Genève, le 19 janvier 2007
Le stade de la Praille, à défaut d'utilité publique, a enfin trouvé sa vocation: celle de trou noir financier, aspirant tout ce que les caisses publiques situées à proximité peuvent laisser échapper.
Dernière entourloupe du genre, qui tient à la fois du racket et du déni de démocratie, le don princier (en pleine période de «vaches maigres» budgétaires) de 11 millions de francs, puisés dans le Fonds d'équipement communal (FEC) au sein duquel siège le conseiller administratif libéral de la Ville de Genève, Pierre Muller. Cela afin de permettre à la Fondation du Stade, de payer l'ardoise (moins les intérêt abandonnés par le créancier) laissée auprès de l'entreprise qui a construit ce temple du football: Zschokke (Implenia).
Racket, tout d'abord. La facture finale de la construction du stade a atteint presque le double de ce qui était prévu: 117 millions aujourd'hui contre 68 millions initialement. Pour tenter de combler le gouffre ainsi creusé, la Fondation du Stade a successivement racketté l'État, la Ville de Lancy, et maintenant l'ensemble des communes, via le FEC (au passage grossi de ressources auparavant restituées aux communes - part sur l'impôt immobilier, part sur l'impôt à la source des frontaliers).
On admirera l'exercice. Dans un premier temps, on remplit les caisses d'un organisme intercommunal en vidant celles des communes, pour ensuite vider les caisses de l'organisme en question en payant les factures d'une fondation privée. Mais l'exercice ne se limite pas au racket, il atteint au sublime dans le déni de démocratie.
En avril 2005, lors du référendum, les citoyens et citoyennes de la Ville refusaient, à une majorité écrasante (73%), de prêter 2,5 millions à la Fondation du Stade, compte tenue de l'absence à peu près totale d'espoir que ce prêt soit un jour remboursé. Lancy et le canton, qui avaient eux aussi prêté de l'argent à la fondation, n'ont jamais vu la couleur du moindre début de remboursement.
Mais, moins de deux ans plus tard, c'est 3 millions que la Ville va, non plus prêter, mais offrir gracieusement à cette même fondation, par l'intermédiaire du FEC, alimenté pour un tiers par la Ville et ponctionné de 11 millions sur les 17 millions à disposition.
Et sûrement à titre de coïncidence malheureuse, on pille les fonds publics pour éponger une dette privée, alors que dans le même temps, on explique au «bon peuple» que les collectivités n'ont plus assez d'argent pour maintenir certaines prestations sociales.
On notera, pour la bonne bouche, que le cadeau de 11 millions fait à la fondation, provient d'un Fonds au sein duquel siègent deux conseillers d'État Verts. Pourtant, lors du référendum en avril 2005, les Verts s'opposaient au prêt de 2,5 millions. Les Verts sont, effectivement, comme nous le clame la presse, sur une pente ascendante.
Du coté des privés la fête continue, puisque malgré les bénéfices juteux de l'année 2006, les trois principaux partenaires privés du stade de la Praille (Crédit Suisse, Jelmoli, Fondation Hippomène - banquier Benedict Hentsch), échappent une fois de plus à leurs responsabilités dans ce dossier et ne mettront pas un sou de leur poche. Le «bon peuple» s'en chargera...
Face à ce déni démocratique et ce détournement de fonds publics inacceptables, il va sans dire que le Comité référendaire va examiner rapidement, tous les moyens juridiques et politiques pour recourir contre cette décision scandaleuse.
Le 17 juin, les citoyennes et yens de la Ville de Berne ont accepté, à une courte majorité, un crédit de 5,2 millions de francs pour l'accompagnement des matches de l'Euro2008. La votation avait, loyalement, été organisée par les autorités bernoises sans attendre un référendum populaire, exercice auquel s'étaient non seulement bien gardées de se livrer les autorités genevoises, mais qu'elles avaient même rendu impossible en noyant les crédits consentis à l'Euro dans le budget ordinaire du canton, contre lequel aucun référendum ne peut être lancé. Comme quoi la Sarine n'est pas seulement une frontière linguistique, mais aussi une frontière politique, entre ceux pour qui "démocratie" est un mot et ceux pour qui ce mot est aussi une pratique.
La construction du Stade de Genève a été une formidable aventure qui a mobilisé les énergies et la créativité d'innombrables partenaires: les architectes, les entrepreneurs, les ouvriers, les mandataires, les membres du Conseil de Fondation, les CFF, la mairie et le Conseil municipal de Lancy, le Conseil administratif et le Conseil municipal de la Ville de Genève, les députés du Grand Conseil, la Confédération, les collaborateurs de mon département ainsi que ceux des départements de l'intérieur, de l'agriculture et de l'environnement; de justice, police et sécurité, et des finances, le Servette FC, le Sport-Toto, la Fondation Hypomène, les sponsors et partenaires, les journalistes… et les opposants.
Le résultat est magnifique: le Stade de Genève est beau. Il donne envie de jouer au football et de voir jouer au football.
Chacun a apporté sa pierre à l'édifice: les pouvoirs publics, qui se sont massivement investis, considérant qu'un Stade de cette taille et de cette qualité est un équipement d'importance pour Genève; les milieux économiques, qui ont bien saisi les enjeux et retombées profitables d'une telle infrastructure et les milieux sportifs pour qui un Stade moderne est un élément phare de la politique sportive.
Ce jour d'inauguration doit être un jour de fête et il le sera. Le Conseil d'Etat, qui s'est engagé fortement pour le stade, regrette cependant que certains éléments, notamment financiers et juridiques, ne soient pas réglés et entend que la Fondation boucle son dossier dans les plus brefs délais.
Quant à l'exploitation de ce magnifique stade, elle dépend exclusivement du succès des manifestations qui y seront organisées. Je me réjouis que ce soir le stade soit plein et il ne dépend plus que des joueurs, sur la pelouse, pour que le spectacle soit enthousiasmant, afin que les spectateurs n'aient qu'une envie: revenir au Stade de Genève.
Et puis, pour terminer, un souhait tout à fait chauvin: que Servette joue, nom de bleu! Que Servette joue et gagne!
Comme le rappelle le Bureau du Grand Conseil (pourtant opposé à l'initiative), le texte de l'initiative a été publié dans la Feuille d'Avis Officielle le 13 mars 2000, l'initiative a été déposée le 13 juillet 2000, mais les autorisations de construire le stade et le centre commercial n'ont été délivrées que le 5 octobre, soit près de trois mois après que l'initiative ait abouti. Les promoteurs ont donc délibérément, et consciemment, décidé de commencer les travaux d'un projet contesté en sachant que cette contestation allait être portée devant le peuple.
Il y avait quelque incohérence à nous reprocher à la fois et en vrac d'être des saboteurs, des Neinsagers et des ennemis du sport, et en même temps d'avoir lancé une initiative exprimant une proposition, plutôt que des référendums à répétition n'exprimant que des oppositions (d'autant que ces référendums n'auraient pu être lancés qu'à un moment où les projets n'étaient pas encore élaborés, c'est-à-dire qu'il aurait fallu les lancer sans savoir précisément contre quoi, et où les résultats de l'étude d'impact sur l'environnement n'étaient pas encore connus…). Rappelons d'ailleurs qu'aucune obligation légale ni constitutionnelle n'est imposée à qui que ce soit de lancer des référendums à répétition (et aveuglément) pour avoir le droit de lancer ensuite une initiative. Il arrive qu'en politique aussi, la ligne droite soit le plus court chemin pour aller d'un point (les Charmilles) à un autre (La Praille). La ligne droite, ici, c'était l'initiative populaire.
Nous aurions certes pu lancer un référendum contre la modification des limites de zone : ç'eût été nous opposer à l'implantation d'un stade à La Praille -et nous n'y sommes pas fondamentalement opposés, pour peu que les conditions de sécurité soient réellement prises en compte, que les critères de la politique des transports soient respectés -et que ce stade ait des dimensions raisonnables.
Nous aurions également pu lancer un référendum contre le financement du stade par le canton : ç'eût été nous opposer à ce que la collectivité publique finance ce qu'elle aurait considéré comme un équipement public. Or nous ne sommes pas opposés à un tel financement, pour peu que l'utilité publique de cet équipement soit démontrée, et que les critères de cette utilité soient clairement posés
Bref, nous aurions pu, comme les auteurs du référendum contre le musée d'ethnographie (qui se trouvent être les partisans du Stade), lancer des référendums contre l'emplacement ou le financement du projet, sans oser dire que l'on est opposé au projet lui-même. Nous avons choisi une autre voie : celle qui consiste à user du droit d'initiative pour opposer à un projet que nous jugeons néfaste, un contre-projet dont nous estimions qu'il tenait compte des besoins et des intérêts publics. Sur un point au moins nous rejoignions les opposants au nouveau musée d'ethno : " il est normal que le peuple soit consulté sur un objet aussi important " . Cela valait pour le Musée d'ethnographie, comme pour le stade (et le centre commercial) de la Praille.
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