus de la moitié des victimes de ces méthodes seraient des enfants de moins de cinq ans. Des dizaines de milliers de personnes ont en outre disparu, poussées vers les forêts.

Outre les massacres et les disparitions, le rapport fait état d'un grand nombre de cas de torture, de viols, de pillage et d'exécutions sommaires de réfugiés hutus rwandais avant leur retour au Rwanda. Considérant que l'ensemble de ces violations des droits de l'Homme ont eu un "acarctère systématique, produit d'une préparation préalable", le rapport indique enfin que d'autres enquêtes de l'ONU devront établir si un génocide a été ou non "planifié et mis à l'oeuvre" dans l'est du Zaïre, contre les populations hutu (rwandaises et zaïroises), par les forces de l'Alliance aidées de forces rwandaises. L'ONU a décidé d'envoyer une mission dans la région mais s'est pliée à l'exigence de Laurent-Désiré Kabila qu'elle ne soit pas dirigée par Roberto Garreton.

Médecins sans Frontières dénonce l'élimination physique des réfugiés

Attaques militaires, massacres, privations de secours, tous les moyens sont bons pour faire disparaître en secret les réfugiés rwandais de l'Est du Zaïre.

(Médecins sans Frontières, 1997,44) Depuis le mois de novembre, les réfugiés rwandais du Kivu qui n'étaient pas rentrés dans leur pays -estimés à 400'000- ont erré sans assistance dans les forêts, réapparaissant pour de courtes périodes dans de nouveaux camps. Dans ceux-ci, ils recevaient une assistance humanitaire -souvent limitée à cause des conditions de sécurité- avant que de nouvelles attaques ne les contraignent à nouveau à la fuite. Aujourd'hui, Médecins Sans Frontières affirme que les forces de l'Alliance ont organisé l'élimination physique d'un grand nombre de ces réfugiés, non seulement par le refus d'assistance, mais surtout par la terreur qui est exercée contre eux.

Dès novembre, Médecins Sans Frontières, avec d'autres organisations humanitaires, a tenté d'apporter une aide médicale et nutritionnelle. Cependant, ce travail d'assistance a été constamment perturbé et empêché par les forces de l'ADFL, qui n'autorisaient l'accès aux camps que sporadiquement. Le camp de Tingi Tingi, par exemple, où MSF a pu assister 80'000 personnes à partir du 8 décembre 96, affichait, malgré notre présence, un terrible taux de mortalité de 4,2 morts pour 10'000 par jour (en urgence, une situation est considérée comme catastrophique quand le taux de mortalité pour dix mille personnes par jour dépasse 2). Le 28 février, MSF doit quitter ce camp en raison des attaques. Quand le retour sera possible 12 jours plus tardm les équipes MSF n'ont trouvé sur le site que 2'000 réfugiés, dans un état physique absolument effroyable. Malgré les besoins, les forces de l'Alliance ne permettront à MSF d'intervenir que quelques heures par jour et pendant 10 jours. Durant cette période, 179 personnes sont mortes.

Le refus d'assistance et d'accès aux camps de réfugiés, imposé par les forces de l'Alliance, ne constitue qu'un aspect d'une véritable politique de terreur qui conduit les réfugiés à se cacher dans la forêt pour y échapper au danger de massacre. Cette politique de terreur rend évidemment toute tentative d'assistance inutile, voire dangereuse. MSF soupçonne que la présence des organisations humanitaires soit utilisée par les forces de l'AFDL pour attirer des groupes de réfugiés, qui sont ensuite attaqués.

Certains militaires ont explicitement affirmé à une équipe MSF que la présence des organismes humanitaires leur était utile. En effet, quand les réfugiés cachés dans la forêt apprennent que les organisations humanitaires sont dans la zone, ils s'estiment en sécurité et s'approchent des routes. MSF a également pu confirmer que lors de ses missions, les militaires informent les villageois de sa venue deux semaines avant son arrivée, alors qu'aucune autorisation n'a encore été accordée à MSF. Les équipes ont également expérimenté le fait de se voir interdire l'accès à une zone de réfugiés où MSF était prêt pour les assister. Lorsque les volontaires MSF ont pu y retourner, tout le monde avait disparu. Tous ces éléments font penser à MSF que les organisations humanitaires servent d'appâts aux réfugiés qui fuient les soldats.

Cette politique de terreur frappe aussi les populations zaïroises qui ont reçu l'interdiction d'aider les réfugiés et doivent, au contraire, dénoncer les endroits où ils se trouvent. Des villageois qui avaient donné des renseignements aux volontaires MSF sur les réfugiés ont été arrêtés, battus et même tués par l'armée.


Les réfugiés rwandais au Congo-Kinshasa : 17 chances sur 100 de survivre ?

(Libération 6.11) Une étude entreprise par Médecins sans frontières a tenté de quantifier les massacres de réfugiés hutus commis au Congo-Zaïre entre septembre 1996 et juillet 1997. A partir des données recueillies par MSF, l'étude aboutit à la conclusion que dans un groupe de cent personnes ayant fui à l'automne les camps de l'est du Zaïre, attaquée par les forces de l'Alliance de Laurent-Désiré Kabila et par l'armée rwandaise, seules 17 personnes atteindront après une errance de 1500 kilomètres un lieu sûr au Congo-Brazzaville, une personne sera rentrée au Rwanda par ses propres moyens, une autre y aura été rapatriée par la HCR. Autrement dit, sur 100 réfugiés, 19 auront finalement survécu avec certitude. Des 81 personnes restantes, une soixantaine auront "disparu, une vingtaine auront été massacrées sous les yeux de leurs parents . Les autres seront mortes de maladie ou d'accident. MSF relève que "les taux de disparition augmentent de façon synchrone avec les taux de mortalité, ce qui fait craindre que beaucoup (de) disparus soient décédés". MSF estime en outre que les réfugiés qui ont été tués l'ont été "avec une rare sauvagerie, indépendamment de leur sexe, de leur âge ou de leur éventuelle participation au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994".

L'enquête a été effectuée en juillet 1997 dans un camp de réfugiés hutus rwandais du Congo-Brazzaville, à Njoundou. MSF a interviewé 530 personnes, et à partir de ces interviews a pu retracer avec précision le sort de 3121 réfugiés présents dans les camps zaïrois à l'automne 1996. L'enquête révèle qu'en mai 1997, le taux de mortalité brut par jour a atteint 6 décès pour 1000 personnes, que la mortalité des enfants de moins de 5 ans a été aussi élevée que celle de l'ensemble de l'échantillon et que 41 % des victimes d'attaques armées étaient des femmes.

Un représentant de Médecins sans frontières, Marcel van Soest, a présenté devant la commission des affaires étrangères de la Chambres des représentants américains, à Washington, les données essentielles de cette enquête et a accusé l'ambassadeur américain en poste au Rwanda de "désinformation délibérée" pour avoir nié à l'automne 1996 qu'au moins 300'000 réfugiés hutus rwandais au Zaïre fuyaient vers l'ouest. L'organisation humanitaire américaine Human Rights Watch a émis les mêmes accusations.

(AFP 19.11,1998) Le Rwanda a nié le 19 novembre 1998 toute implication dans les massacres de Hutus rwandais commis en 1996-1997 au Congo /Kinshasa), alors Zaïre, dont l'accuse le président congolais Laurent.Désiré Kabila, alors sutenu par le Rwanda dans sa lutte contre le président Mobutu. Le ministre rwandais de la Défense et vice-président Paul Kagami a dénoncé dans un communiqué les accusations "pathétiques et absurdes" portées contre les troupes rwandaises, et accuse en retour les forces congolaises de massacrer actuellement des Rwandais et des Tutsis congolais (Banyamulenge). Les troupes rwandaises ont été accusées par le Congo d'avvoir massacré plusieurs milliers de réfugiés rwandais hutus dans l'est du Zaïre lors de la progression de la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila, Un massacre de plusieurs milliers de personnes aurait notamment eu lieu en 1997 à Mbandaka et à Kisangani. Selon l'ONU, 150'000 à 180'000 réfugiés rwandais auraient été massacrés de septembre 1996 à mai 1997 dans l'ex-Zaïre. A l'époque, le Rwada aidait militairement les forces rebelles de Laurent Désiré Kabila. Aujourd'hui, il aide militairement les forces rebelles qui combattent Laurent-Désiré Kabila. Le communiqué de Paul Kagame rappelle que "M. Kabila a ouvertement appelé (en août 1998) le peuple congolais à prendre les armes, machettes, flèches et tout ce qu'il pouvait trouver pour tuer les Tutsis et leurs amis", et dénonce des massacres à Kisangani, Kalémié, Vyura, Kinshasa "et ailleurs", ainsi que l'arrestation et la détention, parfois suivies du décès, de milliers de Rwandais et de Tutsis congolais depuis le début de la rébellion anti-Kabila, en août dernier.

(Le Monde 6.12) A une question du journaliste du "Monde" Luc Rosenzweig lui demandant ce qu'il pensait du rapport publié par Amnesty International sur les massacres de réfugiés rwandais, le ministre congolais (Kinshasa) des Affaires étrangères Bizima Karaha a répondu : "Ce rapport de la section française d'Amnesty International reprend des allégations que nous rejetons en bloc. Je doute maintenant de la crédibilité d'Amnesty International, et je ne suis pas le seul. La vérité, c'est que nous avons libéré 700'000 réfugiés en trois jours, alors que le HCR, disposant pendant deux ans de millions de dollars, n'a même pas rapatrié 100 réfugiés. Si nous étions vraiment des tueurs de réfugiés rwandais, nous aurions eu suffisemment de temps pour le faire. Nous avons libéré ceux qui étaient les otages des génocidaires".

(ATS 6.10) Le Haut-Commmissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a dénoncé le 6 octobre avec vigueur l'expulsion de plusieurs centaines de réfugiés rwandais par le Congo-Kinshasa. Selon le HCR, 830 réfugiés, dont 753 femmes et enfants, ont été expulsés au cours du week-end. Le gouvernement congolais a annoncé le rapatriement forcé de plus de 4000 réfugiés rwandais, ayant pour la plupart fui les violences récentes au Rwanda. Il a également annoncé la fermeture de la frontière avec le Rwanda et la fin des activités des organisations humanitaires à Goma. "L'expulsion des réfugiés par Kinshasa est une violation des conventions internationales", a déclaré le Haut-commissaire aux réfugiés, Sadako Ogata.

(AFP 14.11) Plus de 1800 réfugiés sont rentrés au Rwanda en provenance du Congo-Kinshasa et du Burundi aux alentours du 12 novembre. Selon le HCR, 1189 réfugiés rwandais sont rentrés le 13 en provenance de la province burundaise de Cibitoke. Tous sont des hutus qui avaient fui le Rwanda en juillet 1994 après la victoire du FPR, la majorité sont des femmes et des enfants très affaiblis et depuis longtemps sur la route. "ils sont arrivés sans rien, sans bagage, sans matériel de cuisine et dans une situation sanitaire très mauvaise", a déclaré le représentant du HCR à Kigali. On ignore les raisons précises de leur retour, en provenance d'une région où il n'y avait pas de camps de réfugiés et où la situation ne s'est pas particulièrement dégradée. Par ailleurs, 646 personnes ont passé la frontière entre le Congo-Kinshasa et le Rwanda, par Cyangugu, après avoir été expulsées par les autorités congolaises. On ne savait pas deux jours après leur arrivée s'il s'agissait de Rwandais ou de Congolais.

(AFP 26.11) Le Rwanda a envoyé une délégation ministérielle en Tanzanie pour obtenir des explications sur les expulsions de 1899 réfugiés rwandais installés pour la plupart de longue date dans ce pays. Le ministre rwandais de l'Education Joseph Karemera et le préfet de Kibungo se sont rendus à Dar es Sallam, porteurs d'une lettre du président rwandais Pasteur Bizimungu au président tanzanien Benjamin Mkapa. Le Rwanda a demandé que toutes les expulsions, qu'il qualifie d'"inhumaines", soient interrompues. Les autorités tanzaniennes avaient justifié ces expulsions par la nécessité de chasser les "fauteurs de troubles". Selon le HCR, il ne resterait que 200 réfugiés rwandais expulsés de Tanzanie dans le camp de transit rwandais de Kibungo. A leur arrivée dans le camp, des réfugiés avaient dénoncé le racket dont ils avaient été victimes de la part des autorités locales tanzaniennes. Beaucoup d'entre eux avaient été expulsés sans avertissement préalables et avaient dû laisser en Tanzanie une partie de leur famille et la totalité de leurs biens. Une partie de ces 1800 réfugiés avaient fui de leur propre initiative pour devancer leur expulsion.

1998

(AFP 25.1) 12'000 Hutus rwandais réfugiés au Congo-Brazzaville souhaitent s'établir durablement dans ce pays et refusent de retourner au Rwanda, en raison de l'absence de "justice équitable" dans leur pays d'origine. "Ils veulent obtenir du gouvernement congolais des terres pour faire des cultures", a déclaré le responsable de l'aide humanitaire de l'Union européenne aux pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, Hubert Onidi. Certains des réfugiés en question sont soupçonnés par le gouvernement rwandais d'avoir participé au génocide de 1994. Leur refus de retourner au Rwanda a déjà contraint le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) à suspendre le rapatriement volontaire des Rwandais au Rwandais, qui avait permis de faire revenir 1408 réfugiés dans leur pays d'origine. 15'000 Rwandais chassés de l'ex-Zaïre sont arrivés au Congo-Brazzaville après la prise du pouvoir par les forces de Laurent-Désiré Kabila, et s'étaient établis dans les régions marécageuses du nord du pays. Plus de 2000 d'entre eux ont ensuite pris la fuite au Gabon, lors du conflit entre les partisans de Denis Sassou Nguesso et ceux de Pascal Lissouba, et ont fini par être rapatriés de force au Rwanda.

(AFP 27.1) Les autorités rwandaises ont réaffirmé le 27 janvier par la voix du président de la commission pour le rapatriement et la réintégration des réfugiés, Ehpraïm Kabaija, leur volonté de voir l'ensemble des réfugiés rwandais à l'extérieur rentrer dans leur pays, que ces personnes "soient innocentes ou non" du génocide de 1994. "Le problème de ces réfugiés est que la majorité d'entre eux souhaite revenir, mais que des soldats des ex-Forces armées rwandaises les intimident", a déclaré Ephraïm Kabaija.

(AFP 26.1) Le Rwanda "souhaite définir une véritable politique des réfugiés, afin d'être capable de les prendre en charge d'une façon globale", a déclaré le 26 janvier la ministre rwandaise Aloye Inyumba, responsable du sossier. "L'une des questions est comment faire pour que les réfugiés puissent prendre en charge eux-mêmes leurs problèmes", a ajouté Mme Inyumba. Environ 2300 réfugiés burundais et 30'000 Congolais sont actuellement installés au Rwanda. 15'000 réfugiés tutsis congolais installés dans un camp près de Kibuye (ouest du Rwanda) doivent être déplacés dans une zone plus sûre et plus facile d'accès, mais la ministre a déclaré que "la sécurité à Kibuye est satisfaisante actuellement" et qu'il n'y a pas de "problèmes fondamentaux" justifiant un tel déplacement -sinon des contraintes logistiques.

(AFP 13.11) Plus de 30'000 "déplacés" rwandais voudraient quitter le camp de Nyamutera, dans la préfecture de Ruhengeri, où ils survivent dans des conditions misérables, mais en sont empêchés par l'insécurité qui règne dans le nord du pays. Près de 34^000 personnes vivent dans le camp, essentiellement des petits paysans qui ont fui leur foyers pour des raisons de sécurité, le nord et le nord-ouest du Rwanda étant les où les "rebelles" hutus sont les plus actifs. Dans les deux préfectures de Ruhengeri et de Gisenyi, plus de 630'000 personnes sont "déplacées".

(Iri-Cea 20.5.1999) Les organisations humanitaires présentes dans le nord-ouest du Rwanda signalent une "amélioration importante" de l'état nutritionnel des centaines de milliers de "déplacés" réinstallés sur de nouveaux sites. Cette amélioration (taux de maltrunition en baisse, nombre de personnes soignées pour maltrunition en baisse) serait liée à la mise en place de centres de santé et de nutrition, à l'augmentation des rations alimentaires et à la reprise des activités agricoles, ainsi qu'à la stabilisation des conditions de sécurité. La situation nutritionnelle reste cependant fragile dans la région, avertissent les ONG.

(Irin-Cea 10.8) Plus de 1200 réfugiés rwandais au Congo (Kin) sont revenus au Rwanda en juillet 1999.

(Irin-Cea 27.8) Plus de 31'000 Congolais réfugiés au camp de Gihembe, dans la préfecture de Byumban (nord-ouest) et de Kibuye (ouest) ont demandé à être rapatrié, a annoncé le 26 août le HCR, qui considère que cela constitue "la meilleure solution, lorsque la situation le permettra", mais est préccouppé par la sécurité des réfugiés, une fois rentrés chez eux.

(Irin-Cea 31.8) Les autorités rwandaises craignent qu'une partie des 13'000 Rwandais rapatriés du Nord Kivu vers les préfectures de Gisenyi et Ruhengeri soient en fait des rebelles hutus "Interahamwe". On estime à 1000 ou 2000 le nombre de ces miliciens qui se seraient introduits au Rwanda et se cacheraient dans les forêts. Toutefois, 30'000 autres Rwandais devraient revenir au pays dans les mois à venir, en provenance du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Burundi et de l'Ouganda.

(Irin-Cea 31.8) Le bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (UNOCHA) a établi dans un rapport à 673'003 le nombre de personnes ayant besoin d'assistance humanitaire au Rwanda, dont plus d'un demi-million de déplacés, plus de 33'000 réfugiés, plus de 6500 enfants non accompagnés et plus de 125'000 détenus. La grande majorité des "déplacés" (plus de 365'000 personnes, soit 70 % du total) se trouve dans la préfecture de Ruhengeri, et 143'000 autres dans celle de Gisenyi. Plus de la moitié (17'000) des réfugiés se trouvent dans la préfecture de Byumba, un peu moins de 40 % dans celle de Kibuye.


La violence au Rwanda

Un rapport de l'organisation humanitaire "Médecins pour les droits de l'Homme" (PHR) dénonce le massacre de 2000 à 3000 civils par l'armée rwandaise en trois mois. Le vice-président et ministre de la Défense rwandais Paul Kagamé a reconnu que des civils innocents avaient pu être victimes des attaques de l'armée, mais en a fait porter la responsabilité à des rebelles hutus revenus du Zaïre après la chute de Mobutu. Par ailleurs, le coordonnateur du "Centre de lutte contre l'impunité et l'injustice au Rwanda", Joseph Matata, a dénoncé "les massacres de centaine de réfugiés hutus", dont des femmes et des enfants, qui retournent au Rwanda en passant par le Parc des Virunga", dans le nord du pays et "qui sont généralement dans un état d'épuisement qui ne leur permet pas de représenter un danger quelconque" pour le pouvoir de Kigali.

(AI 25.9) Au moins 6000 personnes, en majorité des civils désarmés, ont été tués au Rwanda entre janvier et août 1997, selon un rapport d'Amnesty International, qui déplore le "silence" de la communauté internationale. "Beaucoup de morts n'étant pas signalées, le bilan réel pourrait être considérablement plus élevé", ajoute l'organisation, qui regrette que "nombre de gouvernements continuent de croire que les réfugiés peuvent retourner au Rwanda en toute sécurité" alors que "ce n'est de toute évidence pas vrai". Amnesty relève également que plusieurs gouvernements, tels ceux des USA et de l'Afrique du sud, ont ourni au Rwanda équipements ou entraînements militaires en 1996 et 1997 sans prendre en considération les "performances des forces de sécurité rwandaises en matière de respect des droits de l'Homme".

Massacre à Mbandaka

(Libération 18.8) En octobre 1996, l'artillerie rwandaise a ouvert le feu sur les camps de réfugiés hutus de la région de Goma. Puis des unités spéciales les ont chassés et pourchassés dans la forêt, jusqu'aux rives du Congo, à Mbandaka, où les survivants se sont regroupés dès le 28 avril. Le commandant de Mbandaka, le général Mokobo, a procédé au désarmement de ses propres troupes des Forces armées zaïroise pour éviter les exactions et les pillages, et la ville est passés sous le contrôle d'un "Comité de crise" présidé par l'archevêque. Des volontaires ont accueilli les réfugiés et leur ont distribué des vivres envoyés par le Programme alimentaire mondial.

Le 13 mai, des troupes semble-t-il rwandaises ont pris Mbandaka et ont massacré tous les réfugiés hutus qu'elles ont trouvé. Selon un membre de la Croix-Rouge congolaisem plus de 1300 morts ont été relevés entre Mbandaka et Kalamba, à 70 km, "sans compter les cadavres que la population avait déjà enterrés par peur d'pidémie". Certains témoignages font état d'une "chasse à l'homme" qui se serait poursuivie jusqu'après l'arrivée du HCR, le 22 mai, et jusque dans le camp de transit des réfugiés destinés à être rapatriés au Rwanda.

Plus de 12'000 réfugiés hutus ont été concentrée à Mbandaka, recherchés dans toute la région par les équipes du HCR. Certains ont été retrouvés "asservis comme main-d'oeuvre gratuite" par des habitants de la région, les enfants accueillis par des familles locales ne sont "relâchés" par elles que contre paiement. Les réfugiés rassemblée à Mbandaka doivent être renvoyés au Rwanda, mais sont le plus souvent si peu volontaires pour être rapatriés que "sur place, les agents du HCR préfèrent parler d'évacuations", selon le correspondant du quotidien français "Libération".

Massacre à Mudende

(AFP 23.8) Au moins 107 réfugiés ont été massacrés à la machette et au fusil, 17 autres personnes (essentiuellement des assaillants) tuées etet 55 blessées par des inconnus (mais selon certaines informations, des personnes de la région ont participé au massacre) le 22 août lors de l'attaque du camp de réfugiés de Mudende, dams l'ouest du Rwanda, selon le HCR. Le camp abrite environ 8000 réfugiés tutsis du Congo-Zaïre qui avaient fui les combats dans l'est de l'ex-Zaïre en 1995-1996. Le représentant du HCR à Kigali, Roman Urasa, examine la possibilité de déplacer le camp et tente de localiser les réfugiés qui ont fui le camp en direction de Gisenyi et de Nkamira. Le gouvernement rwandais a déclaré soupçonner des "infiltrés", soit des groupes armés hutus venus du Congo-Zaïre. Le Rwanda accueille au total environ 15'000 réfugiés du Congo-Zaïre.

(AFP 27.8) Des Rwandais travaillant pour deux organisations humanitaires (l'Adventist Relief Agency et une organisation non citée), ainsi que "des paysans locaux" ont "participé aux massacres" dans le camp de réfugiés tutsis congolais de Mudende, "aux côtés des miliciens interahmawes", a déclaré le 27 août le Conseiller politique du vice-président rwandais Paul Kagamé. Le bilan du massacre a été "ajusté" à 148 réfugiés, 17 miliciens et civils locaux et 3 soldats de l'armée rwandaise tués. Le rapatriement des réfugiés survivants (près de 8000) dans le Masisi (Congo-Kinshasa) a été suspendu en raison des très mauvaises conditions de sécurité qui y règnent, mais certains des 4000 réfugiés qui se sont enfuis du camp après les massacres ont peut-être déjà décidé spontanément de rentrer au Congo.

(Amnesty International, 25.9.1997) Dans la guerre non déclarée qui oppose, dans le nord-ouest du Rwanda, les forces régulières aux groupes armés d'opposition alliés, semble-t-il, à l'ancienne armée rwandaise -les Forces armés rwandaises (FAR)- les victimes des deux camps sont, pour l'essentiel, des civils non armés. Le gouvernement soutient que la plupart des victimes civiles ont été tuées par les groupes armés d'opposition. Néanmoins, des sources indépendantes confirment que la majorité des meurtres de civils non armés commis ces derniers mois sont le fait de soldats de l'APR.

Des milliers de civils non armés, dont de jeunes enfants et des personnes âgées, ont été abattus au cours d'opérations militaires lancées, semble-t-il, à la suite d'offensives menées par les groupes armés d'opposition. Ainsi, le 8 août 1997, les forces de sécurité auraient tué plusieurs centaines de personnes sur un marché animé de Mahoko, à Kanama, dans la préfecture de Gisenyi. Au cours des deux jours qui ont suivi, au moins 95 personnes arrêtées non loin de là, à Rubavu, et un nombre indéterminé d'individus appréhendés à Kanama auraient été tuées par les forces gouvernementales. Un certain nombre d'officiers de l'APR ont été interpellés à la suite de ces événements. Néanmoins, dans l'immense majorité des cas, aucune action en justice n'est intentés contre les auteurs de tels agissements.

Selon certaines sources, au moins 1430 civils ont été tuées par des soldats de l'APR à Nkuli, dans la préfecture de Ruhengeri, entre le 9 et le 11 mai. A Cyabingo, dans cette même préfecture, plus de 300 personnes auraient été tuées dans la seconde moitié du mois de mai et plus de 130, dont de nombreux enfants, en juin. A la connaissance d'Amnesty International, aucune mesure n'a été prise en vue de traduire en justice les responsables de ces tueries.

Les groupes armés d'opposition ont également procédé à des homicides arbitraires et délibéré de civils. Le massacre le plus important a eu lieu dans la nuit du 22 août 1997. Lorsqu'au moins 130 réfugiés originaires de la République démocratique du Congo ont été tués dans le camp de réfugiés de Mudende (préfecture de Gisenyi). Au nombre des victimes figuraient de jeunes enfants endormis. D'après les informations recueillies, les forces gouvernementales et des civils armés se sont livrés le lendemain à des représailles qui ont fait un nombre indéterminé de morts.

Amnesty International dénonce : "La communauté internationale garde le silence alors que des milliers de personnes sont tuées"

(Amnesty International, 25 septembre 1997)

Au moins 6000 personnes, des civils non armés pour la plupart, auraient été tuées au Rwanda entre janvier et août 1997, d'après les derniers éléments dont dispose Amnesty International. Toutefois, étant donné que de nombreuses morts ne sont pas signalées, les chiffres réels sont sans doute plus élevés.

Les témoignages recueillis par l'organisation de défense des droits de l'Homme offrent un aperçu du quotidien de milliers d'hommes et de femmes rwandais : "Il faut sombre ici". "Nous attendons la mort". "Nous poussons un soupir de soulagement lorsque 24 heures se sont écoulées, puis nous inquiétons pour les 34 heures suivantes. C'est comme un contrat d'un jour". "Nous allons nous coucher en sachant que le lendemain, nous ne serons peut-être plus là".

Amnesty International s'est déclarée vivement préoccupée par le fait que les gouvernements des pays voisins continuent à renvoyer des réfugiés au Rwanda, où nombre d'entre eux sont en danger de mort.

"Ils souffrent en silence, tandis que le reste du monde ignore largement leur sort. L'indifférence flagrante de la communauté internationale ne fait qu'encourager les forces de sécurité et les groupes armés d'opposition à poursuivre leurs tueries sans craindre d'être condamnés".

Dans un rapport publié ce jour (jeudi 25 septembre 1997). Amnesty International évoque les massacres de civils non armés et d'autres exécutions illégales imputables aux soldats de l'Armée patriotique rwandaise (APR), les homicides délibérés commis par les groupes armés d'opposition présumés proches de l'ancienne armée rwandaise, ainsi que les "disparitions", les arrestations arbitraires et les mauvais traitements infligés aux détenus dans des centres de détention manifestement surpeuplés.

Des régions entières du Rwanda, notamment dans le nord-ouest, sont désormais quasiment inaccessibles en raison de l'insécurité généralisée qui y règne, et les comptes rendus des médias sur la situation actuelle des droits de l'Homme sont rares. Les assassinats de ressortissants étrangers et rwandais collaborant avec les organisations internationales ont contraint les organisations humanitaireas et de défense des droits de l'homme à retirer leur personnel des zones les plus touchées et à revoir considérablement à la baisse leurs programmes d'assistance.

Au nombre des victimes figurent des réfugiés rwandais renvoyés de force des pays voisins. Certains d'entre eux ont été tués, d'autres ont "disparu". D'autres encore sont privés de tout contact avec l'extérieur par le gouvernement rwandais, notamment des dizaines de réfugiés renvoyés contre leur gré du Gabon le 12 août, qui sont maintenus en détention au secret par l'armée et ne sont toujours pas autorisés à recevoir la visite des organisations humanitaires.

"Aussi incroyable que cela puisse paraître, de nombreux gouvernements continuent à accepter l'idée que les réfugiés peuvent regagner le Rwanda en toute sécurité, alors qu'il s'agit manifestement d'une contrevérité. Aucun Etat ne doit renvoyer des réfugiés contre leur gré au Rwanda, et s'il le fait, il doit être conscient des conséquences", a déclaré Amnesty International.

Plusieurs pays, notamment les Etats-Unis et l'Afrique du Sud, ont livré du matériel militaire au Rwanda ou contribué à la formation des forces de sécurité de ce pays en 1996 et 1997, sans se soucier, semble-t-il, de leur attitude en matière de droits de l'Homme. Par ailleurs, il semble que les groupes armés d'opposition soient toujours approvisionnés de manière illicite en armes et en munitions par l'intermédiaire de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre).

L'armée des Etats-Unis a notamment participé à un programme de formation de l'APR. Le gouvernement américain est l'un des plus proches alliés politiques et militaires des autorités rwandaises et peut, à ce titre, exercer des pressions sur celles-ci en vue d'une amélioration de la situation des droits de l'Homme; pourtant, à la connaissance d'Amnmesty International, il n'a jamais condamné publiquement les violations persistantes des droits fondamentaux commis au Rwanda, ni demandé expressément qu'il y soit mis fin.

"La communauté internationale a permis une fois encore que la mort fasse figure de réalité banale au Rwanda", poursuit l'organisation. "Les Etats-Unis et les autres Etats influent doivent dénoncer publiquement la poursuite des massacres et exiger que soient prises des mesures visant à mettre un terme aux violences dirigées contre les civils non armés".

Dans son rapport, Amnesty International appelle le gouvernement rwandais à faire publiquement la lumière sur les circonstances entourant les violations des droits de l'Homme, notamment sur l'identité des victimes et des auteurs, sur la progression des enquêtes et sur les mesures prises contre les personnes reconnues coupables. Elle exhorte également le gouvernement à condamner publiquement les exécutions extrajudiciaires et à établir un strict contrôle hiérarchique au sein de l'APR, afin d'empêcher de nouvelles exécutions illégales.

(AFP 14.11) Les violences se sont multipliées depuis le début du mois d'octobre dans l'ouest du Rwanda, et au moins 66 personnes ont été tuées dans six attaques différentes, notamment dans la préfecture de Gitarama et dans la zone qui jouxte les préfectures de Gisenyi et de Ruhengeri, dans une région où s'opposent l'armée rwandaise et les rebelles hutus. Le 6 novembre, 24 personnes auraient été tuées à Ndusu (Ruhengeri), 32 personnes dont deux responsables administratifs locaux ont été assassinés lors de cinq incidents différents et 10 personnes (dont des civils) dans une opération de l'armée consucétive à une attaque des rebelles. Ce regain de tension dans la région serait lié à la pression militaire grandissante de l'armée rwandaise sur le nord-ouest, obligeant les rebelles à descendre vers le sud.

(AFP 17.11, 19.11, 21.11, Reuters 20.11) Plus de 300 personnes ont été tuées du 17 au 19 novembre lors de l'attaque par un groupe de plusieurs centaines de "rebelles" hutus (jusqu'à 1200 selon les autorités rwandaises) de la prison communale de Giciye, dans la périphérie de Gisenyi, pour en libérer les prisonniers attendant d'être jugés pour leur participation supposée au génocide de 1994. L'armée rwandaise est intervenue et les combats auraient duré deux jours. 80 prisonniers "pris entre deux feux", et au moins 88 rebelles auraient été tués, ainsi que deux soldats des forces gouvernementales (selon celles-ci). 90 prisonniers se seraient enfuis, d'autres seraient morts dans l'incendie de la prison. Le 13 novembre, une vingtaine de personnes avaient déjà été tuées après une attaque menée par des individus en civils, qui ont exécuté deux enfants d'une école secondaire. Dans la nuit du 17 au 18 novembre, un groupe de rebelles a attaqué sept familles de la commune de Mukamura, dans la préfecture de Ruhengeri. Au moins 27 personnes ont été massacrées. Des représailles auraient été menées le 18 novembre par les survivants de l'attaque, mais aucun bilan n'en a été donné. Le 14 novembre, plus de 20 personnes avaient été tuées dans l'attaque du marché de Giciye, dans la préfecture de Gisenyi, et deux personnes le lendemain à un barrage des "rebelles" sur la route entre Ruhengeri et Gisenyi.

Plus de 15'000 "rebelles" hutus, miliciens "Interahamwe" et ex-soldats du régime génocidaire, participeraient à la guerre civile dans le nord et l'ouest du Rwanda, selon le chef des forces gouvernementales de la région, le colonel Kayumba, qui a estimé à 5000 le nombre des anciens soldats de l'armée du régime génocidaire. Le colonel Kayumba a reconnu que la rebellion bénéficiait dans certaines régions d'un soutien de la population civile. Selon un observateur occidental, les rebelles contrôlent la route entre Gitarama et Kibuye et se "promènent en armes pendant la journée" dans certaines communes proches de Kibuye. Dans la région de Gitarama, l'armée gouvernementale aurait détruit par le feu "des morceaux entiers de la forêt pour tenter d'empêcher les rebelles de s'y réfugier". Le même observateur occidental doute que "les rebelles disposent d'un comandement structuré" et d'une "stratégie cohérente", même si "certaines attaques témoignent d'une véritable organisation".

(AFP 17.11, 19.11, 21.11, Reuters 20.11) Plus de 300 personnes ont été tuées du 17 au 19 novembre lors de l'attaque par un groupe de plusieurs centaines de "rebelles" hutus (jusqu'à 1200 selon les autorités rwandaises) de la prison communale de Giciye, dans la périphérie de Gisenyi, pour en libérer les prisonniers attendant d'être jugés pour leur participation supposée au génocide de 1994. L'armée rwandaise est intervenue et les combats auraient duré deux jours. 80 prisonniers "pris entre deux feux", et au moins 88 rebelles auraient été tués, ainsi que deux soldats des forces gouvernementales (selon celles-ci). 90 prisonniers se seraient enfuis, d'autres seraient morts dans l'incendie de la prison. Le 13 novembre, une vingtaine de personnes avaient déjà été tuées après une attaque menée par des individus en civils, qui ont exécuté deux enfants d'une école secondaire. Dans la nuit du 17 au 18 novembre, un groupe de rebelles a attaqué sept familles de la commune de Mukamura, dans la préfecture de Ruhengeri. Au moins 27 personnes ont été massacrées. Des représailles auraient été menées le 18 novembre par les survivants de l'attaque, mais aucun bilan n'en a été donné. Le 14 novembre, plus de 20 personnes avaient été tuées dans l'attaque du marché de Giciye, dans la préfecture de Gisenyi, et deux personnes le lendemain à un barrage des "rebelles" sur la route entre Ruhengeri et Gisenyi.

(AFP 30.11) L'insécurité généralisée qui règne dans le nord du Rwanda paralyse complètement l'économie de la région et commence à poser des problèmes dramatiques : depuis plus de six mois, les routes de la région constituent la cible privilégiée des embuscades tendues par les miliciens hutus "Interahamwe" et soldats des ex-Forces armées rwandaises. Le ravitaillement alimentaire est perturbé et les prix des denrées, qui se raréfient, montent constamment. Les prix des produits agricoles auraient été multiplié par dix en quatre ans. Par contre, le prix du bétail a suivi l'évolution inverse : "Les vaches sont maigres et ne vont plus dans les pâturages car les rebelles les volent. Donc les gens veulent s'en débarrasser et les vendre le plus vite possible". Les récoltes elles-mêmes sont déréglées : "les gens ont peu semé et peu récolté. Maintenant ils ne peuvent pas vendre", explique un médecin. La région était le grenier à blé du Rwanda, l'insécurité l'a privée de ce rôle. La route entre Ruhengeri et Gisenyi est la plus dangereuse du pays, quoique gardée par environ 500 soldats, mais constamment sous la menace des rebelles.

(AFP 4.12) Selon un bilan officieux émanant d'une source du ministère rwandais de la Défense, une attaque de la commune de Bulinga (préfecture de Gitarama) par des rebelles a fait au moins 8 morts le 3 décembre et permis à une troupe d'environ 300 rebelles hutus de libérer 630 prisonniers -tous ceux qui étaient détenus à Bulinga. Deux soldats, deux policiers, deux civils et au moins deux rebelles ont été tués et les combats se poursuivaient le 3 décembre au soir autour de la commune de Ndiza.

(AFP 1.12) La population de la préfecture de Ruhengeri, affaiblie par des mois de guerre civile, est sommée par chaque partie au conflit de choisir son camp. Des combats se déroulent régulièrement dans les communes de Giciye, Karago, Nkuli, Nyarutovu, doÛ venaient la majorité des dignitaires du régime du général Habyarimana. Partis en exil en 1994 avec des centaines de milliers de Hutus fuyant l'avancée du Front patriotique rwandais, les nostalgiques de l'ancien régime les ont aussi suivis dans leur retour fin 1996 et se sont "fondus" dans la population civile, dont une minorité les soutient, mais qui paie toute entière ce soutien. Les autorités rwandaises alternent quant à elles répression et dialogue, et considèrent toute personne suspectée d'aider les rebelles comme un membre des milices rebelles. A chaque incident armé, une fouille du lieu de l'incident est effectuée par l'armée, et des civils sont parfois fusillés sans jugement sur le soupçon d'aider les rebelles ou d'en être. L'armée nie l'existence de massacres et le colonel Kayumba, commandant des forces du nors-ouest, affirme que "Notre mission n'est pas de tuer dles gens" et que "nous avons besoin d'une combinaison de travail politique et militaire". "Nous ne gagnerons pas le coeur et l'esprit de tout le monde", estime-t-il cependant.

(AFP 8.12, 9.12) le réseau de grottes découvert en octobre par l'armée rwandaise dans le nord-ouest du pays, dans la région de Kanama abrite "encore probablement des gens" et demeure placé sous la surveillance permanante de soldats, a déclaré le 8 décembre le major Richard Sezibera, porte-parole de l'Armée patriotique rwandaise (APR) : "Nous attendrons jusqu'à ce qu'elles ne constituent plus une menace militaire", a-t-il précisé. Au cours d'une "visite organisée" de quatre cavités volcaniques pour les journalistes et observateurs des droits de l'Homme, le major a expliqué que ces grottes étaient probablement utilisées depuis 1995 comme base de commandement et de repli par les rebelles hutus. "Beaucoup de gens favorables à l'ancien régime sont nés ici. Et pour différentes raisons, les gens ne nous ont pas informé de l'existence des grottes", a expliqué le major. Une forte odeur de cadavre émanque de certaines sorties des grottes, où l'armée affirme que des combats se sont déroulés pendant deux semaines, et où une association de défense des droits de l'Homme basée en Belgique, le Centre de lutte contre l'impunité et l'injustice au Rwanda, a affirmé que l'armée avait massacré des milliers de personnes fin octobre. L'armée reconnaît quant à elle que "des soldats et des officiers de l'APR ont été impliqués dans des actes irresponsables de destruction", mais affirme qu'ils ont été sanctionnés, et nie l'accusation de "contre-génocide pour venger le premier", accusations qu'elle attribue "à ceux qui nient l'existence" du génocide de 1994. En tous cas, les observateurs ont constaté que les champs entourant les grottes sont déserts, que certaines habitations ont été brûlées et que les objets personnels laissés par les habitants semblent témoigner de leur fuite précipitée.

(HCR 11.12, 12.12) Au moins 231 personnes ont été tuées et 207 blessées au cours d'une attaque mercredi soir par des rebelles hutus rwandais du camp de réfugiés tutsis congolais de Mudende, dans le nord-ouest du Rwanda, a annoncé le 11 décembre le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Le camp de Mudende abrite environ 17'000 réfugiés tutsis du Congo-Kinshasa. L'attaque a été particulièrement brutale, la plupart des morts et des blessés ont été mutilés à la machette et les agresseurs ont indistinctement tué vieillards, adultes, enfants et bébés, femmes et hommes, valides et malades.

(AFP 17.12) Selon une association de rescapés du génocide de 1994, IBUKA, les extrémistes hutus qui ont attaqué le camp de Mudende auraient tué 1643 personnes, et le sort de 1150 autres personnes resterait inconnnu. Selon le président d'IBUKA, Jean-Bosco Rutagengwa, les victimes du massacre ont été tuées "parce qu'elles étaient tutsis". Un climat généralisé de peur s'est installé dans la région : les réfugiés tutsis vivent dans la crainte de nouvelles attaques et les population hutus dans celle de représailles.

(Reuters 7.1.1998) Au moins 40 personnes ont été tuées le 5 janvier dans l'attaque par de présumés rebelles hutus de deux communes du nord-ouest, Nyabikenke et Nyakabanda, au nord de Gitarama. Les agresseurs ont attaqué à la machette, à la grenade et à l'arme à feu.

(APIC, 12.1) Cinq religieuses rwandaises de la Congrégation des Filles de la Résurrection ont été assassinées, et deux autres grièvement blessées,dans la nuit du 7 au 8 janvier, dans leur couvent de Busasamana, à 30 km de Nyundo, au nord-ouest du Rwanda et près de la frontière congolaise. Selon des sources officielles, les agresseurs, qui ont également assassiné le gardien du couvent et l'épouse du responsable de la communauté chrétienne locale, sont des "infiltrés", c'est-à-dire des soldats de l'ancienne armée du régime génocidaire ou des miliciens hutus "Interahamwe".

(AFP 18.1) Les agences de l'ONU basées au Rwanda entameront le 19 janvier une mission d'éaluation de quinze jours dans le nord-ouest du pays, afin d'obtenir des informations précises sur la situation sécuritaire, alimentaire et matérielle dans la région. Toutes les agences de l'ONU, y compris les observateurs des droits de l'Homme, ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales, participeront à cette mission, censée couvrir des communes habituellement rendues inaccessibles par les affrontements entre l'armée et les "rebelles" hutus. Les enquêteurs se concentreront sur la question des déplacements de population, très importants dans les préfectures de Gisenyi, Ruhengeri et Gitarama. L'insécurité a considérablement modifié la situation alimentaire de régions que l'on considérait auparavant comme le "regnier" du Rwanda : de vastes zones cultivables sont en friche, les réseaux de distribution sont coupés, les paysans se déplacent au gré des affrontements et ne cultivent donc plus régulièrement leurs terres.

(AFP 18.1) Un sergent de l'armée rwandaise a été publiquement exécuté le 17 janvier à Ruhengeri devant 2000 à 3000 personnes après qu'il eut reconnu avoir tué un habitant de la ville. Cette exécution publique avait pour but de montrer que l'"armée n'envoie pas ses soldats pour tuer la population", a déclaré un officiel rwandais, pour qui les meurtres de civils par des soldats "sont des cas isolés, et pas des ordres venus de la hiérarchie". Le 16 janvier, quatre soldats accusés du meurtre d'un commandat de gendarmerie hutu ont été condamnés à mort à Gitarama.

(AFP 19.1) L'attaque par des rebelles hutus d'un bus transportant le personnel d'une brasserie dans la province de Gisenyi a fait de 24 à 80 morts, selon les sources, le 19 janvier. Selon les témoignages receuillis par l'AFP, les assaillants ont demandé aux passagers (une centaine) de se regrouper par ethnie (tutsis ou hutus) et ceux-ci ayant refusé, les asaillants ont ouvert le feu à l'aveuglette. Certaines victimes ont été décapitées, d'autres brûlées vives.

(AFP 30.1) Le ministre rwandais des Affaires étrangères Anastase Gasana a opposé une fin de non-recevoir à la demande de l'ambassadeur du Japon que toutes les parties concernées par le conflit intérieur rwandais acceptent "de d'asseoir et de parler, oubliant la haine, la méfiance et la fierté". Le ministre rwandais a répondu que les rebelles hutus n'étaient que "des bandes de criminels qui doivent être traduits en justice pour les crimes contre l'humanité qu'ils ont commis et qu'ils tentent de perpétuer". L'envoyé spécial de l'Union européenne dans la région des Grands Lacs, Aldo Ajello, a exprimé ses doutes quant à la volonté des autorités rwandaises de négocier avec les rebelles, compte tenu de l'héritage du génocide. L'absence de direction politique de la rébellion, et donc d'interlocuteur possible, rend en outre toute négociation fort improbable, même si les autorités rwandaises y étaient prêtes.

(Reuters 9.2) Des "rebelles" hutus ont massacré 58 personnes lors de l'attaque, le 8 février, d'un village de la province de Gisenyi. "Ils ont tué à coups de hache les bébés, les enfants, les femmes et les vieillards, sans faire de distinction entre les Hutus et les Tutsis", a précisé le gouverneur de la province.

(ARI 23.2) Onze personnes ont été tuées lors d'une attaque par des "rebelles" hutus d'une usine de thé de Pfunda, près de la ville de Gisenyi (nord-ouest), le 17 février. Des affrontements avec l'armée rwandaise se sont produits ensuite.

(AP 1.3, Irin-Cea ) L'armée rwandaise a tué 17 "rebelles" hutus qui prenaient d'assaut la prison de Nyakabanda, dans la région de Gitarama (centre), le 28 février selon l'agence officielle rwandaise RNA. 80 prisonniers ont été libérés dans l'attaque Le bilan de cet accrochage pourrait cependant être beaucoup plus lourd. L'armée rwandaise a fait savoir le 5 mars que plus de 100 "rebelles" avaient été tués lors des combats qui ont éclaté dans toute la région de Gitarama après l'attaque de la prison et qui duraient toujours le 5. Huit soldats et un officier ont également été tués, ainsi que l'assistant du bourgmestre de Byakabanda. Une autre attaque des "rebelles" a été repoussée le 1er mars.

(AFP 13.3) Des centaines de civils non armés ont été tués dans le nord-ouest du Rwanda en janvier et février, tant par les rebelles hutus que par l'armée rwandaise, indique Amnesty International. Les cas de disparition augmentent en outre dans des "proportions alarmantes" au Rwanda, avec parfois l'"implication de membres des forces de sécurité", sénonce AI. L'organisation énumère plusieurs massacres et affrontements meurtriers : le 11 janvier et les jours qui ont suivi, plus de 300 civils auraient été abattus par l'armée rwandaise lors d'une opération militaire dans la commune de Rubavu, près du lac Kivu, dans la préfecture de Gisenyi; plus de 120 personnes auraient été massacrées le 24 janvier par l'armée à Mukingo, près de Ruhengeri; les rebelles auraient massacré délibérément une quarantaine de personnes à Jenda, dans la préfecture de Ruhengeri, le 5 février, 50 à 60 personnes à Byahi, près de Gisenyi, les 6 et 7 février et 40 personnes à Gisenyi, le 40 février.

(Irin-Cea 5.3) Cinq personnes, dont deux enfants et un bébé, ont été abattues près de Ruhengeri par des "rebelles" hjutus le 4 mars.

(Irin-Cea 6.3) Une personne a été tuée et sept autres blessées lorsque des rebelles hutus ont pris un minibus en embuscade près de Mushubati, dans la préfecture de Gitarama, entre Mulinga et Mushubati.

(AFP 13.3) Une attaque menée le 12 mars par des rebelles hutus contre un programme d'aide de la Fédération luthérienne mondiale dans la préfecture de Kibungo a fait huit morts et cinq blessés. Cette attaque a été attribuée par les autorités à des "infiltrés venus de Tanzanie". Depuis le 28 février, les autorités rwandaises signalaient des "attaques et embuscades" de miliciens hutus dans la province de Gitarama. Des "infiltrés", dont les effectifs varient selon les sources de 2 à 5000 hommes, seraient venus du nord, fuyant la pression de l'armée régulière qui a déployé 3000 hommes dans la région. La préfecture de Kinungo est la quatrième préfecture touchée par des attaques rebelles depuis le début du mois. Au total, cinq des douze préfecture seraient touchées par la rébellion. L'offensive des rebelles sur Gitarama aurait un double objectif : tenter de couper le paix en deux, d'une part, et occuper une partie de l'armée régulière au centre pour attaquer dans le nord.

(Irin-Cea 17.3) 15 rebelles hutus ont été tués lors d'affrontements avec l'armée rwandaise le 13 mars dans la préfecture de Gitarama, selon la presse locale.200 "rebelles" aurait été tués dans cette préfecture em deux semaines.

(Irin.cea 26.3) Au moins 17 Tutsis ont été massacrée le 23 mars dans la commune de Kaname, près de Gisenyi, par un groupe de rebelles hutus d'une centaine de personnes.

(Irin-CEa 27.3) Cinq adolescents ont été tués et sept autres blessés dans la nuit du 24 au 25 mars lorsque leur école a été attaquée par un groupe de rebelles hutus, dans la commune de Nkuli (préfecture de Ruhengeri).

(Irin-Cea 31.3) L'armée rwandaise a annoncé avoir tué 20 "rebelles" hutus dans la semaine du 23 au 29 mars, lors d'opérations de "nettoyage" dans le nord de la préfecture de Ruhengeri. Le commandant des troupes gouvernementales a estimé à environ 300 le nombre des rebelles hutus armés dans la région de Kirambo.

(Irin-Cea 3.4) Des "rebelles" hutus ont tué neuf personnes dans la nuit du 30 au 31 mars à Nyabikenke, dans la province de Gitarama. Le 29 avril, les rebelles hutus ont tué 20 personnes et en ont blessé 42 en attaquant un camp de réfugiés à Kiningi, près de Ruhengeri, dans le nord. Les attaquants ont pillé les biens, volé le bétail et pris d'assaut la prison locale en libérant 29 détenus.

(AFP 11.4) Plus d'une centaine de personnes ont été tuées au Rwanda en une semaine, lors d'attaques attribuées à des "rebelles" hutus, dans les provinces de Ruhegneri (nord), Gisenyi (nord-ouest) et Gitarama (centre). Dans la nuit du 10 au 11 avril, 24 personnes ont été tuées dans la commune de Musambira, dans la province de Gitarama. Le 10, trois miliciens hutus ont été abattus par l'armée rwandaise après une attaque des milices "Interahamwe"contre le camp de Nyarutovu, qui avait fait 53 morts le 9 avril (20 assaillants et 33 réfugiés". Le 8, 28 personnes ont été tuées dans la commune de Buringa (Gitarama) et 500 prisonniers ont été libérés du cachot communal. Le 7, 11 soldats, dont 2 officiers, ont été tués dans une embuscade dans la commune de Nyamugari (à la limite des provinces de Byumba et de Rugengeri).. Le 6, sept personnes ont été tuées à Rutongo (Gitarama).

(AFP 12.4) Cinq personnes ont été tuées dans une embuscade attribuée aux "rebelles" hutus, le 11 avril entre Gitarama et Kigali. 5 femmes, rescapées du génocide de 1994, ont été tuées à la hache et à la machette dans la nuit du 11 au 12 avril à Nyamabuye, dans la préfecture de Gitarama.

(Irin-Cea 18.4) L'armée rwandaise a tué 70 "rebelles" lors d'une attaque dans la préfecture de Gitarama, le 15 avril.

(Irin-Cea 22.4) 10 personnes ont été assassinées les 19 et 20 avril à Cyanika, dans la commune de Kodaho (région de Ruhengeri). Une quarantaine de miliciens "Interahamwe" auraient participé aux attaques.

(Irin-Cea 24.4) L'armée rwandaise a annoncé le 24 avril avoir tué "au moins" 90 "rebelles" hutus au cours des deux dernières semaines dans la commune de Bulinga, lors d'une opération de "nettoyage" de la région, menée "avec l'aide de la population".

(Irin-Cea 29.4) Un prêtre de la cathédrale de Ruhengeri a été tué pendant le week-end du 25-26 avril dans la commune de Kigombe par des "rebelles", qui ont dans le même secteur également tué cinq civils.

(Irin.Cea 16.5) 17 personnes ont été massacrées par des miliciens "Interahamwe dans la nuit du 14 au 15 mai dans la préfectuire de Gitarama.

(Irin-Cea 20.5) Au moins 11 enfants (14 selon l'AFP) ont été tués et trois autres blessés dans l'attaque d'un internat de Nyamyumba, dans la commune de Kivumu (Gisenyi), dans la nuit du 17 au 18 mai. Selon la BBC, l'attaque serait l'oeuvre de miliciens Interahamwe.

(AFP 28.5) Au moins 20 personnes ont été tuées et plus de 60 blessées entre le 26 et le 28 mai dans la préfecture de Gisenyi après l'attaque de "déplacés" à Rwerere dans la nuit du 26 au 27, par des "rebelles" Interahamwe, et une opération militaire dans les communes de Kanama et Nyamyumba. 20 "rebelles" ont été tués par l'armée lors de l'attaque de Rwerere, et plus de 60 personnes, dont des enfants, ont été blessées dans des affrontements entre "rebelles" et militaires à Kanama et Nyamyumba. Plusieurs des blessés sont morts de leurs blessures.

(Irin.Cea 4.6) Six membres d'une même famille (un pasteur, sa femme et ses quatre enfants) ont été assassinés le 31 mai à Kabiza, dans la préfecture de Gisenyi.

(Irin-Cea 11.6) Au moins 29 personnes ont été tuées et une vingtaine d'autres blessées dans l'attaque d'un camp de "déplacés" dans la commune de Kayove (préfecture de Gisenyi), le 8 juin, par un millier d'"infiltrés" armés de machettes, de lances et de pangas. 11 autres personnes ont été tuées par des "rebelles" dans les communes de Mushubati et de Buringa (Gitarama), le même jour.

(Irin-Cea 18.6) 23 personnes ont été tuées et 62 blessées dans l'attaque nocturne d'un camp de "déplacés" à Namira, dans la préfecture de Gisenyi, le 16 juin, par des "rebelles" hutus.

(AP 23.6) L'attaque d'un autocar par un groupe armé a fait 18 morts et 40 blessés le 22 juin à Nyange, dans la région de Kibuye. L'attaque aurait été perpétrée par des "rebelles" hutus. Trois enfants font partie des tués.

(Irin-Cea 13.7) Plus de 50 "rebelles" ont été tués dans la deuxième semaine de juillet lors d'une opération militaire dans la préfecture de Gisenyi, ont annoncé les autorités. L'opération, menée dans les communes de Kanama, Mutura, Rwerere et Giciye, aurait fait un mort et trois blessés dans les rangs de l'armée.

(Irin-Cea 15.7) 34 personnes ont été tuées lors de l'attaque d'un hôtel de Tare le 12 juillet. De nombreuses personnes s'étaient rassemblées à l'hôtel pour suivre la finale de la Coupe du Monde. Les assaillants ont incendié l'hôtel et la plupart des victimes ont été brûlées vives. Le gouverneur de la province a accusé des "personnes dans la population" de faire "partie de ce coup".

(Irin-Cea 24.7) Les troupes rwandaises auraient, de source militaire, tué quelque 250 rebelles, dont l'un des chefs de la rebellion, le lieutenant-colonel Leonard Nkundiye, lors d'une opération de "nettoyage" dans les régions de Giciye et de Ruhengeri.

(Irin-Cea 28.7) L'armée rwandaise a annoncé avoir tué quarante des 300 rebelles qui avaient lancé une attaque le 25 juillet à Karama (Cyungo) dans la préfecture de Byumba. Un soldat a trouvé la mort dans les combats.

(Irin-Cea 6.8) Plus de 60 "rebelles" hutus ont été tués avec leur commandant, le lieutenant-colonel Froduald Mugemana, lors d'une opération militaire dans la nuit du 3 au 4 août dans la province de Ruhengeri, selon des sources officielles rwandaises.

(AP 8.8) 11 personnes ont été tuées par des "rebelles" armés de matraques, de machettes et de fusils à Kanama, près de Gisenyi, le 8 août. Au moins 38 "rebelles" ont été abattus le 6 août à Kanama après une précédente attaque qui avait fait six morts, dont un pasteur.

(AP 2.8) 110 personnes ont été massacrées à la machette et au gourdin à Buheta et Raba, au nord-ouest de Kigali, par des "rebelles" hutus, le 31 juillet.

(Irin-Cea 10.8) Les "rebelles" hutus ont tué 27 personnes et blessé 8 autres dans deux incidents dans le nord-ouest. 11 personnes ont été tuées et 7 blessées dans une attaque le 8 août à Kanama, contre un camp de personnes déplacées. Le 9 août, 16 personnes ont été tuées à Mutura.

(Irin-Cea 18.8) 10 "rebelles" hutus et trois soldats de l'armée rwandaise ont été tués dans des affrontements le 13 août à C yungo, dans la région de Byumba.

(Irin-Cea 18.8) 14 personnes ont été assassinées le 17 août sur le marché de Ruhango, dans la région de Nyamagana. Les cibles de l'attaque étaient deux familles, dont celle d'Emmanuel Gasana qui venait d'être acquitté par le tribunal de Gitarama des accusations de génocide portées contre lui, et qui a été tué avec toute sa famille.

(Irin-Cea 29.8) Selon l'agence de presse indépendante "Hirondelle", au moins 160 personnes ont été tuées au Rwanda dans la deuxième moitié du mois d'août. La plupart des victimes seraient d'anciens soldats de l'armée de l'ancien régime, et des miliciens hutus "Interahamwe", tués lors d'affrontements avec l'armée régulière. Entre les 12 et 14 août, au moins 130 personnes ont, de source militaire, été tuées lors de combats dans les préfectures de Byumba et de Ruhengeri. Cinq écoliers et trois autres personnes ont été tués lors de l'attaque de l'école de Rwankuba (Kigali), le 18 août.

(Irin-Cea 8.9) Des "infiltrés rebelles" au nombre de 800 ont attaqué le 4 septembre une prison dans la commune de Kivumu (préfecture de Kibuye) et libéré des centaines de détenus. 70 détenus auraient ensuite été abattus par les forces gouvernementales, 140 se seraient rendus. La prison abritait environ 380 prisonniers. 21 personnes ont en outre été massacrées par des "rebelles" dans la villge de Ndaro.

(Irin-Cea 12.9) Une femme a été tuée et plusieurs blessées le 12 septembre dans la gare routière de Kigali par un attentat à le grenade. C'est le premier incident de cette sote depuis la prise du pouvoir par le FPR en 1994.

(Irin-Cea 23.9) Deux soldats ont tué sept personnes et en ont blessé quatre lors d'une attaque perpétrée le 20 septembre contre un bar à Mininja, près de Mwira, dans la région de Gitarama. Les deux soldats ont été arrêtés par les autorités et ont déclaré que leur acte était une revanche pour le meurtre d'un membre de leur famille.

(Irin-Cea 6.10) Six personnes ont été tuées le 2 octobre et six autres blessées lors d'une attaque lancée par des "rebelles" à Kanama, près de Gisenyi.

(Irin.Cea 13.10) L'armée rwandaise aurait abattu 378 "rebelles" lors d'une opération militaire de grande envergure qui s'est déroulée dans le nord-ouest du pays, a rapporté l'Agence rwandaise d'information (ARI). Les opérations militaires couvraient les régions de Ruhengeri et de Bushiru. 19 "rebelles" auraient été capturés.

(Irin-Cea 3.11) 27 "infiltrés" rebelles ont été tués le 1er novembre dans la région de Murambi (préfecture de Kigali Rural) par des villageois, après qu'ils eurent tenté d'attaquer un camp de personnes déplacées à Coko (commune de Rushashi)m aient tué trois civils et pillé le centre de santé, selon l'agence officielle rwandaise d'information, qui précise que l'armée n'est pas intervenue.

(AFP 24.11) Selon le rapport d'une commission internationale d'enquête de l'ONU publié le 24 novembre, des membres des ex-Forces armées rwandaises du régime génocidaire hutu, ainsi que les miliciens "Interahamwe", se sont lancés dans un commerce de stupéfiants entre l'Inde, l'Afrique du sud et l'Europe pour financer leurs opérations armées dans la région. La commission, présidée par l'ambassadeur égyptien Mahmoud Kassem, relève que "du madrax proveant d'Inde et destiné à l'Afrique du Sud est intoduit en contrebande au Kenya et en Tanzanie". La plupart des drogues écoulées par les réseaux hutus sont "expédiées vers l'Europe", mais "des drogues provenant d'Amérique latine" sont aussi "expédiées en Afrique centrale. Les enquêteurs de l'ONU estiment qu'entre 10'000 et 15'000 miliciens et ex-soldats rwandais sont retournée au Rwanda combattre le régime mis en place par le FPR. D'autres ont combattu au Congo-Brazzaville pendant la guerre civile -dans les deux camps, ainsi que, plus récemment, au Congo-Kinshasa, dans le camp de Laurent-Désiré Kabila.

(Irin-Cea 1.2.1999) Des soldats rwandais auraient massacré 140 personnes lors d'une opération de "contre-insurrection" le 19 décembre dans la préfecture de Gisenyi, selon l'organisation "Africa Rights". Des rebelles poursuivis par l'armée se seraient cachés parmi la population civile de Karambo (Kanama). La zone aurait été encerclée par l'armée, qui aurait déclenché le massacre. L'armée a ouvert une enquête sur l'évènement et des soldats ont été mis aux arrêts.

(AP 7.6.2001) L'armée rwandaise a annoncé avoir tué le 6 juin au moins 150 anciens miliciens et soldats hutus qui étaient entrés au nord-ouest du Rwanda à partir du Congo, et avoir fait 24 prisonniers. Selon le colonel Jean-Bosco Kazura, un groupe d'au moins 300 anciens membres des milices "Interahamwe" et des forces armées rwandaises se sont infiltrés le 5 juin dans la région de Mutura. Le 6 juin, l'infanterie rwandaise, appuyée par des hélicoptères de combat, a attaqué le groupe. Selon le porte-parole de l'armée, celle-ci n'a subi aucune perte et aucun civil n'aurait été tué ou blessé. Des civils rwandais armés de machettes et de bâtons ont aidé l'armée à traquer les miliciens hutus. Le général James Kabarebe, de l'armée rwandaise, a dénoncé un "plan général" des milices hutues pour "pénétrer au Rwanda avec l'appui du gouvernement congolais". La "force principale" de ce plan est toujours, selon le général, "en train de s'organiser à Kamina" (nord du Congo)

(AFP 17.6) Les populations civiles du nord-ouest du Rwanda sont au premier plan des combats quotidiens entre l'armée et les combattants extrêmistes hutus rwandais, infiltrés depuis la République démocratique du Congo (RDC) voisine, mais elles restent relativement épargnées par ces violences. Depuis le 20 mai, date du début des infiltrations des "abacengezis" (infiltrés en langue kinyarwanda) du parc naturel des Virungas vers les préfectures rwandaises de Gisenyi et Ruhengeri, seuls quelques rares cas de paysans tués ou blessés sont à signaler, "à peine une dizaine", selon une source associative locale. Par contre, 730 "rebelles" auraient été tués par l'armée patriotique rwandaise (APR), et plus de 350 capturés, essentiellement le long du parc naturel, aujourd'hui sanctuaire des infiltrés, mais également plus en profondeur en territoire rwandais dans les anciennes communes de Nyamutera et Giciye, à proximité de la forêt naturelle de Gishwati. Dans tout le nord-ouest du pays, mais également au sud-ouest, dans la région de Cyangugu, l'armée et les autorités administratives ont lancé une vaste campagne "de mobilisation et de sensibilisation" pour appeler la population à "se désolidariser" et à dénoncer les rebelles. Selon l'armée, la tentative d'infiltration de Cyanzarwe, dans la préfecture voisine de Gisenyi, le 6 juin, au cours de laquelle ont péri 150 infiltrés, a été mise en échec grâce aux informations fournies par les habitants des environs de la colline où les rebelles avaient pris position et installé leur poste de commandement. Au lendemain des affrontements de Cyanzarwe, la population donnait la chasse aux infiltrés et traquait les isolés ou les blessés encore éparpillés dans les bananeraies, avait constaté sur place l'AFP.

(AP 15.7) L'armée rwandaise a fait prisonnier le 15 juillet le chef d'état-major de la rebéllion hutue, le colonel Bemera, qui s'est rendu "presque sans combattre" à Ruhengeri. Le 12 juillet, l'armée rwandaise avait déjé capturé le chef de renseignement des forces hutues, ainsi qu'un commandant de bataillon.


Juger les génocidaires...

(ATS 13.1.1997) Amnesty International a mis en doute le 13 janvier l'équité des premiers procès pour génocide qui ont eu lieu au Rwanda, et exprimé sa crainte que de nombreuses personnes soient injustement exécutées. Le procès des premiers accusés, Deo Bizimana et Egide Gatanazi a eu lieu le 27 décembre. Il n'a duré que quatre heures. Une semaine plus tard, ils ont été reconnus coupables et condamnés à mort.


Amnesty International :

Les raisons pour lesquelles les sentences de mort prononcées à l'encontre de prisonniers convaincus de génocide doivent être communées au Rwanda

(mars 1997)

* Loi organique sur l'organisation des poursuites des infractions constiutives du crime de génocide ou de crimes contre l'humanité, commisses à partir du 1er octobre 1990 (no 8/96, août 1996)

(AFP 30-31.8.1997) Deux rapports de l'ONU publiés le 30 août ont dénoncé les "exécutions extra-judiciaires" et l'assassinat d'une centaine de responsables administratifs au Rwanda entre janvier 1996 et juin 1997. La Mission des Nations-Unies pour les droits de l'Homme au Rwanda qualifie d'"exécutions extra-judiciaires" la mort de 109 prisonniers en 18 mois, alors que les autorités rwandaises affirment que les victimes tentaient de s'enfuir. La mission de l'ONU accuse l'armée rwandaise d'être responsable de 79 morts et la police commune, les gendarmes ou les gardiens de prison d'être responsables des autres. En ce qui concerne la mort de 108 représentants de l'Etat (sous-préfets, bourgmestres, conseillers de secteurs, responsables de cellules) et de 10 fonctionnaire de justice (notamment des inspecteurs de police judiciaire), un second rapport en attribue la responsabilité d'une part aux membres des anciennes forces armées du régime "génocidaire" et aux miliciens Interahamwes, et d'autre part à des agents de l'Etat. Les deux rapports témoignent d'une violence quotidienne au Rwanda.

Plus de 100'000 prisonniers (en majorité des Hutu soupçonnés de participation au génocide de 1994) sont entassés dans les prisons et cachots du pays, sans compter les prisons militaires. Ce chiffre représente deux fois celui de la population carcérale en janvier 1996. La justice rwandaise n'est pas en mesure de suivre le rythme des arrestations, la plupart des accusés ne font pas l'objet de dossiers et certains sont emprisonnés depuis trois ans sans que leur cas ait été étudié. Le 30 août a été créé officiellement le premier Barreau de l'histoire du Rwanda, et 44 avocats ont prêté serment devant l'Assemblée nationale, puis élu un Conseil de l'Ordre et un bâtonnier en la personne de Me Frédéric Mutagwera. Auparavant, n'importe quel mandataire pouvait défendre un accusé ou une partie civile devant un tribunal. Fin juillet, une loi organique avait exigé la prestation de serment des avocats et requis la création d'un Barreau. "C'est un courage politique invraisemblable d'avoir mis sur pied la loi organique d'un barreau, alors que la défense des génocidaires dans ce pays est considérée comme un luxe quasiment superflu", a commenté le président de l'association Avocats sans Frontières, l'ancien Bâtonnier de Bruxelles Pierre Legros. Les difficultés matérielles de la justice rwandaises restent cependant considérables : ces moyens financiers sont à peu près inexistants, une partie de son personnel a été massacré et son indépendance n'est pas assurée. Fin juin 1997, 142 jugements avaient été prononcés en première instance contre des participants au génocide, dont 61 condamnations à mort et 8 acquittements. Aucun des condamnés à mort n'a encore été exécuté, des recours en grâce étant pendants devant le Président de la République.

(AFP 9.1.1998) L'Assemblée nationale de transition (ANT) du Rwanda a prolongé jusqu'à fin 1999 le délai légal de détention provisoire des détenus accusés de génopcide arrêtés avant le 31 décembre 1997. Selon la nouvelle loi, toutes les personnes arrêtées avant la fin de 1997 pourront rester en prison pendant encore deux ans sans avoir fait l'objet d'un procès-verbal ni d'un mandat d'arrêt provisoire, et sans être passées devant un juge. La loi précédente imposait la libération des prisonniers dont le dossier n'avait pas été constitué avant le 31 décembre 1997, mais cette disposition était rendue impossible à respecter par la tension régnant au Rwanda à l'égard des quelque 130'000 prisonniers accusés d'avoir pris part au génocide de 1994. "Nous ne pouvions libérer des présumés coupables, mais nous avons pris des mesures pour accélérer les procédures de vérification des dossiers", a déclaré le président de l'ANT. La loi inscrite au Journal Officiel en date du 31 décembre est cependant en violation du Pacte international de 1966 relatif aux droits civils et politiques, et ratifié en 1976 par le Rwanda, parce dont l'article 9 stipule que "tout individu arrêté sera informé au moment de son arrestation des raisons de cette arrestation". Désormais, des personnes arrêtées juste après le génocide, peuvent légalement passer cinq ans prison sans être informées des charges pesant sur elles, sur la base parfois d'un seule témoignage. Cette nouvelle loi risque en outre de ralentir les travaux des "Chambres de conseil" créées dans chaque tribunal et chargées d'étudier la validité des charges pesant sur chaque détenu. Toutes les cours du Rwanda, sauf celle de Kigali, avaient interrompu an décembre les procès pour se consacrer à ces vérifications. Près de 40'000 dossiers ont été traités ainsi. Les premiers procès du génocide ont commencé fin 1996 au Rwanda. 303 jugements en première instance ont été prononcés, dont 36 % de condamnations à mort, 34 % d'emprisonnement à perpétuité et 5 % d'acquittements.

(AFP 26.1) "Le contexte du Rwanda, où l'impunité a régné pendant des décennies, impose que les condamnations à mort soient exécutées afin que les Rwandais comprennent que la vie d'un homme ne peut être piétinée", a déclaré le Procureur général de la Cour suprême à Kigali, Siméon Rwagasore -qui a néanmoins affirmé à l'AFP qu'il était "abolitionniste dans l'âme" mais que les grâces sytématiques étaient impossibles au Rwanda, trois ans après le génocide, et alors que "des tueurs ont été grâciés dans toute l'histoire du Rwanda". "Les conflits sociaux et politiques se sont réglés à la machette et il faut que ça change", a-t-il expliqué. Sur 303 jugements en première instance lors des premiers procès pour génocide, qui ont commencé fin 1996, 36 % ont abouti à des condamnations à mort. La grâce est possible (étudiée en Conseil des ministres avant d'être ratifiée par le Président de la République), mais "tous les condamnés ne savent pas qu'ils ont ce droit", a reconnu le Procureur généreal, qui a assuré qu'il allait faire le nécessaire pour qu'ils le sachent. "Mais si la grâce est refusée, l'exécution est nécessaire", a-t-il ajouté, même s'il n'exclut pas que cela provoque des incidents dans les prisons et cachots du pays où 130'000 prisonniers attendent d'être jugés. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPR), basé à Arusha (Tanzanie), ne prévoit que l'emprisonnement à perpétuité pour les "génocidaires", le Rwanda ayant vainement insisté pour que la peine de mort soit acceptée par le TPR. Le Procureur général a souhaité que l'emprisonnement des condamnés d'Arusha puisse se faire dans les prisons rwandaises.

(Reuters 9.2, AFP 11.2) Le procès d'un ancien maire inculpé de crimes contre l'humanité et de génocide est entré le 9 février dans sa deuxième année à Arusha, siège du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPR). Jean-Paul Akayesu est mis en cause dans les massacres commis en 1994 dans la commune de Taba (centre). A la reprise du procès, le juge sénégalais Laity Kama a déclaré qu'il n'était pas question de précipiter le mouvement malgré les accusations de lenteur dont le TPR est l'objet, car il faut continuer "à respecter les droits des prévenus, même si cela nous prend plus de temps que prévu". Depuis la création du TPR en novembre 1994, une vingtaine de suspects seulement ont été inculpés par le TPR et détenus à Arusha, et aucun verdict n'a encore été rendu. Le TPR a "pris un rythme de croisière après des débuts difficiles", a cependant estimé le 10 février dans un entretien avec l'AFP son président, le juge sénégalais Laïty Kama. Le président du TPR a toutefois précisé que le TPR avait 23 détenus à juger que que cela prendrait du temps. "Pour accélérer le rythme, il faut une Chambre supplémentaire" a expliqué le juge Kama, qui considère que le regroupement des procès suggéré par le procureur n'est pas une "idée miracle" et qu'il faudra décider "au cas par cas".

(Reuters, Irin-Cea 24.4) Malgré les appels à la clémence lancés notamment par Amnesty International, le Vatican, l'Union européenne, le Secrétaire général de l'ONU et le Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'Homme, le Rwanda a exécuté le 24 avril en public et "pour l'exemple" 22 personnes à Kigali, Nyamata, Kibungo, Gikongoro et Lurambi. Parmi les exécutés, condamnés à mort pour leur participation au génocide de 1994 et dont la grâce avait été rejetée par le président Bizimungu, figuraient Froduald Karamira, ancien vice-président du Moudement démocratique républicain (MDR, extrémiste hutu) et un ancien Procureur de Kigali. Les autres condamnés étaient des exécutants du génocide. Les autorités rwandaises ont justifié leur décision par la voix du chargé d'affaire rwandais à Genève, Eugène-Richard Gasana, s'exprimant devant la Commission des droits de l'Homme, par l'"aspect éducatif" que véhicule la peine capitale, et ont comparé leur décision aux "procès exemplaires du Tribunal de Nuremberg, qui était chargé de juger les nazis". Amnesty International a pour sa part dénoncé des "actes de représailles, pas de justice" et a appelé la "communauté internationale" à exercer "une pression suffisante sur le gouvernement rwandais pour que cesse ce simulacre de justice". Le pape Jean-Paul II s'est dit "attristé" par ecs exécutions -à quoi le ministre d'Etat rwandais Patrick Mazimhaka a rétorqué : "nous n'avons pas entendu le pape demander grâce" pour les victimes du génocide. Le porte-parole de l'opérationde l'ONU au Rwanda sur le terrain des droits de l'Homme, Jos-Luis Herrero, a protesté contre les exécutions.

(AP 1.5) L'ancien Premier ministre du Rwanda pendant le génocide succédant à l'assassinat du président Habyarimana et du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana, Jean Kambanda, a été reconnu coupable de génocide le 30 avril. Il a lui-même plaidé coupable. Il faisait l'objet de six chefs d'inculpation pour génocide, conspiration, complicité, incitation et crimes contre l'humanité. Il s'agit du plus haut responsable politique traduit devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPR) d'Arusha, depuis la création de ce dernier en novembre 1994. 22 autres responsables politiques sont encore en attente de procès.

(Irin.Cea 15.5) L'organisation africaine des droits de l'Homme African Rights a annoncé qu'au moins 36 prêtres catholiques ont participé au génocide rwandais. Dans une lettre ouverte au Pape Jean-Paul II, l'organisation a indiqué que la plupart des suspects étaient toujours en fonction au sein de lé'géise catholique, et que beaucoup avaient fui en Italie, en France ou en Belgique après les massacres, et se trouvent désormais sous la protection du Vatican.

(Irin-Cea 20.5) L'association des survivants du génocide, Ibuka, a demandé que des procès collectifs soient organisés pour juger toutes les personnes ayant confessé leur participation au génocide, et a dénoncé la remise en liberté de personnes accusées de génocide, du fait de l'insuffisance des ressources disponibles pour les enquêtes, les instructions et les détentions.

(Irin-Cea 5.6) L'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) a mis en place un groupe d'"éminentes personnalités" pour enquêter sur le génocide rwandais, ses "causes profondes", ses circonstances et "ses conséquences au Rwanda et dans la région des Grands Lacs". Le groupe sera présidé par l'ancien président du Botswana Ketumile Masire et comprendra notamment l'ancien président du Mali, Amadou Toumani Toure .

(Irin-Cea 5.6) La Cour de Butare a condamné à mort un professeur d'université, Geoffrey Gatera, doyen de la faculté de Médecine de Butare, pour avoir activement participé au massacre de centaines de Tutsis venus se réfugier dans l'hôpital universitaire. En tentant de s'enfuire après le verdict, le condamné a provoqué un accident de circulation blessant grièvement trois personnes.

(AFP 18.7) Au moins sept Rwandais, dont l'ancien Premier ministre Jean Kambanda, soupçonnés d'avoir participé au génocide de 1994, ont été arrêtés à Nairobi le 18 juillet par les autorités kenyanes, à la demande du Tribunal pénal international d'Arusha. 19 Rwandais sont détenus par le TPR à Arusha.

(HRW 22.7) L'organisation nord-américaine de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch a applaudi le 22 juillet à l'arrestation quatre jours auparavant de 7 personnes accusées d'avoir "joué un rôle majeur dans le génocide rwandais de 1994". Ces arrestations représentent pour HRW un "pas important" dans la campagne pour la reconnaissance judiciaire des responsabilité du génocide. Les personnes arrêtées au Kenya sont l'ancien Premier ministre Jean Kambanda, de Pauline Nyiramasuhuko, ex-ministre de la Famille et des affaires féminines, de son fils Anselme Shalom Ntahobali, accusé d'avoir été l'un des chefs de la milice "Interahamwe", du colonel Gratien Kabili et du major Aloys Ntabakuze, accusés d'avoir dirigés des massacres, de l'ex-gouverneur de Butare, Sylvain Nsabimana et du journaliste Hassan Ngeze, accusé d'avoir été un propagandiste génocidaire.

(Reuter, 23.7) Dix Rwandais ont été condamnés le 22 juillet à dix ans de prison chacun pour "génocide et crimes contre l'humanité" -peine réduite après qu'ils aient avoué leurs crimes. Un ressortissant belge, ancien animateur de la radio "génocidaire" des Mille Collines, a été arrêté au Kenya à la demande du Tribunal pénal international pour la Rwanda, et transféré le 23 juillet au centre de détention tanzanien d'Arusha.

(Irin-Cea 10.8) 13 personnes ont été condamnées à mort le 6 août pour leur participation au génocide de 1994. Cinq personnes ont été condamnées à mort par le tribunal de Cyangugu, sept par celui de Gisenyi et une à Kigali.

(HRW 2.9, Irin-Cea 3.9, AP 4.9, AI ) Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a rendu le 2 septembre son tout premier jugement, en déclarant l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, coupable de génocide et de crimes contre l'humanité. Ce jugement est le premier jugement pour génocide jamais rendu par un tribunal international (si l'on excepte les jugements, équivalent quant au fond, prononcés par le Tribunal de Nuremberg contre les nazis). Les juges ont à l'unanimité reconnu l'accusé coupable de neuf des quinze chefs d'accusation retenus contre lui. Pour la première fois, une cour internationale a condamné quelqu'un pour sa responsabilité dans des actes de violence sexuelle (des viols collectifs) et des enlèvements perpétrés lors d'une guerre civile. Le 4 septembre, le TPIR a condamné l'ancien Premier ministr du Rwanda, Jean Kambanda, à la prison à vie pour génocide -crime dont il s'était reconnu coupable le 1er mai en plaidant coupable à six chefs d'inculpation pour génocide et crimes contre l'humanité, dont la responsabilité du meurtre et extermination de civils. Amnesty International a salué ces premières condamnations par le TPIR, mais regrette qu'il ait fallu aussi longtemps pour les prononcer.

(AFP 2.10) Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a condamné le 2 octobre à Arusha (Tanzanie) l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, à la réclusion à perpétuité, c'est-à-dire à la peine maximale. Dans leur décision, les trois juges proclament que "le crime de génocide constitue le crime des crimes" et considèrent que leur sentance doit servir non seulement à la punition des accusés, "mais aussi à la dissuasion" de crimes futurs. Jean-Paul Akayesu avait plaidé coupable. Il n'occupait pas de haute fonction gouvernementale et son influence sur les événements était, reconnaissent les juges, "à la mesure de son rang" de "petit bourgmestre" de province. Les juges reconnaissent même qu'il a essayé de "prévenir les massacres" dans les premiers jours du génocide. Il y cependant "consciemment pris le parti de participer" au génocide deux semaines après que celui-ci ait débuté, et a lancé des appels au meurtre, et "cautionné des viols systématiques. 31 personnes sont encore détenues à Arusha par le TPR, dont 26 sont déjà inculpées.

(Irin-Cea 25.9) Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) 126'078 personnes (dont 4300 femmes et 700 mineurs) sont incarcérées au Rwanda pour des faits en relation avec le génocide de 1994. 735 enfants accompagnent en prison leur parent détenu.

(AP 9.10) Le ministère rwandais de la Justice a annoncé le 9 octobre qu'il comptait libérer 10'000 détenus dont les dossiers ne fournissent pas de preuve concrète de leur participation au génocide de 1994. La décision en a été prise le 8 octobre, mais ni la date ni les modalités de son exécution n'ont encore été déterminées. De 120'000 à 150'000 personnes sont détenues au Rwanda dans le cadre des enquêtes sur le génocide. 330 personnes ont été jugées, 116 condamnées à mort et au moins 22 exécutées.

(AFP 26.10, 27.10) L'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, condamné à la prison à vie pour génocide par le Tribunal International pour le Rwanda (TPR) a entamé le 22 octobre une grève de la faim pour obtenir que soit commis d'office à sa défense en appel un avocat canadien, John Philpot, plutôt que l'un des six avocats agrés par l'administration du TPOR. 25 autres accusés devant le TRP, sur 29 détenus à Arusha, ont rejoint Akayesu dans sa grève de la faim le 26 octobre, pour "que soit rapidement mis fin à la discrimination appliquée aux avocats français et canadiens dans la commission d'office des conseils de la défense". Les accusés reprochent au TPR de leur imposer des avocats qui "brillent par leur manque d'intérêt", leur "absentéisme aux audiences" ou leur collaboration "avec le procureur pour faire condamner leur client". Ils se déclarent "convaincus que le Greffier met tout en oeuvre pour régenter les conseils de la défense par le biais de la prise en charge des dépenses encourues. L'ancien Premier ministre Jean Kambanda, condamné à la prison à vie le 4 septembre et détenu à La Haye, qui ne participe pas à la grève de la faim, est engagé dans un conflit similaire pour le libre choix de son avocat d'office.

(Irin_Cea 30.10) 25 des grévistes de la faim détenus par le TPIR en attente de jugement pour génocide ont arrêté le 29 octobre leur grève de la faim, selon le tribunal.

(Irin-Ces 27.10) L'ancien ministre de l'éducation au moment du génocide, André Rwamabuka, a été transféré le 23 octobre depuis la Namibie au Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha, sous l'inculpation de génocide et de crime contre l'humanité.

(Irin_Cea 31.10) Un prêtre catholique accusé de génocide et de crimes contre l'humanité. Dominique Savio Rwesero, a été condamné à mort par un tribunal de Gitarama, a annoncé le 30 octobre la radio rwandaise.

(Irin-Cea 4.11) Onze personnes ont été acquittées le 2 novembre des chefs d'accusation de génocide par le tribunal de Nyamata, et onze autres ont été condamnées par le même tribunal à la réculsion à perpétuité. 23 personnes ont été condamnées à des peines de prison de 15 à 20 ans. Le procès de Nyamata a été l'un des plus grands et des plus rapides procès collectifs pour génocide organisés au Rwanda depuis 1994.

(AFP 10.11) L'annonce de la libération de 10'000 prisonniers accusés de participation au génocide de 1994 provoque une vive polémique au Rwanda. Selon le dernier décompte réalisé en septembre par le ministère de la Justice, les prisons rwandaises abritent 125'695 détenus accusés de participatioon au génocide. Le gouvernement a déjà libéré plus de 1500 prisonniers, pour causes de vieillesse maladie ou dossier incomplet. Depuis 1994, 34'000 personnes accusées de participation au génocide ont été libérées pour maladie, vieillesse, invalidité ou incomplétude de leur dossier, dont 3700 depuis le début de 1998. Le gouvernement a annoncé début octobre sa décision d'en libérer 10'000 autres, sans préciser la date de cette libération collective. L'association de rescapés du génocide "Ibuka" Souviens-toi) s'est élevée contre ces libération qui risquent selon elle de "perpétuer la culture de l'impunité". "La plupart des sans-dossier sont des criminels arrêtés en flagrant délit en 1994", précise Ibuka. Le vice-président rwandais, Paul Kagamé, estime pour sa part que "le processus judiciaire va de pair avec un processus politique mis en place pour créer les conditions favorables à la guérison morale de la population". Un responsable du Front Patriotique Rwandais (FPR) au pouvoir, Denis Polisi, explique que le pouvoir essaie "avec la société civile de trouver un consensus pour règler les grands problèmes du pays, dont la justice du génocide". Pour lui, il faut "punir le génocide, les planificateurs et les principaux exécuteurs, plutôt que les génocidaires qui ont été manipulés et embrigadés". Depuis le début des procès du génocide, plus d'une centaine de condamnations à mort ont été prononcées. Les ONG estiment quant à elles qu'une libération massive de prisonniers accusés de participation, mais non de responsabilité, au génocide permettrait de désengorger les prisons, surpeuplées. En outre, l'entretien des prisonniers coûte près de 27 millions de dollars par an, dont un quart à la charge de l'Etat rwandais.

(Irin-Cea 25.11) Un tribunal de Gikongoro a condamnà le 24 novembre à l'issue d'un procès collectif de 22 personnes accusées de génocide, six personnes, dont trois anciens responsables politico-administratifs : l'ancien sous-préfet Joseph Ntegeyintwali et les deux anciens bourgmestres Didace Hategekimana et Martin Kagimbura. Il s'agit des premiers responsables politico-administratifs d'un niveau significatif à être condamnés à mort par la justice rwadaise.

(Irin-Cea 18.12) L'ancien dirigeant de la milice Interahamwe Omar Serushago a été reconnu coupable le 14 décembre de génocide et de crimes contre l'humanité par le Tribunal permanent international. Il avait plaidé coupable de ces chefs d'accusation, mais non coupable de viol.

(ATS 19.1.1999) 864 personnes annusées de génocide ont été jugées en 1998 au Rwanda (presque le triple qu'en 1997) et 7000 dossiers ont été instruits. La justice rwandaise doit encore se prononcer sur 120'000 dossiers de personnes accusées d'avoir participé au génocide de 1994. 3143 dossiers sont actuellement en cours de jugement, ont précisé les autorités.

(AFP 25.1.1999) Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a ouvert le 25 janvier le procès d'Alfred Musema, ancien directeur d'une manufacture de thé accusé de génocide et de crimes contre l'humanité, arrêté le 11 février en Suisse, et qui dirigeait en 1994 l'usine de thé de Gisovu, dans la préfecture de Kibuye. Alfred Musema doit répondre des massacres de Tutsis dans la région du Bisesero .

(Irin-Cea 1.2) L'ancien chef de la milice "Interahamwe", Omar Serushago, recevra sa sentence le 5 février à Arusha. Il a plaidé coupable des quatre chefs d'accusation portés contre lui par le Tribunal pénal international (TPIR), a appelé à la clémence et a demandé pardon au peuple du Rwanda. Le procureur a demandé un minimum de 25 ans d'emprisonnement, en soulignant qu'Omar Serushago était directement responsable de la mort de 37 personnes dans la préfecture de Gisenyi.

(AP 3.2) Trois personnes ont été condamnées à mort par un tribunal de Kigali, et onze autres à la prison à perpétuité, pour leur participation au génocide de 1994. Sept personnes ont tn outre été condamnées à 15 ans de prison après avoir avoué leur participation au génocide. 22 personnes étaient poursuivies pour les atrocités commises à Gisuma (sud-ouest de Kigali). Plus de 7000 affaires liées au génocide ont déjé été jugées, 3143 personnes ont confessé leur participation au génocide, plus de 1000 jugements ont été rendus et 22 personnes ont été exécutées après avoir été condamnées à mort. Plus de 150'000 personnes soupçonnées d'avoir participé au génocide s'entassent toujours dans les prisons rwandaises.

(Irin-Cea 12.2) La présidente du parlement rwandais sous le gouvernement de "transition", en place au moment du génocide, Immaculée Nyirabizeyimana, a été relâchée le 5 février par le Tribunal de Byumba, faute de preuve. Sa remise en liberté a été comdanée par l'organisation de rescapés du génocide "Ibuka", qui a déclaré qu'elle allait fournir au procureur des "preuves" du rôle "génocidaire" de haut rang d'Immaculée Nyirabizeyimana.

(AP 11.2) L'ancien ministre rwandais de l'Information (dans le gouvernement intérimaire en place lors du génocide) soupçonné d'implication dans le génocide de 1994, a été arrêté le 10 février au Kenya à la demande du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Eliezer Niyitegeka a succédé à Faustin Rucogoza, l'un des premiers politiciens modérés assassinés à Kigali lors du génocide, et a ensuite encouragé au massacre des Tutsis, notamment dans l'est du pays. Il est le onzième haut responsable présumé du génocide a être arrêté au Keny et le 34ème suspect transféré à Arusha depuis novembre 1995.

(Irin-Cea 20.2) L'ancien bourgmestre Ignace Bagilishema a été conduit le 20 février à Arusha après son arrestation en Afrique du Sud, au terme de trois ans de recherches, accusé de génocide, complot de génocide, crimes contre l'humanité et violation de la Convention de Genève. Un autre suspect, l'ancien ministre de la Santé Casimir Bizimungu, arrêté le 11 février à Nairobi, doit également être transféré à Arusha. Le porte-parole du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Kingsley Moghalu, a déclaré que le tribunal espérait arrêter encore trente à quarante autres "gros poissons" du régime génocidaire.

(Irin-Cea 10.3) 4553 mineurs, âgée de 14 à 18 ans lors de leur arrestation en liaison avec des actes de génocide, sont en détention au Rwanda, selon l'UNICEF. Près de 200 jeunes gens mineurs pénalement au moment de leur arrestation sont incarcérés, 204 enfants bénéficient d'une formation professionnelle au Centre de rééducation de Gitagata, 285 jeunes, voire très jeunes enfants, sont incarcérés avec leur mpre. En 1998, 183 jeunes enfants détenus avec leur mère ont été confiés à des membres de leur famille, et 163 mineurs pénaux ont retrouvé leur famille après avoir suivi le programme de rééducation du Centre de Gitagata. 345 mineurs sans casier judiciaire ont été relâchés et réintégrés au sein de leur communauté. Fin janvier, les prisons et centres de détention du Rwanda comptaient plus de 124'000 prisonniers, selon le CICR.

(Irin-Cea 20.3 22.3) Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a relaxé le 18 mars, faute de preuves, Bernard Ntuyahaga, inculpé de génocide. Cette remise en liberté fait suite à la demande du Parquet pour que l'acte d'accusation contre l'inculpé soit retiré en faveur d'un procès en Belgique, les autorités belges cherchant à juger M. Ntuyahaga, ancien bourgmestre et officier de l'armée rwandaise, pour la mort de dix casques bleus belges et celle de l'ancien Premier ministre rwandais, Agatge Uwilingiyimana. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Amri Sued Ismail, a réagi avec colère à la relaxe de l'inculpé et a déclaré que les autorités rwandaises détenaient des preuves "irréfutables de sa culpabilité". Le ministre de la Justice, Jean de Dieu Mucyo, accuse quant à lui le TPIR et la Belgique d'avoir "comploté" pour que le retrait des accusations portées contre l'ancien officier permettre qu'il soit remis aux autorités belges.

(Irin.Cea 1.4) Les autorités tanzaniennes ont arrêté Bernard Ntuyahaga, soupçonné d'avoir participé au génocide rwandais, juste après sa remise en liberté par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Le ministre tanzanien de la Justice a affirmé que Bernard Ntuyahaga avait été arrêté "dans l'intérêt de sa propre sécurité" et que les demandes d'extradition formulées par la Belgique et le Rwanda allaient être examinées. Le TPIR avait accepté le retrait de l'acte d'accusation pour crimes contre l'humanité afin que l'accusé puisse être jugé en Belgique pour le meurtre de 10 casques bleux belges.

(Irin-Cea 22.3) Les pouvoirs publics dans le nord-ouest de Gisenyi ont commencer de relâcher plusieurs personnes soupçonnées de génocide mais dont le casier judiciaire est vierge. 22 personnes ont été libérées le 17 mars, 152 autres devraient l'être avant le 19. Le Parquet a déclaré que ces libérations ne signifiaient pas l'innocence des suspects, et que ceux-xi retourneront en prison s'il s'avère qu'îls sont coupables.

(AFP 23.3) Chaque village rwandais est en passe de devenir un tribunal jugeant les génocidaires, avec la création annoncée par le gouvernement de plus de 15'000 juridictions traditionnelles chargées de juger une partie des génocidaires présumés de 1994. Ces juridictions doivent "permettre le participation de la population à la gestion de l'après-génocide", et la population "sera témoin, juge et partie", a déclaré le ministre de la Justice Jean de Dieu Mucyo. Le projet du gouvernement consiste à faire revivre les Gaçaças, premier échelon de la justice traditionnelle rwandaise, encore aujourd'hui chargés de trancher les conflits familiaux et les petits délits. Dans leur nouvelle version, elles seront composées de 20 membres élus par la population au niveau des cellules et au suffrage i ndirect au niveau des secteurs et des communes (le Rwanda compte 154 communes, divisée en une dizaine de secteurs, eux-mêmes divisés en une dizaine de cellules de 300 à 400 habitants). Ils seront assistée de conseillers techniques et jugeront les trois plus "basses" catégories de présumés génocidaires. Les critères d'élection des membres des Gaçaças "seront la probité, la réputation, l'absence d'idéologie éthniste comme de lien avec les accusés ou de participation au génocide, ainsi qu'un certain niveau d'instruction", a précisé le ministre, pour qui il ne s'agira pas d'une "justice populaire" mais d'une "justice participative" et d'une "psychothérapie nationale" pour la "réconciliation". Les accusés de planification du génocide, de viol et d'assassinat resteront sous la juridiction des chambres spécialisées. Ce projet a suscité des réactions de défiance de la part des ONG de défense des droits de l'Homme autant que de la part des associations de respapés du génocide.

(Irin-Cea 25.3) Trois accusés de participation au génocide ont été condamnés à mort et cinq à la perpétuité (parmi 20 accusés) lors d'un procès organisé à Butare.

(Irin-Cea 10.4) Les autorités camerounaises ont fait arrêter trois anciens ministres rwandais soupçonnés de génocide : l'ancien ministre des Affaires étrangères Jérôme Bicamumpaka, l'ancien ministre de la Fonction publique, Prosper Mugiraneza, et l'ancien ministre du Commerce, Justin Mugenzi, ont éaé appréhendés à Yaoundé et devraient être transférés au Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha, en Tanzanie.

(Irin-Cea 15.4) L'évêque catholique de Gikongoro, Augustin Misago, a été arrêté le 14 avril sous l'inculpation de crime de génocide. C'est la première fois dans l'histoire du Rwanda qu'un évêque est arrêté. Il avait été accusé le 7 avril par le président rwandais Pasteur Bizimungu , qui l'avait averti qu'il "n'était pas au-dessus des lois" et s'est demandé combien de temps l'église catholique continuerait d'ignorer les accusations portées contre lui, "d'avoir personnellement organisé des réunions de tueurs à Kibeho", d'être responsable de la disparition de 30 jeunes filles qui cherchaient sa protection lors du génocide, et du massacre de 22 prêtres. Le ministre rwandais de la Justice, Jean-de-Dieu Mucyo, a ajouté que l'arrestation de Mgr Misago signifiait qu'à l'avenir d'autres évêques pourraient également être arrêtés. L'église catholique rwandaise a protesté contre cette arrestation, et de l'innocence de l'évêque.

(Irin-Cea 22.4) Environ 2000 personnes incarcérées au Rwanda pour génocide et crimes contre l'humanité ont été remises en liberté depuis octobre 1998, selon un rapport de la Ligue pour la promotion et la défense des droits de l'Homme au Rwanda. Un programme intitulé "Programme de suivi des accusés de génocide mis en liberté" (PSAG) a été mis sur pied pour suivre les détenus libérés et les protéger. Dans la préfecture de Butare, 24 personnes libérées ont été tuées.

(Irin-Cea 29.4) En deux ans, du 27 décembre 1996 au 31 décembre 1998 les tribunaux rwandais ont jugé 1274 suspects de génocide et en ont condamné 232 à mort. La proportion de condamnations à mort est passée de 30,8 % des jugements en 1997 à 12,8 % en 1998.

(Irin-Ces 30.4) Sept suspects de génocide ont été condamnés à mort, six à des peines de prison et 12 autres ont été acquittés par un tribunal de la préfecture de Ruhengeri. Les accusés faisaient partie d'un groupe de 25 suspects.

(Irin-Cea 5.5) Le gouvernement rwandais a salué le jugement du tribunal militaire suisse dans le procès de Fulgence Niyonteze, et le ministre de la Justice, Jean-de-Dieu Mucyo, y a vu une avancée dans la mise en cause des suspects qui se sont enfuis à l'étranger, et a espéré que d'autres pays allaient suivre l'exemple suisse.

(AFP 21.5) L'ancien préfet de Kibuye, Clément Kayishema, a été condamné le 21 mai par le Tribunal pénal internationale pour le Rwanda (TPIR), à Arusha, à la prison à vie pour génocide, et l'homme d'affaire Obed Ruzindana à 25 ans de prison sous la même accusation.

(Irin-Cea 24.5) Le ministre rwandais de la Justice, Jean de Dieu Mucyo, a critiqué la condamnation infligée le 21 mai à Arusha par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Obed Ruzindana, homme d'affaire de Kibuye, pour participation au génocide, en jugeant trop clémente la paix de 25 ans qui lui a été infligée. Le même jour, le TPIR avait condamné à la perpétuité l'ancien gouverneur de Kibuye, Clément Kayishema, co-accusé de Ruzindana, et avait expliqué la peine plus faible infilgée à celui-ci par sa "relative jeunesse" (32 ans) et les possibilités de sa réinsertion. Le ministre a rappelé que Ruzindana n'avait jamais "reconnu ses crimes" et "jamais demandé pardon", et a exprimé sa crainte que de telles condamnations risquent "de minimiser le génocide" lors de prochaine inculpations par le TPIR.

(Irin-Cea 7.6) Les autorités de la province de Kibungo ont remis en liberté pour absence de dossier 148 personnes (dont deux femmes) soupçonnées de génocide. Le préfet a néanmoins précisé que ces remises en liberté ne sont pas "définitives" et que s'il existe une preuve de complicité de l'une des personnes libérées dans le génocide, cette personne sera à nouveau incarcérée.

(Irin-Cea 14.6, 16.6) Une chambre spéciale du tribunal de Butare a condamné le 11 juin un père et son fils à la peine de mort pour génocide et autres crimes contre l'humanité, commis à Mugusa, près de Butare. Un troisième accusé a été condamné à la perpétuité. Le 16 juin, l'agence officielle de presse ARI a annoncé une nouvelle condamnation à la perpétuité, prononcée par un tribunal de Nyatama -lequel a dans le même temps remis en liberté 31 suspects, pour manque de preuve ou après reconnaissance de leur innocence.

(Irin-Cea 5.7) Une Cour d'assises de l'Ouest du Rwanda a prononcé début juillet neuf peines de mort et 16 peines de prison pour participation au génocide de 1994 dans la préfecture de Kibuye. Neuf personnes ont été acquittées pour "manque de preuves". Dans la préfecture de Gikongoro, 47 personnes soupçonnées de génocide ont été remises en liberté pour "insuffisance de preuves". Il reste 120'000 personnes détenues en attente de jugement pour leur participation supposée au génocide.

(Irin-Cea 9.8, 12.8) Un tribunal américain a accepté l'extradition d'Elizaphan Ntakirutima à Arusha, génocidaire présumé, pour qu'il puisse répondre devant le TPI des chefs d'inculpation exprimés contre lui. L'accusé a décidé de recourir devant la Cour Suprême améàricaine

(Irin-Cea 9.8) Le Premier ministre rwandais Pierre-Célestin Rwigema a appelé le 5 août à des "mesures punitives" à l'encontre des pays qui accueillent des suspects de génocide. Le Premier ministre a également souhaité l'accélération des procédures.

(Irin-Cea 11.8, 12.8) Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a autorisé le 10 août le Parquet à modifier les actes d'accusation contre l'ancien Maire de Muganza, Elie Ndadyambaje, l'ancienne ministre de la Famille Paulune Nyiramasuhuko et l'ancien chef de milice Arsène Ntahobali, fils de la précédente. Les trois accusés sont désormais inculpés de collusion pour commettre un génocide, complicité de génocide et incitation publique au génocide, l'ancienne ministre l'étant au surplus de viol, pour avoir encouragé les viols collectifs dans la préfecture de Butare. Elle et son fils ont plaidé non-coupables des nouveaux chefs d'accusation.

(Irin-Cea 18.8, 19.8) Deux anciens membres du gouvernement rwandais, Justin Mugenzi (commerce) et Prosper Mugiraneza (fonction publique) ont plaidé le 17 août, à Arusha, non coupables des chefs d'accusation de génocide et crime contre l'humanité, et la Chambre d'accusation du Tribunal international a elle même plaidé dans le même sens pour un troisième ancien ministre, Jérôme Bicamumpaka (Affaires étrangères). Les accusés le sont de génocide, crimes contre l'humanité, incitation publique et directe au génocide. Un quatrième ancien ministre, Casimir Bizimungu (santé) est inculpé. D'après l'accusation, les quatre anciens ministres ont participé conjointement à la programmation, la préparation ou l'exécution du génocide. L'ancienne ministre de la Famille et de la promotion de la femme, Paulune Nyiaramasuhuko est également accusés de génocide, avec cinq autres personnes -dont son fils.

(Irin-Cea 19.8) Un tribunal de la préfecture de Cyangugu a condamné à mort deux personnes pour participation au génocide. Les deux condamnés faisaient partie d'un groupe de 16 personnes accusées d'avoir pourchassé et massacré des Tutsi à Kamembe, à la frontière zaïroise. Cinq autres accusés ont été condamnés à la prison à perpétuité, quatre à 20 ans de prison, un à onze ans, et quatre ont été acquittés.

(AP 20.8) Le procès pour génocide et crimes contre l'humanité contre l'évête catholique de Gikongoro, Augustin Misago s'est ouvert le 20 août, pour être ensuite suspendu jusqu'au 25 août. L'évêque est accusé de ne pas avoir secouru des victimes du génocide, et en particulier des jeunes filles tutsis qui ont ensuite disparu ett ont sans doute été exécutées par des extrémises hutus, à quoi il répond en expliquant qu'il a du faire des choix très difficiles entre les personnes qu'il pouvait défendre, et en se disant traité comme un bouc émissaire. Ses avocats ont demandé sa remise en liberté sous caution. Il est le plus haut responsable religieux à être poursuivi pour génocide et crime contre l'humanité. Plus de 150'000 personnes ont été massacrées dans son diocès au cours du génocide.

(Irin-Cea 26.8) Le tribunal de Première instance de Nyamirambo (Kigali) a annoncé le 25 août le report au 14 septembre du procès pour génocide de l'évêque catholique Augustin Misago, afin de lui permettre d'étudier son dossier. La défense avait demandé que soient purement et simplement levées les charges pesant sur l'évêque, mais cette requête a été repoussée, ainsi que celle de mise en liberté provisoire, compte tenu de la gravité des accusations pesant sur Augustin Misago

(Irin-Cea 757, 758) Le procès de l'évêque Misago pour génocide et crimes contre l'humanité a repris le 14 septembre. L'évêque de Gikongoro a réitéré son innocence et déclaré qu'on cherchait en lui un bouc-émissaire dans un procès politique, dirigé contre l'église catholique. S'agissant des réunions qu'on lui reproche d'avoir tenues avec de hauts responsables du gouvernement génocidaire, l'évêque considère qu'en tant que tel, il avait le droit de rencontrer n'importe qui.

(Irin-Cea 27.8) Un tribunal pénal de Gikongoro a condamné huit personnes à la perpétuité et douze à dix ans de prison pour leur participation au génocide. Deux accusés ont été acquittés et remis en liberté. Les 22 personnes jugées étaient accusées d'avoir pourchassé et massacré des Tutsi à Kibanga, dans la commune de Musange. Les condamnés l'ont également été à indemniser les familles des victimes, pour un montant total de 475'000 dollars.

(irin-Cea 27.10) Le procès de l'ancien Maire de Mabanza (Kibuye), Ignace Bagilishema, accusé d'avoir joué un rôle de premier plan dans le massacre de Tutsis en 1994, notamment en ayant participé à la création de la milice Interahamwe, s'est ouvert le 27 octobre.

(Irin-Cea 3.12, AP 4.12) Après avoir reçu le feu vert des autorités rwandaises, la Procureure générale du Tribunal pénal international, Carla del Ponte, s'est rendue le 4 décembre à Kigali, pour se pencher notamment sur le cas de Jean-Bosco Barayagwiza, ancien responsable de la radio génocidaire des "Mille Collines", accusé d'avoir été l'un des "cerveaux" du génocide ais relaxé le 3 novembre par le TPI pour des raisons procédurales. Carla del Ponte, qui n'était pas encore en poste à l'époque, a demandé le 1er décembre aux juges de revoir leur position. La relaxe de l'accusé a été suspendue et il se trouve encore à Arusha.

(Reuters 9.2.2000) La Cour de cassation française a approuvé le 9 février la remise au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) d'un ancien ministre rwandais recherché pour génocide, Jean de Dieu Kamuhanda, ancien ministre de l'Enseignement supérieur, arrêté en novembre 1999 sur mandat de la Procureure du TPIR, Carla del Ponte. La "livraison" d'un génocidaire présumé au TPIR est une première en France. Jean de Dieu Kamuhanda nie toutes les accusations portées contre lui.

(AP 15.2) Sur mandat du Tribunal pénal international pour le Rwanda, la police française a interpellé le 15 février à Montauban un ancien officier des forces armées rwandaises, François Xavier Nzuwonemeye, recherché pour crimes contre l'humanité.

(AP 23.2) La Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Paris a procédé le 23 février à l'interrogatoire d'identité de François-Xavier Nzuwonemeye, ex-militaire rwandais interpellé le 25 février à Montauban, où il résidait depuis 1997, et accusé de "génocide et crimes contre l'humanité" par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). L'accusé conteste les faits qui lui sont reprochés.. Le tribunal examinera le 1er mars la procédure de tranfert de l'accusé vers le TPIR à Arusha.

(AP 10.2.2000) Les autorités rwandaises ont repris le 10 février la coopération avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), après avoir rompu tout lien avec lui en novembre, pour protester contre la relaxe de Jean-Bosco Barayagwiza. Le 22 février, la procureure générale du TPIR, Carla del Ponte, défendra devant le tribunal sa requête en révision. Carla del Ponte a également regagné les faveurs du Rwanda en obtenant les arrestations à Londres et à Paris, pour être déférés devant le TPIR, un ancien officier réfugié à Londres et un ancien ministre de l'Education vivant en France.

(ATS 29.2) Quatre hommes ont été condamnés à mort dans le sud-ouest du Rwanda pour leur participation au génocide de 1994. Sur les 40 personnes jugées en même temps, 13 ont été condamnées à la prison à vie et 15 à des peines de quatre à 20 ans de prison. Sur les 125'000 suspects détenus au Rwanda, plus de 1500 ont été jugée depuis la fin du génocide, et 300 ont été condamnés à mort (22 ayant été exécutés en public le 24 avril 1998)

(AFP 6.3) La Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Paris a décidé le 6 mars que l'ex-officier de l'ex-armée rwandaise François Xavier Nzuwonemeye sera remis au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPR), qui l'accuse de génocide.

(AP 25.4) Le Tribunal pénal international pour la Rwanda (TPI) a annoncé le 25 avril que l'ancien chef d'état-major de la Gendarmerie rwandaise, le général Augustin Ndindiliyimana, avait été extradé par le Belgique pour comparaître devant le TPI à Arusha pour son rôle dans le génocide de 1994. Le général Ndindiliyimana a été arrêté en janvier à Termonde, où il vivait depuis sa fuite du Rwanda en 1994. Considéré comme l'un des principaux responsables des tueries, il est sous le coup de dix chefs d'accusation pour génocide, crimes contre l'Humanité, violations de la Conventions de Genève sur le traitement des combattants et des civils en temps de guerre. Il est notamment accusé de violences sexuelles et de viols sur des femmes tutsies, et d'avoir participé au meurtre, le 7 avril 1994, de dix Casques bleux belges protégeant le Premier ministre rwandais, Agathe Uwingiliyimana, également tuée.

(AFP 15.6) L'évêque catholique de Gikongoro, Augustin Misago, accusé de génocide et crimes contre l'humanité, a été acquitté le 15 juin à Kigali, à la grande satisfaction du Vatican. Le président de la chambre spécialisée du Tribunal de première instance de Nyamirambo, à Kigali, Jariel Sekasuru, a déclaré qu'aucune accusation n'était recevable par le tribunal, faute de preuves, et que l'accusé devait donc être acquitté et immédiatement remis en liberté. La demande de dommages et intérêts de 10 millions de dollars, formée par la partie civile, a également été rejetée. L'évêque a annoncé qu'il allait retourner dans son diocèse. Il risquait la peine de mort. La partie civile a annoncé qu'elle allait faire appel.

(AP 28.6) Les procureurs belges ont annoncé le 28 juin que quatre Rwandais, dont deux religieuses, seront prochainement jugée en Belgique pour leur participation présumée au génocide de 1994, dans la région de Butare. La date du procès n'a pas encore été fixée, et aucun des quatre accusés n'est détenu. Il s'agira du premier procès dans un Etat membre de l'Union européenne de Rwandais accusés de participation au génocide de 1994. Les deux religieuses sont accusées d'avoir empêché la fuite de réfugiés tutsis menacés, qui ont finalement été massacrée. Les deux autres prévenus sont un ancien chef d'entreprise et un professeur d'université. Tous quatre avaient trouvé refuge en Belgique après la prise du pouvoir par le FPR. Après une courte période de détention préventive en 1995, ils avaient été libérés. La loi belge retient la compétence universelle des tribunaux nationaux pour juger les crimes de droit international, dont les crimes contre l'humanité et le génocide, quels que soient le lieu du crime, la nationalité du prévenu, celle du plaignant et leurs lieux de résidence.

(CDH-NU 29.3, AFP 15.4.2001) Lors des travaux de la session de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU, à Genève, le Représentant spécial de la Commission sur le situation des droits de l'Homme au Rwanda, Michel Moussalli, a notamment évoqué la situation dans les prisons et les cachots. Le nombre des détenus a certes diminué mais, avec près de 100'000 prisonniers (plus de 120'000 selon cerrtaines sources) , il reste exorbitant, d'autant que les conditions de détention sont "proprement inhumaines". Michel Moussali s'est par contre félicité de la décision du gouvernement de libérer les enfants de moins de 14 ans, et a estimé que le recours à la justice traditionnelle, "gacaca", pouvait permettre de punir des coupables et de libérer des innocents. 700 détenus ont été libérés en décembre 2000, 400 détenus mineurs au moment du génocnde ont été libérés en février. Le ministre de la Justice du Rwanda, Jean de Dieu Mucyo, a pour sa part estimé que le maintien d'un représentant spécial pour le Rwanda ne se justifiait plus, car les violations graves, systématiques et répétées des droits de l'homme ne sont plus d'actualité au Rwanda. En six ans et demi, le tribunal international de l'ONU à Arusha n'a prononcé que huit verdicts pour fait de génocide, alors que les tribunaux rwandais ont, depuis 1996, prononcé une centaine de condamnations à mort (le TPI ne peut condamner au maximum qu'à la perpétuité) et des milliers de condamnations à la prison. 36 détenus sont attente de jugement en première instance à Arusha, et 2989 personnes (dont l'ancien Premier ministre Pierre-Célestin Rwigema, en exil aux USA) font l'objet d'un mandat d'arrêt international lancé par la justice rwandaise

(Reuters 12.7) Trois Rwandais soupçonnés d'avoir participé au génocide de 1994, dont un ancien ministre des Finances, ont été arrêtés dans trois pays européens, a annoncé le Procureur du TPI Carla del Ponte le 12 juillet. Les trois hommes devraient être transférés et incarcérés au TPI à Arusha. Il s'agit d'Emmanuel Ndindabahizi, ancien ministre des Finances, arrêté en Belgique, d'Emmanuel Rukundo, ancien aumônier de l'armée, arrêté à Genève, et de Simon Bikindi, fondateur de la radio "génocidaire" des Mille Collines. Les trois affaires ne sont pas directement liées. L'Italie s'est opposée à l'arrestation d'un quatrième Rwandaios accusé de génocide. Plus de 200 Rwandais impliqués dans les massacres sont toujours recherchés. Un tiers d'entre eux ont trouvé refuge en Europe, principalement en Belgique, en France et aux Pays-Bas.

(ATS 14.10) Quatre personnes ont été condamnées à mort au Rwanda le 14 octobre pour leur participation au génocide de 1994. Depuis le début de l'année, 74 personnes ont été condamnées à mort pour le même motif. Depuis fin 1996, entre 5000 et 6000 personnes ont été jugées pour leur participation au génocide, mais entre 110'000 et 120'000 sont encore en attente de jugement.

2002

(AP 3.4.2002) Le procès des "cerveaux" présumés du génocide rwandais devant le TPI d'Arusha a été ajourné le 3 avril au mois de septembre, afin de permettre à la défense des accusés (le colonel Théoneste Bagosora, le lientenant-colonel Anatole Nsengiyuma, le major Aloys Ntabakuze et le général Gratien Kabiligi) de prendre connaissance de documents présentés par l'accusation. Les accusés avaient refusé de comparaître le 2 avril au premier jour de leur procès, certains documents du dossier ne leur ayant pas été transmis en français. Bagosora est accusé d'avoir planifié le génocide, d'avoir, avec les autres prévenus, entraîné et armé la milice des "Interahamwe" et d'avoir personnellement participé aux massacres.

2003

(AP 9.1.03) Le ministre rwandais de la Justice, Gérard Gahima, a annoncé le 8 janvier que des milliers de rebelles et de personnes suspectées d'avoir participer au génocide de 1994 allaient être libérées, pour parer à la surpopulation des prisons. Plus de 40'000 détenus bénéficieraient d'une libération conditionnelle aux termes d'un décret signé par le président Paul Kagame. Le président demande également que la période de détention provisoire des détenus n'excède pas la peine qu'ils auraient eu à purger. Les nénéficiaires de la mesure de libération conditionnelle sont des mineurs, des détenus âgàs ou malades et des détenus qui ont reconnu leur culpabilité. Ils seront tous jugés dans le cdadre des tribunaux locaux "gacaca". Les responsables politiques, les superviseurs et les organisateurs du génocide ne seront pas libérés, ni les individus accusés de viol pendant le génocide. Plus de 155'000 suspect de génocide ont été incarcérés dans l'attente d'un procès, depuis huit ans.

2007

(HRW 19.1.07) Le 19 novembre 2006, un rescapé du génocide a été tué au centre commercial de Mugatwa. Dans les heures qui ont suivi, des habitants d'un village voisin, dont d'autres rescapés du génocide, ont tué huit habitants de Mugatwa (dont deux femmes, trois enfants et un vieillard)I, en représailles, alors que ces habitants n'avaient vraisemblablement joué aucun rôle dans le meurtre initial. Le 23 novembre, un juge "gacaca" (les juridictions gacaca ont été créées pour poursuivre les crimes commis au cours du génoc ide) a été tué dans le district de Rwamagana par trois hommes, dont son demi-frère, accusé d'avoir participé au génocide. Les trois hommes ont ensuite été abattus par la police, après avoir été arrêtés.

(ONU 21.5.2007) Un Conseiller municipal de Gishyta entre 1990 et 1994, Mika Muhimana, a été condamné à la prison à vie pour génocide, viol et meurtre, entre avril et juin 1994 dans la préfecture de Kibuye, par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, condamnation confirmée en appel le 21 mai. L'accusé a notamment été reco nnu coupable de cinq meurtres et dix viols. 33 personnes ont été jugées par le TPIR, 27 jugement sont en cours, 7u2 perxonnes ont été arrêtées.

(ONU 20.7) 27 affaires concernant 33 accusés ont été menées à tarme par le Tribunal pénal international pour le Rwanda entre sa création, en 1994, et la mi-septembre 2007. Des procès concernant 9 affaires et 22 accusés étaient en cours le 20 septembre.

(ONU 16.11) L'ancien Maire de Bikuni (Kigali-Rural), Juvénal Rugambarara, a été condamné à onze ans de prison pour n'avoir pas pris les mesures néessaire pour faire enquêter sur les crimes commis dans sa commune dans le cadre du génocide, et pour faire poursuivre les auteurs de ces crimes.


(AFP 30.12.96) L'Office fédéral suisse de la police a autorisé le 30 décembre le transfert du Rwandais Alfred Musema vers le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPR) qui siège à Arusha (Tanzanie). Détenu en Suisse depuis février 1995, Alfred Musema est soupçonné d'avoir joué un rôle déterminant dans le génocide de 1994, et le TPR avait demandé son transfert dans une requête parvenue à Berne le 26 août. Ancien directement d'une usine de thé de la province de Kibuyé, Musema est soupçonné d'avoir organisé l'arrivée de milices armées et ordonné l'extermination de milliers de Rwandais, essentiellement des Tutsi, dans la région.

(AFP 21.5) La Suisse a livré le 20 mai au Tribunal international pénal pour la Rwanda d'Arusha (Tanzanie) un Rwandais requérant d'asile en Suisse, arrêté le 11 février et accusé d'avoir pris part au génocide de 1994, Alfred Musema. A. Musema, ancien directeur d'ûne fabrique de thé à Gisovu (province de Kibuye), est accusé d'avoir pris part au massacre de près de 50'000 Rwandais tutsis sur la "montagne de la mort" de Biserero, d'avoir dirigé des tueurs et de les avoir fait transporter dans des véhicules de son entreprise. La remise d'Alfred Musema au tribunal d'Arusha est intervenue après le rejet par le Tribunal fédéral suisse d'un recours déposé par ses avocats, qui considéraient que la cour internationale ne présente pas de garanties suffisantes pour un jugement équitable.

(HRW/FIDH, 12.12.96) La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme (FIDH) et l'organisation américaine Human Rights Watch lancent un appel à l'arrestation de personnalités de l'ancien régime rwandais suspectées d'avoir joué un rôle important dans le génocide de 1994, et qui se seraient réfugiées dans des Etats africains voisins, notamment au Zaïre, au Congo et au Kenya. Il s'agit notamment de

(Azania 27.7.1997) L'ancien maire d'une commune de la province de Gitarama devra répondre en Suisse de crime contre l'humanité. Il a été arrêté en août 1996 en Suisse pour des crimes commis au Rwanda entre mai et juillet 1994. L'homme, dont l'identité n'a pas été révélée, sera jugé en 1998 par le Tribunal militaire de division 2. Il est le seul criminel de guerre présumé actuellement en détention préventive en Suisse, a précisé l'auditeur en chef (procureur général) de l'armée suisse, le colonel-brigadier Dieter Weber.

(AP 12.4.1999) Le procès de l'ancien Bourgmestre de Mushubati, Fulgence Niyonteze, accusé de crimes de guerre, assassinat, instigation à assassinat et violation des Conventions de Genève, s'est ouvert le 11 avril devant la justice militaire suisse, à Lausanne. L'Auditeur (Procureur) a demandé que l'accusé réponde également des chefs de génocide et de crime contre l'humanité. C'est la première fois que la justice nationale d'un Etat étranger juge un Rwandais dans le cadre des poursuites contre les responsables du génocide de 1994. Fulgence Niyonteze risque la prison à vie. Il conteste ces charges et ses avocats plaideront l'acquittement.

(Irin-Cea 14.4) Le tribunal militaire suisse jugeant l'ancien bourgmestre de Mushubati, Fulgence Niyonteze, a renoné à l'accusation de génocide, faute de qualification d'un tel délit dans la loi suisse, et ne le jugera que pour meurtre, incitation au meurtre et violation des conventions de Genève. La peine maximale encourue pour ces crimes est cependant la peine capitale en droit suisse, soit la prison a perpétuité. Le procureur s'est déclaré profondément déçu de la décision du tribunal, et le Rwanda a demandé l'extradition de l'accusé, sans aucune chance de l'obtenir dès lors que la législation rwandaise prévoit la peine de mort.

(AP 30.4) Fulgence Niyonteze, ancien bourgmestre de Mushubati, a été condamné à la réclusion à vie -la peine capitale- par le Tribunal militaire de Lausanne, le 30 avril, pour assassinat, assassinat manqué, instigation à assassinat et crimes de guerre. La défense a annoncé qu'elle fera appel, la cause devant en ce cas être rejugée dans son ensemble par le tribunal militaire d'appel.

(AFP 13.5.2000) Les tribunaux militaires suisses vont juger en appel, dès le 15 mai, l'ancien maire rwandais Fulgence Niyonteze, condamné pour crimes de guerres commis lors du génocide de 1994. Le tribunal militaire qui avait condamné Fulgence Niyonteze à la prison à vue et à l'expulsion de Suisse, ne lui avait reconnu aucune circonstance atténuante. Il s'agissait du premier procès en Europe d'un Rwandais soupçonné d'avoir activement participé au génocide de 1994. Fulgence Niyonteze était notamment accusé d'avoir violé quatre des conventions de Genève (sur le sort des blessés et malades dans les forces armées, sur les prisonniers de guerre, sur la protection des civils en temps de guerre et sur la protection des victimes de conflits armés). Le code pénal militaire suisse permet de poursuivre des criminels de guerre présumés pour des actes commis à l'étranger. Le procès en appel de Fulgence Niyonteze devrait durer deux semaines.

(AFP 15.5) Fulgence Niyonteze, qui comparaît depuis le 15 mai devant le tribunal militaire d'appel de Genève sous l'accusation d'assassinat et d'instigation au génocide, a charché à minimiser son rôle et ses pouvoirs de l'époque. En France lors de l'assassinat du président Habyarimana, il rentre au Rwanda le 18 mai, plus d'un mois après, et affirme qu'il n'y avait alors déjà "presque plus de Tutsis dans ma commune". Mushubati (80'000 habitants). Fulgence Niyonteze appartenait au MDR, parti hutu d'opposition, et dit avoir été "menacé" à l'époque pour cette appartenance à une tendance supposés modérée. Le président du tribunal rappelle en revanche que selon de nombreux témoins cités, la situation des Tutsis et des Hutus modérés s'est aggravée lors du retour de Fulgence Niyonteze à Mushubati, et que selon des témoins, le bougmestre aurait appelé à tuer encore davantage de Tutsis.


Appel de l'UNICEF pour les enfants emprisonnés

(ATS, 14.7) L'UNICEF appelle le gouvernement rwandais à réserver des procès équitables aux mineurs poursuivis pour leur participation au génocide de 1994. Le Fonds de l'ONU pour l'enfance réclame en particulier l'accélération des procédures afin de faire rapidement le part des accusations portées contre ces jeunes. Ceux d'entre eux qui n'ont pas l'âge de la majorité pénale ou qui sont accusés de faits sans grande gravité devraient être mis en liberté. Les premiers procès contre des mineurs accusés d'avoir pris part au génocide doivent en principe s'ouvrir en août.

(AFP 1.12) Les protestations se multiplient dans la presse et dans le "société civile" contre la politique engagée par les autorités rwandaises de libération des prisonniers très jeunes, malades ou âgés, afin de désengorger des prisons surpeuplées. Selon le journal "Ukuri", 2129 prisonniers ont été libérés au Rwanda depuis septembre, sur les plus de 120'000 détenus du pays. Ces libérations concernent les détenus âgés de moins de 14 ans au moment des faits reprochés, les vieillards, les malades dans un état grave et ceux dont les dossiers ne présentent aucune charge réelle. Tous étaient en détention sous l'accusation d'avoir participé au génocide de 1994. Selon la loi rwandaise, les prisonniers en détention devraient passer devant le juge avant le 31 décembre 1997, date impossible à respecter compte tenu du rythme des procès. Près de 65'000 prisonniers n'ont toujours pas de dossiers. Le 20 novembre, seuls 229 procès avaient abouti à un jugement en première instance. Des rescapés du génocide et une partie de la presse se sont mobilisés contre les libération et deux manifestations ont été organisées dans les préfectures de Gikongoro (où 10 détenus relâchés ont été reconduits en prison) et de Gitarama. Pour le Procureur général de la Cour suprême de Kigali, la politique de libération de certains détenus doit être mieux préparée et expliquée, afin notamment de rompre avec "ce concept de "érpsumé coupable" qui prévaut au sein de la société rwandaise". Pour accélérer la constitution des dossiers des détenus, les autorités ont créé des "groupes mobiles" d'inspecteurs de police judiciaires, mais à Kigali, ce travail n'a pas abouti à désengorger les prisons mais au contraire à de nouvelles arrestations. La décision de libérer un détenu est désormais prise par des juges qui rencontrent individuellement les prisonniers et statuent en fonction des dossiers, au lieu de de l'être par des procureurs.

(AFP 5.12, 6.12, 7.12) Le rapport final d'une commission d'enquête du Sénat belge sur le génocide commis au Rwanda en 1994 met sévèrement en cause le commandement des Casques bleus de la mission de l'ONU au Rwanda (MINUAR), ainsi que les autorités belges. Selon ce rapport, approuvé à l'unanimité le 7 décembre par la commission, "trois mois avant le génocide, le gouvernement belge et l'ONU avaient connaissance de la préparation de massacres à grande échelle". Le rapport stigmatise en particulier l'attitude du Premier ministre Jean-Luc Dehaene et ses ministres des Affaires étrangères d'alors, Willy Claes et Léo Delcroix. Certains membres de la commission ont estimé que Jean-Luc Dehaene, toujours Premier ministre, devrait endosser toute la responsabilité des manquements incriminés, et démissionner (les deux autres ministres ne sont plus en fonction). La commission a été mise sur pied en 1996, initialement pour enquêter sur l'assassinat de 10 Casques bleus belges de la MINUAR, abattus le 7 avril 1994 à Kigali avec le Premier ministre rwandais Agathe Uwilingiyimana. Le rapport de la commission indique que le général canadien Dallaire, commandant les Casques bleus, avait été informé le matin du 7 avril d'une attaque d'extrémiste hutus contre ses hommes et n'avait rien fait pour sauver ceux qui pouvaient encore l'être. Le général s'est vu refuser par le secrétariat général de l'ONU l'autorisation de témoigner devant la commission. Par ailleurs, la commission a établi que l'ONU et les autorités belges n'avaient pas réagi, avant le déclenchement du génocide, à des avertissements sur l'existence à Kigali de caches d'armes d'extrémistes hutus, et que le secrétariat général de l'ONU avait même refusé au général Dallaire l'autorisation d'intervenir contre ces caches. Willy Claes, alors ministre des Affaires étrangères (il deviendra Secrétaire général de l'OTAN en octobre 1995, puis démissionnera de ce posteà la suite de la découverte d'uneaffaire de pots-de-vin remontant aux années '80), a reconnu avoir été au courant des concentrations d'armes au Rwanda, mais a, comme Jean-Luc Dehaene, affirmé quaucun signe d'hostilité à l'égard de la Belgique n'avait été observé au Rwanda. Le sénateur libéral Alain Destexhe constate pour sa part qu'au moment o?u des soldats belges faisaient partie des forces neutres de l'ONU au Rwanda, 23 conseillers militaires belges travaillaient pour le gouvernement rwandais d'alors. Enfin, le rapport constate que dès le génocide déclenché, la Belgique "a fait du lobbying auprès de l'ONU pour un départ de toute la MINUAR" du Rwanda, laissant ainsi les Rwandais tutsis et hutus modérés seuls face aux génocidaires, avec pour seul "bouclier" possible les forces du Front Patriotique Rwandais -qui ont effectivement mis fin au génocide en prenant le pouvoir, mais avec pour conséquence l'exil de centaines de milliers de Rwandais hutus, "pris en otage" par les génocidaires défaits. L'ONU a confirmé le 5 décembre avoir été avertie trois mois avant le génocide du projet de massacrer les Tutsis et les hutus modérés au Rwanda, mais a affirmé que le Conseil de Sécurité ne lui avait pas donné "les effectifs ou le mandat" pour agir.

(AP 11.1, Le Figaro 12.1) Contrairement à ses démentis, le gouvernement français a bien livré des armes au pouvoir "génocidaire" rwandais pendant le génocide du printemps 1994, affirme le quotidien français "Le Figaro", qui cite un militaire, lequel déclare (sous couvert de l'anonymat) avoir donné l'ordre d'interrompre les livraisons d'arme "un mois avant le début de lopération "Turquoise", lancée le 23 juin, soit deux mois après le génocide, lorsque l'essentiel de celui-ci était déjà accompli. Le quotidien souligne qu'il n'y a jamais eu en France de commission d'enquête, ni d'"examen de responsabilité" dans le génocide, ni même de réflexion officielle à ce sujet, mais "juste un silence assourdissant brisé de temps à autre par des démentis où le pitoyable le dispute au ridicule", comme cette déclaration du ministre de la Coopération Charles Josselin, qui faisait "observer que ce ne sont pas les Français qui tenaient les machettes qui ont tué plusieurs centaines de milliers de Tutsis". Par contre, selon le "Figaro", le 3 mai 1994 encore, le génocide étant alors en cours, un avion transportant pour un million de $ d'armes françaises à destinataion de l'armée du régime génocidaire rwandais, a atteri au Zaïre. Le 18 juillet suivant, le génocide étant alors perpétré, des armes françaises pour une valeur de 750'000 $ étaient à nouveau expédiées au Zaïre, à destination des partisans du régime hutu.


Quid de la fortune de Mobutu en Suisse ?

(AFP 20.3) "Action place financière Suisse-Tiers Monde", organisation suisse de lutte contre la fuite des capitaux et le secret bancaire, a appelé le 20 mars les autorités et les banques suisses à bloquer "à titre préventif" les avoirs en Suisse de Mobutu, en raison de la crise au Zaïre et selon une procédure d'urgence déjà appliquée en 1986 pour les fonds -toujours "gelés"- du dictateur philippin Ferdinand Marcos. Le gouvernement sera interpellé au Parlement au sujet des avoirs de Mobutu; selon Gertrud Ochsner, responsable de l'Action, "une partie des milliards ammassés par le président zaïrois est gérée en Suisse et il faut empêcher ces sommes de quitter le pays afin de sauvegarder les intérêts du peuple zaïtoir". Il est en effet de notoriété publique que Mobutu s'est fortement enrichi en 30 ans, au fur et à mesure que son pays s'appauvrissait. La fortune de Mobutu est aujourd'hui évaluée à au moins 4 milliards de $, dont une grande partie serait déposée en Suisse.

(AFP 25.3) Le porte-parole en Suisse de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (le mouvement de Laurent Désiré Kabila) a annoncé que l'Alliance avait demandé le 4 mars à la Suisse de geler les avoirs du président Mobutu en Suisse. Mobutu possède une villa près de Genève et sa fortune déposée en Suisse atteindrait selon certaines informations 4 milliards de $, mais serait en passe d'être transférée hors de Suisse. Les autorités suisses ont déclaré qu'aucune demande d'entraide judiciaire, indispensable pour le blocage d'avoir en banque, n'est parvenur à la Suisse; une telle demande ne peut émaner que d'une autorité judiciaire ayant ouvert une enquête pénale, ce qui n'est pas le cas de l'Alliance de Laurent Kabila. Aucune demande n'a non plus été présentée de gouvernement à gouvernement. Le gouvernement suisse a la possibilité de décider un gel des avoirs de Mobutu selon une procédure d'urgence semblable à celle utilisée pour bloquer les avoirs du dictateur philippin Marcos en 1986, mais une décision de ce type ne peut être prise qu'en des circonstances extrêmes, comme le renversement ou la mort de la personne concernée. S'agissant de Mobutu, cela peut n'être qu'une question de patience.

(AFP 11.4) "Rien ne permet de dire que les fonds de Mobutu se trouvent dans les banques suisses", a déclaré le 11 avril la porte-parole de l'Association suisse des banquiers, Silvia Matile, qui a expliqué que Mobutu est "quelqu'un dont on sait qu'il n'est pas un client idéal depuis plusieurs années", et qui a ajouté que "si des avoirs (de Mobutu) se trouvent effectivement dans une banque suisse, il est clair qu'actuellement il faut empêcher qu'ils sortent de Suisse". Toute la question est donc de savoir si les avoir de Mobutu, que l'on évaluait à 4 milliards de FS, sont encore en Suisse, ou s'ils ont déjà quitté l'Helvétie pour des cieux (encore) plus cléments et des secrets bancaires encore mieux gardés, ce que de nombreux observateurs considèrent comme probable, compte tenu des précédents Marcos (500 millions de $ ayant "appartenu" au dictateur philippin Marcos sont bloqués depuis sa chute en 1986, 100 millions de $ déposés par le frère de l'ancien président mexicain Salinas le sont depuis 1996). Une chose semble certaine : Mobutu ne reviendra plus en Suisse; le Département (ministère) fédéral des Affaires étrangères a confirmé le 13 avril qu'il ne recevrait plus de visa pourla Suisse, où il possède encore une somptueuse villa près de Lausanne.


(AFP 13.4) Le Parti socialiste suisse a réclamé le 12 avril le blocage immédiat des comptes bancaires en Suisse de Mobutu.

(AFP 14.4, 17.4) Le Conseiller national (député) socialiste genevois Jean Ziegler a déclaré le 14 avril que le Parti socialiste suisse avait réclamé le gel des avoirs du président Mobutu en Suisse après avoir attendu en vain que Laurent-Désiré Kabila ou Etienne Tshisekedi le fassent. Le Parti socialiste a reçu le 14 avril l'appui du Parti démocrate-chrétien à sa demande de blocage des avoirs de Mobutu. Le 17 avril, le Conseil fédéral (gouvernement) suisse a décidé de ne pas geler les avoirs de Mobutu tant que celui-ci restera chef de l'Etat zaïrois, au prétexte qu'un gel de ses avoirs ne pourrait être décidé que sur demande d'entraide judiciaire émanant des autorités zaïroises elles-mêmes -et donc de Mobutu lui-même, qu'on voit mal revendiquer le blocage de sa propre fortune. Le porte-parole du Conseil fédéral a précisé que la Suisse serait prête à examiner une demande de gel des avoirs de Mobutu en cas de chute et si de nouvelles autorités zaïroises en faisaient la demande.

(ATS 14.5, 15.5, 16.5, 17.5) Des "représentant du Parquet" zaïrois (le procureur général de Lumumbashi, Mukono Mumba) ont transmis à la Suisse une demande d'entraide judiciaire qui pourrait aboutir au gel des avoirs de Mobutu en Suisse, a indiqué le 14 mai le Conseil fédéral suisse dans un communiqué. La demande zaïroise (que l'ambassade du Zaïre en Suisse considère comme n'ayant "aucun effet officiel") pourrait provoquer l'ouverture d'une enquête pénale et la levée du secret bancaire, à condition que les faits soient "clairement établis" et que les demandes de "mesures provisionnelles" soient "confirmées ultérieurement par les voies diplomatiques officielles", selon le communiqué du gouvernement suisse. Le 16 mai, le gouvernement suisse a ordonné la saisie à titre conservatoire de la villa de Mobotu à Savigny, sur le lac Léman, et a reconnu au Procureur général de Lumumbashi la qualité de "représentant compétent des autorités judiciaires zaïroises) Le 17, le gouvernement a décidé par une ordonnance valable un an de bloquer les avoirs de la famille Mobutu administrés à partir de la Suisse et enjoint à toutes les personnes qui détiendraient ou administraient de tels avoir à le faire savoir sans délai. Ce blocage des avoirs de Mobutu, auquel le Conseil fédéral semblait plutôt rechigner, fait suite à son "départ" de "la fonction de président du Zaïre". Les établissements détenant ou transférant des avoirs de Mobutu à l'étranger pourront être punis d'une amende équivalent jusqu'au décuple de la valeur de ces avoirs. La Commission fédérale des banques a lancé une enquête sur les avoirs de Mobutu auprès des 415 banques du pays, en leur communiquant l'obligation d'annoncer les fonds de Mobutu qu'elles détiendraient. Le Président de la commission a estimé que cette enquête "risque en grande partie d'être vaine". 50 banques sur les 415 interrogées ont répondu à l'enquête. Selon le représentant en Suisse de l'Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre, une commission d'enquête a été créée par Laurent-Désiré Kabila pour récupérer les biens de Mobutu, mais sa famille et son entourage ont procédé à de nombreuses opérations d'investissement et de désinvestissement en Suisse par le biais de sociétés fiduciaires. l'Alliance, conseillée en Suisse par l'avocat et député Christian Grobet, a l'intention de déclencher en Suisse, aux USA, en France, en Belgique, au Portugal et en Autriche, des requêtes judiciaires de blocage des avoirs de Mobutu.

(AFP 30.5) La plupart des 415 banques suisses interrogées sur une gestion d'éventuels avoirs de Mobutu ont répondu à cette interrogation, formulée par la Commission fédérale des banques. Au moins 342 banques avant donné leur réponse le 29 mai. La Commission pourrait rendre publics les résultats de cette enquête nationale. Le ministre de la Justice du Congo-Zaïre, Céléstin Lwangi, a déclaré que Mobutu avait détourné 14 milliards de dollars pendant son règne, dont 8 milliards se trouveraient en Suisse, soit le double des estimations les plus élevées faites jusqu'alors.

(AFP 3.6) Les banques suisses interrogées par la Commission fédérale des banques sur les avoirs du président Mobutu ont déclaré avoir repérés des avoirs pour une somme totale inférieure à 5 millions de FS. Le gouvernement du Congo-Kinshasa avait pour sa part évalué ces avoirs à 8 milliards de dollars (plus de 2000 fois plus...).

(NQ, JGE, ATS 7.8, 8.8) Une deuxième demande d'entraide judiciaire, concernant les biens déposés en Suisse par une douzaine de personnalités zaïroises (dont d'anciens ministres et hauts fonctionnaires) a été transmise par les autorités du Congo-Kinshasa à la Suisse au début du mois d'août. Elle fait suite à une première demande, qui portait sur les biens de Mobutu lui-même, et qui avait abouti à leur "gel". Les banques suisses avaient annoncé la découverte de 4,87 millions de FS de biens au nom de Mobutu et de sa famille, et la totalité des biens de Mobutu et de sa famille recensés en Suisse atteint 15 millions de FS -alors que certaines estimations congolaises évoquaient 11 milliards et que le ministre congolais de la Justice Célestin Lwangi estime que Mobotu a placé en Suisse "plus de la moitié des biens volés au peuple congolais". "Il nous faut des précisions pour mieux localiser ces biens", a répondu le porte-parole de l'Office fédéral de la police, Folco Galli. Le ministre congolais a quant à lui annoncé que le remboursement de la dette extérieure du pays serait interrompu jusqu'à la restitution des biens de Mobutu. Le 7 août, le Tribunal fédéral suisse a rejeté un recours de Mobutu qui contestait la validité de la demande d'entraide qui avait abouti à la perquisition de sa villa de Savigny et à l'interdiction de l'aliéner. Selon le Tribunal fédéral, on ne peut exclure que l'acquisition de la propriété (estimée à 8 millions de FS) ait un rapport avec les multiples accusations de vol, d'abus de confiance et de détournement des deniers publics portées contre Mobutu par les nouvelles autorités congolaises.


Soutenez le projet Suisse-Rwanda "Enfants de Gahini"

Ce projet, conçu et réalisé par des Suisses, consiste en
l'installation au Rwanda d'un centre destiné aux enfants
non accompagnés (orphelins ou non) victimes du génocide,
de la guerre et des conflits politiques qui ont ensenglanté ce
pays, déstabilisé toute la région des Grands Lacs et menacent
de replonger les peuples qui y vivent dans une situation dont
les enfants seront à nouveau directement les victimes.
Le "contre-exode" de la fin 1996 ramène en outre au Rwanda
un nouvel afflux d'enfants non-accompagnés, en tel nombre
qu'il est illusoire d'espérer pouvoir à court terme retrouver leurs
propres familles ou leur trouver des familles d'accueil.
Il est donc urgent et nécessaire d'offrir à ces enfants un hâvre 
où ils pourront, dans l'attente du retour dans une famille, être 
physiquement soignés et socialement réinsérée.
Le projet de Gahini n'a pas d'autre but.

Ce projet ne part pas de rien mais d'une première réalisation achevée, qui fonctionne déjà -mais qui doit déménager et se réinstaller. Le soutien sollicité de la Confédération correspond à une dotation unique affectée à cette réalisation, et non à un engagement à long terme.

Réalisé avec les fonds personnels de ses initiateurs et 6900 FS de dons en 1994, poursuivi avec l'aide de la Croix-Rouge suisse pour les deux tiers du budget 1995 et grâce à une ligne de crédit ouverte par la Ville d'Onex (Genève) couvrant des achats en Suisse jusqu'à concurrence de 10'000 FS, le projets "enfants de Gahini" a obtenu pour son déménagement et sa réinstallation sur un nouveau terrain avant le 15 juin prochain, d'une dotation unique et non reconductible de 300'000 FS de la coopération technique suisse.

Ce soutien est nécessaire à la construction des bâtiments "en dur" du centre sur un terrain accordé par le gouvernement du Rwanda, le terrain initial ayant été repris par l'Eglise anglicane qui en est propriétaire. Le don de ce terrain, consacré par un document notarié pour assurer sa pérennité en cas de changement de gouvernement, est assujetti au projet de construction du centre, considéré par le gouvernement rwandais comme un "projet-pilote".

Le principe directeur du projet est l'autosuffisance : une fois le centre installé, il doit pouvoir vivre de ses propres activités et de ses propres production.

Le projet (un mini-complexe bâti en étoile) est conçu pour évoluer en fonction des besoins des enfants et de la population locale; ses responsables s'engagent à veiller à ce qu'il ne doit pas détourné de sa vocation d'aide aux enfants dans le besoin, quelles que soient leurs appartenances "éthniques" ou sociales. Une direction rwandaise du projet est assurée sur place; elle est notamment chargée de veiller à l'adéquation du projet, de sa concrétisation, du fonctionnement du centre et des contenus de la formation dispensée aux enfants, à la culture rwandaise.

Ce projet est légitime. Il manifeste un engagement concret,
sur le terrain, au plus près de la réalité du Rwanda et des 
victimes des crises qu'il a traversé -et dont il n'est pas encore
sorti.

Pour prendre contact avec les responsables du projet :

Mme Eliane Baumgartner Tel (22) 792.65.73 ou (22) 792.11.33 (indicatif international de la Suisse : 00.41)

Prémices et chronologie d'un génocide

1896-1897
Début de la colonisation (allemande) du Rwanda.

1916-1918
Les Belges succèdent aux Allemands comme colonisateurs.

1934-1935
Introduction du critère d'appartenance "ethnique" (Hutu/
Tutsi/Twa) par les Belges. 

1959
"Révolution sociale Hutu", exode de Tutsi vers les pays
voisins 

1961 
Le Rwanda et le Burundi, sous mandat belge depuis 1924, 
sont séparés l'un de l'autre. Proclamation de la République 
et victoire électorale du Permehutu de Kayibanda.

1962
Indépendance du Rwanda

1963-1964
Raids sur le Rwanda de réfugiés (tutsi) au Burundi, 
représailles anti-tutsi, massacre de population civile à Gikongoro.

1966
Instauration du régime de parti unique

1973
Violences anti-tutsi, nouvelle vague de réfugiés.
Arrivée au pouvoir du général Juvénal Habyarimana (par un
coup d'Etat).

1975
Fondation du parti unique MRND (Mouvement révolutionnaire
national pour le développement). 
Accord de coopération militaire franco-rwandais

1987
Création du FPR (Front Patriotique Rwandais) en Ouganda.

1990
Le régime "ethniste" (hutu) à parti unique du Président 
Juvénal Habyarimana, au pouvoir depuis 1973,  refuse 
toute démocratisation. 
La famine touche le sud du pays.
Premières actions arnées du FPR. Offensive militaire
du FPR en octobre, au nord-est du pays. 
Proclamation de l'état de siège. 
Le 4 octobre, intervention militaire du  Zaïre, de la France 
et la Belgique au motif officiel de protection des
ressortissants étrangers. La Belgique et le Zaïre retirent
leurs troupes à la fin du mois, la France maintient un contingent
de la Légion étrangère. 
Massacres de populations civiles tutsi et bahimas.
 
1991
Nouveaux massacres de populations civiles, dans les régions 
de Ruhengeri et de Kigali. 
La crise sociale et le développement de la contestation 
finissent par imposer en juin 1991 une constitution pluripartiste.  
Le FPR s'ouvre à l'opposition démocratique.
Renforcement de l'aide militaire feançaise au régime. La France
prend en charge la "réorganisation" de la gendarmerie. Selon
certains témoignages, des officiers français participent
directement aux opérations militaires contre le FPR.

1992 
mars : nouveaux massacres de civils tutsi dans le Bugesera 
en mars, la région de Kibuye en août, de Gisenyi en décembre.
avril : grandes manifestations de l'opposition. Nomination de
Dismas Nsengiyare, dirigeant du Mouvement démocratique
républicain (opposition), comme Premier ministre d'un
gouvernement d'union nationale et de transition vers la
démocratie. 
Création de la "Coalition pour la défense de la République"
(CDR), parti "ethniste" extrémiste hutu, et des milices
"Interahamwe".
Renforcement de l'aide et de la présence militaire française.
juillet : le ministre de la justice, Stanislas Mbonampeka, 
démissionne pour protester contre le refus des forces
de sécurité de coopérer avec son ministère. Accord de
cessez-le-feu entre le gouvernement et le FPR.
août : adoption d'un traité de paix prévoyant un calendrier
de négociations et de démocratisation du régime.
Les exactions des milices gouvernementales contre la
population civile se poursuivent tout l'été.
Décembre : accord sur la composition d'un gouvernement
intérimaire et du corps législatif entre le gouvernement et
le FPR. L'accord est rejeté par le parti au pouvoir. 

1993
Janvier : massacres de civils tutsi et d'opposants hutu
dans les régions de Gisenyi, Ruhengeri, Kibuye et Byumba.
Février : offensive du FPR.
4 août : signature de l'accord d'Arusha. Le Président 
Habyarimana et son parti (le Mouvement républicain 
national pour la démocratie et le développement), allié
aux extrémistes "ethnistes" (hutu) de la "Coalition pour la
défense de la République" (CDR), bloquent l'application de
l'accord d'Arusha et refusent de partager le pouvoir avec 
les autres forces politiques du pays, dont le FPR.
18 décembre : arrivée à Kigali, dans le cadre de l'accord
d'Arusha, d'un contingent de 600 soldats du FPR et départ
des troupes françaises encore présentes au Rwanda, à 
l'arrivée des Casques bleus de la MINUAR.

1994
Pendant les premiers mois de l'année, des assassinats de
militants des partis d'opposition se succèdent. 
6 avril : le président Habyarimana est tué (avec son collègue
burundais) dans un attentat.
Les massacres de population civile commencent immédiatement 
à Kigali. Chasse aux ressortissants étrangers, y compris les
Casques Bleus de la mission de l'ONU (MINUAR). Les soldats
du FPR arrivée en décembre 1993 dans le cadre des accords
d'Arusha sont également attaqués. Les ressortissants 
étrangers partent dès le 8 avril. Le FPR envoie des renforts au
Rwanda.
Le 9 avril, un gouvernement intérimaire est proclamé
par une junte militaire et civile. Il récuse les accords d'Arusha et
organise le massacre de la population civile tusti et de l'opposition
démocratique toutes "ethnies" confondues. Débarquement
de troupes françaises à Kigali pour évacuer les ressortissants
étrangers (et quelques dignitaires du régime), puis intervention
française au sud-oueat du Rwanda, à partir du Zaïre, pour
instaurer une "zone de sécurité" (la "zone Turquoise" où
s'entassent ensemble réfugiés, miliciens en déroute et rescapés
du génocide. 
Le 11 avril, le FPR proclame unilatéralement une trève 
pour permettre l'évacuation des étrangers et le rassemblement 
sous sa protection des survivants des massacres. 
Dès le 12 avril, les forces du gouvernement intérimaire se 
retranchent au centre de Kigali et écument églises, hôtels et 
hôpitaux pour y achever les survivants des massacres.
La junte fuit dans le sud, les massacres s'étendent dans tout le pays. 
A ce stade, le bilan du CICR fait état de plus de 100'000 morts 
et de plus de 400'000 personnes déplacées. 
Le 19 avril, le FPR prend le contrôle des villes du nord et de l'est 
du pays. 
Le 20 avril, il propose un cessez-le feu et des pourparlers de paix. Ceux-ci ne se tiendront pas, faute de représentants de l'armée. 
Les massacres continuent. 
L'intervention française est avalisée par l'ONU (mais pas par 
l'OUA). Les Français repartiront en août. 
Médecins sans Frontières évalue à plus de 200'000 morts 
et plus de 2 millions de personnes déplacées le bilan des deux 
premières semaines du génocide. Le CICR évaluera à un 
million le nombre total des victimes du génocide.      


Quand le peuple rwandais doit rembourser les dettes de ses bourreaux

Le 10 avril, lors de la 53ème session de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU, le Centre Europe-Tiers Monde (CETIM, Genève) est intervenu sur la base d'une mission effectuée au Rwanda par les économistes Michel Chossudowski et Pierre Galand, pour révéler que "Le peuple rwandais rembourse aujourd'hui les bailleurs de ses bourreaux". En clair : Le gouvernement actuel est contraint de s'acquitter des énormes dettes contractées par le régime génocidaire renversé en 1994.

"La grande majorité des prêts accordés au Rwanda entre 1990 et 1994 l'ont été pour un programme d'ajustement structurel décidé un mois avant le début de la guerre (entre le pouvoir en place et) le Front patriotique rwandais. Le début de la guerre n'a cependant pas modifié le plan", s'étonne le CETIM, qui précise aussitôt que "ces fonds n'ont pas servi au plan d'ajustement structurel, mais à une économie de guerre et, dès 1993, à la préparation du génocide". L'armée rwandaise a ainsi "gonflé en un éclair de 5000 à 40'000 hommes", et une bonne partie de l'argent obtenu a servi à l'achat de matériel militaire, de munitions ou d'armes blanches. 750'000 $ ont été utilisés rien que pour l'achat de machettes.

Le reste de l'argent a largement servi à couvrir l'importation de produits agro-alimentaires, l'achat d'uniformes, de carburant... et d'alcool pour les forces armées et les milices extrémistes.

Le versement des fonds internationaux a bien été "gelé" pendant quelques mois entre 1992 et 1993, mais il a repris aussitôt signés les accords d'Arusha. Le CETIM dénonce : "Le gouvernement en place de 1990 à 1994 s'est livré à de très nombreuses manipulations et détournements de fonds", favorisé en cela par l'inefficacité du contrôle des institutions financières internationales, et en particulier de la Banque Mondiale.

Plus invraisemblable encore : l'ancien régime aurait continué à recevoir un financement international après son renversement et sa fuite au Zaïre, en recourant à une "antenne de la Banque nationale rwandaise" parfaitement "fantoche".

Résultat : alors que le Rwanda a toujours besoin d'aide pour se reconstruire après le génocide, et accueillir les réfugiés, il croule sous une dette extérieure de près d'un milliard de dollars, soit 90 % de son produit intérieur brut,et le service de la dette engloutit 55 % des exportations annuelles du pays.

La conclusion du CETIM est dès lors logique : il faut annuler cette dette. "Il ne s'agit pas d'aide -par ailleurs des plus nécessaires-, encore moins d'un cadeau, mais d'un acte de réparation minimum".


L'idéologie des "races" au Rwanda

par Justin Gahigi

Tenter de comprendre ce qui s'est passé au Rwanda entre avril et juillet 1994 peut se résumer en une question fondamentale : qu'est-ce qui a rendu possible le génocide des Tutsi ? Est-ce une haine atavique entre les Hutu et les Tutsi ou un racisme ethnique anti-Tutsi ? S'il existe des traces d'une guerre Hutu Tutsi dans l'histoire pré-coloniale du Rwanda, alors on peut parler de haine atavique. Sinon, il s'agit d'un racisme ethnique dont il faut démonter les mécanismes en mettant en évidence les étapes intermédiaires qui l'ont conduit à cette autre "solution finale".
Une haine atavique ou un clivage social ?

Aujourd'hui, se présenter comme Rwandais en ôtant son étiquette "Hutu" ou "Tutsi" peut paraître suspect aux yeux de l'opinion publique occidentale. Tellement l'image du Rwanda, pays des Hutu et des Tutsi, où les conflits se règlent à la machette, est bien ancrée. Pourtant, ces deux groupes ne se distinguent ni par la langue, ni par les coutumes et les croyances, ni par le territoire, ni même par les traits physiques, souvent évoqués, qui opposeraient une "majorité de petits" -les Hutus- et une "minorité de grands" -les Tutsi. Ce clivage "ethnique" ne correspond donc pas à des différences culturelles ou à un atavisme naturel, il est le produit de l'histoire moderne.

Au siècle dernier, le Rwanda était un royaume constitué avec une culture, une armée de milice et une administration centrale (roi) et territoriale. Sur un même territoire, on trouvait trois chefs : le chef de la milice, le chef des pâturages et le chef des terres arables. Tous les trois, coiffés par l'administration du roi, relevaient directement de celui-ci avec rang égal et étaient indistinctement Hutu, Tutsi ou Twa. En cas de guerre avec les royaumes voisins -royaume du Burundi, royaume d'Ankole (sud-est de l'Uganda)-, le roi faisait appel au sentiment de patriotisme de ses sujets hutu, tutsi et twa. La prétendue "haine ancestrale" n'existait pas. Contrairement aux idées reçues, les traditions orales n'ont conservé aucun souvenir d'invasions qui seraient à l'origine des clivages actuels. Les travaux archéologiques situent les rencontres entre les cultivateurs forestiers et éleveurs céréaliculteurs des plateaux orientaux à une date remontant à plus de 2000 ans. Les ancêtres des Hutu et des Tutsi sont donc à situer à ces époques préhistoriques. Dans ces circonstances, que signifie être Hutu ou Tutsi au Rwanda ?

Le terme "ubwoko" (catégorie) appliqué aux entités hutu et tutsi désignait des sortes des superclans dotés de vocations socio-économiques : les Tutsi pour l'élevage de bovins, les Hutu pour l'agriculture. En fait, ces deux catégories socio-économies, patrilinéaires, participaient à une même économie agro-pastorale. Elles étaient unies par des liens économiques -"ubuhake", contrat traditionnel qui liait un propriétaire de bétail à ses clients-, des liens de mariage, des liens de voisinage et même claniques. Il y avait grosso modo 18 clans, chacun réunissant dans des proportions variables aussi bien des Hutu, des Tutsi et des Twa. Il n'existait ni clan mono-ethnique, ni territoire hutu ou tutsi. C'est la mobilité socio-économique -mesurée par le pourcentage de chaque grouoe socio-économique dans la composition clanique- qui réfute la thèse des ethnies au profit de celle des superclans. Voilà en gros l'explication fournie par les historiens de la région des Grands Lacs africains font les plus éminents sont Jean-Pierre Chrétien, Claudine Vidal, Elikia M'bokolo, Alison Desforges, Catherine Newbury, Emmanuel Ntezimana, Emile Mworoha... Elle est hélas méconnue du public, car la plupart des quotidiens se contentent de diffuser des clichés raciaux dignes de "Tintin au Congo" en moins amusant.

Raciologie à la Gobineau

Tout cet édifice élaboré au cours des siècles s'effondra sous l'emprise coloniale (1890-1962). La société traditionnelle est caricaturée et manipulée sous l'influence d'une raciologie à la Gobineau. Les Tutsi et les Hutu sont alors catalogués comme deux "races" différentes : les premiers comme une race supérieure d'"envahisseurs hamites", venus de Caucasie en passant par l'Egypte et l'Ethiopie, et les seconds comme une race inférieure de "nègres bantous" asservis aux premiers. Pour les missionnaires, soucieux de procéder aux conversions rapides et faciles, cette hiérarchisation ethnique est stratégique. A titre d'exemple, voici quelques citations de l'époque : "Les Tutsi, d'origine caucasienne, n'ont rien de nègre. Ils sont nés pour gouverner" (Chanoine de Laeger); "nous devons privilégier le Tutsi, naturellement pro-occidental et pro-chrétien" (Mgr Classe). Très explicite, cette seconde citation du principal artisan de la christianisation au Rwanda résume bien la politique de la tutelle belge, dès 1917.

Ces théories raciales vont inspirer deux mesures politiques du colonisateur, à savoir la destitution généralisée des chefs hutu et twa, suivie d'une concentration du pouvoir au sein de l'élite tutsi (1926), et la mention ethnique dans la carte d'identité (1934). Avec la première mesure, les Hutu et les Tutsi des familles modestes étaient désormais écartés des rouages politiques. Désormais, les fonctions se transmettaient de façon héréditaire, ce qui aboutit à une ethnisation du système de gouvernement. De même, l'élite tutsi fut privilégiée dans le système scolaire et administratif. Quant à à la seconde mesure, issue de recensement colonial belge de 1934, elle imposa comme critère d'appartenance au groupe ethnique tutsi le fait de posséder au moins dix têtes de bétail bovin. Le reste de la population fut assimilé aux groupes ethniques des Hutu ou des Twa selon les professions. Ceci eut pour conséquence de figer chaque citoyen rwandais dans tel ou tel groupe ethnique, en dépit de nombreux métissages.

Ces mécanismes discriminatoires dans les secteurs scolaire, administratif et politique vont accentuer les anciennes inégalités économiques liées à la domination progressive de l'activité pastorale sur l'activité agricole. Ainsi, dès les années 30, les ingrédients d'un racisme ethnique aux conséquences fâcheuses pour le pays étaient déjà mis en place.

Un racisme ethnique

Vers la fin des années '50, l'autorité coloniale belge et l'église catholique vont rompre leur alliance avec l'élite tutsi devenue indépendantiste. C'est le tour de la contre-élite hutu, formée essentiellement dans les séminaires catholiques, plus docile et soucieuse de sa propre promotion. Les Belges soutiendront désormais la contre-llite hutu. Ils organiseront ce que le gouverneur de l'époque, M. Harroy, appelle la "révolution assistée de 1959". Forts de l'appartenance à l'"ethnie" majoritaire, les dirigeants érigeront l'ethnisme en système de gouvernement. Le parti unique s'appelle "Parmehutu" (Parti du mouvement de l'émancipation des Hutu). Quant à l'église catholique, hier conservatrice et pro-Tutsi (Mgr Classe), elle va se réveiller du jour au lendemain, révolutionnaire et pro-Hutu (Mgr Perraudin). A l'indépendance, en juillet 1962, Hutu et Tutsi sont officialement proclamés comme catégories racialo-politiques. La démocratie est définie dans le cadre strictement racial. L'Etat rwandais octroie les droits à ses citoyens en fonction de leur appartenance ethnique. Les Hutu deviennent la race de la démocratie en vertu de l'équation "la majorité ethnique = la majorité politique". Quelle que soit la diversité de leurs opinions, les Tutsi sont institutionnalisés minorité politique. D'après les décomptes "ethniques" établis par le colonisateur, les Hutu représentent 85 % de la population rwandaise. Dans un tel système où chaque citoyen vote automatiquement pour un candidat de son "ethnie", ce chiffre assure une victoire permanente au Parmehutu. Cette "démocratie génétique" qui couve les germes du génocide a pourtant bénéficié de la bénédiction de l'Eglise catholique et des bailleurs de fonds occidentaux à travers la coopération bilatérale et multilatérale, sans oublier l'implantation d'une multitude d'ONG d'obédience chrétienne.

Le remède est l'équation : un Hutu = un Tutsi = un Twa = un Rwandais

L'idéologie qui consiste à compartimenter le peuple rwandais en catégories étanches dotées d'un coefficient de citoyenneté correspondant au pourcentage que représente chaque catlégorie par rapport à la population totale a été d'une monstruosité effroyable. Elle a été à l'origine du génocide des Tutsi et du massacre des opposants hutu qui ont fait un million de victimes entre avril et juillet 1994. Officiellement, elle vient d'être abolie avec la décision de supprimer la mention ethnique dans la carte d'identité. En vertu du fait que notre pays est une nation et non une mosaïque d'"ethnies" aux rivalités ataviques. L'intégration culturelle -langue, coutumes, religion et territoire communs- et les nombreux liens de mariage en témoignent amplement. De plus, les principes qui régissent un Etat de droit son en désaccord absolu avec cette pratique de coefficient de citoyenneté car les droits de l'homme n'existent pas à 85 % ou 15 %. Ils n'existent qu'à 100 %, selon l'équation : [un Hutu = un Tutsi = un Twa = un Rwandais]. Désignés comme "complices" (ibyitso) des Tutsi dans la terminologie officielle de l'édiologie hutu-power qui a conçu et exécuté le génocide, de nombreux démocrates hutu artisans d'un Etat de droit -politiciens, intellectuels, journalistes et militants des droits de l'homme- l'ont payé de leur vie.

Le rejet du racisme est le pilier principal de la réconciliation

Pour nous, le rejet du racisme est le pilier principal de la réconciliation. L'avenir, pour notre pays, c'est le refus des catégories raciales comme valeurs politiques. C'est labandon de la culture raciste entretenue dans notre pays depuis près d'un siècle par nos dirigeants successifs. C'est la déracialisation du Rwanda, la désintoxication de toute une population imprégnée par quarante ans d'idéologie raciste, axée sur la défense du "peuple hutu majoritaire" contre la "minorité tutsi perfide et dominatrice". C'est la réconciliation du Rwanda avec lui-même, de sa classe politique, de ses intellectuels, de ses hommes d'église et de sa société civile autour d'une CHARTE ANTIRACISTE comme pierre angulaire d'un projet de société. Ce n'est pas la pseudo-réconciliation entre "hutu et Tutsi" prônée par ceux qui rêvent encore à la "démocratie des quotas ethniques", une voie tracée en lettre de sang depuis 1959. C'est le rejet de la représentation politique des faciès humains. Comme si, en Allemagne, arysems et sémites (aujourd'hui bannis en tant qu'identité) devenaient des partis politiques. L'avenir, c'est le jour où les Rwandais seront appréciés en fonction de leur contribution à la reconstruction de l'édifice nationale et non en raison de leur appartenance raciale. C'est le rejet des critiques mettant en avant le caractère "minoritaire" d'une institution du simple fait que la représentation du groupe hutu n'atteint pas 85 %.

L'abolition de la mention ethnique dans le livret d'identité ne suffit pas. Il faut ériger une véritable législation antiraciste réprimant sévèrement l'incitation à la haine ethnique. Il faut démanteler l'idéologie Hutu-power, à l'instar de l'éradication du nazisme par les puissances alliées après la Seconde Guerre mondiale. Sanctionner les responsables politiques et militaires des puissances alliées du Hutu-power dont une, hélas, siège au Conseil de sécurité et continue de réarmer impunément ces "nazis tropicaux".

Vers une citoyenneté transfrontalière africaine

Par Justin Gahigi

Jouer aux pompiers et aux bons samaritains dans les conflits qui déchirent l'Afrique des Grands Lacs s'est révélé une opération onéreuse pour l'Occident empêtré dans ses propres problèmes de chômage et d'harmonisation de déficit budgétaire. Un million de dollars par jour pour les seuls camps de Goma et de Bukavu (est du Congo, ex-Zaïre) pendant trois ans, de 1994 à 1997 ! Une aubaine pour l'ancien régime génocidaire rwandais qui détournait une portion de la manne humanitaiore pour reconstruire sa machine de guerre. Mais aussi une bombe à retardement pour les pays de la sous-région (Rwanda, Burundi, Congo). Bref, un fiasco pour les opérations militaro-humanitaires (Minuar, Turquoise) qui n'ont réussi ni à empêcher le génocide des Tutsis, ni à séparer les miliciens Interahamwe des réfugiés civils établis dans les camps.

Face à cette impuissance de la communauté internationale, les puissances africaines régionales ont saisi l'opportunité et soutenu le mouvement armé de Kabila. En sept mois, ce dernier à réussi non seulement à désamorcer la bombe éthniciste du Hutu-power rwandais mais aussi à renverser la dictature de Mobutu. Le revers de la médaille : les massacres de réfugiés dont l'ampleur et la responsabilité restent à établir, tant les protagonistes du conflit sont nombreux -les ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) et les miliciens Interahamwe, les Forces armées zaïroises (FAZ), les troupes de l'AFDL, les mercenaires serbes...

Nouvelles réflexions

L'échec des instruments traditionnels (opérations de maintien de la paix, assistance humanitaire), aussi bien dans la région des Grands Lacs qu'en Somalie et au Liberia, a suscité de nouvelles réflexions sur la façon d'aider les Etats africains à gérer eux-mêmes leurs conflits.

Deux phénomènes récents ont aussi alimenté cette réflexion : l'hostilité de l'opinion publique occidentale à envoyer ses troupes dans le bourbier africain et le niveau sans précédent atteint par l'aide d'urgence, soit environ 12 % de l'aide publique au développement (en 1994), au moment même où celle-ci amorce un mouvement de recul.

Ainsi, grosso modo, deux alternatives sont à l'ordre du jour : la mise en place d'une force d'intervention interafricaine et la gestion endogène des conflits.

Une nouvelle génération d'acteurs africains -société civile, intellectuels, hommes politiques- tente de tirer parti de la situation en proposant des recettes au niveau de la gestion endogène des conflits. Agir en amont : s'attaquer à la racine du mal, recourir aux mécanismes traditionnels africains de prévention et de gestion de conflits. L'idée est séduisante, car elle allie les institutions traditionnelles africaines à la modernité -les chefferies traditionnelles, les associations de femmes, l'activité économique informelle- et bénéficie du soutien de quelques institutions internationales (Organisation des Nations Unies, Union européenne, Organisation de l'Unité Africaine).

C'est dans cette perspective que, dernièrement, "Synergies Africa" (Genève) a organisé conjointement avec des ONG africaines deux rencontres : le colloque de la société civile sur la reconstruction et la démocratisation du Congo, tenu à Kinshasa du 16 au 20 juin 1997, et le séminaire des chercheurs et universitaires sur la région des Grands Lacs, tenu au Cap (Afrique du Sud) du 24 au 27 juin 1997.

Le colloque de Kinshasa, organisé conjointement par "Synergies Africa", le Conseil national des ONG de développement (CNONGD) et International Human Right Law Group, a réuni une centaine d'ONG nationales et internationales opérant dans le pays ainsi que des représentants de la diaspora sur le thème de "la reconstruction et la démocratisation du Congo". La société civile s'est penchée d'abord sur la situation actuelle avant de formuler des recommandations générales et spécifiques.

Remèdes préconisés

Le diagnostic est connu : c'est la corruption (le pillage des richesses du pays) et l'absence d'un Etat de droit qui sont à l'origine de la situation catastrophique du pays et de la guerre de libération de Kabila. Parmi les remèdes préconisés, quatre ont retenu mon attention : l'établissement d'une Commission de vérité sur la corruption et les biens mal acquis, la mise en place des mécanismes locaux et nationaux de résolution des conflits (par exemple la médiation des chefs coutumiers), la reconstruction des infrastructures publiques et la promotion d'une campagne d'éducation civique (droits de l'Homme, transition démocratique).

Au terme de la réunion, un comité de suivi a été mis en place, chargé de poursuivre le débat à l'échelle provinciale, de coordonner les initiatives de la société civile et de maintenir le dialogue avec les autorités centrales.

Quant au séminaire du Cap portant sur le thème "vers une citoyenneté transfrontalière dans la région des Grands Lacs", il a réuni trente-quatre chercheurs et universitaires, spécialistes des sciences sociales (anthropologues, économistes, historiens, juristes, philosophes, politologues, sociologues), originaires du Burindi, du Congo, du Kenya, de l'Ouganda, du Rwanda et de la Tanzanie.

Racisme éthnique

Quel est le diagnostic du mal qui ronge la société africaine des Grands Lacs et quels sont les remèdes les plus appropriés qu'on peut lui prescrire ? Telle est la question à laquelle ces chercheurs ont tenté d'apporter une réponse. Certes, les conflits revêtent une spécificité nationale propre à chaque pays, mais ils ont aussi de toute évidence une dimension régionale qu'il faut prendre en compte : le racisme éthnique, le problème de nationalité des éthnies à cheval sur deux ou plusieurs pays, la gestion entre majorités éthniques, les problèmes démographiques...

Le principe de base des remèdes prescrits est l'intégration régionale et la citoyenneté transfrontalière (qui n'annule pas le principe de nationalité). Il s'agit de construire une union économique de l'Afrique orientale et australe au sein de laquelle la citoyenneté transfrontalière se substituerait à l'éthnicité. Les Etats devront remplir un certain nombre de conditions d'éligibilité : la démocratie et l'Etat de droit, les libertés sociales, l'économie de marché et de libre-échange, des institutions et mécanismes régulateurs supranationaux.

A cette fin, il est préconisé entre autres de créer un centre régional spécialisé dans les questions relatives à la résolution des conflits, à la démocratie et à l'Etat de droit, à l'intégration et au développement.

Un projet utopique ? Pas du tout, à condition que la réflexion intellectuelle soit accompagnée d'une volonté politique. N'oublions pas que l'Union européenne s'est construite sur les cendres de la Deuxième Guerre mondiale marquée par l'holocauste des Juifs. Pourquoi le génocide des Tutsis et les conflits de la région des Grands Lacs ne pourraient-ils pas servir de leçon à une Afrique renaissante ?


Quand la négation du génocide des Tutsi du Rwanda s'affiche devant le Palais fédéral

Génocide ? Définition...

Le concept juridique de génocide cherche à introduire une équivalence pour un groupe humain de ce qu'est un homicide pour une personne humaine. Formulés lors du jugement des responsables nazis lors du procès de Nuremberg, les critères autorisant l'usage du terme de "génécide" ont été par la suite complétés et précisés, et définissent les quatre conditions suivantes pour qu'un homicide collectif (un massacre) puisse être qualifié de génocide :

Ces critères, qui définissent un génocide, déterminent "en creux" les entreprises idéologiques e/o politiques de négation du génocide : pour nier qu'il y ait eu génocide des juifs ou des tziganes par les nazis, ou des Arméniens par les Turcs, on soutiendra par exemple qu'il n'y avait pas intention d'extermination, et que celle-ci ne s'est produite que sous la pression de circonstances particulières. Pour réfuter l'accusation de génocide portée contre l'ancien régime rwandais, on soutiendra notamment que les massacres n'ont été commis que par des milices "extrémistes", et non sur ordre du gouvernement.

Il est cependant évident que, dans les quatre cas cités au moins (génocide des juifs et des Tziganes par les nazis, des Arméniens par le régime des "jeunes Turcs" et des tutsi par l'ancien régime rwandais), la qualification de "génocide" s'impose. Le droit international l'a d'ailleurs entériné, si la politique, comme prévisible, tarde à en tirer les conséquences.


Lettre ouverte du 16 septembre 1996 au Conseiller fédéral Flavio Cotti, Chef du Département fédéral des affaires étrangères

Le génocide des Tutsi du Rwanda a été conçu, préparé et organisé en même temps que sa négation

Près d'un million d'être humains ont été sacrifiés au nom des manipulations identitaires racistes au Rwanda en 1994. Pour la troisième fois au cours de ce siècle, un groupe humain a été pourchassé en vue de son éradication sur terre. L'entreprise d'extermination menée par l'élite de l'ancien pouvoir ethniste rwandais contre une partie de ses administrée étiquettés "Tutsi" a été officiellement qualifiée de GÉNOCIDE par les Nations Unies. Désignés comme "complices" du groupe "maudit", les Hutu opposés à cette autre "solution finale" furent systématiquement massacrée. Hélas, au fil d'une actualité présentée non sans amalgames, l'expression banalisante de "génocide rwandais" a fini par évoquer simplement la barbarie dans une sorte d'opacité indistincte mêlant bourreaux et victimes dans la même honte et le même mépris. L'expression indique simplement le lieu géographique où fut commis le crime, elle n'indique plus le groupe qui en fut la victime. Comme si l'Holocauste juif de 1933-1945 était qualifié de "génocide allemand"... C'est que le génocide des Tutsi et le massacre sélectif des Hutu de l'opposition au régime de l'ex-Président Habyarimana a une particularité : il a été conçu, préparé et organisé en même temps que sa négation. Tout un arsenal de termes, d'arguments et d'informations tendancieuses est ainsi déployé, tirant le plus grand profit de la méconnaissance du Rwanda, de son éloignement et d'une certaine indifférence à son égard. Sans compter que le déroulement de l'information spectacle favorise lassitude et amnésie.

Pour les survivants, se préserver de la haine et du chagrin

Le crime commis, il a fallu que nous autres survivants apprenions 
à vivre avec l'irréparable, la solitude et la quête d'un réconfort
improbable. Pour survivre à "ça", il a fallu développer de la
résistance mentale, recréer des repères et nous préserver de la
haine et du chagrin, comme il est dit dans une de nos chansons 
du génocide.
Mais il nous arrive d'affronter le pire, lorsque nos boureaux ou leurs
amis, anciens et nouveaux, eposent avec un maquillage plus ou
moins subtil leur idéologie et leur logique criminelle dans les media,
en les faisant passer pour des solutions d'avenir pour notre pays. 
L'imposture atteint des sommets vertigineux au fil d'un article paru
le 22 août 1996 dans le quotidien lausannois "24 Heures".

Un ministre de la Défense du régime génocidaire exhibé devant le Palais Fédéral

Postées devant le Palais fédéral, deux personnalités importantes de l'ancien régime génocidaire rwandais ayant des "liens étroits avec la Suisse" disent détenir un projet pour "libérer le Rwanda de ses démons" ! "Une bouteille à la mer", explique-t-on... L'une de ces deux personnalités est M. James Gasana, qui est présenté en page de couverture comme "ancien Ministre de l'agriculture", est surtout le Ministre de la Défense dont l'armée a tant sévi que ses crimes de l'époque ont été qualifiés d'"actes de génocide" par une Commission internationale d'enquête en février 1993, au moment où M. Gasana était aux affaires (sans y "faire de la figuration", cmme il est précisé dans l'article). Membre du Comité central de l'ex-parti unique, Ministre des Armées et à ce titre supérieur direct de son Chef de Cabinet, M. Bagosora (le petit Hitler rwandais accusé d'être le grand planificateur du génocide et actuellement détenu en prison au Cameroun en attendant d'être déféré devant le Tribunal International), M. Gasana n'est effectivement pas un simple comparse. On était alors dans la phase préliminaire du génocide finalement consommé en avril 1994, alors qu'il s'était replié en Suisse. Ce sont ces faits parfaitement vérifiables que l'auteur de l'article tente de minimiser en confectionnant pour M. Gasana un invraisemblable costume de démocrate, lanceur de "bouteille à la mer", suceptible de sauver le Rwanda du "désespoir". On sait qu'en trente ans de pouvoir, l'ancien régime rwandais avait su se créer des amitiés pas toujours innocentes avec certains gestionnaires de l'aide internationale. La dernière livraison de la revue catholique "GOLIAS" parle ainsi d'un réseau de clanchiment et d'exfiltration des criminels rwandais vers l'Europe et notamment en Suisse. Contrevérités, insultes à la momoire des victimes, blessures supplémentaires pour les survivants, les propos de ces deux personnalités rwandaises, ainsi que le maladroit lifting politique qu'on leur concocte sur le parvis du Palais fédéral, ne vont certainement pas dissiper les soupçons. Souvenons-nous de l'affaire Kabuga au printemps 1994, au moment où l'actualité du génocide mobilisait encore les consciences. Dernier épisode en date, la très récente arrestation d'un ancien maire d'une commune rwandaise judicieusement planqué en Suisse (comme probablement certains autres encore) depuis plus de deux ans.

M. Gasana : une trajectoire artificiellement tracée

En juillet 1993, M. Gasana, alors Ministre de la Défense d'un régime très officiellement accusé d'actes de génocide par un rapport international, est accueilli sans état d'âme en Suisse. Selon l'article de "24 Heures", après avoir survécu au Rwanda à un attentat et à des complots organisés par les "faucons" du régime (complots parfois "déjoués par les services de renseignement", est-il précisé), M. Gasana apprend que les "durs" du régime veulent... l'assassiner, cela pour empêcher l'accord de paix d'Arusha !... C'en était trop. Il part alors pour la Suisse où un job plutôt rare pour un demandeur d'asile l'attend : consultant au service d'une agence liée à la DDC, la Direction fédérale du Développement et de la Coopération ! Or, au Rwanda de l'époque comme dans toute dictature en phase meurtrière, "durs", "faucons", "services de renseignement" et Ministre de la Défense (membre du Comité central de l'ex-parti unique de surcroît) sont parfaitement indissociables... C'est avec cette évidence à l'esprit qu'il faut apprécier la fine analyse de l'auteur de l'article, indiquant qu'en pleine guerre, M. Gasana, Ministre de l'Agriculture "trop remuant" d'un régime sanguinaire qui organise des complots contre sa propre personne, est transféré à celui de la Défense en guise de "sortir élégante"... Invraisemblable pour les Rwandais qui, eux, savent, la trajectoire artificiellement tracée en faveur de M. Gasana est donc assez mal montée. Qu'importe ! En Suisse, les amis hauts placés de M. Gasana, eux, y croient... Son séjour en Suisse est alors régularisé.

"Aider le Rwanda équivaudrait à tuer" affirme aujourd'hui M. Gasana publiquement, après avoir prodigué ce conseil de "chrétien engagé" dans les services de la coopération suisse qui l'emploient depuis près de 3 ans... Alors, pacifiste et démocrate, M. Gasana ? Plus que la fantaisie du parcours qu'on lui invente, c'est son discours digne d'un criminel faussement repenti qui le trahit. "Les Tutsi de l'extérieur ont toujours considéré leurs frères restés au pays comme des collabos", affirme-t-il au moment de lancer sa bouteille de fiel dans la mer rouge-sang du génocide. C'est pour cela que le FPR (Front Patriotique Rwandais) -qu'il convient selon M. Gasana et ses amis d'affubler de l'étiquette raciste de "Tutsi" pour semer la confusion- a prétendûment commandité l'assassinat du Président Habyarimana. Affirmation totalement spéculative censée justifier dans la logique criminelle des négationnistes l'ignoble génocide perpétré en avril 1994. On ne saurait mieux légitimer le rôle d'"otages naturels" dans lequel l'ancien régime raciste rwandais entendait maintenir la partie de sa population dénoncée comme "tutsi" sur les cartes d'identité ! Des cartes qui signèrent l'arrêt de mort d'innombrables innocents en trois mois, d'avril à juillet 1994.

Ainsi donc pour MM Gasana et Nsengimana et leurs amis, un crime hypothétiquement attribué à un groupe de "Tutsi" de l'extérieur doit naturellement entraîner, expliquer puis justifier l'extermination de leurs frères de l'intérieur. Telle est effectivement la culture politique dans laquelle M. Gasana a grandi au point d'accéder aux postes ministériels. Et telles sont les thèses publiquement défendues aujourd'hui par les ex-conseillers suisses des dictateurs rwandais (M. M. Heimo et M. A Lindt)a au terme de trente ans de coopération conclus par un effroyable génocide (voir un article du journal "La Liberté" en date du 9 juillet 1996). Le propos de M. Gasana est d'une crauté indescriptible pour les familles tutsi tant de l'intérieur que de l'extérieur du Rwanda dont presque toutes comptent des lignées à jamais éteintes. Il veut, en fait, dire, que les Tutsi sont responsables de leur génocide. Rappelons que les commanditaires de l'assassinat du Président Habyarimana ne sont toujours pas connus, et que diverses thèses s'affrontent dont celle d'un attentat organisé par les auteurs du génocide eux-mêmes en guise de détonateur pour l'horrible tuerie qu'ils préparaient depuis longtemps.

M. Nkiko Nsengimana : personnage aux liens étroits avec la Suisse

L'autre personnage "aux liens étroits avec la Suisse" posant devant le Palais Fédéral est M. Nsiko Nsengimana, ex-président des organisations non-gouvernementales au Rwanda. Ses sympathies avérées pour le gouvernement intérimaire autoproclamé en avril 1994 pour exécuter le génocide font douter de ses bonnes intentions. Son militantisme est d'autant plus parlant que dans les milieux rwandais de Genève on garde le souvenir d'un étonnant courrier adressé par M. Nsengimana à l'un de ses collègues de travail, M. Anastase Seruvumba. Ce pionnier du journalisme rwandais, très apprécié lors de son séjour à Genève, fut emporté par le génocide. Quelques mois avant cette échéance fatale, M. Nsengimana le mettait en garde, par courrier officiel, contre son engagement et ses écrits d'opposant politique au régime qui préparait l'apocalypse (pour reprendre le terme du désormais célèbre Colonel Bagosora, le Chef de cabinet de M. James Gasana). A l'époque où les bourreaux dressaient les listes des futures victimes de l'hécatombe, cette attitude de M. Nsengimana donne toute la mesure des lauriers que l'article de "24 Heures" lui tresse.

MM Gasana et Nsengimana promettent la protection des minorités

Voici donc la face cachée des deux personnages que l'on exhibe à l'entrée du Palais Fédéral. Naturelle, ils portent leur étiquette "raciale" hutu comme un drapeau. Cela, c'est leur idéologie. Pour les propositions concrètes, il y a le désarmement du Rwanda et l'arrêt de toute aide. Et c'est M. Gasana, client ministériel de trafiquants internationaux d'armes condamnés par la justice française, qui préconise ces mesures "pacifistes"... Rappelons que ce trafic fut l'objet d'une interpellation aux Chambres fédérales. Alors que l'armée de l'ancien régime génocidaire prépare activement au Zaïre la reconquête du Rwanda, MM Gasana et Nsengimana promettent la protection de "minorités" racialement et non politiquement définies au sein d'un peuple culturellement homogène; une conception de la démocratie dont les relents nazis ne doivent rien au hasard. Or, les Rwandais qui ont arrêté le génocide ne vont pas réimporter l'idéologie qui l'a inspiré et prétend le justifier aujourd'hui.

L'Association IBUKA - Mémoire et Justice

- aimerait faire appel à vous-même et à toute personne soucieuse
de justice, d'équité et d'humanité, pour que l'apologie plus ou moins
déguisée de l'extermination des nôtres cesse de s'afficher publique-
ment dans les media;

- demande aux autorités suisses de rester vigilantes pour que
les institutions, aussi respectables que celles de ce pays, ne
servent pas de caisse de résonnance à des propos révisionnistes,
car ceci est non seulement choquant pour tous les rescapés et
survivants du génocide, mais aussi indécent vis-à-vis du peuple
Suisse et de la terre d'accueil qu'est la Suisse;

- remercie ces mêmes autorités pour l'aide que la Suisse a toujours
apportée au peuple rwandais et lui demande, aujourd'hui plus que
jamais, d'apporter une aide particulière à la reconstruction du 
Rwanda, ce pays tant meurtri.

Association IBUKA-Mémoire et Justice Case postale 2446 CH-1211 Genève 2-Dépôt

Les anciens conseillers suisses du régime génocidaire veulent poser des conditions à la coopération de la Suisse avec le Rwanda


(Lettre de SOS Racisme, Jean Musy) Deux des anciens conseillers à la présidence du Rwanda, Marcel Heimo (conseiller de 1966 à 1968) et August Lindt (conseiller de 1973 à 1975), tous deux retraités, se sont manifestés en prenant position dans les colonnes du quotidien fribourgeois "La Liberté" pur une aide "conditionnelle" au Rwanda après que celui-ci ait changé de régime. Ces deux hommes sont des témoins des relations tréoites qui existaient entre la Suisse et les régimes "ethnistes" qui ont précédé, et pour une bonne part préparé, le génocide de 1994; Lindt, par exemple, était en poste lors du coup d'Etat de 1973 et de la liquidation massive (par centaines) des cadres et dirigeants de l'équipe gouvernementale renversée. Quant à Heimo, il s'attache depuis 1994 à minimiser le génocide perpétré par les héritiers de ses anciens patrons, en le qualifiant de "guerre fratricide" provoquée par l'"invasion des Tutsi du FPR" et en qualifiant la plupart des victimes de ce génocide de "membres de l'ethnie de l'envahisseur".


Qui, en Suisse, protège les amis des génocidaires et pourquoi ?

par Jean Musy (article paru dans "Gauche Hebdo" du 4.9.1997)
La Suisse romande servirait-elle de refuge aux extrémistes rwandais ? En mai 1994, en plain massacre, 21 étudiants rwandais y affichaient publiquement leur soutien aux responsables du génocide au Rwanda. Aujourd'hui, la plupart y résident toujours. Plusieurs sont directement liés aux dirigeants de l'ancien régime et continuent de les appuyer. L'administration fédérale, plutôt prompte lorsqu'il s'agit de l'expulsion des requérants d'asile, ne semble pas bouger. A tel point que l'un de ces nazis rwandais n'hésite pas à demander sa naturalisation suisse à Le Bry, en Gruyère. Saisie du dossier depuis de nombreux mois, la commune, embarrassée, ne se prononce toujours pas.

Le 6 avril 1994, l'avion du Président rwandais Habyarimana explose sous les missiles, à son arrivée à l'aéroport de Kanombe, près de Kigali, la capitale du Rwanda. Personne n'a jamais pu établir qui a tiré. Dans l'heure qui suit, l'armée et les milices du régime appliquent un plan d'extermination des membres de la minorité Tutsi et des opposants Hutu modérés, listes de noms à l'appui. L'exécution était préparée de longue date, par les proches mêmes du Président défunt. Il en coûtera plus de 800'000 morts, principalement parmi les Tutsis

Soutien aux génocidaires

Dès l'annonce de l'attentat, un gouvernement intérimaire autoproclamé poursuit les plans de génocide. Un mois plus tard, le 8 mai 1994, alors que la presse internationale a largement dénoncé les massacres, 21 Rwandais (1) vivant en Suisse publient un Mémorandum (2) à Lausanne. Ils le signent sous l'égide de l'Assemblée des Rwandais de Suisse (ARS), une association d'étudiants, et le distribuent aux Nations Unies, à Genève. Par ce texte, ils manifestent leur soutien "sans réserve" aux "autorités intérimaires", "aux Forces armées rwandaises dans leur défense de la souveraîneté et de l'intégrité de la République" et se "délicitent de la bravoure, de l'unité et de la discipline de l'armée nationale".

Les signataires rendent le FPR (3) responsable du déclenchement des massacres. Ils proclament que "le pays n'avait plus connu de violence terroriste depuis la fin des attaques des réfugiés tutsis extrémistes, Inyenzi (traduction : les cafards) entre les années 1961 et 1967". Le texte publié en Suisse reprend ainsi le vocabulaire des organes de presse qui soutiennent le génocide. Assimiler les réfugiés Tutsi des années soixante aux "cafards" évoque les qualificatifs racistes et éthnistes des éditoriaux de la Radio des Milles Collines, cette station de propagande responsable de l'appel aux massacres pendant le génocide.

Un précédent menaçant

Les appels de soutien guerrier des membres de l'ARS au régime rwandais d'Habyarimana ne datent pas de 1994. Six d'entre eux (4), réunis auparavant dans un Groupe de réflexion autonome, écrivaient déjà dans un article de "Rwanda-Débat", la revue de l'association : "La situation actuelle du Rwanda est explosive. Les populations déplacées par la guerre sont encore anesthésiées par le choc subi et l'installation de leur camp à l'intérieur du pays ne cause que des problèmes liés à l'urgence de l'intendance. Mais si la situation devait durer, ces personnes poussées par le désespoir pourraient se lancer dans la violence, ce qui risque de déstabiliser le pays tout entier". Un texte repris dans une "libre opinion" publiée par le quotidien genevois "Le Courrier" en mars 1995 (5).

"Préparer l'apocalypse"

Prémonition ? Sûrement pas. Il est établi maintenant de façon indiscutable que les distributions d'armes, la surveillance des populations Tutsi et les plans de génocide étaient déjà prévus à ce moment-là. Le colonel Théoneste Bagosora, commandant de la base de Kanombe et chef de cabinet du Ministre de la Défense James Gasana -lui-même réfugié en Suisse aujourd'hui- armait les milices paramilitaires interahamwe, depuis 1991. En désaccord avec les négociations de paix d'Arusha auxquelles il venait de participer, le colonel déclarait publiquement, le 8 janvier 1993, qu'il retournait à Kigali "préparer l'apocalypse". Le même homme ordonnait aux militaires l'assassinat du Premier ministre de son gouvernement, Agathe Uwilingiyimana, tué après l'annonce de l'attentat contre le Président rwandais.

Les signataires de la libre opinion publiée connaissaient-ils ces préparatifs ? Leur déclaration était-elle un message codé à l'intention de militants avertis = On est porté à le croire. L'un d'eux, Innocent Semuhire, nous révèle leurs sources d'informations dans la même revue : "La presse mais également des contacts directs avec nos proches parents, nos amis et connaissances restés au pays" (5).

Une parenté compromettante

Ce qu'il ne nous dit pas, c'est que parmi les six membres du Groupe de réflexion si bien informé, Jean Habimana, ingénieur civil en Suisse, n'est autre que le gendre du Colonel Bagosora. Ni qu'Athanase Kanimba entretient d'excellents contacts avec son frère, le Dr. André Rwamakuba, qui appartient à la tendance extràmiste, dite "Hutu Power" de l'un des partis gouvernementaux. Ce dernier sera membre du gouvernement intérimaire d'avril 1994, responsable du génocide, en qualité de Ministre de l'Enseignement primaire et secondaire. Les six militants ne pouvaient donc pas ignorer ce qui se tramait dans les coulisses du pouvoir rwandais, dès ce moment-là.

D'après Innocent Semuhire, qui en publie l'historique, le Groupe de réflexion et l'ARS sont "deux structures autonomes et distinctes mais complémentaires, (qui) ont été mises en place avant la promulgation de la Constitution rwandaise de 1991 instituant le régime pluraliste". Autrement dit en pleine période de la dictature du parti unique d'Habyarimana. Créée à l'initiative du Groupe de réflexion, l'ARS existe toujours, depuis sa fondation en 1991. L'ordre religieux des Pères Blancs basé à Fribourg les accueille discrètement dans ses lieux de culte. Pour Semuhire, il ne fait pas de toute que ce type d'organisation sert à mener "notre guerre d'octobre à nous (6), la bataille médiatique".

En fait, derrière la façade "propre en ordre" de l'association se cachent plusieurs familles de dirigeants accusés de participation au génocide. C'est le cas de Dieudonné Nyagasaza et d'Innocent Semuhire, respectivement fils et beau-fils d'un grand commerçant de Gisenyi, région nord du Rwanda, dont le nom figure en bonne place parmi la liste des personnalités impliquées dans le génocide. Tous deux entretiennent aujourd'hui encore d'excellentes relations avec les milieux de l'ancien régime rwandais exilés à Nairobi, au Kenya.

Protections suisses ?

D'autres membres de l'ARS, comme Deogratias Sebureze, ont bénéficié d'étonnants soutiens de la part des milieux universitaires suisses. Ainsi son maître de thèse, l'économiste Jean-Pierre Gern de l'Université de Neuchâtel, ne s'est point ému de lire la signature de son protégé au bas du Mémorandum cité plus haut (7). Ce même professeur a été nommé membre du Groupe d'Etude Voyame, chargé en octobre 1994 par le Conseil fédéral de faire toute la lumière sur 33 ans de coopération suisse au Rwanda. Pour mémoire, rappelons que le Conseil fédéral s'est très largement distancé de son rapport, après nos révélations dans ces colonnes (8) du contenu révisionniste et des falsifications de l'histoire rwandaise du document.

Dès 1966, la Suisse choisit le Rwanda parmi les vingt pays retenus par la Coopération pour y déployer ses efforts. La Confédération y dépensa plus de 300 millions de francs en trente-trois ans de coopération. Non sans parti pris, puisqu'elle choisit exclusivement parmi les boursiers qu'elle soutient, des étudiants de l'éthnie Hutu majoritaire, jusqu'en 1990. La Suisse occupait alors une place de choix au "pays des mille collines". Six conseillers suisses se sont succèdès auprès de la présidence rwandaise de 1963 à 1992, y compris pendant le coup d'Etat de Habyarimana, en 1975 -tous grassement payés par la Coopération.

D'où le réveil brutal des Suisse lorsqu'ils apprennent en été 1994 (9) que des dirigeants rwandais aux responsabilités connues dans le génocide vivent en Suisse, grâce à l'appui d'Alexandre Hunziker, le chef de l'Office fédéral des étrangers. Ce bras droit du Conseiller fédéral Arnold Koller ne communiquait pas aux douanes la liste des Rwandais indésirables en Suisse. Il leur accordait même complaisamment des visas. Plus grave encore, il n'avertit pas les postes frontières lorsque Berne a voulu annuler le visa de Félicien Kabuga, le directeur de la Radio des Mille Collines et ceux de sa famille. Seule sanction encourue par le haut fonctionnaire : sa mise à la retraite anticipée. Les services de renseignement suisses étaient-ils au courant, voire complices de cette situation ?

Un silence qui accuse

N'oublions pas non plus que depuis 1992, une "Commission fédérale consultative en matière de protection de l'Etat" surveille les activités extrêmistes en Suisse. Des journalistes en sont membres. L'un d'eux, François Gross, ancien rédacteur en chef de Radio Suisse Internationale, est co-initiateur du projet de Radio Hirondelle : une station humanitaire destinée aux réfugiés rwandais et qualifiée dans plusieurs journaux de "véritable escroquerie morale" (10). Pourquoi la Commission ne fait-elle pas régulièrement rapport de ses travaux sur l'extrémisme ? Aujourd'huii l'étonnant manque de curiosité des services fédéraux à l'endroit des activités des milieux extrémistes rwandais en Suisse, nous étonne. Jusqu'à nous faire croire que le collaborateur du chef du Département fédéral de Justice et Police n'aurait pas dû être seul à quitter son poste.

Jean Musy
1) Fidèle MUDENGE, Sylvestre MPIRWA, Juvénal MPIRANYA, Edmond RUHUMULIZA, Théogène MUGENZI, Japhet BAGILISHYA, Aristide FLAMBEAU, Jean HABIMANA, Fernand RUHUMULIZA, Dieudonné NYAGASAZA, Déogratias SEBUREZE, Athanaze KANIMBA, Ladislas NTAMAKILIRO, Bernard UWAMUNGU, Oscar NKEZABERA, Yves LIBERA, Théogène Octave GABUKA, Patrice SERUGENDO, Innocent SEMUHIRE, Pascal IBEHASO, Fulgence NSANZIMANA.
2) Memorandum sur la crise provoquée par l'attaque du Front patriotique Inkotanyi contre la République rwandaise.
3) FPR, Front Patriotique Rwandais, principale composante de l'actuel gouvernement et vainqueur militaire de la guerre civile.
4) Jean Hakimana, Wenceslas Habiyaremye, Athanase Kanimba, Deo Sebureze, Innocent Semuhire, Patrice Serugendo
5) Rwanda-Dlbat No 0, avril-mai-juin 1993 et "Le Courrier", 15 mars 1993
6) Octobre 1990, déclenchement de l'offensive du FPR qui révèle au monde son existence.
7) "Gauchehebdo" du 22 février 1996
8) "Gauchehebdo" du 21 mars 1996
9) L'affaire Kabuga, du nom de l'ancien patron de la Radio des Mille Collines connue pour ses appels aux meurtres à l'antenne pendant le génocide
10) "L'Objectif" No 133 du 4 juillet 1997, "Regards Africains" No 40, printemps/été 1997.

Assistant au centre d'éthique...

(ATS 20.9) Le député socialiste fribourgeois André Ntashamaje, lui-même d'origine rwandaise, a demandé des "précisions" au gouvernement fribourgeois à propos du "génocidaire" rwandais Innocent Semuhire, résidant dans le canton et candidat depuis fin 1996à la naturalisation suisse. Cette naturalisation a reçu un avis favorable de la police fédérale, mais des oppositions s'étant manifestées, la commune fait traîner sa décision -pendant que Semuhire dépose plainte contre ceux qui rappellent son soutien à l'ancien régime génocidaire et ses activités de "négationniste" du génocide lui-même.

Innocent Semuhire est entré en Suisse en 1984, comme boursier de la Confédération, après un stage effectué au Ministère rwandais des Affaires étrangères, sitôt la fin de ses études secondaires. Après sa licence en droit, il devient assistant au Centre d'Ethique et de Droits de l'Homme (sic) à l'Université de Fribourg, ville où il passa sa thèse, en 1996. De son propre aveu, il fréquente alors régulièrement les salons de l'ambassade du Rwanda à Berne jusqu'à la chute de l'ancien régime de Habyarimana qu'il soutient aujourd'hui encore. Il a dénoncé l'introduction du multipartisme en 1991, comme la "partitocratie" instaurée. Aujourd'hui, Semuhire maintient des contacts réguliers avec les milieux rwandais de l'ancien régime en exil au Kenya et poursuit toujours la reconstruction des forces d'opposition au gouvernement actuel de Kigali.

(L'Objectif, 19.9) Innocent Semuhire a en outre été pendant cinq mois (jusqu'au 15 septembre) greffier du Tribunal administratif, à Givisiez, après avoir été chaudement recommandé à ce poste par son directeur de thèse, le professeur Michel. Les révélations faites sur son soutien aux responsables du génocide rwandais et sur ses liens avec les "revanchards" de l'ancien régime rwandais, ont en tous cas bloqué la naturalisation suisse de Semuhire, et risquent au surplus de provoquer d'intéressants débats au sein de la députation socialiste : Semuhire est en effet soutenu par le député socialiste Ribordy, alors que son camarade Ntashamaje, d'origine rwandaise, exige une enquête sur Semuhire. Le rapport du PS au Rwanda n'est en outre pas d'une clarté éblouissante, si l'on en juge par la présence au sein du PS vaudois (et même de sa commission de solidarité internationale) d'un signataire du "Mémorandum" appelant en mai 1994 au soutien du régime génocidaire, Athanase Kanimba, et si l'on se souvient en outre que le soutien très appuyé de la Suisse au régime de Habyarimana a été initié par les deux Conseillers fédéraux socialistes qui se sont succédés au ministère des Affaires étrangères, Pierre Aubert et René Felber. André Ntashamaje commente :

"Comme socialiste, je milite parce que les idéaux du parti défendent le démuni, celui qui est persécuté, l'étranger, celui qui ne peut se défendre. J'ai été sidéré d'apprendre qu'un Rwandais qui a signé un document pour défendre le génocide et les génocidaires milite dans le même parti que moi. (...) Je ne comprends pas que le PS puisse avoir en son sein des gens qui défendent des valeurs à l'opposé de ce qu'ensemble nous défendons"

(L'Objectif 3.10.97) En fait, le 10 juin, la naturalisation suisse a été refusée à Innocent Semuhire par la commune de Le Bry. Cette décision n'a cependant été rendue publique qu'à la mi-septembre. Après un prévavis favorable, la commune a suspendu sa décision, puis rejeté "en son âme et conscience" la naturalisation de Semuhire, qui a tenté en vain de recourir contre cette décision. Il a reçu dans cette tentative de recours le soutien de Marcel Heimo, ancien ambassadeur, ancien directeur de la coopération au développement et de l'aide humanitaire suisses, ancien conseiller du premier président rwandais, Grégoire Kayibanda.

Une version plus complète et plus détaillée de ces informations a été publiée par le journal fribourgeois OBJECTIF
(22 août et 19 septembre 1997)
Tel. (26) 409.72.72, fax (26) 409.72.71)

Réponse au "Rapport Voyame" sur l'avenir de la coopération entre la Suisse et la Rwanda

Lettre des associations rwandaises au Conseil fédéral et aux parlementaires fédéraux, 1er juin 1996)

Deux ans après le génocide qui a décimé nos familles et plongé 
notre pays dans l'abîme, nous, Rwandais résidant en Suisse, 
aimerions nous adresser à votre haute autorité, afin de vous faire 
part de notre réflexion suite à la publication du rapport récemment 
établi sur demande du Conseil fédéral, en vue d'une évaluation
objective de l'aide suisse à notre pays au terme de trois
décennies de coopération conclues dans la tragédie.
Certes, le rapport recommande l'assistance de la Suisse à notre
population éprouvée. Une conclusion dont nous nous félicitons,
car elle va dans le sens de la générosité dont le peuple suisse
a su faire preuve dans le passé à l'égard du Rwanda, à travers
des structures aussi bien officielles que non gouvernementales.
Il n'empêche que le réconfort d'une telle conslusion ne saurait
compenser l'injustice que nous ressentons suite à ce constat :
comme pour accréditer une thèse courante dans les milieux
qui pratiquent la négation plus ou moins subtile du génocide
de 1994, en vue d'atténuer par l'amalgame la responsabilité
de ses auteurs (thèse selon laquelle "tout le monde" aurait
commis des actes de génocide au Rwanda), les auteurs du
rapport précité n'ont pas hésité à recourir à la FALSIFICATION.
Citant un autre rapport établi en mars 1993 par une 
commission internationale d'enquête, les rapporteurs 
mandatés par votre honorable assemblée lui font dire que des 
actes de génocide ont été commis aussi bien du côté de 
l'ex-gouvernement rwandais que de celui de l'ex-opposition
armée du FPR. La réalité du rapport de la Commission
Internationale d'enquête est pourtant toute autre. De façon
très claire, ce rapport indique en effet que si l'Etat rwandais
et le FPR se sont rendus coupables de violations des 
droits de l'homme dans leurs zônes de contrôle respectives 
à l'époque, les violations du côté de l'ex-gouvernement
rwandais "ont été commises de manière massive et
systématique, avec l'intention délibérée de s'en prendre à
une ethnie déterminée de même qu'aux opposants
politiques d'une manière générale". L'horreur de ces 
exactions ciblées, massives et systématiques "estompe en fin
de compte l'importance du débat juridique sur la qualification
de génocide", poursuit le dit rapport. Un avertissement qui 
dénonçait en mars 1993 la phase préliminaire du génocide
finalement consommé au printemps 1994, sous la conduite
faut-il le rappeler ?- de l'ex-élite gouvernementale rwandaise
(voir ci-dessous les textes du rapport de 1993 et de la version
qu'en présente la commission Voyame).
La lecture attentive du rapport que votre assemblée a souhaité 
est en fait loin de suggérer sa conclusion généreuse d'une
coopération à reprendre. La méfiance prônée vis-à-vis des
nouvelles autorités rwandaises va de pair avec une indulgence
certaine à l'égard de l'ancien régime, de ses thèses et de ses
pratiques destructrices.
L'idéologie des "races" -dont l'application en trente ans a alimenté
la logique génocidaire- semble assimilée comme une évidence 
par les rapporteurs. Le gouvernement actuel est ainsi qualifié
de "minoritaire" d'office. Est-ce une affirmation qui découle d'une
élection imaginaire dont les résultats sont déjà fixés dans l'esprit
des rapporteurs par les décomptes "ethniques" d'après-génocide ? 
Sans ambiguité possible, le contenu du rapport indique qu'il
s'agit bien de cela. Ce qui implique un schéma interdisant aux
citoyens de voter pour un candidat appartenant à l'"autre race" !
Cette grande difficulté des rapporteurs à envisager la véritable
réconciliation de notre société ne les empêche pourtant pas
d'écrire qu'on ne parle plus de reconstruction ni de réconciliation
dans notre pays.
La vision ainsi manifestée des problèmes du Rwanda est
incompréhensible. En effet, la consécration d'un système 
politique ayant la "race" comme enjeu unique du débat 
démocratique fut l'un des mobiles essentiels du génocide.
Pour nous, la lutte contre le racisme "ethnique" et l'idéologie
de la représentation politique séparée des "races" -et non leur
consécration, même par les urnes- est aussi impérative que 
l'était l'éradication du nazisme en Allemagne après la guerre. 
Là comme chez nous, le bilan apocalyptique de ces
idéologies sectaires justifie à lui seul que l'Humanité s'en
détourne à jamais. Le rejet du racisme est le pilier principal
de la réconciliation. Lui seul peut permettre l'établissement
d'une démocratie basée sur des projets de société et non
sur l'impasse meurtrière des mythes de la "race" et du "sang".
Gouvernement minoritaire ? Il est à noter que même selon le
critère partisan de l'appartenance "ethnique" apparemment
légitimé tout au long du rapport comme valeur démocratique,
le gouvernement rwandais actuel compte une large majorité 
de ministres réputés appartenir au groupe "identitaire" le plus
nombreux. Pour les besoins de la réflexion, nous apportons
cette observation qui se réfère à des "valeurs" que nous
récusons de toutes nos forces. Pour nous, en effet, tout
citoyen rwandais peut assumer -sans quotas raciaux- n'importe
quelle responsabilité étatique en raison de ce que le pays 
peut attendre de ses compétences. Nous sommes atterrés 
de constater que les thèses qui sont à l'origine de 
l'extermination de près d'un million de Rwandais inspirent
largement tant d'observations consignées dans ce rapport.
Pour ce qui est des actes de génocide mal rapportés, nous
aimerions rappeler ce fait aisément vérifiable : les instances
internationales compétentes ont statué sur la qualification des
crimes commis dans notre pays au cours des différentes phases
de violence. Elles ont aussi clairement désigné leurs auteurs,
leur ampleur et leur gravité. Pour la mémoire des victimes
et la douleur des survivants, la dénaturation manifeste des faits
telle qu'elle apparaît dans le rapport établi à votre demande
est inhumaine. Et que dire de la manipulation d'un texte, en
vue d'accuser d'"actes de génocide" ceux à qui les rescapés
du génocide et des massacres politiques doivent salut et répit ?
Une question essentielle est posée. Celle de la présence dans
les milieux de la coopération suisse avec notre pays de
personnes dont les sympathies traditionnelles pour l'ancienne
classe dirigeante rwandaise n'ont pas été ébranlées par les
crimes abominables dont cette classe s'est rendue coupable.
Des sympathies que l'on cherche à étendre en Suisse et
ailleurs par la désinformation, l'amalgame et la criminalisation
de tous les Rwandais, dans le but d'absoudre par la 
banalisation les auteurs d'un génocide planifié et exécuté
avec une horrible détermination.
L'aide que la Suisse promet d'apporter à notre peuple éprouvé
peut-elle se développer dans le climat de méfiance et de
suspicion compréhensible que tous ces faits entrainent ? 
Compte tenu du peu de distance prise en trois décennies par
certains responsables de la coopération à l'égard de l'élite
rwandaise responsable du génocide, la nouvelle coopération
peut-elle rester l'apanage de milieux confidentiels, agissant
à la faveur de la méconnaissance ou du désintérêt vis-à-vis
des réalités de notre pays ? Lorsque ces mêmes responsables 
recommandent cette fois une prise de distance proche d'une
opposition militante à l'égard des nouvelles autorités rwandaises,
est-il juste de les suivre sur cette voie ?

Les associations suivantes ont signé cette lettre :
ABISHEMA (Femmes d'origine rwandaise) Association Suisse-Rwanda (ASR) Communauté Rwandaise de Suisse (CORS) IBUKA-Mémoire & Justice

Falsification, mode d'emploi

Ce que dit le rapport de la commission internationale d'enquête (1993)...

Tant l'Etat rwandais que le Front Patriotique Rwandais se sont rendus coupables de violations des droits de l'homme. Pour ce qui concerne l'Etat rwandais toutefois, la Commission d'enquête internationale est arrivée à la conclusion que les violations des droits de l'homme ont été commises de manière massive et systématique, avec l'intention délibérée de s'en prendre à une éthnie déterminée de même qu'aux opposants politiques d'une manière générale. La politique de l'Etat rwandais a été structurée pendant la période examinée -et elle l'est encore d'ailleurs (en 1993)- par l'objectif d'exacerber le problème ethnique, comme en témoigne le document du 21 septembre 1992 émanant de l'Etat major de l'armée rwandaise à l'issue des travaux de la Commission de réflexion établie par le Chef de l'Etat lui-même. En effet, parmi les faits qui sont mis à charge des "activistes" représentant l'ennemi, l'on cite "le détournement de l'opinion nationale du problème ethnique vers le problème socio-économique entre les riches et les pauvres". Ainsi, toute organisation de défense des droits de l'homme ou humanitaires, ou à vocation sociale, est rangée parmi les "activistes" qui sont malheureusement "restés impunis". L'on peut supposer que l'accent que l'on mettrait sur le problème socio-économique qui sépare les riches des pauvres présenterait le danger de mettre en cause la Nomenclatura, alors que le problème ethnique permet de détourner l'attention en organisant une partie du peuple contre l'autre. Cette politique a conduit aux nombreux massacres qui ont été décrits par le présent rapport, dans lesquels a joué un rôle très privilégié. A cet égard, la responsabilité du Chef de l'Etat et de son entourage immédiat, entre autres familial, est lourdement engagée. L'horreur de la réalité observée par la Commission estompe en fin de compte l'importance du débat juridique sur la qualification de génocide. De nombreux Tutsis, pour la seule raison qu'ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés ou mutilés; ont été privés de leurs biens; ont dû fuir leurs lieux de vie et sont contraints de vivre cachés; les survivants vivent dans la terreur.

... Et ce que prétend y trouver le rapport de la commission Voyame (1996)

Le 8 mars, une commission internationale conclut que tant l'Etat rwandais que le FPR se sont rendus coupables de graves violations des droits de l'homme, qualifiées d'"actes de génocide".

en clair : la commission suisse fait dire à la commission internationale tout autre chose que ce qu'elle a dit. Un peu comme si un "négationniste" du génocide perpétré par les nazis faisait dire au tribunal de Nuremberg que "tant l'Etat nazi que les antinazis se sont rendus coupables de graves violations des droits de l'homme, qualifiées d'actes de génocide". Ou quand la malhonnêteté intellectuelle ne le dispute qu'à l'indécence historique...

Une interpellation au Parlement fédéral suisse :

Rwanda : Auteurs du génocide et victimes

Texte de l'interpellation du Conseil national Nils de Dardel (socialiste, Genève) du 19 juin 1996

Quelle est l'appréciation du Conseil fédéral sur les 
responsabilités du génocide au Rwanda d'avril à juin 
1994 ? N'y-a-t-il pas lieu de corriger l'analyse du rapport
Voyame ? Quelle contribution la Suisse doit-elle apporter 
pur que justice soit faite à l'encontre des responsables du
génocide et que réparation soit accordée aux victimes ou
à leurs survivants ? Selon quelles modalités et dans quel
esprit la Suisse entend-elle collaborer avec le gouvernement
actuel du Rwanda ?

Cosignataires de l'interpellation : Les Conseillères nationales et Conseillers nationaux Banga, Cavalli, Haering Binder, Humacher, Hubmann, Jans, W. Marti, Maury Pasquier, Müller-Hemmi, Roth Bernasconi, Semadeni, A. Weber
Développement

Le rapport Voyame sur la Coopération suisse au Rwanda procède à des appréciations qui ont suscité l'indignation de nombreux rwandais domiciliés en Suisse et dont les familles ont été massacrées lors du génocide d'avril à juin 1994.

Evoquant un rapport d'une commission internationale d'enquête du 8.3.1993, le rapport Voyame (p. 142) prétend que cette commission aurait affirmé que "tant l'Etat rwandais que le FPR se sont rendus coupables de graves violations des droits de l'homme, qualifiées de génocide". Or, cette commission internationale n'a nullement évoqué le terme de génocide à l'encontre du FPR, mais seulement ceux de "coupable de violations des droits de l'homme". En revanche, à l'encontre du gouvernement Habyarimana, cette même commission internationale, avant le génocide de 1994, est d'une sévérité extrême :

"L'horreur de la réalité observée par la commission estompe en fin de compte l'importance du débat juridique sur la qualification de génocide. De nombreux tutsis, pour la seule raison qu'ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés ou mutilés; ont été privés de leurs biens, ont dû fuir leurs lieux de vie et sont contraints de vivre cachés; les survivants vivent dans la terreur"

Mais le rapport Voyame est plus inquiétant encore lorsqu'il évoque les événements de 1994. En page 148, il mentionne le massacre systématique des Tutsis et des Hutus opposés au régime, soit près d'un million de morts. Puis il enchaîne immédiatement sur l'offensive de l'APR, pendant la période d'avril à juin 1994, qui aurait provoqué des "centaines de milliers" de victimes "tuées ou soumises à de graves sévices par les forces du FPR".

En page 151, le rapport Voyame évoque la réduction considérable de la population au Rwanda et y trouve 3 causes :

Bref, le groupe Voyame, évoquant le génocide du printemps 1994, y associe des massacres commis prétendûment par l'armée du FPR.

Or, les observateurs internationaux n'ont nullement constaté de tels massacres. Certes, l'offensive militaire de l'APR a certainement causé des victimes en nombre important. Mais il n'y a aucune mesure (aux plans quantitatif et qualitatif) entre le génopcide organisé par le pouvoir anciennement en place et la guerre menée par le FPR.

En résumé, le rapport Voyame fait part d'une appréciation du génocide rwandais, dans laquelle les responsabilités seraient partagées entre le camp du régime Habyarimana et celui du FPR.

Cette conception contredit la réalité même du génocide de 1 million d'être humains et va à l'encontre de la motivation même de l'ONU et de la communauté internationale pour la création d'un Tribunal pénal international sur le Rwanda.

Le négativisme d'un génocide ne s'esprime pas seulement par le refus de reconnaître l'existence du crime, mais aussi par le fait de le minimiser. Malheureusement, le rapport Voyame dilue les responsabilités et tend à attribuer aux victimes du génocide une part de coresponsabilité. Ce faisant, il tend à minimiser le génocide qui a été commis.

Enfin, la conception du groupe Voyame sur le génocide rwandais éclaire son analyse très négative sur le gouvernement actuel du Rwanda, dirigé par le FPR. En effet, si une force politique responsable de massacres de type génocide prend le pouvoir, il est évidemment impossible de lui faire vraiment confiance pour l'avenir.

Parmi les critiques du groupe Voyame à l'égard du gouvernement actuel du Rwanda, on relèvera par exemple l'insuffisance extrême du système judiciaire pénal pour juger les auteurs et responsables du génocide. Comment nos experts helvétiques peuvent-ils dont "oublier" que les juges rwandais ont disparu dans les massacres ? "oublier" que des juges ne se forment pas en quelques mois ?

En définitive, la Suisse a coopéré pendant de longues années avec un régime politique rwandais, qui s'est avéré criminel et responsable d'un génocide. Plutôt que d'accabler le gouvernement qui a succédé à ce régime, n'y aurait-il pas lieu de faire preuve de solidarité et de tout faire pour aider ce gouvernement à surmonter ses immenses difficultés ?

Le régime Habyarimana, avec lequel la Suisse a si longtemps coopéré, érigeait la distinction et la discrimination entre les ethnies en principe de gouvernement. Les dirigeants politiques actuels du Rwanda déclarent vouloir abolir les discriminations ethniques et reconstruire une société nationale sans distinction d'origines raciales. Après un génocide d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants, ce projet de suppression des discriminations raciales ne doit-il pas être soutenu.

Réponse du Conseil fédéral

Les informations actuellement à disposition font clairement ressortir le fait que le génocide et les massacres de 1994 ont été le résultat d'une idéologie totalitaire assimilant tout opposant -qu'il s'agisse de la population tutsie ou des éléments de la population hutue jugés proches de l'opposition légale au régime de l'ancien parti unique- à des ennemis considérés comme des collaborateurs du Front Patriotique Rwandais (FPR) et qui devaient être abattus. Les crimes ainsi perpétrés l'ont aussi été à la faveur d'une tradition de recours à l'ethnisme dans les luttes pour les pouvoirs économique et politique et d'impunité face aux violations des droits de l'Homme commises au Rwanda. Il revient à la justice rwandaise et au Tribunal Pénal International pour le Rwanda, créé par la résolution 855 du Conseil de sécurité du 8 novembre 1994, d'établir les responsabilités et de juger les auteurs du génocide et des violations du droit international humanitaire commises au Rwanda en 1994. En ce sens, le Conseil fédéral esti,me que la communauté internationale doit s'engager pour faciliter le jugement des responsables du génocide et des massacres par le Tribunal Pénal International et par la justice rweandaise et oeuvrer en faveur de l'établissement au Rwanda d'un Etat de droit qui garantisse le respect des droits de l'homme et mette fin à la culture de l'impunité dans ce pays, évitant le risque que de tels événements se renouvellent à l'avenir. L'existence aujourd'hui de violations des droits de l'homme au Rwanda ne peut en aucun cas disculper les auteurs du génocide et des massacres commis en 1994; inversément l'horreur des crimes commis par les auteurs du génocide et des massacres ne peut diassuader les partenaires actuels du Rwanda de s'engager en faveur du respect des droits de l'homme et de l'Etat de droit dans ce pays.

Le groupe d'étude institué par le Département fédéral des affaires étzrangères en octobre 1994 avait pour mandat d'évaluer l'engagement de la coopération suisse au Rwanda au cours des trente-quatre années de présence suisse dans ce pays, y compris dans le contexte de la guerre civile qu'il a connue depuis 1990. Le groupe d'étude n'était pas chargé d'analyser le déroulement du conflit au Rwanda depuis octobre 1990 et les circonstances du génocide et des massacres perpétrés en 1994; les membres du groupe n'ont d'ailleurs fait qu'aborder ces points dans le cadre de l'exposé historique qui accompagne leur analyse des réalisations de la coopération suisse. Le groupe d'étude a en l'ocurrence travaillé en toute indépendance et les opinions présentées dans son rapport n'expriment pas le point de vue des autorités fédérales sur les événements survenus au Rwanda ou sur la situation actuelle dans ce pays. Il n'appartient dès lors au Conseil fédéral ni de les commenter, ni de les justifier ou de les récuser.

Quelle contribution la Suisse doit-elle apporter pour que justice soit faite à l'encontre des responsables du génocide et que réparation soit accordée aux victimes ou à leurs survivants ?

Le soutien suisse actuel au Rwanda est marqué par des réalisations concrètes, notamment dans les domaines de la justice, de la santé et de l'agriculture, qui interviennent également en faveur des rescapés du génocide et des massacres. Dans le domaine de la justice, la Suisse participe depuis la fin de l'année 1994 au rétablissement du système judiciaire du Rwanda en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement, le CICR et des ONGs dans les domaines de la restauration d'un centre de formation, de l'organisation de la formation pour des magistrats juristes et non-juristes, des greffiers de prison et de tribunal, etc. et d'une manière générale en logistique. La Suisse participe en outre avec détermination aux efforts engagés par la communauté internationale pour juger et condamner les responsables du génocide et des violations du droit humanitaire international commis au Rwanda en 1994. Elle soutient depuis 1994 le Tribunal Pénal International par la mise à disposition d'enquêteurs et d'experts, par l'octroi de contributions financières et par une coopération étroite dans les procédures engagées à l'encontre de suspects arrêtés. Jusqu'à présent, sur la base du droit national, la justice militaire suisse a entemé deux procédures pénales contre des pertsonnes soupçonnées de violations du droit international humanitaire en relation avec le génocide commis au Rwanda. Suite à la demande du Tribunal Pénal International pour le Rwanda et à la décision de la cour militaire de cassation du 8 juillet 1996, une de ces procédures a été portée devant ce tribunal.

Selon quelles modalités et dans quel esprit la Suisse entend-elle collaborer avec le gouvernement actuel du Rwanda ?

Le soutien actuel de la Suisse au programme de réconciliation nationale, de réhabilitation et de développement mis en oeuvre par le gouvernement rwandais s'inscrit dans la continuité des efforts suisses depuis 1990 en faveur d'une solution durable à la crise qui a affecté le Rwanda, de la promotion de l'Etat de droit, du respect des droits de l'Homme et des progrès en matière de démocratisation dans ce pays. Il est en effet incorrect d'assimiler toute l'ancienne classe dirigeante rwandaise aux responsables du génocide, alors que plusieurs membres du gouvernement de transition du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana, y compris Madame Uwilingiyimana elle-même, ont été tués par les auteurs du génocide et des massacres de 1994 et qu'en outre des personnalités ayant occupé des fonctions ministérielles dans les gouvernements de transition mis en place depuis 1992 au Rwanda occupent aujourd'hui également des fonctions ministérielles dans le gouvernement d'unité nationale qui s'est constitué à Kigali en juillet 1994. Le processus de démocratisation au Rwanda et les efforts de promotion de l'Etat de droit dans ce pays sont antérieurs aux événements de 1994. Des Rwandaises et des Rwandais se sont engagés dès 1990 en faveur des progrès dans ces domaines, avec l'appui de certains partenaires extérieurs, dont la Suisse.

L'aide humanitaire, l'appui à la reconstruction et le soutien aux mesures visant à renforcer l'Etat de droit et le respect des droits de l'Homme sont depuis l'été 1994 les piliers de l'important effort de la Suisse en faveur du Rwanda; ils seront consolidés et poursuivis. La situation à l'intérieur du pays est instable et ne se prête pas à des efforts durables de coopération au développement qui nécessitent des structures solides et des visions à long terme du gouvernement et de la société; des programmes limités visant à satisfaire des besoins immédiats sont envisagés. Le Conseil fédéral se prononcera le moment voulu sur la forme et le contenu de l'effort suisse en faveur du Rwanda, en particulier dans le domaine de la coopération au développement.


(ATS 1.2) Une délégation du Parlement suisse, comprenant trois radicaux, une démocrate-chrétienne et un socialiste, s'est rendue le 26 janvier au Rwanda. Elle s'est notamment penchée sur le problème de la justice, et n'a pas pu se rendre dans le nord-ouest du pays. Tirant un bilan "mitigé" de cette visite, le Conseiller national (député) radical genevois Peter Tschopp, membre de la délégation, a estimé que la Suisse devait poursuivre son aide "mixte" actuelle, à la fois humanitaire et porteuse de projets à long terme, mais que la reprise de l'aide au développement (interrompue par le génocide de 1994) était empêchée par l'insécurité régnant encore dans une bonne partie du pays.


QUI SONT LES BANYAMULENGE ?

1. QUI SONT LES BANYAMULENGE ?

Selon diverses sources historiques, les premiers groupes ancestraux des Banyamulenge sont arrivés ils y a 200 ans dans la région qui deviendra plus tard le Congo Belge, puis le Zaïre, et finalement la République démocratique du Congo. Le groupe s'est constitué à partir de quatre groupes d'origines : un premier groupe originaire du Rwanda, un deuxième en provenance du Burundi, un troisième de Tanzanie et un quatrième groupe composé d'esclaves issus de tribus locales (Bashi, Bafulero et Batetela) qui ont progressivement été incorporés comme membres à part entière.

Les Banyamulenge habitent la province du Sud-Kivu et, en 1996, à la veille de la première congolaise, leur nombre était estimé à 400'000 personnes.

Comme on peut le déduire de leurs origines diverses, les Banyamulenge ne sont pas tout d'origine tutsie, même si une majorité affirme avoir des ancêtres dans ce groupe éthnique. De plus, culturellement parlant, la division entre les concepts éthniques de "Tutsi" et de "Hutu" n'a pas pour eux la même signification qu'au Rwanda et au Burundi. En fait, les Banyamulenge centrent leur identité sur les concepts identitaires de "Banyamulenge" et de "Congolais" plutôt que sur celui de "Tutsi".

2. QUELS ONT ÉTE LEURS PRINCIPAUX PROBLÈMES EN RDC ?

a. Sous le régime de Mobutu

Au cours des deux dernières décennies du régime Mobutu, les Banyamulenge ont été la cible de discrimination éthnique systématique : en dépit du fait qu'ils étaient reconnus historiquement comme une des tribus natives du Congo, c'est-à-dire comme l'un des groupes établis sur le territoire congolais avant 1885, ils se sont vu nier leurs droits civiques, comme celui d'être élu au Parlement, d'être ministre, etc., et au début de 1996 on leur a enlevé leur citoyenneté congolaise, et le régime de Mobutu a décidé de les expulser à l'étranger, spécifiquement au Burindi et au Rwanda. C'est ce qui explique qu'en août 1996, un groupe de jeunes Banyamulenge (dont certains reçurent une formation militaire au Rwanda, alors que les autres désertèrent d'unités militaires uaïroises) prirent les armes pour combattre le régime Mobutu. Deux mois plus tard, ils furent rejoints par Laurent-Désiré Kabila qui, en mai 1997, devint le nouveau président du Congo, après la défaite des troupes de Mobutu.

Au cours de cette guerre, les Banyamulenge ont été appuyés par les troupes rwandaises pour deux raisons principales : certains Banyamulenge avaient combattu avec le Front Patriotique Rwandais, contribuant à sa prise du pouvoir à Kigali en 1994, et au lendemain de sa victoire, l'armée du FPR (l'APR) se trouva engagée dans une poursuite des combats contre les reste de l'armée rwandaise génocidaire (FAR) et les milices Interahamwe, qui lançaient des attaques à partir du territoire congolais, depuis les provinces du nord et du sud Kivu.

b. Sous le régime Kabila

On devrait garder à l'esprit que malgré de sérieuses réserves exprimées par les Banyamulenge, Laurent-Désiré Kabila fut placé à la tête de la rébellion par l'Ouganda et le Rwanda. Les Banyamulenge n'avaient en effet pas oublié les crimes commis contre eux au cours de la rébellion muléliste des années 1960.

Une fois arrivé au pouvoir en mai 1997, Kabila a nommé des officiers rwandais à des postes de commandement stratégique au sein des forces armées congolaises (FAC) : le colonel rwandais James Kabarebe devint le chef d'état-major des FAC (poste qu'il occupa de mai 1997 à juillet 1998). Les officiers Banyamulenge qui avaient pourtant joué un rôle clef au cours de la campagne militaire des différents pays de la région contre le régime Mobutu, ne seront pas promus, à cause de l'agenda secret du Rwanda au Congo. A l'époque, à cause des positions stratégiques qu'ils détiennent dans l'appareil militaire congolais, les Rwandais estiment qu'il leur sera possible de manipuler le régime de Kabila pendant longtemps. Le gouvernement rwandais est pleinement conscient que les Banyamulenge, tant les militaires au sein de l'armée congolaise que les dirigeants politique, sont opposés à cette politique de manipulation secrète. Cette opposition au contrôle de fait exercé par le Rwanda sur une partie de l'appareil d'Etat congolais, explique pourquoi aucun officier Banyamulenge ne fut promu au sein des FAC entre le mois de mai 1997 et le mois d'août 1998.

En juillet 1998, alors que Laurent-Désira Kabila tente de prendre le contrôle total de l'appareil d'Etat, on assiste à une détérioration rapide des rapports entre le régime congolais et les Rwandais. Les troupes rwandaises se voient finalement signifier un ordre d'expulsion du Congo. Lorsque la deuxième guerre éclatera finalement, en août 1998, la principale cible de l'armée congolaise sur l'ensemble du territoire national fut (et demeure à ce jour) les Banyamulenge (civils et militaires confondus). Kabila et certains de ses ministres iront jusqu'à inciter le peuple congolais à "tuer tous les Tutsis" (Banyamulenge et autres Tutsis). Subséquemment, des milliers de personnes assimilées à un groupe éthnique sur la seule base de leur faciès furent tuées ou emprisonnées. Dans certains cas, cela mènera au meurtre de personnes n'ayant rien à voir avec les Banyamulenge ou les Tutsis, comme des Peuls d'Afrique de l'ouest dont le seul tort fut d'avoir été présents à Kinshasa au moment de ces événements.

3. LE DIFFÉREND ENTRE LES BANYAMULENGE ET LES RWANDAIS SUR LA QUESTION CONGOLAISE

Le premier différend entre les Banyamulenge et les Rwandais remonte à décembre 1996, lorsque l'APR, sous prétexte de "raisons de sécurité", planifie le déplacement de l'ensemble de la population Banyamulenge du Sud Kivu vers le Rwanda. Pour certains Banyamulenge, ceci équivaut à une "déportation" forcée, à laquelle s'opposeront de nombreux officiers Banyamulenge qui seront arrêtés et emprisonnés au Rwanda pendant neuf mois sans autre forme de procès. Parallèlement, les dirigeants Banyamulenge qui s'opposeront à ce plan seront purgés des structures politiques de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération (ADFL, coalition au pouvoir à Kinshasa). ceux qui sont proches de Kabila seront les seuls qui accepteront d'être manipulés par les Rwandais. A l'heure actuelle, c'est également le cas de ceux qui détiennent des postes au sein du RCD-Goma (coalition d'opposition à Kabila), présentement dirigé par le Dr Emile Ilunga.

En fait, lorsqu'éclate la deuxième guerre congolaise en août 1998, des dirigeants Banyamulenge, auxquels se joignent d'autres Congolais, décident de la création d'un parti politique complètement indépendant du Rwanda et de tout autre pays étranger. Les FRF (Forces républicaines et fédéralistes) furent malheureusement rapidement sabotées par les services de renseignement rwandais, et ses dirigeants forcés de s'exiler en Europe, mais le parti jouit encore d'appuis très importants parmi la population, particulièrement dans la province du Sud-Kivu où les rebelles du RCD-Goma, eux, n'ont aucun appui populaire. Tous les efforts en faveur d'une réconciliation par les dirigeants des différents groupes éthniques du Sud-Kivu et d'autres régions dans l'est de la RDC, ont été systématiquement sabotés par les militaires rwandais basés dans cette région du Congo, ainsi que par le régime de Kabila.

En résumé, les Banyamulenge sont opposés à la politique du gouvernement rwandais, qui consiste en RDC à dominer le peuple congolais et à piller ses ressources naturelles (minières et forestières). Cette position s'applique aussi aux autres pays, comme l'Angola, l'Ouganda et le Zimbabwe qui ont, dans les faits, la même politique que le Rwanda. Les Banyamulenge et tous les autres groupes éthniques de la RDC qui ont directement fait les frais de la réalité de la politique étrangère de ces pays dans les territoires occupés de l'est et du nord du pays, ou dans les régions minières du Katanga et du Kasaï -où les alliés de Kinshasa ont obtenu un accès sans limite aux diamants et aux autres ressources minières- sont arrivés à la même conclusion : toutes les puissances étrangères doivent se retirer de la RDC et un processus de réconciliation nationale doit être mis en oeuvre.

La communauté internationale doit venir en appui à ce processus et un Tribunal pénal international doit être créé avec un mandat couvrant la période allant de 1993 au temps présent, afin que ceux qui sont coupables de crimes contre l'humanité puissent être traduits devant la justice pour mettre fin au cycle de la violence et pour permettre aux collectivités et aux individus d'Afrique centrale de mettre cette période de souffrance et de mort derrière eux.

Quelques associations rwandaises et helvéto-rwandaises en Suisse


ABISHEMA Femmes d'origine rwandaise Case postale 1145 CH-1201 Genève
ASR Association Suisse-Rwanda Case postale 99 CH.1211 Genève 13
CORS Communauté Rwandaise de Suisse Case postale 170 CH-1211 Genève 28
IBUKA Mémoire et Justice Case postale 2246 CH-1211 Genève 2






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