La visite en Algérie du chef de la diplomatie française le 13 février 2001, même si elle ne porte sans doute que sur des questions d'ordre international, ne manque pas de prendre une signification particulière dans le contexte actuel. Ce voyage, qui suit de près celui de deux autres ministres français - la secrétaire d'État au tourisme et le ministre de l'Intérieur - suscite de nombreuses interrogations.
L'Algérie est depuis neuf ans le théâtre d'une guerre effroyable et de violations massives des droits humains : des milliers de personnes ont été enlevées et sont portées disparues ; la torture est pratiquée de manière systématique par les forces de sécurité ; des massacres à grande échelle officiellement attribués aux groupes armés islamistes sont perpétrés à l'encontre de populations civiles. Cette guerre aurait déjà fait 200 000 morts et on compterait selon les sources 10 000 à 20 000 disparus. Près d'un demi-million de personnes ont fui le pays et, à l'intérieur, l'exode massif provoqué par l'insécurité et les déplacements forcés de population, sont encore plus importants. De nombreux témoignages ont permis d'établir qu'une grande partie de ces violations était le fait des forces de sécurité. Par ailleurs, les populations civiles ne sont pas protégées, les responsables de ces crimes ne sont pas poursuivis et aucune enquête judiciaire sérieuse n'a jamais été diligentée.
De plus en plus d'éléments accréditent l'hypothèse d'une implication au plus haut niveau des autorités dans les massacres et les disparitions forcées. Deux livres parus en octobre 2000 et février 2001 font ainsi état de graves accusations à l'encontre du commandement de l'armée. Le premier, Qui a tué à Bentalha ?, dont l'auteur, Nesroulah Yous, est un rescapé de l'un des plus monstrueux carnages de l'été 1997, relate en détail les circonstances de cette tuerie. Malgré la présence à proximité d'unités de l'armée, celles-ci ne sont pas intervenues pour neutraliser les assaillants et protéger la population. De nombreux indices montrent que ce massacre n'a pu avoir lieu sans l'implication active d'une partie des forces de sécurité.
Dans le second témoignage, celui de Habib Souaïdia, il s'agit cette fois de preuves directes et précises de cette implication. Cet ancien officier des forces spéciales, engagé de 1992 à 1995 dans la lutte anti-terroriste, décrit dans son livre, La sale guerre, les méthodes employées par l'armée dans ce qui se révèle être une véritable stratégie de la terreur : rafles, ratissages, tortures et exécutions sommaires de présumés islamistes voire de simples civils, massacres de villageois attribués ensuite aux groupes armés&
Avec ces témoignages, l'hypothèse d'une implication de la haute hiérarchie de l'armée dans des crimes contre l'humanité et dans l'entretien de la terreur islamiste est suffisamment étayée pour que l'exigence d'une commission d'enquête internationale, rejetée depuis des années par la communauté internationale, ne soit plus discutable. Car il est pour le moins fallacieux de ne pas reconnaître des faits établis par de si nombreux témoignages, sous prétexte qu'il n'existe pas de preuve juridique. Comment fournir, en effet, des preuves en l'absence d'enquête crédible ? Et comment engager une enquête indépendante et impartiale dans un État de non-droit ? De ce point de vue, le cas algérien n'a rien de spécifique, et il y a lieu de lui appliquer les mêmes principes du droit international que ceux qui ont été mobilisés contre d'autres dictatures de ce type (Chili, Argentine, Salvador, Guatemala, Serbie, etc...)
Comme pour ces pays, la démocratie et l'État de droit ne seront possibles en Algérie que si l'on arrive à une solution politique du conflit, passant par un dialogue selon des règles clairement établies, n'excluant aucun des courants politiques qui rejettent la violence. Les différentes démarches adoptées par le pouvoir algérien, dont la dernière en date est la « concorde civile », au lieu de répondre à cette exigence, ont ajouté à la confusion et à l'opacité, entretenu les tensions et la violence et consacré l'impunité.
Face à cette situation d'une gravité extrême, les habituelles condamnations frileuses de la violence et les déclarations d'ordre général sur le respect des droits de l'homme ne sont plus de mise. Il ne suffit pas aujourd'hui de se contenter de « pressions diplomatiques feutrées », il faut de façon impérative arrêter le bain de sang. Et pour cela obtenir le châtiment pénal de ceux, quels qu'ils soient, qui en sont responsables.
Le gouvernement français n'a-t-il pas trop longtemps soutenu la politique algérienne, qui, sous couvert de lutte anti-terroriste, n'est rien d'autre que l'éradication, tant politique que physique, de toute opposition, se traduisant dans les faits par l'extermination de populations civiles ? La France a joué un rôle décisif dans la mise en place de la machine de guerre en Algérie : non seulement elle s'est engagée en 1994, au moment des pourparlers sur la dette extérieure, pour que celle-ci soit allégée et rééchelonnée (notamment au niveau du Club de Paris, de Rome et du FMI), permettant ainsi, en l'absence de conditionnalités politiques, de financer la « guerre totale » ; mais elle a également fourni des armes sophistiquées à l'Algérie et formé des officiers aux techniques de la guerre électronique, ainsi que des troupes d'élite pour les interventions rapides, celles-la même qui seraient impliquées, selon Habib Souaïdia, dans les tueries et les exactions les plus terribles.
Par ailleurs, la signature en janvier dernier entre l'Union européenne et l'Algérie, d'une convention relative à la lutte anti-terroriste, avant même que n'ait abouti la négociation d'un accord d'association englobant le respect des droits de l'homme et la promotion des principes démocratiques, montre bien que l'Algérie continue de bénéficier d'un traitement spécifique, en contradiction avec les principes de la Déclaration de Barcelone.
Alors qu'en France un large débat s'est enfin amorcé au sein de l'opinion au sujet de la torture systématique durant la guerre de libération algérienne, établissant la responsabilité des plus hautes sphères politiques françaises de l'époque qui l'avaient cautionnée comme mesure de « rétablissement de l'ordre public », aujourd'hui, cette même classe politique cautionne les plus graves violations des droits humains sur la terre algérienne.
Jusqu'à présent, l'administration et la diplomatie françaises ont joué un rôle actif et militant pour empêcher toute condamnation de l'Algérie et s'opposer à l'envoi de rapporteurs spéciaux. Nous sommes à la veille de l'ouverture de la prochaine session de la commission des droits de l'homme des Nations Unies. Au vu de l'ampleur et de la gravité des faits, l'Algérie devrait non seulement être sévèrement condamnée, mais des rapporteurs de l'ONU sur les droits de l'homme devraient impérativement y être dépêchés. Les deux livres publiés à La Découverte ne sont qu'un des éléments d'un lourd dossier, largement documenté par des rapports et témoignages accablants accumulés depuis des années. Pour ne citer que des affaires concernant directement l'Union européenne, l'implication des services algériens est suffisamment étayée par de nombreux témoignages et analyses (enlèvement des fonctionnaires du consulat français à Alger ; assassinats des moines de Tibehirine, des sept marins italiens, de Mgr Claverie ; révélations de la justice britannique sur l'implication des services algériens dans des actions terroristes en Europe ; procès controversés en France des présumés terroristes islamistes, etc.) pour que l'on s'interroge sur le silence et la passivité des autorités des États membres.
Le voyage du ministre français des Affaires étrangères à la veille de la session de la commission des droits de l'homme risque de servir encore une fois à cautionner un régime coupable des plus graves crimes, à étouffer les efforts de tous ceux qui se battent pour que la vérité éclate enfin et que paix et justice soient faites en Algérie. Alors même que les autorités algériennes crient à l'ingérence lorsqu'il s'agit de leur demander de respecter leurs engagements en matière de respect des droits de l'homme, elles n'hésitent pas à utiliser l'aide et le soutien de leurs partenaires étrangers pour imposer leur politique d'éradication et de déni du droit.
Nous tenons à interpeller avec fermeté le gouvernement français pour lui dire que nous sommes nombreux, en Algérie, en France et en Europe, à considérer que sa politique algérienne ne relève plus de relations ordinaires entre deux États, mais d'une véritable complicité de crimes contre l'humanité.
Nous aurions, me semble-t-il " contre l oubli ", un premier devoir : pensons d abord aux victimes, rendons-leur la voix qu'elles ont perdue.
Pensons d abord a la destinee - chaque fois unique et irremplacable - de ceux et de celles a qui on a denie le droit a la parole et au temoignage et qui ont eu a souffrir l' injustice dans leur vie, parfois dans leur honneur.
Pensons a la machine qui les a ainsi broyes, a l'ignominie de certains individus, de certaines forces sociales, de certains appareils etatiques ou policiers. A chacune des victimes, toujours au singulier, a tous ces " disparus ", nous devons epargner ce surcroit de violence : l'indignite, l'ensevelissement du nom ou la defiguration du souvenir.
Mais un autre devoir, je le crois, est indissociable du premier : en reparant l injustice et en sauvant la memoire, il nous revient de faire oeuvre critique, analytique et politique. En general et cette fois au-dela des singularites exemplaires. Les crimes en question, les censures, les amnesies, les refoulements, la manipulation ou le detournement des archives, tout cela signifie un certain etat de la societe civile, du droit et de l Etat dans lesquels nous vivons. Citoyens de cet Etat ou citoyens du monde, au-dela meme de la citoyennete et de l Etat-nation, nous devons tout faire pour mettre fin a l inadmissible. Il ne s agit plus seulement alors du passe, de memoire et d oubli. Nous n accepterons plus de vivre dans un monde qui non seulement tolere les violences illegales mais viole la memoire et organise l amnesie de ses forfaits. Notre temoignage critique doit transformer l espace public, le droit, la police, la politique de l archive, des media et de la memoire vive. Et il doit le faire en passant les frontieres nationales.
(APS 8.5) Le message du président Bouteflika à l'occasion du 57ème anniversaire du 8 mai 1945 :
(AFP 27.4, 28.4, 29. 4, 30.4, 1.5) Une polémique franco-algéro-britannique a éclaté à propos des conditions d'embarquement des passagers des compagnies aériennes Air Algérie et British Airways à l'aéroport parisien de Roissy. British Airways (30 vols quotidiens depuis Roissy) avait décidé le 25 avril de fermer ses comptoirs et de ne plus cotoyer Air-Algérie (3 vols quotidiens depuis Roissy) pour des "raisons de sécurité", alors que la direction des aéroports de Paris considère que les conditions de sécurité sont "satisfaisantes" tant pour les Britanniques que pour les Algériens. De source "aéroportuaire bien informée", selon l'AFP, on affirme que l'action britannique a des "racines commerciales". On rappelle également que seuls 13 des 30 vols quotidiens de British Airways se situent pendant la "plage horaire" des vols d'Air Algérie. British Airways et l'Association des compagnies aériennes de Roissy-Charles de Gaulle ont introduit une action en justice pour obtenir la "suspension provisoire" de la décision française d'affecter un emplacement à Roissy à la compagnie Air Algérie, et l'installation de la compagnie algérienne en "zone de haute sécurité" en raison de "risques créés à leurs passagers par le manque de sécurité" induit par la proximité de l'embarquement algérien. Le tribunal administratif de Versailles auprès de qui l'action a été introduite s'est déclaré le 29 avril "incompétent territorialement" et a renvoyé la requête britannique devant le Conseil d'Etat -la plus haute instance administrative française. British Airways a "regretté" cette décision et déclaré vouloir "poursuivre son action". La compagnie britannique a annoncé qu'elle envisageait de transférer tous ses services de l'aéroport de Roissy à celui d'Orly. En attendant, la compagnie britannique ferme ses comptoirs d'enregistrement et de billetterie pendant les heures d'enregistrement des vols d'Air Algérie. Air Algérie a dénoncé la démarche "politique" et l'"ostracisme" de British Airways, qu'elle accuse de prendre les Algériens pour des "lépreux" : "Je comprends que les Lords anglais soient choqués de côtoyer les immigrés", a déclaré l'avocat de la compagnie algérienne, qui a souligné qu'"à Londres, capitale des tueurs du GIA, la sécurité est la même pour tous". Le ministère français des Transports a pour sa part estimé que "toutes les mesures nécessaires ont été prises pour assurer la sécurité des vols d'Air Algérie et des compagnies aériennes partageant le même terminal", et les autorités françaises rappellent que les vols d'Air Algérie à Londres ne bénéficient pas de mesures de sécurité particulières. Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia et le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères ont rappelé quant à eux que les Avions d'Air Algérie se posent trois fois par semaine à Londres. Le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf a exprimé le 30 avril son "étonnement" à l'Ambassadeur britannique à Alger, au sujet de la position de British Airways que le ministre algérien a qualifiée de "ni fondée, ni motivée". British Airways a reçu le 30 avril le soutien inattendu du syndicat chrétien français de l'aviation civile (CFTC), qui a affirmé que les règles de sûreté et de sécurité n'étaient pas "appliquées avec la rigueur nécessaire" pour le traitement d'Air Algérie à Roissy, et que "la vie des passagers, des employés de cette compagnie, des compagnies voisines et des personnels aéroportuaires" était menacée. Le 1er mai, British Airways s'est interrogée sur les "motivations" des autorités françaises, que la compagnie britannique accuse de s'opposer à toutes les mesures que la compagnie britannique veut prendre "pour assurer la sécurité de (ses) passagers). Le même jour, la compagnie américaine TWA, qui partage le même "satellite" d'embarquement/débarquement qu'Air Algérie, a décidé de faire embarquer et débarquer ses passagers "au large" du satellite, en déclarant se conformer ainsi aux "nouvelles instructions de sécurité" reçues de l'administration américaine de l'aviation civile.
(AFP 7.5) Le tribunal administratif de Melun a rejeté le 7 mai la requête de British Airways demandans la suspension de la décision des Aéroports de Paris d'autoriser Air Algérie à installer un comptoir dans l'aérogare 1 de Roissy. Le président du tribunal a estimé que British Airways n'avait pas prouvé qu'elle pouvait subir des conséquences irréversibles du fait de cette décision. Le même jour, le gouvernement français a confirmé le maintien d'Air Algérie à l'emplacement contesté par British Airways et a réaffirmé que "toutes les mesures appropriées" avaient été prises pour y assurer la sécurité "pour l'ensemble des usagers" de l'aéroport.
(Reuter 17.6) La compagnie aérienne britannique British Airways a annoncé le 17 juin la conclusion d'un accord avec les Aéroports de Paris. Cet accord permet à la compagnie d'enregistrer ses passagers dans des locaux provisoires au terminal de l'aéroport de Roissy, et met fin au conflit qui opposait British Airways aux autorités françaises depuis la réouverture des lignes régulières d'Air Algérie vers et de Paris : la compagnie britannique avait fermé ses comptoirs à Roissy pendant l'enregistrement des passagers des vols d'Air Algérie, sous prétexte de mesures de sécurité insuffisantes.
(Le Monde, 16.9) Dans un entretien avec "Le Monde", le Premier ministre français Lionel Jospin a exprimé à la fois sa solidarité avec les démocrates algériens et sa conviction que la France officielle ne peut pas intervenir directement en Algérie :
"Même si nous ressentons un sentiment d'horreur et de compassion devant ce qui se passe en Algérie, avons-nous toujours à nous sentir coupables ? La France n'est plus responsable de ce qui meurtrit l'Algérie aujourd'hui. Au plan officiel, le gouvernement français est contraint dans son expression. Prendrait-il des initiatives qu'elles ne seraient pas reçues, nous le savons. Nous devons pourtant répéter (...) qu'un processus de démocratisation est indispensable à l'Algérie (...).
C'est de la société française elle-même que doivent venir, avec plus de force, des gestes et des signes. Le Parti socialiste, les autres formations politiques, les associations, les universités, les intellectuels, doivent nouer plus de liens, pratiquer un dialogue plus intense et étroit avec les forces démocratiques de la société algérienne. Notre politique d'asile politique, d'accueil de ceux qui sont menacés, doit prendre en compte le malheur qui frappe nos voisins. C'est ce que permettra la législation nouvelle préparée par le gouvernement. Ceux qui se battent pour la liberté et la démocratie ne doivent pas se sentir isolés; ne jamais les abandonner, c'est la vocation et le devoir de la France."
Le 29 septembre, Lionel Jospin a précisé à la télévision sa position à propos de la crise algérienne, en déclarant que si "nous voyons bien une terreur affreuse, une violence scandaleuse qui se développe contre les populations, (il) est extrêmement difficile d'identifier ce qui se passe". Pour le Premier ministre français, on ne se retrouve pas en Algérie comme "au moment du Chili de Pinochet" dans une situation "où des démocrates lutteraient contre un pouvoir dictatorial", mais dans une situation où "une opposition fanatique et violente (lutte) contre un pouvoir qui lui-même utilise d'une certaine façon la violence et la force de l'Etat". Lionel Jospin a considéré que les responsables français se devaient d'être "assez prudents", mais a lancé un appel à la "solidarité" et à l'assouplissement "pour tous ceux qui craignent pour leur vie en Algérie" de la politique française des visas.
Les réactions de la presse algéroise du 1er octobre aux déclarations de Lionel Jospin ont été généralement défavorables, "El Moudjahid" dénonçant "Jospin la gaffe", à qui "El Watan" reproche de ne pas savoir ou ne pas vouloir savoir "qui tue" en Algérie. En France, le leader de l'opposition de droite, le gaulliste Philippe Séguin, a déclaré le 30 septembre qu'il n'était pas "équitable de renvoyer dos-à-dos les terroristes et le gouvernement algérien", alors que le Parti socialiste exprimait sa "satisfaction" après les propos du Premier ministre, et rappelé son souhait de "porter le problème algérien au plan international".
(Le Monde 3.10) La Commission nationale consultative (française) des droits de l'Homme a adopté (par 25 voix contre 10 et une abstention) le 1er octobre un avis sur la "situation des droits de l'Homme en Algérie", non sans que le représentant du ministère de l'Intérieur, présent à la réunion de la Commission, ne l'ait invitée à la "prudence". L'avis de la Commission exprime une double dénonciation de l'"opposition fanatique" des islamistes armés et de la "violence de l'Etat". La Commission met en cause à la fois les "atrocités" commises par les premiers, et les "violations graves et massives de droits de l'Homme" dont se rend également coupable, selon elle, le pouvoir en place. Un paragraphe décrivant la population civile comme étant "prise en otage" par ces deux violences, et un autre invitant les autorités algériennes à mettre fin aux "exécutions extrajudiciaires, aux "disparitions", aux assassinats politiques, à la torture et aux mauvais traitement", ont été retirée du texte final. Celui-ci contient cependant deux demandes au gouvernement français, l'une de soutenir les démarches des organisations internationales rattachées aux Nations Unies et qui souhaitent pouvoir enquêter sur place, l'autre de demander à ses partenaires de l'Union européenne d'envoyer des observateurs aux procès qui ont lieu en Algérie. La Commission propose en outre au gouvernement français de subordonner la "conclusion de tout accord entre l'Union européenne et la République algérienne" à l'obtention de "garanties" sur la question des droits de l'Homme, et de décider un "moratoire" sur les reconduites en Algérie de ressortissants algériens expulsables de France.
Paris, 17 octobre 1961
Jugé à Bordeaux pour complicité de crime contre l'humanité, c'est-à-dire pour son rôle d'exécutant zélé du génocide perpétré contre les juifs par les nazis, Maurice Papon s'était également par la suite illustré dans la répression féroce du mouvement national algérien et des opposants français à la guerre d'Algérie. Papon est d'ailleurs passé presque sans transition de la collaboration au génocide des juifs à la participation au massacre des Algériens : sa "carrière algérienne" commence en effet quelques mois après la fin de la deuxième guerre mondiale :
- 26 novembre 1945 : Papon est nommé sous-directeur de l'Algérie au ministère de l'Intérieur
- 1949-1951 : Papon est préfet de Constantine.
- Fin 1951 : Papon est secrétaire général de la préfecture de police. Il sera à ce poste lorsque le préfet Baylot fera tirer, le 14 juillet 1953, sur une manifestation pacifique de nationalistea algériens.
- mai 1956 : Papon retourne à Constantine comme préfet et inspecteur général de l'administration pour la région de l'est algérien (Igame). A Constantine fonctionne un centre d'interrogatoire commun à l'armée et à la police, installé dans la "ferme Ameziane". On y torture.
- mai 1958 : Papon est préfet de police de Paris. Il interdit meetings, livres, revues, spectacles et manifestations dénonçant la torture en Algérie. Il met en place une force de police auxiliaire composée de harkis, qui pratiquent à Paris les mêmes méthodes de torture qu'en Algérie. Il impose un couvre-feu à la population algérienne. Le 17 octobre 1961, le FLN organise une manifestation contre ce couvre-feu et Papon y répond par une répression massive, brutale et meurtrière : 11'500 personnes sont arrêtées, 300 sont massacrées jusque sous les yeux de Papon, dans la cour de la préfecture de police, ou précipitées ddans la Seine du haut des points. Papon fait saisir la revue de Sartre, "les Temps modernes" qui dénonce un "pogrom".
- Le 8 février 1962, ce sont neuf manifestants français qui sont tués lors d'une charge de police métro Charonne, alors qu'ils manifestaient contre l'OAS.
Papon restera préfet de police jusqu'en décembre 1996. Il "tombera" de cette charge à cause de l'affaire Ben Barka, mais sera en compensation nommé président de Sud Aviation en janvier 1967. Elu député en juin 1968 et maire de Saint-Amand en mars 1971, il finira ministre du Budget en avril 1978 dans le gouvernement de Raymond Barre.
(TG 16.10. APS 16.10) Le rôle de Maurice Papon, jugé à Bordeaux pour sa complicité dans les crimes contre l'humanité commis sous l'occupation nazie, dans la répression sanglante exercée contre les Algériens pendant la guerre d'Algérie, a été longtement évoqué lors de son procès le 15 octobre. Préfet de Constantine de 1949 à 1952, inspecteur général de l'administration dans l'est algérien de 1956 à 1958, préfet de police de Paris ensuite, Papon a été un instrument docile et efficace de la "sale guerre" menée par la France officielle contre les Algériens dès 1954, comme il l'avait été du génocide perpétré contre les juifs par les nazis. "Les objectifs que m'avait fixé le gouvernement ont été atteints", déclare Papon en parlant de sa période de fonction en tant que préfet de police de Paris. S'agissant du massacre du 17 octobre 1961 (300 Algériens tués à Paris dans la répression d'une manifestation pacifique contre le couvre-feu imposé aux Algériens), Papon a accusé les "activistes du FLN" de s'être "débatassés de dissidents". A Alger, les anciens combattants de la lutte pour l'indépendance ont organisé le 15 octobre une conférence historique sur les manifestations du 17 octobre 1961.
(APS 18.10) Un groupe de travail a été mis sur pied à Alger par les organisations d'anciens combattants de la guerre d'indépendance, afin de préparer un projet de loi sur l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité, concernant tout particulièrement les actes commis pendant la Guerre d'Algérie.
(AFP 17.10, APS 18.10) Le ministre français de la Culture et de la communication Catherine Trautmann a annoncé le 16 octobre l'ouverture des archives nationales françaises (sauf les archives militaires, du moins dans un premier temps) concernant le massacre du 17 octobre 1961. Le 17 octobre, précisément, environ 3000 personnes se sont rassemblées sur le pont Saint-Michel à Paris pour commémorer le 36 ème anniversaire de ce massacre, et rappeler notamment la responsabilité de Maurice Papon, qualifié par les manifestants de "tueur de juifs et d'Algériens", dans le massacre.
(Le Monde 19.10) Le ministre français de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement a décidé de créer une "mission" sur les archives concernant la répression sanglante de la manifestation d'Algériens du 17 octobre 1961 à Paris. Il s'agit d'une "mission d'analyse et de synthèse du contenu des archives de la préfecture de police de Paris et des services qui lui sont rattachés", mission confiée au Conseiller d'Etat Dieudonné Mandelkern.
(El Moudjahid, 16.10) La "Fondation du 8 mai 1945" a déposé plainte contre Maurice Papon pour crimes contre l'humanité, en raison de son rôle en tant que préfet de Constantine dans la politique de déplacement de population et d'insuatration de zones interdites, en en tant que préfet de police de Paris dans le massacre du 17 octobre 1961. "El Moudjahid" publie une "liste nominative incomplète" de 73 morts et de 77 disparus lors de ce massacre.
(Libération 22.10) Le quotidien français "Libération" a publié le 22 octobre une liste de plusieurs dizaines de noms d'Algériens retrouvés morts après le massacre du 17 octobre 1961. Cette liste a été établie à partir des registres du Parquet de Paris et confirme une manoeuvre du préfet de police Papon tendant à dissimuler l'ampleur du massacre (la thèse officielle affichant un bilan de trois morts). Papon avait obtenu l'ouverture de 27 informations judiciaires pour pouvoir bloquer l'enquête d'une commission parlementaire réclamée par l'opposition. Les 27 informations judiciaires ont toutes abouti à des non-lieux, après quoi l'affaire fut étouffée et Papon put affirmer que les morts étaient des victimes de règlements de comptes entre Algériens.
(APS 13.11, 16.11) Une consultation d'experts afin de situer la responsabilité de Maurice Papon (alors Préfet de police de Paris) dans les massacres d'Algériens commis à Paris en octobre 1961 aura lieu fin novembre à Alger. Y participeront des juristes, des historiens et des représentants des victimes. Organisée par la Fondation du 8 mai 1945 et l'Observatoire national des droits de l'Homme (ONDH, officiel), cette rencontre aura pour thème la "consultation juridique sur un génocide : les massacres du 17 octobre 1961 à Paris du point de vue du droit français et des conventions internationales sur les crimes contre l'humanité", et est appelée à recueillir des témoignages et des avis servant à la constitution d'un dossier de poursuite. Des rescapés et ayant-droit de victimes des massacres d'octobre 1961 ont annoncé le 15 novembre à Alger leur décision de poursuivre Maurice Papon en justice pour sa responsabilité directe dans ces massacres et pour crimes contre l'humanité. La plainte sera déposée auprès du doyen des juges d'instruction de Paris par les avocats algériens et français des parties civiles.
(AFP, Reuters, Le Figaro 4.5,1998) Selon le rapport réalisé à la demande du Premier ministre Lionel Jospin par le Conseiller d'Etat Dieudonné Mandelkern sur la répression de la manifestation d'Algériens du 17 octobre 1961 par la police parisienne (dirigée par le préfet de police Maurice Papon), des "dizaines de personnes" ont été tuées. Le bilan de la répression, que les rapporteurs ne peuvent préciser du fait de "lacunes sérieuses dans la conservation des archives", serait en tous cas beaucoup plus lourd que le bilan officiel (7 morts), mais inférieur aux centaines de victimes évoquées par le FLN algérien et certains historiquent français. 32 morts, chiffre avancé par le rapport, serait ainsi un bilan minimal. Le rapport indique que du 17 octobre au 31 décembre 1961, les corps de 88 Nord-africains ont été examinés à l'Institut médico-légal de Paris; la date et les causes du décès de 25 de ces 88 personnes "ne permettent pas d'exclure tout lien avec les manifestations". Quant au nombre des blessés, il est "sans doute très largement supérieur au chiffre de 136, donné le 31 octobre 1961 par le ministre de l'Intérieur.
Selon des témoins, dont des policiers, un vaste ratissage opéré par la police aurait abouti à l'arrestation de plus de 11'000 personnes les 17 et 18 octobre, et de plus de 2000 les 19 et 20 octobre. La police a tiré sur les manifestants et en a passé d'autres à tabac. Des dizaines de cadavres ont été repêchés dans la Seine. Selon l'historien Jean-Luc Einaudi, les services spéciaux ont en outre jeté des corps à la mer. 232 Nord-africains, principalement des Algériens, ont été tués en 1961, dont 50 en septembre et près de 90 en octobre. Enfin, selon le témoignage du commissaire de police de Puteaux, 30 des 50 "bidoles" distribués aux policiers de ce seul commissariat ont été brisés à force de bastonnade.
Les auteurs du rapports évoquent eux-mêmes les limites de leur enquête : le rapport de Maurice Papon au ministre de l'Intérieur, au Président de la République et au Premier ministre a disparu des archives, ainsi que des dossiers du service de coordination des affaires algériennes. En outre, l'enquête ne prend en compte que l'ancien département de la Seine, et des corps découverts en aval du fleuve pourraient ne pas avoir été répértoriés. Enfin, le rapport cite une note de Maurice Papon, datant du 5 septembre, ordonnant aux "forces de l'ordre" d'abattre "sur place" les "membres des groupes de choc" algériens "surpris en flagrant crime". Le Conseiller d'Etat Mandelkern conclut son rapport en précisant que celui-ci ne renferme pas "les conclusions définitives d'une enquête sur les évènements", conclusions qui devront être tirées par des "historiens, par le rapprochement et l'analyse approfondies de toutes les sources".
(AP 1.2.1999) L'écrivain Jean-Luc Enaudi, à qui l'ancien préfet de police Maurice Papon a intenté un procès en diffamation après que J.-L. Einaudi ait mis en cause sa responsabilité dans la répression sanglante de la manifestation algérienne à Paris le 17 octobre 1961, a affirmé compter sur ce procès (qui s'ouvrira le 5 février devant la 17ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande instance de Paris) pour tenter de mesurer la responsabilité de Maurice Papon dans ce que l'écrivain a qualifié dans les colonnes du "Monde" de "massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon". Papon demande un million de FF de dommages eet intérêts à Einaudi.
(Reuters, APS, AFP, AP 3.2, 4.2, 5.2 ) Le procès pour diffamation intenté par Maurice Papon à Jean-Luc Einaudi a débuté le 4 février à Paris. Papon réclame 1 million de FF de dommages et intérêts à Einaudi, qui l'a accusé d'être responsable du massacre de 200 à 300 manifestants algériens le 17 octobre 1961 à Paris. Un rassemblement de soutien à Einaudi s'est déroulé au Pont Saint-Michel, à l'appel du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP). Maurice Papon, défendu par l'avocat d'extrême-droite Jean-Marie Varaut, était absent à l'ouverture du procès, au motif d'une "grippe aigüe", et Jean-Luc Einaudi a explicité seul ses accusations, en soulignant que "la responsabilité de Maurice Papon et totale, personnelle et accablante" dans la répression sanglante d'octobre 1961, commise non SUR les ordres, mais SOUS les ordes de Papon, qui a "impulsé, par ses morts d'ordre", les débordements de la police parisienne. "Il y eut à Paris un massacre perpétré par les forces de l'ordre agissant sous les ordres de M. Papon", a réaffirmé Jean-Luc Einaudi. Maurice Il n'y a certes "aucune preuve qu'un tel massacre ait été ordonné" par Maurice Papon (ou qui que ce soit d'autre), mais il s'agit d'un "enchaînement" dans lequel Papon a une responsabilité directe. Papon avait notamment promis lors des obsèques d'un policier tué par le FLN que "pour un coup reçu, nous en porterons dix". Maurice Papon aurait en outre "laissé circuler des rumeurs de policiers blessés par balle" par des manifestants, rumeurs tout à fait infondées mais qui auraient "chauffé à blanc" bon nombre de policiers. Après la répression, qui a "continué à froid" les jours suivant la manifestation, "on a fermé les yeux sur ce massacre". Et Jean-Luc Einaudi a conclu en dénonçant cette "plaie de notre pays : l'indifférence par rapport à la vie des bougnoules". Six historiens français (Charles-Robert Ageron, Claide Liauzu, Madeleine Rebérioux, Annie Rey, Françoise Raison et Pierre Vidal-Naquet) ont appelé le 3 février dans les colonnes de "Libération" les pouvoirs publics à faire en sorte de la guerre d'Algérie "réintègre notre mémoire nationale" et cesse de souffrir de "l'amnésie". Les six historiens regrettent que les prises de position du Président Chirac et du Premier ministre Jospin sur l'antisémitisme de Vichy et les "fusillés pour l'exemple" de 1917 n'aient pas été suivies d'"initiatives analogues" à propos de la Guerre d'Algérie, et dénoncent une "amnistie-amnésie" qui "a interdit jusqu'ici toute recherche sérieuse de la vérité dans les archives nationales". Finalement remis de sa "grippe", Maurice Papon a réfuté le 5 février les accusations d'Einaudi. Reconnaissant que la répression a été "dure", et chiffrant à "une trentaine" le nombre de victimes, Papon les attrribue à des réglements de compte entre le FLN et les autres courants du mouvement national algérien. Papon a en outre affirmé que 11'000 personnes avaient été emmenées dans des autobus "pour les mettre à l'abri dans des centres de rétention". Les dires de Maurice Papon ont été partiellement repris par l'ancien Premier ministre (gaulliste) Pierre Messmer.
(AP 25.3, 26.3) La 17ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Paris a rendu le 26 mars sa décision dans le procès intenté par Maurice Papon, préfet de police de Paris lors de la répression sauvage des manifestations algériennes d'octobre 1961, contre Jean-Luc Einaudi, qui le rendait responsable d'un "massacre" -terme récusé par le Parquet, qui avait toutefois admis la "responsabilité de Maurice Papon", tout en réclamant une "peine de principe" contre Einaudi. Maurice Papon (qui réclamait un million de FF de dommages et intérêts) a été débouté de sa plainte, et Jean-Luc Einaudi relaxé au bénéfice de la bonne foi. Le tribunal a en outre souligné que le bilan de la répression des manifestations algériennes avait été "largement supérieur à celui du bilan officiel" et que "les forces de l'ordre ont agi avec une extrême violence", et a estimé qu'"un historien ne pouvait pas ne pas poser la question de l'engagement de la responsabilité personnelle du préfet de police". "Justice est rendue aux victimes d'octobre 1961, aux victimes de Maurice Papon", s'est félicité Jean-Luc Einaudi, dont l'enquête a été qualifiée par le tribunal de "sérieuse, pertinente et complète".
(Reuters, Le Monde 12.8) Sous le titre "35 ans de mensonge officiel sur les crimes policiers de 1961", le quotidien "Le Monde" publie le 12 août (édition datée du 13), après "Libération", des extraits du rapport rendu par le procureur Jean Geronimi sur demande du ministre de la Justice Elisabeth Guigou sur la répression policière des manifestations algériennes d'octobre 1961. Selon ce rapport, les autorités gouvernementales françaises étaient informées du caractère meurtrier de cette répression, alors que pendant trente ans la version officielle affirmait un bilan de trois morts. Le rapport de J. Geronimi fait état d'au moins 48 morts dans la seule nuit du 17 au 18 octobre 1961, sur la seule base des archives judiciaires, évaluation que le rapport considère comme "très vraisemblablement inférieure à la réalité", tout les corps n'ayant probablement pas été retrouvés. Des données précises avaient été communiquées en octobre et novembre 1961 au Premier ministre français de l'époque, Michel Debré, ce qui n'avait en rien altéré le discours officiel. Moins d'une semaine après la manifestion du 17 octobre, le directeur du cabinet du ministre de la Justice adressait au Premier ministre une liste de 64 personnes dont les corps avaient identifiés, dans le seul département de la Seine entre le 1er et le 14 octobre, et suggère, sans l'affirmer explicitement, qu'il s'agit très vraisemblablement de victimes d'"actions policières". Pour toute l'année 1961, le rapport Geromini fait état de 246 victimes, dont 74 non identifiées. Toutes les enquêtes judiciaires ouvertes sur cette affaire ont été closes par des non-lieux, à l'exception des deux actions en diffamation engagées par le ministère de l'Intérieur contre les journaux qui dénoncèrent les violences policières d'octobre. Sur 186 commissions rogatoires délivrées par des juges d'instruction après octobre 147 sont restées "inexécutées".
(AFP 4.2) L'usage de la torture en Algérie, employée particulièrement massivement pendant la "Bataille d'Alger" de 1957, avait en fait commencé une dizaine d'années auparavant, selon des chercheurs français qui ont eu accès aux archives de l'armée de terre de 1946 à 1954. L'équipe de chercheurs et de témoins de la Guerre d'Algérie vient de publier, sous l'égide du service historique de l'armée de terre (SHAT), une étude d'un millier de pages, annoncée le 4 février par "Le Monde". Cette étude révèle que des mises en garde contre l'usage de la torture en Algérie ont été lancées dès 1949 (soit cinq avant avant le déclenchement "officiel" de la Guerre d'Algérie, mais quatre ans après les affrontements de Sétif, qui ont marqué le début du mouvement insurrectionnel de libération). Le plus haut repésentant français en Algérie, le Gouverneur Marcel-Edmond Naegelen, a adressé le 21 octobre 1949 une circulaire aux préfets, demandant "de s'abstenir de toute violence superflue et de sévices ultérieurs" et se déclarant "fermement décidé à punir avec la plus extrême rigueur" les fonctionnaires et leurs supérieurs, auteurs ou complices de ces sévices. Moins de trois ans plus tard, son successeur, le Gouverneur général Roger Léonard, adressait lui aussi une circulaire aux préfets demandant "de ne jamais laisser la bride à des actes de vengeance individuelle ou collective". Ces recommandations, qui témoignent de ce que l'usage de la torture était déjà une réalité, et qu'elle était connue des plus hautes autorités françaises en Algérie (et donc très probablement des gouvernements en place), n'ont évidemment pas été suivies d'effets, et la torture a été ensuite pratiquée plus ou moins systématiquement et à plus une moins grande échelle selon les régions, les services de police ou les unités militaires. Aucune donnée chiffrée crédible n'a jamais été publiée officiellement quant à l'étendue de ces pratiques -ceux qui les dénonçaient étant quant à eux poursuivis sous divers prétextes par les autorités policières, judiciaires ou politiques françaises, qui niaient l'usage de la torture ou l'imputaient à des "défaillances individuelles". En 1971 le général Massu, qui avait mené la "Bataille d'Alger" avec sous ses ordres non seulement l'armée, mais également la police et la gendarmerie, avait finalement reconnu avoir usé de la torture (ce que tout le monde savait), mais l'avait justifiée comme un "moindre mal" nécessaire pour obtenir des informations afin de prévenir des actes "terroristes".
(AFP 5.2) Vingt-quatre membres présumés du réseau islamiste impliqué dans la campagne d'attentats qui a frappé la France en 1995 vont être jugés à Paris pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". La juge d'instruction Laurence Le Vert a clôs le 5 février son information ouverte en octobre 1995 et ordonné le renvoi devant le Tribunal Correctionnel des principaux acteurs supposés de cette vague d'attentats, qui avait fait neuf morts et 193 blessés. L'information avait été ouverte quelques semaines après que Khaled Kelkal, impliqué dans plusieurs attentats, ait été abattu par la gendarmerie, le 29 septembre 1995, dans la région lyonnaise. Son compagnon, Karim Moussa, avait été blessé et arrêté. Il fait partie des 24 prévenus, et est en outre accusé de "tetnatives de meurtres sur personnes dépositaires de l'autorité publique". Sont également prévenus, Boualem Bensaïd, accusé d'être le chef opérationnel du réseau islamiste et le coordinateur des commandos de Paris, Lyon et Lille, et Rachid Ramda, détenu à Londres et accusé d'être le financier du réseau et le commanditaire des attentats. Son extradition n'a pas encore été obtenue par la France. Enfin, celui que la justice française considérait comme le responsables des réseaux islamistes démantelés, Aït Touchent, dit "Tarek", aurait été abattu en mai 1997 par les forces de sécurité à Alger.
(AFP, AP, Reuters 10.2, L'Humanité Hebdo 11.2) Un charnier qui pourrait contenir les restes d'Algériens tués lors de la manifestation du 17 octobre 1961 a été découvert "après des fouilles superficielles" le 26 janvier à Créteil, près de Paris, par des journalistes de "L'Humanité Hebdo", qui ont alerté la police. Une enquête a été ouverte par le Procureur de Créteil, qui a cependant estimé qu'"il serait hasardeux pour le moment de faire un lieu entre ces ossements (...) et les évènements du 17 octobre 1961". Les journalistes ont été alertés par les dires d'un ancien policier qui a déclaré avoir participé à une "opération spéciale" à Créteil le 18 octobre 1961, consistant à déposer des corps d'Algériens dans un terrain vague. Selon ces dires, rapportés de façon indirecte, "des camions de la police (ont) débarqué sur un terrain vague, ou une décharge, de Créteil, un monceau de cadavres d'Algériens tués lors de la manifestation ou juste après". Les journalistes ont rassemblé des restes humains qui pourraient être ceux de sept personnes. Les corps de nombreux Algériens massacrés le 17 octobre 1961 par la police parisienne sous les ordres de Maurice Papon, n'ont jamais été retrouvés. 210 Algériens, "rafflés" lors de la manifestation, ont disparu. Le bilan officiel du massacre n'était que de sept morts, celui évoqué par le rapport remis en mai 1998 par le Conseiller d'Etat Mandelkern parle de "plusieurs dizaines de morts", certaines évaluations évoquent de 200 à 300 morts.
(AP 11.2, 12.2) Les témoins appelés à la barre lors du procès intenté par Maurice Papon à Jean-Luc Einaudi, qui le rend responsable de la meurtrière répression des manifestations algériennes de juin 1961, ont confirmé la violence et souvent la cruauté de cette répression. Deux anciens policiers, un prêtre, un ancien responsable du FLN et l'historien et résistant Pierre Vidal-Naquet, ont témoigné de ce que Maurice Papon était parfaitement au courant de la violence de la répression et n'a rien fait pour "arrêter ce massacre", selon les mots d'un ancien policier. Un prêtre affirme avoir vu "neuf corps d'hommes dans un placard à balais". Pierre Vidal-Naquet a affirmé être prêt à "contresigner" ce que Jean-Luc Einaudi a écrit (la phrase incriminée par Papon est : "il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Papon". Ali Haroun, ancien responsable de la Fédération de France du FLN, a rappelé que la manifestation algérienne était pacifique et que sur les 11'000 personnes interpellées par la police, aucune ne détenait d'arme, "pas même un canif". Enfin, la conservatrice des archives judiciaires de Paris a constaté que les victimes du 17 octobre 1961 avaient été "en majorité noyées" et portaient des traces de balles, de strangulation ou de mains liées, et que 103 affaires avaient été classées "sans suite" de septembre à décembre 1961. Le 12 février, le substitut du procureur a requis une "peine de principe" contre Jean-Luc Einaudi, à qui il a reproché de ne pas s'êtr contenté de dire que la répression du 17 octobre avait été menée "sous la responsabilité" de Maurice Papon, mais "sous ses ordres". Le substitut Vincent Lesclous reconnaît toutefois à l'historien le droit d'employer le terme de "massacre" et celui de l'attribuer aux "forces de l'ordre", et reconnaît qu'il y a eu "un grand nombre de pauvres morts", mais considère que Maurice Papon n'est "ni le premier, ni le seul responsable" de ce qui s'est passé, et qui est du "à une houle de haine qui a subergé les hommes sur le terrain" sans "malheureusement" qu'il y ait pour cela "besoin ce soit-là ni d'ordres, ni d'instructions". Le représentant du Ministère public rend responsable du massacre "les meurtriers, ceux qui ont vu jaillir le sang sous leurs coups" mais aussi les cadres intermédiaires de la police "qui étaient sur les lieux, n'ont pas arrêté les tueurs, pas dénoncé leurs actes". Cette reconnaissance quasi-officielle, sinon d'un massacre, du moins de la légitimité de formuler l'hypothèse d'un massacre, tranche évidemment avec le plaidoyer de l'avocat de Maurice Papon, qui a réfuté l'idée d'un massacre ("on l'aurait su") et justifié la répression par la nécessité de "démanteler le FLN" et de "libérer Paris de la peur à un prix lourd, mais peut-être nécessaire". Quant à l'avocat de Jean-Luc Einaudi, il a insisté sur la "responsabilité" de Maurice Papon (qu'il a au passage qualifié de "menteur, bluffeur et négationniste") dans la répression, car "un préfet, c'est le chef (...), c'est lui qui donne le ton" -et de rappeler à titre d'exemple la circulaire adressée aux policiers par le préfet de police en poste en mai 1968, Maurice Grimaud, qui avait écrit : "frapper un homme à terre, c'est se frapper soi-même".
(Liberté 13.2) En marge du procès Einaudi-Papon, plusieurs journaux français et algériens rappellent que le 31 octobre 1961, deux semaines après la répression sanglante du 17 octobre, un "groupe de policiers" français adressait une lettre aux pouvoirs publics et aux media, confirmant et dénonçant la brutalité de la répression et le nombre considérable de ses victimes : "ce qui s'est passé le 17 octobre 1961 et les jours suivants contre les manifestants pacifiques, sur lesquels aucune arme n'a été trouvée, nous fait un devoir d'apporter notre témoignage et d'alerter l'opinion publique (...) (sur) les actes odieux qui risquent de devenir monnaie courante et de rejaillir sur l'honneur du corps de police tout entier". Ces policiers républicains révélaient ou confirmaient que des Algériens étaient "systématiquement brutalisés" dans les commissariats, certains "aspergés d'essence et brûlés par morceau", d'autres livrés à d'"horribles tortures".
(AP 12.2) Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) demande lla mise en place d'une commission d'enquête parlementaire sur la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961, et lance dans un communiqué un appel à tous les témoins de cette journée pour qu'ils lui "adressent par écrit ce qu'ils ont subi ou ce qu'ils ont vu ce jour-là et les suivants", témoignages qui seront mis à la disposition du collectif "pour la vérité sur le 17 octobre 1961". Le MRAP "prend acte" de la reconnaissance par le substitut du procureur, lors du procès Einaudi/Papon, de l'existence "d'un massacre commis contre les Algériens à Paris le 17 octobre 1961" mais se dit "choqué qu'après avoir reconnu la responsabilité hiérarchique de Maurice Papon dans ce massacre", il ait "paradoxalement conclu à l'existence de la diffamation".
(Reuters, AP 11.2) La police judiciaire a entamé des fouilles à Créteil, sur les lieux où des journalistes de "L'Humanité Hebdo" disent avoir découvert des ossements humains qui pourraient être ceux d'Algériens tués le 17 octobre 1961. Les enquêteurs ont effectivement retrouvé sur place des débris d'ossements humaine et n'excluent aucune hypothèse quant à leur origine. Les ossements et les débrus découverts dans le terrain vague ont été envoyée à l'Institut médico-légal de Paris pour analyse. Une source judiciaire a suggéré que les ossements découverts pouvaient provenir d'un cimetière, le terrain vague où ils ont été découverts n'existant pas avant 1979, et ayant été créé en comblant des bassins de rétention d'eaux usées avec de la terre provenant d'un cimetière parisien.
(Corr 25.2) Pour avoir témoigné au début du mois lors du procès en diffamation intenté par Maurice Papon à Jean-Luc Einaudi, qui accusait Papon d'être responsable du massacre des manifestants algériens le 17 octobre 1961 à Paris, Brigitte Laine, conservatrice aux archives parisiennes, est menacés de sanctions disciplinaires. Lors de l'audience, Brigitte Laine avait relevé que 103 dossiers d'instruction concernant 130 personnes avaient été ouverts de septembre à décembre 1961. Pour l'administration, il s'agit d'un manquement au devoir de réserve. Pour Jean-Luc Einaudi, il s'agit d'un "acte de courage civique", face auquel les menaces de sanction frappant la conservatrice (que la Ville de Paris menace de suspendre) sont "une opération dérisoire et lamentable visant à maintenir le couvercle sur cette remontrée de vérité historique", d'autant que Brigitte Laine n'a pas communiqué de dossiers ou d'archives à la barre. Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) a lancé le 25 février une pétition en faveur de Brigitte Laîné et de son collègue Philippe Grand, objet tous deux d'une procédure disciplinaire et de menaces de suspension. Parmi les pétitionnaires : Jean-Luc Einaudi, Lucie et Raymond Aubrac, Daniel Cohn-Bendit, Noël Mamère, Claude Lanzmann, Pierre Bourdieu, Pierre-André Taguieff.
(Corr 11.11) De 10'000 à 20'000 personnes ont participé le 10 novembre au principal rassemblement de la journée de manifestations de solidarité avec l'Algérie, "un jour pour l'Algérie". Ce chiffre, en deçà des espérances des organisateurs, fait néanmoins de cette manifestation la mobilisation la plus large et la plus unitaire réalisée en France à propos de l'Algérie depuis 35 ans. "L'histoire de cette manifestation est surtout révélatrice (...) d'un changement d'opinion", explique la présidente du collectif d'organisation, Madeleine Rebérioux. De nombreux artistes et intellectuels français se sont joints à cette journée, à l'image d'Isabelle Adjani qui dans "Le Figaro" interpelle le gouvernement français : "L'Algérie m'êmpêche de dormir, et vous ? (...) Vous, les membres du gouvernement, qui avez été choisis pour mener des actions politiques, nous vous demandons de faire votre travail, tout de suite, pour en finir avec cette barbarie envers des êtres sans défense". Robert Ménard, président de Reports sans frontières, s'est interrogé sur les responsabilités du pouvoir : "On sait depuis des années que les forces de l'ordre algériennes sont responsables d'un certain nombre d'exactions. Ce ne sont pas seulement les islamistes qui tuent". Les manifestations françaises de solidarité avec l'Algérie du 10 novembre ont suscité cependant cette réaction désabusée de Salima Ghezali, rédacrice en chef de "La Nation", qui déclare dans le "Nouveau Quotidien" de Lausanne : "Quand c'est le petit peuple algérien qui meurt, ça n'intéresse pas les Français. Ce qui leur importe, c'est qu'on soit laïque et féministe à souhait. Si les rencontres d'aujourd'hui font évoluer un peu cette perception, pourquoi pas ?".Le gouvernement français a exprimé le 10 novembre son soutien aux manifestations d'"un jour pour l'Algérie". Ces manifestations apportent "le témoignage opportun de la solidarité de la société française" avec la société algérienne, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Anne Gazeau-Secret, qui a ajouté, sans se prononcer explicitement sur la proposition de créer une commission d'enquête en Algérie, "qu'à l'évidence, la communauté internationale a besoin de savoir ce qui se passe" dans ce pays et a plaidé pour une "information transparente, ce qui suppose le libre exercice par la presse, y compris étrangère, de son métier" en Algérie. La porte-parole du gouvernement et ministre de la Culture Catherine Trautmann a qualifié les manifestations d'"initiative très forte" traduisant "l'émotion et la solidarité des Français à l'égard du peuple algérien". Par ailleurs, la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, présidée par le socialiste Jack Lang, a lancé des auditions de représentants des organisations de droits de l'Homme sur la situation de l'Algérie.
(Cour. 12.11) Les media algériens ont rendu compte avec embarras des manifestations d'"Un jour pour l'Algérie", le 10 novembre, en France. La télévision d'Etat et les radios publiques ont fait l'impasse sur l'évènement, dont la presse écrite a pour sa part rendu compte avec beaucoup de prudence. La presse gouvernementale a dénoncé "les campagnes médiatiques arabo-européennes" ("El Moudjahid"). "Le Matin", qui a publié l'appel lancé par des intellectuels algériens vivant en France pour la création d'une commission d'enquête internationale sur la situation en Algérie, se pose prudemment la question : "Le soutien doit-il forcément se conjuguer avec l'ingérence", mais dans un deuxième article le même journal critique le pouvoir algérien, qui "ambitionne de fermer l'Algérie (...) en s'accrochant aux cadenas de la souveraîneté nationale".
1998
(Le Monde 19.2) Quatre associations françaises de solidarité ont lancé le 17 février une campagne contre le renvoi en Algérie d'Algériens vivant en France. Constatant que "chaque jour, d'Algérie, les informations font état d'assassinats, d'attentats, de massacres", la Cimade, la Fondation France-Libertés, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) et l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) réclament un "moratoire" des expulsions et des reconduites à la frontière : "Nous ne pouvons plus être complices", estiment les associations, qui précisent que "si le gouvernement français a le droit de poursuivre une politique de contrôle des flux migratoires, il a le devoir de ne pas rester sourd et aveugle face à certaines exigences éthiques évidentes. On ne renvoie personne contre son gré dans un pays ravagé par la violence, quel que soit le motif".
(TG 18.3) S'exprimant à propos de l'Algérie devant la commission des droits de l'Homme de l'ONU à Genève, le Premier ministre français a énoncé le 17 mars quelques principes de la politique qu'il entendait mener : solidarité avec le peuple algérien, condamnation du terrorisme et du fanatisme, invitatioon lancée au gouvernement algérien au dialogue avec la France, l'Europe et la communauté internationale. Plus précisément, Lionel Jospin a affirmé que la France entendait rester une terre de refuge et d'asile et annoncé que son gouvernement allait élargir sa politique d'octroi de visas à des ressortissants algériens et à rouvrir des consulats de France en Algérie.
(Le Monde 27.3) Une forte délégation du patronat français séjournera en Algérie du 27 au 30 mars. Conduite par le président du CNPF-International François Périgot, elle comprendra 13 patrons de grandes entreprises, dont ceux de trois grandes banques (Crédit Lyonnais, Société Générale et BNP) et des principaux groupes industriels français (Bouygues, Bull, CEG-Alsthom, Générale des Eaux, Laboratoire Fabre). Une autre délégation patronale française suivra au début du mois de mai, à l'initiative de la Chambre française de commerce en Algérie. Les positions françaises sont toujours dominantes dans les échanges commerciaux extérieurss de l'Algérie, mais elles ont subi un léger recul entre 1996 et 1997 (de 25 % à 23 % de part du marché algérien) et un rééquilibrage des échanges (traditionnellement à l'avantage de la France) s'est fait. Le développement du commerce entre les deux pays serait actuellement freiné par le niveau élevé des primes d'assurances exigées par l'organisme public français d'assurance-crédit, la COFACE, qui classe l'Algérie dans la catégorie des pays à "risque maximum". Les autorités algériennes réclament d'être mieux ou moins mal notées par la COFACE, demande soutenue par le ministère français des Affaires étrangères mais semble-t-il combattue par celui des Finances -autorité de tutelle de la COFACE, et de paiement des éventuels sinistres financiers. L'Algérie est également demandeuse d'investissements directs, alors que les entreprises françaises présentes en Algérie sont rares (sauf dans le secteur pétrolier, celui des médicaments et le secteur bancaire).
(APS 28.3) Le ministre algérien de l'Industrie et de la restructuration, Abdelmadjid Menasra, recevant le 28 mars la délégation patronale française conduite par François Périgot, a souligné l'importance des relations "traditionnelles" algéro-françaises dans le domaine économique et a demandé à la France que le "risque Algérie" ne constitue plus "un frein au développement" de ces relations. Pour le ministre, la COFACE devrait "réviser ses règles dans le sens d'une redynamisation de la coopération", le marché algérien recelant "de réelles opportunités que les entreprises françaises doivent exploiter".
(APS 1.4) Le chef de la délégation du Conseil national du patronat français (CNPF-International) en visite en Algérie, François Périgot, a tracé un portrait optimiste de la situation économique algérienne, à la fin de sa visite, le 1er avril. Il a salué l'"énorme effort" de restructuration "en profondeur de l'économie" et a affirmé que l'Algérie répondait "à tous les critères" pour l'investissement international, ajoutant qu'"il n'y a pas de pays à deux heures d'avion de Paris qui offre autant d'opportunités et de possibilités que l'Algérie". D'autres membres de la délégation patronale française ont abondé dans ce sens, notamment la banquière Gilberte Beaux. François Perigot a confirmé la tenue en juin prochain à Paris de deux journés d'études sur l'Algérie, en présence de représentants des milieux économiques français et algériens. Le président du CNPF-International a souligné l'urgence d'un changement dans l'appréciation du "risque Algérie" par l'organisme public français d'assurance pour les investissements extérieurs, la COFACE, et a demandé qu'il soit mis fin aux difficultés d'obtention de visas français pour les opérateurs économiques algériens.
(Reuters 4.4, 6.4) Dans un entretien publié par le journal algérien Saout el Ahrar" le 4 avril (et non comme on pourrait le croire, le Premier avril), le président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, l'ancien ministre Jack Lang, a repris à son compte toutes les positions exprimées par le gouvernement algérien : il a approuvé le rejet par l'Algérie de toute "ingérence" et de toute aide humanitaire, affirmé que l'Algérie jouissait "de toutes les capacités et potentialités pour assumer ses responsabilités" et que "personne n'a à lui dictet son point de vue", déclaré avoir constaté lors d'une visite de deux jours à Alger en février dernier une "totale maîtrise de la situation sécuritaire par l'Etat à travers le pays", considéré que la "politique sécuritaire" avait permis "l'engagement du peuple aux côtés des forces de l'ordre et de l'armée pour combattre le terrorisme" et "anéantir des groupes armés dans plusieurs régions", et, finalement, être revenu en France avec de "bonnes impressions et (la) conviction que la démocratie (avait) réussi à construire un parlement pluraliste, un Conseil de la Nation, à tenir des élections locales et à donner la parole et la responsabilité au peuple et la liberté d'expression à la lumière d'un pluralisme réel et un Etat de droit au sens propre du terme". Jack Lang, a démenté le 6 avril les propos que lui prêtaient le 4 avril le journal algérien "Saout el Ahrar", l'agence officielle APS et l'agence Reuter : "Je ne me reconnais nullement dans (ces) propos", a déclaré Jack Lang.
(Reuters, APS, Le Matin, Le Monde 5.4) Plusieurs milliers de personnes ont manifesté le 4 avril à Paris (ainsi que dans plusieurs autres villes françaises et européennes, dont Genève), pour manifester leur solidarité avec l'Algérie. En France, ces manifestations, intitulées "Lumières pour l'Algérie", appelaient à une "prise de conscience" de la communauté internationale, dénonçaient "les massacres barbares insupportables perpétrés par les terroristes, les racketteurs, les intégristes et notamment les GIA" et adressaient cinq requêtes au gouvernement algérien : "assurer la sécurité de la population pour que cesse notamment la distribution d'armes qui alimente la guerre civile en dressant les Algériens les uns contre les autres", "mettre un terme aux atteintes inadmissibles aux droits de l'Homme qui entretiennent la violence (...), garantir la liberté de la presse nationale et internationale et les conditions de travail des ONG"). Les manifestants demandaient également aux gouvernements européens de faciliter la délivrance de visas et de cartes d'asile territorial "pour ceux des Algériens qui le demande", de suspendre les mesures d'expulsion de personnes en danger et de "mettre en oeuvre un grand mouvement d'échange et d'aide en France et en Europe" avec l'Algérie. En revanche, la demande de création d'une commission d'enquête internationale sur les massacres, réclamés par les organisations internationales de défense des droits de l'Homme et plusieurs partis algériens d'opposition, ne figuraient pas dans l'appel à manifester, du fait des divergences à ce sujet entre les organisateurs.
(Le Monde 5.5) Dix Algériens et Tunisiens occupent depuis le 10 avril les locaux de l'association Jeunes Arabes de Lyon et Banlieie (JALB), et y mènent une grève de la faim pour protester contre leur expulsion de France après condamnation par la justice ou arrêté ministériel. Tous ont été scolarisés en France, où la plupart sont nés. Tous sont mariés ou vivent en couple avec des Françaises. Tous ont des enfants. Tous ont 30 à 40 ans. Condamnés en France pour des délits qu'ils y ont commis, et ayant purgé leurs peines, ils demandent l'abrogation de la "double peine" (l'ajout de l'expulsion à la peine de prison) et souhaitent pouvoir bénéficier d'une disposition de l'ordonnance de 1945 qui interdit l'expulsion des étrangers résidant en France depuis plus de 15 ans ou depuis l'âge de 6 ans, ou qui sont parent d'un enfant français, ou mariés depuis plus d'un an avec un(e) Française. Soutenus par la CIMADE, ils reprennent un mouvement qui avait abouti à une première grève de la faim en décembre 1997, interrompue sur la promesse d'une réouverture des dossiers -promesse non tenue. L'un d'eux, épuisé par la grève de la faim, a été hospitalisé le 30 avril. Les jALB estiment à plus de 20'000 le nombre des personnes en situation de "double peine" en France.
(Le Monde 12.5) Plusieurs centaines d'enfants de harkis ont manifesté le 9 mai à Paris, à l'appel du collectif national "Justice pour les harkis". Les manifestants se sont heurtés aux forces de police, qui les ont empêché de dresser une tente sur l'esplanade des Invalides. Le collectif demande au gouvernement français de prendre "enfin les mesures qui permettront à la communauté harkie, partie intégrante de la communauté nationale, de s'y intégrer socialement" et souhaite organiser une fois par semaine des manifestations de 36 minutes, pour symboliser les "36 années d'oubli" des harkis.
(Reuters 15.5) La Commission française de recours des réfugiés a accordé le 15 mai l'asile politique à un Algérien transsexuel, en considérant qu'il risquait à ce titre des persécutions de la part des islamistes ou de l'Etat algérien, s'il rentrait en Algérie. Dans un premier temps, la commission avait refusé l'asile politique au requérant, mais cette décision avait été annulée par le Conseil d'Etat. Dans un communiqué annonçant sa décision, la Commission relève que "l'intéressé avait été exposé dans (son) pays à des menaces et des sévices du fait de proches appartenant aux milieux islamistes fondamentalistes" et a été "victimes de violences sexuelles dans les services de police auxquels il s'est adressé".
(Le Monde 14.5) Les autorités algériennes ont refusé à l'écrivain et cinéaste français Bernard-Henri Lévy (BHL) l'autorisation de tourner un film sur le conflit algérien, en Algérie même. Le ministère de la Culture et de la communication a indiqué à BHL au début du mois de mai que l'autorisation de tournage qu'il avait obtenu le 4 avril pour un film intitulé "Pour l'Algérie" retraçant l'itinéraire d'un islamiste armé, était annulée. Aucun motif n'a été donné à cette annulation. Plusieurs membres de l'équipe s'étaient auparavant vu refuser un visa pour l'Algérie. Bernard-Henri Lévy émet l'hypothèse que certaines franges du pouvoir "préfèrent passer pour des assassins que pour des incompétents".
(MRAP 21.5) Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) a adressé au Premier ministre Lionel Jospin un appel à "entendre la voix de ceux qui, à Lyon, en protestation contre la "double peine", en sont aujourd'hui" (21 mai) à leur 42ème jour de grève de la faim. Le MRAP rappelle que "c'est en France qu'est enracinée leur vie privée et familiale" et qu'"il n'est ni exact ni juste de ne voir en eux que de simples "étrangers". Le Mrap demande donc que "des solutions justes et durables" soient trouvées pour résoudre le problème de la "double peine", et demande "la régularisation immédiate et définitive des grévistes de la faim de Lyon" et l'organisation "rapide d'une table-ronde sur les moyens d'en finir avec la "double peine".
(Reuters 26.5) Le procès de 18 hommes soupçonnés d'avoir participé à un trafic d'armes et de faux papiers au profit des islamistes algériens s'est ouvert le 26 mai devant le tribunal correctionnel de Paris. Tous les prévenus sont algériens ou d'origine algérienne et comparaissent libres (à l'exception de deux d'entre eux) sous l'inculpation de "participation à une association de malfaiteurs terroristes". Ils nient toute appartenance à un mouvement islamiste violent, l'accusation ne leur impute aucune action terroriste, aucune arme n'a été retrouvée sur eux ou chez eux. Ils ont été arrêtés entre 1995 et 1996 dans les régions parisienne et lyonnaise. Le principal accusé est un Algérien de 29 ans, Djamel Tehari.
(Matin 31.5) Les dix Algériens et Tunisiens en grêve de la faim depuis 50 jours à Lyon contre la pratique française de la "double peine" (détention en prison puis expulsion) ont mis un terme le 30 mai à leur mouvement après avoir obtenu du médiateur du gouvernement un sursis de six mois à l'exécution de leur expulsion.
(Reuters 3.6, 5.6) Trois personnes ont été interpellées en région parisienne le 3 juin dans le prolongement de la vague d'arrestations opérées le 26 mai en Europe dans les milieux islamistes. Les trois personnes interpellées, dont les noms étaient apparus lors de l'enquête suivant les arrestations du 26 mai, ont été placées en garde à vue et inculpées le 5 juin d'"association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Ils auraient été en contact avec des personnes soupçonnées d'avoir entrepris la constitution d'un réseau de soutien logistique aux GIA de Hassan Hattab, et l'un des trois inculpés aurait été "sollicité" pour participer à un projet d'attentat contre le Recteur de la Mosquée de Paris.
(Le Monde 2.6) Le directeur général de l'administration générale de la Mosquée de Paris, Mahjoub Benteria, un proche du Recteur Boubakeur, a été victime le 28 mai d'une agression de la part de deux personnes, agression qui l'a laissé sans connaissance et l'a conduit à l'hôpital pour suivre une intervention chirurgicale de quatre heures. Le Recteur de la Mosquée serait l'une des cibles désignées des réseaux du GIA en France. Le 11 juillet 1995, l'imam Sahraoui, proche du FIS, avait été assassiné à Paris.
(Le Monde 2.6) Les menaces évoquées d'attentats islamistes contre le Recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, mettent en lumière le statut particulier de la mosquée et ses liens avec l'Algérie. Succédant à la tête de la Mosquée à deux diplomates algériens (Cheikh Abbas et Tedjini Haddam), Danil Boubakeur, de nationalité française et lui-même fils d'un Recteur de la Mosquée, "n'a jamais été en mesure de rompre le lien ombilical avec l'Algérie, à qui son père, en 1982, avait cédé le contrôle de la Mosquée", écrit Henri Tincq dans "Le Monde". Des "fonctionnaires" de la Mosquée et une cinquantaine d'imams rattachés à elle et exerçant dans toute la France sont toujours "détachés" à son service par le gouvernement algérien, qui participe pour moitié à son financement. Les tentatives d'organisation de la communauté musulmane française par la mosquée de la capitale (ou son Recteur) s'en sont trouvées fragilisées : ni la Coordination des musulmans de France, ni la Charte de l'islam de France n'ont réussi à s'imposer, et d'autres groupements musulmans (la Fraternité nationale des musulmans de France, l'Union des organisations islamiques de France, le Haut Conseil des musulmans de France) dénoncent une volonté hégémonique de la mosquée parisienne et à travers elle, une tentative de contrôle de l'islam français par le pouvoir algérien et/ou les autorités françaises, qui ont agréé en 1994 la Mosquée comme seul organisme chargé de percevoir la dîme sur l'abattage rituel et d'habiliter les sacrificateurs.
(Reuters 2.6) Des peines de 7 mois à 5 ans de prison ont été requises le 2 juin à Paris contre 18 Algériens soupçonnés d'avoir créé en France un réseau de soutien aux islamistes algériens. Arrêtés en 1995 et 1996 à Paris, ils sont accusés de trafic d'armes et de faux documents. Ils comparaissaient libres, à deux exceptions près. Aucune action terroriste ne leur est imputée, et aucune arme n'a été retrouvée en leur possession. La peine la plus forte (5 ans de prison) a été requise contre Djamel Tehari, qui nie les faits qui lui sont reprochés (achat d'armes et de matériels de guerre).
(AFP 8.6, Reuters 12.6) La police française a annoncé le 8 juin avoir démantelé un nouveau réseau islamiste lié aux GIA de Hassan Hattab. Neuf suspects ont été arrêtés en région parisienne et en province. Ils seraient en relation avec un islamiste arrêté le 26 mai à Cologne (Allemagne) lors de la grande opération policière européenne, Omar Saïki. Deux des personnes arrêtées, Mourad Mahdani et Tahir Othmani, de nationalité algérienne, ont été mises en examen et écrouées le 12 juin à Paris pour leur participation supposée à une association de malfaiteurs terroristes et recel de faux documents administratifs. Les sept autres personnes arrêtées en même temps qu'eux ont été remises en liberté.
(Le Monde 11.6) Dans une lettre au "Monde", l'ambassadeur d'Algérie en France, Mohamed Ghoualmi, réfute les hypothèses évoquées dans son numnéro daté des 6 et 7 juin à propos de l'assassinat des moins de Tibéhirine et de l'évêque d'Oran, assassinats attribués aux GIA mais qui selon des hypothèses évoquées par "Le Monde" pourraient être soit le résultat de "bavures" des services de sécurité, soit avoir été orchestrées au sein de ces services ou de l'armée. L'ambassadeur accuse le journal de s'être fondé sur "des rumeurs, des ragots et des hypothèses fantaisistes" pour s'attaquer "une nouvelle fois à l'Algérie et à ses institutions". L'ambassadeur accuse "ceux-là même qui, à partir de Rome, tenaient à réhabiliter politiquement l'intégrisme armé", d'avoir "soufflé en partie les ingrédients pour le montage de cette hypothèse". L'ambassadeur affirme que Mgr Claverie (l'évêque d'Oran) "était l'un des soutiens les plus crédibles tant sur la scène politique nationale qu'internationale, comme dans les milieux écclésiastiques" du pouvoir algérien, et que c'était à ce titre qu'il était "menacé de mort par le GIA".
(Corr 13.6) Le Comité Anti-Expulsions de Nantes a lancé le 13 juin un appel aux passagers des transporteurs aériens français participant aux expulsions d'étrangers sans-papiers, notamment d'Algériens, pour qui le comité rappelle que "l'expulsion signifie le retour à la guerre civile, aux massacres des intégristes, à la répression féroce des forces de sécurité". L'appel engage les signataires à refuser "fermement que les sociétés de transport, quelles qu'elles soient, collaborent aux expulsions des personnes sans papiers" et réclame l'arrêt des expulsions et le retour des expulsé(e)s en France, la régularisation des sans-papiers, leur libre installation et leur libre circulation en France, l'abrogation de toutes les lois racistes, la fermeture de tous les centres de rétention, l'abolition de la double peine et la libération de toutes les personnes détenues pour défaut de papiers.
(Gisti 18.6) Plusieurs organisations françaises* ont lancé une "campagne pour l'accueil et la protection des Algériens". Rappelant que la France, qui délivrait 800'000 visas à des Algériens en 1989, n'en délivrent plus que 40'000 en 1996, que le statut de réfugié n'est accordé qu'à 9 % de ceux qui le demandent et que chaque semaine une trentaine d'Algériens en situation irrégulière ou expulsés après avoir purgé une peine de prison sont renvoyés en Algérie, ces organisations demandent :
- L'arrêt des renvois forcés d'Algériens à partir de la France et des pays d'Europe;
- L'instauration d'une politique libérale de délivrance des visas par la France et par les pays d'Europe, en particulier la multiplication des visas de circulation (plusieurs séjours de moins de trois mois autorisés dans l'année) à ceux qui, sans aspirer à une installation à l'étranger, ont besoin d'un moment de repos, d'une protection temporaire ou de rencontres familiales;
- La fin des refoulements des Algériens aux frontières de la France et de l'Europe;
- Une application de la Convention de Genève de 1951 conforme aux recommandations du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR);
- Un large accès à l'asile territorial pour les Algériens qui en font la demande;
- Le bénéfice des dispositions favorables de la loi Chevènement, notamment toutes celles qui permettent des régularisations (art. 12bis de l'ordonnance modifiée du 2 novembre 1945) et celles qui touchent au droit à la vie privée et familiale (conformément à l'art. 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme);
- Des procédures simples et rapides d'obtention de documents d'état civil et de renouvellement pour les Français vivant en Algérie, qui sont très souvent placés dans l'incapacité de se faire établir cartes d'identité, passeports ou certificats de nationalité, alors que c'est leur droit.
*ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture), AMPSRF (Accueil des médecins et personnels de santé rufégiés en France), Cimade, France Libertés, GISTI (Groupe d'Information et de soutien des immigrés), Ligue des droits de l'Homme, MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples).
(POUR) Le nombre de jeunes franco-algériens (double-nationaux) vivant en France et ayant choisi de faire leur service militaire en Algérie est passé de 4996 en 1998 à 203 dix ans plus tard.
(AFP, AP, Reuters 25.6, 26.6, 28.6, 2.7, 7.7, 21.7) L'assassinat de Matoub Lounès le 24 juin a suscité de très nombreuses réactions en France. Le président Jacques Chirac, en voyage en Afrique du Sud, a déclaré avoir appris "avec consternation (et) une très grande tristesse" la nouvelle du "lâche assassinat" d'un homme "qui portait haut et fort la voix de l'Algérie, une très belle voix". Le ministère français des Affaires étrangères a dénoncé la "violence terroriste qui endeuille une fois de plus l'Algérie". Le Premier secrétaire du PS, François Hollande, a exprimé la "tristesse" et la "consternation" des socialistes français et rendu hommage au "message d'espoir et de refus de l'intolérance". Danielle Mitterrand et Lionel Jospin ont également rendu hommage à Matoub Lounès. Plus de 5000 personnes se sont rassemblées à Paris, place de la République, le 28 juin à l'appel de l'Association de la culture berbère, qui a dénoncé "la violence des islamistes et celle du pouvoir". Une autre manifestation le même jour place du Trocadéro, à l'appel des organisations de défense des droits de l'Homme, des syndicats et des partis de gauche, a réuni plusieurs centaines de personnes. Plusieurs centaines de personnes se sont également rassemblées à Marseille. Plusieurs centaines de personnes se sont réunies à Nantes et Toulouse le 2 juillet et à Paris le 5 juillet pour rendre hommage à Matoub Lounès et protester contre la loi de généralisation de l'arabisation. Des artistes et des personnalités se sont succédés le 18 juillet à Paris pour rendre hommage à Matoub Lounès, assassiné le 25 juin, et s'associer, selon les mots de sa soeur Malika, à son "combat contre un monstre à deux têtes, l'intégrisme assassin et le pouvoir qui l'a engendré". Les écrivains français André Clucksmann et Bernard-Henri Lévy ont rapproché la mort de Matoub Lounès de celles de Federico Garcia Lorca et de la "cohorte des poètes assassinés". Des messages de sympathie, dont ceux de Smaïn et de Danielle Mitterrand, ont été adressés aux participants à la soirée, qui a réuni des milliers de personnes au Zénith.
(Le Monde 26.6) Le gouvernement français veut doubler le nombre des visas délivrés à des Algériens, sur recommandation du ministère des Affaires étrangères, qui s'est inquiété de la chute du nombre des visas délivrés, qui n'a même pas atteint en 1996 le dixième de celui atteint en 1990 (47'000 contre 507'000 ). "Nous étions en passe de briser la relation" entre Français et Algériens, a reconnu le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. Une première série d'instructions données en 1997 ont permis de faire légèrement remonter le nombre des visas accordés (57'000, soit 10'000 de plus en un an), et les 100'000 visas devraient être atteints en 1998, mais le gouvernement estime encore ce chiffre insuffisant. Sans pour autant décider de rouvrir les consultats français d'Algérie, fermée en 1995 pour raisons de sécurité, et tout en continuant à centraliser la plupart des demandes au bureau des visas Algérie de Nantes (BVA), le gouvernement français a décidé d'affecter de nouveaux fonctionnaires au BVA pour mieux traiter, et plus vite, les demandes, d'aggrandir les services consulaires de l'ambassade d'Alger et de délivrer à Alger même certains visas (pour les scientifiques, hommes d'affaires, intellectuels et parents de ressortissants français).
(Reuters 30.6) 14 Algériens accusés d'avoir constitué en France un réseau de soutien aux islamistes algériens, ou d'y avoir participé, ont été condamnés le 30 juin à Paris à des peines de quatre mois de prison avec sursis à 5 ans fermes. Trois accusés, anciens enseignants de Lyon, présentés par l'accusation comme les têtes pensantes du groupe, ont été relaxés. Les condamnés se voyaient reprocher un trafic d'armes et de faux documents et comparaissaient libres, à l'exception de deux d'entre eux, dont Djamel Tehari, condamné à la plus lourde peine (5 ans fermes). Les condamnations ont été assorties d'interduiction définitive ou temporaire du territoire français.
(Reuters 17.7) Une délégation de députés français se rendra en Algérie du 19 au 23 juillet afin de "développer les relations bilatérales franco-algériennes", a annoncé le 17 juillet la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française. La déléàgation sera conduite par le socialiste François Loncle et comprendra cinq autres députés représentant les différents groupes parlementaires. Elle s'entretiendra notamment avec le ministre algérien des Affaires étrangères, le Président et les membres de la Commission des Relations extérieures de l'Assemblée algérienne et des responsables des groupes parlementaires de l'Assemblée. Elle rencontrera également des représentants des "principaux secteurs économiques, des responsables syndicatx et des présidents d'associations" et se rendra à Blida et Annaba (outre Alger).
(AFP 21.7) Les autorités algériennes ont empêché au cours des derniers jours plusieurs centaines d'enfants démunis de se rendre en vacances en France, où leur séjour est pris en charge par des associations et des familles d'accueil. Un groupe d'environ 300 enfants a été bloqué le 19 juiller au port d'Alger et empêché d'embarquer à destination de la France, les services de police refusant leur sortie du territoire. L'association familiale "El Azhar", organisatrice du voyage d'une partie de ces enfants, n'avait pas été informée de ce refus de les laisser quitter l'Algérie. Le Secours Populaire Français, qui a invité un millier d'enfants algériens à des vacances dc'été en France, a adressé une lettre au président Zéroual pour lui faire part de son "étonnement que 250 enfants soient privés de vacances". Une circulaire interministérielle algérienne de 1997 interdit l'envoi à l'étranger d'enfants algériens victimes du terrorisme, et cette interdiction aurait été étendue aux autres enfants, ceux empêchés de partir le 19 juillet ne faisant pas partie de cette catégorie.
(Le Monde 28.7) Pour la première fois depuis 1982, une délégation de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française s'est rendue en Algérie, du 20 au 24 juillet. Le socialiste François Loncle, qui conduisait la délégation, a constaté qu'"en Algérie, les choses bougent, évoluent" mais que "rien n'est simple" et que "tout manichéisme ou toute caricature est une faute contre la vérité".
(AP 24.8) Un accord de jumelage entre les villes de Vaulx en Velin (banlieue lyonnaise) et Cheraga (côté algéroise) a été mis au point le 23 août à Cheraga entre les maires des deux villes, qui entendent ainsi promouvoir les échanges entre jeunes et techniciens municipaux, et en matière de culture scientifique. Le maire de Vaulx en Velin, Maurice Charrier, entend également "marquer la reconnaissance de Vaulx en Velin pour la contibution des Algériens au développement de la ville". Les jumelages entre villes françaises et algériennes sont devenus très rares depuis 1991. Celui-ci était en projet depuis 1989.
(L'Humanité 27.8) Unne coordination des collectifs de solidarité avec l'Algérie créés dans la région parisienne a été mise sur poeds. Selon son animateur, Simon Blumenthal, "il ne s'agit ni d'unparti, ni d'un mouvement", mais d'un "courant de solidarité" où s'exprime "fortement" le besoin d'"organiser des initiatives à caractère national". Les collectifs de solidarité sont néanmoins "autonomes les uns des autres" et leurs membres "défendent des options diverses", tout en condamnant tous "l'intégrisme et ses violences". La coordination nationale entre eux reste "embryonnaire", mais devrait se développer. Pour Simon Blumenthal, "toutes les actions de solidarité qui se déroulent (en France) contribuent à sortir (les Algériens) de leur isolement" et confortent "d'une façon plus importante que l'on ne croit la résistance du peuple à l'islamisme". Simon Blumenthal ajoute que "l'idéologie intégriste existe à l'intérieur même du système" algérien, et qu'il y a des "passerelles" entre les GIA et "les islamistes du pouvoir" -que les "assassinats de certains intellectuels, hommes politique sou journalistes ont parfaitement arrangé".
(AFP 29.8) Six présumés islamistes algériens expulsés au Burkina Faso en août 1994 (avec 15 autres ressortissants Algériens et un Marocain) après avoir été assignés à résidence à Folembray, dans le nord de la France, réclament de connaître les charges qui pèsent sur eux et de pouvoir être "jugés et condamné.s en France". "Le moment est venu pour nous d'expliquer que nous condamnons le terrorisme", a déclaré l'un d'eux, Abdelkader Mechkour. Les "expulsés" se sont vu proposer de retourner en Algérie, ce qu'ils ont refusé, chacun y ayant perdu un proche parent. Leur famille, elle, est restée en France.
Le procès Chalabi
(Reuters 30.8) Un vaste procès impliquant 138 présumés islamistes, membres du "réseau Chalabi", doit s'ouvrir le 30 août à Fleury Mérogis, dans des conditions contestées par la Défense. Les deux tiers des avocats de la défense ont annoncé leur intention de ne pas participer à la séance d'ouverture pour protester contre la "justice d'exception" que constitue selon eux ce procès, le tribunal correctionnel de Paris devant siéger pendant deux mois dans un gymnase de l'administration pénitenciaire. Le procès concerne des Algériens ou des Français d'origine algérienne, arrêtés entre 1994 et 1996, principalement dans la région parisienne. Ils sont soupçonnés d'avoir animé des réseaux de soutien et d'approvisionnement en armes des maquis algériens et risquent jusqu'à dix ans de prison pour "association de malfaiteurs terroristes", détention illégale d'armes et de faux papiers ou infraction à la législation sur les étrangers. Aucun des prévenus n'est incriminé pour des actes terroristes commis en France. Selon l'accusation, le "réseau Chalabi" était structuré en trois groupes, l'un animé par Mohammed Chalabi, s'appuyant sur l'Association éducative des musulmans de France et servant essentiellement à la formation des militants et à l'approvisionnement en armes, le deuxième animé par Mourad Tacine, implanté dans le 10ème arrondissement de Paris et spécialisé dans l'hébergement et la confection de faux-papiers, et le troisième dirigé par Mohammed Kerrouche, basé dans le 18ème arrondissement de Paris, chargé des achats et du financement. Ce réseau aurait eu des liens avec des groupes islamistes implantés en Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne, Italie et Pays-Bas, et aurait été dirigé depuis l'Algérie par Mohammed Kerrouche. La plupart des accusés nient tout lien avec l'islamisme militant et 34 personnes initialement poursuivies dans le cadre de cette affaire ont déjà bénéficé d'un non-lieu. Seuls 25 prévenus comparaissent détenus. Le bâtonnier de Paris, Dominique de la Garanderie, s'est inquiétée des "conditions d'organisations de ce procès", rendu possible par un texte de loi "sur mesures" voté le 29 décembre 1997 pour permettre la tenue d'audiences antiterroristes hors du Palais de Justice de Paris. L'avocat de Mohammed Chalabi, Me Pierre Haïk, considère pour sa part qu'"on a privilégié l'effet spectaculaire au mépris des droits de la défense (...) et de la sérénité de la justice".
(AP 31.8, Reuters, AFP 1.9, Le Monde, Libération 3.9) Le procès des 138 Algériens et Français soupçonnés d'avoir constitué un réseau de soutien au GIA s'est ouvert le 1er septembre à Fleury-Mérogis, dans la contestation des avocats de la défense, dont la plupart devaient boycoter les audiences sitôt leur ouverture pour protester contre ce que l'un d'eux, Me Isabelle Coutant-Peyre, a qualifié de "simulacre de justice" et de "procès d'inquisition". Le Tribunal sera présidé par le juge Bruno Steinmann, l'accusation sera assurée par le substitut Bernard Fos. 107 accusés comparaissent libres, 27 détenus et 4 par contumace. Les principaux accusés sont Mohammed Chalabi, Mourad Tacine, Mohammed Kerrouche et El Habib Belhadj Ziane. Cette première journée a été marquée par une ambiance chaotique, les contestations de la Défense et l'insoumission des détenus. Quatre des 27 prévenus détenus ont refusé de quitter leur maison d'arrêt pour se rendre au procès, dont Mohammed Kerrouche, accusé d'être le chef et l'idéologue du réseau. D'entre ceux qui ont accepté de venir à l'audience, certains ont refusé d'être défendus par leurs avocats, d'autres ont réclamé des avocats d'office, d'autres encore, n'ayant pas reçu de citation à comparaître, ont récusé le tribunal. Au nom des avocats, Me Jean-Jacques de Felice a évoqué "une mascarade, une imposture, une unjustice absolue" et réclamé le renvoi d'un procès que les avocats n'acceptent pas de "cautionner" et lors duquel ils refusent d'être des "avocats alibis" -sur quoi 70 avocats quittent la salle, suivis d'une centaine de prévenus libres. Le tribunal a renvoyé la demande de renvoi du procès.
La deuxième journée du procès, le 2 septembre, s'est déroulés plus paisiblement, mais dans une salle à moitié vide, avec seulement quatre avocats de la défense. Onze autres avocats ont annoncé qu'ils allaient faire appel du maintien en détention de leurs clients. D'autres vont déposer des requêtes en suspicion légitime au motif que le tribunal serait dans l'impossibilité de rendre une "justice impartiale". Le syndicat de la Magistrature proteste à son tour contre "les procès de masse", qu'il qualifie d'"aberration (...) totalement étrangère à l'idée même d'une justice démocratique et individualisée". Des dénonciations de violences policières ont été transmises au tribunal. Quelques cas individuels ont pu être examinés par le tribunal, dont celui d'Ismaïl Debboub, qui admet être membre du FIS mais nie l'être du GIA, et affirme qu'il a été recruté par la Sécurité militaire algérienne pour "faire des contrats en France" et "engager d'autres truands".
(AP 2.9, Reuters 4.9) La plupart des avocats des 138 accusés du procès du "réseau Chalabi" ont décidé le 4 septembre de ne pas revenir à l'audience et ont demandé l'arrêt du procès. Seuls deux avocats, une trentaine de prévenus libres et trois prévenus détenus étaient pésents à l'ouverture de l'audience. Le tribunal a malgré tout examiné les charges pesant sur trois prévenus, lesquels étaient absents ainsi que leurs avocats. Le procès devrait durer jusqu'à fin octobre, s'il n'est pas interrompu. Les avocats réclament "l'arrêt de ce procès inéquitable et honteux, indigne d'un Etat démocratique" et "artificiellement construit dans le seul but de mettre en scène une justice spectacle". L'ouverture en France du procès des 138 présumés islamistes du "réseau Chalabi" n'a donné lieu à aucune réaction officielle algérienne, et n'a suscité que peu de commentaires dans la presse algéroise.
(Reuters 7.9) La cinquième audience du procès du "réseau Chalabi" s'est ouverte le 7 septembre à Fleury-Mérogis en la seule présence d'une quinzaine de prévenue libres et de trois prévenus détenus, dont un Allemand accusé d'avoir tenté en 1995 de vendre des armes et des explosifs à deux Tunisiens membres présumés du réseau. Martin Hoftstter a admis la tentative, mais a affirmé ignorer que les armes étaient destinées aux islamistes algériens.
(Libération 9.9) L'audience du 8 septembre du procès du "réseau Chalabi" s'est déroulée en présence de 10 prévenus libres sur 111 et de trois prévenus détenus sur 27. Onze des 70 avocats de la défense ont fait appel de la décision du président Steinmann de refuser la mise en liberté provisoire des détenus. Une quarantaine de rcours devant la Commission européenne des droits de l'Homme ont été déposés par l'avocat Alain Minkowski. La requête en "suspicion légitime" contre le tribunal a été déposée par 64 prévenus.
(AP, AFP 8.9, Le Monde 9.9) Le collectif d'une cinquantaine d'avocats assurant la défense des 138 islamistes présumés membres du "réseau Chalabi" jugés à Fleury-Mérogis fait circuler depuis le 7 septembre une pétition contre la poursuite de ce procès exceptionnel, auquel seuls une demie-douzaine d'avocats acceptent encore d'assister. La pétition avait déjà recueilli une soixantaine de signatures le 8 septembre. Parmi les premiers signataires : Danielle Mitterrand, Gilles Perrault, Jack Ralite, l'abbé Pierre, Noël Mamère, Alain Lipietz, Fodé Sylla, Théodore Monod, André Téchiné, Pierre Vidal-Naquet, Siné et Léon Schwartzenberg. La pétition, soutenue par SOS-Racisme et le Syndicat de la magistrature, dénonce les conditions du procès, "qui ne respectent ni le principe fondateur de la personnalisation des poursuites, ni le droit à un procès équitable, ni les droits de la défense", et ses signataires s'opposent "à la tenue de tels procès de masse et demandent que tout accusé soit jugé dans le respect des principes élémentaires" de l'"Etat de droit".
(Reuters 18.9) - La troisième semaine du procès de 138 islamistes présumés s'achève le 18 septembre à Fleury-Mérogis dans une ambiance de polémique alourdie par une intervention du juge d'instruction Gilbert Thiel, qui a instruit le dossier avec Jean-LouisBruguière, et met en doute dans un entretien avec le quotidien "Libération" la "bonne foi" des avocats qui ont quitté l'audience dès le premier jour, mais estime aussi que le choix de la salle d'audience n'était pas "la meilleure décision". "L'instruction a duré plus de trois ans. Pendant tout ce temps, les avocats ont eu le loisir de déposer des demandes d'actes ou d'annulation de la procédure" a déclaré le juge, qui a également estimé, concernant le choix d'un gymnase de l'administration pénitentiaire comme salle d'audience, qu'en "choisissant un lieu dont la symbolique ne pouvait échapper à personne, on a introduit (...) un sujet de polémique de plus dans un dossier déjà bien difficile". Le procès doit durer jusqu'à fin octobre. Il s'est résumé, depuis le départ des avocats et le refus de la plupart des prévenus de comparaître, à la lecture du dossier dans une salle vide par le président Bruno Steinmann. Mohamed Chalabi et ses 137 co-prévenus sont suspectés d'avoir implanté en France des réseaux de soutien logistique aux maquis algériens. Ils encourent dix ans de prison au maximum pour association de malfaiteurs terroriste.
(Libération 21.9) Le "procès Chalabi", toujours dénoncé par des magistrats et les avocats de la défense comme un "procès de masse", commence à rassembler à un "procès du vide". Sur la trentaine de cas examinés du 13 au 19 septembre, les deux tiers l'ont été en l'absence des prévenus et des avocats et la plupart des cas examinés prillent par leur caractère "pitoyable", écrit la journaliste de "Libération" Florence Aubenas : "En fait d'islam, de maquis ou d'armes, on inventorie les fonds de tiroirs de Barbès, pleins de secrets misérables et compliqués, de trafics minuscules, de magouilles obscures". Les audiences ont tout de même permis d'apprendre que les enquêteurs français avaient transmis à leurs collègues algériens les éléments qu'ils avaient rassemblés.
(AP 24.9) La Cour de cassation a rejeté le 24 septembre la requête du collectif des avocats de la défense du "procès Chalabi", qui contestent la légitimité du tribunal correctionnel de Paris pour juger ce dossier, et les conditions dans lesquelles se déroule le procès.
(Reuters 12.10) Le Procureur de Paris Jean-Pierre Dintilhac est intervenu le 12 octobre, alors que le président du tribunal venait de proclamer la clôture des "débats" du "procès Chalabi", pour tenter de "sauver" ce procès déserté par les accusés et leurs avocats. Le Procureur a demandé "solennellement" aux avocats de venir plaider et a averti que "le refus d'être défendu et de défendre ne saurait paralyser le déroulement d'un procès pénal (...) (sans) mettre en péril l'existence même de la justice". Il a demandé une suspension d'une journée du procès pour que son appel soit examiné par les avocats de la défense. Le tribunal a accepté cette demande. Le Procureur a réfuté la dénonciation par la défense du "procès Chalabi" comme "procès de masse" à la "localisation inadéquate" rendant la défense impossible.
(Reuters 14.10) Le substitut du procureur a entamé le 14 octobre à Fleury Mérogis son réquisitoire dans le procès des 138 membres présumés du présumé "réseau Chalabi", en affirmant que l'accusation avait démontré la participation des prévenus à un réseau chargé d'"approvisionner les maquis algériens en armes, en munitions et en faux papiers". Après le réquisitoire, une dizaine d'avocats (sur les soixante concernés par le procès) devraient plaider, les autres boycottant les audiences. Le 16 octobre, le substitut Fos a requis dix ans d'emprisonnement (la peine maximum) à l'encontre des chefs présumés du réseau, Mohamed Chalabi, Mohamed Kerrouche et Mourad Tacine, ainsi que contre Nourredine Talhadjt. L'accusateur a demandé leur maintien en détention ainsi, ainsi que pour vingt autres prévenus, et une interdiction définitive du territoire à l'encontre de 86 des 138 prévenus. Les peines requises contre les prévenus autres que les quatre "chefs" varient de quatre mois avec sursis à huit ans d'emprisonnement.
(Reuters 26.10) Le procès du "réseau Chalabi" est entré le 26 octobre dans sa dernière phase avec les interventions des prévenus, qui plaident eux-mêmes leur cause, en l'absence de leurs avocats. Parmi les prévenus "auto-défendus" le 26 octobre figurait une Française, fonctionnaire, renvoyée devant le tribunal sur la seule charge d'avoir accepté la sous-location de son appartement parisien à l'un des chefs du réseau, Mourad Tacine -ce pour quoi elle a purgé quatre mois de détention provisoire et se retrouve jugée pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", accusation sur la base de laquelle le substitut du procureur a requis quatre mois de prison avec sursis. Lors de son "auto-plaidoirie", la prévenue, qui s'affirme chrétienne, a dénoncé les amalgames de l'instruction, "les rafles, les enquêtes bâclées, les soupçons systématiques", toutes choses "graves pour l'image de la démocratie".
(Reuters 27.10) Le procès des 138 accusés du "réseau Chalabi" s'est achevé le 27 octobre à Fleury-Mérogis après 40 journées d'audiences boycottées par la plupart des prévenus et de leurs avocats. Le Tribunal a annoncé qu'il rendrait sa décision le 22 janvier 1999. La peine maximale de 10 ans de prison a été requises contre les chefs présumés du réseau, Mohamed Kerrouche, Mohamed Chalabi, Mourad Tacine et Nourredine Talhadjt. Les autres peines requises vont de quatre mois de prison avec sursis à 8 ans de prison ferme. Des interdiction définitive du territoire ont été réclamées contre les deux tiers des accusés. Les peines dmandées couvrent souvent les périodes de détention provisoire déjà purgées. Mohhamed Kerrouche a affirmé que son "seul et unique tort est d'être condamné à mort par la junte militaire algérienne" et qu'il était accusé non pour ce qu'il avait fait, mais pour ce qu'il étzait. Mourad Tacine a nié toute appartenance à la mouvance islamiste. Seuls 27 des 138 prévenus comparaissaient détenus, mais presque tous les accusés ont purgé des périodes parfois longues de détention provisoire.
(Le Monde 5.9) Le ministère français de l'Intérieur a suspendu le 9 juillet l'émission "connaître l'Islam", diffusés le dimanche matin sur la chaîne publique France 2 dans le cadre des programmes religieux. Créée en 1981 à la demande du président Mitterrand, parraînée par l'islamologue Jacques Berque, l'émission a été supprimée et sera remplacée probablement par une émission appelée "Vivre l'islam" et produite par une association portant le même non, constituée à l'initiative du ministère de l'Intérieur. L'émission supprimée semble résumer, écrit dans "Le Monde" Henri Tincq, "tous les maux de l'islam en France : ingérences étrangères, mainmise affairiste, conflits de clans, attentisme des pouvoirs publics". L'émission était parraînée par une association dont Zine Bentabed, 89 ans, avait été nommé président à vie. Bentabed n'a accepté de démissionner qu'après la décision du ministère de l'Intérieur de supprimer l'émission. Il avait pendant longtemps bénéficié de protections politiques françaises, de gauche (Georges Dayan, ami de François Mitterrand et natif d'Oran, comme Bentabed, ou Maurice Benassayag, ancien délégué du PS aux rapatriés d'Algérie) ou de droite (comme André Damien, conseiller de Charles Pasqua). Il avait littéralement "vendu" son émission en 1990 (tout en en restant théoriquement le "parrain") à un homme d'affaire algérien, Abdelaziz Tolbi, qui en était devenu le producteur exécutif et s'en servait à des fins personnelles pour renforcer sa position face aux autorités des pays du Golfe avec lesquels il négociait la production d'émissions télévisées pour les enfants, pour diffuser des reportages promotionnels sur les pays du Golfe ou des librairies islamiques, pour y faire "passer" ses amis (notamment le colonel Hocine Senoussi, ancien attaché militaire algérien en Irak reconverti dans les affaires et impliqué dans plusieurs scandales financiers, ou l'ancien ministre algérien de l'Intérieur Abdelmajid Meziane, parent du précédent et candidat à la direction de la Mosquée de Paris). Résultat : au moment de sa "suspension", l'émission n'attirait plus que 100'000 téléspectateurs, soit 0,2 points d'audience -sept à huit fois moins qu'à ses débuts. Pour se "débarrasser" de "Connaître l'islam", la chaîne de télévision a du accorder au producteur exécutif environ 4,5 millions de FF. Ce long cafouillage illustre la faiblesse de la représentation institutionnelle de l'islam en France, deuxième religion du pays mais seule communauté religieuse importante à n'avoir pas réussi à se doter d'institutions représentatives, alors que toutes les communautés chrétiennes, la communauté juive, la communauté bouddhiste et les plus petites communautés religieuses disposent d'autorités reconnues.
(AFP 14.9) L'ancienne ministre Simone Veil, membre de la mission de l'ONU envoyée en Algérie à l'été 1998, a appelé le 14 septembre à aider les Algériens "contre le terrorisme, contre les fanatiques, contre (un) islamisme de haine qui veut imposer sa loi" et dont "les actes terroristes complètement gratuits" ne peuvent être comparés avec "ce qui peut être fait" par les forces gouvernementales pour le combattre, même si, reconnaît Simone Veil, des excès sont commis. Simone Veil a rendu hommage aux femmes algériennes et souhaité qu'elles constituent "une force" pour "soutenir un candidat" lors des prochaines élections présidentielles.
(AP, 16.9 ) Cinq personnes interpellées mercredi à Paris par la brigade criminelle dans le cadre d'une enquête portant sur l'agression dont avait été victime l'adjoint du recteur de la mosquée de Paris ont été remises en liberté. Aucune charge n'a été retenue contre ces quatre Algériens et ce Marocain, qui avaient occupé par le passé différentes fonctions au sein de la mosquée de Paris. Le 28 mai dernier, Mahjoub Bentebria, 44 ans, directeur de l'administration générale de la mosquée de Paris, avait été surpris dans le parking souterrain de son immeuble du 13e arrondissement par deux hommes. L'un d'entre eux était encagoulé. L'ajoint du recteur Boubakeur avait été roué de coups à l'aide d'une barre de fer et défiguré au cutter.
(AFP 2.10) Une "caravane d'associations démocratiques algériennes" a entemé le 2 octobre à Toulouse un périple d'un mois à travers 14 villes françaises dans le but de "donner une autre image de l'Algérie". L'opération a été lancée officiellement par le président du Conseil général de Haute-Garonne, le socialiste Pierre Izard. Une quarantaine de personnes venues d'Algérie pour représenter une dizaine d'associations algériennes participeront à ce tour de France, aux côtés de représentants d'associations françaises, pour senbiliser la population française au projet d'un "réel partenariat entre les deux rives de la Méditerranée". Les associations représentées sont actives dans tous les domaines de la vie sociale. Trois journalistes, un groupe théâtral, des musiciens et une réalisatrice venus d'Algérie participent à l'opération, dont l'idée est née à Alger en décembre 1997 et a été relayée par l'association AYDA, avec le soutien du Conseil général de Haute-Garonne, du Conseil régional de Midi-Pyrénées, du ministère français des Affaires étrangères et du centre culturel français d'Alger.
(Le Monde 8.10) Le Tribunal correctionnel de Paris a relaxé le 5 octobre le quotidien "Le Monde" et son journaliste Jean-Pierre Turquoi, au terme d'un procès en diffamation intenté par le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) après que ce parti ait été qualifié dans "Le Monde" de "relais politique" des clans au pouvoir en Algérie, en donnant comme exemple l'appel lancé par Saïd Sadi à repousser la date des élections locales. Le tribunal a estimé qu'"imputer à un parti politique d'avoir des liens avec certains dirigeants du pouvoir et d'en être le relais (...) relève de la polémique qui doit être tolérée dans le cadre d'un débat démocratique" et qu'il ne s'agit que de "l'expression d'une opinion, certes engagée, voire partisane, mais qui doit pouvoir être librement exprimée".
(APS, El Moudjahid, Al Chaab 17.10, 18.10) Déclarations et manifestations symboliques, telle celle organisée par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) à Paris ont marqué la commémoration du 37ème anniversaire de la répression sanglante par la police parisienne sous les ordres du préfet Papon des manifestations pacifiques des Algériens de la région parisienne, le 17 octobre 1961. Plusieurs partis politiques et associations demandent au gouvernement français de faciliter l'accès aux archives et de repenser l'enseignement de l'histoire à propos de la répression des manifestations du 17 octobre 1961 à Paris. Les signataires de l'appel, dont le MRAP, le Parti communiste et les Verts, demandent au gouvernement de "reconnaître cette liberté fondamentale que constitue l'accès aux archives". Selon les chercheurs, les possibilités de consulter les archives sur les évènements de 1961 sont presque nulles : "On en est toujours à la case départ malgré la consultation de quelques maigres documents", se plaignent Jean-Luc Einaudi et David Assouline, qui tentent depuis des années de poursuivre une recherche sur le sujet.
(APS 19.10) La France officielle s'apprête à reconnaître pour la première fois qu'elle a livré entre 1954 et 1962 une "Guerre d'Algérie". Une plaque devrait être apposée début 1999 sur l'Arc de triomphe à Paris, rendant "hommage" aux Français morts pendant la Guerre d'Algérie ainsi officiellement reconnue.
(AFP 27.10) Le médiateur de la République française, Bernard Stasi, en mission exploratoire en Algérie pour "Cités Unies-France" (dont il est le président) a estimé le 27 octobre que l'Algérie était engagée "de manière irréversible dans la voie de la démocratie", que "le pluralisme politique est une évidence" et que "la menace islamiste est écartée". "Il y aura peut-être des reculs, des retours en arrière, mais une dynamique est en marche", a considéré le Maire d'Epernay, qui a indiqué le le ministre de l'Intérieur algérien, Mostefa Benmansour, était "d'accord pour une coopération décentralisée" entre municipalités algériennes, françaises, espagnoles, italiennes et belges. Une délégation de la Fédération mondiale des Cités Unies (FMCU) devrait se rendre en Algérie au printemps prochain pour définir les contours de cette coopération.
(Libération 26.10) Le quotidien français "Libération" rend abondamment compte dans son édition du 26 octobre de ce qui semble être une pratique systématique de la police française à l'égard des policiers algériens ayant fui leur pays : tenter de les transformer en indicateurs. Le journal publie plusieurs témoignages d'anciens policiers algériens réfugiés en France et à qui la police française a proposé de "collaborer" en échange de papiers d'identité ou de permis de séjour. Six anciens policiers algériens rencontrés par "Libération" se retrouvent sans papiers, vivant dans la clandestinité, pour avoir refusé le marché de la police française : l'"asile territorial" contre des renseignements. "Libération" publie en outre le témoignage d'un Algérien réfugié aux Pays-Bas, recruté comme indicateur de la DST (contre-espionnage français) sur la promesse d'obtenir des papiers, un autorisation de travail et un logement, promesses non tenues.
(Reuters 28.10) Le président (PS) de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, Jack Lang, a dénoncé le 28 octobre "une forme insidieuse de censure : la censure économique" frappant la presse algérienne "au moment où l'Algérie entre en campagne électorale". "Aucune démocratie ne peut se construire sans respect de la liberté d'opinion", estime l'ancien ministre, pour qui "la liberté de la presse, comme la libre-circulation des journalistes et observateurs étrangers en Algérie, constitue un facteur essentiel de la crédibilité du processus électoral".
(AFP 22.11) Le Mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, a dénoncé lors d'un entretien avec l'AFP "l'inertie des pouvoirs publics français" face à l'islamisme, à qui "on laisse le champ libre (...) sous le prétexte du respect de la laïcité" -laïcité dont il considère qu'elle est une chance pour l'islam. Soheib Bencheikh dénonce "l'ansence de concertation" qui laisse le champ libre à toutes sortes de tentatives d'organiser l'islam en France sans tenir compte "du souhait majoritaire des musulmans de ce pays : vivre un islam modéré" et tolérant. Or "le seul apte à organiser l'islam en France, c'est l'Etat", affirme Soheib Bencheikh, qui plaide pour la mise en place d'une "organisation susceptible non pas de représenter tous les musulmans, ce (qui) serait utopique et dangereux, mais un islam fondé sur une vraie connaissance théologique". Au lieu de quoi, selon le Mufti de Marseille, "une fois par an on passe la tondeuse pour couper ce qui a poussé : terrorisme, réseaux, agitation", tout en "sacrifiant l'islam républicain, autonome, intégré dans la laïcité, au nom d'intérêts économiques ou diplomatiques". Soheib Bencheikh dénonce aussi "l'attitude déplorable" de chrétiens ou de laïques qui préfèrent dialoguer avec "les tenants d'un islam à la fois obscurantiste et revanchard, jugé d'autant plus authentique qu'il est différent", qu'avec les musulmans modérée et tolérants. Or "dialogier avec ceux qui rêvent de républiques islamiques dans les pays musulmans, c'est banaliser leur extérimisme, c'est leur accorder une légitimité".
(Reuters 23.11, 25.11) Le procès de huit militants présumés du FIS, arrêtés en 1995 et 1996 et soupçonnés de trafic d'armes au profit des islamistes armés en Algérie, s'est ouvert le 23 novembre devant le Tribunal correctionnel de Paris. Les huit hommes sont accusés d'avoir implanté en France une branche d'un réseau animé par Djamel Lounici, déjé condamné en France et assigné à résidence en Italie. Trois des prévenus comparaissent détenus, dont le responsable présumé du groupe, Mohamed Merad. Les accusés encourent au maximum dix ans de prison pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Des peines de un à sept ans ont été requises contre eux le 25 novembre. Une peine de sept ans a été requise contre Mohamed Merad. L'interdiction du territoire français a été requise pour tous les prévenus étrangers.
(APS 29.11) Des assises pour un "nouveau partenariat Algérie-France-Europe" se sont ouvertes le 27 novembre à Marseille, avec la participation de 200 personnes, à l'initiative du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur, afin de lancer une "politique volontariste" de coopération entre les deux rives de la Méditerranée, d'impulser une "croissance réproque" et d'explorer l'"immense" champ des "coopérations possibles". Les organisateurs des assises proposent une "révision des rapports d'inégalité et de dépendance" et une "mutation" des relations économiques, culturelles et humaines algéro-franco-européennes.
(El Watan 29.11) Un protocole d'accord entre les municipalités de Saint-Denis, dans la région parisienne, et de Larbâa Nath Irathen (Kabylie) a été signé le 28 novembre. Il concerne des projets d'insertion des jeunes, de formation des cadres et des élus communaux de Larbâa Nath Irathen, l'amélioration du service public. Le projet entend privilégier "le développement des métiers de l'art traditionnel", de "jeter les bases d'un tourisme à dimension internationale", de relancer les fêtes locales, de créer un office du tourisme et de "réhabiliter l'image touristique de la région".
(APS 3.12) L'Ambassadeur de France en Algérie, Alfred Siffer Guallardin, a prédit "une reprise et un renforcement des relations économiques" franco-algériennes, après plusieurs visites de délégations d'hommes d'affaires français en Algérie. Selon l'ambassadeur, de nombreuses entreprises françaises, notamment dans les secteurs industriels, pharmaceutiques ou agro-alimentaires, ont déjà noué des contacts d'affaires, voire lancé des projets de partenariat avec des opérateurs algériens. et "il faut s'attendre en 1999 à la concrétisation d'un certain nombre de projets qui ne manqueront pas de susprendre plus d'un par leur ampleur".
(APS 14.12) Le Centre français du commerce extérieur (CFCE) a organisé à Paris une journée d'information (après trois journée du même genre organisées par différentes chambres de commerce) sur les opportunités d'investissement en Algérie. Pour le chef de la mission économique et financière de l'ambassade de France à Alger, Olivier Louis, ces manifestations "témoignent à l'évidence de la volonté d'un retour de l'intérêt des entreprises françaises pour le marché algérien", constat partagé par le sous-directeur du département Maghreb du ministère français des Affaires étrangères, Nicolas Schibaeff, qui a affirmé que le gouvernement français était déterminé "à apporter le soutien des pouvoirs publics français à tous ceux qui peuvent contribuer au développement de cette nouvelle dynamique d'une relation ancienne et dense".
1999
(AFP 10.1) Onze personnes vont être jugées à Paris à partir du 12 janvier pour leur appartenance présumée à un réseau d'aide aux islamistes armés algériens, le réseau dit de l'"hôtel de l'Harmonie" (où plusieurs accusés résidaient), dans le 15ème arrondissement parisien. Selon l'accusation, le réseau était basé en France, où il aurait été en contact avec le "réseau Chalabi" qui a fait l'objet d'un "procès de masse" (138 accusés) en automne 1998 à Fleury Mérogis (jugement prévu le 22 janvier), et avait des connections avec d'autres réseaux islamistes en Belgique, en Allemagne et en Espagne, ainsi qu'en Belgique, où il aurait eu des liens avec le groupe dirigé par Ahmed Zaoui. Parmi les accusés du procès du "réseau de l'hôtel de l'Harmonie", Ali Chami, extradé d'Allemagne en 1995, qui aurait été en relations étroites avec Rabah Kébir. Le réseau a été démantelé en mars 1995, avec des arrestations en Espagne et à Paris (dont celle du gérant de l'hôtel de l'Harmonie, Sina Cherifi). La police avait saisi des fusils d'assaut et des pistolets mitrailleurs. La plupart des prévenus assurent être de simples sympathisants du FIS. Le procès pourrait durer jusqu'à fin janvier.
(Reuters, AP 12.1) Le procès de sept Algériens et d'un Français (le réseau dit de l'"Hôtel de l'Harmonie") soupçonnés de trafic d'armes au profit des maquis islamistes algériens s'est ouvert le 12 janvier devant le Tribunal correctionnel de Paris. Le réseau, démantelé en 1995, avait selon l'accusation des ramifications en Espagne, en Belgique et en Allemagne, mais aucune responsabilité dans les attentats commis en France en 1995 par les GIA. Les principaux accusés sont un Algérien, Sid Ahmed Bekkat, et un Français, Mohamed Bettayeb, mais seul le premier est détenu. Seuls deux des six autres prévenus sont emprisonnés. Un troisième responsable du réseau, Mohammed Ghebrit, Algérien, sera jugé en avril. Les prévenus encourent jusqu'à dix ans de prison pour "association de malfaiteurs terroristes" et détention d'armes. Les avoats de la défense ont demandé le renvoi du procès, compte tenu de l'absence de Mohamed Ghebrit, emprisonné en Espagne pour infraction à la législation sur les armes. Le Tribunal a refusé cette requête et ordonné la poursuite du procès.
(Le Monde 14.1) En affirmant à la télévision qu'une Algérienne sans papiers présent en France depuis dix ans pouvait obtenir sa régularisation sur la base de la loi qui porte son nom, le ministre français de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement a oublié que si "sa" loi prévoit en effet l'attribution d'une carte de séjour à tout étranger pouvant prouver qu'il vit habituellement en France depuis au moins dix ans, même irrégulièrement (sauf dans les cas de polygamie), cette disposition ne s'applique ni aux Algériens ni aux Tunisiens, du fait d'accords bilatéraux ayant prééminence sur la loi interne française, et qui fixent à 15 ans la durée nécessaire du séjour pour obtenir un titre de séjour.
(Reuters 19.1) Sept Algériens et un Français ont été condamnés le 19 janvier à Paris à des peine de un à six ans de prison ferme pour "association de malfaiteurs terroristes", c'est-à-dire avoir participé à un trafic d'armes au profit des islamistes algériens. Arrêtés en 1995 et 1996, les huit hommes auraient établi en France une branche du réseau animé de Djamel Lounici. La peine la plus élevée (six ans de prison ferme et dix ans d'interdiction du territoire) a été prononcée contre le responsable présumé du groupe, Mohamed Merad. Cinq des huit accusés comparaissaient libres et pourraient le rester s'ils font appel du jugement.
(Reuters 22.1) 51 des 138 accusés du procès du "réseau Chalabi" ont été relaxés d'"association de malfaiteurs" le 22 janvier par le tribunal correctionnel de Paris et la plupart des condamnés l'ont été à une peine inférieure à leur temps de détention préventive. 20 des accusés "relaxés" du principal chef d'accusation ont toutefois été condamnés pour d'autres motifs, moins graves (séjour irrégulier, recel de vol, usage de faux papiers etc...). Les trois chefs présumés du réseau, Mohamed Chalabi, Mohammed Kerrouche et Mourad Tacine, ont été condamnés à huit ans de prison ferme. 84autres prévenus ont été condamnés pour "association de malfaiteurs terroristes", dont 52 à une peine inférieure à quatre ans de prison ferme (et les 32 autres à une peine supérieure). La plupart des condamnés de retourneront pas en prison compte tenu des période de détention provisoire déjà purgées. Seuls 27 condamnés comparaissant détenus, dont Mohamed Chalabi, Mohammed Kerrouche et Mourad Tacine, resteront en prison. 51 condamnations sont assorties d'interdiction définitive ou temporaire de résider en France. Le jugement est très en-dessous des réquisitions du Parquet, qui avait demandé la peine maximale de dix ans contre Mohamed Chalabi, Mohammed Kerrouche, Mourad Tacine et Mourredine Talhadj, et des peines de quatre mois avec sursis à huit ans ferme contre les 134 autres accusés. 110 accusés comparaissaient libres, 24 détenus et quatre étaient en fuite. Boycotté par la plupart des prévenus et des avocats, le procès avait été dénoncé par eux comme un "procès de masse" et une manifestation de "justice-spectacle" reposant sur des "méthodes d'amalgame". La Fédération internationale des droits de l'Homme avait considéré dans un rapport publié le 21 janvier que "les preuves retenues à l'encontre de nombreux prévenus, peut-être même la majorité des 138 personnes concernées, sont d'une telle insuffisance qu'elles ne peuvent en aucun cas entraîner la condamnation pour une infraction aussi grave" que l'"association de malfaiteurs terroristes".
(AFP 26.1) Plusieurs dizaines de millions de mines, dont plus de dix millions de mines antipersonnel, sont encore enfouies dans les pays du Maghreb, selon des estimations fournies par des experts lors d'un séminaire organisé à Tunis par l'Observatoire des Transferts d'Armements et l'Institut arabe des Droits de l'Homme. Le plus gros contingent de mines dans la région date de la deuxième guerre mondiale et de la période des conflits coloniaux. Les plus récentes (2,5 à 3 millions de mines) ont été posées par le Maroc autour du "mur de sable" à la limite du Sahara occidental et sur sa frontoère avec l'Algérie. Une vingtaine de types de mines différentes ont été recensés dans la région. Près de dix millions de mines datant de la Guerre d'Algérie se trouvent encore sur les frontières avec la Tunisie et le Maroc. En novembre, un vieillard algérien a été tué en sautant sur une mine près de la frontière algérienne et sur cent personnes amputées en Tunisie, une l'est après avoir été blessée par une mine. La Tunisie a ratifié le traité d'Ottawa interdisant la production, l'utilisation, le stockage et la vente des mines antipersonnel; l'Algérie et la Mauritanie ont signé (mais pas encore ratifié) le traité. Le Maroc et la Libye ont refusé de s'y associer.
(AP 26.1) La Cour d'appel de Paris a réduit le 26 janvier les peines de certains condamnés du réseau islamiste dit de "Chasse sur Rhône", jugés en février 1998 pour avoir apporté un soutien logistique aux maquis islamistes algériens. 12 des 40 prévenus avait fait appel. Deux d'entre eux, Mehdi Ghomri et David Valat, condamnés à sept et six ans de prison, ont vu leur peine allégée d'une année. Un troisième, Lahcène Bensaver, condamnés à trois ans de prison ferme, s'est vu octroyer le sursis. Les qautres peines ont été confirmées, à l'exception de la peine de privation des droits civiques infligée aux 11 prévenus de nationalité française, qui a été ramenée de 10 à 5 ans.
(AP 27.1) Dans un entretien tendu accordé à l'hebdomadaire algérien "El Manchar", le président du Front National "canal historique", Jean-Marie Le Pen, a refusé de demander pardon au peuple algérien pour son implication dans des actes de torture qu'il aurait commis pendant la Guerre d'Algérie, actes qu'il a nié avoir commis.
(Reuters 29.1) Le Secrétaire général du ministère français des Affaires étrangères, Loïc Hennekinne, s'est rendu le 29 janvier en Algérie pour une visite de travail au cours de laquelle il posera la première pierre d'une usine de fabrication d'insuline, construite en partenariat franco-algéro-danois, et inaugurera le nouveau service des visas du consulat général de France à Alger.
(Reuters 11.2) La France a publié le 11 février la liste des 58 pays (dont 43 en Afrique) qui bénéficieront en 1999 de son aide publique bilatérale au développement, dans le cadre de sa nmouvelle "Zone de solidarité prioritaire" (ZSP). Cette liste inclut les 36 pays du "pré carré" traditionnel de la France (dont les pays francophones d'Afrique noire, Haïti et le Cambodge), mais y intègre pour la première fois les trois pays du "Maghreb francophone", l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. La ZSP est supposée marquer la fin de la conception traditionnelle française de la coopération, distinguant les "pays du champ" (essentiellement d'anciennes colonies, protectorats ou mandats français) et les autres. Le ministre de la Coopération, Charles Josselin, n'a pas caché que cette zone était pour la France un instrument d'influence, mais a affirmé que cette influence s'exercerait "pour aider la démocratie". La France consacrera en 1999 47 milliards de FF (environ 12 mias de FS) à la coopération internationale.
(El Watan 23.2) Plus de 600 visas sont délivrés par jour par les services du consulat général de France à Alger, et le chiffre des 200'000 visas pourrait être atteint en 1999. La réouverture des services du consulat de France d'Alger ne dispense cependant toujours pas les demandeurs de visas de s'adresser au bureau de Nantes. Quant aux consultats français d'Oran et d'Annaba, leur réouverture n'est pas prévue à brève échéance.
(AP 4.3) Huit personnes, de nationalités française et algérienne, ont été inculpées (trois d'entre elles étant écrouées) après le démantèlement d'un trafic international de voitures volées entre Marseille et l'Algérie. Un réseau très structuré acheminait par bateau des voitures volées, 4x4 ou berlines de luxe, vers l'Algérie, où elles étaient revendues. La plupart de ces véhicules étaient volés, souvent avec violence, à leur propriétaire dans la région de Marseille. Au total, on estime qu'au moins cinq véhicules volés traversaient ainsi chaque semaine la Méditerranée depuis un an.
(APS 6.3) Des journées économiques sur l'Algérie auront lieu de 24 au 26 mars en France à l'initiative du MEDEF-International, structure de relations extérieures du patronat français. Une première rencontre aura lieu à Paris les 24 et 25 mars, une seconde à Marseille le 26. L'ambition est de "favoriser des partenariats, des joints-ventures et des opérationsd'investissement direct en Algérie".
(AFP 14.3) Le film "Vivre au Paradis", du cinéaste franco-algérien Bourlem Guerdjou, chronique de la vie des Algériens dans les années 50 et 60 dans la région parisienne, sort le 17 mars en France. Avec en toile de fond la guerre d'Algérie, les rafles et les tabassages policiers, les pressions et le racket du FLN, le film raconte la vie d'une famille algérienne vivant dans le bidonville de Nanterre. Adapté d'un livre de Brahim Benaïcha, coproduit par la France, la Belgique et la Norvège, "Vivre au Paradis" a été primé aux festivals de Venige, Bastia et Carthage.
(Reuters 16.3) Le procès de 24 organisateurs et responsables présumés d'attentats commis en 1995 en France et revendiqués par des GIA, se déroulera au Tribunal correctionnel de Paris du 1er au 30 juin. Ces attentats avaient fait huit morts et 250 blessés entre juillet et octobre 1995. Le procès concerne leur préparation, mais non leur exécution -laquelle fera l'objet d'un procès ultérieur. Les accusés risquent dix ans de prison pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Parmi eux figurent les deux auteurs présumés de plusieurs des attentats de 1995, Smaïn Aït Ali Belkacem et Boualem Bensaïd. Rachid Ramda, trésorier présumé des poseurs de bombe, sera jugé par défaut, étant emprisonné en Grande-Bretagne et la France n'ayant pas encore réussi à obtenir son extradition.
(Le Matin 21.3) La communauté algérienne en France votera le samedi 10 avril, soit inq jours avant la date officielle du scrutin. Le vote pourrait s'étaler sur cinq jours pour ne se terminer que le jeudi 15 au soir.
(APS 25.3) 3200 entreprises françaises ont travaillé avec l'Algérie en 1998, pour une activité globale d'une valeur de 15 milliards de FF (3,7 mias de FS) a indiqué le 24 mars le président de la Chambre française de commerce et d'industrie en Algérie (CFCIA), Michel de Cafarelli, qui n'en a pas moins considéré que le courant d'affaires entre la France et l'Algérie restait "bien en deçà de ce qui devrait être". Des journées économiques ont réuni le 24 mars à Paris les opérateurs algériens et français. Le directeur général de l'Agence algérienne de promotion, de soutien et de suivi de l'investissement (APSI, Khaled Bouguerra, a indiqué que 44 projets sur les 237 dossiers d'investissements étrangers déposée auprès de l'agence l'ont été par des entreprises française (soit 18 % de l'ensemble des projets", ce qui pour Khaled Bouguerra également "reste bien en deçà des opportunités".Le délégué au Conseil national des participations de l'Etat algérien (CNPE), Sid Ahmed Tibaoui, a invité les dirigeants économiques et les milieux d'affaires français à prendre conscience des multiples opportunités d'investissements offertes "à une heure de Marseille et deux heures de Paris".
(APS 7.4) Près de 700'000 (680'763) ressortissants algériens établis en France sont appelés à partir du samedi 10 avril à participer à l'élection présidentielle. La "communauté nationale algérienne à l'étranger" représente, tous pays confondus, 773'794 électrices et électeurs (dont près de 90 % en France) le corps électoral algérien total est estimé à 17'494'136 électrices et électeurs inscrits, dont une majorité (9,615 millions) d'hommes. En France, 22 centres et 109 bureaux de vote ont été prévus par les missions diplomatiques et consulaires algériennes et seront protégés par la police française. Chacun des sept candidats à l'élection aura son propre représentants dans les bureaux. Près de la moitié (302'285 personnes) des électeurs algériens de France résident dans la région parisienne, où 45 bureaux de vote seront ouverts. Les autres régions à forte implantation algérienne sont la région Rhône-Alpes , la région marseillaise et la région de Lille, toutes trois comptant entre 50'000 et 60'000 électeurs algériens. La campagne électorale s'est déroulée calmement et normalement en France, les comités de soutien à Hocine Aït Ahmed, Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Taleb Ibrahimi ayant été les plus actifs. La campagne a été relayée par les radios maghrébines en France, notamment "Beur FM" (10 stations en France, 400'000 auditeurs journaliers), et, sur internet, par Canal Plus. Les candidats eux-mêmes n'ont cependant pas pu tenir des meetings, une circulaire du ministère français de l'Intérieur l'ayant exclu. Des débats et des tables rondes ont par contre pu être organisés.
(AP 9.4) Un haut fonctionnaire algérien, en poste au ministère des Affaires étrangères, et dont l'identité n'a pas été révélée, a été interpellé avec sa concubine le 7 avril par les douaniers français sur le port de Marseille alors qu'il tentait de faire passer deux voitures (une BMW et une Mercedes) volées en Belgique vers un ferry à destination de l'Algérie. Le haut fonctionnaire, porteur d'un passeport diplomatique mais non accrédité en France, a été placé sous contrôle judiciaire, interdit de quitter le département des Bouches du Rhône (Marseille) et comparaîtra devant la justice le 20 mai. Depuis le début de l'année, 200 voitures volées ont été saisies sur le port de Marseilles dans le cadre de la lutte contre ce type de trafic.
(AFP, AP 10.4) Les 680'000 Algériens appeler à voter en France pour l'élection présidentielle se sont faiblement mobilisés le 10 avril pour le premier jour du scrutin réservé aux électeurs de l'étranger, et la participation électorale s'est située, selon les estimations des responsables consulaires, à environ 10 % à la fin de la journée (mais les bureaux de vote sont ouverts pendant six jours). Aucun des incidents qui s'étaient produits lors de l'élection présidentielle de 1995 n'a été constaté, les autorités algériennes et françaises ayant pris leurs précautions (plus de locaux, des locaux plus grands, des services d'accueil et des postes d'urgence) pour éviter les bousculades et les dizaines de personnes frappées de malaises qui avaient alors marqué le scrutin en France. Selon les observateurs (et quelques sondages officieux), le vote de la communauté algérienne de France devrait se porter principalement, et probablement dans l'ordre, sur Hocine Aït Ahmed, Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Taleb Ibrahimi.
(AP 13.4) Le procès de onze islamistes présumés, poursuivis sous l'accusation d'avoir constitué un réseau de soutien aux GIA algériens, démantelé en mars 1995 à Barcelone et Paris, a repris le 13 avril à Paris. Il avait été suspendu en raison de l'absence de trois prévenus incarcérés à l'étranger, et qui ont été transférés en France depuis l'Espagne (Mohammed Ghebrit) et la Belgique (Abdelafel el Majda, Brahim ben Boudriah), où ils étaient détenus sous la condamnation ou l'accusation de détention d'armes. Les onze accusés du procès français le sont d'"association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroristes", et risquent jusqu'à dix ans de prison.
(AFP, AP 16.4, Le Monde 18.4) Le ministère français des Affaires étrangères a fait savoir le 16 avril que la France était "préoccupée" par les circonstances de l'élection présidentielle algérienne, a rappelé que "les autorités algériennes s'étaient engagées à plusieurs reprises à garantir la tenue d'élections libres, transparentes et secrètes". Le gouvernement français a fait savoir qu'il continuait d'"espérer que les apirations à la démocratie du peuple algérien puissent s'exprimer dans un cadre pluraliste". Le ministre des Affaires européennes Pierre Moscovici a considéré qu'"avec le retrait de six candidats sur sept, cette consultation n'a pas pu se dérouler dans des conditions pluralistes" et a souhaité que le processus démocratique "se poursuive" en Algérie. Quant au ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, il a considéré qu'il y avait "manifestement un décalage entre l'espérance qui s'attachait à cette élection et ce qui s'est finalement produit". Le Premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a estimé qu'Abdelaziz Bouteflika ne pourra pas "tirer de ce scrutin une légitimité, même s'il a l'apparence de la légalité", et Daniel Cohn-Bendit a demandé que "tout le monde fasse pression sur l'Algérie pour un vrai scrutin démocratique". Abdelaziz Bouteflika a averti le 16 avril la France qu'il n'acceptera pas ni "tutelle" ni "ingérence" étrangère, dans une réplique au gouvernement français. Le nouveau président, qui considère que "La France doit cesser de faire de l'Algérie un point de fixation", s'est déclaré "profondément choqué" par les commentaires français après son élection, mais s'est néanmoins déclaré déterminé à travailler au rapprochement franco-algérien. Il avait pendant la campagne attribué le déséquilibre des relations franco-algériennes au "vide du pouvoir" en Algérie, et proclamé que "le vide est terminé" et que "plus fort sera le régime algérien, plus les intérêts français seront préservés". Aux quotidiens français "Le Parisien" et "Le Monde", il a également déclaré que les rapports franco-algériens doivent être fondée "politiquement sur le respect mutuel, économique sur l'échange fécond et équilibré, socialement sur la libre circulation des hommes (et) culturellement sur la coopération technique et scientifique".
(APS 22.4) Des peines de trois à huit ans (pour Sid Ahmed Bekkat, Messaoud Ghebrit et Ali Chami) de prison ont été requises par le Parquet dans le procès tenu à Paris contre les membres du "réseau de l'hôtel de l'Harmonie", accusés d'avoir constitué un réseau de soutien aux GIA algériens . Le Substitut du procureur a considéré qu'il s'agissait d'un "réseau activiste (...) complexe, mouvant, protéiforme", et qu'il "est incappebtale et intolérable pour l'autorité publique de laisser (...) se développer sur le territoire français" des "agissements" allant, selon l'accusation, jusqu'au trafic d'arme.
(AP, Le Soir d'Algérie 29.4) La police algérienne des frontières a arrêté le 5 avril 22 détenteurs de faux visas français, en partance pour Marseille, à Annaba. Les visas étaient vendus 5000 FF pièce (1200 FS, 762 euros) par un réseau de faussaires opétant à l'échelle du pays et dirigé depuis Alger.
(El Watan 3.5) Le Premier ministre français Lionel Jospin a déclaré le 2 mai au Caire que "la relation avec l'Algérie" est "fondamentale" pour le gouvernement français, qui souhaite "qu'elle soit excellente" et a pris note qu'il "vient d'y avoir un changement politique en Algérie". Cette déclaration semble mettre fin à l'habituelle polémique franco-algérienne sur l'"ingérence" supposée de la France, reprochée par l'Algérie, après l'élection présidentielle, "saluée" avec scepticisme par le ministère français des Affaires étrangères. Le ministère algérien des Affaires étrangères a répondu à la déclaration de Lionel Jospin à réitérant la "disponibilité" de l'Algérie à "développer" sa relation avec la France "pour peu qu'elle soit fondée sur les principes de non ingérence dans les affaires intérieures, de l'équilibre mutuel des intérêts et enfin de la concertation".
(AP 5.5) Le gouvernement français a annoncé le 4 mai que l'accès aux archives publiques concernant la manifestation algérienne du 17 octobre 1961 à Paris, et sa meurtrière répression, serait facilité pour les recherches historiques, et qu'il en irait de même pour "plus généralement, les faits commis à l'encontre des Français musulmans d'Algérie durant l'année 1961". Lionel Jospin a demandé aux ministres responsables, "dans un souci de transparence et par respect pour les victimes et leurs familles", d'accorder le plus largement possible les dérogations individuelles à des personnes qui effectuent des recherches et souhaitent accéder à ces archives, composée de documents dont la plupart sont soumis à des délais d'accès supérieurs à 30 ans. En outre, les services administratifs sont invités à "accélérer l'inventaire de ces archives et le cas échéant leur versement aux Archives de France". Le Mouvement contre la racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) a "salué cette décision" et y a vu une "victoire de l'obstination de tous ceux qui se sont mobilisés avec ténacité pour la recherche de la vérité".
(Liberté 12.5) Les Algériens désireux d'obtenir un visa pour la France n'adresseront plus leurs demandes à Nantes, comme jusqu'alors, mais désormais directement au Consulat général d'Alger, qui a ouvert une boîte postale à cet effet et s'apprête à ouvrir également un "serveur vocal" téléphonique. Le délai de traitement des demandes sera ainsi écourté d'une semaine, selon le Consul, qui assure que les requérants recevront une réponse en moins d'un mois. Le Consulat de France à Alger aura une capacité de délivrance de 200'000 visas en 1999. 100'000 visas ont été délivrés en 1998, soit le double du chiffre annuel des années 1994 à 1997. Le consulat français d'Alger deviendra à fin 1999 le premier au monde en termes de délivrance de visas. Il traitement déjà actuellement 150'000 lettres par année et 20'000 appels téléphoniques par mois.
(El Watan 19.5) Une proposition de loi a été déposée à l'Assemblée nationale française par le groupe socialiste, visant à reconnaître officiellement le guerre d'Algérie comme une guerre. Dans l'exposé des motifs, les auteurs de la proposition écrivent qu'"en 1954, c'est une guerre qui a été entreprise, elle dépassait à la fois les symboles d'une révolution interne et d'un combat issu de l'extérieur" et affirment que l'"on doit aujourd'hui en dire les faits (...) comme il est possible de parler de la guerre d'Indochine de 1945 à 1954". Les socialistes en attendent que le dialogue franco-algérien soit "facilité".
(AP 28.5) Cinq immigrants algériens sans-papiers ont entamé le 10 mai à Toulouse une grève de la faim pour que les autorités françaises régularisent leur situation. Deux d'entre eux dont l'objet d'un arrêt de reconduite à la frontière, mais tous veulent rester en France. Des négociations ont été entamées entre la préfecture et le collectif des sans-papiers de Toulouse, où 400 personnes sont encore en situation irrégulière après la régularisatioon d'une partie des "sans-papiers" par la "circulaire Chevènement". Deux Français ont rejoint la grève de la faim de cinq Algériens, en signe de solidarité.
(AP 26.5) Le Tribunal correctionnel de Paris a condamné le 26 mai dix des onze membres présumés d'un réseau de soutien aux GIA algériens à des peines de deux à huit ans de prison. Ali Chami a été condamné à huit ans, et les quatre autres principaux accusés à sept ans de prison. Il s'agissait du procès du réseau dit de l'"hôtel de l'harmonie" (certains des accusés logeant dans l'hôtel en question, dont le gérant a été relaxé), démantelé en mars 1995 et qui, selon l'accusation, devait alimenter les maquis du GIA en armes.
(El Watan 31.5, Reuters 3.6) 24 membres présumés des GIA impliqués dans les attentats commis en France en 1995 (9 morts, 193 blessés), précédés de l'assassinat le 11 juillet 1995 de l'imam Sahraoui, passent en jugement depuis le 1er juin devant le Tribunal correctionnel de Paris, sous l'accusation d'"association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et, pour certains, d'infraction à la législation sur les armes et les explosifs. Le procès, ouvert le 1er juini, devrait durer un mois. Les principaux accusés sont les deux chefs survivants supposés des réseaux islamistes armés algériens auteurs des attentats, Boualem Bensaïd, accusé d'être le chef opérationnel du réseau, et Rachid Ramda, considéré comme son commanditaire. Le troisième responsable présumé du réseau, Khaleh Kelkal, a été abattu par la gendarmerie française le 28 septembre 1995. Présenté comme l'"émir" des réseaux des GIA en Europe, Ali Touchent est présumé avoir été abattu par les forces de sécurité algériennes le 23 mai 1997 à Alger. Le procès s'est ouvert le 1er juin dans une atmosphère tendue, les prévenus refusant de se lever à l'appel et de décliner leur nationalité, se déclarant de nationalité "musulmane" et reprochant au tribunal d'"accuser l'islam d'association de malfaiteurs". L'examen du cas de Rachid Ramda a été reporté (il est emprisonné en Grande-Bretagne et fait l'objet d'une demande d'extradition). Boualem Bensaïd ne reconnaît quant à lui pas la justice française. L'examen du cas d'un accusé d'importance secondaire, Bouziane Talbi, a été reporté en octobre. Les accusés risquent au maximum dix ans de prison, le procès ne concernant que la préparation des attentats et non les attentats eux-mêmes, qui feront l'objet d'autres procès, aux Assises cette fois. Au troisième jour du procès, le 3 juin, l'affrontement entre les principaux prévenus et le tribunal s'est poursuivi. Boualem Bensaïd, organisateur présumé des attentats, a mis au défi les juges de le condamner à "mille ans" de prison et a nié connaître Ali Touchent, alias "Tarik", émir du GIA soupçonné d'être le commanditaire des attentats et officiellement mort en 1997 sous les balles de la police algérienne. Selon l'accusation, Ali Touchent aurait été désigné par l'"émir" national du GIA en Algérie en 1994, El Cherif Gousmi, comme responsables des GIA en Europe, et aurait supervisé la campagne d'attentats de 1995 en France, sous les ordres du successeur de Gousmi, Djamel Zitouni. La rumeur est persistante, selon laquelle Ali Touchent était en fait un collaborateur de la Sécurité militaire algérienne.
(Corr 7.6) Le procès du réseau islamiste franco-algérien responsable présumé de la campagne d'attentats en France en 1995 s'est poursuivi à Paris le 7 juin, émaillé d'incidents d'audience et de querelles de procédure, portant notamment sur le cas de Karim Koussa, compagnon de Khaled Kelkal, qui doit comparaître dans quelques mois dans un autre procès devant la Cour d'assise pour la fusillade survenue avec les gendarmes lors de son arrestation et de l'interception de Kelkal (qui a été abattu).
(AFP 8.6) L'Assemblée nationale française débattra le 10 juin d'une proposition de loi présentée par le groupe socialiste, "tendant à la reconnaissance de l'état de guerre en Algérie" entre 1954 et 1962, c'est-à-dire à la reconnaissance officielle de la Guerre d'Algérie, jusqu'alors niée en tant que telle par la France officielle. Un million et demi de Français sont pourtant titulaires de la carte d'ancien com,battant d'Afrique du Nord, qui leur donne les mêmes droits qu'aux anciens combattants des guerres précédentes, et plus de 1,7 million de soldats français (dont seulement 400'000 militaires de carrière) ont servi en Afrique du nord. 24'300 y sont morts, dont 14'500 tués au combat ou par attentat, et un peu plus de 2000 étaient originaires d'Afrique du nord ou d'Afrique noire. La reconnaissance officielle de la Guerre d'Algérie n'entraînera pas, a précisé le ministère des Anciens combattants, la fixation d'une date commémorative de la fin de la guerre, afin de "ne pas diviser les Français" (et de provoquer une polémique franco-algérienne).
(AP 10.6) 37 ans après les accords d'Evian mettant fin à la Guerre d'Algérie, l'Assemblée nationale française a adopté le 9 juin une proposition de loi la reconnaissant officiellement, alors que les textes législatifs et réglementaires français ne parlaient jusqu'alors que d'"opérations effectuées en Afrique du Nord". Le texte, synthèse de propositions socialistes, communistes et de l'opposition, a été adopté à l'unanimité des 117 députés présents. L'article premier du texte dit : "La République française reconnaît, dans des conditions de stricte égalité avec les combattants des conflits antérieurs, les services rendus par les personnes qui ont participé sous son autorité à la guerre d'Algérie ou aux combats en Tunisie ou au Maroc entre le 1er janvier 1952 et le 2 juillet 1962.
(AP, AFP 18.6, 19.6, 20.6, Le Matin 20.6) A la tête d'une importante délégation, le ministre français de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement a entrepris le 19 juin une visite officielle de deux jours en Algérie, à l'invitation de son homologue algérien Abdelmalek Sellal, avant de participer les 21 et 22 juin à la conférence des ministres de l'Intérieur de la Méditerranée occidentale (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, France, Espagne, Italie et Portugal), consacrée à l'immigration clandestine, la lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée et la coopération en matière de protection civile et de prévention des risques majeurs. La circulation des personnes, la reprise de la desserte de l'Algérie par Air France, le développement de la coopération économique et la situation des Algériens en France a été examinée par les mininistres algérien et français. Au cours d'un entretien le 19 juin avec Andelmalek Sellal, Jean-Pierre Chevènement a déclaré que la France allait apporter des "solutions positives et humaines" à la question de la circulation des personnes entre l'Algérie et la France et aurait promis la réouverture des consulats français d'Oran et d'Annaba, après étude de l'aspect lié à la sécurité. Selon M. Sellal, "il est possible que d'ici la fin de l'année ou le début de l'année prochaine tout rendre dans l'ordre et ce qui concerne la circulation des personnes entre les deux pays". A son arrivée à Alger, Jean-Pierre Chevènement a qualifié d'"irremplaçables" et "sans pareilles" les relations algéro-française. Sa visite est la première d'un membre du gouvernement français depuis deux ans. Le ministre français a eu des entretiens avec son homologue algérien et avec le président Bouteflika.
(AP 20.6, AFP 21.6, Corr 22.6) Le ministre français de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement a été reçu avec des égards exceptionnels par les autorités algériennes, et a rencontré le 20 juin le président Bouteflika, le Premier ministre Hamdani et le ministre-gouverneur du Grand Alger Rahmani. L'entretien entre Jean-Pierre Chevènement et Abdelaziz Bouteflika a été qualifié d'"exhaustif et chaleureux" par la présidence algérienne, et d'"approfondis, sincères, venant du fond du coeur, avec le désir de bien comprendre le passé pour nous tourner vers l'avenir" par le ministre français, qui a transmis au président Bouteflika un message du président Chirac. La porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a salué le 22 juin "la perspective de reprise du dialogue gouvernemental franco-algérien", et espéré que le "contact" établi par la visite de Jean-Pierre Chevènement "sera suivi d'autres contacts politiques rapidement".
(AP 23.6) La Procureure de la République du tribunal correctionnel de Paris a requis le 23 juin la peine maximale de dix ans de prison ferme à l'encontre des trois principaux membres du réseau islamiste algérien impliqué dans la vague d'attentats de 1995 en France. Les 22 prévenus sont poursuivie pour "association de malfaitezrs en relation avec une entreprise terroriste" et la Procureure a requis 10 ans de prison contre Boualem Bensaïd, Algérien accusé d'être le coordinateur du réseau, Smaïn Aït Belkacem, Algérien accusé d'en être l'artificier, et Karim Koussa, Français accusé d'être le responsable du réseau dans la région lyonnaise aux côtés de Khaled Kelkal, tué par les gendarmes le 28 septembre 1995. A l'encontre des 19 autres prévenus, la procureure a requis des peine de deux à neuf ans de prison.
(Corr 25.6) Khalifa Airways, première compagnie privée algérienne, créée en mars par Rafik Abdelmoumen Khalifa, a signé le 25 juin avec Airbus industrie un contrat de leasing pour deux Airbus A310 qu'elle expère pouvoir exploiter sur des liaisons entre la France et l'Algérie. Khalifa a demandé aux autorités françaises une autorisation de desserte de l'Algérie au départ de Paris, Lyon et Marseille. Actuellement, seule Air Algérie effectue des liaisons aériennes régulières entre la France et l'Algérie, après la suspension de la desserte par des compagnies françaises en 1994, suite au détournement d'un Airbus d'Air France par des islamistes armés. Air France souhaite reprendre la desserte de l'Algérie, mais se donne "plusieurs mois" pour le faire.
(El Watan 27.6) S'exprimant à Crans-Montana (Suisse) sur les relations franco-algériennes, Abdelaziz Bouteflika a incité la France à cesser de considérer l'Algérie comme son "paradis perdu", et a qualifié son attitude relativement aux conditions d'octroi de visas, de "dégradante" et d'"inacceptable", mais a assuré que la France "a une place dans notre coeur, une place privilégiée", l'invitant donc à la mériter.
(El Watan 28.6) Le Comité des médecins algériens en France a adressé une lettre ouverte à Abdelaziz Bouteflika, dans laquelle il recense les osbtacles à leur retour en Algérie -retour qu'il souhaite. Le comité demande notamment l'équivalence de leurs diplômes français (ou autres), en particulier du diplôme inter-universitaire français de spécialités "dont le programme de formation est exactement celui établi en Algérie", et la prise en compte de leur expérience à l'étranger pour l'exercice de leur profession en Algérie et la définition de leur statut professionnel en Algérie. Il considère qu'il est "inconcevable" que le "potentiel intellectuel" que les médecins algériens exerçant en particulier en France ne soit pas utilisé pour "l'évolution et (le) progrès (du) système social et sanitaire algérien, en sachant que les hôpitaux algériens souffrent d'un manque flgrant de médecins spécialistes alors que l'on va faire appel à des médecins étrangers, dans des pays tiers coûtant à l'Algérie des sommes faramineuses". Ils dénoncent le "mur bureaucratique" et le "vide administratif" entravant, côté algérien, leur retour professionnel au pays.
(Corr 29.6) Le gouvernement français a accueilli favorablement les initiatives "réconciliatrices" du président Bouteflika, et la porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Anne Gazeau-Secret, qui a affirmé que le France a "toujours souhaité qu'une solution politique, élaborée par les Algériens eux-même, permettre la fin des souffrances et de la violence en Algérie", a déclaré que le gouvernement français formait "le voeu que les dernières initiatives du président Bouteflika puissent y contribuer", et l'espérait.
(AP, Reuters 3.7, Le Matin 4.7) Le président Chirac a adressé le 3 juillet un message au président Bouteflika, lui déclarant qu'il espérait pouvoir se rendre le plus rapidement possible en Algérie, en réponse à l'étonnement exprimé à Crans-Montana (Suisse) par Abdelaziz Bouteflika que "l'héritier spirituel du général de Gaulle" ne se soit pas encore rendu en Algérie alors qu'il a visité la plupart des pays arabes (et souvent en survolant l'Algérie, sans s'y arrêter). Abdelaziz Bouteflika avait à cette occasion lancé une "invitation solennelle" aux dirigeants français, "de l'Elysée ou de Matignon", à se rendre en Algérie. Jacques Chirac lui répond : "ce sera pour moi une joie" et explique que "les circonstances ne s'y sont pas encore prêtées", mais qu'il "souhaite qu'elles s'y prêtent le plus vite possible". Après avoir rencontré à Paris (avant que de se rendre à Alger) le président Chirac (qu'il a appelé son "frère") et le Premier ministre Jospin, le président égyptien Hosni Moubarak a estimé que les relations franco-algériennes évoluaient dans un sens "tout à fait favorable" et que la rencontre des président Bouteflika et Chirac "se fera tôt ou tard, le plus tôt possible" et qu'il y va "de l'intérêt des deux pays". Selon "Le Matin", la visite de Jacques Chirac pourrait se faire "juste après le sommet de l'OUA" à Alger, du 12 au 14 juillet
(APS 5.7) Dans une interview publiée le 5 juillet par "Le Parisien", le ministre français de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement dit être revenu de sa récente visite en Algérie avec le sentiment que "les choses bougent" et "bougeront encore davantage dans les prochaines semaines". Le ministre français rend hommage au président Bouteflika, "homme de grande expérience, plein de vivacité et conscient d'avoir une mission à remplir", et souhaite le "succès" de sa démarche, entreprise "sur des bases claires pour "sortir définitivement l'Algérie (d'une) période douloureuse". S'agissant des relations franco-algérienne, Jean-Pierre Chevènement plaide pour "une relation forte, ouverte et durable (...) qui soit à la hauteur des aspirations de nos deux peuples".
(APS 7.7, AP, Reuters, Corr 8.7) Le président Bouteflika s'est à nouveau déclaré, le 7 juillet au micro de Radio-France internationale, prêt à entretenir les meilleures relations possibles avec la France, tout en précisant faire "très bien la différence entre la sémantique et les actes concrets". Se déclarant satisfait de la visite du ministre français de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, à Alger, le président Algérien n'en a pas moins relevé que les principaux partenaires de l'Algérie avaient eu tendance à oublier qu'ils avaient affaire à un Etat libre et souverain, et avaient pris "de mauvaises habitudes". Le lendemain, sur la chaîne de télévision publique France-2, le président a assuré qu'il n'était "ni content, ni agacé" par la France, et que son coeur "immense, immense, immense" pouvait "contenir toute la France, y compris mon ami Jacques Chirac". Le même jour, sur la radio privée Europe 1, Abdelaziz Bouteflika a exprimé le souhait d'un "partenariat privilégié" avec la France et renouvelé son invitation en Algérie à Jacques Chirac, en lui proposant de donner "congé à tous les services de sécurité" : "je serai à ses côtés et c'est le peuple algérien qui nous protégera". Pour sa part, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine s'est déclaré prêt à rencontrer son futur homologue algérien "dès que ce sera possible", c'est-à-dire dès que le nouveau gouvernement algérien sera nommé, pour "dépassionner sans banaliser" des relations franco-algériennes qui ne seront "jamais des relations tout à fait comme les autres".
(APS 8.7) Un accord de coopération entre Alger (gouvernorat du Grand Alger) Paris a été signé le 8 juillet par des représentants des deux villes. L'accord concernera notamment la coopération et le partenariat en matière de gestion de l'eau, de traitement des déchets et de "requalification" des grands ensembles, des infrastructures, des équipements sportifs et des espaces verts. Une société mixte par actions, de droit algérien, sera mise sur pieds, avec une participation algérienne de 45 % et française de 55 %, dans les domaines de la gestion des équipements urbains, de la création des espaces verts et de la formation des travailleurs dans ces domaines.
(AFP 8.7) Les responsables de l'aviation civile française et algérienne vont se rencontrer prochaînement "pour s'entendre dans le cadre de l'accord bilatéral sur le développement du transport aérien entre les deux pays", ont annoncé le 8 juillet les responsables français.
(APS 9.7) L'Association de solidarité et d'amitié France-Algérie (ASAFA) a exprimé dans un communiqué le 9 juillet son soutien à la "concorde civile" telle que proposée par Abdelaziz Bouteflika, et appelle les Algériens de France à dire "un grand oui" au projet de loi soumis à référendum.
(Reuters 9.7) Le gouvernement français sera représenté au sommet de l'OUA d'Alger, du 11 au 13 juillet, par son ministre de la Coopération, Charles Josselin, qui "aura plusieurs entretiens avec les autorités algériennes", a annoncé le ministère français des Affaires étrangères.
(Le Matin 11.7) Le président Bouteflika a adressé au président Chirac, à l'occasion de la fête nationale française du 14 juillet, un message chaleureux, soulignant les "points communs (...) entre la Révolution algérienne et la Révolution française", dont leur "vision optimiste de l'homme (...) libre, doué de raison et donc capable de tenir, en toute responsabilité, les rênes de son propre devenir". "L'Algérie assume l'histoire de la France contemporaine comme si c'était un peu la sienne" et "ni vous ni moi n'y pouvons rien", écrit encore Abdelaziz Bouteflika à Jacques Chirac, tout en ajoutant que "la France ne peut qu'assumer de son côté l'histoire et les réalités présentes de mon pays". Le président algérien rend au passage hommage aux hommes et aux femmes de France qui "dans la gloire de l'anonymat, ont apporté leur soutien aux révolutionnaires algériens", ainsi qu'au général de Gaulle, qu'il qualifie de "grand révolutionnaire", et conclut par un appel à "construire ensemble des relations spécifiques privilégiées et bientôt, à travers l'exemplarité de nos relations bilatérales, une arche de concorde et d'alliance entre le Maghreb, l'Afrique, le monde arabe et le monde".
(AP 13.7, 14.7, Le Matin 14.7) "La France répondra avec beaucoup d'empressement aux attentes du gouvernement et du peuple algérien" d'une "autre relation avec la France" a déclaré le 13 juillet le Secrétaire d'Etat français à la Coopération, Charles Josselin, présent à Alger à l'occasion du sommet de l'OUA. Le ministre français a exprimé le souhait d'une "remontée en puissance" de la coopération, de niveau actuellement "assez moyen", entre la France et l'Algérie, et a estimé que la population algérienne était "dans une situation d'attente positive" à l'égard des réformes proposées par le président Bouteflika. Charles Josselin a rencontré le 13 juillet le Premier ministre algérien Hamdani et lui a exprimé son souhait de "davantage impliquer les deux sociétés civiles" algérienne et française "dans des échanges et notamment développer la coopération entre les collectivités locales et mouvements associatifs". Dans un entretien au quotidien "Al Hayat", le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a confirmé ssa disponibilité à venir en Algérie pour rencontrer son homologue algérien, dès la nomination du nouveau gouvernement.
(APS 16.7) Le président Chirac a adressé au président Bouteflika un message le remerciant chaleureusement de celui que le président algérien lui avait adressé à l'occasion de la fête nationale française. Jacques Chirac déclare souscrire aux "appréciations" de son homologue algérien "sur la richesse des liens, denses et singuliers, tissés entre nos deux pays" au travers "des moments heureux et des périodes tragiques" et d'un "passé partagé, fait de lumières et d'ombres", sur la base de quoi "les liens de nos deux pays sont appelés à se renforcer dans le respect et l'intérêt mutuels". "La France entend retrouver avec l'Algérie la vision d'avenir qui animait ceux qui ont su établir la paix après s'être combattus", écrit Jacques Chirac à Abdelaziz Bouteflika. Le président français déclare également se réjouir "profondément du retour de l'Algérie sur la scène internationale".
(AFP 17.7) Pour la cinquième année de suite, trouver une place depuis la France à bord d'un avion pour l'Algérie tient de l'exploit, d'autant plus que la détente de l'ambiance en Algérie accroît l'envie des Algériens de France de passer leurs vacances au pays, alors qu'Air Algérie reste la seule compagnie aérienne exploitant des lignes entre la France et l'Algérie et ne peut répondre à la demande, les fréquences d'avions étant restées les mêmes d'une année sur l'autre. Des Algériens venus passer un mois en France ne trouvent plus de billet de retour à l'expiration de leur visas. La situation est aussi marquée par la pénurie de billets dans les autres villes européennes. Seule la Turskish Airlines a repris ses vols à destination de l'Algérie. Le trafic entre la France et l'Algérie, presque entièrement assuré par Air Algérie, s'est élevé à un million de passagers en 1998.
(Le Monde 31.7, 1.8, AP, AFP 31.7) Le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine est arrivé le 29 juillet à Alger en visite officielle, déclarant se rendre en Algérie dans "un esprit très positif et très constructif d'ouverture et de disponibilité". Hubert Védrine a rencontré Abdelaziz Bouteflika le 30 juillet. Le président algérien a évoqué l'"entente complète" réunissant désormais la France et l'Algérie pour mettre un terme aux "quiproquos" qui les ont opposées, et a annoncé le 30 juillet une reprise de la coopération franco-algérienne "dans le domaine économique et dans d'autres domaines que la discrétion impose de ne pas révéler". Hubert Védrine a estimé qu'un "souffle nouveau" animait les relations franco-algériennes, marquée du sceau d'une "véritable refondation". La France a ouvert douze nouveaux guichets pour l'octroi des visas depuis son ambassade d'Alger (le nombre des visas devrait dépasser en 1999 les 150'000 prévus) et a annoncé la réouverture prochaine de ses consulats à Oran et Annaba. Les centres culturels français seront également progressivement rouverts, d'abord aux chercheurs et aux universitaires, celui d'Alger le 1er janvier 2000, puis ceux de Constantine, Oran, Annaba et Tizi Ouzou et les liaisons aériennes par Air France pourraient reprendre normalement à l'automne -mais "les personnels navigants et les pilotes sont encore très circonspects", a reconnu Hubert Védrine. En outre, le président algérien a évoqué la "nécessité pour l'Algérie de relancer la coopération culturelle" franco-algérienne et a affirmé que l'Algérie n'aurait "aucune attitude figée vis-à-vis de la langue française qui nous a tant appris et nous a ouvert la fenêtre de la culture française". Le président Bouteflika avait déjà à plusieurs reprises bravé la suceptibilité "islamo.-nationaliste" dans le domaine culturel et linguistique, en tenant des discours en français alors que la loi sur l'arabisation fait de la langue arabe la seule à avoir officiellement droit de cité, et en laissant entendre à plusieurs reprises que le français pourrait retrouver de droit la place éminente qu'il conserve de fait dans la vie publique, culturelle et quotidienne en Algérie. La visite de Jacques Chirac en Algérie est "programmée", ont annoncé les autorités algériennes, et une visite d'Abdelaziz Bouteflika à Paris serait prévue en septembre. Le président algérien pourrait en outre rencontrer le Premier ministre Lionel Jospin lors de l'Assemblée générale des Nations Unies à New-York à l'automne.
(AP, Reuters 31.7, 3.8) "Un air de liberté est revenu à Alger" et "l'Algérie sort de la Tragédie" même si la violence ne peut s'interrompre "du jour au lendemain", a déclaré Hubert Védrine dans un entretien au "Journal du Dimanche". Le ministre français des Affaires étrangères tire un bilan "très positif" de sa visite en Algérie, visite qui manifeste selon Hubert Védrine "le désir du président de la République et du gouvernement de répondre à la main tendue par le président Bouteflika". Le Premier ministre français Lionel Jospin s'est officiellement "réjoui" du "changement" en cours en Algérie, par la voiy de Daniel Vaillant, ministre chargé des relations avec le Parlement, le 3 août. Lionel Jospin a cependant ajoutré qu'il fallait "évidemment" que l'"ouverture" entre Paris et Alger "ne reste pas dans le domaine de la parole, mais se fasse concrètement (...) de manière raisonnée, et pas de manière passionnelle, pour que ça marche" et qu'il y ait "une réciprocité dans les démarches de rapprochement".
(AP 5.8, APS 4.8) Le président Bouteflika effectuera une visite officielle en France en septembre, avant ou après son déplacement à New-York où il participera à l'Assemblée générale de l'ONU (et rencontrera Lionel Jospin), a annoncé le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine dans un entretien à l'hebdomadaire "Paris Match". La visite d'Abdelaziz Bouteflika sera la première en France d'un président algérien depuis celle de Chadli Benjedid en 1983. En outre, Hubert Védrine a précisé que "le principe d'une visite de Jacques Chirac en Algérie est acquis", même si la date n'en a pas encore été fixée. Hubert Védrine a encouragé les Français à investir en Algérie. Une délégation du MEDEF (syndicat patronal national français) devrait se rendre en Algérie prochainement.
(APS 9.8) Le président Bouteflika déclare dans un entretien au quotidien londonien "Al Sharq al Awsat" constater une "amélioration réelle" des relations algéro-françaises, non sans revenir, pour le qualifier d'"attitude inamicale", sur ce qu'il considère comme ayant été un véritable embargo aérien imposé à l'Algérie par Air-France et, à sa suite, les autres compagnies européennes. Le président Bouteflika tire de cette épisode l'enseignement qu'il faut "refuser" que les pays européens établissent leurs relation avec l'Algérie "à travers la France" : "celui qui désire établir des relations ou traiter avec notre pays est tenu de s'adresser directement à nous", a insisté le président algérien.
(APS 12.8) Le PDG d'Air-France, Jean-Cyril Spinetta, a déclaré le 12 août à Tunis que la compagnie aérienne française envisageait de reprendre ses vols vers l'Algérie "à fin octobre si les conditions de sûreté et de sécurité requises à l'aéroport d'Alger sont remplies". Des délégations d'Air-France et d'Alitalia (Italie) se sont rendues à Alger fin juillet pour s'entretenir avec les responsables algériens de la reprise de leurs vols sur Alger. La compagnie turque Turkish Airways a repris ses vols vers l'Algérie le 27 juin, et la compagnie suisse Swissair envisage de le faire ces prochains mois. La liaison entre Genève et Alger, deux fois par semaine, avait été interrompue en 1994.
(APS 21.8) Le président Bouteflika a salué, dans un entretien au quotidien français "La Marseillaise", les "amis de l'Algérie" dont les voix "se sont élevées pour résister et soutenir le peuple algérien au milieu de la tourmente", et dont les prises de position ont tranché avec les attitudes "inamicales" de ceux qui "Algériens, hélas, ou non", ont "essayé de jeter de l'huile sur le feu par l'invective, la désinformation, voire même un embargo non déclaré de ses aéroports" et "ont tout entrepris pour nuire au pays". Le président algérien adresse en particulier son "message de gratitude et d'espoir" aux Algériens de l'étranger et aux "millions de Françaises et de Français" qui ont "porté au coeur et à la raison l'Algérie éternelle : celle de la paix, de la tolérance et de la dignité".
(Libération 24.8) L'Association "Femmes contre les intégrismes" a édité un guide ("Madame, vous avez des droits !") à destination des femmes originaires du Maghreb, et destiné à les aider à faire valoir leurs droits et à sortir de la contradiction entre le droit français et le droit (coutumier ou positif) de leur pays d'origine.Les femmes d'origine maghrébine, mêmes nées en France, même de nationalité française, ne perdent jamais leur première nationalité et le statut de droit personnel qui va avec. Un jugement de divorce ou de répudiation rendu au Maghreb peut ainsi être considéré omme valable en France, alors même que ses conséquences sont contraires au droit français. "Femmes contre les intégrisme" demande la renégociation des conventions bilatérales signées entre la France et l'Algérie et le Maroc, mal appliquées, voire totalement inappliquées (notamment en ce qui concerne la gardes des enfants et les droits de visite).
(APS 24.8) L'Italie doit cesser d'être sous tutelle de la France en ce qui concerne ses relations avec l'Algérie, a souhaité le président Bouteflika dans un entretien publié le 24 août par le quotidien italien "La Repubblica". Abdelaziz Bouteflika s'est dit "désagréablement surpris de voir l'Italie, grande puissance européenne et méditerranéenne, subordonner ses relations avec l'Algérie (à) un passage préliminaire obligatoire avec Paris", et par exemple, "tout de suite après la France, imposer un embargo de fait aux aéroports algériens". Certes, reconnaît le président algérien, "certains pays européens, proches de nous par leur histoire et leurs intérêts, n'avaient certainement pas le droit de se laver les mains devant le drame algérien", mais cela ne les autorisait pas à donner "vie à une coalition hostile, pour ne pas dire une croisade contre nous". Le président algérien a par ailleurs salué la "façon exemplaire" avec laquelle l'Italie a renoué ses liens avec la Libye.
(Reuters 26.8) Proposant que le premier sommet de tous les chefs d'Etat de la Méditerranée se tiennent pendant la présidence française de l'Union européenne, dans le second semestre de 2000, le président français a estimé qu'un "vent d'optimisme et de bonne volonté souffle aujourd'hui du Maghreb au Machrek", et qu'il est désormais possible "d'une rive à l'autre de notre mer commune, pour la première fois depuis l'empire romain", d'édifier "un seul espace de paix, de coopération et de développement". Le président français a tout particulièrement rendu hommage au nouveau roi du Maroc, Mohammed VI, dont il a loué la "clairvoyance et (le) talent", et au président Bouteflika, qualifié d'"homme de courage et de volonté". "Le moment est venu de changer le cours des choses entre l'Algérie et la France", a estimé le président français.
(El Watan 29.8) Les 700'000 chefs de famille de la communauté algérienne de France recevront à partir du 30 août une lettre du président Bouteflika, dans laquelle il les invite à se prononcer en faveur de son projet de "concorde civile" le 16 septembre. Dans le message qu'il adresse à la principale communauté algérienne à l'étranger, "moteur du partenariat" entre l'Algérie et la France, Abdelaziz Bouteflika affirme en outre qu'il s'attachera à "construire une relation solide, saine et privilégiée avec la France"
(AFP 30.8) Sept des vingt islamistes (dont 19 Algériens) expulsés de France vers le Burkina Faso le 31 août 1994 vivent toujours à Ouagadougou, tandis que les autres ont trouvé refuge dans divers pays d'Europe. Pendant un peu plus de deux ans, c'est la France qui a payé leur séjour au Burkina, d'abord dans un bon hôtel puis dans des villas appartenant à l'Etat burkinabé. Depuis mai 1996, c'est le Burkina (l'un des pays les plus pauvres du monde) qui doit prendre en charge leur logement, leur cuisinier, leurs soins médicaux (prodigués par le médecins de la présidence) et leur argent de poche (3000 FF). Ahmed Zaoui, également expulsé vers le Burkina, mais par la Suisse, et avec sa famille, est pris en charge par la Suisse pendant tout son séjour. Lui reçoit, pour lui-même, son épouse et ses enfants, 8000 FF par mois de la Suisse, outre la couverture des mêmes frais que la France couvrait pour "ses" expulsés. La majorité des expulsés de France ont choisi de quitter le Burkina, avec l'accord des autorités locales et sans que la France s'y oppose, mais sous de fausses identités nigériennes ou des passeports sud-africains. En novembre 1996, la France leur aurait proposé 4 millions de FCFA (40'000 FF, 10'000 FS) pour qu'ils quittent le Burkina avant le sommet franco-africain. 13 d'entre eux ont finalement quitté le pays, la plupart pour la Grande-Bretagne, d'autres pour la Suisse, un en Hollande. Les sept qui sont restée demandent de pouvoir rentrer en France, où la plupart d'entre eux ont laissé famille, biens et profession. Ahmed Simozrag, ancien avocat du FIS, et porte-parole des "exilés" de Ouagadougou, a ainsi perdu son fils en 1995 (tué dans la prison de Serkadji, à Alger) et est privé de contacts avec sa fille, hospitalisée à Paris.
(APS 31.8) 24 lieux de vote ont été désignés pour recueillir les suffrages des Algériens de France, du 11 au 16 septembre, lors du référendum sur la "concorde civile" : deux sites à Paris, plus les sites installés dans la région parisienne (Versailles, Tours, Dreux, Aubervilliers, Vitry, Nanterre, Pontoise), un site à Marseille, Lyon, Clermont-Ferrand, Nice et Lille et neuf dans les consulats généraux des autres villes de France.
(AP 1.9) Abdelaziz Bouteflika a renouvelé dans une entretien à l'hebdomadaire "Paris Match" (qui va être à nouveau distribué en Algérie, après 13 ans d'absence) son invitation à Jacques Chirac à se rendre en Algérie, tout en laissant entendre que Paris menquait d'empressement à l'égard d'Alger, et qu'aucune réponse n'avait encore été donnée à cette invitation. Le président algérien a ajouté qu'il n'avait pas l'intention de "courir derrière" la France pour la supplier, et a évoqué la possibilité de sa propre visite à Paris, les 18 et 19 septembre, "si la conversation porte sur le fond (...) car les dossiers ordinaires doivent être traités par les ministères". "Si je viens à Paris, c'est pour discuter avec le chef de l'Etat des relations entre l'Algérie et l'Union européenne, de la dette de l'Algérie, du Maghreb, des relations du monde arabe avec la France, des souffrances de l'Afrique", a déclaré Abdelaziz Bouteflika.
(Reuters 9.9) Le président Bouteflika et le Premier ministre français Lionel Jospin se rencontreront fin septembre à New-York à l'occasion de l'Assemblée générale de l'ONU, a-t-on annoncé le 9 septembre à Paris.
(AP 12.9) Intervenant sur les ondes de RTL et de LCI dans le cadre du "Grand Jury", le président Bouteflika a déclaré ne pas envisager une visite en France dans l'immédiat.
(APS 10.9) Recevant au siège du Sénat l'ambassadeur d'Algérie en France, Mohammed Ghoualmi, le président de la Chambre Haute du parlement français, Christian Poncelet, a appelé la France à apporter un "appui sans faille" à la "nouvelle politique" initiée par le président Bouteflika, dont il a salué "l'importance des réformes courageuses" par lui entreprises. Le président du Sénat français a "formulé l'espoir" que les Algériens accorderont leur "soutien aux nouvelles perspectives de paix, de concorde et d'ouverture" proposées par Abdelaziz Bouteflika, et que les relations franco-algériennes "se resserrent et progressent".
(Le Progrès 11.9) Dans un entretien au quotidien français "Le Progrès" (Lyon), le président Bouteflika déclare voir "l'avenir sous de bons auspices" en ce qui concerne les relations franco-algériennes, et ne voir "les relations bilatérales que privilégiées compte tenu de tout ce qui lie les deux pays et les deux peuples : l'histoire, la géographie, la culture, les intérêts économiques, les rapports humains". Dans ces conditions, pour Abdelaziz Bouteflika, la "normalisation" des rapports entre la France et l'Algérie "passe d'abord par la prréminence à donner à ces facteurs sur les éléments subjectifs, voire sur les préjugés et les partis-pris". Rendant hommage à la fois à Jacques Chirac et à Lionel Jospin, et exprimant son "respect intact et pour l'un et pour l'autre", le président algérien poursuit par un hommage plus général rendu notamment "à Francis Jeanson et tous nos compagnons de combat, à Curiel, à de Bollardière" et aux "pieds-noirs d'Algérie", dont il assure que "la nostalgie est perçue (en Algérie) avec une émotion profonde". Et d'ajouter que les relations franco-algériennes ont une dimension "presque irrationnelle (...) porteuse d'alchimie passionnelle", que ni les Français ni les Algériens "n'y peuvent rien" et qu'ils doivent les uns et les autres "accepter que (ce soit) une spécificité des relations algéro-françaises" et une "richesse", le tout faisant que ces relations ne peuvent pas "souffrir la banalité" et dans ces rapports "il n'y a nulle place, et jamais, ni d'un côté ni de l'autre, pour de l'indifférence".
(Reuters 14.9) La compagnie pétrochimique française Elf-Aquitaine a annoncé le 14 septembre qu'elle avait engagé des négociations avec la Sonatrach en vue de reprendre la production de pétrole et de gaz en Algérie, d'où Elf s'était retirée en 1970. Le journal "Le Parisien" a annoncé que le groupe, qui va fusionner avec TotalFina (qui est déjé présent en Algérie), pourrait prendre une participation dans un champ dont l'opérateur est la compagnie américaine Arco (en train d'être absorbée par BP-Amoco).
(Corr 14.9) Le président Bouteflika a rejeté les conditions mises par Air-France pour reprendre ses vols vers l'Algérie, affirment le 14 septembre les quotidiens "Le Matin" et "El Khabar". Le président algérien a qualifié d'"inacceptable" l'exigence d'Air-France de faire assurer par des agents de sécurité français le contrôle de ses passagers dans les aéroports français.
(AFP 15.9) 21 membres présumés d'un réseau islamiste (des Français, des Algériens et des Marocains) ont été condamnés le 15 septembre à Paris à des peines de prison allant de six mois à dix ans pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", en l'ocurrence les attentats perpétrés en France en 1995, et qui avaient fait dix morts et 250 blessés. Le 22ème prévenu a été acquitté. Certains des condamnés passeront à nouveau en jugement en 2000 pour répondre de leur responsabilité supposée dns des fusillades avec les forces de l'ordre et dans les huit attentats commis entre le 25 juillet et le 17 octobre 1995, dont celui, le 25 juillet, du metro Saint-Michel à Paris (sept morts). Le chef du réseau, Boualem Bensäid, son artificier, Ismaïl (Smaïn) Aït Ali Belkacem, ainsi que Karim Moussa, proche de Khaled Kelkal (abattu par les gendarmes en septembre 1995) ont tous trois été condamnés à dix ans de prison. La même peine a été prononcée contre les responsables du réseau de Lille, Mohamed Drici et Ali Benfattoum. Toutes ces peines ont été assorties d'une "sûreté" des deux tiers et d'une interdiction de séjour de dix ans ou a perpétruité pour Bensäid et Belkacem. La défense a dénoncé un "prototype (de) procès exemplaire", et la plupart des prévenus ont refusé d'assister à l'annonce du verdict.
(Le Matin 16.9) Le Premier ministre français Lionel Jospin et le président algérien Abdelaziz Bouteflika se rencontreront le 21 septembre à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, cinq jours après le référendum sur la "concorde civile" qui a vu, nul n'en doutait, une victoire écrasante du "oui" à la démarche de Bouteflika.
(Corr 16.9) Le referendum du 16 septembre doit fournir au nouveau président Abdelaziz Bouteflika une "assise politique" et renforcer sa légitimité, a estimé le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, le 16 septembre à Madrid. Le ministre considère que "l'Algérie à pris le dessus sur le problème sécuritaire", même si l'intégrisme "peut encore faire peur" avec des attentats. Hubert Védrine a souligné que le chef de l'Etat algérien avait "beaucoup de cartes en main" pour faire face à "une attente énorme" dans le pays. "On sent chez lui une volonté de rattraper le temps perdu", a-t-il poursuivi, et de conclure que la France ayant exprimé sa disponibilité par sa propre visite à Alger, "C'est à Alger de répondre à notre main tendue".
(Corr 16.9) ne compagnie aérienne algérienne privée, la Khalifa Airways, assure quotidiennement depuis le 16 septembre deux liaisons entre Alger et Marseille et une avec Lyon, mettant ainsi fin au monopole d'Air Algérie, a-t-on appris auprès de son vice-président Europe, Sami Kassa, qui a déclaré être "attendus à bras ouverts en France" et être "là pour aider Air Algérie à répondre à la demande". Pour "Air-Algérie", cette novelle desserte est un moyen d'améliorer son service à la clientèle et de réduire les files d'attente pour l'obtention de billets. Le représentant de la compagnie à Marseille, Mohamed Khenfar, a rappelé que Air Algérie était seule à assurer la liaison avec l'Algérie pendant l'été, et que "normalement, on devrait nous féliciter car pendant cinq ans, à cause de l'embargo décrété par les compagnies européennes sur l'Algérie, nous avons fait le maximum pour transporter tout le monde". La Khalifa a fait une demande auprès de la Direction générale de l'aviation civile française pour pouvoir desservir Paris dès cet hiver et a prévu une liaison avec Madrid et d'autres capitales européennes.
(AP 17.9, APS 17.9) Le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a confirmé le 17 septembre la rencontre que le Premier ministre Lionel Jospin aura avec le président Bouteflika le 21 à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. Par ailleurs, selon "Le Parisien", Jacques Chirac pourrait se rendre en visite officielle en Algérie "juste après le Ramadan".
(Le Matin 21.9) L'Ambassadeur de France en Algérie Siefer Guallardin a rappelé le 20 septembre que le Centre culturel français à Alger devrait "rouvrir ses portes le 1er janvier 2000", dans un premier temps aux universitaires.
(AFP, Reuters 21.9) Le président Bouteflika et le Premier ministre Jospin se sont rencontrés le 21 septembre à New-York, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, et ont examiné l'ensemble des relations franco-algériennes, en confirmant leur volonté commune de les relancer pour qu'elles redeviennent "exemplaires", selon le mot d'Abdelaziz Bouteflika. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Hubert Védrine et Ahmed Attaf, ont participà à la rencontre. Pour Lionel Jospin, l'accession de Bouteflika à la présidence algérienne est une "chance historique". Abdelaziz Bouteflika a pour sa part déclaré être arrivé avec Lionel Jospin à "une intelligence commune du devenir des relations entre l'Algérie et la France qui ont été autrefois exemplaires et doivent le redevenir". Lionel Jospin a cependant reconnu que la France avait eu quelque difficulté à "se situer par rapport à l'Algérie au cours des dix dernières années".
(Corr 21.9) Le "Recours-France" (organisation des rapatriés d'Algérie) a rendu publique le 21 septembre une lettre adressée au président Bouteflika, dans laquelle l'organisation pied-noir se félicite de "l'évolution du pays vers la paix" et du succès du référendum sur la concorde civile". Le Recours exprime son espoir d'une "évolution vers la paix désirée par l'ensemble de ceux qui ont fait et qui font le pays que vous avez l'honneur de présider".
(APS 27.9, Le Matin 28.9) Une quinzaine d'entreprises mixtes algero-françaises ont été créées ou sont en cours de constitution depuis mai 1999, a annoncé le 27 septembre à la presse le directeur général de la Chambre française du commerce et de l'industrie, Michel de Cafarelli, qui a également annoncé qu'une délégation du MEDEF (patronat français) se rendre en Algérie le premier trimestre 2000. Le président de la Lyonnaise des Eaux, Jérôme Monod, a exprimé dans un message adressé au président Bouteflika le souhait de le rencontrer lors du voyage qu'il effectuera en Algérie du 10 au 12 octobre prochain, et d'évoquer avec lui "les domaines d'activités de notre groupe qui pourraient être développés en Algérie dans le cadre d'investissements ou de projets". Jérôme Monod a assuré le président algérien de l'"attachement" de la Lyonnaise des Eaux "à participer par ses activités en Algérie au développement des relations entre l'Algérie et la France", et l'a félicité de son succès lors du référendum du 16 septembre. Enfin, les entreprises para-ptrolières françaises se sont déclarées très intéressées par un retour en Algérie, après une absence de six à dix ans.
(Corr 28.6) Le président Chirac a répondu par un message au message qui lui adressé par le président Bouteflika lors de son retour de New-York le 25 septembre. Le président français confirme à son homologue algérien "le souhait de la France d'établir avec l'Algérie des rlations fortes, amicales et sereines", se réjouit "de la convergence de vues" qui s'est exprimée lors de la rencontre à New York entre Abdelaziz Bouteflika et Lionel Jospin, et renouvelle à Abdelaziz Bouteflika ses "plus vives félicitations pour le grand succès du référendum sur la concorde civile".
(El Watan 27.9) Dans le message qu'elle a adressé au président Bouteflika, l'association de rapatriée d'Algérie "Le Recours" a émis le voeu de retrouvailles entre "le peuple algérien et ses enfants, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens", et espère que les pieds-noirs chassés d'Algérie (autant, d'ailleurs, par l'OAS que par le FLN) puissent y revenir "se recueillir sur les tombes de leurs anciens". Le président Bouteflika a été le premier responsable politique algérien a évoquer de manière positive l'apport des juifs et des chrétiens à l'Algérie, et la réconciliation des Français d'Algérie avec l'Algérie indépendante. "Votre discours, contrrairement à (celui de) vos prédécesseurs, n'est pas celui de la langue de bois", a écrit "Le Recours" à Bouteflika
(Reuters 29.9) Le président du Sénat français, Christian Poncelet (RPR) a annoncé le 29 septembre avoir été invité par les autorités algériennes à se rendrte en Algérie, et avoir été encouragé par le président Jacques Chirac à répondre favorablement à cette invitation.
(AFP 1.10) La Conférence générale de l'UNESCO, qui se tiendra à Paris à la fin octobre, pourrait offrir au président Bouteflika, qui y a été invité (ainsi que le président iranien Mohammad Katami) par le Directeur général Federico Mayor, de se rendre en France. Abdelaziz Bouteflika n'a cependant pas confirmé sa venue à l'UNESCO, et a laissé entendre qu'il ne se rendrait en France qu'invité par le gouvernement français pour une visite officielle en bonne et due forme.
(APS 5.10) Le Parlement français a définitivement adopté le 5 octobre, grâce au vote par le Sénat, dans les mêmes termes que l'Assemblée nationale, du texte voté par celle-ci le 10 juin, la loi reconnaissant officiellement la Guerre d'Algérie. Le Secrétaire d'Etat à la Défense, Jean-Pierre Masseret, a déclaré qu'il s'agissait de "regarder l'histoire en face", qu'il s'agissait d'un "devoir de mémoire" et que cette loi allait permettre une "avancée de la réconciliation avec l'Algérie d'aujourd'hui". Le président du groupe socialiste au Sénat, Claude Estier, a également estimé que "le texte de loi permet d'assumer l'histoire telle qu'elle est".
(El Watan 11.10, AP 12.10) Une rencontre a eu lieu le 10 octobre à Alger entre hommes d'affaires algériens et français. Les représentants d'une trentaine d'entreprises françaises se sont déplacés à Alger, certaines entreprises voulant s'implanter en Algérie en lançant des projets de partenariat. En marge d'un autre colloque, organisé par les sociétés publiques de chemins de fer algérien (SNTF) et français (SNCF), le ministre algérien des Transports, Sid Ahmed Boulil, a affirmé le 12 octobre que des entreprises françaises étaient intéressées par le projet de métro à Alger, et par un partenariat sur ce projet, ancien et "suspendu" en 1986 pour des problèmes de financement. Enfin, le président du groupe français Suez-Lyonnaise des Eaux, Jérôme Monod, en visite en Algérie, a fait part au président Bouteflika le 11 octobre de la disponibilité du groupe à contribuer à remédier aux problèmes de "l'eau, de la préservation des ressources, de leur amélioration, de la gestion, des services et des gestions déléguées" en Algérie.
(El Watan 14.10) Une centaine d'entreprises françaises sont présentes à la 32ème Foire internationale d'Alger, et une dizaine d'entre elles auraient déjà formulé le voeu de se lancer dans des opérations de partenariat avec des entreprises algériennes -d'autres se donnant encore le temps de la réflexion.
(AFP, APS 16.10) Le groupe de l'Agence française de développement (AFD) a accordé un crédit de 15 millions d'Euros au Crédit Populaire d'Algérie, lors de la visite à Alger du 12 au 14 octobre du directeur général de l'AFD, Antoine Pouillieute. Pour sa part, le Secrétaire d'Etat français au commerce extérieur François Huwart est arrivé le 16 octobre à Alger pour participer à la journée française de la 32ème foire internationale d'Alger, où le pavillon français regroupe le plus grande nombre d'exposants, et s'entretenir avec les ministres algériens du Commerce et de l'Industrie et signer une nouvelle convention fiscale bilatérale avec le ministre algérien des Finances Abdelkrim Harchaoui. "Ma venue à Alger manifeste l'intérêt du gouvernement français pour le développement des relations franco-algériennes", a déclaré le ministre, qui a assuré que la France était "en train d'harmoniser (sonm) attitude par rapport aux nouvelles donnes de l'Algérie".
(Le Matin 11.10) Une rencontre entre les présidents français et algérien, Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika, est toujours prévue mais ses modalités sont encore en discussion, a déclaré le 10 octobre le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, qui a assuré qu'"il y aura sous différentes formes un développement du dialogue franco-algérien dans les mois qui viennent", sans toutefois préciser si cela impliquait une visite officielle du président Bouteflika en France ou du président Chirac en Algérie. mais en assurant qu'il y aura "en tous cas une rencontre" entre les deux hommes.
(APS 13.10) Un charnier datant de la Guerre d'Algérie et contenant les restes de 15 personnes a été découvert le 13 octobre à Laarich, près de Lamsara, dns la région de Khenchela. L'endroit avait abrité un camp militaire français entre 1956 et 1962, camp où se pratiquait la torture.
(Le Matin 17.10) Il y a 38 ans, le 17 octobre 1961, des dizaines et peut-être des centaines d'Algériens étaient tués dans la répression policière d'une manifestation pacifique de la Fédération de France du FLN. 50'000 Algériens de Paris et de sa région manifestaient pour exiger la levée du couvre-feu qui leur était appliqué depuis quelques jours, leur interdisant de circuler la nuit dans les rues de Paris et de sa banlieue, et leur conseillant de se déplacer isolément les uns des autres. Au moins 200 Algériens ont été tués par les policiers français (et vraisemblablement des auxiliaires français ou algériens -harkis- plus ou moins officiels de la police), certains par balles, d'autres sous les coups, d'autres encore écrasés volontairement par des véhicules de police, d'autres enfin noyés dans la Seine. 2300 ont été blessés, au moins 3000 (15'000 selon le FLN) ont été arrêtés. Responsable et commanditaire du massacre : Maurice Papon, alors préfet de police. Quelques jours avant la manifestation les effectifs des unités spéciales de la police et ceux des harkis étaient renforcés, et Papon garantissait aux policiers que "quoi qu'il arrive, vous serez couverts". Deux mois avant ce massacre, des contacts semi-officiels avaient été noués entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire algérien (GPRA). Ancien haut fonctionnaire du régime de Vichy, Papon aurait été pour les "ultras" de l'Algérie France l'homme idéal pour "casser" le FLN en France et provoquer l'échec des négociations en poussant le FLN à les rompre.
(APS 16.10) A l'occasion de la commémoration du 38ème anniversaire de la manifestation du 17 octobre 1961 a été créé à Alger le 16 octobre un "Comité national chargé de la poursuite des auteurs des crimes contre l'humanité durant la colonisation française en Algérie". Les créateurs du comité inscrivent leur initiative dans le prolongement de la reconnaissance par la France de la Guerre d'Algérie.
(AP 17.10, AFP 18.10) Les entreprises françaises ont fait un retour en force à la Foire Internationale d'Alger, qui s'est ouverte le 12 octobre, où plus d'une centaine d'entre elles sont présente, ce qui fait de la France le mieux représenté des 24 pays exposants (devant la Tunisie et l'Italie). "La coopération algéro-française va connaître un vrai départ", a déclaré le 17 octobre à Alger le Secrétaire d'Etat français au commerce extérieur, François Huwart. Les exportations françaises vers l'Algérie se sont élevées en 1998 à 15,7 millards de FF (+ 17,2 % en un an), et au premier semestre 1999 ces exportations ont encore progressé de 6,6 % par rapport au premier semestre de 1998. La balance commerciale franco-algérienne est largement déséquilibrée, au profit de la France, qui est le premier fournisseur de l'Algérie, mais seulement son 18ème clien. Le ministre algérien du Commerce, Bakhti Belaïb, a d'ailleurs rappelé que l'Algérie dépensait annuellement près de 10 milliards de dollars chaque année dans des opérations d'importation, à 80 % en provenance européenne.
(APS 17.10) Le président de l'Assemblée nationale algérienne, Abdelkader Bensalah, a reçu le 17 octobre le président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat français, le socialiste Claude Eestier, et le président du groupe d'amitié France-Algérie de l'Assemblée nationale française, Jérôme Lambert. Les entretiens ont porté sur les moyens de renforcer "les relations entre les deux parlements, et plus largement entre les deux pays" (dixit l'APS, qui précise que le vice-président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale algérienne, Kamel Attach, a participé aux entretiens, ce qui signifie que le président de cette commission, Abdelkader Hadjar, qui venait de se signaler par une lettre "francophobe" au président Bouteflika, n'y a pas participé).
(APS, Libération 19.10) Une cinquantaine d'intellectuels et d'artistes, pour la plupart français, ont signé un appel paru le 19 octobre dans "Libération", demandant au gouvernement français de reconnaître officiellement la nature de "crime" de la répression des manifestations algériennes du 17 octobre 1961 à Paris, et plaident pour l'installation d'un "lieu du souvenir" à la mémoire des victimes de cette répression. Parmi les signataires, on peut relever les noms d'Etienne Balibar, de François Gèze, de Jean-Jacques de Félice, de Pierre Vidal-Naquet et de Francis Jeanson. Les signataires qualifient la répression d'octobre 1961 de "crime contre l'humanité" commis par l'"Etat français", constatent que "depuis 38 ans, ce crime a été occulté et ceux qui l'ont organisé n'ont jamais eu à rendre compte ni de leurs décisions ni de leurs actes", situation qu'ils jugent "inacceptable" car elle ajoute au "massacre l'outrage aux victimes et à leurs proches". La commémoration de la journée du 17 octobre a été marquée en France par plusieurs manifestations, organisées notamment à l'initiative du MRAP, du cercle Frantz-Fanon et de mouvements de jeunes issus de l'immigration. Plusieurs centaines de personnes se sont réunies au Pont Saint-Michel, à Paris.
(Le Parisien 17.10, El Watan 20.10) Selon le quotidien "Le Parisien", un match (amical) de football entre les équipes nationales d'Algérie et de France est en projet. L'idée en aurait été soumise par le président Bouteflika au Premier ministre Jospin lors de leur rencontre à New-York le 22 septembre, et aurait ensuite été transmise aux fédérations nationales par les ministres des sports des deux pays. Abdelaziz Bouteflika aurait proposé que le match ait lieu le 1er novembre 1999 à Alger, à l'occasion du 45ème anniversaire du déclenchement de la lutte de libération. La date d'un éventuel match Algérie-France (avec Zidane comme arbitre ?) dépend toutefois du calendrier du championnat européen (Euro 2000) auquel l'équipe de France participe.
(AP 27.11) Le président du Slénat français entame le 28 novembre une visite officielle de trois jours en Algérie, à l'invitation de son homologue algérien, Bachir Boumaza. Les deux présidents installeront le 29 novembre un "groupe d'amitié Algérie-France", et Christian Poncelet sera reçu par le président Bouteflika, le président de l'Assemblée nationale Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Smaïl Hamdani, puis se rendra dans la région d'Oran, où il a passé une partie de sa jeunesse.
(Corr 1.12) L'historien algérien Mohammed Harbi a été victime le 18 novembre d'une agression alors qu'il s'apprêtait à faire à Grenoble une conférence sur le thème : "L'immigration algérienne en France, un enjeu dans la relation France-Algérie". Une vingtaine d'individus, dont certains cagoulés et armés de battes de base-ball, se réclamant d'un "Comité nationaliste autonome" et criant "La France aux Français", ont interrompu la conférence.. Cinq d'entre eux ont été arrêtés.
(AP, APS 29.11, 30.11) Le président du Sénat français Christian Poncelet a été reçu le 29 novembre à Alger par le président Bouteflika, puis par le président de l'Assemblée nationale Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Smaïl Hamdani. Dans une brève intervention, en réponse au toast prononcé par Christian Poncelet, le président Bouteflika a affirmé que "les relations entre l'Algérie et la France ne peuvent être conçues que sous un angle stratégique" et a regretté que les Français ait été à l'égard de l'Algérie "un peu plus frileux" que d'autres partenaires, invitant la France à "rattraper le temps perdu", notamment en rétablissant la desserte aérienne de l'Algérie par Air France. Les relations franco-algériennes "sont tissées par l'histoire, imposées par la géographie, enrichies par la culture, renforcées par la nécessité d'oeuvrer pour un monde meilleur", a affirmé Abdelaziz Bouteflika, qui a par ailleurs reçu du président Chirac un message saluant la visite de Christian Poncelet, et réitérant son attachement "au développement des relations franco-algériennes.
(APS 1.12) En visite en Algérie à l'invitation du ministère algérien des Affaires religieuses, qui détache 80 imams à la Mosquée de Paris, le Recteur de celle-ci, Dalil Boubakeur, est venu selon ses propres termes "rendre compte du bilan d'activité" de la Mosquée aux autorités algériennes, lesquelles la financent à raison de 50 % de son budget. Dalil Boubakeur estime que "les deux tiers des mosquées en France sont d'irigine algérienne" et que "la sensibilité dominante" de l'islam en France "reste celle de la Mosquée de Paris", où prévaut le rite malékite. Le Recteur a dénoncé les campagnes menées contre sa mosquée, et les a attribuées aux "convoitises de certains pays, comme le Maroc", et au fait que "la présence de l'Algérie ne plaît pas à tout le monde".
(AP 3.12) Le Procureur de la République, Rémi Chaise, a requis le 3 décembre des peines de quatre à huit ans de prison contre trois membres présumés des GIA comparaissant devant le tribunal correctionnel de Paris pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Une peine de huit ans a été requise contre le principal prévenu, Adel Mechat, accusé d'être le bras droit européen de Hassah Hattab. Son défenseur, Isabelle Coutant-Peyre, plaide l'incompétence des juges français pour juger des faits qui se déroulés en Belgique et en Allemagne, et les accusent de "faire de la politique plutôt que leur travail judiciaire". Mechat a été extradé d'Allemagne. Les deux autres prévenus sont absent, l'un en fuite, l'autre refusant de comparaître.
(Figaro Magazine 4.12) Dans un entretien accordé au "Figaro Magazine", le président Bouteflika a exprimé un refus catégorique du retour des anciens harkis ou de leurs enfants en Algérie : "les harkis ne sont plus algériens et l'Algérie n'est pas leur pays", a expliqué Abdelaziz Bouteflika, qui a rappelé que les harkis avaient "choisi de rester Français depuis 1954" et sont en France depuis 1962, mais a néanmoins dénoncé leurs conditions de vie en France : "je n'ai pas l'impression que la politique de ghetto dans laquelle ils ont été confinés témoigne en faveur de quelque politique d'intégration que ce soit", a déclaré le président algérien. Par contre, su les harkis ne sont pas les bienvenus en Algérie, "les pieds-noirs qui n'ont rien à se reprocher sont les bienvenus", a précisé Abdelaziz Bouteflika.
(El Watan 8.12) Pour la première fois, l'Algérie est représentée, par son ministre des Affaires étrangères, lors de la réunion ministérielle de suivi de la conférence des chefs d'Etat d'Afrique et de France.
2000
(Reuters 7.1) Mouloud Boughelane, l'un des membres du GIA auteur d'attaques à maion armée dans la région française de Lille en 1996, sera extradé d'ici la fin février de Bosnie vers la France, où il sera incarcéré et jugé pour les faits qui lui sont reprochés en France. Il y a déjà été condamné en juillet 1997 à vingt ans de prison. Emprisonné à Zenica (Bosnie), il a entamé en octobre 1999 une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention et, celui son avocate, considérerait comme une "bonne nouvelle" son retour en France.
(Reuters 10.1) La Cour d'Appel de Paris a commencé le 10 janvier à rejuger 33 des 107 condamnés du "maxi-procès" du "réseau islamiste de Mohammed Chalabi" (soutien logistique aux islamistes armés algériens), procès qui s'était tenu en janvier 1999 à Fleury-Mérogis. De toutes les personnes rejugées, une seule est détenue : l'Algérien Mohammed Kerrouche, accusé d'avoir été l'un des chefs du réseau et condamné à huit ans de prison ferme. Les deux autres chefs présumés, Mohammed Chalabi et Mourad Tacine, condamnés tous deux àgalement à huit ans de prison, n'ont pas fait appel. Le procès de janvier 1999 avait été boycotté par les avocats, qui contestaient son caractère "massif" et spectaculaire, le lieu de l'audience (un gymnase) et la faiblesse des charges retenues contre de nombreux accusés. 31 d'entre eux avaient d'ailleurs été totalement relacés, vingt autres condamnés pour des infractions secondaires et innocentés des accusations principales. 87 prévenus avaient été condamnés pour "association de malfaiteurs terroristes" : 32 à quatre ans ou plus, 52 à moins de quatre ans.
(Reuters 12.1) Sur 50'736 étrangers "sans papiers" admis à séjourner de façon permanente en France en 1998 au terme de l'opération de régularisation des "sans-pèapiers", on compte 6'289 Algériens, soit le plus fort contingent national des "régularisés", et 5'268 Marocains. Quant aux attributions de visas de long séjour, elles ont progressé de 27 % entre 1997 et 1998 pour les personnes en provenance d'Afrique du nord et du Moyen-Orient.
(Le Monde 13.1) Le ministre algérien des Affaires étrangères devrait se rendre à Paris dans la dernière semaine de janvier pour préparer une rencontre entre les présidents français et algérien, à Paris ou à Alger. Une visite d'Abdelaziz Bouteflika à Paris serait pévue pour le courant du mois de mars.
(Le Monde 13.1, APS 14.1) Au cours des dix premiers mois de 1999, les exportations françaises à destination de l'Algérie ont frôlé les 13 milliards de FF (3,25 FS), et elles pourraient atteindre un niveau recors pour l'ensemble de l'année, avec plus de 15 mias de FF (3,8 mias FS), alors que l'Algérie a réduit ses achats à l'étranger. Ce résultat serait à mettre, selon un haut fonctionnaire cité par "Le Monde", à l'actif des petites et moyennes entreprises et non à celui des grands groupes. Quant aux importations françaises en provenance d'Algérie, elles ont également progressé, mais grâce à celles des hydrocarbures, et sans équilibrer les exportations, la balance des échanges franco-algériens étant favorables à la France pour 6 milliards de FF (1,5 mia FS). Les investissements français en Algérie restent toutefois médiocres, à l'exception des secteurs de la banque et de la fabrication de médicaments, et les Français se sont laissés "ravir des places" dans le secteur des hydrocarbures par les Américains, les Italiens et les Britanniques. Une mission du patronat français séjournera du 4 au 7 février en Algérie, conduite par le président du MEDEF-international, François Perigot.
(Liberté 16.1) Le Centre culturel français d'Alger à rouvert ses portes le 15 janvier, en présence de l'Ambassadeur de France et du directeur général de la coopération du ministère français des Affaires étrangères, qui a annoncé la réouverture prochaine des centre culturels français d'Oran et d'Annaba. Dans une première phase, le CCF d'Alger n'est cependant ouvert qu'aux chercheurs et aux universitaires (dont 800 se sont déjà inscrits). Il accueillera étudiants et lycéens dans une deuxième phase.
(Liberté 19.1) 145'000 visas d'entrée en France ont été délivrés à des Algériens en 1999, a annoncé le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, soit près de trois fois plus qu'en 1998. Le nombre des viasa délivrés par la France à des Algériens avait atteint le nombre d'environ 700'000 au début des années '90, avant de chuter à environ 50'000 entre 1994 et 1998. La "remontée" du nombre des visas délivrés serait due, entre autres, à l'amélioration des modalités de leur octroi, par le renforcement des structures d'accueil du Consulat français d'Alger. Les consulats d'Annaba et d'Oran devraient quant eux rouvrir en 2000.
(APS 20.1) L'Assemblée nationale française a approuvé le 20 janvier à l'unanimité un accord d'investissement avec l'Algérie, déjà approuvé par le Sénat, et qui prévoit l'octroi d'un "traitement juste et équitable aux investisseurs, conforme au droit international", le libre transfert des revenus et du produit de la liquididation des investissements, et une indemnisation en cas de dépossession. L'approbation des deux chambres du Parlement français permet à l'accord d'entrer en vigueur.
(AP, AFP, APS 22.1, 23.1, El Watan 23.1) Le ministre algérien des Affaires étrangères Youcef Yousfi effectuera une visite officielle en France les 25 et 26 janvier, à l'invitation de son homologue français Hubert Védrine. Youcef Yousfi, qui sera précédé le 24 janvier à Paris par le ministre algérien de la Communauté nationale à l'étranger, Abdelaziz Ziari, sera reçu avec des égards particuliers et rencontrera le président Chirac, le Premier ministre Jospin, les présidents des deux chambres du Parlement, Christian Poncelet et Laurent Fabius, le ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chenèvement et, évidemment, Hubert Védrine. Le principe d'une rencontre entre les présidents Bouteflika et Chirac est en outre acquis, les modalités et la date restant à fixer. Abdelaziz Bouteflika lui-même a confirmé cette visite et sa préparation dans un entretien avec "Radio France Internationale" (RFI). La visite de Youcef Yousfi devrait en outre permettre d'aborder les questions des visas,le 22 janvier. de la réouverture des consulats français, de la coopération économique et du retour d'Air France en Algérie. Sur ce dernier point, selon le ministère français des Affaires étrangères, "tout a été réglé sauf (...) le contrôle des passagers sur le tarmac à Alger avant l'embarquement, et les modalités de contrôle". Au micro de RFI, le président Bouteflika a expliqué que les relations entre l'Algérie et la France "tirent leurs racines de l'histoire commune, des impératifs du présent et surtout des nécessités de l'avenir" et ne doivent pas être altérées par des "problèmes de commerce" ou des "incidents de parcours" La porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Anne Gazeau-Secret, a déclaré que les autorités françaises se réjouissaient du "climat renouvelé de confiance" régnant entre les deux pays, et que la France était "désireuse de travailler à la relance et à la rénovation de la coopération bilatérale".
(AP, APS 21.1 22.1) Une importante délégation du patronat français, conduite par le président du MEDEF-International François Perigot, est attendue à Alger du 4 au 7 février. La délégation française sera composée de représentants de 120 entreprises et de grands groupes (Bouygues, Alcatel, Alsthom, Renault, Vivendi, Thomson, Société Générale, BNP...). Le directeur général de Renault Algérie, Michel Tranche, a qualifié l'Algérie de marché "stratégique majeur" pour l'entreprise, qui ambitionne d'y vendre quatre millions de ses véhicules dans les dix ans à venir (pour 4000 véhicules en 1999).
(AFP, AP, APS 25.1) La visite officielle à Paris (la première à ce niveau depuis 1994) du ministre algérien des Affaires étrangères Youcef Yousfi, qui a commencé le 25 janvier, a donné l'occasion à la France et à l'Algérie d'affirmer leur volonté de donner une nouvelle impulsion à leurs relations. Youcef Yousfi a été reçu le 25 janvier par le président Chirac, à qui il a remis deux messages du président Bouteflika, l'un sur la dette algérienne et l'autre sur les relations franco-algériennes, après avoir eu un entretien avec le Premier ministre Jospin. Jacques Chirac a qualifié le dialogue franco-algérien d'"à la fois une exigence humaine et une exigence politique et stratégique" et a reconnu que la réouverture des consulats français fermés en Algérie et la reprise des vols d'Air-France avec l'Algérie "changeraient les choses". Youcef Yousfi a exprimé le souhait de l'Algérie de "bâtir une coopération dense, globale dans tous les secteurs, sans exclusive ni restrictive" avec la France, et Lionel Jospin a exprimé l'intention du gouvernement français "d'établir dans la durée la qualité de la relation franco-algérienne, sans impatience mais avec détermination". Youcef Yousfi a assuré avoir "noté" chez Lionel Jospin "la même volonté politique" que celle du gouvernement algérien "de redynamiser (la) relation algéro-française", et a trouvé le Premier ministre français "très attentif à l'évolution de la situation en Algérie". Le ministre algérien a transmis à Lionel Jospin une invitation du président Bouteflika à se rendre en Algérie, invitation qui a été acceptée par le Premier ministre français. Le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a annoncé que son homologue algérien et lui avaient "décidé de (se) voir autant de fois" jusqu'à ce que les "contentieux" soient "surmontés". Hubert Védrine a annoncé une nouvelle mission française en Algérie "dans un délai très rapproché" pour se pencher sur le problème de la reprise des vols d'Air France, et a indiqué que l'accord-cadre de coopération militaire entre Paris et Alger, qui remonte à 1967, allait être "réouvert". S'agissant de la situation interne en Algérie, Youcef Yousfi a estimé que "le retour à la normale est en train de se faire" et que "l'Algérie est en train de sortir de la tragédie". Selon le ministre algérien, le principe de visites d'Etat de Jacques Chirac en Algérie et d'Abdelaziz Bouteflika en France a été "retenu", sans que les dates en soient arrêtées, ni que l'on sache lequel des deux présidents se rendra le premier chez l'autre (ni d'ailleurs qui, du Premier ministre ou du Président français, précédera l'autre en Algérie).
(AFP 26.1, El Ribat, Liberté, El Watan 27.1) La visite de deux jours effectuée par le ministre algérien des Affaires étrangères, Youcef Yousfi, à Paris, et que le bulletin du FIS (tendance Kébir) "El Ribat" qualifie d'"inopportune", a permis de faire le tour des problèmes franco-algériens et des obstacles à la "normalisation" des relations entre les deux pays. Le ministre algérien a même évoqué la possibilité pour l'Algérie d'acquérir du matériel militaire français. La coopération militaire française avec l'Algérie n'a quant à elle jamais été interrompue, et des officiers et sous-officiers algériens sont formés en France (notamment, mais non exclusivement, dans le domaine de la santé). Le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a exclu cependant que la France apporte à l'Algérie une aide dans la lutte contre l'islamiste armé. Le contentieux lié à l'interruption des vols d'Air-France vers l'Algérie a été qualifié de "technique" par les responsables deux pays, et les ministres français des Affaires étrangères et de l'Intérieur ont assuré que le nombre des visas délivrés par la France à des Algériens allait continuer à progresser, sans qu'il soit question de "fixer des quotas". Youcef Yousfi a annoncé (sans les dater) les prochaines visites croisées d'Abdelaziz Bouteflika à Paris et de Jacques Chirac et de Lionel Jospin à Alger, et a appelé les entrepreneurs français à venir investir en Algérie. Il a également appelé les partenaires de l'Algérie à "alléger le fardeau de la dette extérieure" de l'Algérie. Le ministre français de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement a quant à lui invité son homologue algérien, Yazid Zerhouni, à Paris.
(AFP 29.1) La Compagnie française pour le commerce extérieur (COFACE, organisme public d'assurance des investisseurs à l'étranger contre les risques d'impayés) estime "assez normal" qu'il y ait "un renouveau d'intérêt" des investisseurs français pour l'Algérie, "marché difficile, risqué mais (...) traditionnel pour les entreprises françaises", mais leur a donné par la voix de son président, François David, le "conseil (...) quand même de prendre des précautions parce qu'il y a des défauts de paiement et (que) la situation n'est pas encore stabilisée". Le président de la COFACE a fait cette déclaration alors que le président du MEDEF (syndicat patronal) International, François Perigot, se rendra en Algérie du 4 au 7 février à la tête d'une délégation d'une centaine d'entreprises, et après que la visite du ministre algérien des Affaires étrangères à Paris ait provoqué de nombreux discours, français comme algériens, sur la nécessité de revitaliser les rapports franco-algériens.
(El Ribat 27.1) Le bulletin du FIS (tendance Kébir) "El Ribat" qualifie d'"inopportune" la visite du ministre algérien des Affaires étrangères à Paris, et accuse les autorités algériennes de contribuer à mettre les Algériens de France dans la situation d'être la communauté étrangère "la moins bien traitée" et de "laver les mains" du sort fait aux Algériens de France. Le bulletin islamiste rappelle que "des milliers (d'Algériens) vivotent en France sans papiers, sans domicile fixe, quelquefois sans identité, ne connaissant de la France que les commissariats de police, les centre de rétention ou, pire, la prison", mais "ces Algériens préfèrent demeurer en prison (en France) plutôt que d'être renvoyés en Algérie". "El Ribat" accuse en outre le ministre algérien de ne venir à Paris qu'en "VRP qui a pour mission de vendre le marché algérien aux entrepreneurs français qui (le) boudent toujours".
(Reuters 28.1) Le parquet de la Cour d'appel de Paris a demandé le confirmation des condamnations de 26 des 33 prévenus du réseau islamiste de Mohamed Chalabi, rejugés depuis le 10 janvier. Le ministère public a notamment demandé la confirmation de la peine de huit ans de prison infligée à Mohamed Kerrouche (le seul des prévenus rejugés à être encore détenu). L'arrêt de la cour a été mis en délibérté au 29 mars prochain.
(Le Monde 28.1) Le Conseil d'Etat français a rendu le 26 janvier un arrêt cassant la conception restrictive de l'asile politique contenue dans une circulaire du ministère de l'Intérieur, qui considérait qu'uen personne ne pouvait obtenir l'asile que si elle était menacée par un gouvernement, et non par un groupe armé d'opposition. Selon la haute cour administrative française, l'oppression politique doit s'entendre de façon plus large et comprendre l'oppression exercée par des groupes non-gouvernementaux, comme par exemple les groupes islamistes armés algériens. "Le Monde" donne l'exemple d'un requérant d'asile algérien, Tarik B, arrivé en France en janvier 1999 après que son grand-père et son oncle aient été égorgés par un groupe armé, sa mère, militante des droits de l'homme, étant elle-même menacée. Reconnu par les autorités algériennes comme "victime du terrorisme", il avait demandé l'asile politique en France et se l'était vu refuser au nom de la conception restrictive du droit d'asile qu'exprimait la circulaire du ministère de l'Intérieur, que vient de casser le Conseil d'Etat sur recours de trois associations, le Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI), Amnesty International et France terre d'Asile. Le 11 mai 1998, la loi avait institué l'asile territorial en lui donnant une base légale. 3000 personnes menacées dans leur pays, mais ne répondant pas aux conditions d'octroi du droit d'asile, étaient concernées par cette possibilité d'obtenir un droit de séjour temporaire.. La circulaire du ministère de l'Intérieur restreignait cependant cette possibilité aux personnes menacées par des "personnes ou (des) groupes distincts des autorités publiques" du pays concerné, alors que la loi ne prévoyait nullement cette restriction et ne précisait pas l'"agent de persécution". Le Conseil d'Etat a donc donné raison aux associations sur trois points d'abord en accordant au requérant un délai pour préparer son audition à la préfecture, chercher un interprète et obtenir une assistance , ensuite en exigeant que le requérant soit, lorsqu'il fait sa demande en centre de rétention administrative, entendu par un agent de la préfecture et non par un fonctionnaire du centre, enfin en accordant la possibilité d'obtenir l'asile terrotorial à des ressortissants de pays où la situation politique est considérée comme (re)devenue normale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le GISTI regrette cependant que la Conseil d'Etat ait maintenu la possibilité d'une procédure "expéditive" permettant au ministère d'invoquer une "mesure d'urgence" lorsque le requérant est sous le coup d'un arrêté d'expulsion, Amnesty International souligne que, contrairement aux réfugiés, "les étrangers ayant déposé un dossier pour l'asile territorial n'ont droit à rien : ni à un hébergement ni à une allocation (ni à) travailler pendant l'instruction de leur demande", et France terre d'asile demande au ministère de "revoir tous les dossiers rejetés parce que fondés sur des menaces émanant des autorités du pays".
(APS 26.1) Le ministre algérien de la Communauté nationale à l'étranger, Abdelaziz Ziari, a rendu visite le 25 janvier à la Mosquée de Paris, la plus ancienne et la plus importante des institutions musulmanes de France, et s'est entretenu avec le Recteur de la mosquée, Dalil Boubakeur.
(Le Matin, El Watan 2.2) Dans deux entretiens accordés aux chaînes de télévision françaises LCI (privée) et FR3 (publique), le président Bouteflika a réagi à la mise en garde de la COFACE aux investisseurs en Algérie en estimant que "la Coface n'a jamais été d'une grande amitié envers l'Algérie" et que son point de vue "n'influe en rien sur les relations sur les relations algéro-françaises". Abdelaziz Bouteflika a confirmé qu'il acceptait l'invitation du président Chirac à se rendre en France au cours du premier semestre 2000 et a estimé que les relations politiques entre Paris et Alger s'amélioraient "à vue d'oeil", mais qu'"aucun problème n'e été réglé".
(APS 2.2) Le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine s'est dit le 2 février "heureux" de l'annonce, la veille, par le président Bouteflika de sa visite en France avant juillet 2000.
(El Watan, Liberté 3.2, AFP, Reuters 4.2) Le président du MEDEF-International (syndicat patronal français), François Perigot, en visite en Algérie du 4 au 7 février à la tête d'une délégation d'une centaine de chefs d'entreprise, s'est distancé de l'évaluation pessimiste du "risque pays" algérien faite par la COFACE (compagnie d'assurance contre les risques à l'exportation), en déclarant souhaiter : "que les entreprises françaies puissent travailler dans les meilleures conditions en Algérie" et en affirmant que "tout ce qui pourra contribuer à nous mettre dans cette position sera le bienvenu". La France est le premier partenaire commercial de l'Algérie, elle doit aussi y être le premier investisseur, a estimé François Perigot, pour qui la visite de la plus forte délégation d'entrepreneurs français envoyée en Algérie depuis l'indépendance est "un signe de confiance dans le développement économique de l'Algérie". Toutes les grandes entreprises représentées dans la délégation "ont une opération dans le colimateur", a déclaré François Perigot. Quant à la COFACE, dont le président, Jean-François David avait qualifié le 29 janvier l'Algérie de marché "difficile" et "risqué", elle a rectifié le tir dans un communiqué le 2 février, (après que le président Bouteflika ait clairement exprimé son irritation de cette position) . La COFACE a déclaré dans son communiqué que "l'appréciation de la COFACE du risque algérien s'est, en ce début d'année, améliorée par rapport à l'année précédente", que "les investisseurs apprécient favorablement l'évolution de la situation politique depuis l'arrivée au pouvoir de M. Bouteflika, que sa sécurité s'améliore sensiblement" et que "son cadre réglementaire est favorable à l'investissement étranger". La COFACE rappelle d'ailleurs qu'elle n'a "jamais cessé d'accorder des garanties sur l'Algérie". Par ailleurs, le 3 février, la compagnie française ELF-Aquitaine a révélé que la Sonatrach avait exercé son droit de préemption de compagnie nationale algérienne sur une participation de 40 % du champ de Rhourde El Baguel, que le groupe français projetait. Elf avait annoncé en septembre 1999 la signature entre elle, la Sonatrach et Atlantic Richfield d'un accord impliquant cette prise de participation, ce qui aurait marqué le retour d'Elf en Algérie après trente ans d'absence.
(Liberté 5.2, AFP, El Watan, Le Matin 6.2) Dans un entretien accordé à "Liberté" à l'occasion de la visite à Alger de l'important délégation du patronat français conduite par François Perigot, président du MEDEF-International, l'Ambassadeur de VFrance en Algérie, M. Gaillardin, situe cette visite "politiquement parlant dans une reprise généralisée du dialogue politique entre les deux pays", et considère que "la démarche du président Bouteflika de concorde civile ouvre des perspectives concrètes, précises, d'une amélioration, d'un changement du climat sécuritaire". Les autorités et des entreprises algériennes ont pressé la délégation du MEDEF de franchir le pas de l'investissement sans attendre. L'accueil réservé par les autorités à la délégation patronale française a été exceptionnel : quatre ministres (dont ceux des privatisations, Hamid Temmar, et des Finances, Abdelatif Benachenhou) étaient présents lors de la première journée de travail de la délégation, le 5 février. Pour nombre d'entrepreneurs et de responsables politiques algériens, les Français sont trop timorés et les Italiens ou les Canadiens font preuve de bien plus d'allant. Hamid Temmar a promis d'installer dans son ministère une unité de suivi des discussions avec les investisseurs français, pour éviter que les contacts ne s'effilochent après leur retour en France. Dans un message adressé à Jacques Chirac, le président Bouteflika a évoqué les perspectives de coopération économique franco-algérienne et s'est dit convaincu que "le programme économique du gouvernement (algérien) offre de grandes opportunités à une coopération bilatérale dense et diversifiée". Abdelaziz Bouteflika déclare également la disposition de l'Algérie "à engager un dialogue constructif en vue d'un traitement bilatéral de la dette". Pour sa part, le président Chirac a écrit à son homologue algérien pour lui exprimer le souhait que "des contacts entre ministres français et algériens soient prochainement organisés". Le ministre algérien des Finances, Abdellatif Benachenhou, a d'ailleurs été invité par son homologue français à se rendre à Paris.
(El Watan 5.2) Les relations économiques entre la France et l'Algérie se traduisent notamment par l'existence de créances croisées et de contentieux réciproques, de l'Algérie sur la France et de la France sur l'Algérie, mais le réglement de ces contentieux semble plus traîner côté français que côté algérien. L'ensemble des créances françaises sur l'Algérie, se montant au total à quelque 3 milliards de FF (750 mios FS) auraent été apurées, selon "El Watan", qui s'appuie pour l'affirmer sur des sources diplomatiques françaises et algériennes, alors que les créances algériennes sur la France n'auraient, elles, pas été réglées. Il s'agit notamment d'une dette fiscale de l'ordre de plus de 680 mios de dinars à fin août 1994 (soit environ 68 mios FF, 17 mios FS), représentant des impôtzs dus par neuf entreprises françaises. Il s'agit également de jugements et d'amendes fiscales pour un montant de près de 450 mios de dinars (45 mios FF, 11 mios FS) et de contentieux liés à la nationalisation des assurances en 1966 en Algérie, à la revalorisation des pensions civiles et militaires dues par la France à des Algériens , et à un "trop perçu" salarial de 22 mios de dinars (2,2 mios FF, 500'000 FS) par des coopérants français.
(AP 6.2, Reuters 7.2) La délégation patronale française du MEDEF-International, en visite en Algérie du 4 au 7 février, a retenu 65 projets d'investissements, notamment dans les télécommunications, l'énergie, la distribution d'eau, la phamarcie, le nâtiment et les travaux publics, a annoncé la radio publique algérienne -qui n'a pas précisé quelles sociétés et quels projets étaient concernés. Le président de la délégation française, François Perigot, n'a pas été plus disert, arguant de la "concurrence étrangère" pour justifier cette duscretion, mais a évoqué un renforcement de la présence française dans le secteur bancaire, et a déclaré que "la France a toujours été et restera le premier partenaire de l'Algérie". De source algérienne, on indique que le groupe Vivendi s'est montré particulièrement intéressé par le réseau de téléphonie mobile en Algérie, et la SNCM (société nationale maritime Corse-Méditerranée" par l'ouverture d'une agence à Alger et d'une nouvelle liaison Alger-Marseille. François Perigot s'est dit impressioné par la "montée (...) de la confiance réciproque entre entrepreneurs français et algériens" et par la "prise de conscience du potentiel de l'économie algérienne" par les Français. Le président du MEDEF-International s'est félicité de l'"amélioration" de la situation sécuritaire et a salué le volonté affichée par les autorités algériennes de développer l'industrie hors hydrocarbures. Le ministre algérien de la Participation et des réformes, Hamid Temmar, a pour sa part confirmé le souci du gouvernement algérien de "faciliter", d'"organiser" et de "promouvoir" les projets d'investissements français.
(AFP, Liberté, Corr 7.2, 9.2) Une mobilisation "nationale-islamiste" se fait, notamment à Constantine sous l'égide d'un "comité populaire contre la normalisation avec Israël", pour empêcher une tournée prévue en mars du chanteur (d'origine algérienne juive) Enrico Macias. Cette mobilisation, conduite par l'ancien président de l'Assemblée nationale et dirigeant du FLN (et de sa tendance islamo-conservatrice) Abdelaziz Belkhadem, se fait donc au nom curieusement de la lutte contre la normalisation des relations avec Israël, et devrait avoir une importance particulière à Constantine, ville natale du chanteur, et ville symbole de la présence d'une forte communauté juive en Algérie avant l'indépendance (cette communauté étant par ailleurs bien plus ancienne que la colonisation, et pour une part antérieure à l'islamisation). Dans les années cinquante, près du tiers de la population de Constantine était de religion ou d'origine religieuse juive. Enrico Macias devrait effectuer du 18 au 27 mars une tournée de six concerts en Algérie, la première depuis son exil en 1962. Le quotidien "En Nasr", de Constantine, fait état de rumeurs calomnieuses sur le passé de la famille du chanteur et sur le "massacre de dizaines d'Algériens" musulmans "par les Juifs pendant l'Aïd de 1956", rumeurs sans fondements et démenties par les historiens et les Constantinois de souche mais colportées notamment par d'anciens militants du FLN exclus du parti. Une association culturelle constantinoise, "Cirta", a appelé à empêcher "par des moyens pacifiques" la tournée de Macias, et appelle à un "deuil national" de trois jours si cette tournée était maintenue. Le "front islamo-conservateur" comprend également des sympathisants de Mouloud Hamrouche, comme Mouloud Mezaouda, des membres de l'UGTA, du RND, de Ennahda et de El-Islah (le mouvement d'Abdallah Djaballah). Lors de son séjour à Constantine, Enrico Macia avait demandé à pouvoir être hébergé dans une famille pour pouvoir retrouver l'ambiance de son enfance, passée dans un quartier pauvre. Selon "Le Soir", de nombreuses familles constantinoises avaient exprimé leur souhait de pouvoir accueillir "l'enfant du pays". La campagne lancée contre la tournée d'Enrico Macias conjugue l'"antisionisme" (et une forte dose d'antisémitisme, en contraste avec l'hommage exprimé par le président Bouteflika à l'apport de la communauté juive à l'histoire et à la culture de Constantine), à la francophobie affichée des "islamo-conservateurs" -francophobie qui selon la "vox populi" ne les empêche ni d'aller se faire soigner en France lorsqu'ils sont malades, ni d'y envoyer leurs enfants faire des études. On rappelle également que des contacts secrets d'officiels algériens avec Israël ont été initiés dans les années 1980, alors que l'Algérie vivait encore sous le régime du parti unique., La polémique à propos ou au prétexte de la tournée d'Enrico Macias est, selon les "islamo-conservateurs" qui l'ont lancée, une réponse à la "brève rencontre" et à la poignée de mains entre le président Bouteflika et le Premier ministre israélien Ehud Barak en 1999. Elle s'inscrit aussi dans le processus de "réchauffement" des relations avec la France.
(AFP, El Watan 10.2, 14.2) Enrico Macias assure qu'il va effectuer comme prévu sa tournée algérienne à la mi-mars, malgré la polémique lancée, notamment à Constantine, par les "islamo-conservateurs", opposés à la fois à la normalisation des relations algéro-israéliennes (Macias est juif) et algéro-françaises) (Macias est français, né en Algérie). "Je réponds à l'appel du peuple algérien et du président Bouteflika, seul qualifiés pour m'inviter", a déclaré le chanteur à "El Watan". Enrico Macias dit être "en train de préparer ardemment (son) voyage" v ers son pays natal : "rien ne m'arrêtera car je n'oublierai jamais le geste du président Bouteflika qui est en train de détruire tous les tabous existant à cause de ces gens" (les islamo-conservateurs), a poursuivi Macias, attendu le 16 mars à Constantine avec sa famille. "Je serai en Algérie pour le peuple algérien, pour le président Bouteflika et pour mon Algérie. Ce sera trois jours de fête", assure le chanteur. Dans son commentaire sur la polémique lancée par les "islamo-conservateurs", "El Watan" dénonce ces "Algériens qui mènent une guerre anticoloniale à retardement comme d'autres cultivent la haine", et qui "poussent leur antisémitisme aujourd'hui jusqu'à appeler à des manifestations antijuives". En réaction à la création à Constantine d'un comité opposé à la venue d'Enrico Macias, lequel aurait selon "El Watan" "très peu d'écho", un Comité pour la concorde et la paix a été créé dans le même ville le 10 février. Parmi les créateurs du comité, on note la présence du maître de la musique malouf, Mohamed Tahar Fergani, et des figures politiques locales, comme Rabah Bencherif et Mohammed Saïdi.
(ALIF 12.2) A Grenoble, depuis plusieurs mois, des racistes répétent, sans faiblir, des menaces de mort et de violence contre le Directeur et le Président d'"Amitiés et Liens France Maghreb" (ALIF), Kamel Daoud. . Mercredi 9 février après-midi, ils ont agressé sont épouse à son domicile de Grenoble. Ils l'ont séquestrée et molestée. Sur les murs de l'appartement, ils ont inscrit à la bombe des injures racistes. Avant de partir ils ont répété leurs menaces, par oral, et avec une nouvelle lettre de menace. ALIF lance un appel "à l'ensemble de la population, aux organisations politiques et syndicales républicaines, aux élus et aux autorités grenobloises, iséroises et nationales : il faut que la force et la détermination de la République fassent définitivement cesser ces faits"
(Liberté 10.2) Le PDG d'Air-Algérie, Mohammed Tayeb Benouis, a annoncé le 8 février la libéralisation des ventes et des réservations sur sa compagnie, à toutes les agences de voyage (au lieu du monopole dont les agences d'Air-Algérie disposaient). Cette mesure, si elle est effectivement appliquée, dev rait considérablement faciliter les démarches des Algériens de l'étranger, en même temps qu'elle devrait, selon son PDG,"décharger, en très grande partie, Air Algérie d'une vocation" (la distribution de ses services) "qui mobilisait l'essentiel de (ses) ressources humaines". "Nous sommes décidés à (...) mettre fin aux scènes de queues au niveau de nos agences", assure Mohammed Tayeb Benouis, qui déclare également vouloir accroître "la vigilance et le contrôle" contre des pratiques telles que "les OK fictifs, les réservations passives, la double réservation".
(AP 10.2) Dix personnes ont été inculpées et emprisonnées à Marseille après le démantèlement d'un réseau de voleurs de voitures à destinataion du Maghreb, a annoncé le 10 février une source policière. Les voitures (des modèles de haut de gamme) étaient exportées vers l'Algérie, via la Tunisie, après avoir été volées dans la région de Marseille. Les trafiquants disposaient également de fausses plaques d'immatriculation et d'un lot de cartes grises vierges.
(Liberté 14.2) Un protocole de coopération entre le Grand Alger et la ville de Marseille avait été signé le 31 octobre 1999 : le eomité technique de suivi de ce protocole a été installé le 13 février. Sept axes de coopération, comprenant 50 actions triennales (de 2000 à 2002), ont été arrêtés, dans tous les domaines de la gestion urbaine.
(AFP, Corr, Le Matin 15.2) Le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas, parti islamiste légal et gouvernemental) de Mahfoud Nahnah a rejoint le 15 février, par un communiqué à fort contenu "anti-israélite", pour ne pas dire antisémite), le front "islamo-conservateur" opposé à la tournée prévue d'Enrico Macias en Algérie. Le MSP (dont le communiqué ne nomme pas Enrica Macias et se contente de le désigner comme "le chanteur juif") "refuse toutes les tentatives de normalisation avec l'ennemi sioniste sous toutes ses formes, notamment culturelles, qu'on veut concrétiser à travers la visite du chanteur israélite" et appelle "les forces nationalistes sincères à s'unir face aux politiques d'introduction des juifs qui ont joué un très grand rôle en soutenant le colonisateur et en combattant la Révolution", déclare le communiqué. L'ancien dirigeant du parti (dissous) d'Ahmed Ben Bella, le MDA, Khaled Bensmaïn, a pour sa part justifié son opposition à la tournée d'Enrico Macias par le fait que le chanteur avait été incorporé dans le Territoriale au moment de la Guerre d'Algérie, et avait chanté pour les soldats israéliens à l'époque de la Guerre des Six Jours de 1967. Quant au quotidien du FLN, "Sawt El Ahrar", il estime qu'Enrico Macias voulait "réhabiliter les Juifs français" (en fait, des juifs algériens de Constantine) "qui avaient soutenu le colonialisme et combattu la révolution" (en fait,une communauté juive est présente à Constantine, et ailleurs en Algérie, depuis à peu près 15 siècles). Selon la presse privée, la prise de position "antijuive" du MSP manifesterait la prédominance au sein du MSP de la ligne "dure" du député Mokri.
(AFP 16.2, Le Quotidien d'Oran 17.2) Alors que la polémique continue en Algérie à propos de la venue d'Enrico Macias pur une tournée en Algérie, le bulletin officieux du FIS (tendance Kebir), "El Ribat", se distancie fortement de la campagne lancée par des comités "islamo-conservateurs" contre la venue du chanteur. Pour "El Ribat", c'est la presse "inféodée à des intérêts anti-nationaux" qui a transformé la "visite banale" d'Enrico Macias dans son pays natal en une "tempête dans un verre d'eau". "El Ribat" dénonce l'utilisation "fautive, malsaine et condamnable" de la visite de Macias "par un lobby d'Algériens intéressés matériellement". "Macias n'y est pour rien, mais sa visite est instrumentalisée", écrit le bulletin. "Que Gaston Ghenassia (vrai nom du chanteur) se rende en Algérie, sa terre natale, quoi de plus banal ! Et que le chanteur Enrico Macias s'y produise avec la bénédiction des autorités algériennes, quoi de plus logique !" écrit "El Ribat", qui ajoute : : "qu'il veuille s'y recueillir à la mémoire de ses ancêtres, quoi de plus humain et de plus facile sur une terre d'Islam tolérante, acceuillante et ouverte aux gens du Livre", "El Ribat" faisant ainsi la leçon notamment au MSP-Hamas qui avait pris en marche le train de la campagne franchement antisémite lancée à Constantine par les "islamo-conservateurs" conduits par l'ancien président (FLN) de l'Assemblée national, Abdelaziz Belkhadem, et l'ancien chef du parti de Ben Bella, Khaled Bensmaïn. "La polémique que soulève une certaine presse au sujet de cette visite est nauséabonde; les propos qu'elle tient sont indignes, abjects, obscènes", écrit "El Ribat", adressant cependant, implicitement, plutôt cette condamnation aux partisans d'une "réconciliation" franco-algérienne (et algéro-pieds-noirs) qu'à ceux qui, notamment à Constantine, ont lancé à propos de la venue d'Enrico-Macias une campagne à la fois ouvertement anti-juive, anti-israélienne et anti-française, et plus sournoisement anti-Bouteflika, "anti-concorde civile" et anti-amnistie ("El Ribat" défendant, au sein du FIS, la ligne de la délégation exécutive du FIS à l'étranger de Rabah Kébir, favorable à la négociation avec le pouvoir, contre la ligne "dure" du CC-FIS d'Ahmed Zaoui, opposé à toute négociation dont le préalable ne serait pas la libération d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj). Pour sa part, Le porte-parole du Front des Forces Socialistes, Hakim Bouagache, en a pour sa part appelé, en réponse à la campagne "islamo-conservatrice", à la tolérance, au respect d'autrui, et au "rejet de toute forme de discrimination".
(El Watan 19.1, Le Matin 21.1) La campagne anti-juive est encore "montée d'un cran" à Constantine, écrit "El Watan", après une réunion de l'ONEM (organisation nationale des enfants des moudjahidines), théoriquement consacrée à la "journée du Chaid" (martyr), mais largement utilisée par les initiateurs "islamo-conservateurs" de l'agitation entretenue autour de la venue d'Enrico Macias à Constantine pour réexprimer leur opposition à cette venue. Pour Khaled Bensmaïn, ancien dirigeant du parti (MDA) d'Ahmed Ben Bella, le fait qu'Enrica Macias veuille se recueillir sur la tombe de son beau-père, et maître de musique, Raymond Lévy, "est un acte qui touche aux valeurs de la Révolution", et la venue d'Enrico Macias elle-même fait courir le "risque d'une intronisation des juifs par le biais d'un rétablissement culturel". Pour Hamlaoui Akouche, du parti islamiste (MRN) d'Abdallah Djaballah, Enrico Macias "n'est pas le bienvenu à Constantine", sa ville natale, et Raymond Lévy ne doit pas être "réhabilité". Pour le député Abderrezak Mokri, du MSP, qui a appelé la population constantinoise à se mobiliser pour faire de Constantine une "citadelle imprenable", admettre que "le moudhahid qui a tué Raymond soit qualifié d'assassin" serait "trahir la mémoire de tous nos martyrs". Au sein de la population, rapporte "Le Matin", "le venue d'Enrico Macias ne laisse personne indifférent à Constantine" et "les pour, les contre et les indécis d'affrontent dans des débats qui ont fini par supplanter le sujet de la concorde civile et le retour des anciens terroristes dans la ville". Selon le quotidien, la tendance générale au sein de la population serait largement favorable à la venue de Macias, malgré la campagne menée par ses opposants pour "renverser la tendance". Dans le quartier populaire où est né le chanteur, "l'ambiance est plutôt aux préparatifs de sa visite"...
(APS 15.2) Le président Jacques Chirac a adressé au président Abdelaziz Bouteflika un message lui exprimant "le voeu que la conjonction des bonnes volontés qui s'expriment" à propos de la tenue du premier sommet euro-africain (Abdelaziz Bouteflika étant président en exercice de l'OPUA), permette "la tenue de cette rencontre des deux continents".
(APS 17.2) Le président Bouteflika a annoncé le 16 février à Abou Dhabi qu'il se rendre en principe en visite officielle en France en juin prochain, et a estimé qu'il existe "à Paris et à Alger une grande disposition pour surmonter les obstacles et résoudre les problèmes, voire même pour rattraper le temps perdu". Abdelaziz Bouteflika a confié qu'à son accession à la présidence, les relations algéro-françaises étaient "très mauvaises", la France traitant l'Algérie "sur la base de la souveraineté limitée et ayant "commis des fautes graves ces vingt dernières années et des erreurs impardonnables ces dix dernières années", mais qu'il avait aujourd'hui trouvé en France "une oreille attentive" auprès du président Chirac, du Premier ministre Jospin et de nombreux autres hauts responsables politiques français.
(APS 16.2) Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et SOS-Racisme, ont porté plaintepour incitation à la haine raciale et agression raciste avec actes de barbarie à la suite de l'agression raciste dont a été victime le 9 février à Grenoble Shafia Daoud, épouse de Chadli Daoud, responsable de l'association ALIF (Amitié et lien France-Maghreb) et du saccage le 18 novembre d'une salle de conférence où l'ALIF avait invité l'historien Mohammed Harbi. Shafia Daoud a été agressés, insultée, brutalisée par deux individus se faisant passer pour des policiers, et qui seraient membres du "Mouvement National" (scission du Front National). Les deux agresseurs l'ont baillonnée, lui ont tailladé et brûlé les pieds, déclarant que "c'est comme ça que faisaient les paras en Algérie" et inscrit des insultes racistes sur les murs de l'appartement de Dhalia et Chadli Daoud. Le 18 novembre déjà, une vingtaine de militants d'extrême-droite (dont cinq avaient été arrêtés) avaient interrompu une conférence organisée par l'ALIF avec l'historien Mohamed Harbi. Depuis lors, le couple Daoud n'a cessé de recevoir des menaces anonymes par lettre et par téléphone. Il bénéficie actuellement d'une protection policière. Le 14 février, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Grenoble pour protester contre l'agression dont a été victime Shafia Daoud et dénoncer le racisme, l'extrême-droite et la "gangrène fasciste".
(AFP 19.2) En 1999, Air Algérie a réalisé un chiffre d'affaire d'un million de FF (250'000 FS) pour le seul fret de rapatriement depuis Paris des dépouilles d'Algériens décédés en France et rapatriée vers l'Algérie pour y être inhumé. En 1999, Air Algérie a rapatrié les corps de 1834 défunts depuis Paris, à quoi s'ajoutent les corps de 1600 défunts depuis Marseille, Lyon et Toulouse. Comme le rapatriement des corps est factuté au poids, comme du fret classique, mais à des prix supérieurs à ceux du fret classique, les familles dénoursent en moyenee environ15'000 FF pour le rapatriement de leurs défunts.
(Liberté 21.2) Les négociations entre Air France et l'Algérie pour la reprise de la desserte algérienne par la compagnie française devraient reprendre fin février, après avoir été interrompues à la suite du rejet par la partie algérienne d'exigences jugées "exorbitantes" formulées par la partie française, qui demandait notamment de pouvoir fouiller les voyageurs sur le sol algérien.
(Corse-Matin 15.2, Le Canard Enchaîné 23.2) Un requérant d'asile algérien souffrant d'asthme aigu, réfugié en Corse depuis huit ans, et dont la régularisation avait été refusée par la préfecture, est mort à l'âge de 28 ans de sa maladie, à Porto Vecchio, faute de soins car il craignait d'être appréhendé pour être expulsé s'il allait se faire soigner à l'hôpital. La Ligue des droits de l'Homme, l'association antiraciste corse Ave Basta et l'ancien bâtonnier d'Ajaccio, Antoine Sollacaro, ont dénoncé les responsabilités de l'administration dans ce décès, et rappelé que le 29 avril 1999, l'Assemblée de Corse avait pourtant demandé aux autorités préfectorales de "surseoir immédiatement à toute expulsion ou reconduite aux frontières de ressortissants algériens", et "d'examiner avec bienveillance et humanité les situations" des immigrés, en leur apportant "aide et protection". "Djamel est mort à 28 ans parce qu'un fonctionnaire obtu n'a pas su débusquer dans la sécheresse de la "loi Chevènement" l'astuce qui eut permis de pallier l'intransigeance de l'OFPRA" (Office français de protection des réfugiés et apatrides), conclut Antoine Sollacaro.
(Liberté 24.2) Dès la fin du mois de mars, Air Algérie pourra assurer depuis Paris trois vols quotidiens vers Alger, un vers Oran, un vers Constantine, cinq vols hebdomadaires vers Bejaïa, quatre vers Tlemcen et trois vers Annaba : le programme d'Air Algérie a en effet reçu l'aval des autorités de l'aviation civile française.
(El Watan 28.2) Après les "islamo-conservateurs" opposés à la venue d'Enrico Macias dans sa ville natale, c'était au tour, le 27 février, du "Comité pour la concorde et la paix" de Constantine, animé notamment par Rabah Bencherif et Mohammed Sâadi, de monter au créneau pour "renverser la vapeur" après la violente campagne anti-juive organisée par leurs adversaires. Soutenant la "visite culturelle" du chanteur en Algérie, le comité considère que cette visite, qui sera couverte par 72 media internationaux, et accompagnée d'une délégation d'une centaine de personnes "dont des investisseurs", sera "un plus pour Constantine". Rabah Bencherif a accusé les "islamo-conservateur" de "récupération de la journée du Chahid pour faire de la subversion en politisant (une) visite culturelle", et le secrétaire loval de l'Organisation nationale des enfants de moudjahidines (ONEM) a exprimé le soutien de son organisation à la visite du chanteur dans son pays natal.
(Liberté 29.2) Une rue Lounès-Matoub sera baptisée officiellement le 11 mars à Saint-Martind-Hères, dans la région de Greboble. L'Association culturelle amazigue de France (ACA) appelle à cette occasion ses adhérents, les "amis et admirateurs de Lounès Matoub" et de ses idéaux à lui rendre hommage lors de l'inauguration de la rue qui portera son nom (et qui se fera en même temps que celle de la rue Boris-Vian, "qui a écrit et chanté "Le Déserteur" en pleine Guerre d'Algérie".
(AFP, Libération 6.3, Liberté, Le Temps, 7.3) Les milieux islamo-conservateurs qui avaient déclenché une violente campagne contre la tournée qu'envisageait de faire Enrico Macias en Algérie ont finalement réussi à faire reporter, sinon annuler, cette tournée. Le chanteur a en effet décidé de reporter sa visite dans son pays natal, initialement prévue du 16 au 27 mars. Le 4 mars, Abdelhamid Bouhrour, le directeur de l'office public organisant la tournée, l'OREF, a été limogé "Le Quotidien d'Oran" annonce dependant qu'Enrico Macias se produira bien en juin prochain à Alger, mais la plupart des quotidiens privés, du moins les quotidiens francophones, considèrent l'annulation de la tournée de mars comme une victoire du camp islamo-conservateur et, objectivement, une défaite du président Bouteflika, dont un émissaire ("un proche parmi les proches du président", selon "Libération"), puis l'ancien ministre du Tourisme Rachid Maarif, auraient été dépêché à Paris auprès d'Enrico Macias pour lui demander de renoncer, au moins temporairement, à son projet -le chanteur ayant cependant démenti avoir pris sa décision sur pression du président, et l'ayant expliqué par "des raisons d'organisation" portant sur "la sécurité et le confort artistique" -et ajoutant : "Je suis chanteur, pas Don Quichotte ou un héros" et "je ne veux pas faire prendre de risques à ceux qui m'accompagnent". L'ancien Premier ministre algérien Sid Ahmed Ghozali a pour sa part estimé que le report (qu'il qualifie d'"annulation") de la tournée de Macias est "un manquement à la parole donnée et une reculade concédée à l'intolérance, au racisme archaïque (Enrico Macias est juif) est à la bêtise humaine", celle des "tenants de l'obscurantisme et de l'arriération politique et mentale" qui ont réussi à "fermer la porte à un fils de Constantine pour la seule raison qu'il est juif" -Sid Ahmed Ghozali rappelant au passage que si "des juifs ont participé à l'oppression et aux massacres perpétrés par le colonialisme (...) d'autres juifs ont été du combat libérateur national et ont paxé le prix de leur chair". Enrico Macias a assuré qu'il ne renonçait pas à se produire dans son pays natal : "Chez nous les Algériens, car je me considère comme un Algérien pur et vrai, quand on donne une parole, on ne la change pas". Une pétition a d'ailleurs été lancée en Algérie en ce sens. La pression politique sur le président Bouteflika devenait probablement trop forte pour que la tournée prévue soit maintenue : le 2 mars, Abdallah Djaballah avait appelé les Constantinois à s'opposer "par tous les moyens pacifiques" au retour de Macias dans sa ville natale. Le même jour, une réunion de l'association des enfants de martyrs de la guerre d'indépendance avait tourné au pugilat entre partisans et adversaires de la tournée du chanteur -et, au-delà, de la réconciliation avec les pieds-noirs et de la reconnaissance de l'"algérianité" de la communauté juive. La veille, 48 imams de Constantine avaient appelé à boycotter les concerts prévus. Une partie de la presse ("Liberté", notamment) met en cause, dans "l'affaire Macias", non seulement la responsabilité des "islamo-conservateurs", mais également celle du pouvoir, qui aurait transformé ce qui aurait pu être une visite sans problème en "opération de "prestige personnel", alors que, pour Sid Ahmed Ghozali, "rien n'eût été plus conforme à la tradition de fraternité et d'hospitalité de notre peuple que de traiter Gaston alias Enrico (...) avec les égards, l'affection et l'intelligence d'esprit et de coeur sur lesquels notre peuple ne lésine jamais", s'agissant d'accueillir non seulement un chanteur aimé de son public, mais aussi "un juif algérien attendu par sa ville et son pays natal". A Constantine a été créé un "Mouvement contre le racisme et la xénophobie", à l'initiative notamment d'universitaires, qui a lancé un appel "à la société civile, à toute Algérienne et à tout Algérien épris de libertés démocratiques à se mobiliser (...) contre le racisme, le fascisme et l'exclusion", et qui, dans le communiqué annonçant sa création, rappelle que la "grande civilisation arabo-musulmane n'a jamais marginalisé ni exclu les juifs de Tolède et d'Andalousie".
(Liberté 2.3) En visite à Paris, où il devait notamment rencontrer son homologue français Christian Sauter, le ministre algérien des Finances Abdelatif Benachenhou s'est entretenu le 1er mars avec le PDG de l'organisme français d'assurance pour le commerce extérieur, la COFACE, après qu'une polémique franco-algérienne ait éclaté au sujet de l'évaluation par cet organisme du "risque pays" de l'Algérie, considéré par le COPFACE comme toujours élevé.
(APS 5.3) Une délégation d'entreprises françaises (de Picardie) s'est rendue en Algérie pour une "mission de prospection" entamée le 4 mars. Les entrepreneurs français ont rencontré à plusieurs reprises des opérateurs économiques algériens, et le représentant de la Chambre française de commerce et d'industrie en Algérie (CFCIA), Francis Matte, a déclarlé que l'Algérie "dispose du plus grand nombre de potentialités économiques au nord de l'Afrique pour tenter de réussir un vrai décollage économique"
(El Watan 8.3) Un accord de jumelage entre dix communes algériennes administrées par le RCD et dix communes françaises administrées par le PCF devrait être conclu en avril prochain à Paris, après qu'un accord de jumelage semblable ait été conclu en octobre entre le RCD et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) français.
(AFP 9.3) Des historiens, juristes, philosophes français ont annoncé le 9 mars à Paris la création d'une association "17 octobre 1961 : contre l'oubli", qui va exiger de l'Etat qu'il reconnaisse comme un "crime" la répression sanglante par la police parisienne, sous les ordres de Maurice Papon, de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961. L'association souhaite que soit créé un lieu de souvenir et exige le libre accès aux archives publiques (elle considère en effet que malgré les assurances données par le gouvernement, cet accès n'est "toujours pas garanti". L'historien Jean-Luc Einaudi accusée la préfecture de police de Paris, "confrontée à son histoire", de continuer "d'empêcher de pouvoir consulter ses archives sur ces événements". L'appel lancé en octobre 1999 par les fondateurs de l'association, qui se veut "citoyenne, indépendante et plurielle", a recueilli près de 1500 signatures. Un policier, membre du syndicat de la police nationale, Erik Blondin a déclaré lors de l'annonce de la fondation de l'association qu'"accepter de dénoncer les fautes ou les erreurs de la police est le seul moyen de créer un climat de confiance auprès de la population".
(El Watan 13.3) Les mines antipersonnel datant de la Guerre d'Algérie et placées par les Français le long des frontières avec le Maroc, entre Port Say et Hassi Houari, et de la Tunisie, entre Annaba (Bône) et El Oued, ont tué depuis l'indépendance 81 personnes et en ont mutilé 90 dans la seule wilaya de Naâma. Des chambs de mines sont encore non localisés, notamment autour de Naâma. Des mines localisées sont déterres et emportées par les crues, et menacent les bergers. En 1999, deux jeunes bergers de 12 et 15 ans ont été tués par l'explosion d'une mine, dans la région de Banamar. Autour de Tebessa, sur la frontière tunisienne, des milliers de mines antipersonnel et de mines antichar sont encore enfouies dans le sol. Dans la wilaya de Tebessa, le dernier recensement des victimes des mines, effectué il y a près de 25 ans, en 1976, faisait état de 270 voctimes, tuées ou mutilées.
(Liberation 14.3) Alors que la France a reconnu l'arabe dialectal comme l'une de ses 75 "langues régionales et minoritaires", et l'une des cinq langues minoritaires et nationales "dépourvues de territoire" dans l'espace français (aux côtés du berbère, du yiddish, du romani et de l'arménien), le ministère de l'Education national a décidé de supprimer l'épreuve facultative d'arabe dialectal au bac, en la remplaçant par une épreuve d'arabe tout court, c'est-à-dire d'arabe littéral (ou littéraire). L'arabe dialectal était l'une des langues proposées pour les épreuves orales jusqu'en 1994, écrites dès 1995, et était même la langue la plus demandée dans ce cadre, avec pour les épruves écrites le choix entre la graphie arabe et une graphie latine simplifiée, choisie par 75 % des candidats en 1999. Le nombre des candidats à cette épreuve s'était élevé en 1999 à 9300. Dans une tribune publiée par "Libération", le professeur Dominique Caubet dénonce, dans la substitution de l'arabe littéral à l'arabe dialectal, une "position très marquée, directement inspirée du panarabisme, complètement coupée de la situation réelle", et introduisant une discrimination au sein des jeunes issus de l'immigration, entre ceux qui ont pour langue maternelle, par exemple le berbère, et ceux qui ont pour langue maternelle l'arabe dialectal, la nguie différente, dotée d'un système (vocabulaire, syntaxe, grammaire) différent de l'arabe littéral. Et de conclure que "cette décision est un coup très dur porté à (l')entreprise de valorisation des langues maternelles et de la culture qu'elles véhiculent".
(Figaro Magazine 11.3) Dans un entretien accordé au "Figaro Magazine", le président Bouteflika s'est adressé aux "hommes et femmes qui ont un lien affectif avec l'Algérie , et sans doute plus encore (aux) Français natifs d'Algérie pour les inviter à "aider l'Algérie", qui en a "bien besoin". Le président algérien a cependant rappelé que les rapports des pieds-noirs avec l'Algérie doivent être ceux de citoyens français avec un pays étranger souverain, et qu'ils "ne peuvent être dissociés des relations algéro-françaises". S'agissant des réactions que son ouverture aux Français d'Algérie suscite en Algérie même (après l'"affaire Macias", notamment), le président Bouteflika a ironiquement déclaré aux journalistes français que "l'Algérie ne (pouvait) se payer le luxe d'être en reste sur la France en n'ayant pas elle-même des courants extrémistes", équivalents algériens du "lepénisme".
(AP, APS 20.3) Le gouvernement algérien a donné son agrément à la nomination de Hubert Colin de Verdière en qualité d'Ambassadeur ("extraordinaire et plénipotentiaire" de France auprès de l'Algérie. Le nouvel ambassadeur remplacera, à une date indéterminée, Alfred Sieffer Gallardin.
(Libération 23.3) Neuf ans après la mort de Youssef Khaïf, jeune franco-algérien de 23 ans tué par balles par un policier lors d'un "rodéo" en voiture à Mantes-la-Jolie à l'été 1991, le policier auteur du coup de feu a été traduit par la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Versaille devant les Assises des Yvelines, sous l'accusation de "violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Le policier, toujours en poste dans la banlieue parisienne, encourt 20 ans de prison. Le responsable de la mort d'une policière, la nuit même de celle de Youssef, après qu'un jeune de 18 ans soit mort dans les locaux de la police de la ville, a été condamnéà dix ans de réclusion -mais la mort de Youssef était restée sans suite, jusqu'à ce que sa famille décide de se constituer partie civile, ce qui a provoqué l'inculpation du policier -mais non sa suspension.
(El Watan 23.3) Une importante délégation française, composée essentiellement d'opérateurs et responsables économiques se rendra à Tizi Ouzou à la fin du mois de mars et au début du mois d'avril, dans le cadre de l'opération de jumelage entre les villes française et algérienne de Tizi Ouzou et La Roche sur Yon (Vendée), après la visite rendue dans la ville française par une délégation algérienne, en novembre 1999. De nombreuses entreprises vendéennes seraient intéressées par des partenariats en Kabylie, notamment sur les côtes de la région de Tizi, où un port mixte est en voie de réalisation à Azzefoun.
(AP 28.3, Reuters 29.3) Le procureur de la République a requis le 28 mars la condamnation de l'avocate Isabelle Coutant-Peyre, défenseur de Mohamed Chalabi, poursuivie par le ministère de l'Intérieur pour diffamation après avoir, le 8 septembre 1998, dénoncé les "brutalirtés policières et les tortures" qu'auraient subies de présumés islamistes français et algériens "sous le contrôle des juges de la section spéciale" (c'est-à-dire la section anti-terroriste du Parquet de Pqris, affublée par l'avocate du nom du tribunal spécial du régime de Vichy). L'avocate avait également dénoncé des "rafles" opérées "selon des méthodes dignes de la Gestapo et de la Milice". L'avocat du ministère de l'Intérieur a, lui, dénoncé "l'excès des propos de l'avocate" et demandé sa condamnation à un franc symbolique et à la publication du jugement. Les avocats de l'avocate ont quant à eux accusé le ministère de vouloir "couper la langue" de Me Coutant-Peyre, dont les propos ne "visaient pas les policiers mais (l'ancien) ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, qui avait appelé à "terroriser les terroristes". Par ailleurs, la Cour d'appel de Paris a relaxé quatre des 33 personnes rejugées pour leur appartenance présumé au réseau islamiste de Mohammed Chalabi, après que 31 des 138 prévenus du "procès de masse" de janvier 1999 aient déjà été relaxés en première instance. La Cour d'appel a en revanche confirmé la peine de 8 ans de prison ferme infligée à Mohamed Kerrouche, l'un des chefs présumés du réseau, le seul des prévenus rejugés à être encore détenus. Les 28 autres personnes rejugées ont vu leurs peines confirmées ou légèrement modifiées. Les prévenus avaient été arrêtés en 1994 et 1995 et étaient accusés d'appartenir à un groupe de soutien logistique aux maquis islamistes algériens, groupe chargé de les ravitailler en armes, matériel et faux papiers. Les deux autres chefs présumés du réseau, Mohamed Chalabi et Mourad Tacine, condamnés tous deux à huit ans de prison ferme, n'avaient pas fait appel. Le procès, tenu dans un gymnase de Fleury-Mérogis, avaient été boycotté par les avocats et unanimement critiqué par la presse pour son caractère médiatique et les condition dans lesquelles il se déroulait.
(Le Monde 8.4) Deux fils de harkis observent depuis le 22 mars une grève de la faim près de l'entrée de l'Assemblée nationale à Paris, pour réclamer un réglement du "problème de la communauté", et en particulier un quotas d'emplois et un débat parlementaire sur la culpabilité de la France dans le drame des harkis. L'un des deux hommes, Abdelkrim Klech, avait déjà observé une grève de la faim en 1997, avec d'autres fils de harkis, sur l'esplanade des invalides. Selon la délégation aux rapatriés, la communauté compterait 300'000 personnes en France, le CNRS l'évalue à 400'000 personnes, les associations de la communauté considère qu'elle compte 700'000 à 800'000 personnes.
(El Watan 10.4, Corr 11.4) La première "avant-première" du film réalisé en Algérie par le réalisateur français (pied-noir) Alexandre Arcady, "Là-bas... mon pays", a eu lieu à Alger le 8 avril, en présence d'un public nombreux (et trié sur le volet), qui a réservé au film, à son réalisateur et à ses interprètes (Antoine de Caunes, Nozha Khouadra, Saïd Amadi etc...) un accueil chaleureux, dû probablement plus à la démarche même du réalisateur qu'à la qualité intrinsèque du film, auquel a en outre collaboré l'historien Benjamin Stora. Le film raconte l'histoire du départ d'Algérie et, trente ans plus tard, du retour en Algérie, d'un pied-noir, chassé de son pays par l'indépendance et y revenant, devenu journaliste, pour tenter de sauver la fille de son amour de jeunesse, fiancée de force à un islamiste. Le film devrait sortir le 12 avril en France et le 20 avril en Algérie.
(AFP 11.4) La visite d'Etat en France du président Bouteflika est enfin programmée, pour le 14 au 16 juin prochain, selon des responsables français parlant sous couvert de l'anonymat. La visite du président algérien en France devrait être suivie d'une visite du président et du Premier ministre français en Algérie
(Le Parisien, 15.4) Les moines cisterciens du monastère de Tibéhirine, dans l'Atlas, chassés du monastère après le massacre du 26-27 mars 1996, où sept d'entre eux ont été assassinés et décapités après avoir été enlevés par un groupe armé, s'apprêtent à revenir au monastère et n'attendent pour cela que l'autorisation des autorités algériennes. Dans un premier temps, six moines, dont un rescapé du massacre, devraient rejoindre Notre-Dame-de-l'Atlas. En attendant l'autorisation officielle, ils restent à Alger, ne se rendant au monastère qu'une fois tous les dix jours, sous escorte armée. Ils ont toutefois pu y séjourner trois jours de suite fin mars, et y ont été accueillis par leurs voisins algériens, venus nombreux saluer leur retour prochain.
(Libération 17.4) Le 20 avril doit en principe se tenir au ministère français de l'Intérieur la deuxième réunion des 18 associations et fédérations musulmanes françaises, associées par le ministre Jean-Pierre Chevènement à une tentative d'unification de l'islam de France. Cette grande consultation est cependant vivement contestée, notamment par la Mosquée de Paris (la plus ancienne institution musulmane de France) dont le recteur a organisé le 15 avril une "journée de réflexion communautaire sur le devenir de l'organisation du culte musulman" en France, journée à laquelle il a invité des milliers de personnes (2000 auraient participé) et qui, écrit "Libération", ressemblait "beaucoup plus à une démonstration de force de la Mosquée de Paris qu'à uine véritable conférence théologique". La MP craint en effet que la tentative du gouvernement français de provoquer une certaine "unification" de la représentation de la deuxième communauté religieuse du pays, afin de pouvoir établir avec elle des relations stables, ne se traduise par la perte de sa prééminence de fait. Une motion votée lors de la "journée" organisée par la MP exige d'ailleurs le maintien de sa "place prépondérante". Or la Mosquée de Paris dépend financièrement, politiquement et théologiquement de l'Algérie, et cette dépendance rend de fait impossible l'organisation de la communauté musulmane de France autour d'elle -puisque même si les Algériens forment la principale composante "nationale" de l'islam en France, nombre d'entre eux contestent également le contrôle de la MP par le gouvernement d'Alger. En outre, la Mosquée de Paris est traversée de conflits internes qui l'affaiblissent
(AFP, AP 17.4, 18.4, El Watan 22.4) Un jeune Algérien a été abattu, sans sommation, d'une balle dans la nuque, par un policier qui le soupçonnait de vouloir voler une voiture dans les quartiers sud de Lille dans la nuit du 15 au 16 avril. Le policier a été inculpé d'homicide volontaire le 17 avril, et écroué dans une prison de la région parisienne. Le Procureur de la République a déclaré que "les circonstances du dossier nous ont donné la conviction que (l'homicide avait) une origine volontaire". Le policier, lui, affirme qu'il s'est senti menacé et le secrétaire général adjoint du syndicat de policier SNPT, Daniel Lavaux, a attribué le drame au "stress" et à la "fatigue". La mort de Riad Hamlaoui, 25 ans, tué par Stéphane Andolina, un policier de 27 ans, a provoqué de violentes émeutes dans les quartiers sud, dès la nuit du 15 au 16, puis à nouveau dans celles du 16 au 17 et du 17 au 18. Des dizaines de voitures ont été incendiées et des pierres et des cocktails molotov lancés contre la police. 61 jeunes, dont 24 mineurs, ont été interpellés et placés en garde à vue dans la nuit du 17 au 18. Le 17, environ un millier de personnes ont participé à un rassemblement silencieux à la mémoire de la victime.Devant la mosquée, le père de Riad a pris la parole pour dire : "J'ai travaillé 30 ans en France et j'ai eu un beau cadeau : un policier qui a tué mon fils". Le 18, un nouveau rassemblement a eu lieu devant le domicile de la famille, à l'appel du Recteur de la mosquée, Amar Lasfar, lequel a, avec la famille de Riad, appelé les jeunes des quartiers sud au calme : "Au nom de l'Islam arrêtons de casser le quartier, de le salir et d'en donner une mavuaise image". Le ministre de l'Intérieur a écrit à la famille de la victime et qualifié de "drame affreux et consternant" la mort de Riad Hamlaoui, qui n'était pas un jeune marginal mais était titulaire du baccalauréat et venait de se faire embaucher par la Communauté urbaine de Lille. Le quartier de 25'000 habitants, dont 44 % ont moins de 20 ans, où s'est déroulé le drame avait été choisi pour "expérimenter" une nouvelle "police de proximité" censée créer des relations personnelles avec la population. Ryad Hamlaoui a été inhumé le 21 avril dans son village natal, la mechta Ksar Naâdja, près de Zighout Youcef, en présence d'une foule nombreuse.
(Reuters 21.4) 3000 personnes environ ont participé à Lille le 21 avril à une marche silencieuse à la mémoire de Ryad Hamlaoui, abattu d'une balle dans la nuque par un policier le week-end précédent à Lille-Sud, et qui a été inhumé dans son village natal en Algérie le 20 avril. Le cortège a défilé de la Mosquée de Lille-sud à la Mairie de Lille. Le policier de 27 ans qui a tué Ryad Halmaoui a été inculpé d'homicide volontaire et incarcéré dans une prison de la banlieue parisienne. Il a reconnu avoir agi "par panique". Son geste a provoqué plusieurs jours d'émeutes dans le quartier de Lille sud, incendiant ou détruisant une centaine de voitures et des bâtiments publics, mettant au chômage technique une centaine de personnes. La police a procédé à près de 200 interpellations et quelques "casseurs" ont été condamnés en procédure de flagrant délit à de lègères peines de prison avec sursis, ou à des travaux d'intérêt général.
(Le Monde 21.4) Un jeune avocat algérien sur le point de prêter serment devant le barreau de Lyon est menacé d'expulsion de France depuis le 9 mars, révèle "Le Monde". L'avocat, que le quotidien ne désigne que sous son prénom et son initiale (Nadir T) affirme avoir reçu en Algérie, à la fin de l'été 1998, des menaces de mort d'un groupe armé alors qu'il défendait une victime du terrorisme. L'Ordre des avocats de Lyon demande le rééexamen de la demande d'asile territorial de Nadir T. et donc la suspension de l'arrêté d'expulsion. La demande d'asile territorial avait été faite le 6 octobre 1998, et refusée le 12 mars 1999, au motif que Nadir T. est célibataire (mais il a conclu en novembre 1999 un PACS avec un ressortissant français, pour officialiser une relation datant de 1997) et que toute sa famille vit en Algérie. Sa demande de carte de séjour a été refusée le 1er avril par la préfecture du Rhône. Le bâtonnier de Lyon s'est dit prêt é régulariser la situation professionnelle de l'avocat algérien en facilitant sa prestation de serment comme avocat aggré à Lyon.
(AP 23.4, Le Soir 24.4, Le Matin 25.4) Air France entend reprendre ses dessertes vers l'Algérie dès cet été, a annoncé le quotidien algérois "Le Soir" le 23 avril. Cette reprise opourrait être annoncée lors de la visite du président Bouteflika en France, en juin prochain, et le premier vol pourrait avoir lieu fin juin ou début juillet. Une délégation d'Air France s'est entretenue à ce sujet le 22 avril avec le PDG d'Air Algérie, Mohamed Tayeb Benouis. Au ministère algérien des Transports, on se dit optimistes quant à une reprise imminente des dessertes d'Air France sur l'Algérie, et on estime que la question sécuritaire n'est plus un obstacle : "la délégation d'Air France n'a à aucun moment mis en avant cette question", a.t.on affirmé de source officielle. En septembre 1999, Air France exigeait encore que ses propres agents de contrôle pussent superviser l'embarquement et le débarquement des passagers dans les aéroports algériens, demande rejetée par Alger. Air France revendiquerait une capacité de 14'000 sièges pour ses vols algériens. Le 25 avril, cependant, "Le Matin" annonce qu'"Air France ne reviendra pas cet été" mais dans le meilleur des cas "qu'en automne prochain" en Algérie.
(APS 24.4) Dans une déclaration à la presse à l'issue de l'audience que lui a accordée le président Bouteflika, avant qu'il ne quitte son poste d'ambassadeur, l'Ambassadeur de France en Algérie Alfred Siefer Gaillardin a affirmé le 25 avril que "les relations algéro-françaises sont réelles et en réel décollage".
(AP 25.4) La ministre française de la Jeunesse et des Sports, Marie-George Buffet, et le nouvel ambassadeur de France en Algérie, Hubert Colin de Verdière, étaient attendus à Alfer le 25 avril, la première y effectuant une visite de travail de deux jours, autour d'un programme de coopération franco-algérien dans les domaines de la jeunesse et des sports.
(Reuters 26.4) Paris et Alger ont signé le 25 avril un accord de coopération sportive prévoyant notamment une aide à la promotion du sport féminin et l'établissement d'un centre pour le sport de haut niveau en Algérie. L'accord a été signé entre la ministre française de la Jeunesse et des Sports, Marie-Georges Buffet, et son homologue algérien, Abdelmalek Sellal. Il prévoit également des échanges de jeunes et une coopération dans la lutte contre le dopage.
(Liberté 29.4) Un "Institut France-Algérie" a été créé à Paris pour "favoriser la coopération et l'amitié" entre les deux pays, et faire valoir en France une "juste image" de l'Algérie. Il est présidé par l'ancien député UDF, et ancien préfet Yves Bonnet (l'un des hommes du "lobby algérien" en France).
(AFP 28.4) Cinq personnes, de nationalités italienne, algérienne et tunisienne, ont été inculpées et écrouées le 28 avril à Toulon dans le cadre d'une enquête sur un trafic international de voitures volées à destination de l'Algérie. Les voitures, de haut de gamme, étaient volées en Italie et revendues en Tunisie ou en Algérie après avoir été maquillées dans des garages toulonnais et embarquées avec de faux papiers sur des bateaux au départ de Marseille.
(AFP 30.4) Dans un rassemblement de plusieurs milliers (25'000 selon les organisateurs) de personnes au Bourget, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF, qui s'inscrit, selon l'AFP, "dans la mouvance fondamentaliste de l'islam", a démontré sa capacité de mobilisation pour peser dans la consultation engagée par le gouvernement français en vue d'organiser le deuxième religion de France. Lors de la réunion du Bourger, l'universitaire genevois Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans égyptien, et l'un des chefs de file du "renouveau islamique" en Framce, a appelé les musulmans français à prendre au mot le ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement et à participer à la consultation qu'il organise. Le chef du MSP, Mahfoud Nahnah, a pour sa part incité les musulmans de France à "assurer la sécurité de ce pays, qui est leur pays", à être des "messagers de paix" et à collaborer avec les fidèles des autres religions pour fonder une "civilisation où la religion aurait pleinement sa place". Le représentant du ministre a quant à lui expliqué que la démarche de Jean-Pierre Chevènement visait à permettre à l'islam de France de combler le "retard historique" qu'il a, du point de vue de son organisation et de sa représentation auprès des autorités, par rapport aux églises chrétiennes et au judaïsme, et de lever "tous les doutes" entretenus dans l'opinion publique sur la volonté d'intégration des musulmans français à la société française.
(AP 4.5) Un homme de 46 ans a été interpellé le 3 mai à Constantine par la police algérienne pour les meurtres présumés de deux femmes en 1994, en région parisienne. Il s'agit d'un ancien magistrat, double national franco-algérien, recherché depuis six ans par la police française sur le soupçon, étayé par une vidéo-surveillance, d'avoir assassiné deux femmes d'une soixantaine d'années pour les voler.
(APS 6.5) Les autorités locales de Setif ont marqué le 55ème anniversaire de la sanglante répression par la France des manifestations algériennes, le 8 mai 1945, précisément à Setif, en inaugurant le 6 mai une exposition photo sur l'évènement qui a coûté la vie, selon les sources algériennes, à 45'000 Algériens (les sources officielles françaises de l'époque "ne" parlant "que" de 1150 morts). Parallèlement, un colloque a été organisé sur les massacres de Sétif, à l'initiative de l'"Association du 8 mai 45". Ce jour là, des milliers d'Algériens avaient fêté à Setif la fin de la guerre et la défaite du nazisme, drapeau algérien déployé, à l'appel des Amis du Manifeste et de la liberté et du Parti du peuple algérien. Dans l'immédiat, la répression de la manifestation par les forces coloniales françaises a fait plusieurs centaines de mort, cette répression s'étendant ensuite à toute la région, et multipliant par dix le nombre des victimes algériennes -auxquelles il faut ajouter les victimes "européennes" des violences de rétorsion qui ont suivi la répression de Sétif. La Fondation du 8 mai 45 s'est créée pour "déterminer les voies et moyens juridiques devant permettre d'intenter un procès pour crime contre l'humanité" à l'encontre des auteurs des massacres, commis sous la responsabilité des généraux Martin et Duval, et demande une condamnation symbolique et historique de ces auteurs et "un acte de repentir de la part de l'Etat français. En 1957, le général Tubert avait dénoncé dans une lettre "la raison d'Etat, la commodité d'une répression aveugle et massive", ainsi que l'"immunité administrative" couvrant les responsables des "sanglantes répressions aveugles". La Fondation demande également que soit introduite dans le code pénal algérien la notion de crime contre l'humanité, et une reconnaissance officielle des victimes du 8 mai 1945 et des jours suivant comme des "moudjahids avant l'heure, puisque l'on s'accorde à dire que le 8 mai a enfanté le 1er novembre 1954", c'est-à-dire le déclenchement de l'insurrection armée pour l'indépendance de l'Algérie. Enfin, la Fondation travaille également sur d'autres aspects de la période de la lutte pour l'indépendance (et la période qui a suivi), notamment les essais nucléaires français dans le Sahara, la répression des manifestations algériennes à Paris en 1961.
(APS 9.5) Un groupe d'avocat chargé d'ester en justice les auteurs et responsables des massacres du 8 mai 1945 a été installé le 9 mai. Le groupe est composé de 12 avocates et avocats, dont l'avocate française Nicole Dreyfus.
(APS 16.5, Politique Internationale V-2000) Le président Bouteflika, en visite officielle au Canada, a affirmé le 16 mai que si la France était prête à ouvrir des lycées et des écoles arabes, l'Algérie était prête "à étudier avec elle un échange" culturel. S'agissant de la francophonie, le président Algérien a considéré que renforcer un axe de culture (francophone) contre un autre (anglophone) était un "jeu qui ne vaut pas la chandelle", et que la francophonie était "devenue une entreprise politique" dans laquelle l'Algérie n'a pas et ne veut pas avoir d'actions. Abdelaziz Bouteflika a par ailleurs rappelé dans un entretien à la revue "politique internationale" que "la langue française (...) est tout simplément pour les Algériens un butin de guerre" qu'ils ont "mieux assumé, voire fait prospérer en 37 ans d'indépendance" que la France en 130 ans de présence coloniale.
(APS 16.5, Liberté 17.5) En visite officielle en France, le président du Sénat algérien (Conseil de la Nation) s'est prononcé le 16 mai, à l'issue d'une rencontre avec le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Henri Hadjenberg, pour un "renforcement du dialogue avec les Juifs de France". Cette rencontre était la première du genre entre les dirigeants de la communauté juive française (en grande partie sépharade et originaire d'Afrique du nord, notamment d'Algérie -300'000 juifs de France en seraient originaires, ce qui feraient d'eux une part majoritaire, au moins relativement, du judäisme français) et un responsable algérien de haut niveau. Bachir Boumaza a assuré que les juifs français originaires d'Algérie pouvaient "à tout moment visiter" l'Algérie "et même (y) investir à condition qu'ils n'aient pas adopté une position franchement hostile à la révolution algérienne" en étant, par exemple, membres de la "Main Rouge" ou de l'OAS. Cette position ne représentent cependant pas une nouveauté et a toujours été celle du pouvoir algérien. Bachir Boumaza a déclaré que l'antisémitisme, ou plutôt l'antijudaïsme, était un "phénomène de la colonisation", et assuré le président du CRIF que l'hommage rendu récemment par le président Bouteflika à la communauté juive algérienne traduisait "le sentiment de la majorité des Algériens".
(El Moudjahid, 28.5) Une conférence a été organisée le 27 mai, en collaboration avec l'archevéché catholique d'Alger, en hommage à Monseigneur Duval, ancien archevêque d'Alger, qui avait été surnommé "Mohammed Duval" par les activistes de l'"Algérie Française", en hommage involontaire à son engagement solidaire aux côtés des Algériens, et à son attachement à l'Algérie.
(Liberté, El Moudjahid 28.5) Le chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Mohammed Lamari, a reçu le 27 mai au siège du ministère de la Défgense national le vice-amircal français Paul Habert, commandant de la flotte française de la Méditerranée, arrivé à Alger à bord d'un bâtiment de la flotte française. C'est la première fois depuis onze ans qu'un haut gradé de l'armée française était officiellement reçu en Algérie. "Expliquer les raisons de notre absence prendrait certainement du temps et réveillerait des souvenirs douloureux", a déclaré le vice-amiral Habert, qui a appelé à "construire ensemble l'avenir dans un esprit de paix et d'amitié". Quant aux raisons de sa présence, il a déclaré qu'il avait été décidé à Paris que la situation d'embargo de fait "devait cesser", les observateurs relevant que sa visite suit de très près celle de son homologue américain, et qu'il était peu probable que la France laisse sans réagir les USA établir des relations militaires plus étroites qu'elle avec l'Algérie. Le vice-amiral a évoqué des contacts de hauts niveau entre les chefs de l'armée algérienne et le ministère français de la Défense, et déclaré que la question militaire sera évoqués au cours des discussions entre les présidents Bouteflika et Chirac à Paris, mi-juin. Il n'a pas exclu des manoeuvres navales algéro-françaises.
Le voyage en France d'Abdelaziz Bouteflika
ALGÉRIE : L'URGENCE DÉMOCRATIQUE
Comité international pour la paix, la démocratie et les droits de l'homme en Algérie
La France accueille le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, dont le pays continue d'être meurtri par la violence. Si celle-ci a diminué dans les grandes villes, elle n'en continue pas moins de faire de très nombreuses victimes. Depuis le 13 janvier, date butoir pour la reddition des groupes armés, on compte plus de mille morts. Ce qui signifie l'échec de la politique dite de « concorde civile » impulsée par M. Bouteflika, qui consiste officiellement à accorder l'impunité aux terroristes renonçant à la violence, pour autant qu'ils n'aient pas été reconnus coupables de crimes de sang ou de viols.
La « concorde civile » a échoué principalement parce que l'opération a ignoré le caractère politique du conflit, dont on a décidé en haut lieu qu'il relevait du droit commun. Au lieu de traiter politiquement un conflit politique, les autorités ont préféré mettre en place un système de récompense financière des repentis, donnant ainsi une prime aux meurtriers. Cette opération a pour objectif essentiel de dispenser les autorités de mettre en place une commission « vérité et justice » et de brouiller les pistes menant aux commanditaires des massacres dont ont été victimes de nombreux villageois (Raïs, Bentalha, Relizane...).
Le président algérien a ainsi mis en jeu sa crédibilité de premier magistrat du pays, en refusant de rendre justice aux milliers de familles de disparus et aux dizaines de milliers de victimes du terrorisme et de la répression. Les signataires de ce texte lui demandent de tenir ses promesses électorales relatives au retour de la paix et de permettre à la presse algérienne et étrangère d'informer librement le public sur les attentats qui continuent d'endeuiller des centaines de familles algériennes.
Nous soutenons la démarche des Algériens qui veulent construire la démocratie sur la base de la défense et la promotion des droits de l'homme pour tous, plus nombreux qu'on ne le croit en Europe. Leurs propositions, concrètes et réalistes, sont souvent défigurées par la presse algérienne ; elles consistent pourtant à mettre fin au conflit par une solution politique qui assure la reconnaissance de toutes les sensibilités présentes dans le pays, à l'exclusion de celles qui prônent la violence.
Ils demandent au pouvoir d'activer les procédures judiciaires pour traiter la douloureuse question des disparus et faire la lumière sur les assassinats ciblés de civils et sur les massacres de villageois. Les récentes visites d'ONG de défense des droits de l'homme que le gouvernement algérien a fini par autoriser constituent de ce point de vue une initiative positive, qui doit être poursuivie et soutenue.
La possibilité d'un dénouement pacifique dépend donc aussi largement du degré de compréhension de la situation algérienne, dont la complexité n'autorise pas les responsables européens à faire l'économie d'une analyse en profondeur. Or force est de constater que les chancelleries européennes, suivant en cela la position française, préfèrent s'accommoder de la démocratie de façade que leur présentent les autorités algériennes. Et qu'elles ne semblent pas, pour des intérêts souvent inavouables, pressées de parler franc et de les mettre devant leurs responsabilités. Demain, une fois les projecteurs éteints sur l'événement médiatique du jour, les responsables algériens auront vite oublié leurs discours creux. Et ils continueront, avec l'aval de l'Europe, à agiter l'épouvantail islamiste pour persévérer dans la confiscation des libertés, dont fera les frais, encore une fois, la population.
Il est donc à souhaiter que cette visite soit l'occasion, pour le gouvernement et le président de la République française, de ramener l'attention de leur interlocuteur sur ces quelques points incontournables. Ils doivent en particulier adopter une attitude ferme et intransigeante sur la question des disparus, ce crime contre l'humanité que le droit qualifie de « continu », en signifiant à M. Bouteflika que son gouvernement ne peut continuer à ignorer ce dossier et qu'il se doit de lui donner au plus vite un traitement conforme au droit et aux engagements internationaux de l'Algérie. C'est cette urgence que nous entendons réaffirmer devant les autorités françaises et algériennes, mais aussi européennes.
Sans ce préalable, toute réaffirmation de l'amitié et de la coopération franco-algérienne ne sera pas crédible. Une coopération qui doit se développer dans le respect de l'indépendance - si chèrement acquise par l'Algérie - et des spécificités de chacun. Elle ne pourra se renforcer et s'élargir au niveau européen que par la volonté d'en finir avec les ambiguïtés et les tentations néocoloniales, de tirer un trait sur les circuits de corruption qui gangrènent les relations entre l'Algérie et ses différents partenaires. Et cela ne se fera aucunement au détriment du rapport privilégié entre l'Algérie et la France, l'espace franco-algérien étant une réalité vécue sans complexe par les nouvelles générations qui veulent y vivre et s'y déplacer librement.
A Marseille, en novembre, une conférence internationale doit redéfinir les relations euro-méditerranéennes. C'est dans cette perspective que nous invitons instamment nos gouvernements respectifs à ne pas rester indifférents et muets face aux tragédies que vit le peuple algérien.
Pour le Comité international pour la paix, la démocratie et les droits de l'homme en Algérie :
Lahouari Addi, Majid Benchikh, Mohammed Harbi, Fatiha Talahite, Tassadit Yacine (Algérie), Werner Ruf (Allemagne), Jocelyne Cesari, François Gèze, Véronique Nahoum-Grappe, Bernard Ravenel, Pierre Vidal-Naquet (France), Gema Martin Muñoz (Espagne), Anna Bozzo (Italie).
(Reuters 17.5) Jacques Chirac accueillera le 13 juin le président Bouteflika pour une visite d'Etat qui devrait, selon le président du Sénat algérien (Conseil de la Nation) en visite en France, Bachir Boumaza, qui a rencontré le 17 mai le président français, être le "prélude à une grande page, une nouvelle page de l'histoire des relations entre l'Algérie et la France". En confirmant la visite officielle du président algérien en France du 13 au 16 juin, la porte-parole de la présidence française, Catherine Colonna, a précisé que Jacques Chirac avait souligné " que l'importance de la communauté algérienne en France et bien d'autres raisons supposent" que les deux pays "entretiennent des relations fraternelles et cordiales". Jacques Chirac a également souligné que ces relations, qui "certes, n'ont pas toujours été faciles", doivent se faire "dans le respect de l'identité de l'Algérie", souhait partagé par les deux parties.
(Le Soir 27.5, APS 30.5) Le président Bouteflika effectuera en France, du 13 au 16 juin, la première visite officielle d'un chef d'Etat algérien depuis 18 ans, après avoir en vain tenté de convaincre Jacques Chirac et/ou Lionel Jospin de se rendre à Alger avant que lui-même ne se rende à Paris. Le président semble vouloir faire de sa visite en France un évnément politique non seulement international, mais également à forte résonnances intérieures algériennes, et ses émissaires ont multiplié les contacts pour élaborer un programme riche d'évènements médiatiques. Les autorités françaises auraient refusé que le président Bouteflika tienne un "meeting populaireà Bercy" et prenne un "bain de foule à la place de la Concorde", écrit "Le Soir d'Algérie", mais un grand dîner sera organisé dans l'une des rpsidences de l'ambassade d'Algérie à Paris, en présence notamment de représentants de la communauté immigrée, des pieds-noirs, des Juifs d'Algérie. Des représentants des "beurs" et des pieds-noirs seront aussi conviés au dîner d'Etat offert par Jacques Chirac à son homologue algérien, qui rencontrera en outre des hommes d'affaires français. La visite du président Bouteflika en France est "très importante" et se prépare "dans le meilleur climat", a indiqué le 30 mai la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.
(Corr 3.6) Une manifestation sera organisée le 12 juin à Paris, 14 heures, place de la République, par les associations amazigues de France, pour exprimer leur rejet catégorique de "la politique bouteflikienne concernant tamatight tout en exprimant leur total soutien au mouvement amazigh d'Algérie". Les deux mots d'ordre de la manifestation seront : "Pour tamazight, lanmgue nationale et officielle", et "pas de démocratie en Algérie sans tamazight". Un autre rassemblement sera organisé par les groupes de femmes algériennes, devant l'assemblée nationale (place Edouard Herriot) le mercredi 14 juin à 17h30, pour les droits des femmes algérienes et pour une réelle démocratie. Il s'agit notamment d'exiger l'abrogation du code de la famille (qui s'applique aussi aux algériennes en France, en vertu des accords bilatéraux) et la promulgation de lois civiles égalitaires
( <www.algeria-interface.com>, Le Monde 9.6) Le président Bouteflika arrivera le 13 juin en fin de journée à Paris pour la première visite officielle d'un chef d'Etat algérien en France depuis 17 ans. Abdelaziz Bouteflika aura un premier entretien avec Jacques Chirac, suivi d'un diner à l'Elysée, le 13 juin. Le 14, le président algérien rencontrera le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, puis le Premier ministre Lionel Jospin. Il prononcera un discours à l'Assemblée nationale et participera à un débat à l'initiative de l'Institut français des relations internationales (IFRI). Après une rencontre avec les patrons français du MEDEF, le 15 juin, Abdelaziz Bouteflika présidera un diner-débat organisé (sur le thème de "l'Algérie du XXIème siècle") par la revue "Passages", qui a invité pour l'occasion 200 intellectuels, artistes, PDG et responsables politiques. Le 16 juin, Abdelaziz Bouteflika aura un entretien avec le ministre français des Finances, Laurent Fabius, puis ira à Verdun et Douaumont rendre hommage aux soldats musulmans tombés lors de la Grande Guerre de 1914-1918. Le 17 juin, enfin, le président algérien aura un entretien avec le directeur général de l'UNESCO. Si le programme de la visite d'Abdelaziz Bouteflika en France est chargé, ses résultats ne devraient être, matériellement, qu'assez modeste, la visite étant surtout destinée à confirmer le "climat nouveau" des relations franco-algériennes, et la volonté de rapprochement des deux pays.
(Ministère français des AE 9.6, Reuters, APS 11.6) Les présidents français et algérien Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika ont décidé d'un commun accord de reporter de 24 heures la visite d'Etat du second en France, en raison de la mort du président syrien Hafez el Assad, aux obsèques duquel ils devraient assister tous deux. La visite d'Abdelaziz Bouteflika devrait donc débuter le 14 juin au lieu du 13, tous les éléments du programme étant décalés de 24 heures, sans changement du contenu de ce programme.
La visite du président Bouteflika est la première "visite d'Etat" d'un président algérien en France depuis l'indépendance de l'Algérie, la visite du président Chadli en 1983 n'ayant été formellement "qu'une visite officielle" (mais avec le protocole d'une visite d'Etat). La porte-parole de la présidence française a déclaré qu'"en accueillant le président Bouteflika, c'est toute l'Algérie d'aujourd'hui qu'on accueille en France". Le président de l'Assemblée nationale française, Raymond Forni, devant laquelle le président Bouteflika devrait intervenir le second jour de sa visite (il sera le premier président algérien à s'adresser au parlement français) a estimé qu'"entre la France et l'Algérie, il ne peut y avoir que des relations privilégiées" et qu'il "faudrait profiter" de ce qu'"avec le président Bouteflika, les choses semblent revenir à la normalité" en Algérie même pour "instaurer entre la France et l'Algérie des liens (...) aussi forts que possibles".
Sur le contenu politique de la visite, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a évoqué, au nombre des sujets qui seront abordés, la coopération militaire ("qui fait partie de tous les sujets que nous abordons (...) avec les autorités algériennes", et qui n'a jamais été interrompue). Le porte-parole évoque la "refondation de la relation entre la France et l'Algérie" et la "decrispation du climat en général" depuis l'élection d'Abdelaziz Bouteflika.
Le président algérien ne devrait pas être accueilli seulement par des officiels français, mais également par :
- un rassemblement des associations berbères, pour la défense de tamazight comme langue nationale algérienne;
- une manifestation des organisations de défense des droits des femmes (Appel, Asfad, Pluri-Elles Algérie, Femmes Unies du Maghreb) pour l'abrogation du code de la famille;
- une conférence de presse du MRAP et du collectif d'entraide et de solidarité des Algériens en France, sur la révision de l'accord franco-algérien sur l'entrée et le séjour des Algériens en France;
- une autre conférence de presse des Verts, des familles de disparus et de la veuve d'Ali Mecili, sur la situation des droits de l'homme en Algérie;
. la publication des conclusions de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) après la visite de sa délégation en Algérie.
(Reuters, AP, AFP, El Watan, Le Monde, Libération 14.6, 15.6) Le président Bouteflika a entamé le 14 juin une visite d'Etat de quatre jours en France. Accueilli à son arrivée à l'aéroport par le président Jacques Chirac, Abdelaziz Bouteflika a déclaré que les deux pays avaient "repris leur dialogue et créé une atmosphère propice", le président français assurant également que le moment était venu pour la France et l'Algérie de "reprendre le chemin vers l'avenir côte à côte". Ã l'ouverture du dîner d'Etat offert en l'honneur de son homologue algérien, Jacques Chirac a salué en Abdelaziz Bouteflika "l'homme d'Etat qui rend espoir et courage à l'Algérie meurtrie", en a ajouté qu'il saluait "au nom de la France le courage et la dignité du peuple algérien dans son combat quotidien contre le terrorisme, le fanatisme et la barbarie". Jacques Chirac a assuré que la France était prête à "accompagner" les transformations en cours en Algérie, et qu'elle avait "foi dans l'avenir de l'Algérie". Le président français a appelé de ses voeux un "partenariat ambitieux"et des "relations fortes, confiantes et sereines" entre la France et l'Algérie, et s'est félicité de la volonté d'Abdelaziz Bouteflika de "resserrer les liens" entre les deux pays.
Tous les quotidiens nationaux français du matin ont fait le 14 juin leurs gros titres de la première visite d'Etat d'un président algérien en France. "Libération", dont la journaliste José Garçon n'a pas été autorisée à se rendre en Algérie (le président Bouteflika expliquant le 16 juin sur la chaîne de télévision Antenne 2 que les journalistes qui ont des "partis pris" à l'égard du pouvoir algérien ne sont pas les bienvenus en Algérie...), se montre plus critique que ses confrères, en épinglant en éditorial un "cérémonial trop poli pour être honnête" et en dénonçant une "lâcheté diplomatique" dans l'invitation faite au "représentant d'un régime aussi peu recommandable au double point de vue de la démocratie et des droits de l'Homme". "Le Figaro" et "L'Humanité" saluent au contraire "un geste important" et une "embellie" entre la France et l'Algérie, et "Aujourd'hui" titre sur "Bouteflika superstar". Quant au "Monde", il estime que si "le chef de l'Etat algérien a amélioré l'image de marque de son pays à l'étranger et amorcé des réformes sur le plan intérieur", la "lenteur du changement, surtout sur le plan économique, fait craindre son enlisement".
Le président algérien a réaffirmé le 15 juin, dans un entretien avec le Premier ministre français Lionel Jospin, avec lequel il s'est félicité d'avoir des relations de "confiance" et de "franchise", sa volonté d'ouvrir une nouvelle ère de coopération avec la France. Les ministres français de l'Intérieur, de la Coopération et des Transports ont également pu s'entretenir avec la président Bouteflika et avoir des entretiens avec leurs homologues algériens. Les ministres des Transports ont confirmé qu'il n'y avait plus "d'obstacle politique" à la reprise des liaisons d'Air France entre Paris et Alger, et que l'on était "très proche d'un accord" à ce propos.
Devant l'Assemblée nationale française, en présence des membres du gouvernement et de tribunes du public bondées, mais en l'absence d'une partie des députés de la droite, le président Bouteflika s'est exprimé en français en évoquant, sous les applaudissements de l'Assemblée, la "conception humaniste de l'Islam d'Abdelkader" et la "solidarité humaine" de l'église catholique d'Algérie, et en dénonçant "l'intégrisme totalitaire, aussi étranger à l'Islan que l'était le national-socialisme hitlérien au socialisme d'un Jean Jaurès". Abdelaziz Bouteflika a appelé à un renouveau des relations franco-algériennes, non sans souligner qu'elles restent marquées par la "lourde dette morale (...) ineffaçable et (...) imprescriptible" : "si la colonisation a pris fin, ses conséquences, qui sont loin d'être épuisées, la maintiennent toujours sur la sellette". Abdelaziz Bouteflika a salué comme un "pas encourageant dans l'oeuvre de vérité" le fait que l'Assemblée nationale ait "sorti des oubliettes du non-dit la guerre d'Algérie" et que les institutions éducatives françaises "s'efforcent de rectifier dans les manuels scolaire l'image parfois déformée de certains épisodes de la décolonisation". Le président algérien a également appelé la France à encourager "les progrès accomplis en Algérie dans la voie de la démocratie" et "la mise en oeuvre (des) principes de portée universelle, quoique inégale" des droits de l'Homme. Il a dénoncé la "nouvelle muraille de Chine" des accords de Schengen sur l'entrée des immigrants dans l'Union européenne, et évoqué, applaudi (au moins par la gauche) la situation la situation des Algériens en France, "trait d'union vivant et dynamique" entre les deux pays, les dangers de la xénophobie, la valeur de la langue française, et souhaité une mondialisation qui ne soit pas "au service des plus forts", avant d'être applaudi debout par les parlementaires français.
Quelques élus de droite, et le député écologiste Noël Mamère (pour des raisons diamétralement opposées aux précédents) ont cependant critiqué l'invitation faite au président algérien de s'exprimer devant l'Assemblée nationale française, et une partie d'entre eux ont boycotté le discours d'Abdelaziz Bouteflika devant le parlement. Les députés de "démocratie libérale" ont notamment critiqué l'accueil "en grande pompe des anciens terroristes" (François d'Aubert) ou d'un "homme du FLN (et) des accords d'Evian".
Le député écologiste Noël Mamère avait annoncé le 13 juin que les Verts boycotteraient le discours du président algérien, pour protester contre les violations des droits de l'homme en Algérie, mais ses collègues de parti ne l'ont pas suivi et étaient présents. S'agissant précisément des droits de l'Homme, Abdelaziz Bouteflika a déclaré à l'Assemblée nationale française qu'il s'agissait moins "d'imposer (...) la démocratie et les droits de l'homme (...) que de savoir reconnaître les efforts de l'autre et pourquoi pas de les encourager". Il a affirmé que l'Algérie avait "incontestablement réalisé une percée dans ce domaine", et qu'en attestaient "l'expérience du multipartisme et l'émergence d'une presse libre", cela "au milieu d'un environnement peu propice" et alors que "le terrorisme battant son plein s'acharnait contre la démocratie".
Dans une conférence de presse tenue en compagnie de la représentante des familles de disparus, Nassera Dufour, de la soeur de Lounèe Matoub, Malika, du président de la Fédération Internationale des droits de l'Homme et d'Annie Mécili, Noël Mamère a quant à lui expliqué qu'il ne s'agissait pas de remettre en cause la visite de Bouteflika mais de lui demander de s'exprimer "sur le sort des disparus, des massacres perpétrés quotidiennement et sur l'assassinat en 1987 de l'avocat Ali Mecili". Marie-Hélène Aubert, présidente du groupe parlementaire des Verts, a dénoncé la confiscation de la rente pétrolière par le pouvoir algérien.
Les associations de défense des droits de l'homme ont manifesté le 14 juin devant l'Assemblée nationale pendant l'intervention du président algérien. Plusieurs centaines de personnes ont protesté, à l'appel notamment du "Collectif des familles de disparus en Algérie", d'Amnesty International, de la Ligue des droits de l'Homme, de France Libertés, de Reporters sans frontières et de la fondation Matoub Lounès, pour protester contre la "loi du silence" régnant sur les disparitions. Le président de la section française d'Amnesty International, Denys Robillard, a cependant admis que "depuis que M. Bouteflika est au pouvoir", le discours officiel "sur la réalité algérienne en termes de morts" est devenu "plus vrai" qu'il ne l'était auparavant. "Face aux milliers de demandes répétées d'explication qui vous sont parvenues, quelle a donc été votre réponse ? Il faut tourner la page", reproche à Abdelaziz Bouteflika le collectif organisateur de la manifestation, qui ajoute : "Non, M. Bouteflika, la page ne peut pas être tournée (...). En Algérie tout comme en Argentine ou au Chili, la paix ne peut se construire que sur la vérité et la justice". Dans un entretien accordé à "Libération", le président de la FIDH, Patrick Baudoin, se déclare favorable à un dialogue entre la France et l'Algérie, mais de demande "quelle voix" algérienne va s'exprimer devant l'Assemblée nationale, "venant d'un président qui, interrogé sur les disparus, a répondu qu'il ne les avait pas dans sa poche". "Nous voulons un rapprochement" franco-algérien "qui permettent de faire passer le cri des Algériens (...), ceux qui sont dans un huis-clos où ils ne parviennent pas à faire entendre leur voix".
(Libération 15.6) L'actrice Isabelle Adjani a refusé d'assister au dîner d'Etat offert le 14 juin par la président Chirac en l'honneur du présidnt Bouteflika, et s'en explique dans "Libération". Fille d'un Algérien, Isabelle Adjani s'était rendue une première fois en Algérie après les émeutes de 1988, "horrifié" par les témoignages sur la torture, "répétition, cette fois entre Algériens, des atrocités infligées deux décennies auparavant par les Français". Aujourd'hui, l'actrice "refuse d'être complice" du "passage à la trappe de tous (les) crimes commis par l'armée dans une obscurité et une opacité des plus organisées". "Il y (a) une arrière-scène plongée dans cette obscurité où la population (disparaît), effacée, fondue au noir" déclare Isabelle Adjani, qui reconnait avoir "partagé les espoirs du peuple algérien lorsque (bouteflika) a promis de ramener la paix", mais constate qu'"aujourd'hui, l'espoir est annulé, des Algériens continuent à mourir, de façon moins spectaculaire mais tout aussi abominable". A propos de l'appel du président algérien à "tourner la page", elle répond qu'"on doit d'abord lire la page avant de la tourner", et qu'il en va des dix dernières années comme des temps précédents : "On ne cesse d'empêcher les Algériens de lire leur histoire. La colonisation a tout fait pour les "déculturer". Après l'indépendance, les militaires au pouvoir ont décidé de rayer de l'histoire du pays ceux de ses dirigeants ou de ses combattants anonymes qui les dérangaient ou qui leur donnaient trop mauvaise conscience". Et de demander que l'on comprenne que "l'effort de Bouteflika et de ce régime, c'est l'effort pour rendre un peuple fou en le rendant amnésique". Isabelle Adjani affirme son soutien aux victimes et à leurs familles, à qui elle essaie de "donner une voix quand ils réclament vérité et justice".
Les "sans-papiers" algériens en France et les organisations de défense des droits des femmes se sont également mobilisés , les uns pour protester contre la "fermeture des frontières entre deux peuples historiquement liés" et les autres pour demander l'abrogation du Code de la famille.
(Le Monde 15.6) Dans un texte publié par "Le Monde", plusieurs personnalités françaises (Antoine Conte, Jean Lacouture, Noël Mamère, Pierre Vidal-Naquet), ainsi que l'écrivain sud-africain Breyten Breitenbach et la veuve d'Ali Mecili, Annie, demandent "Justice pour Ali Mecili", avocat démocrate et laïque, ami de Hocine Aït Ahmed, assassiné le 7 avril 1987 "sur ordre de la Sécurité militaire algérienne" pour "éradiquer tout espoir d'une alternative démocratique en Algérie". Après treize ans, rappellent les auteurs du texte, "le crime demeure impuni", alors même que l'assassin présumé de Mecili avait été arrêté "en possession d'un ordre de mission de la Sécurité militaire algérienne", Il avait cependant été "aussitôt soustrait à la Justice française et expulsé vers Alger en urgence absolue sur ordre de Robert Pandraud, alors ministre délégué à la sécurité". L'appel demande que "s'affirme enfin la volonté politique de briser le silence et de rendre justice à Ali Mecili".
Lors du toast précédant le dîner offert en son honneur à l'Elysée par le président Chirac, Abdelaziz Bouteflika a rendu hommage à la langue et la culture française, qui conservent "encore une place de choix dans la société algérienne". "Maintenant que nous pouvons, sans contrainte, revenir à nos valeurs originelles, nous reconnaissons sans difficulté que notre personnalité est aussi imprégnées de culture française", a déclaé le président algérien, pour qui cette culture représente "un facteur supplémentaire d'enrichissement" entre la France et l'Algérie, une source de "rayonnement" pour la France et d'"ouverture" pour l'Algérie.
Abdelaziz Bouteflika a encore rendu hommage à la communauté algérienne de France, mais aussi aux Algériens devenus citoyens français tout en conservant "dans leurs tréfonds une sensibilité qui les rattache encore à leur pays d'origine". Le président algérien a rappelé "les ouvriers qui sont venus offrir leurs bras" et "les soldats qui sont venu offrir leur sang et leur vie pour la liberté de la France", mais aussi "ceux qui ont été contraints à un moment de quitter leur pays", les pieds noirs, dont il a espéré qu'ils puissent se sentir investis "de la mission sacrée de veiller à l'harmonie entre l'Algérie et la France", et, fiers de leur "appartenance à la France", d'apporter à l'Algérie leur "amour" et leur "contribution pour en faire le grand pays dont nous rêvons tous". Cela étant, Abdelaziz Bouteflika a relevé que "de toute évidence, nous vous connaissons beaucoup mieux que vous nous connaissez", et souhaité que soit "encouragée" en France "une information plus fournie et plus équitable sur le monde arabe et musulman".
Le 17 juin, le président Bouteflika s'est adressé à la communauté algérienne de France, en jouant alternativement, devant un public tout acquis à sa cause (pavillon Dauphine, à Paris), de l'émotion (se déclarant "avec l'équipe de France quand il y a Zidane"), de l'ouverture (invitant Isabelle Adjani à visiter son pays et "à y dire ce qu'elle veut", après que l'actrice ait publiquement décliné l'invitation au dîner d'Etat du 15 juin en raison notamment des violations des droits de l'homme en Algérie)
Le président algérien a eu le 16 juin un entretien avec le ministre français de l'Economie et des finances, Laurent Fabius, au cours duquel la question de la dette algérienne a été évoquée, notamment dans la perspective de sa conversion en investissements.
(Reuters, AFP, AP, Libération, Le Temps, Le Monde, El Watan, Ribat, MAOL 14.6, 15.6, 16.6, 17.6, CSSI) Le président Bouteflika s'est livré le 15 juin à une opération de séduction auprès des investisseurs potentiels français en Algérie, a qui il a assuré qu'"un programme détaillé d'ouverture du capital et de privatisation des entreprises publiques" sera "finalisé très prochainement" en Algérie, et permettra à des partenaires étrangers de s'engager "dans la transparence la plus totale". Le président algérien a assuré qu'il n'existait pas "un secteur plus stratégique qu'un autre", et qui serait fermé aux investisseurs internationaux, ce qui relance le débat sur une privatisation partielle dans le secteur des hydrocarbures. Abdelaziz Bouteflika a affirmé le caractère "durable du redressement de l'Algérie", en évoquant notamment un taux de croissance de 5 % en 1999, avec une inflation à 2 %, une dette diminuant de 2 milliards de dollars, des réserves de change en augmentation et un budget "pratiquement équilibré" pour 2000. Le président algérien a souligné que les relations économiques franco-algériennes étaient "largement déséquilibrée" aux dépens de l'Algérie, et a regretté que la France, premier fournisseur "et de loin" de l'Algérie, n'y soit que "faiblement présente en termes d'investissements". Le 15 juin, le directeur du commerce international de la banque française BNP-Paribas a annoncé que ce groupe projetait d'ouvrir une activité de "banque de détail", de "banque à réseau" en Algérie, mais n'a pas donné de date pour la réalisation de ce projet, sinon celle du début juillet pour l'envoi d'une délégation de BNP-Paribas en Algérie.
Selon les chiffres officiels français, la France a dégagé un excédent commercial de 6,1 milliards de FF (1,5 mias FS) dans ses échanges avec l'Algérie en 1999. 24 % des exportations françaises vers l'Algérie sont constituées par des biens d'équipement professionnels, 21 % par des biens d'équipements courants, 20 % par des biens liés à l'automobile et 18 % par l'agroalimentaire. La France est le premier fournisseur de l'Algérie, qui n'est que son 19ème fournisseur (le sixième hors OCDE, et le deuxième en Afrique). Les importations algériennes de la France ont augmenté de 6,2 % entre 1998 et 1999, pour atteindre 9,7 milliards de FF (2,4 mias FS). On estime à 2 à 3 milliards de FF (500 à 750 mios FS) la valeur annuelle des échanges parallèles (trabendo) entre la France et l'Algérie, échanges constitués de marchandises introduites de France en Algérie hors douane.
Un accord de conversion en investissements d'une partie de la dette extérieure algérienne a été obtenu le 15 juin entre le président Bouteflika et le gouvernement français. L'accord a été annoncé par les Français à l'issue d'un déjeûner entre Abdelaziz Bouteflika et Lionel Jospin, et confirmé à l'issue de la rencontre entre le président algérien et le ministre français de l'Economie et des finances, Laurent Fabius, le 16 juin.
Le président Bouteflika s'est rendu le 16 juin à Verdun pour rendre hommage aux milliers d'Algériens morts pendant la Grande Guerre de 1914-1918 sous le drapeau français. 70'000 Africains (du nord ou d'Afrique "noire") ont été tués pendant la première guerre mondiale, et 150'000 Algériens ont en outre été mobilisés au sein de l'Armée française d'Afrique, qui en 1944 et 1945 a combattu aux côtés des Alliés, sous le commandement du général (futur maréchal) Alphonse Juin -lui-même né en Algérie.
En ce qui concerne le dossier des harkis (supplétifs algériens de l'armée française pendant la guerre de libération), qui avaient dénoncé le 15 juin l'attitude des autorités n'ayant "rien fait pour qu'il y ait une rencontre" entre eux et Abdelaziz Bouteflika, et accusé Jacques Chirac et Lionel Jospin de les considérer encore comme des "sous-citoyens" français, Le président algérien a déclaré le 16 juin à la télévision française que le peuple algérien n'était pas "encore" prêt à accepter que des harkis puissent revenir en Algérie. le président algérien a comparé les harkis aux "collaborateurs" français sous l'occupation nazie, de 1940 à 1944, ce qui a suscité la colère des représentants de la communauté "harki", refusant cette comparaison. Dans un texte publié par "Le Monde", le Secrétaire général du collectif "Justice pour les harkis", Mohammed Haddouche, et le président du Comité national pour les musulmans français, André Wormser, demande que la question des harkis ne soit pas "occultée une nouvelle fois". Les deux auteurs du texte demandent au président Bouteflika de "faire la lumière sur les massacres des harkis et de leurs familles" lors de l'indépendance de l'Algérie, et d'"autoriser les harkis, citoyens français séparés des leurs depuis près de quarante ans, à circuler librement entre la France et l'Algérie". A Jacques Chirac, dont ils rappellent qu'il a servi comme officier en Algérie, qu'il a cotoyé les harkis et qu'"il connaît le sort qui a été le leur malgré les engagements pris", Mohamed Haddouche et André Wormser demandent qu'il accomplisse un "acte de repentance" et que la France reconnaisse officiellement le désarmement et "l'abandon" dont les harkis ont été l'objet, la "complicité passive" de la France "dans les massacres perpétrés après la signature des accords d'Evian" et l'"accueil indigne des rescapés en France". "Les harkis ont été sacrifiés à la raison d'Etat. Ils ont été désarmés, abandonnés et livrés pieds et poings liés à leurs adversaires. Résultat : cent cinquante mille morts!" écrivent les deux défenseurs des harkis, qui ajoutent que beaucoup de ces supplétifs algériens de l'armée française qui étaient parvenus à quitter l'Algérie ont été "refoulés, de Marseille, vers la mort qu'ils fuyaient" et que si "cinquante mille harkis ont été sauvés", c'est en grande partie grâce à "des officiers courageux qui ont désobéi aux ordres". Encore les rescapés ils ont-ils connu à leur arrivée en France "un accueil indigne (...) parqués, enfermés dans des camps" pour "oublier la trahison et soulager la conscience collective" française. "Aujourd'hui encore, ils sont victimes d'une exclusion indigne", concluent Mohamed Haddouche et André Wormser.
Abordant la question du retour des harkis (anciens supplétifs algériens de l'armée française pendant la Guerre d'Algérie), le président Bouteflika a estimé le 14 juin que les conditions n'étaient pas "encore" remplies pour les autoriser à rendre visite à leurs familles restées en Algérie, "l'opinion (en Algérie) (n'étant) pas mûre", même si lui-même n'entendait pas "faire porter la responsabilité des pères par leurs enfants". En revanche, les pieds-noirs sont les bienvenus, sauf les anciens de l'OAS et ceux qui seraient animés de nostalgie du "paradis perdu" ou de la volonté de faire du "néocolonialisme". Le député socialiste de l'Herault Gilbert Roseau a saisi le groupe socialiste à l'Assemblée nationale d'une proposition de création d'une commission d'enquête parlementaire chargée de faire le point sur l'indemnisation des Français rapatriés d'Algérie en 1962, question qui n'est toujours pas réglée. A ce jour, selon le député, 56 mias de FF (14 mias FS) ont été déganés pour cette indemnisation, dont le niveau avait en 1962 été évalué à 250 mias (60 mias FS).
Le retour des pieds-noirs est par contre, sauf pour les anciens de l'OAS, envisagé plus facilement : "Ils sont les bienvenus, sous réserve que soit mise de côté toute nostalgie de récupération du passé", a déclaré Abdelaziz Bouteflika lors du débat organisé le 15 juin par la revue "Passages".La rassemblement des pieds-noirs organisé à la Pentecôte à Cagnes sur Mer par l'association "Français d'Afrique du nord et d'outre-mer au service de la nation en l'an 2000", pour commémorer le 38ème anniversaire du rapatriement des Français d'Algérie, a été l'occasion pour l'organisateur de la manifestation, Alain Timsit, de prôner la "réconciliation", tout en considérant que "Bouteflika est gênant" et "représente quelque chose de dramatique" pour la communauté, et que deux préalables à la "main tendue" sont posés par les pieds-noirs : "la reconnaissance de l'oeuvre civilisatrice de la France et la libre circulation en toute sécurité pour les harkis qui veulent retrouver leur famille". Pour l'écrivain Raphaël Draï, par contre, si on "n'épaule pas" le président Bouteflika, "on va dans le mur".
(AP 16.6, AP, AFP, Liberté 17.6, Le Parisien 18.6) Au terme de sa visite d'Etat en France, Abdelaziz Bouteflika a estimé le 17 juin que la page de 132 ans de colonisation de l'Algérie par la France était désormais "tournée" et qu'il repartait en Algérie "confiant, mais les mains vides", après avoir cependant demandé à la France de faire un "geste" en faveur de l'Algérie.
La France a décidé de convertir en investissements une partie (400 mios FF, 100 mios FS, sur 4 mias FF/1 mia FS) de la dette extérieure de l'Algérie à son égard et d'assouplir un peu les conditions d'admissions des Algériens au séjour en France.
La conversion en investissements de ces 400 mios de dette algérienne (soit 2,5 % environ du total de la dette algérienne) consiste en une cesstion de cette part de la dette à des investisseurs privés souhaitant investir en Algérie. Il s'agit d'une opération relativement limitée, dépendante des investissements privés français en Algérie. Pour faciliter ces investissements, un responsable (non nommé) de la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur, la COFACE, a assuré qu'en juillet, le "risque Algérie" serait revu à la baisse.
De Madrid (au moins apparemment), le MAOL (Mouvement algérien des officiers libres) a dénoncé dans un communiqué signé par "le colonel Baali Ali", "l'imposture" et le caractère de "show médiatique" de la visite du président algérien ("président baladeur") en France, et considéré qu'elle ne visait qu'à masquer l'échec de la "concorde civile" et l'"immobilisme chronique" de la classe dirigeante algérienne. Pour le MAOL, "le but non avoué de cette visite est l'obtention d'un sauf conduit pour les généraux impliqués dans les crimes de guerre et crimes économiques", et "les anciens officiers (algériens) de l'armée française veulent des garanties que la mère patrie les protégera contre toute poursuite pénale à l'étranger". Quant au bulletin du FIS (tendance Kébir) "El Ribat", il dénonce le 14 juin la "désinvolture et le désintérêt" d'Abdelaziz Bouteflika "pour les us et coutumes de ses compatriotes et coreligionnaires", le président algérien arrivant à Paris précisément le 14 juin, jour du Mouloud (El Mawlid Ennabaoui), "fête familiale et nationale (...) chômée et payée". Le bulletin islamiste reproche au président du Haut Conseil Islamique algérien de "n'avoir pas alerté Abdelaziz Bouteflika sur les conséquences de cette visite (en France) un jour de Mouloud", cette fête symbolisant "l'appartenance de la nation algérienne à la communauté islamique". Et de s'interroger : "Abdelaziz Bouteflika et ses collaborateurs ont-ils voulu signifier par là une réorientation et un changement de notre sphère culturelle ?". "El Ribat" conclut en sommant "les députés attachés aux valeurs et aux croyances du peuple" de "dénoncer publiquement, à l'Assemblée nationale, cet impair", et en demandant au FFS et au PT, "en tant que partis de l'opposition", de "s'en saisir" (le FFS et le PT s'affirmant partisans d'une "laïcité à l'algérienne", il est peu probable qu'ils fassent ce que le FIS-Kébir attend d'eux -n.d.l.r.). Le bulletin islamiste, rappelant que l'islam est religion de l'Etat algérien, reproche en outre au président Bouteflika de n'avoir "même pas prévu d'accomplir la prière du vendredi à la mosquée" et d'avoir préféré se recueillir sur les tombes des Algériens "morts pour la France" en 1914-1918 plutôt que rendre hommage aux victimes du massacre parisien du 17 octobre 1961.
(Ribat 21.6) Le bulletin du FIS (Kébir) "El Ribat" revient le 21 juin sur la visite du président Bouteflika en France, en estimant que "le peuple algérien a très mal reçu l'accueil bokassien réservé à Bouteflika" et que "rien de sérieux n'a été traité au cours de ce voyage qui a consacré la raison d'Etat". Le bulletin islamiste déplore qu'aucune allusion (n'ait) été faite ni par le président Chirac ni par le Premier ministre Jospin "aux graves atteintes par l'Etat algérien aux droits de l'homme, à la liberté d'association, d'organisation, de manifestation et de réunion", et qualifie d'"indigènes assimilés" les personnalités algériennes qui accompagnaient Bouteflika.
(AP 24.6) Plusieurs centaines de harkis ont manifesté le 24 juin à Montepellier pour protester contre les propos tenus à leur égard par le président Bouteflika lors de sa visite en France, les comparant aux collaborateurs français des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Secrétaire général du Comité national de liaison des harkis a annoncé avoir adressé le 23 juin un courrier au président Chirac et au Premier ministre Jospin leur demandant un effort en faveur des rapatriés harkis.
(Midi Libre 26.6) Cinq tombes de familles de harkis ont été profanées dans la nuit du 24 au 25 juin à Uzès (Gard), quelques heures auprès qu'une manifestation de harkis et de rapatriés d'Algérie ait protesté, à Montpellier, contre les déclarations du président Bouteflika assimilant les harkis aux collaborateurs français avec l'occupant nazi.
(APS 7.6) Le déficit commercial de la France a été réduit de plus de 100 millions de FF entre le premier trimestre 1999 et le premier trimestre 2000, grâce à une augmentation de 24,8 % des exportations, qui sont passées de 2,139 mias de FF à 2,669 mias, les importations augmentant également, mais dans une moindre mesure (10,8 %) en passant de 3,613 mias à 4,005 mias). La part des produits énergétiques dans les exportations algériennes serait en recul.
(APS 7.6) Le secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, devait rencontrer le 8 juin à Paris les dirigeants des principaux syndicats français, Bernard Thibault (CGT) et Nicole Notat (CFDT). Les deux centrales syndicales françaises devraient notamment, lors d'une conférence de presse commune avec le secrétaire général de l'UGTA, exprimer leur soutien à l'Algérie dans sa négociation d'un accord d'association "le plus favorable qui (lui) soit" avec l'Union européenne, que la France présidera pendant six mois à partir du 1er juillet.
(El Watan 10.6) Les syndicats algérien et français UGTA, CGT et CFDT ont adopté, à l'issue d'une rencontre à Paris, une déclaration commune exprimant leur "volonté commune de coopérer, de placer la question sociale au centre des rapports entre les deux Etats et de donner ainsi une nouvelle impulsion au partenariat euro-méditerranéen". Les trois centrales syndicales se prononcent pour un "traitement de la dette extérieure (algérienne) par annulation et reconversion", les ressources libérées devant être mises au service de politiques de "promotion de l'emploi, à travers des mécanismes impliquant les partenaires sociaux". La CGT et la CFDT ont déclaré vouloir faire un travail de "lobbying" pour la reconversion de la dette.
(Reuters 8.6) Les compagnies publiques algérienne et française Sonatrach et Gaz de France (GdF) ont annoncé la signature d'un accord de coopération prévoyant la création d'une entreprise commune de commercialisation de gaz, détenue à parité par les deux partenaires. La nouvelle entité commercialisera un milliard de mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an dans la zone méditerranéenne, mais également hors de cette zone. Le gaz proviendra des plus de 10 milliards de m3 de GNL que Sonatrach fournit chaque année à GdF -dont le président, Pierre Gadonneix, a précisé quêlle souhait avoir accès à des réserves de gaz sans entrer dans une activité d'exploitation de ces réserves.
(AFP 10.6) Le nombre des visas accordés par la France à des Algériens a presque doublé entre 1998 et 1999 (de 80'000 à 145'000), mais même en atteignant l'objectif des 180'000 à 200'000 visas en 2000 (56'000 ont été accordés du 1er janvier au 30 avril), on resterait loin des 500'000 visas annuels d'avant 1992. Outre le nombre des visas accordée, les conditions de leur obtention ont été améliorées : douze guichets au lieu d'un seul ont été ouverts dans la "forteresse" qu'est l'ambassade de France à Alger, et les demandes peuvent être adressées directement au consulat d'Alger au lieu que de l'être dans un bureau sépcial à Nantes. Les consulats français d'Annaba et d'Oran devraient être réouverts respectivement cette année et l'année prochaine.
(Liberté, Le Matin 12.6) Le dossier "Air France" sera certainement l'un de ceux que le président Bouteflika évoquera avec les autorités françaises lors de sa visite officielle en France. Les deux Etats semblent disposés à arriver à une normalisation des rapports aériens entre eux, mais la compagnie nationale française semble, elle, encore rêtive, notamment du fait de la pression de syndicats autonomes faisant de la question "sécuritaire" une priorité. Air France pose encore comme condition à son retour sur les aéroports algériens de pouvoir elle-même procéder au contrôle au sol des passagers empruntant ses lignes, les autorités algérienne le refusant au nom de la souveraineté nationale. Air France et Air Algérie ne cessent de s'échanger des "missions techniques" pendant que les responsables politiques français et algériens promettent un traitement prioritaire au dossier. Le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a précisé que l'opposition au retour d'Air France en Algérie se situait au niveau des syndicats, position que les autorités françaises critiquent en faisant valoir que d'autres compagnies européennes revenues sur le marché algérien (Alitalia, Swissair...) n'ont pas fait de la question "sécuritaire" un facteur de blocage. Selon des diplomates en poste à Alger, cités (sans être nommés) par "Le Matin", le président d'Air-Fra,ce, M. Spineta, est favorable au retour de la compagnie.
(Le Matin 12.6) Près de 30'000 pieds-noirs se sont rassemblés du 10 au 12 juin à Cagnes sur mer, 38 ans après le "rapatriement" massif de la quasi-totalité des Français d'Algérie, en 1962, au moment de l'indépendance. Cette réunion s'est faite trois jours avant la venue en France du président algérien, placée sous le signe de la "réconciliation", et qui a suscité des réactions très contrastées au sein des pieds-noirs, de l'appel à tourner la page" lancé par les uns au refus, parfois vindicatif, de l'oubli affiché par les autres. Le président Bouteflika a d'ailleurs lui-même avivé le débat au sein de la communauté pied-noir en appelant ses membres à revenir en Algérie comme investisseur, et en affirmant qu'ils y sont les bienvenus. Reste que de nombreux contentieux subsistent, de celui des biens immobiliers laissés en Algérie en 1962 par les "rapatriés" à celui des cimetières chrétiens et juifs, parfois saccagés, le plus souvent laissés à l'abandon.
(Reuters 23.6) Le militants islamiste algérien Adel Mechat, déjà condamné et détenu en France, a été mis en examen pour "association de malfaiteurs terroriste" dans une enquête sur d'éventuelles menaces terroristes visant le championnat européen Euro2000 de football, enquête ayant débuté par l'interception de conversations passées depuis un téléphone portable dans une cellule de la prison de la Santé, à Paris. Adel Mechat est considéré comme le correspondant en Europe du GSPC de Hassan Hattab. Deux autres islamistes algériens détenus en France, Mohamed Kerrouche et Nasserdine Slimani, se trouvaient en cellule avec Mechat lorsque les coups de téléphone vers les Pays-Bas ont été passés, mais ils n'ont pas été inculpés.
(Libre Algérie 46) Le nouveau patron des services secrets français (la DGSE), Jean-Claude Cousseran, a effectué à la mi-avril "une discrète visite de 24 heures à Alger", écrit "Libre Algérie", qui note que "traditionnellement, par impératif stratégique ou par simple jeu de répartition des rôles, le soutien de la DGSE aux décideurs algériens est plus nuancé que celui de la DST", l'autre service secret français, dépendant lui du ministère de l'Intérieur, et dont l'ancien directeur, Yves Bonnet, est l'une des têtes du lobby algérien (ou plutôt du lobby "pro-pouvoir algérien) en France.
(AFP 29.6) Le jeune Français d'origine algérienne Sid Ahmed Rezala, inculpé du meurtre de trois jeunes femmes, incarcéré à Lisbonne (Portugal) dans l'attente de son extradition en France, s'est suicidé dans la nuit du 28 au 29 juin dans sa prison portugaise, après avoir bloqué la porte de sa cellule pour empêcher les secours d'entrer. Il a probablement péri aphyxié par la fumée dégagée par l'incendie. La ministre française de la Justice, Elisabeth Guigou, a exprimé sa "terrible déception" que le "tueur des trains" ne puisse plus être jugé pour ses "crimes odieux". Sid Ahmed Rezala avait été arrêté le 11 janvier dans la banlieue de Lisbonne. Il encourait une peine de 30 ans de prison.
(Reuters 21.6, El Moudjahid 22.6, CSSI) Le général Massu a exprimé dans un entretien au "Monde" ses regrets d'avoir fait ou laisser pratiquer la forture pendant la guerre d'Algérie, et a affirmé avoir lui-même vu l'actuel général, colonel à l'époque, Bigeard, pratiquer un interrogatoire à la "gégène", c'est-à-dire à l'électricité -le général Bigeard se défendant d'avoir utilisé de telles méthodes. Le 19 juin, "Le Monde" a publié le témoignage d'une ancienne militante nationaliste algérienne, Louisette Ighilahariz, dite "Lila", torturée à l'âge de 20 ans à Alger, en 1957. Pour le général Massu, ce témoignage rend compte d'une réalité, mais "la torture n'est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait très bien s'en passer. Quand je repense à l'Algérie, cela me désole, cela faisait partie d'une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses différemment". Massu précise que la torture était "couverte, voire ordonnée, par les autorités civiles, qui étaient parfaitement au courant" et que "les civils, membres du gouvernement, trouvaient cela très bien". Il cite le cas de deux ministres du gouvernement de l'époque ("un cabinet d'obédience socialiste", précise "El Moudjahid"...) qui "venaient régulièrement nous voir, visitaient nos centres d'interrogatoire et ne s'étonnaient de rien", ayant même "tendance à dire à des types comme (le tortionnaire de Louisette Ighilahariz, un certain Graziani) "Allez-y les gars". "Qund plus tard, les mêmes sont venus dire à la télévision qu'ils n'y (étaient) pour rien, alors qu'ils étaient venus sur place, et qu'ils nous encourageaient, vous imaginez la faible estime que j'ai eue pour eux". Massu s'étonne en outre que les détachements opérationnels de protection (DOP), qui pratiquaient la torture à l'électricité, n'aient jamais été mis en cause par la suite "par tous ceux qui avaient eu affaire à eux", et se défend d'avoir lui-même pratiqué la torture, n'ayant "essayé la gégène" que sur lui-même.
Quant à Bigeard, il qualifie de "manoeuvre" et de mensonge le témoignage de Louisette Ighilahariz, alors que Massu affirme l'avoir vu "en train d'interroger un malheureux avec le gégène" dans le massif de l'Edough, au nord de Constantine, et de lui avoir expliqué qu'"on faisait déjà cela en Indochine", qu'on n'allais pas "s'arrêter ici" et que l'autorité dont il dépendait était "tout à fait" au courant (sans jeu de mot...).
"Lila" a échappé à la mort grâce à un médecin militaire français, le commandant Richaud, qui l'a fait transférer à l'hôpital. Le commandant Richaud est mort en 1999. Le tortionnaire de Louisette Ighilahariz a été tué pendant la Guerre d'Algérie, en Kabylie.
Jacques Massu, 92 ans, était en 1957 général, commandant militaire du département d'Alger; Marcel Bigeard, 84 ans, était colonel, commandant du 3ème régiment de parachutistes coloniaux.
(Reuters 24.6) Le général Paul Aussaresses, officier parachutiste pendant la Bataille d'Alger de 1957, confirme, dans un entretien au "Journal du Dimanche" daté du 25 juin, les déclarations du général Massu selon lesquelles la torture était non seulement une pratique courante de l'armée française pendant la Guerre d'Algérie, mais que les responsables politiques français le savaient parfaitement. Le général accuse nommément l'ancien Secrétaire d'Etat aux Armées Max Lejeune d'avoir suggéré au général Massu de faire exécuter des prisonniers. "Chaque nuit il y avait des interrogatoires", affirme le général Aussaresses, qui justifie ces pratiques par le fait que, selon lui, on "ne pouvait procéder autrement" et que la Bataille d'Alger était une "course de vitesse avec les gens du FLN". Il explique que le général Massu avait demandé à Max Lejeune ce qu'il fallait faire des prisonniers encombrants, et le ministre a répondu que lorsque la France avait appris que les chefs historiques du FLN (notamment Ben Bella, Boudiaf et Aït Ahmed) étaient tous dans un avion, elle avait décidé de les "neutraliser", et ne l'avait finalement pas fait, préférant détourner l'avion pour les faire prisonniers, que parce qu'il y avait un équipage français à bord. Le général précise encore que "Massu (...) avait compris" et donné son accord à l'exécution de certains prisonniers, et que "tout le monde savait à Paris".
(AP 2.7) Dans un entretien publié le 2 juillet par "Les dernières nouvelles d'Alsace", le général Bigeard, accusé à la fois par la militante algérienne Louisette Ighilahriz d'avoir supervisé sa torture pendant trois mois, et par le général Massu d'avoir d'une manière générale pratiqué et justifié l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie, a démenti les accusations de la première, et affirmé que "face aux tueurs (du FLN), la torture était un mal nécessaire". "Sur le plan de la torture, on était des rigolos par rapport" au FLN, affirme le géànéral Bigeard, qui confirme par ailleurs ce que le général Massu avait précédemment déclaré, à savoir que les responsables politiques français de l'époque savaient que l'on usait de la torture en Algérie, et couvraient cet usage. Bigeard déclare même que "le président du Conseil de l'époque avait écrit à Massu : "Allez-y de façon énergique". Bigeard reconnaît que "la torture est une violation des droits de l'homme", mais se justifie en ajoutant que "si on ne les bafouait pas, tout Alger sautait".
(POUR 4.7, CSSI) Le village alsacien de Trimbach a cru bon de donner à l'une de ses rues le nom du général Bigeard, convaincu d'avoir été (entre autres) tortionnaire en Algérie.
(AFP 11.7) Les églises catholique et protestante d'Alsace ont exprimé le 11 juillet leur "indignation" aprtès les propos du général Bigeard justifiant comme un "mal nécessaire" la pratique de la torture pendant la guerre d'Algérie. Pour les églises alsaciennes, "il n'est pas admissible de voir justifier après coup ce qui s'est passé durant la guerre d'Algérie" et au moment où "le travail de mémoire de cette période douloureuse de notre histoire est engagé, il conviendrait plutôt d'admettre que l'usage de la torture fut une faute", ce qui permettrait à la France de démontrer qu'elle "entend rester fidèle aux droits de l'homme (qu'elle) a toujours proclamés".
(Libération, AP 6.7) Sept ans après une rafle spectaculaire opérée dans les milieux islamistes de France sur ordre de Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur, cette opération ("Chrysanthème") s'est achevée le 5 juillet par ce que "Libération" qualifie d'"enterrement de première classe" : le non-lieu accordé à Moussa Kraouche, initialerment accusé d'être le leader d'une "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terrorisme", mais victime d'une manipulation policière, qualifiée par l'ordonnance du juge d'instruction Roger Le Loire de "construction de preuves pure et simple (par les) services de police" antiterroristes, alors dirigés par le commissaire Roger Marion, actuel directeur adjoint de la police judiciaire, qualifié par l'actuel ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement d'"homme excellent qui fait de l'excellent travail". Le 9 novembre 1993, dix jours après la libération d'agents consulaires français enlevés en Algérie par des islamistes armés, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua, organise un vaste coup de filet dans les milieux islamistes en France. Le porte-parole de la "Fraternité algérienne en France" (FAF) et responsable du FIS pour la France, Moussa Kraouche est arrêté. Les policiers trouvent sur loi des documents émanant d'un "Conseil suprême des forces armées islamiques" (CSFAI), du "Groupe islamique armé" (GIA) et un document signé "Abou Meriem". Kraouche déclare ne pas savoir depuis quand il est en leur possession. Le policier qui l'interroge est surpris de ce que le communiqué du GIA soit rédigé en français et que le document du CSFAI soit daté de la veille. Après vérification, il s'avère que les documents étaient des copies de documents provenant de procédures de police, et que chaque groupe de policiers intervenant dans le "coup de filet" avait été doté de telles copies de documents "qu'ils étaient censés trouver chez les membres du FIS". Le juge d'instruction écarte l'hypothèse d'une erreur de manipulation ou d'une transmission des documents par un policier à Moussa Kraouche, et retient celle de la fabrication pure et simple des pièces. "On a délibérément trompé la justice", considère le juge, qui ajoute que l'inspecteur qui a mis à jour cette tromperie a été "sanctionné gravement"... pour n'avoir fait que son devoir : interdit de se rendre aux convocations du juge, mis à pied, déssaisi de ses dossiers, muté d'office, il est décédé depuis. Pour le juge, "les autorités policière n'avaient pour seul impératif (que celui) de déférer, quel qu'en soit le prix, le chef du FIS en France pour donner un caractère de réussite" à leur opération "Chrysanthème". Or sur cent interpellations et perquisitions, on n'avait finalement trouvé que trois personnes déférables à la justice, dont Moussa Kraouche, qui a passé trois semaines en prison et a été assigné six ans à résidence, alors que selon le juge d'instruction, rien n'a permis de démontrer qu'il ait été en relation avec les GIA ou une quelconque "entreprise terroriste". Moussa Kraouche était poursuivi avec sept autres personnes, dont Anouar Haddam (qui a également bénéficié d'un non-lieu) et Ahmed Zaoui, qui est renvoyé devant le tribunal correctionnel, avec cinq autres personnes. Ahmed Zaoui a été expulsé de Suisse vers le Burkina Faso à la fin de 1998.
(AFP 12.7) La porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Anne Gazeau-Secret, a exprimé le 12 juillet la préoccupation de la France à propos de "la violence en Algérie, qui continue de frapper, de façon aveugle et sauvage". Cette violence démontre, pour le Quay d'Orsay, "que la voie vers la paix et la réconciliation nationale reste une entreprise difficile". La France "exprime son émotion et sa solidarité avec la population algérienne" et appelle "de ses voeux la réussite de la politique de réconciliation nationale", a ajouté la porte-parole du ministère.
(AP 14.7) Dans son entretien télévisé à l'occasion du 14 juillet, le président Chirac a déclaré avoir été " beaucoup choqué" par les propos du président Bouteflika à l'égard des harkis, qu'il avait traités de "collabos" lors de sa visite en France, en juin dernier. A Epinal, quelques dizaines de Harkis ont manifesté le 12 juillet pour protester contre les propos du président Bouteflika, et ont déposé une motion à la préfecture, accompagnée de lettres de protestation au président Chirac, au président du Sénat Christian Poncelet et au ministre de l'économie Laurent Fabius. Les harkis organisent depuis la déclaration d'Abdelaziz Bouteflika des manifestations "tournantes" dans différentes villes de France, devant culminer dans une manifestation nationale à Paris le 20 septembre
(AP, AFP 14.7, Le Parisien 18.7) Dans son entretien télévisé à l'occasion du 14 juillet, le président Chirac a déclaré avoir été " choqué" par les propos du président Bouteflika à l'égard des harkis, qu'il avait traités de "collabos" lors de sa visite en France, en juin dernier. "Les Harkis sont des Français à part entière. Ils bénéficient du respect et de la reconnaissance de la communauté nationale frçaise" et ont "par définition les mêmes droits comme les mêmes devoirs que les autres Français", a déclaré Jacques Chirac. Dans un entretien au "Parisien", Abdelaziz Bouteflika déclare "comprendre" la réaction de son homologue français, et se déclare également "convaincu que le temps finira par faire son oeuvre en guérissant définitivement les vlessures". Cela dit, Abdelaziz Bouteflika ajoute tout de même que Jacques Chirac "comprend parfaitement mon droit de n'avoir aucune sympathie pour ceux qui ont "donné" Jean Moulin et Larbi Ben M'hidi".
(AFP 18.7, AP, APS, Le Matin 20.7) Le général Bigeard (photo, en haut) continue de se détendre de l'accusation d'avoir lui-même pratiqué la torture pendant la guerre d'Algérie. Dans le quotidien "L'Est Républicain" du 18 juillet, le général, qui avait précédemment justifié l'usage de la torture sans admettre l'avoir lui-même pratiqué, assure n'avoir "jamais pratiqué la gégène" et avoir fait "un travail propre". La militante algérienne Louisette Ighilahriz (photo, en bas) avait, dans "Le Monde", raconté avoir été torturée par les militaires français, dont Bigeard -lequel dénonce une "manoeuvre honteuse de l'extrême-gauche". Bigeard "était sur le seuil de (ma) cellule et donnait des ordres au sinistre Graziani qui me torturait", précise Louise Ighilahriz. En Alsace, plusieurs associations et partis politiques, ainsi que les églises, ont proposé de débaptiser la rue à laquelle la municipalité de Trimbach a décidé de donner le nom de Marcel-Bigeard, et de la repabtiser d'un autre nom. Les Verts ont suggéré celui du général Jacques Pâris de la Bollardière, qui avait dénoncé l'usage de la torture en Algérie et démissionné de son poste pour protester contre cette usage. Le Parti communiste et l'Association des travailleurs maghrébine de France ont proposé que la rue soit baptisée du nom "d'une des nombreuses victimes de la torture pendant la guerre d'Algérie". Dans la nuit du 19 au 20 juillet, la plaque de la rue Marcel-Bigeard" a été dérobée et remplacée par une inscription "rue du 17 octobre 1961", date de la grande manifestation algérienne à Paris et de sa sanglante répression. Une rue Marcel-Bigeard existe également à Toul, dont le Maire (RPR) assure que "le général Bigeard est une fierté nationale".
(Reuters, CC-FIS 17.7) L'ancien porte-parole du FIS en France, Moussa Kraouche, blanchi récemment par la justice française après avoir été accusé de faire partie d'un réseau terroriste, a décidé de demander au Tribunal administratif de lever son assignation à résidence. Moussa Kraouche est assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise depuis 1993. Il entend également demander réparation pour les deux semaines de détention provisoire qu'il a purgées, et déposer plainte contre les policiers qui ont tenté de l'impliquer, en fabriquant de faux indices, dans le terrorisme islamiste algérien en France. Le Conseil de coordination du FIS a, dans un communiqué "pris acte avec satisfaction" de la décision de non-lieu prononcée par le juge Roger Leloirs au bénéfice de Moussa Kraouche, mais également d'Anouar Haddam, "après sept années d'une instruction qui aura révélé l'implication avérée des services de sécurité français, au plus haut niveau de responsabilité, dans une entreprise de malversation et de manipulation dont l'objectif évident était de ternir l'image du FIS". Le CC-FIS demande aux gouvernements français et américains (notamment) de procéder à la libération de "l'ensemble des détenus contre lesquels aucune condamnation n'a été prononcée", et à tous les gouvernements occidentaux de cesser de soutenir "la junte militaire algérienne" et de de permettre aux membres du FIS "le libre exercice de leur activité politique"
(AFP 18.7) Un Algérien condamné en 1989 à la réclusion à perpétruité, pour l'assassinat (qu'il nie) d'un policier, dans un procès que la Commission européenne des droits de l'Homme a jugé, en 1995, inéquitable, a déposé le 18 juillet un recours en révision, rendu possible par nouvelle loi sur la présomption d'innocence. Abdelhamid Hakkar avait, en avril 2000, assigné le Président et le Premier ministre français devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour "non respect des conventions internationales". Le Tribunal avait mis hors de cause le président et le Premier ministre, mais estimé que Hakkar avait été "privé de l'exercice d'un droit fondamental de l'Homme, en l'occurrence de son droit à un procès équitable".
(Le Matin 22.7) Un Algérien soupçonné d'avoir des liens avec un réseau islamiste au Canada, Amar Bouakaze, résidant à Paris, a été inculpé en France pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Amar Bouakaze serait notamment en relations avec Ahmed Ressam, arrêté en décembre 1999 aux USA en possession d'explosifs, et avec Fateh Kamel, poursuivi dans le cadre de l'affaire du "gang de Roubaix" (attaques à main armée au début 1996 dans le nord de la France).
(Liberté 18.7) Selon le quotidien arabe de Londres "Asharq al Awsat", Hassan Hattab aurait rendu public un communiqué, intitulé "position et communiqué", dans lequel son GSPC menace la France de représailles pour les "conditions de détention des musulmans dans les prisons (françaises) où ils subissent humiliations et tortures".
(El Watan 18.7) Selon une source bancaire internationale évoquée par "El Watan", la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur (COFACE) vient de revoir à la baisse le "risque Algérie", en le faisant passer du niveau 6 au niveau 5 dès le 18 juillet. La classification 5 place l'Algérie dans la catégorie des pays à risque moyen. Cette nouvelle appréciation est, selon les experts, due à la maîtrise de la dette extérieure (elle est passée de 30 à 28 milliards de dollars), à l'engagement du gouvernement de poursuivre les réformes, notamment les privatisations, au relèvement des réserves de change et à la hausse des recettes provenant des exportations d'hydrocarbures.
(AFP 21.7, La Tribune 22.7, El Watan 23.7) Le service de "Conseil aux voyageurs" du ministère français des Affaires étrangères déconseille formellement 33 pays ou régions aux touristes, dont l'Algérie, qui se trouve (avec la Yougoslavie, l'Albanie, l'Irak ou la Colombie) dans la catégorie des 14 pays "déconseillés sauf raison professionnelle impérative". "Les voyages individuels et touristiques demeurent déconseillés en Algérie, spécialement en dehors des grandes villes", lit-on sur le service internet du Quai d'Oray (www.diplomatie-fr), qui relève une amélioration de la situation sécuritaire dans les grandes villes, mais considère que "la persistance des violence requiert toujours de la part des visiteurs des réflexes de vigilance", comme de se faire accompagner "par une personne de confiance" et d'éviter de se rendre dans les quartiers "périphériques" de la capitale et de se déplacer de nuit Le département d'Etat américain donne d'ailleurs, sur son "travel warning" (www.travel.state.org), les mêmes conseils.
(AFP 21.7) Le congrès mondial des professeurs de français qui se tenait à la fin de la semaine à Paris a été l'occasion pour des écrivains algériens d'exprimer leur inquiétude face au clivage culturel entre une "élite" au moins bilingue (arabe-français) et le reste de la société. Le romancier Noureddine Saadi relève que "dans la guerre des langues quasi perpétuelle en Algérie depuis l'indépendance, le français reste très populaire, face à l'arabe et au berbère, parlé par un tiers de la population", et se déclare frappé de la "détente" qu'il perçoit dans cette "guerre des langues" ("les tabous tombent"), mais relève également que si l'usage oral du français est très fréquent, son usage écrit est beaucoup plus problématique, faute d'un enseignement suffisant. Le poète et sociologue Habib Tengour rappelle quant à lui que les jeunes générations ont appris le français à la télévision, que "la maîtrise des langues fait les clivages" et que "des élites se créent grâce à cette maîtrise", ceux qui en sont privés (c'est-à-dire ceux qui "ne parlent que l'arabe") restant "au plus bas de l'échelle sociale".
(APS 22.7) Le directeur général de la Sûreté nationale algérienne, Ali Tounsi, a reçu le 22 juillet le directeur général de la Police nationale française, M. Bergougnoux, qui effectue une visite en Algérie dans le cadre de la célébration de la fête de la police. Selon M. Bergougnoux, cité par l'APS, la rencontre avec son homologue algérien permettra "la concertation sur nombre de questions concernant l'échange d'expériences et de procédés dans les domaines de la formation et de la lutte contre toutes les formes de crimes". Ali Tounsi a pour sa part souligné le souci de la sûreté nationale algérienne de renforcer sa coopération en matière de sécurité avec tous les pays de la Méditerranée, "notamment en matière de lutte contre le crime organisé et les actes terroristes".
(L'Humanité 24.7) "L'Humanité publie le 24 juillet plusieurs témoignages de militants algériens ayant été torturés par des militaires français, dans la foulée du témoignage de Louisette Ighilariz publié par "Le Monde" et qui mettait nommément en cause les généraux Massu et Bigeard. Le quotidien communiste publie notamment les témoignages de Zhor Zerari (19 ans en 1957, membre de l'ALN à Alger, arrêtée en août, sauvée d'un viol par un jeune parachutiste, torturée dans l'école Sarouy, dans la Casbah, école utilisée comme PC par Bigeard, et qui garde de ces tortures des séquelles neurologiques), de Mohammed El Badji (musicien, condamné à mort en 1957 à l'âge de 24 ans, gracié plus tard, lui aussi torturé, et en gardant lui aussi des séquelles), de Mokdad Dahmani (17 ans en 1957, membre de l'ALN à Alger, torturé dans une villa de Birtraria, d'où il réussit à s'échapper pour gagner le maquis). Ces témoignages mettent nommément en cause plusieurs officiers français : les capitaines Graziani, Chabanne, Faulques, Devis, Lenois, les lieutentants Flutiaux, Schmidt, Erulin... et le lieutenant Jean-Marie Le Pen.
(Le Monde 1.8) Environ 200 Harkis ont bloqué le 29 juillet pendant une heure l'autoroute Paris-Rouen pour protester contre l'assimilation faite par le président Bouteflika, le 16 juin, entre eux et les collaborateurs français des nazis pendant l'occupation.
(AP 13.8) 30 enfants, 16 filles et 14 garçons, dont des fils ou filles de gendarmes, policiers, commerçants de la région d'Alger, parfois présents au moment des attentats qui ont coûté la vie à leurs parents, sont arrivés le 12 août à Marseille, pour tenter d'oublier la tragédie qu'ils ont vécue, le temps d'un premier séjour hors de leur pays. Arrivés d'Alger après un voyage en ferry entamé le veille, ''tous sont orphelins de père ou de mère, parfois les deux'', explique Bougag Chérif, vice-président de l'Organisation nationale des jeunes d'Algérie, qui les accompagne. Une Algérienne de Marseille, Tahria Touati, est à l'origine de cette initiative. Il y a trois ans, elle a fondé l'association humanitaire ''Er-Rahma'' pour financer ce séjour grâce à une collecte dans la communauté arabe de Marseille. Le consul général de France en Algérie et la compagnie maritime française SNCM ont également participé à l'opération. L'an dernier, au dernier moment, le gouvernement algérien avait mis son veto à une première opération de ce genre, car d'autres enfants non touchés par les violences terroristes devaient y participer, ce que les autorités algériennes refusaient.
(El Watan 19.8) Des dizaines de milliers d'Algériens émigrés en France ont débarqué cet été en Kabylie pour passer leurs vacances au pays. Selon "El Watan", les vacanciers venus d’outre-mer sont beaucoup plus nombreux que les années précédentes", et leur arrivée donne un véritable coup de fouet aux économies locales. Ainsi, par exemple, dans la daïra de Bouzeguène, qui compte 70 000 habitants, près de 15 000 émigrés, essentiellement de France, sont rentrés pour les vacances, et du coup, "les villages changent complètement de décor" pour une période estivale "intégralement vécue dans une ambiance de fête". Les émigrés "injectent dans le circuit commercial d’énormes sommes d’argent". Les économies locales sont "innondées de monnaie forte", et le franc français s'échange à 12 dinars. "A Ifigha, un tiers de la population vit de l’autre côté de la Méditerranée. Chaque été 2500 émigrés rentrent au pays, dont trois cents chefs de famille. Chacun d’eux débourse en moyenne dix mille francs français. Une manne financière de trois millions de francs", soit 35 millions de dinars, ce qui équivaut (en un ou deux mois) à trois fois le budget annuel de la commune. Depuis trois ans, ce sont en moyenne soixante fêtes de mariage qui sont organisées entre juillet et août, soit une fête par jour. Chacune absorbe au minimum cinquante millions de centimes. Pour les commerçants de la localité, l’été est la saison des grandes affaires. Pour les responsables de la municipalité, c'est le moment pour trouver le financement de travaux d'utilité publique que la municipalité de peut financer, et que l'Etat ne finance pas, ou plus : "L’argent de l’émigration est plus abondant et ne passe par aucun circuit bureaucratique". Dans la commune d’Idjeur, le village d’Iguersafène a été ainsi approvisionné en eau potable grâce à l’apport des émigrés. De même, à Taourirt et à Aït Salah, dans la commune de Bouzeguène.
(AP 21.8) Les juges d'intruction anti-terroristes Jean-François Ricard et Jean-Louis Bruguière ont achevé le 18 août leur instruction visant un réseau islamiste international qui aurait été animé notamment par l'Algérien Fateh Kamel, détenu en France depuis avril 1999.Fateh Kamel, un ancien combattant d'Afghanistan qui a vécu au Canada, est soupçonné d'avoir organisé des réseaux de soutien aux extrémistes islamistes dans le monde entier et notamment au "gang de Roubaix", démantelé en 1996. Fateh Kamel serait un proche d'Ahmed Ressam, un Algérien interpellé le 14 décembre 1999 à la frontière canado-américaine en possession d'explosif. Les deux hommes seraient liés au milliardaire Oussama Ben Laden, qui vivrait en Afghanistan et qui est recherché par les Etats-Unis, qui le tiennent pour le commanditaire des attentants anti-américains de Nairobi et de Dar es-Salaam qui ont fait 224 morts en 1998.
(Figaro Magazine 1.9, Jeune Indépendant 2.9) Dans un entretien au "Figaro Magazine", le président Bouteflika s'est exprimé au sujet des Harkis sur un ton plus conciliant que celui utilisé lors de sa visite en France, et a notamment demandé que l'on laisse "le temps faire son oeuvre" afin que les "nouvelles générations, débarrassées des contentieux de leurs aînés, (puissent) tourner la page". Le président algérien a toutefois réaffirmé que "les conditions ne sont pas encore réunies pour des visites de harkis en Algérie", tout en signalant que depuis l'indépendance, nombre d'entre eux s'y sont rendus et en sont repartis sans être inquiétés.
(Figaro Magazine 1.9, Jeune Indépendant 2.9, Le Matin 3.9) Dans un entretien au "Figaro Magazine", le président Bouteflika a affirmé que le chanteur français Enrico Macias, né à Constantine, pouvait revenir visiter son pays natal et y serait reçu "en tant qu'ami et fils de ce pays et non pas en tant qu'homme politique, quelles que soient ses convictions personnelles", le soutien d'Enrico Macias au rapprochement israélo-algérien, et à la réconciliation de la communauté juive d'Algérie, à laquelle il appartient, avec son pays d'origine, ayant provoqué une levée de boucliers "islamo-conservateurs" en mars dernier, alors qu'il devait se rendre en Algérie. Cette mobilisation, à forte connotation antisémite, avait notamment été orchestrée par l'association "Cirta", dont l'un des chefs de file était le nouveau ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem. Le président Bouteflika annonce quant à lui, dans l'entretien à l'hebdomadaire français, que le report de la visite d'Enrico Macias, lequel représente "une partie de notre patrimoine culturel", a été du "à des contraintes d'ordre organique" et "n'a rien à voir avec la religion ni avec la politique"
(Football 365 20.9) Les équipes nationales française et algérienne de football se rencontreront, pour la première fois en match international, le 6 octobre 2001 au Stade de France, dans la banlieue parisienne, a annoncé le 19 septembre le président de la fédération algérienne de football, Omar Kezzal.
(Le Quotidien d'Oran 17.9, Ecran Noir 21.9) L'acteur français, né en Algérie, Roger Hanin, a été décoré par le président Bouteflika pour l'ensemble de sa carrière, lors de l'inauguration par le président algérien de la semaine cinématographique française "Le Cinéma de l'été", organisée à Alger par Canal+ et le cinéaste (lui-même d'origine algérienne) Alexandre Arcady. "J'ai toujours refusé les décorations. C'est la première et dernière fois que j'accepte car je veux que cela soit unique", a déclaré Roger Hanin. La délégation française présente lors de l'inauguration de la semaine du "Cinéma de l'été" comportait nombre de personnalités d'irigine algérienne (ou, au-delà, maghrébine), pieds-noirs ou non. "Le Quotidien d'Oran" s'étonne que "Bouteflika inaugure une semaine du film français, transformée en événement culturel et politique national, a,ors que l'industrie cinématographique nationale agonise depuis belle lurette" , que sur les 400 salles recensées à l'indépendance, il n'en reste plus aujourd'hui qu'une vingtaine qui soient fonctionnelles et que les "rares réalisateurs" algériens qui continuent à travailler le font à l'étranger, ou en étant produit à l'étranger (comme Merzak Allouache).
(AP 26.9, El Watan 27.9) Un contrat d'un montant de 2 milliards de dinarts (200 mios FF, 50 mios FS) a été signé le 26 septembre à Alger entre l'Etablissement national algérien de la navigation aérienne (ENNA) et la société française Thomson CSF, pour la modernisation du système de contrôle de la navigation aérienne en Algérie.
(La Tribune 26.9) La "Fondation du 8 mai 1945" a annoncé qu'elle allait déposer plaionte contre Maurice Papon, alors Préfet de Police, pour sa responsabilité dans le massacre du 17 octobre 1961 à Paris. La plainte serait déposée auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme, et ne viserait pas seulement l'ancien préfet, ancien ministre (et détenu actuellement pour sa responsabilité dans la déportation de juifs vers l'Allemagne sous l'occupation), mais également la France en tant que telle, puisque Papon la représentait en tant que Préfet de Police. D'autres instances pourraient également être saisies : la Cour internationale des droits de l'Homme et le Comité des droits de l'Homme de l'ONU.
(AP 29.9) Cinq ans d'emprisonnement ferme ont été requis le 29 septembre contre Saïd Aït Rabah, un Français de 33 ans accusé d'être membre d'un réseau islamiste responsable d'un attentat en 1994 à Marrakech, lors duquel deux touristes espagnols avaient trouvé la mort. Contre un autre prévenu, accusé de faire partie du même réseau, Boualem Faradji, Algérien de 34 ans, le procureur a requis deux ans de prison avec sursis.
(MAOL 26.9) Dans un long texte (disponible sur Algeria-watch) consacré aux liens entre les services spéciaux algériens et français, le MAOL (Mouvement algérien des officiers libres), qui accuse "certains officiers de l'ANP" d'avoir "très largement dépassé dans le geste barbare de la torture le plus atroce des colonisateurs français", affirme que les services spéciaux français, en particulier la DST (Mais aussi les RG et la DGSE) ont été littéralement "investis" par des "agents doubles" de l'ex-Sécurité militaire algérienne, l'actuelle DRS (Direction du renseignement et de la sécurité).
Le MAOL explique que "depuis le début de la crise en Algérie, les généraux janviéristes (généraux auteurs du coup d'Etat de janvier 1992) font tout pour que la guerre contre leurs adversaires du Front islamique du salut (FIS) dépasse la frontière du territoire et prenne une dimension internationale", en impliquant notamment la France, dont la classe politique avait majoritairement condamné l'arrêt du processus électoral de 1991-1992 (François Mitterrand le qualifiant d'"acte pour le moins anormal", bien que, selon le MAOL, il ait été "avisé de l'imminence du coup d'Etat très peu de temps" avant qu'il ne se produise.
Le MAOL attribue ainsi aux services algériens eux-mêmes l'enlevèvement, le 24 octobre 1993, de trois fonctionnaires du consulat français d'Alger, Jean-Claude Thévenot, Michèle Thevenot et Alain Fressier, enlèvement officiellement attribué à un groupe islamiste demandant en échange la libération du chef du GIA "Abou Adlane", de son vrai nom Abdelhak Laayada. "La planification de cette machination remonte à (...) la période de la campagne des législatives de 1993 en France", marquée par des sondages favorables à la droite. Les services algériens sont inquiets de l'activisme islamiste en France et dépêchent en pleine campagne électorale un émissaire à Charles Pasqua, qui laisse son homme de main Jean-Charles Machiani traiter l'affaire avec le général Smaïn Lamari. Selon le MAOL, Marchiani aurait sollicité financièrement son interlocuteur algérien pour une "aide" au bénéfice du RPR , aide qui aurait effectivement été versée, d'abord sous forme d'une "mallette contenant 500'000 francs en liquide" remise à "un politicien de droite proche des service du contre-espionnage français" puis sous forme de "commissions reversées lors de marchés frauduleux", (notamment des "équipements de sécurité facturés quatre fois leurs prix réels"), pour atteindre finalement un total de "plusieurs millions de francs". Les élections donnant une large majorité à la droite et celle-ci revenant au gouvernement, Pasqua et ses amis vont, selon le MAOL, "transformer le sol français d'une présumée base arrière de l'islamisme en une réelle arrière-cour des services secrets algériens". Les Algériens auraient présenté à la DST une liste "comprenant plus de 600 noms de présumés militants islamistes soupçonnés d'activisme au profit des maquis en Algérie", et une autre "liste rouge de militants activement recherchés en Algérie pour terrorisme". Quelques semaines plus tard, la DST et les RG ont localisé la totalité des militants dénoncés par leurs homologues algériens, mais Pasqua fait comprendre à son homologue algérien qu'il ne peut pas faire plus, à moins que les intérêts de la France ne soient directement menacés. Selon le MAOL, Marchiani aurait alors proposé à la DRS de "monter une opération de provocation contre des intérêts français en Algérie sans dommages physiques". Le 24 octobre, un commando de six hommes, dont le MAOL affirme qu'ils appartiennent tous au "service action" de la DCE, le contre-espionnage, enlève les trois fonctionnaires français et "abattent au passage un pauvre policier" algérien et les séquestrent dans "une maison appartenant au service". Un communiqué "islamiste" revendiquant l'opération est transmis aux media. Le président Mitterrand est cependant averti par son homme de confiance, François de Grossouvre, que les services algériens sont impliqués dans cette prise d'otage. Le 27 octobre, les trois otages sont libérés, dans la précipitation car l'un d'eux a compris que ses ravisseurs n'étaient probablement pas des islamistes armés (deux d'entre eux étaient ivres). Les trois otages seront empêchés par les autorités françaises de s'exprimer devant les media, et affectés à de nouvelles fonctions le plus loin possible (dans l'Océan Indien). Quatre membres du commando algérien auteur du rapt sont arrêtés "sur ordre du général Smaïn Lamari" et disparaissent, leurs familles étant informées de leur mort "en service commandé".
Au-delà de cet épisode, le MAOL dénonce une collaboration étroite entre la DRS algérienne et la DST française, au bénéfice des deux parties, mais surtout des Algériens (quoique les Français aient bénéficié de cette collaboration au Liban et en Bosnie, mais aussi face à l'ETA basque, longtemps soutenue, voire entraînée par les Algériens, ainsi que dans une opération de livraison de missoles à l'Iran). L'"alliance" avec la DRS aurait en outre permis à la DST de prendre un avantage sur le service spécial français concurrent, la DGSE, hostile, elle, au pouvoir algérien.
Cette collaboration aurait notamment permis aux Algériens la liquidation à Paris du représentant du FIS, l'imam Sahraoui, "pour ne laisser apparaître sur les champs politiques et médiatique qu'une seule tendance du FIS, celle de Rabah Kébir", lié (selon le MAOL) aux services français.. Elle aurait également abouti à l'expulsion vers l'Algérie de "plusieurs militaires" réfugiés en France durant les années '90, et qui "se sont retrouvés dans la prison militaire de Blida après une correction bien spécifique aux déserteurs". La collaboration DRS-DST aurait enfin permis de localiser "Carlos" au Soudan, aux côtés d'un financier du FIS, Ben Azouz Zebda.
Enfin, le MAOL accuse les services algériens d'avoir truffé la France d'agents, doubles ou dormants, notamment en y envoyant (avec l'accord de la DST) "plusieurs dizaines de jeunes officiers de police ayant fait leurs preuves sur le terrain" algérien. Une fois en France, ces agents seront pris en charge par la DST. Une "majorité" d'entre eux se seraient purement et simplement intégrés aux services français aux RG et à la DST, et auraient acquis la nationalité française. Mais ils n'en seraient pas moins restés des agents des services algériens. Selon le MAOL, des agents de la DRS algériennes se retrouveraient ainsi aujourd'hui "à des postes importants au sein de la police française, dont certains au sein même de la DST", et "près de 400 agents ou collaborateurs (formeraient en France) un réseau dormant clandestin" algérien en France.
(Le Monde 11.10) L'accès aux archives concernant la répression sanglante de la manifestation des Algériens de Paris, le 17 octobre 1961 (qui fit 32 morts selon un rapport officiel remis à Jean-Pierre Chevènement en mai 1998, 48 morts selon un second rapport remis à Lionel Jospin en 1999, plus de 200 morts selon Jean-Luc Einaudi) fait à nouveau l'objet d'une controverse. Quelques mois après les déclarations du Premier ministre Lionel Jospin, favorable aux recherches historiques sur ces événements, Jean-Luc Einaudi, auteur d'un ouvrage de référence sur le sujet, vient de se voir refuser, pour la quatrième fois, l'accès aux archives de la préfecture de police de Paris. Dans un courrier adressé le 17 novembre 1998 au préfet de police Philippe Massoni, Einaudi avait demandé à pouvoir "consulter, par dérogation, l'ensemble des archives de la préfecture concernant les événements des 17, 18 octobre et jours suivants". Près de deux ans après, le 29 septembre 2000, le chef du cabinet du préfet, Yves Le Breton, lui refuse cet accès en lui expliquant qu'il n'est pas possible dans son cas de "déroger aux termes de l'article 7 de la loi du 3 janvier 1979 sur les archives", qui fixe un délai de soixante ans pour l'accès aux documents nominatifs "qui mettent en cause la vie privée". La loi instaure une prescription générale de trente ans pour l'accès aux archives publiques, mais exclut de cette prescription les archives "sensibles" de certains ministères (la Défense nationale, les Affaires étrangères, l'Intérieur), lorsqu'elles "mettent en cause la sûreté de l'Etat ou la vie privée des individus". es archives de la Guerre d'Algérie sont ainsi soumises à un délai de prescription de soixante ans. Le gouvernement français étudie depuis des mois une réforme de la loi visant à raccourcir les délais de consultation, mais le projet est toujours lui-même en consultation. La bataille menée par les historiens pour avoir accès aux archives semblait pourtant avoir marqué des points, et le 5 mai, le gouvernement avait décidé de "faciliter les recherches historiques sur la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 et plus généralement sur les faits commis à l'encontre des Français musulmans d'Algérie durant l'année 1961". Le Premier ministre Lionel Jospin avait exhorté les ministres responsables de la gestion de ces archives à accorder largement les dérogations nécessaires au travail des chercheurs. En octobre 1997 déjà, la ministre de la Culture d'alors, Catherine Trautmann, avait ouvert les archives de son ministère. Une circulaire du Premier ministre demandait aux préfets et aux services responsables de répondre dans un délai maximal de trois mois aux demandes individuelles des chercheurs. Il aura fallu deux ans au préfet de police de Paris pour répondre "non" à la demande de Jean-Luc Einaudi, qui dénonce "le règne du bon vouloir du préfet de police, qui gère ses archives sans aucun contrôle". D'autres historiens ayant obtenu une autorisation de consulter les archives de la préfecture, Einaudi dénonce une pratique du "deux poits, deux mesures" et une "décision arbitraire dirigée contre (ses) travaux".
(Reuters 12.10) Plusieurs personnes incarcérées dans le cadre d'enquêtes sur des attentats ou des actes "terroristes" pourraient être libérées le 31 décembre, lors de l'entrée en vigueur de la loi sur la présomption d'innocence, adoptée en mai 2000 et qui prévoit que la durée des détentions provisoires ne peut excéder quatre ans en matière criminelle et deux ans en matière correctionnelle. La justice parisienne s'inquiète notamment du cas de l'un des auteurs présumés des attentats de 1995 en France, revendiqués par les GIA, et qui avaient fait huit morts et 250 blessés. Un poseur de bombe présumé, Smaïn Aït Ali Belkacem, accusé d'un attentat commis le 17 octobre 1995 à la gare RER du Musée d'Orsay, pourrait être libéré à l'expiration de la peine de prison (dix ans, dont sept de sûreté) qu'il purge après avoir été condamné pour "association de malfaiteurs terroristes".
(AP 13.10) Le Tribunal correctionnel de Paris a condamné le 13 octobre à cinq ans d'emprisonnement, dont trois ans fermes, Smaïn Aït Rabah, un Français de 33 ans, et à deux ans de prison dont un an ferme un Algérien de 34 ans, Boualem Faradji, tous deux soupçonnés d'être membres d'un réseau islamiste responsable d'un attentat commis en 1994 à Marrakech (Maroc), qui avait fait deux morts (deux touristes espagnols). L'attentat aurait été commandé par un membre du Mouvement de la jeunesse islamique marocaine, Abdelilah Ziyad, condamné par contumace en 1995 au Maroc à la réclusion criminelle à perpétruité.
(AFP 14.10) Le Tribunal correctionnel de Paris juge à partir du 16 octobre 24 islamistes présumés, Français, Algériens et Marocains, tous arrêtés quelques semaines avant la Coupe du Monde de football en 1998, et accusés d'appartenir un réseau logistique du GSPC de Hassan Hattab. Tous les prévenus sont poursuivie pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et encourent une peine maximale de 10 ans de prison. Ils sont notamment soupçonnés d'avoir été en relation avec Adel Mechat, condamné en juin 2000 à six ans d'emprisonnement pour sa participation en Allemagne à un réseau islamiste, et actuellement inculpé dans le cadre d'une éventuelle menace "terroriste" pesant sur le championnat d'Europe de football. Selon l'accusation, certains des inculpés auraient projeté une opération contre le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, ou auraient organisé un trafic d'armes au profit du GSPC
(AFP 16.10) Les associations militants contre l'oubli de la répression anti-algérienne du 17 octobre 1961 comptent "placer devant leurs responsabilités" les politiques, de qui elles réclament la reconnaissance d'un crime contre l'Humanité, et l'ouverture des archives. Olivier Le Cour Grandmaison, fondateur de l'"Association 17 octobre 1961 contre l'oubli" compte interpeller le gouvernement et le nouveau ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant : "C'est une bataille politique. Il nous fait quitter le seul terrain mmériel et désormais placer les politiques devant leurs responsabilités". L'Association a reçu le soutien de plus de 2000 personnalités, 215 élus, de syndicats, de partis de gauche (du PS parisien au PCF en passant par les Verts) qui, tous, réclament "que la République reconnaisse qu'il y a eu crime". Pour l'historien Jean-Luc Einaudi, auteur d'un ouvrage de référence sur les "événements" de 1961, "il se développe un mouvement d'opinion pour que l'Histoire puisse s'écrire".
(AP 20.10) Les juges d'înstruction "anti-terroristes" Ricard et Bruguières ont ordonné le 20 octobre le renvoi en Correctionnelle de 24 présumés islamistes, soupçonnés d'appartenir à un réseau international animé par l'Algérien Fateh Kamel. Sur les 24 personnes poursuivies, sept font l'objet d'un mandat d'arrêt international. Toutes sont poursuivies pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "trafic de documents administratifs". Fateh Kamel et l'un des accusés, A hmed Ressam, seraient liés aux réseaux d'Oussama Ben Laden.
(AP 22.10) Le Consulat de France à Annaba sera officiellement rouvert le 25 octobre, a annoncé le Consul général, Jean-Claude Schlumberger. Dans un premier temps, il s'agira d'une réouverture administrative, ne concernant pas le public. Sitôt les services du consulat réorganisés, la réouverture devrait être totale. En janvier 2001, c'est le Centre culturel français d'Annaba qui devrait être réouvert, puis celui d'Oran.
(Le Monde 24.10) Près de 400 personnes ont assisté le 21 octobre au colloque organisé à Paris par l'association "17 octobre contre l'oubli", sur les "événements" parisiens de 1961. L'appel lancé en 1999 par plusieurs intellectuels et universitaires en faveur de la création d'un "lieu du souvenir" de la meurtrière répression par la police parisienne d'une manifestation pacifique d'Algériens, et pour que "la République reconnaisse enfin qu'il y a eu crime", a recueilli le soutien de 230 élus (maires, conseillers généraux et régionaux, députés, sénateurs, parlementaires européens), et notamment de deux candidats à la Mairie de paris, le socialiste Bertrand Delanoë et l'écologiste Yves Contassot. Les responsables de l'association entendent d'ailleurs intervenir directement dans la campagne électorale municipale parisienne, en mars 2001, "parce que c'est principalement à Paris que la répression a été organisée par les forces de police, alors sous les ordres de Maurice Papon", comme l'explique Olivier Le Cour Grandmaison, président de l'association. Le 17 octobre 1961, à l'appel du FLN, 30 à 40'000 Algériens de la région parisienne ont convergé vers Paris pour protester contre le couvre-feu que la préfecture de police a décrêté à leur encontre. La police parisienne va tout faire pour empêcher le rassemblement : arrestations, rafles, chasses à l'homme, pendant toute la nuit. Les manifestants arrêtés seront retenus dans des stades, passés à tabac. De plusieurs ponts, des corps sont jetés dans le Seine. A Nanterre et à Bonne-Nouvelle, la police tire sur la foule. Dans les sous-sols de la préfecture de police, une centaine de personnes sont violentées et torturées. Le bilan officiel fera état de six morts. L'historien Jean-Luc Einaudi évalue à plus de 200 le nombre des victimes.
(Dernières Nouvelles d'Alsace 22,10, POUR 25.10) Jacques Muller, un militaire français, de Montalban, (Tarn et Garonne) tente de faire admettre officiellement qu'il est l'une des victimes d'un accident nucléaire survenu dans la base d'In-Amguel le 1er mai 1962 (base française dans le Sahara algérien). Officiellement nié par les autorités françaises, et toujours couvert par le "secret-défense" (qui dure 60 ans) cet accident a été toutefois reconnu par l'ancien ministre de la Défense Pierre Messmer, qui a déclaré qu'un"un incident est survenu à l'occasion d'un tir sous-terrain (...) entraînant une fuite de gaz et des poussières radioactives". Dans une enquête réalisée par la télévision suisse romande, Messmer déclarera également que "nous étions en face d'une pollution extrêmement grave", qu'il y eut "beaucoup de problèmes d'organisation" et même une "certaine panique". Egalement présent sur les lieux, l'ancien ministre de la Recherche Gaston Paleski est décédé plus tard d'une leucémie, dont il a soutenu qu'elle était la conséquence de cet accident nucléaire. Quant à Jacques Muller, il souffre de problèmes visuels, devient aveugle en 1987, et est reconnu comme invalide à 100 %..
(AP, Reuters 27.10) Le militant islamiste Smaïn Aït Belkacem, écroué depuis novembre 1995 et poursuivi dans le cadre de l'attentat commis en octobre 1995 à la station du musée d'Orsay du métro RER, et qui avait fait 30 blessés, a reconnu être le responsable de cet attentat, ont annoncé le 27 octobre des sources policières françaises. Belkacem, qui se proclame membre des GIA, devait être présenté au juge d'instruction Bruguière, chargé du dossier. Il avait été jugé avec 23 autres prévenus au mois de juin 1999, et condamné en septembre à dix ans d'emprisonnement pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Il doit encore être jugé pour sa participation présumée aux attentats commis de juillet à octobre 1995 en France. Il est considéré comme l'artificier de ces attentats, qui ont fait au total 10 morts et plus de 100 blessés.
(Le Matin 1.11) Douze personnalités françaises, connues soit pour leur engagement en faveur de la cause algérienne, soit par leur refus de prendre les armes lors de la Guerre d'Algérie, ont rendu publique le 31 octobre, une déclaration-appel demandant au Président Chirac et au Premier ministre Lionel Jospin de condamner la pratique de la torture exercée lors de l'insurrection algérienne, et de la condamner "par une déclaration publique". « Pour nous, citoyens français auxquels importe le destin partagé des deux peuples et le sens universel de la justice, pour nous qui avons combattu la torture sans être aveugles aux autres pratiques, il revient à la France, eu égard à ses responsabilités, de condamner la torture qui a été entreprise en son nom durant la guerre d'Algérie. Il en va du devoir de mémoire auquel la France se dit justement attachée et qui ne devrait connaître aucune discrimination d'époque et de lieu », écrivent les signataires de l'appel : Henri Alleg, ancien directeur d'Alger républicain, auteur de "La Question"; Josette Audin, épouse de Maurice Audin assassiné par ses tortionnaires; Simone de La Bollardière, veuve du général Paris de La Bollardière, opposé à la torture et condamné à deux mois de forteresse; Nicole Dreyfus, avocate de Baya Hocine et Djohor Akrou ; Noël Favrelière, rappelé, déserteur ; Gisèle Halimi, avocate de Djamila Boupacha ; Alban Liechti, rappelé, insoumis ; Madeleine Rebérioux, historienne, secrétaire du comité Audin ; Laurent Schwartz, mathématicien, président du comité Audin ; Germaine Tillion, ethnographe, résistante, auteur de "L'Afrique bascule vers l'avenir" ; Jean-Pierre Vernant, historien, résistant ; Pierre Vidal-Naquet, historien, auteur de la Torture dans la République.
(AFP 4.11) Lionel Jospin a apporté le 4 novembre son soutien à l'appel lancé en début de semaine par des intellectuels en faveur de la condamnation officielle par la France de la torture pratiquée en son nom durant la Guerre d'Algérie. Le Premier ministre français a appuyé cette demande lors d'une intervention devant le Conseil représentatif des institutions juives de France, au moment où la mission Mattéoli sur la spoliation des juifs de France pendant la 2ème guerre mondiale achèce son travail. La Premier ministre français a affirmé que la France devait poursuivre l'"oeuvre de lucidité et de mémoire" commencée par la mission Mattéoli d'une part, et l'ouverture des archives sur la répression sanglante de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961. Pour Lionel Jospin, "le travail de vérité n'affaiblit pas la communauté nationale" mais "la renforce en lui permettant de mieux tirer les leçons de son passé, pour construire son avenir".
(AP 22.11, Le Monde 23.11) Deux des principaux chefs militaires de la "bataille d'Alger" de 1957, les généraux Massu et Aussaresses, racontent, dans "Le Monde" daté du 23 novembre, en en tirant des enseignements contradictoires, comment ils ont pratiqué la torture et les exécutions sommaires pendant la guerre d'Algérie. Le général Paul Aussaresses, 82 ans, à l'époque chargé du renseignement, confirme le chiffre de 3024 personnes disparues, et très probablement sommaire exécutées, sur les 24'000 assignées à résidence : "je faisais signer des assignation à résidence ce qui permettait d'enfermer les personnes arrêtées dans des camps (...). En fait, on exécutait ces détenus", admet le général, qui avoue avec lui-même tué 24 de ces prisonniers. "Il m'est arrivé de capturer des types haut placés au sein du FLN et de me dire : cvelui-là est dangereux pour nous, il faut le tuer. Et je l'ai fait, ou je l'ai fait faire", reconnaît Paul Aussaresses, qui précise qu'il informait parfois le général Massu de la capture de l'un de ces hommes en lui disant "on le tuera demain. Massu poussait un grognement et je prenais cela pour un oui". Le général Aussaresses affirme n'avoir pas pratiqué la torture lui-même, mais s'êst "résolu" à cette pratique, "déja généralisée" à son arrivée à Alger, au su (mais non sur ordre) des responsables politiques de l'époque, notamment le secrétaire d'Etat Max Lejeune et le Résident en Algérie Robert Lacoste. Quant au général Jacques Massu, 92 ans, commandant à l'époque de la 10ème division parachutiste, dont "Le Monde" signale (ou révèle) quil a adopté deux enfants algériens avant son départ d'Algérie, il confirme ce qu'il avait déjà admis : "la torture avait été généralisée en Algérie". Massu va plus loin dans ces déclarations au "Monde", en estimant que cette pratique devrait être reconnue et condamnée par la France : "ce serait une bonne chose. Moralement, la torture est quelque chose de moche". Sa reconnaissance et sa condamnation officielle serait donc "une avancée", pour Massu, alors que pour Aussaresses, on ne pouvait pas faire "autrement" que la pratiquer, et "on n'a pas à se repentir".
Dans son entretien au "Monde", Massu rappelle qu'"on" (le pouvoir politique de l'époque" a "imposé" à l'armée française "une mission désagréable (de) rétablissement de l'ordre", mission qu'elle a "effectuée du mieux qu'elle a pu", et qu'eun représentant du pouvoir politique n'a jamais demandé aux responsables militaires d'y aller "plus doucement", alors "qu'ils venaient régulièrement à Alger", et qu'"il y en avait toujours un dans le secteur". Massu regrette qu'"on oublie de rappeler ce que les types du FLN ont fait sur leurs compatriotes et le fait qu'ils se sont comportés comme des sauvages". Enfin, s'agissant de Maurice Audin (enseignant à l'Université d'Alger, membre du PC, disparu il y a 43 ans et dont on suppose qu'il est mort sous la torture, ou a été sommairement exécuté), Massu affirme n'avoir "pas de souvenirs précis".
Le groupe communiste à l'Assemblée nationale française a déposé le 22 novembre une proposition de résolution sur la création d'une commission s'enquête "sur la torture et les crimes contre l'humanité commis par la France durant la guerre d'Algérie". Composé de 25 membres, cette commission serait chargée de "recueillir des témoignages, mesurer l'ampleur des crimes commis, les motivations et les conséquences", et "proposer des mesures de réparation pour les victimes et ceux qui ont refusé de s'associer à ces crimes". Pour les députés communistes, il faut que la France "reconnaisse et assume les conséquences des exactions commises par ses forces armées, qui s'apperentent à des crimes d'Etat", et un "devoir de mémoire s'impose" au sujet de la répression et des exactions "d'une rare cruauté" commises pendant la Guerre d'Algérie. Le ministre de la Défense Alain Richard a refusé le 22 novembre de se prononcer sur une "repentance" officielle, mais a souhaité la "transparence" sur les pratiques de l'armée française pendant la Guerre d'Algérie, et a affirmé que "les règles d'action des militaires français aujourd'hui exclueraient de telles pratiques" (la torture et les exécutions sommaires).
(AP, AFP, AP 23.11, 24.11, 25.11, 26.11, Le Monde 25.11, 26.11) Le débat sur la pratique de la torture pendant la Guerre d'Algérie a pris un tour résolument polémique après la demande le 22 novembre par le Parti communiste de la création d'une commission d'enquête sur "les tortures commises par la France durant la guerre d'Algérie", commissions devant "recueillir des témoignages" et "mesurer l'ampleur des crimes commis". Devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le Premier ministre Lionel Jospin avait affirmé qu'un "travail de vérité", sur la Guerre d'Algérie comme sur le régime de Vichy, "n'affaiblit pas la communauté nationale" mais "la renforce en lui permettant de mieux tirer les leçons de son passé pour construire son avenir". Le ministre de la Défense Alain Richard avait quant à lui assuré que l'armée serait satisfaite "que la transparence soit faite sur ces questions", et assuré que "les règles d'actions des militaires français exclueraient" de nos jours des pratiques telles que la torture ou les exécutions sommaire. Mais de la "transparence" à la "repentance" il y a un pas : la première fait pratiquement l'unanimité, la seconde est beaucoup plus contestée. Le Mouvement contre le racisme et l'antisémitisme et pour la paix (MRAP) a exigé quant à lui des "réparations" pour les victimes ou leurs proches.
Amnesty International a de son côté fait un pas supplémentaire en exigeant, dans un communiqué, non seulement que les crimes commis en Algérie soient reconnus et assumés par la France, mais que leurs "responsables (...) soient traduits en justice", ces crimes étant imprescriptibles : "en application des Conventions de Genève et du droit coutumier international, tous les Etats ont compétence universelle et doivent traduire en justice et punir les responsables des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité", rappelle Amnesty, pour qui "de tels principes doivent s'appliquer à la guerre d'indépendance d'Algérie (...) et pour toutes les parties", ce qui, appliqué à la lettre, feraient peser sur tous les responsables politiques et militaires, français et algériens, de la Guerre d'Algérie la menace d'une arrestation "à la Pinochet". Pour Amnesty, "le vrai débat porte sur l'impunité", et les autorités françaises, qui ont "salué l'arrestation du général Pinochet en Angleterre", doit "appliquer les principes qui ont gouverné leur attitude aux nouveaux développements" du débat sur la guerre d'Algérie, d'autant qu'elles ont elles même, dans les cas Barbie, Papon et Touvier, "démontré que les impératifs de justice ne peuvent être effacés par le temps". Selon des juristes interrogés par l'AFP, les poursuites judiciaires auxquelles appelle Amnesty seraient toutefois, en droit français, impossibles, pour des actes amnistiés après la fin du conflit. L'éthnologue et ancienne résistance Germaine Tillon, signataire d'un appel à la condamnation de la torture durant la Guerre d'Algérie, considère qu'il faut "condamner la torture, mais pas les hommes", qui ont été "pris dans des situations dramatiques". Les deux anciennes avocates de militants du FLN, Giselle Halimi et Nicole Dreyfus, ont également estimé que les faits reprochés à des militaires français avaient été amnistiés, ou étaient prescrits, et ne rentraient pas dans le cadre de la définition du crime contre l'humanité, et que dans ces conditions une poursuite judiciaires aurait peu de chance d'aboutir. Le code pénal français prescrit de dix ans les crimes de torture, homicide volontaire ou crimes de guerre. Le crime contre l'humanité est imprescriptible, mais selon Gisèle Halimi, "ce qui s'est passé en Algérie ne rentre pas dans la définition du crime contre l'Humanité", car il n'y avait pas volonté de "faire disparaître une éthnie", d'autant que des Français (Maurice Audin, Henri Alleg) ont eux aussi été victimes d'exécutions sommaires et de tortures perpétrées par les militaires (ou les policiers) français en Algérie. Le président de la Ligue des droits de l'Homme, Michel Tubiana, rappelle en outre qu'"une partie de l'autorité civile ne soutenait pas la torture", et qu'on ne se retrouve donc pas face à "une organisation planifiée" de la torture par l'Etat, critère du crime contre l'Humanité.
A gauche, le Premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a estimé qu'il y avait bien un "devoir de mémoire" à assumer face aux pratiques de l'armée française (et de ses auxiliaires) pendant la Guerre d'Algérie, mais que ce devoir devait être assumé d'abord par les historiens, et non les parlementaires. François Hollande, pour qui "on ne peut pas demander à la politique ce qu'elle ne peut pas faire", comme "se substituer à la recherche historique", mais qu'on peut par contre exiger des "politiques de dire clairement que ces faits son inexcusables", a ajouté que lors de la Guerre d'Algérie, il y avait eu "des exactions de part et d'autre". Pour le député (PS) Jacques Floch, qui a été soldat en Algérie, si commission d'enquête il devait y avoir, elle devrait plutôt porter "sur les origines de la guerre d'Algérie" : "Il n'y a pas la guerre propre et la guerre sale, il y a la guerre tout court, et la guerre entraîne la torture, le viol, le vol et le massacre de populations", a estimé Jacques Floch. L'ancien Premier ministre Michel Rocard a exprimé également sa préférence pour une commission d'historiens, "plus porteuse de sérénité". Le ministre de l'Education nationale, Jack Lang, s'est déclaré favorable à l'ouverture complète de toutes les archives, civiles et militaires, sur la guerre d'Algérie. Au Congrès du PS, qui s'est tenu à Grenoble les 25 et 26 novembre, Lionel Jospin a estimé que la reconnaissance de la pratique de la torture pendant la guerre d'Algérie ne relevait pas "d'un acte de repentance collective, mais de la recherche de la vérité". Le Premier ministre a rappelé que "de nombreux courants spirituels, politiques, syndicaux" français, "des personnalités parfois au sein même de l'armée ont porté témoignage à l'époque contre la torture", et a appelé les hommes politiques à "s'exprimer là où ils sont en responsabilité". La position du Premier ministre (pas de "repentance" collective, mais la recherche de la vérité) n'a pas convaincu les communistes : la ministre des sports, Marie-George Buffet, a estimé qu'il était "du devoir, non seulement des politiques, mais aussi du gouvernement de condamner l'usage de la torture" et le Secrétaire national du PCF, Robert Hue, a réclamé une condamnation officielle de "ce mal absolu qu'est la torture". Robert Hue a toutefois précisé qu'il ne demandait pas un acte de "repentance", et a soutenu la proposition de Lionel Jospin de création d'une commission d'historiens, tout en précisant que le travail de cette commission "n'empêche pas que la représentation nationale (puisse) regarder en toute lucidité sa mémoire". Robert Hue a demandé au président Chirac de "s'exprimer" sur le sujet, et au Premier ministre Jospin de condamner au nom du gouvernement "ce mal abolu qu'est la torture et qui a quand même été pratiquée de façon quasi systématique par l'armée française durant la guerre d'Algérie"
Côté algérien, invité au congrès du PS, le président du Front des Forces socialistes, Hocine Aït Ahmed, a souhaité un "débat profond" entre Algériens et Français, et a reconnu que le FLN avait lui aussi commis des exactions entre 1954 et 1962, même si "on ne peut pas mettre en balance des actes commis par une vraie invasion et des actes de résistance" dans le cadre d'une "guerre de libération imposée aux Algériens" faute, pour les Français, d'avoir su "ouvrir un processus progressif et pacifique" conduisant l'Algérie à la souveraineté. Cela étant, "nous avons aussi intérêt à nous mettre en conformité avec notre conscience", a déclaré Hocine Aït Ahmed, qui a souhaité que la culpabilité, indiscutable, de la France pendant la Guerre d'Algérie ne l'amène pas à se taire (ou à continuer de se taire) sur les exactions de l'actuelle "guerre à huis clos" qui se déroule en Algérie Hocine Aït Ahmed a appelé Jacques Chirac à lancer un appel contre la torture et les disparitions en Algérie. "Je souhaite que (le débat actuel) ne soit que le début d'un grand débat qui soit se dérouler en France, entre Français, et qui doit englober aussi l'Algérie", a estimé le président du FFS, pour qui "des témoignages doivent être recueillis par des commissions et par des historiens pas seulement sur les exactions françaises, mais aussi sur les exactions des éléments du FLN et de l'ALN (...). Si on ne le fait pas de cette manière, le résultat sera que le gouvernement français continuera de soutenir le régime algérien" et de "pratiquer une politique de silence, de complaisance voire de complicité avec les violences qui sont en train de se poursuivre en Algérie". A Alger, le président de la Fondation du 8 mai 1945, qui milite pour l'indemnisation des victimes de la lutte pour l'indépendance, s'est félicité de la prise de conscience "tardive, de la classe politique française et surtout des tortionnaires d'hier" face à la torture. Mohamed El Korso a demandé que "justice soit faite et que les généraux soient traduits devant les tribunaux français ou internationaux".
A droite, tandis que le président Chirac (qui a servi comme lieutenant en Algérie) se tait, et que l'ancienne ministre des Affaires sociales Martine Aubry s'étonnait de ce silence, l'ancien président Giscard d'Estaing, l'ancien Premier ministre Balladur et l'ancien ministre de l'Intérieur Pasqua ont tour à tour exclu tout acte de "repentance". Le député UDF François Rochebloine s'est demandé ce "qu'une commission d'enquête va apporter de plus" à ce que l'on sait déjà. Le président de l'UDF, François Bayrou, s'est déclaré opposé à la création d'une commission d'enquête parlementaire, et favorable à un travail d'historien. Au passage, François Bayrou s'est demandé ce que le "mot religieux" de "repentance" avait à "faire dans la vie civile", et a considéré que le Parti communiste n'était "vraiment pas le mieux placé historiquement pour mener ce genre de bataille-là", après avoir "soutenu des régimes qui faisaient de la torture et de l'oppression de l'être humain une réalité de tous les jours". Le porte-parole de "Démocratie Libérale" s'est déclaré "tout à fait hostile" à la proposition communiste et a suggéré une commission composée d'historiens français et algériens. Le président du groupe parlementaire DL, Jean-François Mattei, a proposé qu'au lieu d'une commission d'enquête, qui implique "la recherche de coupables", soit créée une "mission d'information" sur la torture en Algérie. Le Front National de Jean-Marie Le Pen et le Mouvement national de Bruno Megret ont dénoncé quant à eux les "attaques ignobles contre l'honneur de l'armée française". Dans le même temps, Jean-Marie Le Pen perdait définitivement, le 24 novembre devant la Cour de Cassation, le procès en diffamation qu'il avait cru devoir intenter en 1992 à Michel Rocard, qui l'accusait d'avoir été un tortionnaire en Algérie : le tribunal a jugé que Michel Rocard avait "poursuivi un but légitime en portant cette information à la connaissance des téléspectateurs".
La Fédération des anciens combattants d'Afrique du nord (FNACA) a souhaité qu'"aucun aspect de la guerre d'Algérie ne soit passé sous silence", estimé qu'il fallait "replacer les faits dénoncés dans le contexte de l'époque", que "les atrocités ne furent pas l'apanage d'un seul camp" et affirmé que l'"immense majorité" des deux millions de soldats français ayant participé à cette guerre n'ont "rien à se reprocher".
Selon un sondage CSA paru dans "L'Humanité" du 27 novembre, 57 % des 1006 Français interrogés jugent condamnables l'usage de la torture durant la guerre d'Algérie, mais 33 % pensent encore que cet usage peut être justifié ou compris "au vu de la situation sur le terrain à l'époque" (10 % sont sans opinion). 59 % des Français se déclarent favorables à ce que les autorités "reconnaissent leur responsabilité" dans l'usage de la torture (30 % sont contre et 11 % sont sans opinion). La proportion de personnes favorables à la reconnaissance de la responsabilité des autorités françaises dans la pratique de la torture en Algérie est de 83 % chez les sympathisants du PC, 75 % chez ceux des Verts, 73 % chez ceux du PS, 52 % chez ceux de l'UDF et 50 % chez ceux du RPR. 72 % des personnes interrogées sont convaincues que l'armée française a eu