
"Les opposants au Stade de
Genève n'ont jamais hésité à prétendre qu'il était surdimensionné. A plusieurs
reprises pourtant, la Praille a affiché complet ou quasi", lit-on dans le
supplément promotionnel de l'Eurofoot, encarté le 4 juin dans le quotidien genevois
officiel de l'Eurofoot.
L'expression "*a plusieurs reprises pourtant" est particulièrement heureuse (surtout le "pourtant"). Parce que généralement, et sauf exceptions rarissimes, le stade est vide ou quasi vide.
Le président du Servette FC, Francisco Vinas, estime que pour couvrir les seuls frais de l'utilisation (location du stade, sécurité, éclairage) du terrain vague de la Praille par le club, il faudrait que les matches attirent 1500 spectateurs payants. Ils n'en attirent souvent pas la moitié, et n'atteignent que très rarement cette fréquentation minimale nécessaire pour que le club ne perde pas de l'argent en utilisant le stade. Quant au stade lui-même, il lui faudrait en gros 14'000 spectateurs par match de l'équipe locale pour être rentable. Or il n'atteint pas le dixième de cette jauge.
On pourra fumer dans les stades suisses et autrichiens pendant
l'Euro, a annoncé la porte-parole d'Euro 2008. On peut d'ailleurs toujours
fumer dans le stade de la Praille, même après l'adoption par le peuple de
l'initiative antifumée.
De toutes façons, à la Praille,
en dehors de l'Euro, on peut fumer tant qu'on veut et ce qu'on veut : vu la fréquentation des lieux on risque pas
de gêner grand monde.
. Le 28 octobre, Servette reçoit Lugano à la Praille : 2010 spectateurs. Le stade est vide à 93 %.
. Le 11 novembre, Servette reçoit La Chaux de Fonds à la Praille : 1210 spectateurs.
Le stade est vide à 96 %
. Le 2 décembre, Servette reçoit Gossau à la Praille : 759 spectateurs. Le
stade est vide à 97 %
. Le 24 février, Servette reçoit Concordia à la Praille : 1782 spectateurs.
Le stade est vide à 94 %
. Le 19 mars, Servette reçoit Vaduz à la Praille : 839 spectateurs. Le stade
est vide à 97 %.
. Le 5 avril, Servette reçoit Schaffhouse à la Praille : 1117 spectateurs.
Le stade est vide à 96 %
. Le 16 avril, Servette reçoit Locarno à la Praille : 1063 spectateurs. Le
stade est vide à 96 %
. Le 21 avril, un match de gala avec de nombreuses vedettes du foot
(Karembeu, Lizarazu, Zidane, Cantona...) attire 19088 spectateurs à la Praille.
Même alors, le stade est au tiers vide.
. Le 28 avril, Servette reçoit Lausanne à la Praille : 2011 spectateurs. Le
stade est vide à 93 %.
. Le 7 juin, le Portugal et la Turquie se rencontre dans le cadre de
l'Eurofoot : 29'106 spectateurs. Le stade est enfin presque plein (à 97 %). Il
le restera pour les deux autres matches de l'Euro joués à Genève.
. Le 26 juillet, Servette reçoit Lugano à la Praille : 1531 spec tateurs. Le
stade est vide à 95 %.
Le nouveau président de la
Fondation du stade de la Praille, Michel Bonnefous, a annoncé qu'il voulait
"faire du stade un lieu de rencontre beaucoup plus sexy et qui puisse
faire rêver".
Transformer le trou de la
Praille en Palais Mascotte, c'est ça ?
A Genève non plus, personne ne sait quoi faire du stade de la Praille. Mais on l'expose, et tout le monde peut le voir. C'est la différence entre l'art pour l'art et la connerie spectaculaire.
Le projet auquel l'initiative populaire proposait, de facto, un contre-projet (à tout le moins une alternative, d'autant plus férocement combattue par les partisans des arènes Canal+ et du souk Jelmoli qu'elle était crédible) était celui d'un stade de 30'000 places assises couvertes (plus 240 places dans des loges et 1500 sièges " VIP " (pour les fessiers que le poids des portefeuilles a amolli ?). A quoi, pour faire bonne mesure bétonnière, on a ajouté des restaurants (dont un de 250 places...), des bars, un hypermarché, un hôtel, un bowling, un centre de fitness et une piscine... Bref, un projet " d'envergure nationale ", comme l'a proclamé, tout alléché, l'un de ses défenseurs (d'envergure locale), le député libéral Olivier Vaucher.
Un projet " d'envergure nationale " par son format et son coût, certes. Mais pas même un projet d'utilité locale pour son rapport aux besoins de Genève. Un stade de 30'000 places ? " il est vrai que c'est un chiffre énorme " reconnaît le Conseiller d'Etat Moutinot devant le Grand Conseil . Le Conseiller d'Etat fait dans l'euphémisme.
A Genève, les matchs livrés par l'équipe qui bénéficie du stade (le SFC) attiraient généralement moins de 5000 spectateurs aux Charmilles (record de l'année 2001 : 8279 spectateurs, pour "Servette-Saragosse" le 1er novembre 2001, en coupe UEFA ; moyenne de la saison 2002 : 4377 spectateurs). On pouvait admettre que, au moins pour un temps, le nouveau stade allait attirer quelques centaines de spectateurs supplémentaires à chaque match, quelques milliers pour quelques matches ; quant à multiplier le public par huit pour tous les matches, même le double président du SFC et du Stade n'y croyait pas, même s'il affirmait se donner pour objectif celui, inatteignable, de réunir " entre 15'000 et 20'000 spectateurs en moyenne " à la Praille.. Il est vrai que pour y arriver, Roger a son truc : mobiliser les Espagnols, les Italiens et les Portugais de Genève, supposés s'identifier au Servette plutôt qu'au Real, à la Juve ou au Benfica… Et si les immigrés font défaut, on s'adressera au public des concerts de variété … Autant dire qu'on ne sait pas comment remplir le stade. Et qu'on n'atteint les taux de fréquentation fort modestes qu'on annonce qu'en multipliant les invitations gratuites (la seule "Tribune de Genève" en offrait 100 pour le match du 28 novembre 2004 contre Young Boys) et en priant les supporters des clubs adversaires de l'équipe résidente de se déplacer en masse…
Quant à l'ancien président du SFC, et ex-avocat de Marc Roger, Dominique Warluzel, il rappelle qu'alors que " Barcelone ou Real Madrid engrangent plus de 100'000 abonnements, à Genève, durant les belles années du Servette, nous arrivions péniblement à 2000 ". Autrement dit : construire un Stade de 30'000 places pour 2000 abonnés relève de la folie des grandeurs.
Résultat des courses entre la saison 2002-2003 aux Charmilles et la saison 2003-2004 à la Praille, le nombre de spectateurs a certes augmenté, mais de 74 % seulement, soit de 3128 spectateurs par match, avec une moyenne à la Praille de 7358 spectateurs (payants ou non) par match. C'est-à-dire un stade aux trois quarts vide.
A la Praille, on a compté 8000 spectateurs pour 30'000 places lors de la retransmission sur écran géant du match Suisse-Corée, le 23 juin. Soit un stade presque aux trois quarts vide. En 28 jours de retransmissions des matches du Mondial, on a totalisé 125'000 visiteurs (ce qui ne fait pas 125'000 personnes, puisque cette totalisation additionne les visites multiples de la même personne), soit un peu plus de 4000 personnes par match.
Le 14 avril, Servette reçoit Locarno à la Praille : 1743 spectateurs. Le stade est vide à 94 %.
Le 22 avril, Servette reçoit Winterthur à la Praille : 1518 spectateurs. Le stade est vide à 97 %
Le 5 mai, Servette reçoit Baulmes à la Praille : 1457 spectateurs. Le stade est vide à 97 %
Le 12 mai, Servette reçoit La Chaux de Fonds à la Praille : 1636 spectateurs. Le stade est vide à 95 %.
Le 19 mai, Servette reçoit Bellinzona à la Praille : 2010 spectateurs. Le stade est vide à 93 %.
Le 31 mai, un match a opposé à la Praille l'équipe des régies immobilières et l'équipe du Crédit Suiisse. Les régies ont battu la banque 10 à zéro. Un match entre régies et banque, c'est le seul genre de match où les deux équipes peuvent jouer à domicile à la Praille.
Pendant le premier (été 2007) des quatre tours du championnat 2007-2008 de "Super League" du foot suisse, la fréquentation des stades où résident (ou qu'utilisent, faute de mieux), les dix équipes de la ligue a atteint en moyenne 12'000 spectateurs par matrch, en 45 matches. L'objectif de la ligue est une moyenne de 15'000 spectateurs, "lorsque toutes les conditions seront réunies".
Pour la "Swiss Football League", s'exprimant par la voix de son directeur Edmond Isoz, de nouveaux stades, dans les villes qui n'en ont pas, sont une "nécessité absolue", et les clubs qui n'en auront pas "seront condamnés à disparaître de l'élite". Ces nouveaux stades devront comporter au moins 10'000 places, dont au moins les deux tiers en places assises sur sièges individuels, avec des espaces dévolus aux "invités d'honneur", aux supporters des clubs adverses, au personnel médical, aux handicapés et aux media,. Les clubs qui ne satisferaient pas à ces exigences pourraient être privés de licence.
Ces dix équipes utilisent les stades suivants (et, le cas échéant, espérent en la réalisation des projets suivants ) :
A Bienne, la municipalité a annoncé avoir trouvé un financement pour ses nouveaux stades, par l'octroi d'un droit de superficie de 99 ans pour 42 millions de FS à un partenaire privé, la vente de son vieux stade du Gurzelen à ce partenaire (l'entreprise HRS), la vente d'une parcelle voisine à Rolex et l'encaissement d'une subvention cantonale. La ville mettra le terrain à disposition de HRS, qui construira un stade de foot de 6000 places et une patinoire de 7000 places et les remettra ensuite à la ville. Tant de bonté émeut.
Selon les chiffres officiels de fréquentation des stades où se sont joués les matches de "Super League" dans la première partie du championnat 2006-7, la moyenne générale de fréquentation des stade a été de 9274 spectateurs (soit, en gros, entre un tiers et la moitié de la capacité des stades). A Bâle (19776 spectateurs en moyenne), Berne (15'725 spectateurs) et Sion (12'342 spectateurs), les stades sont remplis à plus de la moitié de leur capacité -mais partout ailleurs, il y avait en moyenne plus de places inoccupées que de places occupées.
Le "taux de remplissage" moyen des stades les plus récents est de 92 % en Angleterre, de 83 % en Allemagne, de 73 % en France, de 71 % en Espagne, de 52 % en Italie. Et de moins de 10 % à Genève.
A Lausanne, on se prépare à patauger dans le même genre de marigot que celui dans lequel on barbotte depuis des années à la Praille : faut remplacer le stade de la Pontaise, comme il fallait remplacer celui des Charmilles. Et on entend déjà les mêmes arguments foireux que ceux dont nous avons eu les oreilles rebattues à Piogre : un nouveau stade est vital pour l'équipe phare, le football moderne exige des installations capables d'attirfer non seulement les spectateurs, mais aussi les sponsors et les investisseurs, et quand on aura un nouveau stade tout beau, le club phare du canton se portera comme un charme. Si des copains lausannois ont besoin d'un petit coup de main pour empêcher qu'on fasse les mêmes conneries à soixante kilomètres de distance, on est disponibles.
On est aussi disponibles pour aider nos copains français : onze projets de nouveaux stades sont lancés en France (où les stades appartiennent en général aux municipalités, et sont loués aux clubs), pour un coût moyen de 50 millions d'euros, mais pour 200 à 250 millions à Lyon, et 300 millions à Lille. On a pas eu le temps de demander à l'abbé Pierre combien de sans-abri on pouvait loger avec 300 millions d'euros, il est parti dégoûté de la connerie du monde avant qu'on ait pu lui poser la question.
Pendant ce temps, à Genève, le parc public qui devait remplacer le stade des Charmilles n'est toujours ni parc, ni public. Le stade n'est toujours pas démoli. En octobre 2004, le banquier Bednedict Hentsch lançait à grands fracas médiatique le projet de réaménagement de la parcelle occupée par le stade, et sur laquelle devaient prendre place (pour 2008) un immeuble et un parc public.La parcelle est propriété de la fondation Hippomène, dont le but n'est pas de réaliser des opérations immobilières mais de construire les parcs et de "favoriser la pratique et le développement de tous les sports athlétique" à Genève, et en particulier de soutenir le Servette FC. Qui joue désormais à la Praille (dans un stade vide), stade dans la construction duquel ni Hentsch, ni sa fondation n'ont investi un fifrelin. Par ailleurs, le don à la fondation du Stade de Genève des terrains d'entraînement de Balexert n'a toujours pas été fait. Il avait pourtant été promis. Mais bon, vous savez ce que c'est, les promesses des privés, dans l'histoire du stade de Genève, on aurait pu en paver le stade. Et revendre les pavés ensuite pour payer le stade.
La tendance dans l'économie du football (disons : le foot-pognon) est de donner aux stades non pas le nom de la ville où ils sont situés ou de l'équipe qui y joue, mais de l'entreprise privée qui y a investi, précisément pour que le stade porte son nom : le stade d'Arsenal se nomme donc "Emirates Stadium", du nom d'une compagnie aérienne; le stade du Bayern de Munich l'"Allianz Arena" (assurances), celui du Borussia Dortmund le "Signal Iduna Park" (assurances) et le stade du HV Hambourg l'"AOL Arena" (communication). Pour le stade de la Praille, on propose le "Trou du fonds d'équipement communal" s'impose donc, de toute évidence.
Ce n'est pas le coût de la construction des stades qui constitue pour les collectivités publiques la charge la plus lourde, mais les frais de fonctionnement, d'entretien, de rénovation, sur deux ou trois générations : il faut remettre l'installation aux nomes, la rénover, la réparer, l'entretenir. Et quand on veut s'en débarrasser, il faut encore payer pour la démolir. De ce point de vue, l'exemple de la Praille est particulièrement éclairant : une fois construit le stade, on n'arrête pas de payer. Et comme la rentabilité d'une installation sportive lourde est illusoire, et que s'en aporiocher dépend directement de l'existence d'0un club local résident, classé dans l'"élite" du football national (voire européen), et disposant d'une "base" de supporters importante, Genève se retrouve particulièrement mal partie, avec un club relégué en division inférieure, et qui, même lorsqu'il oeuvrait en division supérieure, ne mobilisait que moins de 4000 supporters, épour un stade de 30'000 places.
Le trou creusé à la Praille est ainsi voué à s'agrandir, et à s'aprofondir au fil du temps.
Endettée à hauteur de plus de 10 millions depuis l'ouverture du stade, la Fondation du Stade de Genève recherche un directeur d'exploitation (de l'exploitation du stade, pas d'exploitation de la crédulité populaire, ça, les politiques s'en chargent à merveille), pour, explique l'annonce parue dans "Le Temps", "relever le défi et faire vivre le Stade de Genève avec de multiples manifestations". Et y'a du boulot. D'ailleurs, c'est un superman que cherche la Fondation du stade : un universitaire, gestionnaire et manager expérimenté, bon connaisseur des milieux économique, sportif et culturel romands, expérimenté dans l'organisation d'événements, maîtrisant les tâches administratives et les outils informatiques, âgé de 30 à 45 ans, trilingue (français, anglais, allemand), dynamique, positif, à l'aise dans les contacts humains... La Fondation du stade a juste omis de signaler que son futur directeur d'exploitation doit aussi être un peu masochiste, ne doit pas souffrir d'agoraphobie et de vertiges devant l'immensité vacante d'un stade de 30'000 places occupé par 800 personnes et avoir suffisamment d'imagination pour trouver le moyen de régler les dettes (La Ville de Lancy attend toujours le premier remboursement des trois millions qu'elle a prêtés à la Fondation du Stade de la Praille, en 2003. Et l'entreprise Implenia, anciennement Zschokke, attend toujours le début du remboursement des dix millions dus sur la construction du stade), tout en préparant l'Euro 2008 sans faire de nouvelles dettes.
Dans son annonce d'offre d'emploi, la Fondation du Stade s'autopromeut en affirmant avoir "réussi à créer une nouvelle dynamique en organisant avec succès de nombreux événements". Ah ouais ? lesquels ? La "Tribune de Genève" avait annoncé (le 16 novembre) un symposium sur "des sujets passionnants avec des intervenants de grande qualité" (Pierre-Alain Dupuis, Nicole Petignat, Michel Pont, Jürgen Muller, Michael Kleiner...) le 23 novembre toute la journée, à l'"Event Center" de la Praille. Plus rien ensuite, pas un compte-rendu, que dalle, le désert médiatique. Il était éventé, l'Event ?
La Fondation du stade a lancé, début 2006, un appel d'offre pour "améliorer et renforcer l'infrastructure internet" du stade dans la perspective (exaltante) de l'Euro 2008. C'est la société Deckpoint qui a été choisie. Elle a installé 15 bornes wi-fi, mais qui ne couvrent que la moitié du stade, et dont l'usage est strictement réservé aux "professionnels", et fermé au public.
Quand encore public il y a à la Praille.
Pour remplir les stades lors des matches "amicaux" et de "préparation" de l'équipe suisse, avant l'Eurofoot, puisque comme le constate "Le Temps" (du 2 septembre) ces matches "ne mobilisent pas les foules", les organisateurs, toujours futés dans l'amélioration des procédures de racket, ont trouvé un truc : les détenteurs d'un billet pour une rencontre dont presque tout le monde se contrefout (genre Suisse-Costa-Rica) seront prioritaires pour en obtenir un pour une rencontre plus courue (genre Suisse-Brésil). Commentaire d'un supporter : "je trouve spécial de forcer quelqu'un à aller voir un match pour être sûr de pouvoir assister au suivant".
Bof... c'est pas plus spécial que de demander à la majorité de la population qui n'en a rien à secouer de l'Eurofoot de payer (via les caisses publiques) pour la minorité qui s'y intéresse.
Le Servette lui-même a toujours dit qu'une enceinte moyenne (qu'il évaluait à 18'000 places, que nous évaluons à 15'000 places) lui suffisait. Mais ça ne suffisait pas aux promoteurs du projet actuel. On ne remplit qu'à moitié un stade de 9'000 places, mais eux voulaient un stade de 30'000 places. Qui restera au moins à moitié, et généralement au moins aux deux tiers, voire aux trois quarts, vide.
" Qui peut se targuer de déplacer bon an mal an plus de 100'000 personnes " ? (comme le SFC) s'interrogeait ingénument le directeur général du club... Qui ? mais n'importe quel bistrot bien fréquenté : " plus de 100'000 personnes par an ", ça ne fait toujours que moins de 300 personnes par jour... Un stade de 30'000 places pour 4'000 ou 5'000 spectateurs est un projet absurde. Un stade de 15'000 places, par contre, aurait plus que largement répondu aux besoins des équipes locales de football, de leurs supporters et des amateurs de foot de la région. 15'000 places payantes, c'est encore largement plus que le record de fréquentation jusqu'à présent atteint à Genève pour des matches engageant le Servette...
En outre, une étude récente (de Marco Brunelli, dirigeant de la Fédération italienne de foot) révèle que les stades européens sont tous en manque de spectateurs, et que les matches européens y attirent moins de monde que les matches nationaux ; or l'un des arguments " massue " des supporters du stade-centre commercial est sa capacité d'accueil de ces matches européens qui n'attirent plus que le dernier carré de l'ultime kop de supporters, et pour lesquels un stade de 15'000 places serait déjà un stade trop grand : La " Supercoupe " européenne qui s'est disputée en 1998 à Monaco n'a attiré que 10'000 spectateurs !
Drieberg ajoute qu'un spectateur à la Praille coûte deux fois plus cher à des organisateurs de spectacles qu'un spectateur dans n'importe quel autre stade romand, et que la Pontaise, à Lausanne, est mieux située géographiquement (plus centrale en Romandie), plus simple à utiliser, et surtout bien moins chère. Marc Roger, exploitant " à l'insu de son plein gré " de la Praille, se défend, mollement, sur le monde virenquien du " on m'avait menti " : " la situation n'est pas telle qu'on me l'a " vendue ". On m'avait promis un stade dont l'exploitation ne posait aucun problème (…). Le stade sera difficilement rentable s'il est cantonné au seul football " . L'euphémisme est de règle : " difficilement rentable ", cela doit se traduire par " impossible à rentabiliser " avec le seul football -et " difficilement rentable " y compris avec d'autres manifestation. Bref, personne ne gagnera de l'argent avec le Stade de la Praille. Et tout le monde en est à ce point conscient que les courageux investisseurs privés comptent désormais sur les collectivités publiques pour boucher les trous qu'ils ont eux-même creusés.
Cedric Zurn, responsable de l'exploitation du stade de la Praille, est tout content : il a réussi à louer son terrain vague (pour un loyer dont le montant est "strictement confidentiel") à l'équipe nationale allemande, qui va s'y entraîner du 20 au 30 mai 2006, pour la coupe du monde qui se déroulera en Allemagne du 9 juin au 9 juillet suivants. L'équipe allemande s'entraînera à huis-clos dans un stade qu'elle a choisi pour le calme et l'isolement qu'il offrait : "il leur fallait un terrain à l'abri des regards indiscrets", dit Zurn. La Praille, c'est en effet le terrain idéal : vu la fréquentation du Stade de Genève, on y risque moins qu'ailleurs des "regards indiscrets". Vu qu'il n'y a personne pour regarder.
La fondation dudit stade, toujours à la recherche de n'importe quoi qui puisse donner l'impression qu'il sert à quelque chose, a trouvé un nouveau truc : à défaut de matches, la télé. Pendant la coupe du monde, du 9 juin au 9 juillet prochains, un écrant de 40 mètres carrés sera installé en face de la tribune nord pour retransmettre tous les matches de la compétition, histoire de "faire de ce stade un lieu de vie et de rencontres", explique le responsable de la chose, Alexis Delmege. Ce qui a contrario confirme que le stade n'est habituellement ni un lieu de vie, ni un lieu de rencontres. A peine est-il un lieu, d'ailleurs. Delmege ajoute : "les gens pourront s'asseoir dans le stade". Dans un stade comportant 30'000 places assises, c'est bien la moindre des choses. Sur l'esplanade, une tente sera installée dans laquelle des entreprises pourront louer des espaces pour des conférences ou des repas. Enfin, un tournoi pour les juniors E et D, des ateliers de foot pour les chtis nenfants de 5 à 8 ans, et un concours de tirs au but pour les adultes, sont prévus.
Bref, on a trouvé au stade de la Praille une utilité : celle de la Plaine de Plainpalais.
"La Tribune de Genève" du 11 janvier annonce, sous la plume (à crampons) d'Arnaud Cerutti qu'il "se murmure avec insistance" que l'équipe de Suisse pourrait affronter dans le stade de la Praille "un adversaire africain (ou plus prestigieux ?) dans le cadre de sa préparation en vue du Mondial 2006". On aime beaucoup le "ou plus prestigieux ?". Plus prestigieux qu'un nègre, quoi. Mark Skipperjin, membre du Conseil de fondation du stade, tempère : "il y a beaucoup de rumeurs infondées", mais admet que la fondation "aimerait bien que l'équipe nationale vienne disputer une ou deux rencontres à Genève". Même contre des nègres ? "La Tribune", elle, ne tempère rien et assure que "les équipes qui se préparent pour le Mondial ont apparemment les yeux rivés sur Genève". Mouais.... sur le stade ou sur les banques ? Schipperjin, lui, se contente de jouer les mystérieux : "il se pourrait bien qu'il y ait quelque chose à la Praille" le 1er mars. ça mange pas de pain. Il se pourrait bien qu'il y ait quelque chose, mais on sait pas quoi. Et de toutes façons on n'en est pas sûr. Mais il faudrait qu'il y ait quelque chose. N'importe quoi, mais quelque chose. Et peut être même quelqu'un. N'importe qui, mais quelqu'un. Pour changer.
Le stadolâtre de service à la "Tribune de Genève" (Visentini) annonce (édition du 14 février) qu'un match amical Suisse-Italie est "presque" programmé le 31 mai à la Praille. Mais ça pourrait aussi être Suisse-Chine. Ou rien du tout. Et de prédire, si c'est Suisse-Italie, "une ruée sur la prélocation des billets". Et d'ajouter que le Brésil pourrait aussi gambader à la Praille, le 3 ou 4 le 4 juin, mais sans qu'on sache contre qui. Ni d'ailleurs si ça se fera. Conclusion du stadolâtre : "Avec en plus l'Allemagne à l'entraînement, la Praille sera presque la capitale "Mondial" d'avant la grand-messe.
C'est dire à quoi peuvent se réduire les capitales et les grand-messes dans la tête des footeux.
A défaut de foot, la fondation du stade se lance dans l'aviron, et rame comme une galériennes pour trouver de quoi utiliser le machin qu'elle est supposer gérer. Dernière trouvaille : y faire se préparer quelques équipes participant à la coupe du monde de foot 2006, en particulier l'équipe d'Allemagne. Qui a choisi le stade, révèle Cedric Zurn, responsable du site, parce qu'elle pouvait y jouer à huis-clos.
En effet : un stade vide à 94,5 % même quand les rencontres y sont publiques est idéal pour un entraînement à huis-clos.
En attendant Godot 2008, le stade de la Praille peine toujours autant à se trouver une utilité pérenne : même les retransmissions des matches du Mondial peinent à remplir un peu plus que dérisoirement ce stade (ces retransmissions, il est vrai, font double emploi avec celles de Plainpalais, bien plus conviviales : le "Maracana Festival" attire plus les foules que "Prailletime", qui comptait attirer 100'000 personnes en retransmettant tous les matches, ce qui ne fait en moyenne qu'environ 2000 spectateurs par match, soit un stade vide à plus de 90 %. A Plainpalais, on attendait le double de spectateurs qu'à la Praille, et on en aura probablement le quadruple).
Du coup, à la Praille, on se tourne vers la Providence : Les églises et communautés chrétiennes genevoises (protestantes, catholique romaine) vont utiliser le stade de la Praille pour une célébration religieuse à l'occasion de la Coupe du monde de foot ("Prailletime" devient "Praytime", dans la nouvelle langue du culte. Ou "Playtime" dans celle de Jacques Tati) . Ce qui confirme que le foot est l'opium du peuple, mais ouvre d'intéressantes perspectives : puisque Dieu seul peut encore sauver de l'inutilité le Titanic échoué à la Praille, autant faire carrément dans le biblique et tourner autour du stade en soufflant dans les chofars pour faire s'effondrer le machin.
Et y'aura du boulot, vu que même Johnny n'y est pas arrivé en juin 2003. Pire : son concert avait valu à son organisateur, Michael Drieberg, une plainte précautionneuse du canton (qui voulait se garantir d'éventuelles poursuites) pour suroccupation et violation des règles de sécurité. La plainte a d'ailleurs été retirée. Mais Drieberg, qui dit toujours vouloir organiser des concerts dans le trou de la Praille, précise que ça ne sera vraisemblablement pas avant 2008, et pas de la taille du concert de Johnny.
Le quatuor Sine Nomine, ça irait ?
A en croire les partisans du projet Jelmoli/Canal+, un stade de 30'000 places était nécessaire au soutien, et à l'avenir, du football genevois -quand on n'invoque pas la grandeur, l'avenir, l'esprit et le destin de Genève... Comme si un stade de football était un acte de foi, comme si le destin d'une ville comme Genève dépendait de la construction d'un stade deux fois trop grand... Comme si la qualité et le succès d'une équipe de foot dépendait de la grosseur du stade dont elle est résidente : l'entraîneur de l'équipe de Bâle, Christian Gross, qui a " hérité " d'un stade de 30'000 places assises, rappelle fort justement que Bâle disposait déjà avec Saint-Jacques " du plus grand et du plus beau stade de Suisse ", et que ça n'a pas empêché l'équipe de passer pendant 18 ans à côté de la coupe d'Europe (et de ne remporter ni la coupe, ni le championnat de Suisse). A Bâle, on estime qu'il faut une moyenne de 20'000 spectateurs payants, à quoi qu'ils assistent, pour commencer à dégager un bénéfice réel. C'est en gros le triple de la moyenne des spectateurs de la Praille
Ajoutons que l'ouverture du nouveau stade du Wankdorf à Berne est prévue le 31 juillet 2005. Elle va intensifier la concurrence entre les villes suisses disposant d'un stade (de préférence surdimensionné par rapport à leurs besoins). Et comme Berne est à la fois la capitale fédérale et la " grande " ville la plus centrale du pays, ça réduira les possibilités de Genève d'accueillir dans son trou de la Praille les matchs internationaux que les quémandeurs de la fondation du stade tentent d'arracher aux "instances compétentes".
Pour pouvoir obtenir une subvention fédérale de 5 millions de FS, les responsables du projet officiel ont expliqué que Lausanne et son stade d'athlétisme étaient assez proches de Genève pour qu'on n'ait pas besoin d'exiger du stade de Genève qu'il soit " polyvalent " ; ce raisonnement est intelligent : il aurait dû s'appliquer aussi à la capacité même du stade de Genève : la région n'a pas besoin de deux stades capables chacun d'accueillir deux fois plus de spectateurs qu'il n'en viendra jamais, et la Suisse n'a pas besoin de dix stades de " dimension européenne ", quand on ne se hausse pas du col jusqu'à prétendre à une " dimension internationale "...
Les stades de Saint-Jacques à Bâle, du Wankdorf à Berne, et le stade du Hardturm de Zurich , disposent ou disposeront ou devraient disposer tous de plus de 30'000 places. Le Stadion de Saint-Gall disposera de 21'000 places. La Maladière de Neuchâtel disposera de 12'500 places… Faut-il rappeler que la Suisse ne compte que 7 millions d'habitants, et que s'il est pour le moins excessif d'espérer vouloir " caser " un habitant adulte de Genève sur dix dans un stade genevois, il l'est tout autant de vouloir parsemer la Suisse de stades tous dimensionnés aux normes européennes ? Faut-il rappeler en outre que le nouveau stade de Bâle, donné constamment en exemple par les partisans du projet Jelmoli/Canal+, a une capacité deux fois inférieure à celle de l'ancien (qui pouvait contenir jusqu'à 60'000 personnes) ?
Pour plus d'un million et demi d'habitants, Vienne dispose d'un stade de 48'000 places, qui lui suffit. En gros, cela représente une place de stade pour 30 habitants. Ce qui, à Genève (400'000 habitants) équivaut à un stade de 13'500 places. Nous en proposions 15'000...
Avec les stades existant ou en projet, la Suisse (et même la Romandie seule, pour laquelle plusieurs stades de 25'000 ou 30'000 places sont parfaitement inutiles) disposera, même sans Genève, des stades nécessaires pour accueillir, éventuellement, une coupe internationale. Pour ne citer que les principaux stades du pays, qui ensemble peuvent 200'000 spectateurs :
On notera avec intérêt que tous les projets récents ont en commun de n'être qu'accessoirement des projets de stade, et essentiellement des projets de centres commerciaux et de services, au sens large du terme, dans des villes qui n'en manquent pourtant pas. Ce qui confirment que dans chaque cas de figure, le " sport " n'est qu'un prétexte à des opérations bien plus juteuses, plus coûteuses -et socialement bien moins utiles.
Aux stades s'ajoutent désormais toujours les inévitables annexes plus ou moins commerciales : bars, restaurants, bureaux, bowlings, fitness, piscines, surfaces commerciales... et même à Bâle (pour " faire social ? " un home pour personnes âgées.... C'est dire que les concepteurs même des stades reconnaissent qu'en lui-même, le stade n'a pas une utilité sociale suffisante pour justifier qu'on claque des dizaines de millions pour le construire.l
A Zurich, le projet de méga-stade de foot n'a pas fini d'agiter les esprits. Le droit de recours des associations remis en cause.
Sous prétexte de créer un stade " indispensable pour l'Euro de foot ", des promoteurs privés financés par le Crédit Suisse et la ville de Zurich veulent imposer à un quartier pas encore trop densifié un colossal centre multifonctionnel. Serpent de mer local, le projet est en discussion depuis plus de quatre ans. Il s'agit de remplacer le terrain de football du Grasshoppers Club, pelouse au sous-sol encore vierge, par un cube de béton rapportant gros grâce aux places de parc prévues sous le gazon et au centre commercial dont le Crédit Suisse entend affubler le quartier. Des bureaux et un hôtel sont aussi prévus.
Pour plaire aux habitants et pour calmer les écolos, il a fallu rallonger une ligne de tram. De compromis en changement de plan, l'affaire a tant et si bien traîné qu'elle a fini devant les tribunaux. Après plusieurs recours, l'affaire est maintenant aux portes du Tribunal fédéral. Les parties intéressées à la réalisation (la Ville de Zurich, et le Crédit Suisse CS) hésitent à porter le litige jusqu'aux juges lausannois. Les associations d'usagers du quartier ont fait savoir ce week-end qu'elles n'estimaient pas nécessaire de déranger les juges de Mon Repos ; et l'Association Transport et Environnement (ATE) avait elle aussi renoncé. Notez que vu les lenteurs judiciaires habituelles (le TF pourrait renvoyer l'affaire à rejuger sur les bords de la Limmat), il sera ensuite trop tard pour se mettre à construire à temps pour la compétition européenne. L'ultime délai pour déposer un recours échoit cette semaine.
L'enjeu légal ? Le nombre de véhicules prévus/autorisés à se rendre chaque année dans ce complexe sportivo-commercial. Les promoteurs veulent obtenir l'autorisation d'amener plus 2,2 millions de voitures par an dans ce lieu, et le Tribunal administratif n'est pas entré en matière, limitant les trajets potentiels au nom du respect des plans antipollution.
L'imbroglio a été renforcé par les promoteurs qui ont un temps laissé entendre qu'ils seraient disposés à ajouter dans cet ensemble un brin de logement au lieu des bureaux et de l'hôtel initialement prévus.
Un dernier sondage du Tages Anzeiger, effectué il y a une semaine, indique qu'une majorité (77%) de citoyens et citoyennes de la ville est favorable à la construction de ce mammouth. Du côté du CS, le responsable du projet Reinhard Giger déclarait au quotidien zurichois qu'il " n'était pas content du tout " de la tournure prise par les évènements. A l'ATE, les nombreuses discussions internes ont passablement échauffé les esprits. La présidence nationale a même dû faire valoir toute son influence modératrice afin que la section zurichoise puisse se prononcer pour ou contre un nouveau recours sans ingérence extérieure.
Rappelons ici que le droit de recours de cette association a été longuement attaqué. La droite a tonné contre ces empêcheurs de bétonner en rond qui ont à plusieurs reprises fait baisser le nombre de places de parkings prévues. Et ce mardi encore, un groupe réunissant dix des grands clubs et organisateurs sportifs zurichois s'en est pris avec véhémence à l'ATE, estimant qu'il fallait de toute urgence réduire le droit de recours des associations " qui ne respectent pas la volonté populaire ". Que les promoteurs (Etat allié au privé) ne respectent par les lois, semble par contre déranger moins. Ayant de bonnes relations avec la droite financière, le maire socialiste Elmar Ledergerber, qui possédait une agence de conseil avant de se lancer en politique, est coutumier du fait : Vorwärts relevait en 2001 déjà qu'il avait conclu des accords secrets dans le cadre d'un large projet immobilier sur les voies de chemin de fer afin de garantir un nombre de places de parking dépassant la norme autorisée.
Et le football là-dedans ? Otage des financiers, on n'en parle peu, si ce n'est pour dire que si le projet ne voit pas le jour, la Ville devra rénover dare-dare avant 2008 un autre stade, celui du club concurrent, le Letzigrund du FC Zurich.
