Algérie : Chronique des media
Mise à jour : 3 janvier 2008
©Pascal Holenweg, Genève, 2008
Lettre ouverte d'Amnesty International aux candidats à l'élection présidentielle en Algérie
Rapports d'Amnesty International
Rapport alternatif de la FIDH sur la situation des droits de l'Homme en Algérie
Le rapport 1999 de la Fédération Internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) sur l'Algérie
Chronique des droits de l'Homme en Algérie
Le massacre de Serkadji
Asile politique et immigration : les parias algériens
Le non-droit d'asile des Algériens en Suisse
Code de la famille ou code de l'infamie ?
Algérie : quelle solidarité ? (la prise de position de la CSSI)
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1997
(AFP 12.3) Reporters sans frontières RSF) a demandé au gouvernement algérien, dans un rapport diffusé le 13 mars et intitulé "la guerre civile à huis clos", de mettre fin à la censure et de diligenter des enquêtes "impartiales" sur les assassinats de journalistes. RSF, qui qualifie le pouvoir algérien d'"Etat libertitide", relève l'"autocensure" pratiquée par la "majorité des titres" de la presse algérienne "sur nombre de sujets, en particulier ceux liés à la répression et aux violations des droits de l'Homme par les forces de l'ordre", ainsi que le fait que "la plupart des journaux" algériens se sont "clairement rangés du côté du pouvoir". RSF dénonce également les "entraves" mises par les autorités algériennes au travail de la presse étrangère, condamne les assassinats de journalistes en s'interrogeant sur leurs véritables auteurs : "pour certains observateurs (...) le pouvoir pourrait être derrière certains assassinats", comme celui de Tahar Djaout et dénonce la censure "arbitraire" et les suspensions d'autorisation de paraître frappant la presse "dès lors qu'elle met en cause le pouvoir ou aborde les questions qui peuvent lui nuire".
(RSF 1.6) Reporters sans Frontières a demandé le 1er juin aux principaux partis politiques algériens de "se prononcer sur un certain nombre de mesures susceptibles de garantir un plus grand respect de la liberté de la presse", dont l'ouverture "d'enquêtes impartiales sur les assassinats de journalistes et les attaques dont est victime la profession". RSF dénonce les textes qui "permettent de censurer tous les sujets mettant en cause la politique du gouvernement" et demande la suppression de l'arrêté ministériel du 7 juin 19094 relatif au "traitement de l'information à caractère sécuritaire". RSF demande également aux partis algériens de se prononcer sur "la suppression du monopole d'Etat sur l'impression de la presse" et d'"oeuvrer auprès du gouvernement" pour une levée des restrictions "arbitraires" à la délivrance des visass aux journalistes étrangers. Enfin, Repoprters sans Frontières demande des nouvelles de plusieurs journalistes, arrêtés, enlevés ou disparus, dont Aziz Bouabdallag, "détenu au secret par les autorités depuis d'un mois", Mohammed Hassaine, correspondant d'"Alger Républicain" enlevé en mars 1994, Kadour Bouselham, correspondant de "Hirozons" disparu depuis le 29 octobre 1994 et de Djamil Fahassi, journaliste de la radio publique enlevé en mai 1995.
(AFP 23.10) Le Parlement européen a attribué le 23 octobre à Strasbourg le Prix Sakharov à Salima Ghezali, directrice de l'hebdomadaire indépendant "La Nation". D'un montant de 15'000 écus, le prix récompense le combat de la journaliste en faveur des droits de l'Homme et de la liberté d'expression en Algérie. "La Nation" ne paraît plus depuis 1996, au prétexte de non règlement de dettes auprès de l'imprimerie d'Etat; le journal avait été auparavant plusieurs fois "suspendu" pour ses prises de position "dialoguistes" et sa dénonciation des violations des droits de l'Homme par le pouvoir algérien. Samila Ghezali avait été désignée en mars 1997 "Rédacteur en chef de l'année" par la World Press Association.
(Reuter 23.10) Reporters sans Frontières (RSF) a accusé le 23 octobre le gouvernement algérien de "faire obstacle au travail des journalistes" et relève que "Libération, le Nouvel Observateur, l'Express, Arte et l'Agence France-presse-Photo n'ont pu obtenir de visas pour couvrir les élections municipales". Quant aux journalistes qui ont pu se rendre sur place, RSF constate qu'ils ont été "sous des prétextes sécuritaires, empêchés de travailler librement". L'organisation considère en outre que la presse algérienne "est totalement muselée", que "les média publics sont au service exclusifs du pouvoir" et que "les journaux privés sont réduits au silence, coincés, d'un côté, entre leurs choix partisans, la censure du pouvoir et les liens -économiques notamment- qui les soumettent aux autorités, et de l'autre côté, les menaces que font peser sur eux les groupes armés".
(AFP 5.11) Le directeur du quotidien privé algérois "El Watan", Omar Bellouchet, a été condamné le 5 novembre à un an de prison ferme et 5000 dinars d'amende pour "outrage à corps constitué et diffamation" pour avoir évoqué (en précisant qu'il ne pouvait pas la prouver)sur des chaînes de télévision françaises la responsabilité possible de "clans du du pouvoir" algérien dans "certains assassinats de journalistes". Omar Bellouchet a immédiatement fait appel de ce jugement et a quitté libre le tribunal, mais a été convoqué peu après au commissariat central d'Alger pour y être interrogé sur un billet paru quelques jours auparavant, qui attaquait vivement le président Zéroual et deux autres hauts responsables pour avoir fait fermer les imprimeries d'Etat (seules disponibles pour la presse algéroise) pendant trois jours, afin d'empêcher la parution des journaux après les manifestations contre la fraude électorale et empêcher du même coup qu'il soit rendu compte du succès de ces manifestations.
(TG 7.11, APS 9.11) Le chroniqueur du quotidien privé algérois "El Watan", "Y Benmiloud" (Y.B.), a été enlevé en pleine rue le 5 novembre par des policiers en civil après s'en être pris dans un billet publié par le journal le matin même au président Zéroual, à son conseiller le général Betchine et au patron des services secrets, Mohammed Bédiène. Dans son billet, Y.B. écrivait notamment : "Habitons nous chez Zeroual, chez Betchine ou chez Tewfik ? (...) Le premier est président de la République à temps partiel. Le second est conseiller du premier. Le troisième est au courant de tout ce que font les deux premiers (...). Tant que vous continuereu à gérer ce pays comme un gâteau, les miettes risquent de vous rester en travers de la gorg e. (...) Soit vous démocratisez, avec un minimum de sérieux. Soit vous verrouillez, avec un maximum de mensonge. Prenez simplement conscience que vous ne pourrez jamais diriger un pays dont les habitants vous vomissent. (...) arrêtez de nous prendre pour des abrutis avec votre RND en plastique, votre Ouyahia en contre-plaqué et votre HHC (le ministre de l'information) en carton". Interrogé par le correspondant à Alger du "Journal de Genève", un journaliste d'"El Watan" confie que "depuis la publication de la chronique d'Y.B., nous sommes dans le collimateur", et attribue la condamnation d'Omar Bellouchet à cette publication. Le 7 novembre, les autorités algéeiennes ont réfuté toute implication des services de sécurité dans la disparition de Y. Benmiloud et dénoncé une "tentative délibérée de manipulation médiatique". Le 8, le chroniqueur a "donné signe de vie" à sa rédaction, qui a pu préciser dans un communiqué qu'il se trouvait "en bonne santé".
(TG, El Khabar 12.11, APS 16.11) Après avoir soutenu les manifestations de l'opposition et du MSP-Hamas contre la fraude électorale, la presse privée algéroise s'est vue privée de la publicité des entreprises d'Etat, qui représente 80 % de ses recettes. Le porte-parole du gouvernement (et ministre de la Communication) Hamraoui Habib Chawki, a démenti le 12 novembre dans les colonnes d'"El Khabar" l'existence d'instructions officielles suprimant la publicité des entreprises publiques à la presse privée "contestataire". Le ministre a reçu le 15 novembre une délégation des éditeurs de la presse privée, qui lui a exprimé ses inquiétudes et ses préoccupations.
1998
(NQ 5.1) Le gouvernement algérien a supprimé le 30 janvier les comités de censure ("comités de lecture") installés jusqu'à présent dans les imprimeries pour contrôler le contenu des journaux avant même leur impression.
(AFP, Reuters 13.1) Salima Ghezali, rédactrice en chef de la Nation, déjà récompensée en décembre 1997 par le Parlement européen par le prix Sakharov des droits de l'Homme, a reçu le 13 janvier à Stockholm le prix Olof Palme "pour le courage montré dans ses reportages impartiaux sur la violence faite au peuple algérien alors qu'elle se trouvait en danger de mort constant".
(AFP 13.2) Le photographe de l'AFP à Alger, Hocine, a été reconnu le 13 février à Amsterdam comme l'auteur de la meilleure photo de 1997 et s'est vu attribuer le Prix "World Press Photo" pour son cliché devenu célèbre d'une femme efgfondrée de douleur après la perte de ses huit enfants lors du massacre de Bentalha. La photo avait prise le 23 septembre à l'extérieur de l'hôpital de Bentalha, juste après le massacre, et a fait le tour du monde. C'est la quatrième distinction que le photographe de l'AFP reçoit pour cette photo, et il a dédié son prix à "tous les journalistes qui ont été assassinée" en Algérie, en particulier le photographe Yacef Madjid.
(Le Monde 3.3) Une étude réalisée en octobre 1997 estime à 33.5 % la proportion des foyers algériens équipés d'une antenne parabolique de réception TV. Le nombre des foyera ainsi équipés augmenterait de 8 % par année. Selon l'institut Abassa, la chaîne la plus regardée par les Algériens resterait la chaîne nationale ENTV, talonnée par la chaîne anglo-saoudienne MBC et par les chaînes françaises TF1, M6 et France 2, mais toutes chaînes confondues, les télévisions françaises seraient aussi fréquemment regardées, voire plus, que la chaîne nationale. La seule chaîne Canal Plus serait par exemple reçue gratuitement par 650'000 foyers algériens disposant de décodeurs illégaux fabriqués en Irlande et assemblés en Tunisie.
(AFP 18.3) L'Association mondiale des journaux (AMJ) a proposé le 18 mars plusieurs mesures au gouvernement algérien pour la défense de la liberté de la presse et la protection des journalistes en Algérie. Le ministre algérien de la Communication et de la culture, Hamraoui Habib Chawki, a reçu une délégation de l'AMJ conduite par son directeur général Timothy Baldinf, qui lui a demandé que les mesures d'urgence touchant à la liberté de la presse soient abolies, que les lois sur la presse garantissent "l'impossibilité d'utiliser des moyens juridiques et extra-juridiques pour harceler et faire pression sur les journalistes, l'impossibilité de détenir, arrêter ou incarcérer des journalistes pour leurs activités professionnelles" et qu'il soit également impossible "de fermer, suspendre ou interdire tout journal pour ses positions éditoriales", ainsi que de restreindre "les déplacements des journalistes algériens et étrangers à l'intérieur d'un pays". L'organisation a demandé que les pouvoirs publics algériens cessent de bloquer les initiatives des éditeurs privés pour obtenir leurs propres moyens de production et d'impression, que soit aboli le monopole d'Etat sur la publicité et que des visas soient octroyés aux journalistes étrangers souhaitant "couvrir" l'Alérie. Le ministre a assuré que la nouvelle loi sur l'information allait "garantir la liberté de la presse" et que les visas seront délivrés plus facilement aux journalistes étrangers.
(AFP 31.3) L'International Crisis Group a rendu public le 31 mars un rapport consacré à la presse algérienne, intitulé "Entre menace, censure et liberté : la presse privée algérienne se bat pour survivre". Selon le président de l'ICG, Alain Destexhe, "ces médias constituent, avec l'Assemblée nationale et la société civile, le meilleur investissement et le plus grand espoir d'une démocratisation de l'Algérie", Le rapport considère que "dans la société algérienne, les journée privés constituent aujourd'hui les seules organisations indépendantes dotées d'une certaine force, d'une relative indépendance et d'une fragile autonomie". Le rapport estime que la presse algérienne est probablement la plus libre du monde arabe, mais que l'état d'urgence, les mesures interdisant la diffusion de l'"information sécuritaire", diverses formes de censure, le monopole étatique du papier, de l'impression et de la publicité limitent et menacent sérieusement cette liberté. L'IGC invite l'Union européenne a exiger la suppression de ces monopoles, dans le cadre des négociations de l'accord d'association avec Alger, et considère que ce point devrait également être discuté dans le cadre des négociations sur l'adhésion de l'Algérie à l'organisation Mondiale du Commerce".
(FFS 31.3) Le Front des Forces Socialistes a décidé de suspendre la publication de son journal "Libre Algérie", qui venait d'être autorité à reparaître après de nombreuses années de suspension par les autorités. La décision du FFS fait suite à la parution d'un article "produit en arabe par un journaliste indépendant et traité de la visite de Bernard-Henri Lévy en Algérie", article que le FFS qualifie de "répugnant d'antisémitisme", de "négation des valeurs humanistes universelles pour lesquelles le FFS se bat depuis 35 ans" et d'"insulte aux luttes menées par le FFS contre toutes les formes de discrimination fondées sur la race, la religion, le sexe ou la couleur de la peau". Le FFS rappelle qu'il avait été le seul parti politique algérien à condamner en leur temps la publication "dans la presse liée au pouvoir" de textes antisémites comme le "Protocole des Sages de Sion" et les "mémoires d'Hitler", et a décidé d'ouvrir une enquête pour savoir "comment un tel article a-t-il pu échapper à la vigilance des responsables de "Libre Algérie", en attendant quoi le parti a décidé de suspendre la publication du journal.
(Courr. 16.4, AFP 2.5) Selon Reporters sans Frontières, 58 journalistes ont été assassinés en Algérie en six ans, "pas tous par des groupes islamistes" a précisé à Genève, à l'occasion de la session annuelle de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU le secrétaire général de RsF, Robert Ménard. Dans son rapport annuel, Reports sans Frontières note que pour la première fois depuis des années, aucun journalistes n'a été assassiné en 1997 en Algérie (où 57 d'entre eux ont été assassinés depuis 1992), mais considère que "la difficulté de faire son métier de façon indépendante est demeurée la même" en Algérie, "pour les journalistes algériens comme pour leurs collègues étrangers, que les autres formes de violation de la liberté de la presse ne se sont pas atténuées et que 93 journalistes étaient emprisonnés en Algérie le 1er avril pour leurs activités professionnelles, soit à peu près le même nombre que l'année précédente.
(TG 5.5) Le prix "Presse et Démocratie" 1998, attribué par le quotidien "La Tribune de Genève" et l'hebdomadaire "L'Hebdo" de Lausanne dans le cadre des "Rencontres Médias Nord-Sud", a été décerné le 5 mai à l'ensemble des journalistes algériens. Le prix, d'un montant de 4000 FS, a été remis à la section algérienne de la Fédération Internationale des Journalistes pour son fonds destiné à l'assistance légale et à l'aide aux familles des journalistes. Il est décerné chaque année à un journal africain qui "s'honore par la défense des droits de l'Homme et par le respect des règles déontologiques de la profession".
(ATS, Corr 17.5, 21.5) Le journaliste algérien Ihsane El Kadi, ancien rédacteur en chef du quotidien algérois "La Tribune", a été arrêté le 13 mai à l'aéroport d'Alger, et gardé à vue pendant 24 heures, alors qu'il s'apprêtait à se rendre à Genève pour participer au symposium "Outils de guerre, outils de paix III - le journalisme, les droits de l'homme et l'aide humanitaire dans les conflits fermés". Le journaliste a été arrêté et gardé à vue pour une accusation non précisée. Présenté au juge le 16 mai, il a été relâché.
(RSF 4.6) La presse algérienne reste sous étroite surveillance et les poursuites contre les professionnels algériens de l'information n'ont pas été levées, a dénoncé le 4 juin Reporters sans Frontières à l'occasion de la tenue à Alger d'"assises" de la coordination des rédactions de plusieurs journaux privés. Contrairement aux promesses faites en mars par le ministre algérien de la Communication, Habib Chawki Hamari, "les journalistes doivent toujours faire face à un arsenal répressif" et les "journaux suspendus ne peuvent toujours pas reprendre leur parution". En outre, "le monopole de l'Etat sur les moyens d'impression n'a toujours pas été levé, ni les poursuites contre plusieurs professionnels de la presse. Les demandes de visas de plusieurs journalistes étrangers sont restées sans suite, la publicité est à 95 % sous contrôle de l'Etat, ainsi que les messageries de presse. Les promesses de distribution de la presse étrangère n'ont enfin pas été suivies d'effets. RSF demande aux autorités algériennes de garantir l'impartialité des enquêtes sur les assassinats de journalistes et de rééxaminer l'avant-projet de loi sur l'information, qui selon l'association "ouvre la voie à bien des dérives".
(AP 15.6, 18.6) "Reporters sans Frontières" (RSF) a adressé le 15 juin au président Zéroual une lettre de protestation contre la condamnation du journaliste Ihsane El Kadi, collaborateur au "Quotidien d'Oran", à quatre mois de prison avec sursis par le Cour d'Alger pour "menaces et insultes" suite à une plainte déposée en 1993 par le directeur du journal gouvernemental "Horizons". Le Parquet avait requis six mois de prison ferme. Le journaliste avait été arrêté à l'aéroport d'Alger le 13 mai 1998, cinq ans après le dépôt de la plainte, alors qu'il s'apprêtait à prendre l'avion pour Genève où il devait participer à un colloque sur la liberté de la presse. Il avait été libéré le lendemain. RSF rappelle au président Zéroual que "son gouvernement s'est récemment engagé à respecter la liberté de la presse et à ne plus poursuivre les journalistes pour leur activité professionnelle", et lui demande d'"user de son influence afin que la peine qui sanctionne Ihsane El Kadi soit levée et que le journaliste puisse exercer librement son travail".
Le 18 juin, RSF est intervenue pour défendre un autre journaliste, Touhami Madjouri, travaillant pour le quotidien privé arabophone "El Alam Essiassi", arrêté le 16 juin à l'aéroport d'Alger alors qu'il allait récupérer un colis de livres venant de Jordanie. Le journaliste a été ensuite "conduit dans un lieu inconnu". Le commissariat central d'Alger a confirmé son arrestation et indiqué qu'il se trouvait dans un commissariat algérois, sans préciser lequel. En outre, RSF demande l'ouverture d'une enquête sur les circonstances de la disparition, le 12 avril 1997, d'un autre journaliste, travaillant également pour "El Alam Essiassi". Arrêté par quatre hommes en uniformes de policiers, il aurait ensuite été "conduit vers la caserbe de la Sécurité militaire de Châteauneuf à Alger, où il aurait été interrogé sous la torture. Il serait décédé des suites de ces tortures".
(AP 16.7) Les journalistes et éditeurs de la presse indépendante algéroise ont observé une grève d'une journée le 16 juillet en signe de solidarité avec douze de leurs confrères, qui suivent depuis une semaine une grève de la faim pour protester contre l'expulsion de 200 journalistes habitant l'hôtel "sécurisé" du Mazafran, à Zeralda, pour un relogement dans d'autres hôtels plus éloignés d'Alger (notamment à Tipasa) afin de laisser place à la rénovation de l'hôtel pour le sommet de l'OUA prévu en juin 1999. Une centaine de journalistes ont participé le 14 juillet à un rassemblement de deux heures devant le siège du gouvernement. Le ministre de la Communication Hamraoui Habib Chawki a appelé le 15 juillet les grévistes de la faim à "faire preuve de sagesse" et a donné aux journalistes un délai supplémentaire de 10 jours pour quitter leur hôtel.
(AFP 18.7) Le photographe Hocine, du bureau de l'Agence France-Presse à Alger, auteur d'une photo primée comme le meilleur cliché de l'année 1997 par le "World Press" (la photo montrait une femme effondrée de douleur après le massacre de ses proches à Bentalha le 23 septembre 1997) a été inculpé le 18 juillet à Alger sous l'accusation de diffamation et sur plainte de la femme figurant sur le cliché, pour avoir diffusé son image accompagnée d'une légende. Cette photo avait fait le tour du monde et était devenue l'illustration même de la détresse des civils face aux massacres en Algérie. Le chef du bureau de l'AFP à Alger, Alain Bommenel, et le directeur de l'information de l'AFP, Yvan Chemla, sont également poursuivis.
(AP 24.7) Les journalistes qui protestaient contre la décision des autorités de les transférer de l'hôtel "sécurisé" du Mazafran, dans la périphérie d'Alger, vers d'autres établissements plus éloignés de la capitale (notamment à Tipaza) ont obtenu satisfaction, a annoncé le 24 juillet le Syndicat national des journalistes (SNJ). Quatre journalistes faisaient la faim depuis 21 jours pour obtenir gain de cause.
(AFP 10.9) Le gouvernement algérien a adopté le 9 septembre l'avant-projet du nouveau code de l'information, destiné à remplacer celui que les journalistes avaient qualifié de "code pénal bis" tant il était restrictif à l'égard de la liberté de la presse. Le nouveau code autorisera, s'il est adopté par les deux Chambres du Parlement (auquel il devrait être soumis lors de la prochaine session), la création de télévisions et de radios privées. Selon le porte-parole du gouvernement Habib Chawki Hamraoui, le nouveau code devrait "conduire au désengagement des pouvoirs publics des missions de régulation et de contrôle du secteur", missions qui devrait dorénavant être assurées par un "Conseil supérieur de la communication", afin d'"asseoir définitivement en Algérie la liberté d'expression et d'information". Soumis à la discussion et à l'avis des professionnels de la presse, le projet a été critiqué par plusieurs journalistes, qui ont estimé qu'il restait très "coercitif", notamment en se contentant de remplacer les peines de prison prévues dans l'ancien code pour des "délits de presse" par de très lourdes amendes, tout aussi dissuasives -et potentiellement plus dangereuses pour la survie matérielle des journaux privés.
(APS 26.9) Un décret législatif du gouvernement a levé le monopole détenu sur l'exploitation des services internet par l'organisme officiel CERIST, et a ouvert à des entreprises privées de droit algérien la possibilité d'obtenir une licence de provider auprès des telecoms. Les providers seront tenus d'assumer la responsabilité du contenu des pages et des serveurs de données qu'ils hébergent et d'empêcher l'accès à des informations "contraires à l'ordre public ou à la morale". Une commission sera chargée de se prononcer sur les demandes d'exploitation et de formuler des recommandations sur le développement et la sécurité des services internet. Elle est composée de représentants des ministères de la Défense, de l'Intérieur, des Affaires étrangères, de la Communication et de la culture, de l'Enseignement supérieur et du Commerce.
(Le Monde 9.10) L'hebdomadaire d'opposition "La Nation" devrait reparaître le 11 octobre après une interruption de près de deux ans, avec une maquette légèrement modernisée, sur 24 pages, et avec une ligne éditoriale inchangée : "Défense de la démocratie et des droits de l'Homme, appel au dialogue politique, avec toutes les bonnes volontés, sans exclusive". Salima Ghezali revient à la direction de l'hebdomadaire, épaulée par Abed Charef et une rédaction d'une dizaine de journalistes. "La Nation" sera vendue 20 dinars en Algérie, 10 francs en France. Le journal avait cessé de paraître en décembre 1996 à la suite d'un conflit avec l'imprimerie d'Etat qui le "tirait", et qui réclamait le paiement de factures impayées, alors même que, selon le directeur de publication de l'hebdomadaire, Omar Attia, "plusieurs autres journaux avaient des dettes bien supérieures" et n'était pas inquiétés. En même temps que "La Nation" va reparaître "El Houria", hebdomadaire en arabe, membre du même groupe éditorial et défendant la même ligne politique. "La Nation" sera tirée à 35'000 exemplaires, et "El Houria" à 25'000.
(AP 22.12) Selon le rapport publié le 22 décembre par la Fédération internationale des journaliste, aucun journaliste n'aurait été assassiné en Algérie en 1998, pour la première fois depuis des années. En 1996 et en 1997, 47 journalistes avaient été assassinés en Algérie.
1999
(El Watan 17.1) L'International Crisis Group vient d'éditer un rapport disponible sur Internet, un document intitulé, «Algérie: la crise de la presse depuis octobre 1998 jusqu'à la fin de la même année». Le document relate en première partie la crise qu'à vécue au mois d'octobre passé la presse privée avec les autorités algériennes. A l'origine de la crise, la publication pendant l'été 1998, d'une série d'articles prenant ouvertement pour cible le général Mohamed Betchine, ministre-conseiller du président de la République, et Mohamed Adami, ministre de la Justice. Le document souligne que la presse privée en Algérie reste, en dépit de toutes les difficultés et vicissitudes, la plus combative et la plus libre du monde arabe. Malgré les menaces qui pèsent sur elle depuis sa création, elle a survécu à la volonté des intégristes islamistes de l'anéantir. Elle a également résisté aux multiples et diverses pressions du pouvoir. Le document estime que la liberté de la presse, vantée par le gouvernement algérien, apparaît précaire à l'épreuve des réalités. Les procédés autoritaires (suspensions administratives, descente de policiers dans les rédactions, emprisonnement de journalistes) utilisés précédemment ont cédé la place à des méthodes plus "discrètes" mais tout aussi efficaces. Désormais, note le document, le travail de censure est assuré par les imprimeries d'Etat qui se retranchent derrière l'argument commercial. Quoi qu'il en soit, la récente crise, souligne le document, pose à nouveau la question des monopoles (monopole sur l'impression, de la publicité, du papier). En les maintenant dans un état de dépendance économique, le gouvernement garde le contrôle des instruments de pression pour tenter de museler les journaux. Le combat des journaux privés, conclut le document, doit être reconnu et soutenu car il contribue à élargir les espaces de liberté.
(Le Matin 29.3) L'association de défense de la liberté de la presse "Commitee to Protect Journalists" (Comité de défense des journalistes, CPJ) estime dans une annexe à son rapport annuel mondial que les conditions de travail des journalistes en Algérie ont connu récemment une amélioration notable, mais que le climat de violence qui prévaut depuis 1992 a créé une "mentalité d'assiégé" et que les journalistes qui ont "choisi de rester dans le pays (y travaillent) comme en état de siège". Le texte dénonce "la censure, la suspension de journaux et les poursuites judiciaires contre les journalistes" et souligne que l'"héritage de (la) période de cauchemar" débutant en 1993 "est une presse dont les effectifs ont été décimés et qui a dû chercher la protection de l'Etat". "Les journalistes qui ont cherché à emprunter un chemin plus indépendant ont subi les foudres du gouvernement et fait face à une série de mesures de rétorsion judiciaires et extra-judiciaires", déplore le CPJ, qui constate que "l'Etat continue à utiliser des méthodes subtiles pour décourager les enquêtes sur des sujets sensibles" et que "la pratique de l'autocensure (...) est largement répandue".
(Corr 14.4) La chaîne de télévision internationale francophone TV5, qui devait rediffuser mardi 13 et mercredi 14 un reportage de la télévision suisse romande sur le massacre de Bentalha, l'a déprogrammé au dernier moment. Ce reportage, qui mettait en cause les forces de sécurité algériennes, devait être diffusé la veille de l'élection présidentielle et alors que se tient à Genève la 55ème session de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU.
(Corr 6.5) Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a lancé le 6 mai un appel au gouvernement algérien pour qu'il enquête sur la disparition de deux journalistes algériens, Djamel Eddine Fahassi (travaillant à la Chaine III de Radio Alger et collaborateur de plusieurs journaux) et Aziz Bouabdallah (travaillant pour "Al-Alam al Siyassi"), enlevés respectivement le 6 mai 1995 et le 12 avril 1997 par des hommes appartenant vraisemblablement aux services de sécurité. Djamel Eddine Fahassi avait déjà été arrêté deux fois avant son enlèvement, et Azit Bouabdallah aurait, selon le CPJ, aurait été emprisonné et torturé. Le CPJ a adressé une lettre au président Bouteflika et lui demande "de prouver son engagement envers la liberté de la presse et de déterminer ce qui est arrivé à ces deux journalistes afin qu'ils soient rendus à leurs familles".
(El Watan 13.5) Le quotidien "Demain l'Algérie", propriété du groupe Cirta-Com contrôlé par le général Betchine, a été suspendu de tirage à partir du 13 mai à la suite d'un "litige commercial" selon la société d'impression d'Alger, qui fait état de dettes du quotidien pour plus de 25 millions de dinars (2,5 mios FF, 600'000 FS. Le quotidien dénonce quant à lui une décision "arbitraire" motivée par la ligne éditoriale du journal, "qui n'a pas, loin de là, les faveurs de certains décideurs" selon le directeur de la publication de "Demain l'Algérie", Amar Belhimer.
(AP 17.5) Le ministre de la Communication Abdelaziz Rahabi a déclaré le 17 mai que l'aide gouvernementale "indirecte" à la presse publique et privée pour 1999 se monte à 20 milliards de dinars, soit 2 mias de FF (500 mios FS). Cette aide est selon le ministre constituée notamment par la gratuité de l'abonnement à l'agence officielle de presse, la prise en charge des frais d'impression pour les titres dont le tirage est inférieur à 25'000 exemplaires, la diffusion de la presse dans le sud saharien et le paiement des loyers des logements "sécurisés" occupés par les journalistes menacés.
(CPJ 6.5) Le Comité pour la protection des journalistes a appelé le 6 mai le gouvernement algérien à retrouver et à assurer la sécurité de deux journalistes "disparus" et vraisemblablement enlevés par les services de sécurité, respectivement en 1995 et 1997, Djamel Eddine Fahassi et Aziz Bouabdallah. Dans une lettre au président Bouteflika, l'organisation lui demande de "mobiliser toutes les ressources" dont il dispose pour retrouver les deux journalistes, assurer leur sécurité et traduire leurs ravisseurs en justice après une enquête indépendante et impartiale sur les circonstances de ces "disparitions".
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(El Watan 27.5) Le directeur du quotidien "El Watan", Omar Belhouchet, et la journaliste Salima Tlemçani ont été condamnés le 19 mai à respectivement 1500 dinars d'amente et deux mois de prison avec sursis, en sus de 500'000 dinars de dommages-intérêts (50'00 FF, 12'500 FS) au terme d'un procès les opposant au directeur et au médecin chef du service de cirurgie cardio-.vasculaire d'une clinique dans laquelle selon le quotidien plus de cinquante patients avaient succombé lors d'opérations chirurgicales -ce qui n'était pas contesté par la clinique, laquelle contestait cependant -ainsi que le médecin- en être responsable.
(El Watan 13.6) "Je doute que nous ayions une presse libre. Nous avons une presse plutôt encline à la diffamation et à l'outrage qu'à la liberté d'opinion", a déclaré le président Bouteflika le 12 juin, après avoir raccompagné son homologue égyptien Hosni Moubarak à l'aéroport.
(El Watan 15.6) L'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (UIJPLF) et l'agence intergouvernementale de la francophonie ont décerné à la presse algérienne le prix de la liberté de la presse.
(El Watan 26.6, APS 27.6) L'Assemblée nationale a adopté le 22 juin une loi sur la publicité destinée selon le ministre de la Communication Abdelaziz Rahabi à "consacrer les bases de la liberté d'expression". La loi abroge le monopole de l' agence nationale d'édition et de publicité (ANEP, publique), fixe l'espace publicitaire au tiers de la surface globale des journaux, autorise la publicité partisane et politique hors campagne. Cependant, la majorité parlementaire (RND-FLN-MSP) de l'Assemblée populaire nationale a commémoré à sa manière l'assassinat, il y a un an, de Matoub Lounès en excluant l'utilisation de la langue berbère dans la publicité, en application caricaturale de la loi sur l'arabisation.
(APS 27.6) Selon le ministère de la Communication et de la culture, une cinquantaine de nouveaux titres régionaux ou nationaux sont apparus dans la presse algérienne depuis le début de 1999, en même temps que plusieurs journaux disparaissaient. Une centaine de titres seraient proposés en Algérie, dont 30 quotidiens nationaux et régionaux. Le tirage national de tous les titres réunis est estimé à un million d'exemplaires, soit moins que les six titres nationaux paraissant au début des années '80. Le principal titre de la presse algérienne est "El Khabar" (paraissant en arabe), avec un tirage de plus de 200'000 exemplaires, suivi de "Liberté" (paraissant en français), avec un tirage de 140'000 exemplaires. Les titres arabophones dominent dans l'est, les titres francophones dans l'ouest, les deux langues s'équilibrant au centre.
(El Watan 28.6) Selon une étude de BVA, portant sur les habitudes d'utilisation des media maghrébins par les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs maghrébins d'Ile de France, ceux-ci citent d'abord spontanément la chaîne reçue en France et émanant de leur pays d'origine, soit RTM pour les Marocains, Algerian TV pour les Algériens et TV7 pour les Tunisiens. La chaîne maghrébine la plus regardée par la Maghrébins de la région parisienne est Algerian TV et le quotidien le plus lu est "El Watan", lu par 31 % des Algériens de l'Ile de France ("Liberté" par 25 %, "El Khabar" par 10 %). Les Marocains d'Ile de France lisent quand à eux plus souvent (21 %) des quotidiens algériens que Mdes quotidiens marocains (12 %).
(APS 7.8) Un nouvel hebdomadaire vient de voir le jour à Batna, à l'initiative de trois jeunes journalistes : "Erraya", en arabe, qui se veut "un espace sans couleur partisans ni obédience pour aucun courant". "Erraya" est tiré à 8000 exemplaires.
(AP 16.8) Six fournisseurs d'accès à l'Internet (cinq privés, dont GECOS, et un public, TDA) ont reçu le 16 août leur licences d'exploitation au ministère des Postes et télécommunications. Les licences ont été délibrées par une commission où siégeaient des représentants des ministères de la Défense, des Affaires étrangères, des Finances, de l'Intérieur, des Postes et télécommunications, de la Communication et de la culture, de l'Enseignement et de le racherche et du Commerce. Ces fournisseurs disposent d'un an pour commencer leur activité. Une vingtaine de sociétés s'étaient portées candidates à l'obtention d'une licence. Jusqu'à aujourd'hui, le CERIST (Centre d'études et de recherche sur l'information scientifique et technique), organisme public, détenait le monopole de l'accès à l'Internet, avec 5000 abonnés, en majorité des institutions et des sociétés. Toutefois, une vingtaine de milliers d'internautes algériens contournaient ce monopole en souscrivant des abonnements auprès de fournisseurs étrangers.
(Le Progrès 11.9, El Watan 14.9) Dans un entretien au quotidien français "Le Progrès" (Lyon), le président Bouteflika s'en est pris à la presse (algérienne et étrangère), tout en affirmant que la "liberté d'expression" lui interdisait "de porter un jugement de valeur sur l'opinion de telle ou telle presse, fût-elle algérienne". Abdelaziz Bouteflika a fait allusion, sans la nommer, à une "amie journaliste qui va spécialement chercher les poux dans la tête du peuple algérien" sous prétexte de "respecter la ligne éditoriale de son journal".
(AP 21.11) Le directeur général de la télévision publique (ENTV), Abdelkader Leulmi, et le ministre par interim de la Communication et de la Culture, Tedjini Salouendji, ont été démis de leurs fonctions, a annoncé le 20 novembre la présidence algérienne, dans un communiqué rendu public quelques heures après le retour du président Bouteflika du Forum de Monaco. Sans donner les raisons de ce double limogeage, le communiqué annonce que la direction générale par intérim de la télévision a été confiée à Abdelmadjid Chikhi, et que le ministre limogé conserve son portefeuille de secrétaire d'Etat à la communauté algérienne de l'étranger.
(Reuters 2.12) Le président Bouteflika a nommé le 2 décembre l'ancien ministre de l'Information Hamraoui Habib Chawki à la tête de la télévision publique ENTV, en remplacement d'Abdelkader Almi, limogé fin novembre. Le ministre par intérim de la Communication, Tedjini Salaoundji, avaii également été révoqué en novembre (comme avant lui son prédécesseur, Abdelaziz Rahabi) et remplacé à titre provisoire par Habba Okbi.
(Transparency 16.12) "Transparency International" (TI), ONG de lutte contre la corruption, dénonce le 16 décembre la suspension par "El Watan" d'un de ses journalistes, Djilali Hadjadj, sous pression des actionnaires du journal lui reprochant d'avoir publié un ouvrage sur la corruption en Algérie (voir biblio) .
De la presse bâillonée à la presse schizophrène
(propos recueillis par Bernard Debord)
- On attendait la reparution de La Nation en novembre dernier. Six mois plus tard, on attend toujours. Pourquoi ?
Oui, on espérait se trouver dans les kiosques en novembre, mais je crois que, malheureusement La Nation sera le dernier journal à ressortir. Parce qu'il gêne. Certes, 17 nouveaux titres - la plupart en langue arabe - ont pu se créer lors des quatre dernières années, mais cette floraison de titres n'est qu'une apparence. L'obstination des autorités à empêcher notre journal de sortir en est la preuve. Le pire, ce sont les méthodes : lors des deux dernières années de parution, c'était clair, La Nation a été censurée à neuf reprises, des hommes en armes investissaient l'imprimerie pour arracher les pages. Mais maintenant, nous nous heurtons au refus pur et simple de l'imprimerie d'Etat de nous imprimer sous prétexte d'une dette que nous pouvons et voulons rembourser, ce que l'on nous refuse. On essaye de nous mettre à genoux financièrement. Pour sortir en novembre, il a fallu assurer trois mois de salaire pour trente personnes. En pure perte. Alors que tout s'est réglé sans problème l'été dernier pour les quatre grands journaux qui avaient été empêchés de paraître pour cause de dette. Dans leur cas, ce sont des envoyés du pouvoir qui sont venus remettre le chèque qui les sauvait.
- Cependant, l'étau ne s'est il pas desserré sur l'information ?
Il est illusoire d'employer le mot "information" pour qualifier ce qui est publié dans la presse algérienne aujourd'hui. En fait, l'Algérie propose le modèle le plus achevé qui soit de désinformation. Je ne pense même pas, en m'exprimant ainsi, aux médias audiovisuels, radio et télévision, sur lesquels pèse un monopole d'Etat quasi-absolu. Là, on en est au même point qu'à l'époque du parti unique. Quand je dis modèle le plus achevé de désinformation, je parle d'une presse plurielle, avec une grande diversité de titres et d'obédiences. Oh ! il est certes possible d'y lire des attaques contre un membre du gouvernement, d'y trouver de l'insolence et même une certaine liberté de ton, mais cette presse plurielle a appris à ne jamais dépasser les lignes rouges fixées par le régime : pas question de mettre en cause la légitimité du coup d'Etat de février 1992, impossible de sortir du discours officiel à propos de la Commission d'enquête internationale ou de la réunion à Rome des partis de l'opposition. Ces lignes rouges résultent de tout un arsenal juridique qui balise parfaitement la circulation de l'information : un Code de l'information datant de 1990, les dispositions de l'état d'urgence depuis 1992, une circulaire ministérielle de 1994 sur l'information sécuritaire. Les journalistes et patrons de presse les connaissent bien, et, de ce fait, la censure n'intervient qu'en dernière instance. La subtilité de la désinformation d'Etat est qu'elle a instauré l'autocensure de la presse privée comme une sorte de dogme incontournable. Et au-delà des dispositions juridiques, les journalistes savent qu'une soixantaine d'entre eux a été assassinée durant la décennie 1990.
- Ce n'est tout de même plus la presse d'antan, celle du parti unique ?
N'oubliez pas que la plupart des journaux contestataires ont disparu lors du coup d'Etat de 1992. Et qu'à l'exception de quelques mois en 1991-92 où la parole a pu se libérer, il n'existe aucune tradition de liberté de la presse en Algérie. Après des décennies de parti unique, c'est désormais l'état de guerre. En état de guerre, on n'apprend pas à informer. De toute façon, comment pourrait-il exister une presse libre dans un pays sans Etat de droit ? Il est impossible de demander à la presse d'accomplir ce que les institutions ou la société civile sont incapables de faire. En fait, nous avons une presse normale dans ce contexte : elle est une institution comme les autres. Et puis, il est incontestable que la plupart des patrons de presse sont soit des auxiliaires, soit des otages du pouvoir. D'une part, presque tous sont issus de la presse du parti unique, d'autre part, le gouvernement les ficelle totalement au plan économique par les aides à la presse privée décidées en 1996 : trois années de salaires assurées, des locaux appartenant à l'Etat, une imprimerie d'Etat. Un exemple ? L'UNESCO avait projeté de financer une imprimerie, une façon de desserrer l'étau du monopole. Que croyez-vous qu'il arriva ? Les autorités hurlèrent à l'ingérence extérieure, et avec elles une partie de la presse. Les autres journaux n'en ont pas parlé.
- Il n'y a donc eu aucun changement ?
Si, depuis 1998 on est passé d'une presse bâillonnée à une presse schizophrène. Avant, on attribuait toute la violence aux islamistes. Aujourd'hui la presse peut traiter des attentats commis par les milices armées gouvernementales et les agents de l'autorité, mais sans enquête ni suivi, ni accès aux sources, ni analyse, ni possibilité de faire état de toute information sécuritaire non communiquée par le ministère de l'Intérieur. Et comment écrire librement lorsque vous êtes obligé de respecter le "bréviaire", un listing de mots comme "barbare" ou "terroriste" à reprendre obligatoirement lorsque ce sont ceux du communiqué officiel. La seule issue pour le journaliste qui veut prendre le risque d'informer, c'est d'essayer de faire passer une information où l'on peut lire la vérité entre des lignes mensongères. Mais bien peu l'osent !
- Dans ce contexte, où est l'espoir ?
Il est dans le fait que, même si la désinformation rend dingue, si vous restez lucides, à force de recoupements vous arrivez à vous frayer un chemin vers la vérité. Et puis, à Alger, vous pouvez écouter une petite radio locale animée par les jeunes rapeurs qui sont d'une insolence inouïe. L'espoir, d'une certaine manière, est peut-être dans le rap.
2000
(El Watan 16.1) La situation du quotidien "Al Alam Essiyassi" est "inextricable", rapporte "El Watan" : le personnel du journal est sans salaire depuis octobre 1999, les actionnaires sont en conflit, le compte bancaire du journal saisi et la société d'impression d'Alger (impral) a suspendu le tirage du quotidien le 9 jan vier, pour des raisons "politiques" selon le gérant du journal, M. Maïz, commerciales selon son prédécesseur, M. Salhi.
(AFP 17.1) Une série télévisée algérienne, diffusée pendant le ramadan sur la télévision publique, et qui a remporté un grand succès, a aussi soulevé une vive polémique en raison de scènes jugées "immorales" et "impudiques". La série racontait l'histoire de Chafika, jeune femme d'origine modeste, tombant amoureuse de Salim, issu d'une famille riche, puis sombrant dans la drogue et la prostitution. L'histoire se situant à Oran, des habitants de la ville ont reproché au film d'en donner une image négative , et des députés ont demandé l'interdiction de la série. Des milieux islamistes ont dénoncé un "appel à la débauche" et un "comportement indécent et inacceptable" dans des scènes où l'héroïne s'enfuit de chez elle pour suivre son amoureux et le rencontre en tête-à-tête. Mais la série a aussi suscité un engouement sans précédent auprès des femmes et des jeunes filles, s'identifiant à Chafika et comme elle considérées comme des mineures subissant le diktat des hommes de la famille, quel que soit leur âge. Le film est d'ailleurs tiré de faits réels. Sa réalisatrice, Djamila Arras, en a promis une suite.
(Libre Algérie 17.1) L'usage de l'internet se développe progressivement en Algérie, tout en restant le fait d'une petite minorité de la population -mais lui permettant de "contourner" à la fois les media officiels et les media privés, pour obtenir et diffuser de l'information plus librement : 400 sites web, installés en Algérie ou à l'étranger, traitent de l'Algérie sous un aspect ou un autre. Les difficultés sont cependant encore fort nombreuses, comme le reconnaît le directeur général du CERIST (Centre de recherche sur l'information scientifique et technique), le premier et le principal fournisseur d'accès algérien (deux autres fournisseurs ont été aggrés en 1999 et sont opérationnels, GECOS -qui passe par le CERIST- et EPAD -qui passe par l'étranger) : la connexion est tributaire du nombre de lignes téléphoniques dont dispose le provider, or le CERIST ne dispose que de 300 lignes et ne peut donc permettre que la connexion de 300 utilisateurs en même temps, soit, selon M. Benhamadi, environ 7200 par jour. Le matériel nécessaire à la connexion au réseau n'est en outre à la portée que d'une toute petite minorité (il faut compter environ 70'000 dinars -7000 FF, 1750 FS_ pour disposer à la fois d'une ligne téléphonique, d'un modem, d'un ordinateur, et de l'abonnement au provider). A quoi s'ajoute le prix de la communication (au minimum 1,3 da pour six minutes). Des cybercafés (publics ou privés) proposent des heures de connexion à 100 ou 150 dinars (10/15 FF, 2,50/4 FS). Au bout du compte, l'internet n'est accessible qu'à une faible minorité d'Algériens, dans les grandes villes. Son développement passe notamment, selon le directeur du CERIST par la mise en place, en projet, d'un réseau national par le ministère de l'Education nationale, reliant d'abord les lycées, puis les écoles primaires. Le gouvernorat du Grand Alger a déjà conmnecté 101 lycées. Le directeur du CERIST estime qu'il faudrait "plusieurs milliers de sites" traitant de l'Algérie pour pouvoir affirmer que celle-ci est présente sur internet, et considère ce développement comme "un important moyen de création d'emplois". A défaut, c'est déjà un important moyen de s'informer et d'informer pour les privilégiés qui y ont accès : les principaux journaux algériens ont développé leurs sites internet (de qualité variable), les journaux arabes de Londres suivent l'actualité algérienne et les principaux acteurs politiques de la scène algérienne se sont également installés sur le réseau.
(Reuters 26.1) Le ministre de la Communication, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé le démantèlement du monopole d'Etat sur l'imprimerie de presse, ce qui devrait permettre aux journaux indépendants de créer leurs propres imprimeries et leurs propres réseaux de distribution. Le ministre a également annoncé la révision de l'ensemble de la loi sur la presse. Les principaux directeurs de journaux ont réagi favorablement à l'intention gouvernementale. L'imprimerie de presse est actuellement assurée par quatre entreprises d'Etat, les sociétés d'impression d'Alger (SIA), de l'est (SIE) et de l'ouest (SIO) et l'imprimerie du Moudjahid. Plusieurs publications avaient du interrompre leur parution après que les imprimeries d'Etat, probablement sur pression des autorités politiques, aient exigé le paiement d'arriérés avant d'accepter de nouveaux travaux. On peut cependant douter de la capacité de l'ensemble de la presse indépendante d'assumer la charge financière de la mise en place et du fonctionnement, dans la durée, d'imprimeries propres, alors qu'elles n'ont pour la plupart d'entre elles pas les ressources nécessaires. Les principaux journaux indépendants ont cependant tous élaboré des projets d'imprimeries privées, voire d'une imprimerie commune à plusieurs d'entre eux.
(Le Matin, El Watan 31.1) Selon le bilan établi par le centre algérois de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), publié dans son rapport 1999 sur la situation des media et de la liberté de la presse en Algérie, une centaine de travailleurs des media et de journalistes algériens ont été assassinée du 26 mai 1993 au 31 août 1997. Le rapport note, sur un autre registre, que "le paysage médiatique algérien a connu une véritable explosion au cours de ces derniers mois, portant le nombre de quotidiens à près d'une quarantaine" et le nombre de publications à environ 250 (dont 36 quotidiens, pour un tirage global de 1,2 million d'exemplaires) ce qui n'est d'ailleurs pas sans poser des problèmes, les possibilités d'impression n'ayant pas suivi.
(Liberté, El Watan 30.1, 31.1, Le Matin 2.2) Le syndicat national algérien des journalistes (SNJ) a dénoncé le 29 janvier le licenciement "illégal, abusif et expéditif" de trois journalistes du Quotidien d'Oran et a demandé à la direction du journal de "reconsidérer sa décision" et de "dénouer un conflit qui risque d'envenimer la situation". Le syndicat attribue le licenciement à la volonté de la direction de "frapper à la base le travail entrepris par les trois journalistes concernés pour régler les problèmes socioprofessionnels de l'ensemble des travailleurs". Les trois journalistes sont membres fondateurs du SNJ, et l'une d'entre elles est membre de son Conseil national. Dix journalistes du quotidien "El Youm" ont démissionné, collectivement, le 25 janvier pour protester contre la tentative d'"imposer une nouvelle ligne au journal et fermer la société". Le directeur du journal, Allaoui Nacer-Eddine, s'est contenté de saluer cette démission par un "bon débarras" adressé à sept des démissionnaires, qu'il accuse d'avoir voulu créer un "clan dans le journal". Le matériel de la rédaction du quotidien "El Biled" a été saisi le 1er février par la police, à la suite, selon "Le Matin", d'un conflit entre les actionnaires du journal. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) prévoit de lancer une série d'actions contre "les dépassements et les dérives de plus en plus courantes constatées dans la presse, notamment écrite". Plusieurs journaux ont en effet cessé de paraître : El Aalem Essyassi, El Djazaïr El Youm, Akhbar El Assima, 24 Heures, Le Chroniqueur. Quant aux media audiovisuels, la Fédération internationale des journalistes s'attend, dans son rapport 1999, "à ce que le contrôle par le gouvernements des moyens audiovisuels, encore exclusivement publics, s'accentue". Le centre d'Alger de la FIJ demande la réinstauration du Conseil supérieur de l'information, dissous après l'entrée en vigueur de l'état d'urgence.
(APS 2.2) Le ministre de la Communication et de la culture Abdelmadjid Tebboune a procédé le 2 février à l'installation officielle dans ses fonctions du nouveau directeur général de l'agence Algérie Presse Service (APS, officielle), Nacer Mehal, qui remplace à ce poste Laïd Bici.
(Le Matin, El Watan 5.2) Une convention a été signée le 2 février à Paris entre le Conseil supérieur français de l'audiovisuel (CSA) et la télévision algérienne (ENTV) pour la diffusion sur le câble français de "Canal Algérie", qui reprend pour une diffusion internationale les programmes des chaînes publiques diffusées en Algérie. "Canal Algérie" était déjà diffusée par satellite (Eutelsat), mais sa diffusion par le réseau câblé permettra, selon son directeur Hamraoui Habib Chawki (ancien ministre de la Communication) à la communauté algérienne ou d'origine algérienne en France d'y avoir un accès plus large et pèlus facile. L'ENTV est déjà en négociation avec plusieurs distributeurs, notamment la "Lyonnaise des Eaux" Par ailleurs, après la commercialisation en Algérie des magazines étrangers, la presse quotidienne française devrait être disponible dans les kiosques algériens dès fin mars. Elle avait été interdte d'entrée en 1996 (à l'exception de l'"Equipe") au motif d'un "vide juridique", qui serait donc en passe d'êtr comblé. "El Watan" annonce que "des experts sont en train d'élaborer des textes juridiques (...) depuis six mois". Cependant, les importateurs de publications françaises ne disposent pas de circuit de distribution fiables, et les prix à l'étranger des journaux français restent prohibitifs pour le marché algérien ("L'Equipe coûte 80 dinars, France Football 100 dinars), d'où une forte proportion d'invendus, et ces prix devraient donc être baissés. Deux diffuseurs algériens (l'ADP et MPI) travaillent avec les NMPP françaises, qui exportent les publications françaises, mais selon les NMPP, aucune négociation ne serait en cours pour la diffusion en Algérie de quotidiens français. Des responsables des NMPP françaises ont toutefois effectué plusieurs missions de travail en Algérie.
(El Watan 6.2) Un nouveau mensuel indépendant, "L'Espace d'Algérie", vient de paraître. Il se veut notamment ouvert sur les technologies récentes de la communication.
(El Watan 6.2) Le général Mohammed Betchine, ancien Conseiller de l'ancien président Zéroual, a été condamné le 5 février à 1500 dinars d'amende et 10'000 de domages et intérêts à la suite de la publication par lui d'articles jugés diffamatoires par le propriétaire d'une entreprise (CERIC), Mohamed Benboualia, que le général accusait d'être impliqué dans divers trafics.
(Le Matin 9.2) Dans un entretien accordé le 7 février à France-Culture, Abdelaziz Bouteflika a exclut toute création de chaînes de télévision ou de radio privées tant que l'état d'urgence est en vigueur, et a affirmé vouloir "contrôler la machine". Le président a durement critiqué par ailleurs la presse écrite, l'accusant de "jetter beaucoup d'huile sur le feu tous les jours", et avouant considérer les journalistes comme des "thabayet el hammam" (bavards de hammams).
(Liberté 14.2) Six journalistes d'"El Watan" qui avaient été condamnés en 1993 à plusieurs mois de prison avec sursis pour "divulgation d'information militaire" après avoir rapporté l'assassinat de cinq gendarmes, ont été relaxé en appel le 13 février.
(El Watan 17.2) Un contrat vient d'être signé entre la société algérienne "Mosaïc Network" et le groupe français Canal Plus Horizons pour la distribution en Algérie des programmes de la chaîne satellitaire française et d'une douzaine d'autres chaînes thématiques. La réception satellitaire de ces chaînes devrait être opérationnelle en Algérie dès le mois de mars. Sa distribution s'effectuera par abonnements, à un prix qui, selon la chaîne française, devrait être abordable pour les téléspectateurs algériens.
(Le Matin 17.2) Dans un entretien accordé à "La Lettre culture-décideurs", le président Bouteflika, tout en reconnaissant qu'une seule chaîne de télévision ne peut suffire à répondre à la demande des téléspectateurs algériens, repousse toute création d'une seconde chaîne publique, notamment pour des raisons financières. Abdelaziz Bouteflika annonce en outre que l'Etat va progressivement "lever les carcans juridico-bureaucratiques" sur l'information.
(El Watan 17.2) Le quotidien de langue arabe "El Aalem Essayassi" est toujours suspendu d'impression, depuis deux mois, par son imprimerie. Les journalistes du quotidien dénoncent une mesure de nature politique, l'imprimerie assurant pour sa part n'obéir qu'à des motifs commerciaux et financiers, liés à des impayés laissés par l'ancien gérant du journal.
(Algeria Interface, 18.2) "Libre Algérrie" (publication du FFS) est poursuivie pour avoir reproduitm à la mi-octobre 1998, un article du quotidien français "Libération" consacré au procès intenté par le chef de plusieurs milices anti-islamistes de Kabylie, Smaïl Mira, conmtre le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, qui l'accusait d'avoir abattu un jeune homme lors des violentes manifestations du 28 juin 1998, après l'assassinat de Matoub Lounès. Le directeur di bimensuel socialiste a été convoqué par le juge d'instruction d'Alger, qui l'a informé de l'ouverture d'une instruction judiciaire.
(APS 6.3) Quatre entreprises prestataires de services internet devaient recevoir le 7 mars les permis d'exploitation nécessaire à leur activité de "pèroviders". De source officielle, on signale que dix entreprises spécialisées, dont un majorité d'entreprises privées, sont déjà actives comme prestataires de services internet en Algérie. Les permis d'exploitation sont délivrés sur préavis d'une commission ministérielle composée de représentants des ministères de la Défense, des Affaires étrangères, des Finances, de l'Intérieur, de la Communication, de l'Enseignement supérieur et des Postes & télécommunications.
(La Tribune 8.3) Les titres de la presse publique, l'agence publique de publicité ANEP et les imprimeries publiques sont regroupées depuis le 7 mars dans un même holding de media publics, placé sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication et présidé par un ancien cadre de l'imprimerie SIA, M. Attalah. Une direction unique est évoquée, mais n'a pas (encore ?) été décidée pour les quotidiens "El Moudjahid" et "Horizons".
(Le Matin 20.3) 100 arbres portant les noms de 100 journalistes et travailleurs des media victimes du terrorisme ont été plantés le 19 mars, à l'initiative de l'Association nationale des familles des journalistes assassinés, du Syndicat national des journalistes, du centre d'Alger de la Fédération internationale des journalistes et de la Direction générale des forêts, au Parc des loisirs de Ben Aknou, à Alger.
(Le Matin 21.3) "Le monopole de l'Etat sur la publicité qui a disparu revient presque... clandestinement", écrit "Le Matin", qui dénonce une "politique de mise au pas des titres de la presse écrite dite privée", alors que l'Etat aurait sollicité des spécialistes français pour le montage d'une chaîne de télévision, d'une salle de spectacles et d'un institut de mesure d'aucience des media. S'agissant de la publicité, des entreprises publiques à gros budgets de communication s'adressent à nouveau exclusivement à l'ANEP (Agence nationale d'édition et de publicité) pour leur publicité de presse, l'ANEP interdisant à ses clients de passer des annonces directement dans certains journaux "indépendants" (c'est-à-dire, pour "Le Matin", affichant "une opposition ouverte aux islamistes de tous bords". Le 18 mars, pourtant, le ministre de la Communication et de la Culture, Abdelmadjid Tebboune, a assuré à des intellectuels algériens, à Paris, que le gouvernement voulait "renforcer le pluralisme et la liberté d'expression" et que pour lui "la politique du tout Etat est révolue".
(Reuters 2.4, AP 3.4) Reporters sans frontières (RFS) a écrit au ministre algérien de l'Intérieur, Nourredine Zerhouni, pour protester contre l'arrestation, le 28 mars à son domicile d'El Biar, du photographe Zerog Walid par les services de sécurité. Depuis cette arrestation, la famille du photographe est restée sans nouvelles de lui. Le 2 avril, le jour même de la lettre de RSF, le photographe a été libéré. Des cassettes vidéos et des clichés saisis à son domicile lors de son arrestation n'ont pas été restitués. Walid Zeroug, travaillant pour l'agence de presse française IMA, a réalisé plusieurs reportages sur les lieux de massacres de civils, dans les régions de Tlemcen et Jijel.
(El Watan 4.4) Le président de l'entreprise nationale algérienne des systèmes informatiques (ENSI) a déclaré, lors d'un séminaire organisé le 3 avril à Alger sur l'internet, que seules 1,5 % des entreprises algériennes étaient connectées au réseau des réseaux, et que l'Algérie comptait 100'000 "internautes".
(AP 8.4) La chaîne de télévision privée Calan+ Horizons, filiale africaine de la chaîne française Canal+, et le ministère algérien de la Culture et de la Communication, ont signé le 8 avril une convention pour la diffusion en Algérie d'un "bouquet numérique". En Algérie, Canal+ Horizons entend obtenir au moins 30'000 abonnés dès les prem iers mois de la commercialisation de son "bouquet" de chaîne, constitué spécifiquement pour l'Algérie, et devrait consacrer une partie de ses recettes au financement de la production cinématographique algérienne et à l'organisation d'un festival de cinéma en Algérie. Canal+ Horizons est la première télévision à investir légalement dans le marché algérien, que certains experts considèrent comme ayant le plus fort taux d'équipement en paraboles au monde.
(AP 14.4) Reporters sans Frontières (RSF) considère qu'au terme d'un an de présidence d'Abdelaziz Bouteflika, la presse algérienne est "sous haute surveillance" du pouvoir et que "les journalistes algériens et étrangers ne peuvent effectuer aucune enquête sérieuse sur les zones de théâtre des massacres", en raison précisément de cette "haute surveillance militaire". RSF rappelle également le "contrôle total par l'Etat" de l'audiovisuel, la "mainmise du pouvoir sur les imprimeries et la manne publicitaire", avec pour conséquence une "autocensure pesante" de la presse, la quasi absence de distribution de la presse quotidienne étrangère et l'astreinte faite aux journalistes étrangers de travailler sous escorte policière permanente.
(APS 14.4, Liberté 15.3) Au terme d'une conférence organisée par la Syndicat national des journalistes algériens (SNJ), une charte de déontologie et des règles régissant la profession de journalistes ont été adoptées le 13 avril. Une grande partie de l'avant-projet soumis à la conférence a été amendée, et le texte final, qui s'ouvre sur un préambule stipulant que "la responsabilité du journaliste vis-à-vis du public prime sur toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de son employeur et des pouvoirs publics", consacre en 18 articles le devoir du journaliste de "respecter la vérité et le droit du public à une information objective", de "défendre la liberté d'information, du commentaire, de la critique et de la liberté d'expression et d'opinion" tout en respactant également la vie privée des personnes. Le journaliste est également tenu de "rectifier toute information diffusée qui se révèle inexacte", de s'interdire "de faire l'apologie, sous quelque forme que ce soit, de la violence, du terrorisme, du fanatisme, du racisme, du sexisme et de l'intolérance", de s'abstenir de propager des rumeurs et de tenter d'acquérir des privilèges en échange de son influence ou de ses relations. Le texte consacre enfin le droit du journaliste d'accéder à l'information et de disposer d'un statut lui assurant sécurité et autonomie matérielle. Un Conseil national de l'éthique et de la déontologie sera formé à l'issue d'une Assemblée générale le 11 mai, et devra veiller au respect de la charte, dont le ministre de la Culture et de la Communication a déclaré qu'elle sera "un document de référence".
(Liberté 15.4) Le cinéaste Merzak Alouache a réalisé, en coproduction avec la chaîne de télévision franco-allemande Arte, un film ("vie et mort des journalistes algériens"), retraçant l'émergence, à partir de la constitution du "Mouvement des journalistes algériens" au sein du quotidien du FLN "El Moudjahid", à la fin des années '80, d'une volonté d'indépendance de la presse et de liberté d'expression des journalistes en Algérie.
(FFS 21.4) Le FFS a adressé, le 21 avril, un message au Président de l'Internationale Socialiste, Antonio Guterres, à propos de Taoufik Ben Brik, journaliste en grève de la faim depuis le 3 avril à cause essentiellement, écrit le Premier secrétaire du FFS Mustapha Bouhadef, "du musellement musclé de ce journaliste par le gouvernement tunisien dirigé par le RCD, membre de l'Internationale socialiste". Le FFS demande à l'IS "une prise de position urgente en signe de solidarité avec le combat" de Taoufik Ben Brik, et une intervention "énergique" auprès du gouvernement tunisien et du RCD "pour lever immédiatement toutes les mesures policières et judiciaires qui motivent la poursuite de la grève de la faim de Taoufik Ben Brik et celles des militants du Comité pour les libertés en Tunisie". Par ailleurs, des socialistes belges et suisses ont demandé ou s'apprêtent à le faire l'expulsion du RCD de l'Internationale Socialiste, compte tenu des pratiques du pouvoir tunisien, en tous points incompatibles avec les principes proclamés par l'IS.
(El Watan 29.4) L'hebdomadaire satirique "El Manchar" a été victime d'un vol qui remet en cause sa parution.: tout le matériel de saisie et de montage, et le téléphone-fax ont été volés, et le directeur de la publication considère que "l'objectif de ce vol et de ses planificateurs est de faire taire une bonne fois pour toutes un journal qui dérange par sa liberté de ton".
(Corr 3.5) A l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, les huit députés "dissidents" du FFS, autour d'Abdesslem Ali-Rachedi, ont rendu publique une déclaration rendant hommage à la presse algérienne, "qui a acquis ses titres de noblesse au prix d'un très lourd tribut" et a "réussi en quelques années à concrétiser le pluralisme médiatique (...) (en) dépit du chantage permanent des pouvoirs publics s'appuyant sur l'état d'urgence et des lois scélérates". Pour les "huit", "la presse écrite, devant le discrédit de la classe politique, apparaît comme la seule véritable opposition". Les députés rendent également un hommage appuyé "au combat des journalistes tunisiens pour la liberté de la presse", en particulier à Taoufik Ben Brik, et dénoncent "le mutisme de la classe politique algérienne" et "le silence coupable du parti au pouvoir en Tunisie", dont ils rappellent qu'îl est membre de l'Internationale Socialiste (mi-avril, le FFS est intervenu auprès de l'Internationale Socialiste pour que celle-ci fasse pression sur le RCD tunisien en faveur de Taoufik Ben Brik et, plus généralement, du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales en Tunisie). Cela étant, les "huit" rappellent que "la liberté de la presse a encore beaucoup de chemin à faire" en Algérie, que "la presse indépendante demeure tributaire des imprimeries étatiques", que l'"Agence nationale de publicité a repris ses pratiques des années de plomb", que la télévision algérienne "demeure une citadelle à conquérir" et est redevenue "un organe de propagande du pouvoir" (au point de ne même plus retransmettre les débats de l'Assemblée nationale, pourtant "réduite au rôle de chambre d'enregistrement avec la complicité d'une classe politique aux ordres".
(APS 3.5) Une médaille pour les journalistes victimes du "devoir national" a été instituée le 3 mai à Setif, à l'occasion de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse.
(Liberté 4.5) Un nouveau magazine bimensuel devrait commencer à être diffusé dans les kiosques à partir du 6 mai, "Femme d'Algérie", fondé par Cheboub Mourad et Karima Alilatène.
(Liberté 4.5) Une petite place d'Alger, entre la gare de l'Agha et la rue Victor-Hugo, a été baptisée "place de la Liberté de la presse" le 3 mai. Un monument funèbre y porte les noms de 101 journalistes et travailleurs des media assassinés.
(AP 10.5) Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik, qui a annoncé le 10 mai à Paris qu'il se rendrait le lendemain en Algérie en compagnie du directeur d'"El Watan", Omar Belhouchet pour y cesser sa grève de la faim entamée le 3 avril en protestation contre les violations des droits fondamentaux par le régime du président Ben Ali, a rendu hommage au "soutien inédit" que lui ont témoigné les Algériens, et a déclaré : "l'Algérie, c'est mon pays comme la Tunisie est mon pays". Taoufik Ben Brik, qui avait entamé sa grève de la faim dans un "lieu symbolique", devant "le doyen des juges d'instruction" de Tunis, entend "la cesser aussi devant un lieu symbolique, là où est mort Ali La Pointe", ancien truand devenu militant de l'indépendance et abattu par l'armée française en 1957, à Alger.
(AP, Reuters 11.5, El Watan 14.5) Taoufik Ben Brik a décidé de poursuivre sa grève de la faim après s'être vu interdire le 11 mai, sur instructions d'Alger, d'embarquer à Paris à bord d'un avion pour Alger. Les proches du journalistes ont expliqué l'attitude des autorités algériennes par la crainte du président Bouteflika de voir la presse algérienne épouser plus encore le combat de Taoufik Ben Brik pour la liberté d'expression. Le directeur d'"El Watan", qui accompagnait Taoufik Ben Brik, a rappelé que celui-ci menait un combat qui "dépasse le simple cadre de la Tunisie", qu'il était "devenu pour nous, journalistes du monde arabe, un symbole" et que les autorités algériennes craignaient que son arrivée à Alger "ne permette aux journalistes algériens de soulever le problème de la liberté d'expression". Omar Belhouchet considère que la décision des autorités algériennes, qu'il qualifie de "coup tordu" et de "grossière et maladroite", replonge l'Algérie "dans le statut d'une nation fermée, peu soucieuse du respect des principes les plus élémentaires de la vie"En outre, Abdelaziz Bouteflika doit se rendre le 15 mai en visite en Tunisie. Le journaliste tunisien devrait être réhospitalisé à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. En Algérie, de nombreuses associations et des partis politiques ont témoigné de leur soutien à "TBB" et protesté contre l'interdiction de séjour de fait qui lui a été signifiée en Algérie
(Corr 16.5) Le "MAOL" (Mouvement algérien des officiers libres" diffuse un long "dossier spécial" consacré à la presse algérienne, et à ce qu'il qualifie de "démons du mensonge" et de "scélérats du cabinet noir à la DRS" (les services spéciaux de l'armée). Dans ce dossier, le mouvement clandestin cite nommément plusieurs journalistes qu'il accuse d'être des "agents" de l'ex-Sécurité Militaire. Dans un communiqué daté du 16 mai, et signé par "le Colonel Baali.Ali", le MAOL accuse la DRS de préparer (selon ce qu'il affirme être un "rapport interne à la DRS") la "liquidation" de certains de ces journalistes pour "(déstabiliser) le MAOL et (réunir) le microcosme de la presse contre le mouvement. La "mise en garde" du MAOL dénonce "le projet de sacrifier un (des) auxiliaires" des services spéciaux en faisant "passer l'assassinat pour un attentat terroriste et désigner par la même occasion le MAOL comme le principal instigateur du crime", lequel serait commis par les "services opérationnels de Toufik et Smaïn", comme l'ont été, selon le MAOL, les assassinats de Tahar Djaout et Saïd Mekbal.
(El Watan, Le Matin 18.5) Le président Bouteflika est revenu, lors de sa visite au Canada, sur l'interdiction d'entrée en Algérie imposée au journaliste tunisien Taoufik Ben Brik, en déclarant qu'"il y a des lignes très rouges que je ne dépasserai pas" et que si Taoufik Ben Brik "n'est pas le bienvenu chez les peuple algérien", c'est parce qu'il a traité "Ali La Pointe, héros national, de proxénète et Hassiba Ben Bouali et Zohra Bitat et d'autres (...) de prostituées qui sont allées déposer des bombes". "On n'insulte pas les symboles nationaux de l'Algérie. L'Algérie n'est pas un dépotoir", a conclu Abdelaziz Bouteflika. Pendant ce temps, des centaines d'Algériens ont signé et continuent de signer une pétition invitant Taoufik Ben Brik à venir en Algérie, et dénonçant son interdiction d'entrée.
"Nous, citoyennes et citoyens algériens, défenseurs de la liberté d'expression et de la démocratie, devant le refus des autorités de notre pays de recevoir le journaliste Taoufik Ben Brik qui défend les mêmes valeurs, au prix de sa vie, sans un pays maghrébin, exprimons notre totale solidarité envers nos frère Ben Brik et lui lançons une invitation à venir dans son deuxième pays : l'Algérie". Le 17 mai, la pétition avait été signée par plus de 400 personnes.
(Algeria Interface 19.5, www.algeria-interface.com) 193 journalistes algériens ont élu le 11 mai pour quatre ans non-renouvelables un "Conseil de l'éthique et de la déontologie" de 11 membres. L'élection s'est faite tard dans la nuit au terme d'une rencontre émaillée d'incidents, et les missions du Conseil n'ont pas été définies (elles le seront par les élus eux-mêmes). L'idée même du Conseil avait été lancée par le ministre de la Culture et de la Communication, Abdelmadjid Tebboune. Financée par les autorités et organisée par le Syndicat national des journalistes (SNJ), l'opération devait aboutir à l'adoption d'une charte et à l'élection d'un "Conseil de l'éthique et de la déontologie". Une partie des éditeurs a alors décidé de tenter de prendre le contrôle du Conseil afin de ne pas le laisser entre des mains "faciles à manipuler par les pouvoirs publics", le directeur d'El Khabar, Ali Djerri, assurant que "le pouvoir avait ses propres calculs" en créant le Conseil, mais qu'il appartenait aux journalistes de "lui donner des élus et un contour qu'il n'attendait pas". Un groupe d'une vingtaine de journalistes de différents titres a lancé un appel aux journalistes pour qu'ils viennent en masse élargir le débat et éviter que la question de l'éthique et de la déontologie de la presse fasse l'objet d'un "nouveau bricolage d'appareils". Le 11 mai, cependant, une alliance entre la direction du SNJ, proche du RCD, et certains éditeurs de presse (Liberté, El Khavar, Le Soir, selon "Algeria Interface" a défendu la proposition d'un vote "ici et maintenant" pour l'élection d'un Conseil sur la base d'une liste pré-négociée. Pour aller plus vite à cette élection, l'Assemblée générale du 11 mai a annulé la discussion sur les missions et prérogatives du Conseil, en les laissant à l'appréciation du Conseil lui-même. Les candidatures n'ont pas été validées par une commission et les conditions d'éligibilité n'ont donc pas été vérifiée a priori, la décision ayant été prise de procéder d'abord à l'élection et de valider les candidatures a posteriori. Finalement, le résultat du vote, écrit "Algeria-Interface", ne satisfait personne : les éditeurs ont réussi à faire élire l'éditeur du Soir d'Algérie, Zoubir Souissi, et le SNJ le frère du ministre RCD de la Santé, mais les consignes de vote n'ont pas été respectées et une forte minorité des présents a choisi de ne pas poursuivre les travaux et a annoncé qu'elle allait s'atteler à se démarquer publiquement du Conseil élu le 11 mai.
(El Watan 31.5) Le tribunal correctionnel a condamné le 30 mai les directeurs d'"El Watan" et de "Liberté" à une amende de 1500 dinars (150 FF) chacun dans le cadre de deux affaires de diffamation, dont l'une (contre "El Watan") sur plainte du général Betchine dont le quotidien suggérait qu'il était responsable de l'incarcération de cadres de l'entreprise publique sirérurgique Sider.
(AP 31.5, Libre Algérie 22.5) La mission de Reporters sans frontières (RSF) en Algérie, initialement prévue du 17 au 24 juin, a été retardée d'une semaine, a annoncé le 31 mai l'organisation. Dans un entretien à "Libre Algérie", le directeur de RSF, Robert Ménard, explique que RSF se serait rendue en Algérie "depuis longtemps", si l'organisation n'avait pas été victime de "la première censure, la première limitation que mettent un certain nombre de pays au travail des ONG de défense des droits de l'homme (...), le refus du visa". Robert Ménard se demande "pourquoi empêcherait-on Reporters sans frontières de se rendre sur place" si on n'a rien "à cacher". S'agissant de la visite de juin en Algérie, le directeur de RSF déclare que le travail de la mission de son organisation devrait se faire librement, sans que des conditions lui aient été posées ("pour l'instant", du moins) par les autorités algériennes. RSF a demandé à rencontrer "la presse privée et publique, la presse proche du pouvoir comme la presse critique à l'égard du pouvoir (...) les autorités civiles ainsi qu'un certain nombre de responsables militaires en charge des problèmes de communication (...) dans la gendarmerie ou dans l'armée (...) les familles de disparus et les familles victimes du terrorisme, des avocats critiques par rapport au pouvoir ou proches du pouvoirs, les organisations de défense des droits de l'homme" et l'ONDH. RSF demandera aux autorités algériennes "ce qu'il en est des journalistes qui ont disparu" et des journalistes assassinés.
S'agissant de la situation de la presse algérienne, Robert Ménard estime que "des choses ont changé" et relève que les "déclarations du président Bouteflika, très critiques par rapport à la presse (...) (ne se sont pas traduites) par des menaces, des emprisonnements ou des procès". Robert Ménard relève cependant la permanences de certains problèmes, "toujours les mêmes" : la mainmise du pouvoir sur la télévision et la radio, "la voix de leur maître", le "monopole d'Etat sur l'impression des journaux", l'utilisation "de la manne publicitaire étatique à des fins partisanes", la non distribution de certains titres de la presse étrangère, comme "Le Monde" ou "Libération", qui "comme par hasard sont critiques à l'égard des autorités". Le directeur de RSF explique, que la liberté de la presse n'est pas seulement mise en danger par "les atteintes violentes", l'emprisonnement des journalistes, par exemple, mais aussi, et pas seulement en Algérie, par "un usage immédoté de l'argent dans les médias", par "l'appropriation d'un trop grand nombre de médias par des groupes industriels", par un "trop grand conformisme des médias" ou une "trop grande connivence des élites journalistiques avec les élites politiques et économiques", et enfin par "une intolérance religieuse qui se traduit par des menaces sur la presse", intolérance dont "l'expression la plus violente" a été celle qui a frappé l'Algérie.
S'agissant des critiques formulées par certains journaux algériens à l'égard de RSF, son directeur explique que "le problème d'un certain nombre de critiques (...) c'est que ce sont des critiques imaginaires, sur des choses que nous n'avons jamais écrites". Il reconnaît que RSF s'est "sûrement" trompés et a "sûrement eu de mauvaises appréciations sur l'Algérie, comme sur d'autres pays", mais demande que le débat porte "sur ce que nous déclarons et écrivons, pas sur des intentions qu'on nous prête" à tort. "Nous critiquons les autorités lorsque nous jugesons qu'elles ne respectent pas (les) engagements internationaux" qu'elles ont prises, sans que "personne" ne les y ait obligé. Enfin, Robert Ménard déclare souhaiter la création d'une section de RSF en Algérie, ce qui "serait une excellente nouvelle", pas seulement pour la presse algérienne, "mais pour la presse du monde entier aussi (...) pour les journaliistes birmans emprisonnés, pour ce qui se passe en Chine, à Cuba ou en Ethiopie", puisque "les sections de RSF dans les différents pays ne s'occupent pas que de leurs pays respectifs".
(Quotidien d'Oran 3.6, El Watan 7.6, CSSI) Dans une "Lettre à mes amis de la presse", publiée par "El Watan", le chef du RCD, Saïd Sadi, leur reproche notamment, "lorsque des démocrates intègrent un gouvernement, dont le programme est conçu sur la base de leurs positions fondamentale", de les accuser de "renier leurs positions" alors que "quand des islamistes s'adonnent à l'entrisme", ils sont crédités "d'un remarquable sens tactique"; de même, Saïd Sadi reproche à ses "amis de la presse" d'avoir qualifié de "rencontre sans relief" la réunion de la coalition gouvernementale, aors qu'elle avait selon lui qualifié (en fait, il s'agissait du titre du document, et non de sa qualification par la presse) le "contrat de Rome" passé notamment entre le FFS, le FIS et la direction de l'époque du FLN, de "contrat national proposant une solution globale, démocratique et politique à la crise". Le leader du RCD déplore que "disqualifier, par principe, tout propos ou conduite officiels" soit devenu "le postulat qui définit et délimite la compétence et l'éthique" de la la presse, accusée par Saïd Sadi d'une "tendance à l'autodestruction" accompagnant "de façon active (un) vertige suicidaire". "Les journaux (...) ne parviennent plus à se trouver une identité, une éthique et une qualité professionnelle qui prolongeraient dans la durée, maintenant que la paix revient progressivement, un crédit construit pendant la dure époque où il fallait survivre à la répression du pouvoir et à la folie islamiste", écrit Saïd Sadi, qui reproche à la presse privée algérienne de "s'enliser dans la surenchère", considère que "le sanglant et l'invective (sont) devenus des menus hégémoniques", dénonce "une certaine forme de régression, tant dans la qualité de l'écrit que dans la fiabilité de l'information" et regrette que ne soit "crédible que celui qui contredit ou agresse". Saïd Sadi, qui le 2 juin avait appelé à accepter la décision des autorités algériennes d'interdire au journaliste tunisien Taoufik Ben Brik d'entrer en Algérie, salue enfin comme une "lueur d'espoir" la création du "Conseil de l'éthique" (qu'une bonne partie des journalistes ont, au contraire, dénoncé comme une manipulation, en en accusant notamment des éditeurs et des journalistes proches du RCD). Commentant la "sortie" du leader du RCD, le rédacteur en chef d'"El Watan", Omar Belhouchet écrit que "Sadi étonne" en se jetant "à bras raccourcis sur la presse privée" avec des mots "à peine pesés". "Allez savoir pour quelles raisons, à quels dessins, Sadi développe d'incroyables contre-vérités sur les médias privés algériens" ?
(El Watan 11.6, CSSI) La direction du Syndical national des journalistes algériens (SNJ) a appelé le 10 juin au boycott de la délégation de Reporters sans Frontières, qui doit arriver en Algérie le 24 juin. Le communiqué du SNJ explique son appel au boycott par ce qu'elle considère comme "l'attitude méprisante et (les) accusations gratuites de RSF, notamment de son premier responsable", Robert Ménard, "contre la presse et les journalistes algériens". Le programme de la visite de RSF en Algérie comporte des rencontres avec des responsables et des journalistes de la presse indépendante et de la presse publique. Quant à la direction du SNJ, elle est contestée par une partie de la profession, qui l'accuse d'être sous influence politique (notamment du RCD). L'appel au boycott du SNJ risque donc de n'être pas unanimement suivi par ceux à qui il est adressé. Le communiqué du SNJ s'inquiète également des "attaques conjugués contre les médias nationaux et les journalistes venant de plusieurs parties connues pour leur hostilité à l'égard de la presse", mais qu'il ne désigne pas nommément ("El Watan" y voyant une allusion à la fois à Saïd Sadi , à Hocine Aït Ahmed et à Abdelaziz Bouteflika).
(El Watan 10.6, 11.6) Le directeur de la publication du quotidien "La Tribune", Kheireddine Ameyar, s'est donné la mort dans la nuit du 8 au 9 juin à Alger. Il avait commencé sa carrière en 1974 à "El Moudjahid", avait été ensuite, en 1990, directeur d'"Algérie Actualité", avait collaboré à "Révolution Africaine" et avant lancé "La Tribune" en 1994. Sa disparition a été l'occasion pour tous les titres de la presse algérienne de lui rendre hommage. Il a été ionhumé le 10 juin à El Khettar, en présence d'une foule nombreuse et de plusieurs minustres (Yazid Zerhouni, Abdelmalek Sellal), de trois anciens Premiers ministres (Mouloud Hamrouche, Redha Malek, Mokdad Sifi), de plusieurs responsables politiques (Saïd Sadi, Hachemi Cherif), du secrétaire général de l'UGTA et de l'archevêque d'Alger.
(El Watan 21.6) Interrogé par un député indépendant (ex-FFS) sur l'interdiction signifiée au journaliste tunisien Taoufik Ben Brik d'embarquer sur un vol d'Air Algérie Paris-Alger, le ministre (RCD) des transports, Hamid Lounaouci, s'est solidarisé avec cette décision prise "par la plus haute instance de l'Etat" (c'est-à-dire le président Bouteflika) pour défendre la pérennité des "symboles de la révolution" algérienne auxquels Ben Brik aurait "porté atteinte" en faisant allusion aux activités de truand d'Ali La Pointe (avant que celui-ci ne devienne un combattant de l'indépendance), ce qui serait "insulter la mémoire des martyrs". A quoi le député Mohamd Arezki Ferrad a répliqué que cette justification relevait du populisme, d'autant que des enfants victimes du terrorisme, en partance pour la France, avaient déjà été bloqués en 1998 au port et à l'aéroport d'Alger sur décision gouvernementale.
(Le Matin 29.6) Les responsables des quotidiens "Liberté", "Le Soir d'Algérie", "El Watan", "El Khabar" et "Le Quotidien d'Oran", regroupés dans l'Association des éditeurs de journaux (AEJ), ont publié le 27 juin une déclaration commune dénonçant la réaction de la présidence de la République à la visite privée d'universitaires et de journalistes algériens, et ont annoncé qu'ils déclinaient l'invitation du Premier ministre à une rencontre avec les directeurs de journaux. Les responsables des quotidiens "Le Matin" et "La Tribune", écartés des discussions qui ont abouti à cette déclaration de l'AEJ, dénoncent "un tel fait accompli, auquel ils se refusent désormais", et annoncent qu'ils ont "par conséquent décidé de répondre à l'invitation du Chef du gouvernement", notamment pour "s'exprimer de vive voix (...) sur le lychage dont sont victimes les journalistes et universitaires qui se sont rendus en Israël".
(El Watan 2.7) Le Comite pour la protection des journalistes (CPJ), ONG américaine de défense de la liberté d'expression, relève dans son rapport annuel qu'aucune enquête n'a été menée pour élucider les conditions d'assassinat de 59 journalistes entre 1993 et 1996 et que "les autorités algériennes maintiennent le silence sur les cas de journalistes disparus", comme Djamil Fahassi et Aziz Bouabdallah, arrêtés en 1995 et 1997 par des agents de sécurité. Le CPJ critique en outre le monopole d'Etat sur les imprimeries et la publicité ("L'Etat use de son pouvoir pour punir les publications critiques en leur enlevant la publicité émanant des entreprises publiques"), ainsi que l'utilisation de prétextes commerciaux pour interrompre le tirage des journaux. Il remarque que la censure liée à la violence politique a diminué, mais que "la presse algérienne est gênée par la peur et l'autocensure". Le CPJ accuse les autorités d'avoir établi une liste noire des journalistes, principalement européens, connus pour leurs positions critiques envers le pouvoir, et critique les restrictions (notamment les refus de visas) imposées à des journalistes étrangers désireux de se rendre en Algérie.
(Le Matin 12.7) Les deux responsables du quotidien arabophone "Er-Raï" ont été condamné à deux mois de prison ferme et 2000 dinars d'amende pour "diffamation et information calomnieuse", après avoir publié un article du correspondant du quotidien à Sig (lequel correspondant a été condamné à trois mois de prison avec sursis), dénonçant l'état défectueux et le manque de propriété du service de gynécologie de l'hôpital. C'est le directeur de celui-ci qui avait intenté le procès.
(Liberté 22.7) Le quotidien français "Le Monde" devrait être distribué à nouveau en Algérie, dès le 22 juillet, pour le prix de 37 dinars. "Le Figaro" a déjà pu reprendre sa distribution en Algérie.
(Corr 21.7) Un site internet parodiant (pour le dénoncer) le site internet du "MAOL" (Mouvement algérien des officiers libres) a été fermé par son hébergeur français (Chez.com) sur injonction du responsable du site du MAOL . Le site de Liamine Djaziri, déconnecté par Chez.com, est désormais hébergé sur le site du Réseau Voltaire pour la liberté d'expression. Pour le Réseau Voltaire, la décision de Chez.com est une "première application de l'amendement Bloche", qui impose aux hébergeurs français de s'assurer de l'identité réelle des responsables des sites qu'ils hébergent.
(Le Matin 19.8) Le président Bouteflika a réitéré, dans une déclaration faite à Setif le 17 août, à l'occasion de l'inauguration du siège de la radio locale "El Hidhab", sa volonté de soustraire les media publics "lourds" (radio et télévision) à l'expression du pluralisme politiqu, en affirmant notamment que « La télévision et la radio sont les instruments de la politique de l'Etat ». Pour le président algérien, « Le secteur de l'Etat ne doit être utilisé que par celui qui défend exclusivement l'Algérie et la République et l'Etat algérien, loin de tout esprit partisan. » Et d'ajouter : « Autant l'Etat est fort et joue son rôle autant la démocratie sera saine et assumera son rôle. » A l'intention des journalistes travaillant dans le secteur public, Abdelaziz Bouteflika a déclaré : « Le journaliste doit servir l'Etat dans les institutions de l'Etat. Il est libre de s'affilier à un parti car nous sommes dans un système démocratique et pluraliste, mais il ne doit pas utiliser les moyens de l'Etat pour faire de la propagande pour les programmes politiques et les slogans de son parti.» Par contre, a-t-il ajouté, la presse privée peut écrire « ce qu'elle veut (sans que) personne n'interfère dans sa ligne éditoriale ».
(Algeria Interface) Un nouveau code de l'information devrait être présenté à l'Assemblée nationale à la mi-septembre. Il prévoierait notamment l'allégement des sanctions pénales contre les journalistes et la création d'un organisme de régulation, le Conseil supérieur de l'Information, dont les membres seraient nommés par décret.
(Algeria Interface) L'ancien patron du quotidien "Liberté" prévoit de lancer le 15 septembre un nouveau quotidien en français, "L'Expression", dont la rédaction serait notamment composée d'anciens journalistes d'"El Moudjahid"
(Quotidien d'Oran 24.9) Le ministre de la Communication et de la Culture, Mahieddine Amimour, a annoncé la prochaine révision du Code de l'information, mais sans donner de date. La proposition de révision devrait être d'abord débattue au sein de la profession, avant d'être transmise à l'Assemblée nationale. Le programme gouvernemental défendu par le Premier ministre Ali Benflis devant l'Assemblée nationale exprime une volonté d'"accorder une attention particulière aux problèmes vécus par le jeune presse indépendante", de trouver des solutions à ses "problèmes et difficultés en matière, notamment, d'impression et de diffusion" et de détendre l'existence de cette presse. "Le Quotidien d'Oran" relève en outre, le gravité de "la situation vécue par de nombreux journalistes contraints (d') exercer leur métier sans aucune couverture sociale et souvent à la merci totale de leurs employeurs".
(El Watan 3.10) "La télévision algérienne est surpolitisée", a estimé le 30 septembre le président de l'ENTV (TV publique), Hamraoui Habib Chawki. Les partis politiques, eux, sont d'un avis quelque peu différent : Le RCD et l'ANR, tous deux participant au gouvernement, estiment que le sentiment de "surpolitisation" de la télévision est surtout du à son accaparement par et pour un seul discours politique, et accessoirement par le fait qu'une seule chaine de télévision publique occupe la totalité du "paysage audiovisuel" algérien (98 % des foyers algériens reçoivent la télévision nationale, la seule diffusée en Algérie par voie hertzienne, mais 52 % de la population a cependant accès aux chaînes étrangères, arabes et françaises, par le moyen des paraboles). Le RCD et le RND (lui aussi gouvernemental) sont tous deux partisans de la création d'une deuxième chaîne.
(Liberté 9.10) L'émission de télévision "D'une rive à l'autre", produite par Canal Algérie et diffusée en Algérie depuis avril, en français, sur les ondes de la télévision publique ENTV, a été "sortie" des programme de l'ENTV par la direction de la chaîne (unique).
(Quotidien d'Oran 4.10) Le gouvernement va ouvrir l'internet (la fourniture d'accès) en Algérie aux investissements étrangers, dissoudre la commission de délivrance des licences (le ministre chargé des telecoms reprenant le dossier) et abolir l'autorisation pour ouvrir des cybercafés, annonce "Le Quotidien d'Oran".
(http://www.algeria-inferface.com) Reporters sans Frontières, qui effectuera une nouvelle mission en Algérie du 15 au 21 novembre, a sollicité plusieurs journaux algériens pour une campagne de presse en faveur de cinq journalistes "disparus" entre 1993 et 1998.
(La Tribune 5.10, El Watan 8.10) Le quotidien "El Watan" fête ses dix ans d'existence. Dans un dossier qu'il se consacre à lui-même, le quotidien rappelle que "la presse indépendante est née presque par "accident" en Algérie, après les émeutes d'Octobre 1988, et que "le combat mené par le Mouvement des journalistes algériens (MJA) pour libérer la presse nationale de son carcan démagogique n'avait pas d'objectifs précis, si ce n'est celui d'expurger d'abord les médias dominantes de leurs potentiels d'apparatchiks réfractaires à toute vélléité de changement". "El Moudjahid" devient le lieu "de toutes les confrontations et de toutes les espérances", et le quotidien "historique" vécut un mois de grève, qui poussa le Premier ministre de l'époque, Mouloud Hamrouche, à proposer aux journalistes trois solutions, à choix : rester dans le secteur public (Horizons, Algérie Actualité ou l'APS), rester à "El Moudjahid" devenu quotidien "privé" (mais toujours organe du FLN), choisir "l'aventure intellectuelle" en créant leurs propres titres, et en créant ainsi une presse indépendante alors inexistante. Une cinquantaine de journalistes choisirent cette dernière solution et une vingtaine d'entre eux (tous venus d'"El Moudjahid", sauf un, de "Révolution Africaine") créèrent "El Watan", avec des moyens dérisoires. La première formule fut celle d'un journal grand format de 12 pages, longtemps privé de publicité par l'agence publique monopolistique (l'ANEP). Le quotidien a du à de réitérées reprises subir des attaques du pouvoir en place, attaques directes ou indirectes : journalistes trainés devant les tribunaux, parfois emprisonnés et maltraités, suspensions (à cinq reprises, durant des périodes allant jusqu'à un mois), chantages à la publicité et à l'impression. Les journalistes d'"El Watan" ont également, et parallèlement, été la cible de tentatives d'attentats de la part de groupes armés islamistes. "El Watan" appartient encore aujourd'hui à ses fondateurs, c'est-à-dire à des journalistes, au travers d'une société par action au capital de 5,148 mios DA. Le quotidien a créé avec son confrère arabophone "El Khabar" une entreprise de distribution de presse, et a deux filiales, l'hebdomadaire sportif "Olympic" et l'entreprise de communication Acom. Son site internet est l'un des plus fréquentés de ceux des media francophones. Aujourd'hui, "El Watan" tire en moyenne à 100'000 exemplaires quotidiens (avec un taux d'invendus de 12 %) et "pèse" 8,57 % du marché national de la publicité-presse. Le quotidien "La Tribune" fête quand à lui ses six d'existence.
(El Watan 23.10) Un programme d'appui et de soutien aux journalistes algériens, dans le cadre général du programme d'appui à la liberté de la presse "Méda", pourrait être approuvé par l'Union européenne en novembre. D'un montant d'environ 5 millions d'Euros (env. 7,5 mios FS, 30 mios FF), ce programme doit encore être approuvé par les autorités algériennes, qui sont appelées à mettre à disposition un local pour abriter un centre de communication et une bibliothèque. Il s'agit de développer les possibilités de formation des journalistes en Algérie et à l'étranger, de créer une "école itinérante" comprenant des stages de recyclage spécialisés et des bourses d'étude. Le programme comprend également une dotation en matériel informatique et de communication. Un matériel bureautique et informatique serait attribué au Syndicat national des journalistes algériens, Un sémnaire sur le thème "Liberté de la presse et état des médias en Algérie" devrait être organisé, financé par le programme.
(Libre Algérie 24.10) Dans un communiqué le directeur de Libre Algérie, Ahmed Aït Chérif annonce la suspension de l'hebdomadaire : « Relancé depuis septembre 1998 par une équipe de journalistes indépendants, au terme d'un accord éditorial avec la direction du Front des forces socialistes, Libre Algérie a paru sans discontinuer jusqu'à ce jour sous forme de bimensuel. Il a fini par s'imposer comme « un journal d'opinion » lié au FFS. Durant ces deux années, la conjoncture nationale, de petits moyens et l'impératif de parution régulière n'ont pu lui permettre de s'organiser véritablement. Il n'a pu changer de périodicité et devenir hebdomadaire. C'était pourtant un objectif que la direction de la publication s'était assigné dès la reprise. C'est ce à quoi Libre Algérie va se préparer, tout en veillant à améliorer et étendre sa diffusion. Durant cette autosuspension provisoire, d'autres mesures seront étudiées pour que le retour de Libre Algérie s'effectue dans de meilleures conditions générales afin de mieux répondre aux attentes de l'ensemble de son lectorat, effectif et potentiel. (...)»
(El Ribat 25.10) Dans sa dernière livraison, le bulletin islamiste "El Ribat" (FIS-Kébir) demande que les journaux algériens qui, selon lui, ont pris "fait et cause pour le terrorisme sioniste", se sont "solidarisés avec l'ennemi et (ont) trahi la cause des peuples palestiniens et libanais" ("El Ribat" ne précise pas de quels journaux il s'agit), non seulement ne reçoivent plus de subventions de l'Etat, mais sont suspendus et interdits "définitivement", car ils "constituent la cinquième colonne médiatique de l'Etat sioniste dans notre pays". "El Ribat" demande éfgalement que la justice engage "des poursuites contre les directeurs de ces journaux et les journalistes incriminés (...) coupables de complicité avec une entreprise terroriste".
(Liberté 2.11, Libre Algérie 56) "La presse est libre (...). Elle peut critiquer et insulter, mais qu'elle paye les milliards qu'elle doit aux entreprises de l'Etat", avait lancé le 28 octobre, en ouverture de la Conférence nationale sur la pauvreté, le président Bouteflika. A quoi le directeur général du "Matin", Mohamed Benchicou, réplique que les principaux titres "indépendants" sont devenus "les principaux bailleurs de fonds des imprimeries et même indirectement des journaux d'Etat". Les réactions des responsables de la presse privée à la "sortie" du président Bouteflika sont, évidemment, très négatives : Ahmed Ancer (El Watan) constate que "Bouteflika n'est pas pour la liberté d'expression. Mais le plus grave, c'est qu'il n'aime pas le multipartisme" (à qui il s'est en effet également pris lors du même discours), et accuse le pouvoir de vouloir "maintenir la presse dans une situation de sous-développement chronique" alors que, selon lui, elle pourrait créer 10'000 emplois en développant les titres spécialisés. Ali Djerri (El Khabar) considère que l'argument des dettes des journaux à l'égard des imprimeries relève de la "manipulation politique" et ne vise qu'à "donner l'image d'une presse privée vivant dans l'opulence, loin des dures réalités algériennes". Fouad Ghanem (Le Soir) relève que certains journaux "qui soutiennent le Président, se croient en situation de ne pas payer les imprimeurs". Fouzia Ababsa dénonce dans la "sortie" de Bouteflika une "forme de pression" sur les éditeurs". "Liberté" a pris contact avec la plupart des quotidiens privés, qui assurent être "à jour avec les imprinmeries d'Etat" et les payer "jusqu'au dernier sous, conformément à un échéancier arrêté avec ces imprimeries", à l'exception de l'"Authentique", qui admet avoir des dettes mais précise qu'il est victime d'un "boycott" publicitaire, et de "Es-Sahafa", qui admet également des difficultés pour honorer ses créances mais les attribue à "la baisse du tirage qui a été décidée par les imprimeurs". Pour Ahmed Ancer (El Watan), les principaux titres privés "financent et les imprimeries d'Etat pour l'achat du papier et la sortie des journaux d'Etat qui ne paient pas", et affirment que certains titres sont lancés avec le soutien (ou "la complicité" des pouvoirs publics, puis disparaissent sans payer leurs dettes, et que d'autres traînent des dizaines de millions de dinars dedettes (entre 15 et 80 millions de DA (1,5 à 8 mios FF, 400 mios à 2 mias FS) selon les titres.
Les premiers journaux indépendants, nés dans la foulée d'Octobre 1988, en sont déjà à leur dixième année d'existence. En juillet 1999, le président Bouteflika avaitdéclaré : "je doute que nous ayons une presse libre (...). Nous avons plutôt une presse encline à la diffamation et à l'outrage qu'à la liberté d'opinion". Cependant, aucun journal n'a été suspendu depuis que Bouteflika est président de la République.
Un nouveau code de l'information, remplaçant celui, répressif, de 1990, devrait être promulgué, prévoyant un assouplissement des sanctions axquelles étaient exposés les journalistes, rétablissant le Conseil supérieur de l'information (8 à 11 membres, dont un président nommé par décret) et le chargeant de concourir "au respect du pluralisme et de la liberté de la presse", et reconnaissant le "Conseil supérieur de l'éthique et de la déontologie" élu (dans des conditions contestées par une partie de la presse) par une partie des journalistes le 11 mai 2000. Ce Conseil n'a toutefois pas encore été installé, près de six mois après son élection, et sa représentativité, selon "Libre Algérie", se "limite à quelques centaines d'adhérents du SNJ" (Syndicat national des journalistes) "sur plus de 2000 journalistes et assimilés".
(Libre Algérie 56) Un nouveau quotidien devrait sortir prochainement en Algérie, "L'Expression", lancé par un "ancien" de "Liberté", Ahmed Fattanni. Par ailleurs, l'hebdomadaire "El Hadath", suspendu de parution le 14 juin 1994, pourrait reparaître.
(Libre Algérie 56) Le numéro daté du 10 octobre du "Monde", contenant un long article de présentation de l'ouvrage de Nersoulah Yous sur le massacre de Bentalha, et de nombreux extraits de cet ouvrage, n'a pas été diffusé à Alger, relève "Libre Algérie", qui se demande s'il s'agit là "du premier acte de censure contre Le Monde", diffusé (comme "Le Figaro") en Algérie par New Media Press, qui assure que cette non-diffusion ce jour là est duie à une grève aux Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, grève dont personne n'a jamais entendu parler et qui, curieusement, n'aurait affecté que "Le Monde", seulement en Algérie et ce seul jour là. En fait, écrit "Libre Algérie", c'est la direction du quotidien français qui a décidé de ne pas envoyer ce numéro en Algérie, pour ne pas risquer de compromettre la diffusion régulière, et très récemment autorités, du quotidien en Algérie. La publication des deux pages entières consacrées à l'ouvrage de Nesroullah Yous a fortement déplu au sein du pouvoir algérien, et le journal a été assailli de protestations, dont "plusieurs protestations algériennes à caractère officiel", signale "Libre Algérie", qui se demande si l'"autocensure" du quotidien relève de sa propre initiative ou d'une "concertation avec les autorités algériennes".
(AP, Liberté 2.11) Le projet de nouvelle loi organique sur l'information, dont la première mouture serait déjà prête et en attente d'être débattue en Conseil des ministres, puis à l'Assemblée nationale, dépénaliserait largement l'activité journalistique et reconnaîtrait de nouveaux droits aux journalistes, qui pourraient par exemple échapper aux poursuites judiciaires pour diffamation en apportant la preuve de la véracité de ce qu'ils ont publié, sauf s'il s'agit de la vie privée des personnes. Le projet garantirait en outre le droit d'auteur des journalistes.
(Liberté 6.11, CSSI) Des députés islamistes (du MSP de Mahfoud Nahnah, du MRN et de Nahda) ont interpellé à l'Assemblée nationale le ministre de la Culture, Mahieddine Amimour, sur certains programmes diffusés par la chaîne publique (et unique) algérienne ENTV, lesquels, selon eux, propagerait "la luxure et la dépravation" et seraient "contraires aux valeurs islamiques" (Nasreddine Chaqlal, député MSP). Mis en cause : lémission "Mesq Elleil" et les défilés de mode, qui sont "une atteinte à la pudeur", une "dépravation" et une "provocation des sentiments des Algériens" (qui cependant voient bien plus, ou pire, sur les chaînes étrangères, en particulier françaises, que des millions d'entre eux captent par les paraboles et qui, ensemble, ont une audience supérieure à celle de l'ENTV...). Le ministre a répondu qu'il partageait la vision de ses interpellateurs, mais qu'il était difficile de contrôler les trois quarts des programmes de l'ENTV, puisqu'ils ne sont pas de production algérienne.
(Algeria-Inferface) Le premier numéro du nouveau quotidien "L'Expression", lancé par le journaliste Ahmed Fattani (ancien d'"El Moudjahid", ancien de l'APS, co-fondateur et toujours actionnaire de "Liberté") est sorti le 11 novembre, sous les presse de l'entreprise publique Simpral. L'"Expression" affirme être un quotidien indépendant, mais "Algeria-Interface" rend compte du soupçon de son financement par des "bailleurs de fonds favorable au président Bouteflika".
(El Watan 9.12, 10.12, 11.12) Le correspondant régional du quotidien "El Watan" à Annaba, Abdelbaki Djabali, a échappé le 7 décembre à une tentative d'assassinat, après avoir mis à jour plusieurs affaires mettant en cause "les milieux troubles de toute la région de l'Est, en particulier ceux de la wilaya d'Annaba" (fraudes, détournements, pots-de-vin, trafic de pièces archéologiques etc...). Djabali, au volant de sa voiture, a été intentionnellement heurté, avec l'intention de le projeter du haut d'un pont, par un poids lourd conduit par deux personnes, et qui le suivait. Le journaliste avait auparavant reçu des dizaines de menaces de mort par téléphone; il avait été victime d'une tentative d'agression à l'arme blanche; son domicile avait été cambriolé. Le Syndicat national des journalistes et le directeur général des douanes (notamment) ont condamné cette tentative d'assassinat et manifesté leur solidarité au journaliste qu'elle visait.
(MAOL 19.12) Le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL), généralement considéré comme islamiste, annonce le "lancement prochain d'une chaîne de diffusion télévisée et d'une radio qui seront la voix de tous les libres", sans autre précision.
(Le Matin 31.12) L'Association nationale des familles des journalistes assassinés par les terroristes (ANFAJAT) appelle les familles, amis et collègues des journalistes assassinés par les groupes islamistes armés à se rassembler le 10 janvier devant le tribunal d'Alger où se tiendra le procès en diffamation intenté par l'ancien "émir" de l'AIS, Ahmed Benaïcha, contre le quotidien "El Khabar", qui l'avait qualifié de "terroriste". L'ANFAJAT considère qu'il est incappetable qu'"un chef terroriste qui a, à plusieurs reprises, revendiqué (des) assassinats de journalistes durant la période noire du terrorisme" puisse venir "aujourd'hui, en "honnête" citoyen, revendiquer son droit à une "virginité" juridique et civique par le biais d'une justice elle-même victime de ces innombrables exactions".
2001
(Liberté, Le Matin 7.1) Le quotidien arabophone "El Acil", du groupe de presse du général Betchine, a cessé de paraître le 4 janvier. La décision de suspendre sa parution a été motivée par un lourd déficit financier. Le quotidien, lancé en mai 1997, tirait à 20'000 exemplaires. L'arrêt de sa parution met une soixantaine de personnes au chômage, dont une vingtaine de journalistes, qui ont dénoncé le caractère "arbitraire" de la décision.
(El Watan 8.1) "El Watan" note la "percée de la presse étrangère", essentiellement arabe et française, après l'ouverture à sa commercialisation en Algérie, il y a huit mois. 3000 exemplaires du "Monde", 2000 du "Figaro" et 1500 de "France Soir" sont ainsi importée en Algérie, et vendus 35 dinars (c'est-à-dire moins cher qu'en France). Du côté du ministère de la Culture et de la Communication, où on considère que le marché de la presse étrangère en Algérie se porte bien, avec un taux d'ivendus ne dépassant pas 22 %, on assure qu'aucune demande n'a été faite pour l'importation de "Libération", ni aucune interdiction de ce titre imposée. On assure également qu'aucun numéro d'aucun journal français importé n'a fait l'objet de censure ou de saisie. Quant au numéro du "Monde" d'octobre 2000 qui, traitant de l'ouvrage de Nesroulah Yous sur le massacre de Bentalha, s'est retrouvé absent des kiosques, c'est l'importateur qui déclare avoir "jugé utile" de ne pas l'importer, par "choix personnel".
(RSF 9.1) Une délégation de Reporters sans Frontières se rendra en Algérie du 14 au 19 janvier, pour enquêter sur le cas de cinq journalistes disparus (Mohamed Hassaïne, Kaddour Bousselham, Djamil Fahassi, Aziz Bouabdallah et Salah Kitouni) et proposer à la presse algérienne une campagne de sensibilisation sur ces disparitions. La délégation de RSF se rendra notamment à Constantine pour rencontrer les proches du journalistes Salah Kitouni, en demandera à rencontrer le ministre de la Justice. La campagne de RSF sera déclinée en deux versions : la première est accompagnés du message : "En Algérie, cinq journalistes sont portés disparus. Mais où en sont les enquêtes ? Entre 1994 et 1997, Mohamed Hassaïne, Kaddour Bousselham, Djamil Fahassi, Aziz Bouabdallah et Salah Kitouni ont "disparu". Depuis aucune enquête officielle sérieuse n'a été menée. Soutenons leurs familles. Demandons aux autorités que toute la vérité soit faite"; la seconde version de la campagne dit : "Pour les familles de cinq journalistes algériens, il y a pure que d'avoir perdu un être cher : ne pas savoir si elles l'ont perdu - Entre 1994 et 1997, Mohamed Hassaïne, Kaddour Bousselham, Djamil Fahassi, Aziz Bouabdallah et Salah Kitouni ont "disparu". Depuis aucune enquête officielle sérieuse n'a été menée. Soutenons leurs familles. Demandons aux autorités que toute la vérité soit faite".
(Quotidien d'Oran 14.1, Le Matin 15.1) La délégation de Reporters sans Frontières, conduite par son Secrétaire général, Robert Ménard, est arrivée à Alger le 14 janvier pour une mission qui prendra fin le 17, et qui est consacrée à lancer une campagne sur les cas de deux journalistes "disparus", deux d'entre eux (Mohammed Hassaïne et Kaddour Bousselham) enlevés par les GIA, respectivement en février 1997 et février 1994 et deux autres (Djamil Fahassi et Aziz Bouabdallah, auxquels s'ajouterait Salah Kitouni) par les services de sécurité, Fahassi en mai 1995 (et des témoins l'auraient vu en 1997 dans une prison), Bouabdallah en avril 1997 (il aurait été localisé dans un centre de détention des services de sécurité) et Kitouni en 1996. RSF déclare vouloir rencontrer le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia, mais, écrit "Le Quotidien d'Oran", a de la difficulté à "convaincre les éditeurs algériens de mener cette campagne pour la vérité sur les journalistes disparus", les cas des journalistes enlevés par les services de sécurité semblant poser un problème particulier à la "corporation" et au syndicat des journalistes. Seul un quotidien avait donné le 14 janvier son accord de principe pour publier les encarts de RSF
(AP 20.1) Reporters sans Frontières (RSF) a achevé le 19 janvier sa mission en Algérie, entamée le 14 janvier. La délégation de RSF a enquêté sur le cas de cinq journalistes portés disparus entre 1994 et 1997 et a tenté de lancer une campagne de sensibilisation autour de la question des disparitions de journalistes, mais le président de RSF, Robert Ménard, a exprimé sa déception : "On nous assure, d'un côté, de la disponibilité des autorités à faire la lumière sur ce qui s'est passé, et, de l'autre, on ne peut nous recevoir". Robert Ménard a également déploré le climat de "crainte" qui a accompagné sa mission, au terme de laquelle il a pu affirmer que deux des journalistes disparus, Kaddour Bousselham et Mohamed Hassaine, ont été "tués par des terroristes islamistes", et qu'un troisième, Salah Kitouni, a été conduit par les services de sécurité "à un centre de recherches et d'investigations militaires", le sort des deux derniers, Djamil Fahassi et Aziz Bouabdellah, demeurant non élucidé. RSF entend saisir de ces cas, "dans les prochaines semaines", le rapporteur spécial des Nations Unies sur les disparitions.
(El Watan 10.1, Liberté, Le Matin, El Watan 11.1) Le procès intenté par l'ancien "émir" de l'AIS pour l'ouest, Ahmed Benaïcha, au quotidien "El Khabar" (plus précisément à son supplément hebdomadaire, "El Khabar El Ousboui") qui l'avait qualifié de "terroriste" devait s'ouvrir le 10 janvier devant le tribunal correctionnel de Sidi M'hammed, à Alger, mais a été renvoyé au 17 janvier, officiellement du fait de l'absence des avocats de Benaïcha (le bâtonnat d'Alger étant en grève, par solidarité avec le barreau de Constantine). "El Watan" signale cependant la présence de ces avocats "dans la hall du tribunal"... Selon "El Watan", "l'aboutissement de cette action (celle de Benaïcha) n'aurait jamais été aussi rapide si le tribunal de Sidi M'hamed n'avait pas reçu des instructions dans ce sens" (sous-entendu : de haut lieu) : la plainte a en effet été déposée le 17 décembre, et la convocation pour le procès envoyée deux jours après au directeur d'"El Khabar", dont le défenseur n'a pas manqué de souhaiter "que la justice algérienne fonctionne avec la même célérité pour les autres affaires". Le Syndicat national des journalistes avait appelé l'ensemble de la corporation à rejoindre le rassemblement de protestation prévu devant le tribunal, à l'appel notamment du "Comité des citoyens pour la Défense de la République" (CCDR) et à dénoncer l'"atteinte à la mémoire des confrères assassinés" que représente le procès intenté par Benaïcha. Le Rassemblement de protestation a également reçu l'appui du Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD), du "Comité national contre l'oubli et la trahison" (CNOT), des organisations de familles de victimes du terrorisme (pour une fois unies), de l'Organisation nationale des enfants de Chouhada et d'une partie du Mouvement culturel berbère, ainsi que de plusieurs partis politiques (l'ANR, le PRA, le MJD, le MDS et le RCD). Le rassemblement (ne regroupant que "des dizaines de manifestants" selon "El Watan") s'est tenu à bonne distance du tribunal, alors que Benaïcha était protégé par sa "garde rapprochée" (selon "Liberté") et par un cordon de policiers, et pouvait quitter le tribunal par une sortie dérobée. Les manifestants scandaient "Benaïcha assassin ! Bouteflika complice !*. Pour le directeur d'El Khabar, Ali Djerri, qui considère que "c'est à Benaïcha de prouver qu'il n'est pas un terroriste et non pas à moi de démontrer le contraire", ce procès est "éminemment politique", et pour son défenseur, il est "la face cachée de la concorde civile et de l'amnistie". L'Association des familles des journalistes assassinés par les terroristes (ANFAJAT) demande quant à elle que les islamistes armés graciés et impliqués dans la mort de journalistes soient jugés, alors qu'un bras droit de Benaïcha, Aoued Bouabdallah, alias "Noureddine", a adressé au journal oranais "Erraï" une déclaration sous le titre "Nous sommes tous des Benaïcha", accusant les "éradicateurs de vouloir provoquer une guerre".
(Liberté, El Watan 14.1) Les associations (CNOT, Djazaïrouna, RAFD, Tharwa n'Fadhma n'Soumer, APDF, SOS Femmes en détresse) qui avaient appelé à manifester devant le tribunal d'Alger où devait se dérouler le 10 janvier le procès intenté à El Khabar par l'ancien "émir" de l'AIS pour l'ouest, Ahmed Benaïcha, procès qui a été renvoyé le 17 janvier, appellent à nouveau à manifester devant le Palais de Justice ce jour là "afin d'exprimer leur soutien à la presse indépendante et leur rejet de l'impunité accordée par le pouvoir aux terroristes". L'appel est également signé par le MDS, le CCDR et plusieurs quotidiens (Le Matin, La Nouvelle RépubliqueEl Watan, El Khabar, Le Soir, Liberté). Des étudiants de l'Université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, qui ont constitué un "Comité pour le soutien de la presse indépendante" (COSPI) et apportent leur soutien "indéfectible" au directeur d'"El Khabar", appellent également au rassemblement.
(Quotidien d'Oran, El Watan 17.1, Jeune Indépendant, El Watan, Le Matin, Liberté 18.1, Le Matin 22.1) Le procès intenté par l'ancien "émir" de l'AIS Ahmed Benaïcha au directeur d'"El Khabar", Ali Djerri, après qu'un supplément hebdomadaire du quotidien ait publié une photo de Benaïcha en armes, photo "légendée" du qualificatif de la phrase :"Ahmed Benaïcha, de la direction du terrorisme à l'Ouest à l'investissement des butins durant la concorde civile"", s'est ouvert le 17 janvier à Alger, pour se clore le même jour par une déclaration d'incompétence "territoriale" du tribunal, Benaïcha n'ayant pu prouver qu'il résidait à Alger. Le tribunal invite cependant l'ancien "émir" à "prendre toutes les mesures qu'il juge nécessaires" pour reprendre son action en justice, mais devant un autre tribunal.
Pour Ali Djerri, s'exprimant dans "Le Quotidien d'Oran" avant le procès, Benaïcha "n'est pas un citoyen algérien normal" mais "un criminel, un terroriste, un égorgeur, un violeur" qui n'a "pas le droit, surtout sur le plan moral, de se transformer de criminel en victime". Quant au procès, le directeur d'"El Khabar" le considère comme un "procès politique" : "Benaïcha est une marionnette. Il a été poussé par certaines parties" pour faire savoir aux "anciens terroristes" qu'ils jouissent "de tous (leurs) droits". "Le Jeune Indépendant" suggère que si Benaïcha a été poussé, ce n'est probablement pas par le camp islamiste (il a au contraire été désavoué par Ali Benhadjar, ancien "émir" de la LIDD). Pour sa part, Ahmed Benaïcha accuse "El Khabar" d'avoir toujours "participé de près ou de loin à rallumer les tensions et à les alimenter", et d'avoir à nouveau voulu "raviver le conflit" et "alimenter la polémique" en donnant de "fausses informations". "Nous sommes avec la liberté d'expression et nous la soutenons", affirme Benaïcha, mais "il y a une volonté de faire l'amalgame entre la liberté d'expression et la diffamation et l'insulte".
Plusieurs organisations et associations, et une bonne partie de la presse, mais essentiellement de la presse francophone ("El Watan" constate que la presse arabophone est généralement "indifférente" à l'affaire, alors que c'est le plus diffusé de ses titres qui est visé) ont dénoncé la tenue même du procès. Plusieurs centaines de personnes, dont le Secrétaire général de l'UGTA Abdelmadjid Sidi Saïd et des élus RND et RCD, manifestaient devant le tribunal, la salle d'audience étant comble, au moment du procès, à l'appel notamment d'associations de victimes du terrorisme et de familles de disparus, du Comité des citoyens pour la défense de la République, du syndical national des journalistes et du MDS. A la sortie de Benaïcha du tribunal, les manifestants ont scandé "Benaïcha assassin ! Bouteflika complice !"
"El Watan" rappelle qu'avant de bénéficier de l'amnistie, Benaïcha avait été quatre fois condamné à mort pour faits de "terrorisme" et que sa tête avait mise à prix pour 4,5 millions de dinars (450'00 FF, 110'000 FS). Lors du procès, l'ancien "émir", qui réclame 1000 dinars à "El Khabar" s'est présenté comme un "citoyen ordinaire au chômage", complètement démuni, accusé à tort de bénéficier du produit du racket. Le directeur d'"El Khabar" a axé sa défense sur le fait que dans l'article incriminé, Benaïcha n'a été à aucun moment cité et la photo (prise par New Press dans les camps de l'AIS, avec l'accord de Benaïcha) illustrant l'article ayant été publiée par plusieurs media. Le représentant du Parquet a demandé un non-lieu, et affirmé que "L'Etat et ses institutions ne peuvent oublier les crimes terroristes. La grâce (...) dont le plaignant a bénéficié ne peut en aucun cas nous faire oublier ce que la société civile a vécu comme assassinats, viols, massacres et destructions". Pour "Le Jeune Indépendant", en se déclarant incompétent, le tribunal a choisi de "désamorcer l'affaire". Ahmed Benaïcha a fait appel le 20 janvier de la décision du tribunal algérois qui l'avait, le 17, débouté (pour "incompétence territoriale") de sa plainte contre "El Khabar".
(La Tribune 15.1) 80 journalistes, photographes et employés du journal "El Acil", dont l'éditeur (Inter-Med-Info) a décidé de cesser la parution, ont formé le 6 janvier un collectif pour assurer la survie du journal, dont le propriétaire a décidé de la fermeture pour des raisons financières. Le collectif considère cette décision comme injuste et entend donc tout faire pour que le journal reparaisse. Mais, constate "Le Tribune", alors que dans d'autres cas similaires, la "corporation (de la presse) a su cristalliser" des "élans de solidarité" autour de titres pas forcément aussi menacés qu'"El Acil", la solidarité s'est faite cette fois-ci "discrète, pour ne pas dire muette". Le Syndicat national des journalistes ne s'est pas mobilisé et les autres journaux n'ont fait qu'une place très réduite à la fin de leur confrère.
(El Watan 18.1) Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a finalement, après un long silence, exprimé son soutien "total et indéfectible" au collectif du journal "El Acil", formé par les salariés du journal après la décision de la société éditrice (Intermed-Info) d'en arrêter la parution.
(Liberté, El Watan15.1) Le procès opposant la journaliste Baya Gacemi, correspondnte de "L'Express" à Alger (et ancienne journaliste de "La Tribune") au directeur du quotidien arabe du FLN "Sawt El Ahrar", Nadir Boulegroune, et à son journaliste Nadjib Belhimeur, qui avaient mis en doute sa moralité après qu'elle ait participé à un voyage collectif de journalistes algériens en Israël, s'est déroulé le 14 janvier au tribunal de Hussein-Dey. Les deux accusés ont nié avoir mentionné le nom de la plaignante et affirmé ne pas l'avoir personnellement incriminée, alors que son nom est bel et bien mentionné (avec sa photo en première page) dans le journal. Le verdict sera connu le 28 février.
(Algeria_Interface) L'hebdomadaire "La Nation", interdit et censuré à plusieurs reprises par les autorités, et qui avait du cesser de paraître pour ddes raisons financières après des années de harcèlement politique, devrait reparaître : le propriétaire du titre, Omar Attia, a obtenu auprès des imprimeries publiques un échéancier pour le réglements des dettes de l'entreprise.
(Le Matin 21.1, 22.1 El Watan 22.1) Une ordonnance redéfinissant les peines encourues pour le délit de diffamation, et élargissant ce délit aux attaques réputées diffamatoires contre des "institutions de l'Etat et des personnalités nationales" pourrait être promulguée très rapidement, et suscite la colère de la presse privée et des éditeurs de journaux : "Bouteflika (...) veut désormais contraindre les journalistes algériens à éviter toute analyse critique des résultats de la politique de concorde civile", estime "Le Matin". Le projet prévoierait des amendes allant jusqu'à 500'000 dinars (50'000 FF, 12'000 FS) et des peines de prison jusqu'à cinq ans pour diffamation. Pour "El Watan", c'est "la mise à mort programmée de l'action des partis politiques empêchés objectivement d'interpeller, de critiquer et de dénoncer les différentes sphères du pouvoir. C'est la fin annoncée du journalisme d'investigation (...) et du journalisme d'analyse". Les principaux éditeurs privés de journaux ont réagi au projet d'ordonnance par un appel à défendre "la liberté de la presse, le droit à l'opinion et à l'expression" et "les acquis démocratiques de la société algérienne, nés des événements tragiques d'Octobre 1988 et protégés durant des années par la résistance des journalistes (et) des démocrates face à la barbarie du terrorisme islamiste et à l'autoritarisme du pouvoir". Les éditeurs accusent le gouvernement de chercher "à instaurer de nouvelles formes d'autocensure et de censure, notamment au sein des publications les plus fragilisées sur le plan financier", et lui demande de renoncer au projet d'ordonnance. Ils en appellent à "la solidarité des journalistes et éditeurs du monde entier pour mettre en échec (un) projet qui s'inspire des années de plomb".
(Le Matin 27.1, AP, Le Matin, La Tribune 28.1, Horizons 29.1) Le ministre algérien de l'Information, Mahieddine Amimour, a tenté de rassurer les journalistes en déclarant dans un entretien paru le 27 janvier dans le journal "El Ahrar" que la réforme de la loi sur l'information était toujours en phase d'élaboration, qu'il ne s'agissait que de mettre en place un "instrument de régulation permettant de dépasser l'état d'anarchie qui règne sur la scène médiatique", et que lui-même était disponible pour "transformer le tapage médiatique" qui a accueilli le projet de réforme du code de l'information, en un "véritable dialogue national". Le ministre a cependant insisté sur la nécessité de faire la "distinction entre la critique et la diffamation". Le ministre de la Communication a affirmé le 28 janvier dans un communiqué que le texte publié et présenté la veille par le journal "El Youm" comme celui de l'avant-projet de loi sur l'information est "un texte créé de toutes pièces, mensonger, et dont la responsabilité morale et matérielle incombe à ceux qui l'ont publié". Dans le texte publié par "El Youm", et présenté par le journal comme provenant d'une "fuite" (dont l'origine se situe "entre le Palais du gouvernement et le palais d'El-Mouradia" (la présidence de la République), le ministre ou le Conseil supérieur de la Communication avaient le droit de "suspendre la parution de publications périodiques d'information générale pour une période de six mois" en cas de non respect des dispositions concernant la respect de la dignité, de l'intégrité morale et physique, de l'honneur et de la considération de la personne humaine, ainsi que des libertés individuelles, du caractère pluraliste de l'expression des courants de pensée et d'opinion, de la sauvegarde de l'ordre public et des besoins de la défense nationale et de la politique extérieure -ce qui ouvrait un champ assez vaste aux possibilités d'interdiction de publication, y compris de celles sur internet. Le Secrétaire national du FFS Samir Bouakouir s'est élevé dans "Le Matin" contre les "mesures liberticides" préparées par le gouvernement, mesures dont celles visant la presse ne sont, pour le responsable socialiste, que la continuation de celles visant les partis et les parlementaires, le tout n'ayant qu'un but : "refermer définitivement la brêche démocratique, ouverte en octobre 1988 grâce aux longues luttes démocratiques, jalonnées de sacrifices immensses", et dont l'héritage est en passe d'être "dilapidé en raison des silences complices, des reniements et autres traîtrises successives".
(Liberté, Le Matin, El Watan 29.1) Le tribunal de Hussein-Dey (Alger) a rendu le 28 janvier un verdict surprenant, de relaxe, dans l'affaire opposant la journaliste Baya Gacemi, correspondante à Alger de l'"Express", à deux journalistes du quotidien (en arabe) du FLN "Saout el Ahrar"; Baya Gacemi avait déposé plainte pour diffamation contre les deux journalistes, qui, pour dénoncer le voyage de journalistes algériens (dont Baya Gacemi) en Israël, s'en étaient pris à leur vie privée, décrivant Baya Gacemi comme une personne aux moeurs légères. La journaliste a vivement réagi au verdict, le qualifiant de "scandaleux et inacceptable", estimant qu'il est "la preuve flagrante de la partialité de la justice" et de la "tendance actuelle de privilégier la presse de caniveau où n'importe quel plumitif sans culture et sans classe se permet, en toute impunité, de porter atteinte à l'honneur de ses concitoyens". Quant au quotidien du FLN, son directeur estime que le verdict qui le disculpe "est une position de solidarité avec le peuple palestinien".
(Le Matin 3.2) Le ministre de l'Information a été "sommé d'ouvrir une enquête pour localiser l'origine de la fuite du projet de code de l'information" publié par le quotidien "El Youm", annonce "Le Matin", qui affirme "de source sûre" que le texte publié par "El Youm" est authentique, contrairement à ce que le ministère avait affirmé au moment de sa publication.
(Algeria_Interface) Le quotidien en langue arabe "Essahafa", du groupe de l'industriel Issad Rebrab, qui publie également "Liberté", est sur le point de fermer ses portes, faute d'être arrivé à la viabilité financière. Son tirage moyen n'a pas dépassé les 35'000 exemplaires (sont onze fois moins que le principal quotidien en langue arabe, "El Khabar".
(Le Matin 15.2, CSSI) "Le Matin" signale avec quelque inquiétude, que "quatorze entretiens ont été accordés (sic) par la presse indépendante francophone et arabophone aux islamistes toutes tendances confondues durant la période allant du 5 août 1999 au 13 février 2001" (qui ne fait cependant qu'un peu plus de deux entretiens par mois, dans huit journaux différents, et pour l'ensemble de la mouvance islamiste, du MSP de Mahfoud Nahnah au FIS...). Détaillant les titres concernés, "Le Matin" signale que la presse arabophone, dans la période considérée, est "moins ouverte aux islamistes" que la presse francophone, au sein de laquelle c'est "Le Jeune Indépendant" qui a le plus fréquemment ouvert ses colonnes aux représentants islamistes.
(www.algeria_Interface.com 16.2) Après cinq ans d'absence, l'hebdomadaire "La Nation" va reparaître en Algérie. Sa directrice, Salima Ghezali, explique à Algeria_Interface qu'après avoir été sommés d'arrêter la parution de leur hebdomadaire, en décembre 1996, par un fax de l'imprimerie, les éditeurs de "La Nation" ont été invités par un autre face en janvier 2001 à reprendre des négociations, ce qui a été fait. Salima Ghezali se refuse à "interpréter politiquement" ce revirement, dans un "pays aussi opaque" que l'Algérie. La directrice de l'hebdomadaire, qui vient d'être nommée par Hocine Aït Ahmed en tant que sa conseillère politique, explique qu'elle a accepté ce poste "d'une part par respect pour M. Aït Ahmed, et d'autre part parce que nous partageons beaucoup de chose" et qu'il s'agit d'un "personnage politique qui a l'avantage de la cohérence". Pour autant, "La Nation" ne deviendra pas le journal du FFS. S'agissant du "paysage médiatique" algérien, la directrice de "La Nation" rappelle que les restrictions à la liberté de la presse ont commencé en juin 1991 déjà, et que s'il y a "effectivement une volonté de fermeture qui s'exprime dans certains cercles du pouvoir", le journaliste "qui crie "au secours j'ai peur pour mes libertés !" (devrait savoir) qu'il n'y a pas de liberté" en Algérie.
(Le Matin 18.2, 19.2, El Watan, Liberté 19.2) Le Syndicat National des Journaliste proteste dans un communiqué contre les déclarations de l'encien "émir" des GIA, Omar Chikhi, qui aurait revendiqué (si l'on en croit la publication dans "El Youm" d'un entretien accordé en mai 1999 à l'hebdomadaire londonien "El Majala" ) avoir personnellement assassiné des journalistes, et a déclaré n'en avoir aucun autre regret que "celui de n'avoir pu en assassiner davantage". Le SNJ dénonce une "atteinte inqualifiable à la mémoire des martyrs de la corporation et de la République", et "interpelle les pouvoirs publics, notamment la justice, pour l'application de la loi dans toute sa rigueur à ce terroriste qui reconnaît et assume publiquement l'assassinat de journalistes". Le SNJ se réserve lui-même "le droit de saisir la justice afin qu'elle se prononce sur ces déclarations condamnables en droit, politiquement gravissimes et moralement intolérables", et lance une pétition nationale eixigeant la "traduction sans délai de ce criminel devant les tribunaux afin que justice soit rendue". Selon "Liberté", Chikhi, qui a bénéficié de la loi de "Rahma" (clémence) et non de la grâce amnistiante, serait passible d'au moins 10 ans de prison pour s'être rendu coupable de crime ayant entraîné mort d'homme ou infirmité permanente (art. 4 de la loi).
Le Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) a exprimé une position comparable, considérant en outre que les déclarations de l'islamiste illustraient "l'alternative rétrograde que le pouvoir nous a promise". Le Comité national contre l'Oubli et le Trahison (CNOT) exige que les anciens responsables des groupes islamistes armés "soient poursuivis pour apologie du crime". L'Association nationale des familles des journalistes assassinés par les terroriostes (ANFAJAT) annonce qu'elle saisira la justice sur le cas Chikhi "afin que le dossier relatif aux assassinats de journalistes soit rouvert". Quant à Omar Chikhi, il a démenti avoir réellement tenu les propos qui lui sont attribués et s'est interrogé sur les raisons de la publications en 2001 d'un entretien accordé en 1999. Dans "El Watan" et dans "Liberté", deux journalistes (Salima Tlemçani et Nacer Belhadjoudja) qui avaient rencontré Omar Chikhi en 1999 ont estimé que les déclarations qu'il leur avaient faites étaient "proches" de celles publiées par "El Madjala, et qu'il avait reconnu "au moins avoir séquestré un journaliste".
(Le Monde 21.2, Le Matin 24.2) Les déclarations de l'ancien émir des GIA Omar Chikhi, publiées par le quotidien "El Youm", et dont Chikhi avait contesté la retranscription, semblent finalement confirmées sous la forme où elles ont été publiées par un enregistrement audio fait par deux journalistes qui avaient assisté à l'entretien initial de Chikhi avec un journaliste de la revue "El Madjalla", Salima Tlemçani ("El Watan") et Nacer Belhadjoudja ("Liberté", à l'époque). Lors de l'entretien, Chikhi aurait donc bien revendiqué l'assassinat de journalistes, et exprimé ses regrets de ne pas en avoir assassiné plus encore. Le journaliste Athmane Tazagharet, qui a réalisé l'entretien avec Chikhi, explique le long délai entre l'entretien et sa parution (un an et demi) par la nécessité de vérifier "une quantité de détails, des noms, des prénoms, des lieux" donnés par Chikhi pendant un entretien de quatre heures. Sur l'enregistrement de l'entretien, dont une vingtaine de minues ont été diffusées le 22 février lors d'une séance publique organisée par "El Youm", on entend la voix de Chikhi déclarer : "Si je tombe sur un journaliste qui n'a rien fait, je ne lui fait rien (...) mais si je tombe sur un qui passe sont temps à nous diffamer, je le tue". Le directeur de publication d'"El Youm", Nacereddine Aloui, et son directeur de rédaction, H'mida Layachi, souhaitent "que cette affaire soit l'occasion d'un débat de fond pour nous tous, journalistes algériens, en particulier à propos des sujets sécuritaires (...). Quelle distance gardons-nous face à nos sources, c'est-à-dire face aux services de sécurité algériens ? Sommes nous sûrs de ne pas faire passer leurs messages plutôt que l'information elle-même ?".
(Ribat 25.2) Le bulletin du FIS (tendance Kébir) "El Ribat" s'en prend violemment, dans son édition du 25 février, à la presse algérienne, qu'il accuse d'avoir "trinqué" et "truqué" l'information pour faire "endosser à l'islamisme des crimes, des massacres dont le pouvoir seul est responsable". Pour "El Ribat", la presse algérienne "obéit non pas à un code de déontologie de la profession de journaliste, mais aux ordres des services de sécurité qui lui fournissent matière, contenu et orientation", et "certains journalistes ("El Ribat" dénonce nommément une journaliste d'"El Watan") sont des "agents" de la Sécurité militaire "infiltrés dans la profession".
(El Watan 27.2) De lourdes sanctions à l'encontre de la presse sont prévues dans un projet de révision du Code pénal, approuvé par le Conseil des ministres. La révision consiste en trois articles nouveaux visant (non exclusivement) la presse et un quatrième aux "prêches subversifs". L'offense au président de la République par "une expression outrageante, injurieuse ou diffamatoire" par l'écrit, le dessin, la déclaration ou tout autre support, y compris les "supports électroniques, informatiques et informationnels" (donc y compris l'internet) serait punie d'emprisonnement pour un à trois ans et/ou d'amende de 100'000 à 1 million de dinars (10'000 à 100'000 FF, 2500 à 25'000 FS), peines pouvant être doublées en cas de récidive. Les publications condamnées pourraient l'être à des amendes allant jusqu'à 5 millions de DA (500'000 FF, 120'000 FS), voire le double en cas de récidive. Le projet d'amendement du code pénal prévoit également d'élargir le délit existant d'"outrane envers les corps constitués" à l'"outrage, l'injure ou la diffamation" (par tout moyen d'information ou de publication) envers le Parlement, l'une ou l'autre de ses Chambres, les cours et tribunaux, l'ANP ou "toute institution publique" ou corps constitué. "El Watan" signale que ces dispositions feraient, dans le domaine de l'internet, jurisprudence en Algérie, "puisqu'il n'existe actuellement aucune loi qui codifie les libertés informatiques" et que l'Algérie "ne censure pas encore Internet". Le quotidien signale que l'article, initialement envisagé, réprimant les tenues vestimentaires "ostentatoires" (c'est-à-dire réputées "islamistes") a été retiré du projet d'amendement, faute de pouvoir définir précisément ce qu'est une "tenue ostentatoire" dans un pays qui ne connait pas (ou plus) de mode "national standard et conventionnel" de se vêtir.
(Le Monde 3.3, El Watan 4.3) Après le président Bouteflika, qui en janvier avait estimé qu'il était "indécent d'infliger une amende de 1000 dinars à une personne qui insulte l'Etat et attente à son prestige à l'intérieur et à l'extérieur du pays" (ce qui avait suscité une protestation commune de 16 éditeurs et patrons de presse contre une tentative d'"instaurer le censure et l'autocensure", puis le général Lamari, chef d'état-major, qui le 26 février avait dénoncé "l'usage méprisable qui est fait des libertés chèrement acquises" et "des écrits éhontés, des caricatures, des outrances et des insanités" à l'égard de l'armée et de ses chefs, c'est le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia qui, en dévoilant le 28 février les intentions du pouvoir à l'égard des "dépassements" de la presse, a suscité la crainte de celle-ci. Ouyahia présentait les projets d'amendements au code pénal, qui doivent encore être soumis au parlement, sanctionnant les écrits ou les caricatures jugés diffamatoires, quel que soit le moyen d'information par lequel ils sont transmis. Selon ces projets, un medium qui offensera le chef de l'Etat sera passible d'une amende d'un demi million à 5 millions de dinars (50'000 à 500'000 FF, 12'000 à 120'000 FS). Les auteurs d'écrits ou de propos jugés diffamatoires risqueraient de un à trois ans de prison et jusqu'à 100'000 dinars d'amende. En cas de récidive, les peines seront doublées. Ces dispositions préoccupent d'autant plus les milieux des media algériens (du moins des media privés) qu'elles s'inscrivent dans un contexte général (maintien de l'état d'urgence, violence, opacité du processus de décision politique, guerres de clans) ne permettant guère aux professionnels de media qui le souhaiteraient de faire un véritable travail d'information. Le 3 mars, en ouvrant la session parlementaire de printemps, le président de l'Assemblée nationale, Abdelkader Bensalah, s'en est lui aussi pris à la presse, en en particulier "aux écrits peu précis qui visent à créer une crise fictive entre les institutions de l'Etat". Les projets de loi modifiant le Code de procédure pénale, le Code pénal, le Code civil et l'ordonnance sur l'assistance judiciaire ont déjà été transmis au bureau de l'Assemblée; ils seront transmis dans un délai d'une semaine à la commission judiciaire, qui aura une quinzaine de jours pour les examiner, et les transmettre ensuite au plénum.
(Le Quotidien d'Oran 4.3) Dans son rapport 2000 sur "les ennemis de l'Internet", Reporters sans frontières (RSF) cite l'Algérie au nombre de ces ennemis, aux côtés de la Corée du Nord de la Chine et de l'Aghanistan. Le rapport porte sur 59 pays. RSF mentionne notamment, s'agissant de l'Algérie, l'obligation faute aux fournisseurs d'accès de "prendre toutes les dispositions nécessaires afin d'assurer une surveillance constante du contenudes serveurs accessibles à leurs abonnés" afin d'empêcher l'accès de ceux-ci à des "serveurs contenant des informations contraires à l'ordre public et à la morale". Cela étant, relève "Le Quotidien d'Oran", les Algériens peuvent encore actuellement accéder librement à l'importe quel site à partir de n'importe quel fournisseur, contrairement aux Tunisiens à qui l'on impose d'avoir des adresses électroniques sur les serveurs tunisiens (afin, vraisemblablement, d'en surveiller le contenu).
(AFP 11.3) Le fournisseur français d'accès internet Wanadoo, filiale de France Télécom, a signé un accord avec la société algérienne EEPAD, fondée en 1992, premier fournisseur privé d'accès internet en Algérie, afin de développer l'internet en Algérie. Wanadoo participera au capital d'EEPAD, et l'accord prévoit également un partenariat technique, une licence de distribution et la représentation de la marque Wanadoo en Algérie. L'Algérie a ouvert l'internet au secteur privé en août 1999.
(El Khabar, El Watan 12.3) Une surprenante pénurie de papier semble frapper les imprimeries travaillant pour la presse privée algérienne. Les responsables de l'imprimerie du centre démentent cependant qu'il y ait pénurie et assurent que le papier est disponible et que le tirage se déroule normalement -du moins, précisent-ils, pour les clients solvables s'acquittant de leurs créances en entier et à temps (des quotidiens ne peuvent cependant toujours pas régler leur facture auprès des imprimeries, certains ont fini par disparaître purement et simplement pour des raisons financières, et d'autres sont sous la menace constante de les suivre. ). La Société d'impression de l'Oueat (SIO) déclare disposer d'un stock de papier assurant l'impression des journaux pendant une semaine, ce qui serait sa pratique habituelle. Mais elle a tout de même pris ses précautions en réduisant le tirage d'un certain nombre de titres, qui ne s'acquittent pas de leurs factures régulièrement. Une autre imprimerie, la SIMPRAL, assure qu'elle disposera d'un stock de papier suffisant pour assurer le tirage des journaux pendant un mois, après réception d'une cargaison de papier dans le port d'Alger. Par contre, le PDG de l'"Algérienne du papier" (ALPAP) a déclaré au "Quotidien d'Oran" être "en rupture de stock", et assure avoir prévenu les autorités en février 2000 déjà de ce risque. L'ALPAP, en situation de monopole, est dépendante à 100 % des paiements que doivent lui faire les imprimeries; or les imprimeries sont grevées de créances irrécupérables provenant de journaux insolvables. Ces imprimeries vont recourir au découvert bancaire pour subsister, et les impayés auprès de l'ALPAP vont s'assumuler, ce qui va contraindre l'ALPAP à réduire ses achats (importations) de papier. Du coup, son PDG peut affirmer aujourd'hui que la société publique est en état de "quasi-faillite".
(El Watan 12.3) L'ONG de défense de la liberté d'expression "Article 19" s'est adressée au président algérien pour dénoncer les projets d'amendement du Code pénal, portant sur la répression de la diffamation et de l'injure à autorité. Pour "Article 19", ces projets représentent un "recul" de la législation algérienne, et l'éloignent des standards reconnus en matière de respect des libertés d'expression et de presse. "Article 19" estime notamment que les peines encourues pour diffamation (jusqu'à 70'000 dollars, et jusqu'à trois ans de prison) sont excessives, et que la possibilité d'emprisonner des journalistes et des responsables de publication est inacceptable. "Article 19" estime également que les usages internationaux dénient le droit de recours des autorités publiques en justice sous le motif de diffamation.
(Algeria_Interface) La reparution du journal "La Nation", annoncée depuis plusieurs mois, est toujours rendue impossible par l'imprimeur, qui avait pourtant proposé un ré-échelonnement de la dette du journal -ce que l'éditeur avait accepté-, mais qui est finalement revenu sur ses engagements et a exigé une caution de 5 millions de dinars (500'000 FF, 120'000 FS), pour indiquer finalement au propriétaire du titre, Omar Attia, qu'il n'avait toujours pas obtenu de feu vert en haut lieu pour autoriser la reparution du journal.
(El Watan 8.4) L'ONG américaine "Freedom House" envisage un programme de promotion de la démocratie et des droits humains en Algérie (d'un coût de 400'000 dollars), ont annoncé dans un entretien accordé à "El Watan" deux membres de l'organisation, Lisa Davis et Leonard Sussman, qui se sont déclarés impressionés "par le courage des journalistes" algériens et les efforts qu'ils fournissent, eux et les directeurs de journaux, pour "repousser les obstacles qui s'opposent à la liberté de la presse". Les représentants de Freedom House considèrent que, par les nouveaux projets de loi sur la diffamation à l'encontre d'autoritès "l'Algérie veut aller à contresens de ce qui se passe ailleurs" en matière de liberté de la presse, et déclarent vouloir "renforcer fortement" la société civile et les médias, "étant donné que la violence a régressé et que la sécurité est maintenant plus importante". Ils considèrent également qu'"il y a eu une nette amélioration" dans le domaine de la liberté de la presse en Algérie depuis cinq ans, et qu'il y a dans ce domaine "une différence claire entre l'Algérie et les autres pays du Moyen-Orient", mais qu'il faut se "débarrasser" des textes de loi "contraires à la liberté de la presse et à l'exercice d'un journalisme indépendant et libre", et qui "conduisent souvent à une autocensure".
(AAI 15.4, Liberté 16.4) Le fournisseur algérien d'accès à l'internet Gecos offre désormais des forfaits gratuits à internet (entre minuit et huit heures du matin), et compte obtenir 20'000 abonnés avant la fin de l'année. Gegos va ouvrir des points d'accès à internet à Blida, Médéa, Aïn Defla, Tipaza, Laghouat, Sétif, Constantine et Annaba. Pendant ce temps, "Liberté" signale qu'à Boufarik les "cybercafés" font l'objet d'un contrôle policier sessré, et sont "tenus de signaler quotidiennement les listes de leurs visiteurs ainsi que toute consultation suspecte" au nom de la défense des bonnes moeurs et de la lutte contre la subversion : "il y a quelques jours, les gérants des cybercafés de la ville ont été convoqués séparément pour, à première vue, un contrôle de routine" (vérification du registre du commerce, listing du matériel, référendences réseau). Mais les gérants ont reçu en outre "des instructions fermes pour enregistrer, surveiller et même "espionner" leurs clients" en prenant leur nom, prénoms, date de naissance, adresse, numéro de la carte d'identité pour en faire une liste à communiquer ensuite à la police. Celle-ci les aurait en outre invité à faire rapport sur les sites visités, les messages à caractère subversif, les consultations à caractère "immoral"". Pour le responsable policier de cette opération, il s'agit de "protection des mineurs" car il y a "des enfants qui consultent carrément des sites X" et des cybercafés qui deviennent des "instrument(s) de dépravation morale" et de "véritables lieux de débauche". Certains gérants de cabercafés assurent qu'ils ne se soumettront pas aux exigences de contrôle policier, "quitte à fermer boutique".
(El Watan, Le Matin 19.4) Le directeur général du quotidien (en arabe) oranais "Erraï", Moussa Ben Naoum, a été informé par le service d'exécution des peines d'Oran qu'il avait été définitivement condamné par la Cour Suprême à deux mois de prison ferme pour diffamation, dans une affaire jugée en première instance en juillet 2000. La condamnation prononcée à l'époque faisait l'objet d'un recours à la Cour Suprême. Moussa Ben Naoum a cependant été grâcié en novembre 2000 par le président de la République, à l'occasion du 1er novembre. Il affirme n'avoir jamais été convoqué par la Cour Suprême, et faire actuellement encore l'objet d'une campagne d'intimidation de la part du juge de première instance, qui aurait contraint un citoyen à porter à nouveau plainte contre le journal. C'est la seconde fois en un mois que des responsables de journaux oranais se voient infliger des peines de prison ferme.
(Jeune Indépendant 18.4, El Khabar, El Watan, Le Matin 19.4) La onzième célébration de la journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai prochain, fait l'objet en Algérie d'un appel à une "journée sans presse", en guise de protestation contre le projet de modification du code pénal, que l'Assemblée nationale s'apprête à examiner. Ce projet, contre lequel des journalistes ont lancé une pétition (voir texte ci-dessous) prévoit de sévères sanctions contre les professionnels des media, et les media eux-mêmes, qui seraient reconnus coupables de "diffamation", d'"injure" et "d'offense". Le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia a rencontré le 18 avril le groupe parlementaire FLN (et le président de l'Assemblée, Abdelkader Bensalah) pour obtenir de lui son soutien au projet de révision du code pénal et du code de procédure pénale. Ahmed Ouyahia avait déjà rencontré précédemment, pour la même raison, le groupe parlementaire de son propre parti, le RND, et devrait rencontrer ceux du MSP et d'Ennahda, toujours pour obtenir le soutien à son projet. Le MSP s'est réuni le 18 avril pour étudier le projet, et s'est prononcé à la fois pour ls liberté d'expression, le droit à la différence et les libertés individuelles, et pour l'élaboration d'un texte de loi déterminant les droits et les devoirs des journalistes. A L'Assemblée nationale, le projet d'Ahmed Ouyahia risque bien de n'être finalement combattu que par les députés du FFS, du Parti des travailleurs et par les indépendants, ainsi que par les députés du MRN d'Abdallah Djaballah (qui s'oppose au texte non pour ce qu'il contient de menaces contre la liberté de la presse, mais pour ce qu'il contient par ailleurs de surcroît de contrôle politique sur les mosquées). Le Syndicat national des journalistes envisage quant à lui d'organiser un sit-in devant le siège de l'Assemblée national le jour de la présentation du projet. Le Syndicat national autonome des professionnels de l'administration publique (SNAPAP) lance un appel aux députés, les invitant à rejeter le projet "pour la simple raison que l'histoire a montré que chacun de vous et de nous a besoin de liberté et (que) le projet réprime cette liberté". Le SNAPAP invite la "société civile" a s'opposer au projet.
(El Khabar, Le Matin 22.4, Ribat 22.4, Le Matin, Liberté 23.4) L'examen par l'Assemblée nationale le 22 avril du projet gouvernemental de modification du code pénal, projet qui implique de plus sévères sanctions contre les journalistes et les éditeurs de journaux reconnus coupables de "diffamation", continue de susciter une opposition résolue des milieux des media, qui ont appelé à manifester devant l'Assemblée le 22 avril. "Le Matin" constate cependant que ce projet n'a suscité que peu de réactions au sein de la "société civile pourtant directement concernée par le texte en question". La manifestation a rassemblé une centaine de journalistes et quelques centaines d'autres personnes, dont des députés (FFS, indépendants et du Parti des travailleurs, et même du RCD et du RND, et un ancien ministre de l'Information, Abdelaziz Rahabi).Le Syndicat national des journalistes dénonce un projet ne visant "en réalité qu'à bâillonner les libertés de la presse et d'expression", et demande le retrait immédiat du projet. Les éditeurs de la presse indépendante demandent également, dans une déclaration commune, au députés de rejeter un projet qu'ils jugent fondamentalement négatif pour la démocratie en Algérie". Le "Conseil de l'éthique et de la déontologie" de la presse appelle lui aussi a refuser les propositions gouvernementales. Tout en demandant des précisions sur le projet, la plupart des partis gouvernementaux (notamment le RND, le FLN et le MSP) y ont apporté leur soutien, quitte à proposer (comme le RND et le FLN) des allégements des peines d'emprisonnement prévues. Le RCD soutient quant à lui les propositions de renforcement du contrôle politique des mosquées tout en critiquant la sévérité des peines prévues à l'encontre des journalistes. Nahda adopte plus ou moins la position inverse. Les seules oppositions sont venues (ou viendront) des députés du Parti des Travailleurs, qui demande le retrait pur et simple du projet, des indépendants et du FFS (absent des débats le 22 avril). Hors du parlement, le MDS a également exprimé son opposition au projet. Le RCD pourrait pour sa part s'abstenir lors du vote. Finalement, le projet devrait être accepté sur le fond, avec un allégement des sanctions prévues contre les professionnels de la presse en cas de condamnation pour "diffamation, insulte, outrage ou injure". Quant au volet du projet qui concerne le renforcement du contrôle de l'Etat sur les mosquées, il semble, assez curieusement, susciter moins d'opposition.
Face à l'opposition des milieux de la presse et des partis d'opposition, le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia a assuré que son projet n'avait pour but que l'organisation et la codification de la liberté de la presse, dans l'attente d'un nouveau code de l'information. Pour le ministre, il s'agit d'une démarche "salvatrice" pour la démocratie naissance, démarche consistant à préserver les institutions de l'injure, de l'outrage et de la diffamation : "Si beaucoup ont demandé la liberté d'expression, personne n'a demandé la liberté d'insulter", déclare Ouyahia, qui assure en outre que le gouvernement n'est "pas assez fou" pour s'attaquer à la liberté d'expression alors qu'il tente d'ouvrir l'Algérie sur le monde en se préparant à ratifier l'accord d'association avec l'Union européenne".
Le FIS a lui aussi répondu, à sa manière, aux journalistes opposés aux proposition gouvernementales : "Quelle liberté défendent les journalistes qui protestent contre le nouveau statut de la presse ?" se demande le bulletin du FIS (de Rabah Kébir) "El Ribat, qui répond : "certainement pas celle qui permet à l'expression plurielle de s'exercer dans le pays", puisque "les mêmes journaux qui crient aujourd'hui au loup parce que leurs intérêts corporatistes sont couchés ont condamné à mort la presse de l'opposition et ont soutenu le pouvoir quand celui-ci a interdit toute la presse porteuse de valeurs nationales et musulmanes". Pour le bulletin islamiste, "la presse a ascié la branche sur laquelle reposait tout l'édifice démocratique en construction", et paye aujourd'hui "ses trahisons et sa collaboration avec (le) système". Pour "El Ribat", la presse algérienne actuelle n'exprime "aucune pluralité", rien ne "distingue sur le plan idéologique "Liberté" et "Le Matin", "La Tribune" et "El Watan" (le bulletin islamiste ne cite d'ailleurs que des exemples de quotidiens en français...) et "les journalistes algériens ne sont démocrates que lorsqu'ils sont les seuls à s'exprimer, à l'exclusion de toutes les autres opinions que renferme naturellement la société algérienne".
(Liberté, Quotidien d'Oran, El Watan 25.4, El Khabar, El Watan 26.4) Au deuxième jour du débat à l'Assemblée nationale sur le projet de modification du code pénal, et en particulier sur les nouveaux articles sanctionnant le "diffamation" et "l'injure", et visant particulièrement la presse, le FFS est intervenu de manière "particulièrement virulente" (selon "Liberté") par la voix du président de son groupe parlementaire, Mustapha Bouhadef, qui a accusé le pouvoir de vouloir "étouffer la vie politique par le biais de lois et mesures d'exception (dont) le code pénal constitue le couronnement". Qualifiant le projet du ministre Ouyahia de "monstre juridique", Mustapha Bouhadef considère que ce projet ne "sanctionne pas exclusivement la presse mais toute la société civile". "Au lieu de pénaliser la fraude, on veut pénaliser ceux qui la dénoncent", résume Bouhadef. Opposé par principe à "la pénalisation de la notion de diffamation", le FFS est donc opposé à tout projet de loi impliquant cette pénalisation, et boycottera la séance de vote du projet (si ce vote a lieu...) quels que soient les amendements qui pourraient être retenus par l'Assemblée (le RND, le FLN et le RCD proposent notamment un assouplissement des peines prévues), et considère que "ceux qui s'inscrivent dans la démarche d'amendement du texte sont complices" du texte lui-même et le cautionnenent, même lorsque dans le même temps ils manifestent avec les journalistes. L'Alliance nationale républicaine (ANR, gouvernementale mais non représentée à l'Assemblée nationale) s'est également prononcée contre le projet de loi gouvernemental, estimant, sous la plume de son président Redha Malek, que "la privation de liberté pour délit de presse n'est plus à la mode à notre époque et dans un pays qui aspire à une démocratie véritable". Le Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) appelle lui aussi au rejet du projet, et à "une mobilisation active contre toutes les véllités répressives, préludes à l'instauration d'une dictature qui ne dit pas son nom". Reporters Sans Frontières a également demandé aux députés algériens de refuser et de rejeter le projet gouvernemental, qui selon le secrétaire général de RSF Robert Menard, constituerait s'il était adopté "un recul dangereux pour la liberté d'expression, qui est encore fragile en Algérie".
Le 24 avril, les travaux de l'Assemblée nationale ont été renvoyée par le président de l'Assemblée, Abdelkader Bensalah, à une séance ultérieure. Il semble que ce renvoi soit du aux divergences apparues au sein de la coalition gouvernementale sur le sort à réserver à la loi elle-même et aux amendements déposés par certains groupes (ou fractions de groupe)
(www.algeria-interface.com) Le numéro d'avril du "Monde Diplomatique" n'a pas été distribué en Algérie sur décision de son diffuseur algérien "Media presse international". Ce numéro consacrait une partie de sa "une" et plusieurs pages à l'Algérie.
Pétition des journalistes
L’Assemblée populaire nationale (APN) s’apprête à débattre d’un nouveau texte codifiant la diffamation, l’injure et l’offense. La teneur particulièrement répressive de ce texte annonce une réduction certaine de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. Les journalistes professionnels admettent que les règles de déontologie et d’éthique, règles universelles, doivent être respectées quelles que soient les circonstances. Nous, journalistes signataires de la présente pétition, sommes inquiets devant la volonté du gouvernement de museler la presse et de rétablir les pratiques de la censure.
Nous estimons que les rares acquis démocratiques arrachés par les Algériens ne sauraient être remis en cause sous quelque prétexte que ce soit. Le droit à l’information et celui de la liberté d’expression sont des principes constitutionnels qui ne doivent en aucune manière être violés. Les journalistes signataires appellent tous les députés à faire preuve de raison et de responsabilité et à prendre en compte l’aspiration à la liberté et à la démocratie de l’ensemble de la société algérienne d’aujourd’hui.
(El Watan 5.5) Un séminaire patronné par l'UNESCO et qui devait se tenir à Alger les 7 et 8 mai sur les thème "Les médias et le racisme" a été annulé par les autorités algériennes. Le séminaire devait traiter de trois thèmes : "Les émigrés maghrébins en Europe", "intolérance et respect des libertés" et "les progrès de la liberté de la presse au Maghreb". Les autorités algériennes ont fait savoir au denier moment (le 3 mai) qu'elles n'étaient "pas en mesure" d'accueillir le séminaire et ont demandé son report à une date ultérieure, non définie.
(Corr 3.5) les familles de deux journalistes "disparus", Djamil Fahassi et Aziz Bouabdellah, ont saisi l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, pour rappeler que le sort de leurs proches, disparus respectivement en mai 1995 et avril 1997, n'était toujours pas connu. Les familles Fahassi et Bouabdellah dénoncent le "silence coupable et lourd de conséquences" des autorités sur la disparition des deux journalistes, et appellent "pour l'énième fois" leurs confrères à "faire preuve de solidarité active" à leur égard, "afin que toute la lumière soit faite sur leur sort".
(RSF 9.5) Dans une lettre adressée au ministre algérien de l'Intérieur Yazid Zerhouni, Reporters sans frontières (RSF) a protesté le 9 mai contre l'arrestation du photographe de l'hebdomadaire "Mechouar el Ousbou'a", Saad Djaffar, et a demandé qu'il soit relâché. Saad Djaffar a été incarcéré le 7 mai à Serkadji, Alger à la suite d'une plainte déposée par la famille d'une jeune fille dont la photo, partiellement masquée, avait, par erreur, été utilisée
(Corr 19.5 / Le Matin 21.5) Dans une lettre adressée au président Abdelaziz Bouteflika, Reporters sans frontières (RSF) a déploré l'adoption par l'Assemblée nationale du projet d'amendement du Code pénal qui sanctionne désormais les délits de presse par de lourdes amendes et des peines allant de deux mois à un an de prison. "Ces nouvelles dispositions sont un net recul pour la liberté de la presse dans votre pays", a souligné Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. "Nous vous demandons d'user de toute votre influence afin que le Conseil de la nation (le sénat) n'adopte pas ce projet d'amendement du Code pénal", a-t-il ajouté. RSF a rappelé que, dans un document du 18 janvier 2000, Abid Hussain, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, a demandé "à tous les gouvernements de veiller à ce que les délits de presse ne soient plus passibles de peines d'emprisonnement, sauf pour des délits tels que les commentaires racistes ou discriminatoires ou les appels à la violence" et a rappelé que l'emprisonnement en tant que condamnation de l'expression pacifique d'une opinion constitue une violation grave des droits de l'homme".
Le projet d'amendement du Code pénal a été adopté par l'Assemblée nationale algérienne, le 15 mai 2001. L'article 144 bis prévoit désormais des peines de deux à douze mois de prison et des amendes variant de 50 000 à 250 000 dinars (762 à 3811 euros) contre toute "atteinte au président de la République en termes contenant l'injure, l'insulte ou la diffamation, soit par l'écrit, le dessin ou par voie de déclaration, et ce, quel que soit le moyen utilisé : diffusion sonore, image, support électronique, informatique ou autre". Les poursuites peuvent désormais être engagées directement par le ministère public, sans dépôt préalable d'une plainte. En cas de récidive, les peines d'emprisonnement et les amendes sont "portées au double". Toutes ces sanctions sont également applicables dans le cas où les délits sont commis à l'encontre du "Parlement ou de l'une de ses deux Chambres, de l'ANP" (l'Armée nationale populaire) mais aussi de toute "autre institution publique ou tout autre corps constitué".
La délégation parlementaire européenne en visite en Algérie depuis le 18 mai a rencontré le 20 les éditeurs algériens pour les entendre sur ces nouvelles dispositions. Auparavant, les députés européens avaient rencontré des représentants de partis politiques. Les représentants du RND ont assuré que les nouvelles dispositions pénales "ne sont pas une atteinte à la liberté d'expression", qu'elles ne sont motivées que par le souci de "mettre les personnes et les institutions à l'abri de la diffamation, de l'outrage et de l'injure" et que "la liberté d'opinion reste un acquis constitutionnel et démocratique irréversible" en Algérie -position également affirmée par le Premier ministre Ali Benflis, plusieurs ministres et le président du Sénat, Chérif Messaâdia.
Déclaration du Syndicat national des journalistes (SNJ)
Alger, le 20 mai 2001
L'Assemblée populaire nationale, issue d'une fraude
massive, vient d'adopter le texte de loi le plus répressif
de l'histoire de l'Algérie post-Octobre 88 à l'encontre
des libertés de presse et d'expression.
Cet acte renseigne une fois de plus sur les visées
autoritaires d'un pouvoir décidé à étouffer les libertés
démocratiques. Cette démarche liberticide se vérifie
également à travers la répression sanglante des
manifestations de Kabylie.
Le Syndicat national des journalistes qui a toujours
inscrit son action dans le combat démocratique du
peuple algérien dénonce vigoureusement :
- la mort programmée de la presse et de la libre
expression ;
- la répression sanglante dont est victime la population
de Kabylie qui s'est soulevée contre la hogra,
l'exclusion sociale et le déni identitaire et s'incline
devant la mémoire des victimes de ces tragiques
évènements.
Pour préserver les acquis démocratiques et en arracher
d'autres, le Syndicat national des journalistes appelle
ses adhérents et l'ensemble des professionnels des
médias à exprimer là où ils se trouvent leur rejet de
cette loi liberticide.
Le Syndicat national des journalistes appelle également
une convergence des organisations sociales, (syndicats,
comités, associations) pour la défense des libertés
démocratiques.
Enfin, le Syndicat national des journalistes appelle
l'ensemble des citoyens à se mobiliser pour faire échec
à l'instauration d'un régime dictatorial et construire un
Etat démocratique.
(AP 22.5, 23.5 / El Watan 23.5 / Quotidien d'Oran 23.5 / CCFIS 23.5 / El Khabar 24.5 ) Le "Comité de crise" des éditeurs de la presse privée algérienne a appelé le 22 mai à une série d'actions de "riposte aux attaques mortelles" contre la liberté d'expression, et notamment à une "journée sans journaux" le 28 mai -date à laquelle un rassemblement ouvert à la "société civile et aux partis politiques" devrait avoir lieu à Alger, en face de la "Maison de la presse", ainsi que dans plusieurs autres villes (Annaba, Oran, Constantine, Sétif, Tizi Ouzou) sous le mot d'ordre "Non à la mise à mort des libertés, non à la dictature". Plusieurs dizaines de journalistes, représentant la presse locale et nationale, accompagnés de plusieurs centaines de personnes, ont manifesté le 23 mai à Tizi Ouzou à la mémoire des victimes des émeutes en Kabylie et pour protester contre les nouvelles dispositions pénales s'appliquant aux media -dispositions qui ne sont pas encore entrées en vigueur, puisqu'elles n'ont pas encore été acceptées par le Conseil de la Nation (Sénat). A Paris et Bruxelles, des comités de journalistes ont été constitués pour soutenir les journalistes algériens. La ligue algérienne des droits de l'Homme de Boudjemâa Ghechir appelle dans un communiqué à "faire barrage" à une tentative d'"anéantissement des libertés d'opinion et d'expression". Le "comité de crise" de la presse privée a décidé le 23 mai de "punir" les deux partis qui ont fait passer les amendements du code pénal à l'Assemblée nationale, le FLN et le RND, en boycottant leurs activités. La pétition lancée par la presse privée contre le nouveau code pénal (et de procédure pénale) a receuilli plusieurs milliers de signatures. Pour sa part. le Conseil de coordination du FIS dénonce "cette presse qui crie aujourd'hui au scandale et fustige les lois du code pénal qui la concerne (mais) passe sous silence les textes et lois du même code qui bâillonnent les droits élémentaires des imams". Pour le CCFIS, "par ses filiations directes ou indirectes aux groupes occultes qui gravitent autour de la junte, (...) la presse privée a été l'instrument de propagande de la politique de l'éradication", et la presse ne sera indépendante "que lorsqu'il existera (en Algérie) une presse qui reflètera la diversité des courants politiques et idéologiques qui traversent la société algérienne et en premier lieu ceux de la majorité silencieuse" -autrement dit, lorsqu'il existera en Algérie une presse islamiste.
(La Tribune 27.5 / Le Monde 28.5) 21 titres de la presse indépendante algérienne n'ont pas paru le 28 mai en signe de protestation contre les nouvelles dispositions "liberticides" du Code pénal. Des rassemblement ont été organisés dans onze villes pour exiger le retrait des dispositions "scélérates", que le Sénat n'a pas encore validées. A Alger, la manifestation a rassemblé plusieurs milliers de personnes, dont des représentants de tous les partis de l'opposition non-islamiste (FFS, PT, RCD, MDS, FD, PRA). Une "Coordination nationale de défense des libertés démocratiques" a été créée le 24 mai, à l'appel du Syndicat national des Journalistes. Elle regroupe une vingtaine de syndicats et d'associations.
Le 26 mai, le FFS a publié une déclaration soulignant que "l'adoption de l'amendement du code pénal vient compléter et parachever toutes les dispositions et mesures de restriction des libertés de presse et d'expression. Ce projet vise également à consacrer l'impunité en empêchant tout droit de regard de la société dans l'action du pouvoir et dans la gestion des affaires publiques". Le FFS exige le retrait "immédiat et onconditionnel" de l'amendement du code pénal et se solidarise avec toutes les actions en ce sens.
Le RCD a également appelé "les citoyennes et les citoyens algériens à se joindre massivement aux actions pacifiques initiées contre cette loi scélérate". L'Âssociation des victimes et familles de victimes d'Octobre 1988, le SNAPAP, le Rassemblement Actions Jeunesse, le Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR), l'Association "Vie" et Reporters sans Frontières ont également apporté leur soutien aux actions de protestations contre "la mise à mort des libertés" de presse et d'expression.
Les amendements au code pénal doivent encore être adoptés par le Sénat, le 5 juin prochain, à la majorité qualifiée des trois quarts. Le Sénat ne peut plus amender le texte. La majorité RND+FLN qui a fait passer le texte à l'Assemblée nationale est plus réduite au Sénat, compte tenu de la présence de Sénateurs "indépendants" et d'un tiers des sièges occupés par des Sénateurs désignés par le président Bouteflika, et dont on ne sait pas quelle est réellement leur position. Du côté de l'opposition, seul le FFS est représenté au Sénat (par quatre Sénateurs). Le MSP, gouvernemental mais ayant voté contre le texte à l'Assemblée nationale, détient trois sièges.
Le Communiqué de Reporters sans Frontières
A l'occasion de la "Journée sans journaux" qui se tiendra, le 28 mai, à Alger et dans plusieurs villes de province, Reporters sans frontières (RSF) réaffirme sa solidarité avec le mouvement de protestation de la presse algérienne. "Les journalistes algériens avaient la chance de jouir d'une liberté sans commune mesure avec celle de leurs confrères de Tunisie ou du Maroc", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. "L'adoption, le 16 mai dernier, du projet d'amendement du Code pénal qui renforce les peines d'emprisonnement et les amendes pour les délits de presse constitue un recul dramatique pour la liberté de la presse dans ce pays. Renforcer les peines de prison et les amendes en cas de "diffamation" traduit la volonté des autorités algériennes, d'une part, de contraindre les journalistes à recourir à l'autocensure et, d'autre part, de pousser les journaux à la faillite", a-t-il ajouté. Le secrétaire général de l'organisation a, par ailleurs, fait une demande de visa pour l'Algérie, le 23 mai, afin d'assister au rassemblement, prévu le 28 mai, place de la Liberté de la Presse, à Alger. A ce jour, l'organisation n'a pas reçu de réponse de la part des autorités algériennes.
RSF rappelle qu'en janvier 2000, Abid Hussain, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, a demandé "à tous les gouvernements de veiller à ce que les délits de presse ne soient plus passibles de peines d'emprisonnement, sauf pour des délits tels que les commentaires racistes ou discriminatoires ou les appels à la violence".
RSF rappelle également que le 17 mai, le Parlement européen a adopté une résolution dans laquelle il a exprimé "sa préoccupation au sujet du projet de modification des articles du Code pénal qui concernent la presse".
Depuis le début de l'année, RSF s'est prononcée, à trois reprises, contre ce projet d'amendement du Code pénal. L'organisation avait notamment demandé aux membres d'une délégation européenne en visite à Alger, le 24 avril, d'aborder la question de la législation sur la presse avec les autorités algériennes. Dans une lettre adressée, le 17 mai, au chef de l'Etat, Abdelaziz Bouteflika, RSF lui avait demandé d'user de toute son influence afin que le Conseil de la Nation (le Sénat) n'adopte pas ce texte. Les sénateurs doivent se prononcer sur ce projet dans la semaine du 28 au 31 mai.
En mai, un photographe a été maintenu en détention préventive pendant une semaine pour un délit de presse. Saad Djaffar, photographe de l'hebdomadaire arabophone Mechouar el Ousbou'a a été arrêté, le 7 mai, suite à la parution de la photo d'une jeune fille illustrant un reportage sur la prostitution (Mechouar el Ousbou'a du 25 avril 2001). Bien que le photographe ait expliqué au tribunal avoir commis une erreur - la jeune fille de la photo n'ayant rien à voir avec le sujet -, la famille de cette dernière a décidé de maintenir sa plainte. Le 13 mai, le photographe a été condamné à quatre mois de prison avec sursis ; l'auteur de l'article, le rédacteur en chef et le chef du personnel du journal à six mois avec sursis.
D'autres peines de prison ont récemment été prononcées à l'encontre de journalistes. Le 7 avril, le tribunal d'Oran a condamné à six mois de prison Arab Izarouken, directeur de publication de La Voix de l'Oranie, et Aouari Abdelkrim, chef de la rubrique locale du même journal. Les deux hommes étaient poursuivis pour avoir publié une lettre ouverte, le 1er novembre 2000, intitulée "Aux charognards de la mafia politico-administrative et financière d'Oran". Une personnalité de la région avait cité nommément quatorze personnes accusées de faire partie d'"une mafia locale, responsable de la dilapidation du foncier à Oran". Les journalistes ont fait appel.
(MRAP 25.5 / La Tribune, El Watan 30.5) La "Coordination nationale de défense des libertés démocratiques", créée pour obtenir l'abrogation des récents amendements au code pénal, appelle pour le 7 juin à une marche nationale et invite la population, les mouvements, les associations et "toutes les forces politiques et sociales déterminées à défendre les libertés démocratiques et à s'opposer à la répression" à soutenir cette marche et à y participer. La coordination, créée à l'initiative du Syndicat national des journalistes, regroupe déjà de nombreuses associations et organisations, dont l'UGTA, le Mouvement culturel berbère, le Comité national contre l'oubli et la trahison. Un "Forum pour les libertés" devrait se tenir le 7 juin à Constantine, et un autre a été créé à Oran, comprenant notamment le SNJ, le RCD, le MDS, le CNES et le SATEF, ainsi que les coordinations d'étudiants. Le comité de crise de lapresse indépendante a cependant refusé de répondre favorablement à l'invitation du FFS à rejoindre sa marche du 31 mai. Les correspondants de la presse algérienne indépendante en France, soutenus par le MRAP et de très nombreuses associations de solidarité avec l'Algérie, organisaient jeudi 31 mai à Paris un rassemblement de protestation contre la "guerre ouverte que le pouvoir (algérien) engage contre la liberté de la presse et toutes les formes de libre expression" en Algérie, et contre la volonté du pouvoir "de mettre au pas la société algérienne, de la réduire au silence, d'étouffer toute contestation, dans la même logique totalitaire qui a conduit à l'utilisation de la force contre la population en Kabylie"
(Quotidien d'Oran 10.6) Deux sites internet algériens ont été victimes d'"attaques" de "hackers", marocains selon "Le Quotidien d'Oran" : le site de la radio publique (www.algerian.radio.dz) a été purement et simplement remplacé le 7 et le 8 juin par une page annonçant son piratage, dénonçant "la répression actionnée par les généraux par le peuple algérien frère" et proclamant que "le Sahara occidental est marocain". Le 9 juin, c'est le site de la Banque d'Algérie qui subissait une attaque : tous les liens de sa page d'accueil se sont mis à renvoyer vers des pages où les "pirates", affirmant être marocains, expliquaient leur geste par les "évènements de Kabylie".
(Liberté 6.6, Quotidien d'Oran 7.6) Le Conseil de la Nation (Sénat) a commencé d'examiner le 6 juin en séance plénière le projet d'amendement du code de le procédure pénale, avant l'examen, prévu pour le 10 juin, du projet d'amendement du code pénal. Une proposition a cependant été faite de reporter l'examen de ce projet à une date ultérieure, compte tenu de la situation conflictuelle présente. Le ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia, s'est contenté de dire que le Sénat était libre de choisir de reporter ou non l'examen du projet. "Liberté" évoque la possibilité que le sort de ce texte soit en réalité "définitivemment scellé par le pouvoir à qui l'on prête l'intention de le retirer définitivement" et que des responsables de journaux auraient reçu des "assurances fermes" sur le retrait pur et simple du projet.
(La Tribune, El Khabar, Le Matin, Liberté 11.6) Le Conseil de la Nation (Sénat) a entamé le 10 juin, en l'absence de la majorité des sénateurs, le débat sur les amendements "liberticides" du code pénal, adoptés le 16 mai par l'Assemblée nationale. Deux sénateurs, Abdelhak Bererhi et le commandant Azzedine ont demandé le retrait du projet, le sénateur Chikh a demandé le report du débat. Les sénateurs du FFS ont boycotté le débat. Cependant, faute d'une mobilisation réelle de la "société civile", au-delà de la "corporation" de la presse privée, la seule possibilité pour les adversaires du projet d'empêcher que celui-ci entre définitivement en vigueur serait son "gel" par le président Bouteflika, et son renvoi en seconde lecture : "le Président de la République reste bien désormais le seul sauveur potentiel de la presse indépendante" écrit, amère, "La Tribune", qui rappelle "l'inimitié réelle" existant entre lui et elle.
(El Khabar, Liberté 14.6) La cellule de crise de la presse indépendante a appelé l’ensemble de la "famille des médias" à un rassemblement le samedi 16 juin devant le siège du Conseil de la Nation, ou devrait avoir lieu le vote final des propositions d'amendement du code pénal, pour exprimer le refus de ces projets.
Parallèlement, le dessinateur Ali Dillem a annoncé qu'il entamerait une grève illimitée de la faim, à la Maison de la presse, dans le bureau de la Fédération internationale des journalistes, au cas où les amendements au code pénal, porteurs de restrictions à la liberté de la presse, seraient adoptée par le Sénat le 16 juin. Ali Dillem explique sa décision le 13 juin dans la déclaration suivante :
De Kabylie, des Aurès, de partout, la jeunesse se lève pour revendiquer
liberté et dignité. Le pouvoir répond aux appels de la société par la
répression. Au même moment, le sénat s’apprête à entériner l’assassinat
de la liberté d’expression arrachée après d’énormes sacrifices.
Par ce projet, le régime profane une fois de plus, une fois de trop, la
mémoire des martyrs de la démocratie. Par ce projet, le pouvoir refuse
aux Algériens le statut de femmes et d’hommes libres.
Devant ces crimes, moi, Ali Dilem, décide d’entamer UNE GRÈVE DE LA
FAIM à compter du jour du vote de cette loi infâme jusqu’à son
RETRAIT.
Par cette ultime réaction, je joins ma voix à celle des millions de jeunes
Algériens qui se soulèvent pour que soit mis fin à l’injustice.
Par cette ultime réaction, je tiens à dire mon opposition à un texte dont
l’ignominie s’ajoute à la confiscation des libertés et à la condamnation
de la plume et de l’idée.
Par cette ultime réaction, j’entends rester fidèle aux idéaux d’une
corporation qui a chèrement acquis son droit à l’existence.
Par cette ultime réaction, je veux demeurer libre, je me refuse à l’idée de
vivre sans liberté.
Messieurs les bourreaux de la démocratie, L’ALGÉRIE A CHANGÉ.
Si vous voulez tuer la liberté d’expression... TUEZ-MOI AVEC !
(APS 16.6, Quotidien d'Oran 17.6, Horizons 18.6) Le Conseil de la nation a adopte le 16 juin à la majorité, les amendements du code pénal. 112 sénateurs ont voté "oui", 11 "non" et 6 se sont abstenus. Parmi les récalcitrants auc propositions dénoncées comme "liberticides" par la presse privée, on note les 4 élus du FFS ainsi que M. Ahmed Merani et Med Taleb Cherif, sénateurs du "tiers présidentiel", Salah Boubnider et le commandant Azzedine. Le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia a affirmé que ces amendements partiels du code pénal viennent "promouvoir l'Etat de droit, préserver la liberté d'opinion et faire front à tout ce qui est inacceptable" en l'occurrence l'insulte et l'outrage et la diffamation et ce à l'instar de tous les pays. Ahmed Ouyahia a appelé la corporation médiatique "à pratiquer la critique et d'éviter l'insulte, l'outrage et la diffamation". Des journalistes de la presse nationale ont observé hier un sit-in devant le siège du Conseil de la nation pour protester contre l’adoption des amendements du code pénal. Plusieurs personnalités politiques ont tenu à apporter leur soutien aux journalistes : parmi elles Mokrane Aït Larbi, Abdelhak Brerhi, tous deux démissionnaires du Conseil de la nation, Abdelaziz Rahabi, ex-ministre de la Communication et de la Culture, Abdelhamid Lounaouci ancien ministre des Transports et membre du RCD, ainsi que des sénateurs du FFS, des députés d’El Badil et Salah Boubnider. Le secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ) a appelé la corporation à ne pas respecter les amendements du code pénal relatifs à la liberté de la presse et d’expression. Les qiatre sénateurs du FFS ont rendu publique une déclaration dans laquelle ils expliquent leur rejet des amendements en faisant le lien entre l’adoption de ces amendements par une majorité "aux ordres" et le contexte général du pays : «Le pouvoir combine, dans un élan fascinant, la répression aveugle avec les mesures scélérates visant à éradiquer l’expression libre et à soumettre toute une société».
(Quotidien d'Oran 14.6) Une nouvelle organisation, pour la défense des intérêts moraux et socio- professionnels des journalistes a été créée, le "Mouvement des journalistes libres" (MJL). Ses animateurs sont essentiellement des journalistes, « qui ne se reconnaissent pas dans toutes les associations ou organisations des journalistes qui ont vu le jour, depuis 1989 à ce jour. » Les membres fondateurs de cette nouvelle organisation ont tenu le 13 juin une conférence de presse, et ont rendue public un appel affirmant que « le temps de rendre la dignité et l’honneur à la profession, en la libérant des «pesanteurs politiciennes» et des groupes d’intérêts est venu. Il est désormais temps de mettre un terme aux agissements de quelques individus, qui se sont autoproclamés portes- paroles de la profession et qui parlent en son nom et l’utilisent comme champ de guerre». Les animateurs de la nouvelle organisation estiment que « les organisations actuelles ne jouent pas leur rôle, pour la défense des droits des travailleurs. Les journalistes vivent une situation dramatique et rien n’est fait pour eux.» et assurent que le MJL « ne fera pas de politique (et se situera) exclusivement dans le contexte socio professionnel ».
(Libération 14.6) Une nouvelle fois, plusieurs journalistes français se sont vus refuser un visa par les autorités algériennes, alors que les autorités françaises en avaient sollicité une dizaine à l'occasion de la visite du ministre français du Commerce extérieur à Alger, le 14 juin, pour l'ouverture de la Foire d'Alger. Parmi les "interdits de séjour", on note "Le Monde", "Libération" et "Le Figaro".
(RSF 14.6, Algeria-watch) Dans une lettre adressée au ministre algérien de la Culture et de la Communication, Mohammed Abou, Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre le refus des autorités algériennes d'accorder un visa à Libération, Le Figaro et Le Monde, à l'occasion de la visite en Algérie du ministre français du Commerce extérieur. Robert Ménard, secrétaire général de RSF a demandé au ministre algérien de veiller à ce que les visas ne soient plus octroyés de façon arbitraire. "Pourquoi délivrer des visas à certains journalistes et pas à d'autres ? Vu les événements graves qui se déroulent actuellement en Algérie, les journalistes étrangers devraient avoir la possibilité de couvrir librement l'actualité et ce, quelle que soit la rédaction à laquelle ils appartiennent", a-t-il ajouté. Selon les informations recueillies par RSF, une dizaine de médias français avaient fait une demande de visa pour l'Algérie, dans la perspective de la visite à Alger, le 14 juin, du ministre français du Commerce extérieur. Or, trois quotidiens français (Libération, Le Figaro et Le Monde) (ainsi que, selon Algeria Watch, un journaliste de TF1) n'ont pas obtenu ce visa. Thierry Oberlé, en charge de l'Algérie au Figaro, a expliqué à RSF qu'il ne peut se rendre en Algérie depuis un an. Selon lui, "les visas ne sont obtenus relativement facilement que lorsqu'il y a des échéances électorales ou des événements officiels". En juin 2000, un responsable du ministère algérien de la Communication avait déclaré à RSF qu'il ne "voyait pas pourquoi des journalistes viendraient en Algérie quand il n'y a pas d'événement particulier à couvrir". Le dernier visa obtenu par José Garçon, spécialiste de l'Algérie à Libération, date de l'été 1999, à l'occasion de la visite à Alger du ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine. Quant à Florence Aubenas, autre journaliste en charge des affaires algériennes à Libération, cela remonte à novembre 1999, date du référendum sur la concorde civile. "Nous faisons des demandes environ tous les deux mois. On ne nous les refuse jamais. Simplement nous n'avons jamais de réponse", précise Florence Aubenas.
(Reuters 18.6, Liberté 21.6) Des journaux et journalistes algériens se sont jurés d'ignorer l'amendement au code pénal, voté le 16 juin par le Conseil de la nation et déjà adopté en mai par l'Assemblée populaire nationale. Ce texte aggrave les sanctions pour écrits, dessins ou propos jugés diffamatoires envers le chef de l'Etat, l'armée et d'autres institutions publiques. Le texte expose désormais les auteurs d'offense, insulte ou diffamation à l'égard du président de la République à 250.000 dinars (environ 25'000 FF, 6000 FS) d'amende et 12 mois de prison."Nous nous engageons solennellement à ne pas respecter cette loi scélérate. La lutte ne fait que commencer (...) Nous allons combattre les ennemis de la liberté d'expression", promet le dirigeant du Syndicat national des journalistes, Rabah Abdellah, dans une déclaration publiée dans le quotidien "El Watan". "Le Matin" annonce pour sa part qu'il boycottera la tournée que Bouteflika entame le 19 mai dans les wilayas du Sud "pour ne pas cautionner une opération de diversion qui vise manifestement à minimiser, voire occulter, la situation extrêmement grave que vit l'Algérie".
Le 20 mai, une manifestation a eu lieu devant le siège de la radio-télévision nationale pour protester contre la manière dont elle a "couvert" les manifestations de Kabylie et la manifestation d'Alger. La Coordination nationale pour la défense des libertés démocratiques, responsable de la manifestation, accuse l'ENTV de se transformer "en une télé-division poussant à la balkanisation de l’Algérie, en appelant au lynchage des manifestants et à la guerre civile ". Cela fait 60 jours que l’entv diffuse 24 fois par seconde le mensonge, la manipulation, la propagande sur cette révolte, occultant les images des martyrs de la démocratie, omettant sciemment les images de certains éléments des services de sécurité qui se comportent comme de véritables mercenaires en Kabylie ou ailleurs depuis le début du soulèvement", déclare la coordination.
(La Tribune 25.6) La commission "réflexion et action" de la coordination des comités locaux de la wilaya de Tizi Ouzou a décidé de lancer des actions en justice contre l’ENTV (télévision publique) et son directeur, l'ancien ministre de la Communication Hamraoui Habib Chawki, pour les propos "diffamatoires et diviseurs" tenus par la chaîne à l’encontre des organisateurs et manifestants de la marche du 14 juin 2001. Le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, devrait également faire l'objet d'une plainte, pour les mêmes raisons.
(Le Matin 25.6) Le collectif des avocats de Tizi Ouzou, constitué à la suite des évènements de Kabylie, dénonce dans un communiqué le 24 juin "le recours à de nouveaux moyens de répression caractérisés par des expéditions punitives, des exactions, des atteintes à l'honneur et à la dignité des citoyens, des violations de domiciles, destructions et pillages de biens privés", ainsi que "le silence total des plus hautes autorités de l'Etat quant aux violations flagrantes des règles élémentaires des droits de l'Homme et des lois de la République".
(El Watan 11.7 / Le Matin 12.7) Le Code pénal amendé est entré en vigueur le 30 juin. Il comprend donc les nouvelles dispositions permettant la poursuite et la condamnations jusqu'à trois ans de prison et 2 millions et demi de dinars d'amende (250'000 FF, 60'000 FS) de journalistes, d'éditeurs, de dessinateurs, mais également de toute autre personne "coupables" d'avoir dans un medium quelconque (internet compris) commis un "outrage" au Chef de l'Etat ou aux corps constitués (mais aussi à l'islam, au Prophète et aux envoyés de Dieu). Le texte ne définit pas ce qui est une "outrage", mais punit plus sévèrement l'outrage religieux que l'outrage politique *. Plusieurs responsables de quotidiens privés (Ali Djerri pour "El Khabar", Mustapha Abdelli pour "Le Jeune Indépendant", les rédacteurs de "La Tribune", Malika Boussouf pour "Le Soir") ont affirmé qu'ils continueraient à travailler sans tenir compte des nouvelles dispositions du code pénal, et ont par avance récusé toute autocensure. Le 11 juillet, un journaliste et le directeur de publication du Jeune Indépendant ont été condamnés respectivement à deux mois de prison et six mois de prison ferme, et 1500 DA et 2000 DA d'amende, sur plainte en diffamation déposée par un ancien directeur de la Banque d'Algérie. C'est sur le code pénal "relooké" que le procureur s'est appuyé pour requérir les peines prononcées.
* Le code pénal du 8 juin 1966 a été complété par une douzaine d'articles, notamment les numéros 144, 144 bis I, 144 bis II qui répertorient tous les cas d'« outrage » au Président de la République, aux fonctionnaires de l'Etat, aux parlementaires, à l'islam, au Prophète et aux envoyés de Dieu. Les peines d'emprisonnement les plus lourdes prévues sont celles de l'article 144 bis II qui vont de 3 à 5 ans assorties ou non d'amendes de 50 000 à 100 000 DA et qui concernent l'offense à l'islam, au Prophète et aux envoyés de Dieu. Concernant le Président de la République, les peines varient de 3 à 12 mois de prison avec des amendes de 50 000 à 250 000 DA lorsqu'il s'agit d'un individu et de 500 000 à 2 500 000 DA lorsqu'il s'agit d'une publication, de son responsable et du journaliste ou caricaturiste. Ces peines sont doublées en cas de récidive. En cas d'offense à l'islam, au Prophète et au Président de la République, le procureur engage d'office des poursuites. L'article 146 prévoit des amendes de 50 000 à 2 500 000 DA. Concernant les attaques des institutions de l'Etat et des corps constitués, l'article 144 prévoit des amendes de 1 000 à 500 000 DA s'il s'agit des représentants de l'Etat dans l'exercice de leur fonction les peines de prison prévues allant de 2 mois à 2 ans. Les articles 298 bis et 299 prévoient des peines différentes selon que l'auteur agit avec des intentions « d'inciter à la haine » ou non. Ces peines de prison varient de 5 jours à 6 mois et les amendes de 5 000 à 100 000 DA.
(RSF / Le Matin 21.7 / Corr 27.7) Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre la condamnation à six mois de prison (et 1500 DA d'amende) de la directrice du quotidien "L'Authentique", Faouzia Ababsa. Le Secrétaire général de RSF, Robert Ménard, a rappelé que le rapporteur spécial des Nations Unies pour la promotion et la protection de la liberté d'opinion et d'expression, Abud Hussain, avait appelé en janvier 2000 tous les gouvernements "à veiller à ce que les délits de presse ne soient plus passibles de peines d'emprisonnement, sauf pour des délits tels que les commentaires racistes ou discriminatoires ou les appels à la violence".
Faouzia Ababsa a été condamnée le 11 juillet pour "diffamation" à l'encontre d'Abdelkrim Mahmoudi, président de l'Association des cadres des finances, accusé de détournement de fonds par le journel. Mahmoudi avait été condamné en 1991 pour escroquerie. Ni l'accusée, ni l'avocat de la défense, ni le plaignant, n'ont été informés de la tenue de l'audience, qui s'est donc tenue en leur absence. Abdelkrim Mahmoudi avait en outre accusé l'"Authentique" de l'avoir spolié de son siège social.
Une semaine après cette condamnation, "L'Authentique" a reçu pas moins de 22 citations à comparaître, liées à plus de 35 plaintes émanant toutes d'un ancien islamiste armé, Ahmed Merah, ancien compagnon du "pionnier" des groupes islamistes armé, Boualili
La directrice de l'"Authentique" dénonce un véritable "harcèlement judiciaire" et a décidé de saisir l'inspection générale du ministère de la Justice pour obtenir la récusation du magistrat, au motif de "suspicion légitime".
La condamnation de Faouzia Ababsa intervient dans un climat de durcissement de l'appareil légal contre la presse, avec notamment l'adoption en mai dernier d'amendements au code pénal aggravant les peines encourues pour les délits de presse, et élargissant la définition de ces délits. "Le juge a eu la main lourde, trop lourde pour ne pas croire que le jugement est inspiré, sinon qu'il obéit à une injonction politique", commente "Le Matin".
(Le Matin 22.7) Un projet de décret régissant la télévision nationale ENTV serait prêt être adopté, annonce "Le Matin", pour qui le président Bouteflika aurait "décidé de réduire les minces espaces d'autonomie dont jouissait l'Unique (chaîne télévisée algérienne)". Il décret prévoierait la mise en place d'un Conseil d'administration, dont feraient partie des représentants de plusieurs institutions (ministères de la Communication, des Finances, Trésor, Sénat, Assemblée nationale, représentants des travailleurs etc...) nommés généralement pour six ans par arrêté du ministère de la Communication, et qui serait présidé par le PDG de l'ENTV, nommé par décret. La télévision serait soumise aux "obligations générales" de diffuser les déclarations et les communications du gouvernement "sans limite de durée", et de promouvoir et généraliser la langue arabe. Les débats au Parlement ne seraient plus retransmis en direct et les bureaux des deux assemblées décideraient du choix des débat à transmettre et du temps de parole des orateurs.
(Courrier International 7.8) Dans un entretien au "Courrier International", la directrice de "La Nation" (hebdomadaire suspendu de parution depuis 1996) constate que le ton de la presse algérienne, depuis le début des événements en Kabylie, a changé : "L'essentiel des pages d'un journal, aujourd'hui, ce sont des reportages, du terrain. Ce n'est plus "l'information sécuritaire"; cela devient l'information de la vie de tous les jours. On a l'impression d'une espèce de carcan qui a éclaté. Les journalistes en tant qu'individus ont aujourd'hui un plaisir extraordinaire à faire véritablement leur métier, à se rendre sur place, à parler avec les familles, à interpeller les uns et les autres, et à chercher". Quant à la presse et aux observateurs étrangers,
(Quotidien d'Oran 27.8) Le propriétaire de l'hebdomadaire en arabe "El Hadeth", suspendu de parution pour six mois il y a sept ans pour "publication d'informations portant atteinte à l'ordre et à la sécurité publics et les intérêts supérieurs de l'Etat", et n'ayant jamais reçu l'autorisation de reparaître depuis, continue d'essayer de recouvrer son droit à l'édition de son journal, après d'innombrables démarches infructueuses auprès du ministère de l'Information (qui lui aurait répondu que c'est l'armée qui détient la clef du problème, car le journal a été suspendu en vertu de l'état d'urgence), des services de renseignement et de Reporters sans Frontières (qui s'adresse au secrétaire général de la Présidence de la République, devenu plus tard Premier ministre, Ali Benflis). Rachid Naïli s'insurge contre la retour des journaux "étrangers" (en particuliers français) dans les kiosques alors que des journaux algériens sont toujours empêchés de reparaître.
(Quotidien d'Oran 21.10) Le directeur général de la télévision algérienne (publique), Hamraoui Habib Chawki, a présenté lors d'une conférence de presse les nouvelles grilles de programme de l'ENTV. Les deux chaînes thématiques (culturelle et pour les jeunes) annoncées précédemment par M. Hamraoui n'ont pas encore vu le jour. Les trois programmes existants (ENTV, Canal Algérie, la Troisième) représentent ensemble 72 heures de programmes quotidiens. Selon M. Hamraoui, 71,28 % des programmes diffusés chaque semaine sont des productions nationales algériennes, mais aucun détail n'a été donné de ce chiffre, alors que la télévision algérienne elle-même ne "produit pas beaucoup", note "Le Quotidien d'Oran". Le directeur général a assuré que les espaces d'expression de la télévision seraient offerts aux différentes sensibilités, tout en déclarant que "ceux qui ont servi de sponsors aux intégristes n'auront pas la parole", et en répondant à des journaliostes qui l'interrogeaient sur les rapports entre l'entreprise publique avec "certains partenaires" que "le GIA n'a pas eu raison de nous, ce ne sont pas des porteurs de plumes qui auront notre peau !".
(Le Matin 20.10 / Le Matin, El Watan 22.10) Le chroniqueur du "Matin" Sid Ahmed Semiane (SAS) a été "grièvement agressé par le fils du général major à la retraite et ancien ministre de la Défgense Khaled Nezzar", annonce le quotidien, qui précise que Lotfi Nezzar reprochait au journaliste ses écrits sur son père. L'agression s'est produite dans la nuit du 18 au 19 octobre dans une discothèque. Lofti Nezzar, qui a frappé le journaliste, aurait en outre menacé "SAS" de mort. Ce ne serait pas la première fois que Nezzar junior menacerait le même journaliste. "El Watan" commente : "le plus dramatique dans cette affaire, c'est qu'elle n'a rien d'extraordinaire. Elle est même d'une banalité affligeante et si elle a été rendue publique c'est tout simplement parce que la victime est un journaliste", mais "des milliers de citoyens sont fréquemment victimes" d'actes du genre de ceux dont Nezzar junior s'est rendu coupable. Il ne semble pas que le fils du général ait fait l'objet de la moindre démarche policière, mais son père a adressé au "Matin" une lettre dans laquelle il présente des excuses pour l'acte de son fils, et invite la presse à "circonscrire l'incident dans les limites qui sont les siennes". L'ancien ministre de la Défense, qui prépare le procès qu'il a intenté à Paris à Habib Souaïdia, refuse qu'on lui attribue la "responsabilité personnelle" de l'acte de son fils, et assure qu'il a "toujours défendu et soutenu la liberté d'opinion" malgré les "abus" de cette liberté dont il se dit "souvent victime". Pour le général Nezzar, l'agression du journaliste du "Matin" par son fils n'était que le résultat d'une "beuverie", ce que le journaliste dément, en évoquant "une affaire de barbouze" et une "agression préméditée", mettant à exécution une menace datant d'un an.
(Le Matin 20.10) "Le Matin" a annoncé son intention de porter plainte contre le fils du général Nezzar, après l'agression dont celui-ci s'est rendu coupable contre le chroniqueur du journal, Sid Ahmed Semiane (SAS) le 18 octobre : "Nous ferons du procès de ce petit loubard qui profite des galons de papa un procès exemplaire, le procès contre la certitude de l'impunité, le procès des coquins", écrit le directeur du journal, Mohamed Benchicou, qui prédit que "pendant que papa Nezzar s'expliquera à Paris contre Souaïdia, le fils rendra des comptes devant le tribunal d'Alger". L'agression du journaliste par le fils du général a été condamnée par la presse algérienne et par Reporters sans Frontières.
Communiqué de Reporters sans Frontières (RSF)
22 octobre 2001
ALGERIE : Un journaliste agressé par le fils du général Nezzar
Dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur, Yazid
Zerhouni, Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre
l'agression dont a été victime Sid Ahmed Semiane, dit
S.A.S.. "Cet acte est extrêmement grave. En touchant à
S.A.S., c'est à la liberté de ton que l'on s'en est pris", a
déclaré Robert Ménard, secrétaire général de RSF. "Le
coupable a été identifié, nous demandons qu'il soit puni",
a-t-il ajouté.
Selon les informations recueillies par RSF, Sid Ahmed
Semiane, dit S.A.S., chroniqueur au quotidien Le Matin, a
été violemment frappé par Lotfi Nezzar pour avoir critiqué le
père de ce dernier, Khaled Nezzar, général major à la retraite
et ancien ministre de la Défense. L'agression a eu lieu dans
une discothèque d'Alger, dans la nuit du 18 au 19 octobre
2001. Un an auparavant, une altercation avait déjà éclaté
entre les deux hommes. Ces derniers mois, le journaliste
avait été menaçé à plusieurs reprises par Lotfi Nezzar. Le 21
octobre, le général Nezzar a présenté ses excuses au
journaliste en qualifiant l'agression "d'affaire de droit
commun". Sid Ahmed Semiane, qui souffre de nombreux
hématomes et ecchymoses, a déposé plainte. Ce célèbre
chroniqueur de la presse algérienne est connu pour ses
articles critiques à l'égard de personnalités politiques.
Virginie Locussol (moyen-orient@rsf.org /
middle-east@rsf.org)
Bureau Maghreb et Moyen-orient / North Africa and
Middle-East desk
Reporters sans frontières / Reporters Without Borders
5, rue Geoffroy-Marie
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Tél. (33) 1 44 83 84 84
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(Liberté 27.11, 28.11) L'hebdomadaire en arabe "El Mouad" a été retiré de la vente le 25 novembre à Skikda par la police, au motif d'"apologie des actes terroristes".
Le premier numéro d'un nouvel hebdomadaire, "Débats", est sorti le 21 novembre. Lancé par le journaliste Abderrahmane Mahmoudi, "Débats" semble vouloir reprendre la place laissée libre depuis 1995 par "L'Hebdo libéré".
(www.algerie-inferface.com 30.11) L'hebdomadaire en arabe "Al Maouid Al Djazaïri", poursuivi pour "apologie du terrorisme" après la parution d'un article sur l'assassinat du leader du FIS Abdelkader Hachani et d'une "confession" d'un membre d'un GIA, Boumehdi Djelloul, alias "Abou Obeïda", a finalement été interdit ("suspendu") le 25 novembre, après avoir été retiré des kiosques, et son directeur, Abdelkader Talbi, a été entendu par la police, qui a perquisitionné dans les locaux du journal et au domicile du directeur, et interrogé deux journalistes du journal. Le directeur indique cependant que la "confession" du "terroriste" avait également été rendue publique par l'agence officielle APS, et reprise par toute la presse algérienne, et s'étonne du silence de "la majorité" des titres de la presse algérienne devant l'"injustice" qui lui est faite. L'hebdomadaire avait été fondé en avril 1992 et tirait à près de 25'000 exemplaires. Dans un communiqué Reporters sans Frontière a protesté contre sa suspension, et estimé qu'elle relevait de l'"arbitraire".
(Le Matin, CCFIS 4.12) Après la suspension pour six moisde l'hebdomadaire islamiste "El-Maouid", le silence d'une bonne partie de la presse privée a été relevé par les responsables de l'hebdomadaire, et par le FIS (Conseil de coordination). "Le Matin", pour sa part, explique qu'il ne peut lui "venir à l'esprit" de "s'offusquer contre une mesure qui viserait à interdire l'expression d'un courant pro-terroriste", et se demande pourquoi "El Maouid" n'a pas été "carrément interdit de parution", pourquoi le ministère de la Communication a décidé de suspendre cet hebdomadaire alors qu'il "continue à laisser paraître d'autres journaux de la même mouvance" et ce que "peut bien signifier (...) une action contre l'apologie du crime terroriste dans un pays où des terroristes responsable du chaos de toute une nation ont été absous et remis en liberté par milliers" ? Le directeur de la presse écrite au ministère explique pour sa part que l'hebdomadaire a été suspendu pour avoir écrit que "le terrorisme du GIA est plus clément que celui de l'Etat", et n'exclut pas une suspension définitive du journal. Selon des sources proches du ministère, deux hebdomadaires islamistes seraient dans la ligne de mire des autorités.
(AFP 3.12) La filiale internet de France Telecom, Wanadoo, a annoncé le 3 décembre l'extension de ses activités en Algérie, avec la création, avec le fournisseur d'accès local "Eepad" (13'000 clients), de "Wanadoo Algérie" et du portail <www.wanadoo.dz>. Un réseau de 380 agences réparties dans toute l'Algérie devrait commercialiser les offres d'accès de Wanadoo.
(Le Matin 26.12) Le 24 décembre 2001, un incendie d'origine inconnue a éclaté au siège de la télévision publique algérienne, l'ENTV, à Alger, interrompant toute émission de télévision pendant plusieurs heures.Le patron de l'ENTV, Hamraoui Habib Chawki, n'écarte aucune piste quant aux causes de l'incendie. Selon des informations non confirmées, cependant, une piste criminelle serait corroborée par le sabotage du système de détection d'incendie et le vol concomittant de matériel.
2002
(Qotidien d'Oran 9.1) Algérie Télécom devrait lancer officiellement en janvier un nouveau service d'accès à l'internet, "Djaweb", dimensionné pour 100'000 utilisateurs et 10'000 accès simultanés à 56 kb/seconde au minimum. Ce service est sans abonnement, et est taxé 2,04 DA la minute/122,40 DA de l'heure de connexion à un numéro national unique (le 1515). Ce nouveau service ne devrait toutefois pas faire de l'internet un media de masse en Algérie, la densité téléphonique ne dépassant pas 6 % de la population reliée au réseau , ni représenter une concurrence mortelle pour les cybercafés, bien moins coûteux que le nouveau service.
(AP 26.1 / Liberté 28.1) Le dessinateur du quotidien "Liberté", Ali Dilem, fait l'objet d'une plainte en diffamation du ministère algérien de la Défense, pour un dessin paru le 29 novembre 2001 que le ministère juge "diffamatoire et attentatoire à la considération de hauts responsables de la hiérarchie militaire". Le dessinateur a été entendu le 25 janvier par la police judiciaire d'Alger. Le quotidien "Liberté" dénonce une procédure visant à intimider le dessinateur et le journal. Le dessin montre deux personnages, dont l'un s'exclame "Il paraît qu'il y a même des généraux qui vont faire des dons d'argent" au profit des sinistrés du 10 novembre, et dont l'autre rétorque qu'"on n'appelle pas ça des dons, mais des restitutions". La section algérienne de l'Union internationale des journalistes francophones UPF et le Syndicat national des journalistes SNJ ont apporté leur soutien au dessinateur , et dénoncé dans la plainte déposé contre lui une "manifestation du joug et de l'arbitraire" (UPF) et une "volonté d'intimidation" (SNJ).
(AP 29.1 / Courrier International / CCFIS 30.1 / Jeune Indépendant, El Watan, Le Matin 31.1) Après le dessinateur de "Liberté", Ali Dilem, deux journalistes ont fait l'objet de plaintes du ministère algérien de la Défense nationale : Salima Tlemçani, d'"El Watan" (pourtant considérée comme très proche des services de sécurité), a été interrogée le 28 janvier sur un articlée portant sur les nominations intervenues à la Direction des renseignements et de la sécurité (DRS, Sécurité militaire) publié le 11 décembre. Le quotidien a dénoncé une tentative d'"intimidation" des journalistes et de soumission de la presse "à une forme de harcèlement judiciaire inhabituel". Un autre journaliste, Sid Ahmed Semiane (SAS), du "Matin", a également été convoqué par la police, sur plainte en diffamation, mais était absent d'Algérie. Le 30 janvier, c'est le directeur du quotidien, M. Benchicou, qui a été interrogé pour une caricature parue le 5 janvier, et montrant un officier de l'armée portant un insigne en forme d'euro. Les journalistes et dessinateurs poursuivis risquent, aux termes des récents amendements aux codes pénal et de procédure pénale, jusqu'à douze mois de prison et 250'000 DA d'amende.
Ces trois plaintes ont suscité toute une série de condamnations. Optimiste, "El Watan" considère que "la campagne d'intimidation menée à l'encontre de la presse indépendante est perdue d'avance puisqu'elle s'attaque à des principes et à des acquis démocratiques (...) portés et défendus par l'ensemble de la société". Le Syndicat national des journalistes dénonce "une véritable campagne de représailles et de dissuasion à l'égard de la presse indépendante", et "l'instrumentalisation abusive, parfois au mépris de la législation, des institutions de la République au service d'occultes desseins politiques". Le Syndicat national autonome de l'administration SNAPAP assure la presse nationale de son soutien inconditionnel. "Le Matin" rapproche les plaintes déposées par le ministère de la Défense (dont le titulaire n'est autre que le président de la République) des "élections truquées" dans lesquelles "le pouvoir se jette, avec les islamistes et leur idéologie mortelle" -islamistes qui en l'ocurrence apportent, par la voix du Conseil de coordination du FIS, en éditorial de son site internet, leur soutien "à tout journalistes ou intellectuel sincère qui défend le peuple et ses valeurs, sans complaisance ni collusion avec la mafia qui règle sur l'Algérie", et affirment que "le premier à réclamer et à soutenir une presse authentiquement indépendante restera le FIS". Pour le CCFIS, les journalistes poursuivis (qui ne sont, pour user d'un euphémisme, pas de ses sympathisants) "n'ont fait que dire tout haut ce que le peuple pense des Bouteflika, Benkheur, Lamari, Médiène et autres Ghozali, Saadi, Hachemi Cherif et Nahnah". Mais le CCFIS n'en exprime pas moins (ironiquement) l'espoir "que cet épisode débarassera la presse algéeienne des journalistes 'en service commandé' qui n'excellent que dans un 'anti-islamisme primaire' et un appui avéré aux dictateurs"... Du côté "anti-islamiste", précisément, outre Salima Tlemçani elle-même, qui appelle à "faire comprendre aux pouvoirs publics y compris le ministère de la Défense que l'ennemi du pays ce n'est pas le journaliste, mais le terrorisme qui continue de tuer des Algériens", les soutiens à la presse ont été nombreux, émanant du "Comité des citoyens pour la défense de la République", du "Comité national contre l'oubli et la trahison", du MDS et du RCD. Pour sa part, le FFS dénonce un "retour aux pratiques staliniennes des années de plomb".
Quant au "Moudjahid", organe officieux du pouvoir (quel qu'il soit), il tente d'enseigner un "bon usage des libertés", déplore que "pour beaucoup, la libre expression s'assimile à une sorte de libertinage et insiste sur le fait que "l'exercice de la liberté d'expression a ses limites". Cette même conception de la liberté de la presse semble être partagée par le leader du MSP, Mahfoud Nahnah, qui a dénoncé devant le Conseil consultatif de son parti "la montée en force de la presse alarmiste et tendancieuse".
Le ministre de la Communication, Mohamed Abbou, a nié qu'il y ait "en aucune manière, de guéguerre entre l'Etat et la presse", mais a estimé que cette dernière mettait "de façon exagérée (l'accent) sur tout ce qui est négatif", et que si "la presse se doit de rapporter les faits et de relever l'insuffrisance", elle devait aussi "ne pas tuer l'espoir". Le ministre s'est toutefois déclaré "inquiet" des "interpellations adressées contre des journalistes", mais a assuré qu'il ne s'agissait "en aucune manière d'une action malveillante", ni même concertée, car "ces plantes ont été déposées en des temps différents".
(Corr 29.1 / Algeria-interface 30.1 / Le Soir, Le Quotidien d'Oran 31.1) L'avocat chargé par le ministère de la Défense* de déposer plainte contre des journalistes** pour diffamation (journalistes auxquels s'ajoutent des députés, dont le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï), justifie dans un entretien au "Soir d'Algérie" ces poursuites en expliquant que la "liberté d'expression (ne) signifie pas dénigrement" et que si un journaliste "fait dans la diffamation, il s'expose à des poursuites judiciaires, comme tout citoyen", en Algérie comme "dans tous les pays démocratiques". "Le journaliste n'a pas le droit de toucher aux personnes et aux institutions de la République", ajoute l'avocat du ministpre (lui-même ancien journaliste, rédacteur en chef du "Peuple" et d'"El Djazaïri".
Interrogé par "Algeria-Interface", Ali Dilem se "refuse à croire" qu'il est "l'objet d'une lutte entre généraux" et affirme faire "la distinction entre les généraux et l'armée algérienne" -généraux sans lesquels "l'Algérie vivra certainement mieux". "Je ne fais que parler des problèmes des Algériens et ces problèmes ont un nom : Toufik, Smaïn, Belkheir, Lamari, Nezzar, Messaâdia, sans oublier Bouteflika". "Algeria-Interface" relève que l'avocat du Dilem et de son journal est également celui du général Khaled Nezzar, dans le procès qu'il a intenté pour diffamation à l'auteur de "La Sale Guerre", Habib Souaïdia. "Il n'est pas question qu'il soit mon avocat en même temps que celui de Nezzar. Il devra choisir", répond Dilem.
Dans "Le Quotidien d'Oran", Selim Kheyammi tire une leçon éthique des poursuites intentées par le ministère de la Défense contre des journalistes : "Le nouvel épisode de l'éternelle bisbille entre le pouvoir et la presse, s'il appelle une solidarité de principe, ne doit pas occulter que nous sommes peut-être à la fin d'un cycle. Celui du règne de la connivence politique -et non professionnelle- entre la presse et les pouvoirs (le pluriel est de rigueur), qui a occulté chez les hommes du métier une franche discussion sur les normes. On peut même regretter que ce soit le pouvoir et la presse qui semble prendre l'initiative de dire que la connivence, cette maladie infantile de la crise, est finie. (...) On n'aura pas la cruauté de recenser tous les errements qui ont façonné notre manière de faire le métier. Constatons seulement que ces errements ont été faits avec la connivence du pouvoir qui, à la faveur d'une crise multiforme, "nous a autorisés" à traiter de tous les noms ses opposants islamistes, romains, démocrates ou tout simplement les journaux "désagréables"; et qui nous a permis, accessoirement parfois, de "descendre" certains de "ses" hommes qu'il fallait éjecter de sa proximité. (...) Que la "source informée" qui nous a mis en ordre de combat contre ses adversaires politiques au nom de l'intérêt suprême du pays, ne nous trouve plus à son goût n'est pas un drame. C'est plutôt une chance pour le métier".
En France, les journalistes poursuivis ont reçu le soutien de plusieurs associations, notamment, dans la région PACA (sud-est) de l'Association des Femmes Franco-Algériennes, de la Gauche citoyenne, du Collectif pour la Démocratie en Algérie et de l'Association des exilés algériens.
*dont le titulaire actuel est le président Bouteflika lui-même
** Ali Dilem, dessinateur de "Liberté", Salima Tlemçani, d'"El Watan" et Sid Ahmed Semiane du "Matin".
(Liberté 4.2) La Commission européenne a signé un contrat portant sur un projet d'assistance technique au renforcement de la presse indépendante en Algérie. L'UE contribuerait pour 1,53 millions d'euros, sur quatre ans, à ce renforcement, impliquant l'élaboration et l'adoption d'un statut professionnel des journalistes, une convention collective, une charte d'éthique et un code de déontologie, et prévoyant la création d'une école itinérante, d'un centre d'information et de documentation et d'une aide à l'achat de matériel.
(Le Matin 20.2) Le directeur du quotidien "El Watan" pourrait être condamné a un an de prison ferme pour "atteinte à corps constitués", si le réquisitoire du procureur devant la Cour d'appel d'Alger, le 18 février, était suivi par le tribunal (qui a mis son jugement en délibéré au 4 mars). Cette possible condamnation a été dénoncée par le Comité des citoyens pour la défense de la République, qui y voit une nouvelle tentative d'intimidation à l'égard d'une presse que le pouvoir "veut museler" à l'approche des élections. Le RCD et Reporters sans frontières ont également dénoncé la réquisition du parquet. RSF rappelle qu'il s'agit de l'"exhumation" d'un dossier ancien, qui avait déjà fait l'objet d'un procès en 1997, pour des interrogations d'Omar Belhouchet sur les commanditaires d'assassinats de journalistes.
A Bejaïa, le correspondant du "Matin" a été condamné à deux mois de prison ferme et 1500 DA d'amende pour diffamation, sur plainte du Maire de Tamjrit.
COMMUNIQUE DE PRESSE de Reporters sans frontieres (RSF)
(RSF 19.2)
Un an de prison ferme requis en appel contre le directeur du journal El Watan
Dans une lettre adressée au ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia, Reporters
sans frontières (RSF) a protesté contre la peine requise par le procureur de
la cour d'appel d'Alger contre le directeur du quotidien privé El Watan,
Omar Belhouchet, pour "atteinte à corps constitué". Reporters sans
frontières rappelle que dans un document du 18 janvier 2000, Abid Hussain,
le Rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du
droit à la liberté d'opinion et d'expression, a demandé "à tous les
gouvernements de veiller à ce que les délits de presse ne soient plus
passibles de peines d'emprisonnement, sauf pour des délits tels que les
commentaires racistes ou discriminatoires ou les appels à la violence (...)
l'emprisonnement en tant que condamnation de l'expression pacifique d'une
opinion constitue une violation grave des droits de l'homme". "Il est
évident que l'exhumation de cette affaire s'inscrit dans le cadre de la
récente campagne contre les journalistes", a déclaré Robert Ménard,
secrétaire général de l'organisation.
Selon les informations recueillies par RSF, le procureur de la cour d'appel
d'Alger a requis, le 18 février, un an de prison ferme contre le directeur
du quotidien privé El Watan, Omar Belhouchet, poursuivi pour "atteinte à
corps constitué". Le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 4 mars. Omar
Belhouchet avait été condamné en première instance le 5 novembre 1997. Il
était poursuivi par le ministère public pour des propos tenus en septembre
1995 sur les chaînes de télévision françaises TF1 et Canal Plus.
S'interrogeant sur les meurtres de journalistes algériens, le directeur d'El
Watan n'avait alors pas exclu une responsabilité de "clans du pouvoir". Lors
de son interrogatoire, le 18 février, le directeur d'El Watan a déclaré que
ses propos "ne visaient aucun corps constitué et aucune institution de
l'Etat", mais il n'excluait pas que "la mafia politico-financière soit
impliquée dans certains assassinats de journalistes". Selon RSF,
cinquante-sept journalistes ont été assassinés entre 1993 et 1996 ainsi
qu'une quarantaine d'autres employés des médias. La plupart de ces meurtres
avaient été revendiqués par différents groupes armés se réclamant de
l'islamisme. Néanmoins, pour l'organisation, les circonstances qui entourent
certains de ces assassinats demeurent obscures et suscitent de nombreuses
interrogations.
Le 28 janvier déjà, une journaliste d'El Watan, Salima Tlemçani, avait été
convoquée par la police judiciaire d'Alger pour un article daté du 11
décembre 2001 et commentant des nominations au Département du renseignement
et de la sécurité (DRS). D'autres journalistes de quotidiens privés et des
caricaturistes ont également été convoqués ces dernières semaines par la
police judiciaire de la capitale suite à des plaintes pour diffamation du
ministère de la Défense nationale.
(La Tribune 28.2) Un groupe de onze directeurs de journaux privés* a annoncé le 27 février la naissance imminente d'une "Fédération des journaux algériens" (FJA) avec comme "missions fondamentales" la défense de la liberté de la presse, de la "déontologie et l'éthique" et des intérêts communs des journaux algériens. Les titres représentés assurent vouloir ouvrir leur fédération à "l'ensemble de la presse algérienne"
*El Watan, Al Khabar, Al Fadjr, Al Youm, Le Matin,. La Tribune, Le Jeune Indépendant, Le Quotidien d'Oran, le Maghreb, Liberté, Le Soir d'Algérie.
(Le Matin 4.3) Le directeur de publication et le dessinateur de "Liberté", Abrous Outoudert et Ali Dillem, ont été convoqués le 3 mars par la police judiciaire d'Alger, sur instruction du procureur. Le quotidien dénonce une "campagne d'intimidation et de harcèlement (...) contre la presse indépendante".
(Le Matin 5.3) Le directeur d'"El Watan" n'ira pas en prison : Omar Belhouchet a été relaxé le 4 mars par la Cour d'Alger, alors que le Parquet avait requis un an de prison ferme pour "outrage à corps constitué" et "diffamation", dans une affaire qui date de 1995 (Omar Belhouchet s'était alors interrogé, sur la télévision française Canal+, sur les assassinats de journalistes et sur leurs auteurs, et n'avait pas écarté l'hypothèse que ceux-ci pussent être des hommes de main du pouvoir.
(AP, Le Matin 13.3) A l'initiative du journaliste de "La Marseillaise" Chaouki Triaï, un comité de soutien au directeur d'"El Watan", Omar Belhouchet, a été créé le 13 mars à Aix en Provence. Le comité entend d'abord permettre à Omar Bellhouchet de quitter l'Algérie pour intervenir le 18 mars à Aix-en-Provence dans une conférence sur l'indépendance de la presse en Algérie. Or le directeur d'"El Watan" a précisément (et opportunément) été convoqué pour ce même jour par la justice algérieenne. Le directeur du "Matin" a également été convoqué, par la police cette fois, le 12 mars, pour être entendu sur quatre chroniques, chacune faisant l'objet d'une plainte du ministère de la Défense nationale.
(El Watan 21.3) Le directeur d'El Watan, Omar Belhouchet, a à nouveau été convoqué par le police judiciaire après le dépôt d'une nouvelle plainte déposée par le ministère de la Défense nationale, à propos d'un article mettant en cause le gendre d'un général dans une transaction commerciale. Omar Belhouchet a signifié à la police judiciaire son refus d'être auditionné par la police. Les directeur du "Matin" et de "Liberté" en avaient fait autant dans des affaires comparables. Les uns et les autres acceptent cependant d'être entendus par des juges ou par le parquet, comme lr érpvoit la code de procédure pénale. Dans un communiqué, la direction d'El Watan" dénonce des procédés d'"intimidation, (de) harcèlement et (d')intimidation" à l'encontre des journalistes.
(Le Matin 27.3) Le directeur du "Matin", Mohammed Benchicou, et le chroniqueur Sid Ahmed Semiane, ont comparu le 26 mars devant la Chambre spécialisée dans les délits de presse, près de la tribunal d'Alger, à la suite de trois plaintes déposées par le ministère de la Défense. Dans le même temps, onze nouvelles plaintes émanant également du ministère de la Défense étaient déposées contre "Le Matin". Chacune des plaintes peut aboutir à une condamnation allant jusqu'à 3 millions de DA (environ 45'000 E, 60'000 FS), ce qui conduit "Le Matin" à considérer que le but recherché est soit de "ruiner financièrement" le journal, soit de le contraindre à "reconsidérer sa manière d'écrire et de traiter l'information".
(Liberté 5.5) Un nouveau quotidien est sorti le 2 mai dans les kiosques, "El Ahdath", quotidien d'information générale en arabe.
(AP 29.5) Les autorités algériennes ont fini le 29 mai par autoriser la presse étrangère accréditée pour les élections législatives du 30 mai, à se rendre en Kabylie, après 48 heures d'interdiction pour "raisons de sécurité", après un incident le 23 mai, au cours du déplacement en Kabylie d'une équipe française de télévision, qui avait vu le véhicule de son escorte policière pris à partie par des manifestants. Reporters sans frontières avait dénoncé l'interdiction de la Kabylie à la presse étrangère, et y avait vu la démonstration de "la volonté des autorités de tenir cette élection à huis-clos en Kabylie".
(AFP 13.6) Un nouveau quotidien, en français, est sorti dans les kiosques le 13 juin en Algérie, "La Dépêche de Kabylie", dirigé par un ancien responsable du RCD (en rupture de parti), et ancien ministre de la Santé, Amara Benyounès. "La Dépêche de Kabylie" affirme vouloir s'inscrire "résolument dans le combat universel pour la démocratie et contre l'islamisme totalitaire et tous les intégrismes du même acabit". A propos de la Kabylie, l'éditorial du premier numéro affirme qu'elle "n'est pas et ne sera jamais une région comme une autre", dès lors qu'"outre la reconnaissance de sa langue (elle) revendique la modernité et la démocratie sans lesquelles il ne saurait y avoir de citoyenneté". Pour autant, le quotidien affirme ne pas vouloir exclure de ses champs de préoccupation "le reste du pays et les autres composantes de cette grande Nation qu'est l'Algérie".
(L'Expression 15.6 / El Watan 17.6) le groupe privé algérien Khalifa, présent notamment dans le transport aérien et la construction, a annoncé le lancement d'une chaîne de télévision privée algérienne, installée en France, "Khalifa TV", et avoir obtenu l'autorisation du Conseul supérieur de l'audiovisuel (CSA) français. Le lancement effectif de Khalifa-TV aura probablement lieu en septembre 2002, peu avant le début des manifestations de l'"Année de l'Algérie en France". "L'Expression" suggère que le projet d'Abdelmoumen Khelifa aurait été accepté par les autorités françaises du fait des garanties qu'il présentait de ne pas "troubler" les rapports franco-algériens en servant "les intérêts d'une certaine opposition", garanties que d'autres projets de télévision algérienne en France ne pouvaient pas fournir (notamment le projet du milliardaire algérien Djillali Mehri, en collaboration avec des Saoudiens, et qui était suspect d'être trop proche du MSP de Mahfoud Nahnah, ou le projet de la chaîne de radio Beur FM). La volonté proclamée d'Abdelmoumen Khalifa est en effet de faire de sa télévision un moyen d'"améliorer l'image de l'Algérie en Europe" et de "servir de trait d'union entre l'Europe et l'Afrique du nord".
Les programmes de Khalifa-TV seront diffusés en français et en arabe, et la nouvelle chaîne pourrait s'assurer la collaboration d'anciennes ou actuelles figures de la télévision algérienne, de la télévision qatarie Al Jazira ou du "paysage médiatique français".
Djillali Mehri a réagi à l'annonce du lancement de la chaîne de télévision de son concurrent Abdelmounen Khelifa en annonçant que l'étude de son propre projet de chaîne de télévision, basée à Paris, était terminée. Nacer Kettane, PDG de "Beur FM", a également fait savoir qu'il ne renonçait pas à son projet de "Beur TV, la chaîne Méditerranée", ciblant six millions de Maghrébins en France (et 68 millions au Maghreb).
(AFP 19.6) Le directeur de "Radio Beur", Nacer Kettane, a annoncé le 19 juin le lancement en octobre à Paris de "Beur TV, la chaîne Méditerranée", chaîne de télévision qu'il affirme indépendante, pluraliste, moderne et gratuite. Emettant en clair sur le satellite Hot Bird, Beur TV sera accessible gratuitement en France, dans le reste de l'Europe occidentale, au Maghreb et dans le monde arabe. Son public cible est formé des six millions de personnes composant la communauté maghrébine en France, et aux 68 millions d'habitants des trois pays du Maghreb occidental (Algérie, Maroc, Tunisie). Beur TV émettra en français, en arabe et en berbère. C'est la deuxième chaîne de télévision privée franco-algérienne dont le lancement est annoncé en deux semaines, après celle du milliardaire algérien Abdelmoumène Khelifa.
(El Watan 22.7) "El Watan" fait état de l'enlèvement, de la séquestration, de la brutalisation et du maltraitement de son correspondant à Tebessa, Beliardouh Abdelhaï, par le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Tébessa, Garboussi Saâd et trois de ses hommes, qui entendaient ainsi punir le journaliste d'un article relatif à des réseaux de soutien aux terroristes, article qui annonçait, sur la base d'informations provenant d'"une source bien informée" que Garboussi Saâd aurait (le conditionnel était de mise) été arrêté "pour une affaire liée au terrorisme" -ce que l'intéressé avait démenti. Le journaliste a été enlevé à son domicile, battu, trainé sur la place publique, molesté, puis séquestré dans la cave du domicile du président de la Chambre de commerce, et à nouveau battu, traîné dans les rues et emmené au siège local du RND, et menacé de mort. "El Watan" dénonce "la passivité des services de sécurité et des élus locaux", et observe que les journalistes ont été rendue plus vulénrables depuis les récentes modifications des dispositions pénales du code de l'information. "El Watan" demande aux autorités de faire le nécessaire pour que les auteurs du lynchage du journaliste "répondent de leur forfait devant les tribunaux". L'ensemble des correspondants locaux à Tebessa des quotidiens nationaux se sont solidarisés avec leur confrère, et ont décidé de cesser leur activité jusqu'à la traduction en justice des agresseurs. Tebessa est l'un des centres de la contrebande avec la Tunisie, contrebande à laquelle les groupes armés participent comme les groupes mafieux.
(La Tribune 2.9) La chaine de télévision privée algérienne, domiciliée à Paris, Khalifa Television (KTV) devrait commencer à émettre le 4 septembre à 20 heures (sur le "bouquet" français TPS, relayé par le satellite Hotbird 13E). Selon un communiqué de sa direction, KTV se donne une vication culturelle, mais ses programmes s'orienteront, dans un premier temps, autour de la variété musicale, sans exclure l'information, les débats, le cinéma et les sports. KTV se fixe comme objectif d'être "l'ambassadrice de la culture algérienne" et "le véhicule privilégié de la société algérienne dans sa culture et dans son évolution quotidienne". Le nom de son directeur n'a pas encore été révélé.
(Liberté 22.9) Le chef du bureau du "Jeune Indépendant" à Annaba, Nabil Chaoui, a été agressé le 19 septembre par deux individus, qui se sont présentés comme des "entrepreneurs" mais que la presse privée désigne comme étant vraisemblablement des hommes de main envoyée par un industriel de Berrahal, Hadjadj Amar. Les agresseurs ont menacé le journaliste et sa famille de mort, s'il persistait à écrire des articles défavorables à l'industriel.
(Le Matin 29.9) Plusieurs plaintes ont à nouveau été déposées par le ministère de la Défense nationale contre le quotidien "Le Matin", dont le directeur de publication, Mohammed Benchicou, a été auditionné le 28 septembre par le juge d'instruction pour une caricature de février 2002 sur "la mafia des généraux", une chronique de "SAS" de mars 2002 et un article d'avril 2002 sur le report d'un procès opposant le chroniqueur SAS et le dessinateur Dilem au ministère.
(Le Quotidien d'Oran, Le Monde 17.10) Le Conseil supérieur de l'audiovisuel français (CSA) a demandé récemment l'arrêt de la chaîne de télévision Khalifa TV (KTV), propriété du milliardaire algérien Abdelmoumen Khalifa, annonce "Le Monde". KTV émet depuis fin août é partir de Paris sur un satellite, sans l'autorisation du CSA.
(Algeria-Interface / L'Actualité 10.11) Le groupe Khalifa a confié le montage de son dossier de télévision par satellite, Khalifa TV (KTV) à une société française de conseil en communication, l'"International medias consultats associés" (IMCA) de Pascal Josèphe, qui a donc remplacé l'homme d'affaires franco-libanais Rachid El-Shamaa, initialement chargé du dossier, après que le Conseil supérieure de l'audiovisuel français (CSA) ait interdit à KTV d'émettre, faute d'autorisation.
(Le Quotidien d'Oran 16.11) L'hebdomadaire proche du FFS "Libre Algérie", suspendu de droit, puis de fait, depuis des années, pourrait reparaître très prochainement (peut-être après le Ramadan).
(Algeria-Interface 18.11) Le groupe Khalifa a déposé une nouvelle demande d'autorisation de son projet de TV par satellite auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel français (CSA), après l'interdiction d'émission qui lui avait été signifiée, suite au début des émissions de Khalifa TV (KTV), sans autorisation, le 4 septembre. Piloté dans un premier temps par l'homme d'affaire franco-libanais Rachid El Shammah, fondateur de "Radio Orient", le dossier aurait été confié à la société parisienne de Pascal Josèphe, proche du président du Comité d'organisation de l'"Année de l'Algérie en France", Hervé Bourges. La nouvelle demande de conventionnement au nom de KTV porte sur une chaîne généraliste, francophone avec des programmes en arabe et en berbère. La chaîne serait supervisée administrativement par la tante de Rafik Khalida, qui aurait sollicité des patrons de presse algérien (Omar Belhouchet, d'El Watan, Mohammed Benchicou, du Matin, Ahmed Fattani, de l'Expression), lesquels restent muets sur le sujet.
Parallèlement, le groupe Khalifa a lancé une chaîne d'information continue en arabe, "KNews", basée à Londres et dirigée par d'anciens journaliste de la télévision publique algérienne, dont Kamel Allouani.
(AFP 26.11) La liberté de la presse est "victime de l'Etat de non droit" en Algérie, estime Reporters sans frontières, qui vient de rendre public un rapport sur la situation des media en Algérie. Après les assassinats et les disparitions des "années noires", les journalistes algériens, notamment les correspondants locaux, sont aujourd'hui victimes de menaces et d'intimidations, de la part "de notables locaux, d'affairistes et de certains délégués des aârchs à la t'ete de la révolte en Kabylie", dénonce RSF, qui ajoutent à ces menaces celles liées à la dénonciation des affaires de violation des droits de l'homme ou du poids des généraux au sein du pouvoir. De plus, l'impunité reste la règle dans les affaires de disparitions de journalistes, et les autorités font peser sur la liberté de la presse une "véritable épée de Damoclès" sous la forme des nouvelles dispositions du code pénal, qui prévoient des peines de deux à doute mois de prison pour "atteinte au président de la République" par "l'injure, l'insulte ou la diffamation". RSF demande aux autorités algériennes de diligenter des enquêtes "sérieuses" sur les disparitions, les assassinats et les agressions de journalistes, et de supprimer les dispositions du code pénal concernant les délits de presse. L'organisation demande aux autorités européennes d'intervenir auprès des autorités algériennes pour qu'elles respectent l'article 2 de l'accord d'association UE-Algérie, relatif au respect des droits de l'homme.
(L'Actualité 4.12) Le groupe Khalifa serait en passe d'obtenir l'autorisation d'émettre pour sa chaîne de télévision généraliste en France, "Khalifa TV" (KTV), annonce l'agence officielle algérienne APS (Khalfa a finalement obtenu cette autorisation). Une convention d'autorisation serait en passe d'être signée avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), pour une autorisation d'émission de deux ans, prolomngeable de 5 à 10 ans, sur la base d'un cahier des charges reprenant les obligations déontologiques imposées aux autres chaines françaises. La programmation initiale de KTV sera de douze heures, majoritairement occupées par la diffusion de vidéo-clips, entrecoupés de bulletins d'information en arabe, français et tamazigh. La grille de programme comprend une émission quotidienne d'actualité, un magazine mensuel en direct et une émission religieuse réalisée avec la Mosquée de Paris.
(L'Expression 8.12) Le directeur de la télévision publique algérienne (ENTV), Habib Chawki Hamraoui, a dénoncé deux chaînes de télévision étrangères, la fran4aise Canal" et la quatarie Al-Jazira, qu'il a accusé d'"ouvrir leur espace pour la propagande des thèses pro-terroristes". En revanche, Hamraoui a salué l'octroi par le Conseil supérieur de l'audiovisuel français (CSA) à Khalifa-TV d'une autorisation d'émission, et souhaité que "Beur TV" bénéficie également d'une telle autorisation. Il a annoncé que des accords de partenariat avec ces chaînes ont été signés à Paris.
(El Watan 23.12) Le directeur du quotidien "Le Soir d'Algérie" et le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, ont été convoqués par le juge d'instruction d'Hussein Dey, sur plainte du ministère de la Défense (la plainte date de mai 2001, mais Djeddaï étant député et couvert par l'immunité parlementaire, il ne pouvait être poursuivi à l'époque) à propos d'un article publié le 20 mai 2001, dans lequel Djeddaï accusait les généraux d'être responsables de la situation en Algérie.
(L'Expression, Le Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant 26.12) Dans un communiqué, le Front des Forces Socialistes rend public un accord obtenu avec la revue britannique (en arabe) "Al Mouchahid Essiyassi", qui avait le 23 novembre accusé Hocine Aït Ahmed d'être en relations directes avec Oussama Ben Laden (en les présentant notamment côte à côte sur un montage photo) et de mettre en place en Kabylie des maquis avec l'aide d'islamistes et de terroristes, le tout se référant à des sources émanant de "services européens". Le journal a présenté des excuses publiques au leader du FFS et devra lui verser une somme symbolique, que le FFS attribuera à une association caritative. Le journal reconnaît que "les imputations contenues dans le texte (publié) ne sont fondées sur aucun élément de vérité, et ce globalement et dans le détail", exprime "son profond regret pour avoir publié de telles allégations" et en "demande pardon à M. Aït Ahmed".
Le FFS s'interroge sur l'origine de cette "manipulation" reposant sur "des mensonges dont la grossièreté, loin de faire rire, doit inviter à la plus grande vigilance", et y voit l'esquisse de l'un des "axes de cette troisième guerre qu'ils voudraient inspirer au peuple algérien", en passant par "la tchétchénisation de la Kabylie dans la foulée de la lutte internationale contre le terrorisme".
2003
(L'Actualité 5.1) Le quotidien "Le Matin" a été condamné le 31 décembre à verser la somme de 980'000 dinars (environ 12'000 Euros ou 17'000 FS) au ministère de la Déàfense nationale, qui avait porté plainte contre le quotidien pour des chroniques de son collaborateur Sid Ahmed Semiane (SAS). Le dessinateur du quotidien "Liberté" a quant à lui, également sur plainte du ministère de la Défense national, été condamné à une amende de 20'000 dinars, et le quotidien à une amende d'un million de dinars, pour un dessin paru le 26 janvier 2002 sur l'assassinat du président Boudiaf.
(Liberté 14.4) Un hebdomadaire issu de la communauté kabyle de Paris a été lancé le 9 avril, à Paris : "Le Kabyle de Paris", animé par des journalistes algériens /Rachid Mokhbi, Youcef Zirem et Madjid Laribi). L'hebdo affirme vouloir "promouvoir toutes les capacités kabyles, toutes les capacités algériennes, longtemps génées dans leur progression, afin de rejoindre les rivages de l'universalité".
(El Watan 20.4) Le Comité de protection des journalistes (CPJ), dont le siège est basé à New-York, a rendu public son rapport mondial sur "les attaques contre la presse en 2002". S'agissant de l'Algérie, le CPJ estime que la presse privée a gagné en crédibilité malgré les pressions des autorités et les accusation d'allégeance à des groupes politiques, et malgré une tendance répressive concrétisée par les récents amendements apportés aux dispositions du Code pénal concernant la presse. Le CPJ note également que les enquêtes sur les assassinats de 58 journalistes et la disparition de cinq autres, sont éludées par les pouvoirs publics, ce qui entretient le soupçon d'une responsabilité du pouvoir dans ces crimes. Enfin, le CPJ note l'autocensure de la presse : "la crainte de représailles du gouvernement, les considérations idéologiques et la difficulté d'accès à l'information ont empêché les medias algériens d'aborder des sujets sensibles tels les droits de l'homme, la corruption dans les sphères militaires et le rôle controversé des militaires dans la politique". En outre, le CPJ note que des journalistes travaillent en étroite collaboration avec des officiers des services secrets et que les journalistes étrangers sont toujours flanqués de gardes du corps chargés au moins autant de les espionner que de les protéger.
(L'Actualité 4.5 / Le Jeune Indépendant 5.5) A l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse, le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), Ali Yahia Abdennour, a accusé le pouvoir algérien d'avoir pour objectif "le contrôle de l'information", et de chercher à "manoeuvrer la presse indépendante, à la récupérer par des mesures administratives, judiciaires ou financières". "Le Pouvoir accorde des pages de publicité à certains journaux, une page à d'autres, et rien à ceux qui le critiquent ou lui sont hostiles", a relevé le président de la LADDH, à propos du monopole étatique de la publicité de presse. Quant aux pressions judiciaires, il a estimé que "les poursuites judiciaires engagées contre les journalistes, le climat d'insécurité qui les frappe et les maintient dans un état d'angoisse, constituent une atteinte à la liberté de la presse". Mais Ali Yahia Abdennour a également affirmé, tout en rendant hommage aux nombreux journalistes algériens "qui sont montés au créneau" pour défendre les libertés, et ont payé un lourd tribut (y compris en vies humaines) à cet engagement, que "la liberté de la presse a pour corollaire la tolérance à aux idées des autres", et qu'elle ne pouvait "dégénérer en agression ou en terrorisme intellectuel".
Dans son rapport 2003 sur la liberté de la presse dans le monde, Reporters sans Frontières (RSF) constate également que "les journalistes algériens sont encore loin de pouvoir exercer librement leur métier", même si "la menace des groupes islamistes est moins pesante". RSF relève les pressions exercées sur les journalistes par "les notables et hommes d'affaires locaux, ou encore des représentants du mouvement contestataire en Kabylie", qui s'ajoutent aux poursuites judiciaires. Les correspondants locaux semblent particulièrement visés par des agressions et des intimidations (le correspondant d'"El Watan" à Tebessa, frappé et humilié par le président de la Chambre régionale de commerce et d'industrie et ses hommes de main, sera poussé au suicide en juillet 2002). RSF dénonce l'impunité dont bénéficient les auteurs de semblables actes, et l'absence de progrès dans les enquêtes sur les disparitions de cinq journalistes entre 1994 et 1997. 57 journalistes algériens ont été assassinés entre 1993 et 1996.
(Liberté 21.5) Le dessinateur Ali Dilem, du quotidien "Liberté", a été condamné le 20 mai à six mois de prison avec sursis et à une amende de 20'000 dinars (environ 350 FS, 200 Euros, le directeur de la publication de "Liberté" à une amende de 40'000 DA et la Société du journal à une amende de 300'000 DA, pour un dessin paru le 15 janvier 2002 et jugé diffamatoire pour le ministère de la Défense nationale. Quatre autres procès ont été intentés par le ministère contre le dessinateur. Lors du procès, l'avocat de "Liberté", Me Bourayou, a été empêché de plaider par le président du tribunal, ce qui a entraîné le retrait des autres avocats plaidant dans le procès, y compris de l'avocat du ministère de la Défense nationale, Me Belloula.
(AP 17.8 / Liberté, El Watan, El Khabar 18.8) Six quotidiens algériens, dont les plus opposés au président Bouteflika , ont été sommés par fax le 14 août de payer la totalité de leur dette aux imprimerie d'Etat avant le 17 août, faute de quoi ces imprimeries, en situation de quasi-monopole, ne les imprimeraient plus. Les dettes des six quotidiens s'élèveraient à plus de 3 milliards et demi de dinars (environ 40 millions d'Euros, 60 millions de FS). L'ultiumatum des imprimeries ne laisse qu'un délai de quatre jours, diminué par les deux jours du week-end et la fermeture des banques le samedi. Les six éditeurs concernés dénoncent "le pouvoir, mis le dos au mur" par les révélations "sur les graves scandales qui touchent de hauts responsables de l'Etat", et qui "bafoue la liberté d'expression". Cinq des six quotidiens concernés ("Le Matin", "Le Soir", "L'Expression", "Al Khabar" et "ErRaï", "Liberté" ayant pu payer ses dettes, de 60 mios DA), ne sont pas parus le 18 août.
Toute la classe politique a condamné l'ultimatum des imprimeries d'Etat, qualifié de "mesure arbitraire". Le FLN annonce qu'il va demander une enquête parlementaire, qui devrait notamment se pencher sur les raisons de mesures prises contre six titres seulement, et non pas tous ceux imprimés par les imprimeries d'Etat. La syndicat national autonome de l'administration publique SNAPAP a exprimé son soutien à la presse et sa condamnation de l'ultimatum des imprimeries.
"Liberté", seul des six quotidiens à avoir réussi à trouver la somme exigée par son imprimeur, a assuré que celle-ci ne constituait pas une brèche dans le camp des éditeurs, qui avaient adopté une position commune. "Le Matin" a assuré pour sa part n'avoir pas d'autre dette à l'égard de son imprimeur que celle représentant le tirage du mois écoulé, "ErRaï" affirme avoir trouvé un arrangement pour une dette de 100 millions de DA, "Le Soir" affirme n'avoir pas de dettes, et "El Khabar" assure également n'avoir pratiquement pas de passif à l'égard des imprimeries publiques. Le rédacteur en chef d'"El Watan", Omar Belhouchet, dont le journal n'est pas touché par l'ultimatum des imprimeries d'Etat puisqu'il dispose de sa propre imprimerie, invite ses confrères à "se soustraire au diktat des imprimeries de l'Etat".
(AP 19.8 / El Watan, El Khabar 20.8 / Liberté, Le Jeune Indépendant, El Watan 21.8 / Corr) Quelques centaines de personnes, essentiellement des personnalités politiques (comme Saïd Sadi, Hamid Kounaouci, El Hachemi Cherif), artistes et journalistes, mais également militants syndicaux (du syndicat autonome de l'administration publique SNAPAP, notamment), avec une participation remarquée de plusieurs responsables du FLN, ont participé à un rassemblement le 19 août à la Maison de la presse d'Alger, à l'initiative (notamment) du Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) et d'une dizaine de personnalités appelant à "sauver la République", et à soutenir les six quotidiens privés dont l'impression a été suspendue par les imprimeries d'Etat depuis le 17 août, au prétexte d'impayés, et après un ultimatum exigeant des journaux le paiement de toutes leurs factures, y compris de celles qui ne sont pas arrivées à terme, pour pouvoir en reprendre l'impression. Le porte-parole du CCDR, Abdelkhak Bererhi, a accusé le président Bouteflika de vouloir "réduire au silence tous les journaux qui sont hostiles à sa candidature pour un deuxième mandat présidentiel". Il en même appelé à l'armée "comme en 1992 avec l'interruption du processus électoral pour faire barrage à l'intégrisme". Un représentant des aârchs de Kabylie a assuré que le mouvement citoyen kabyle posera le préalable de la levée de la suspensiopn des journaux avant d'entrer en négociation avec le gouvernement sur la mise en oeuvre de la plate-forme d'El-Kseur. Le directeur d'"Al Khabar", Ali Djerri, s'est demandé pourquoi seuls six quotidiens étaient suspendus, alors que "42 autres titres qui ne paient pas un seul centime pour leur impression ne sont pas concernés par la mesure" prise par les imprimeries. Plusieurs participants au rassemblement d'Alger ont noté le silence de la ministre de la Communication, Khalida Toumi, qu'ils avaient connue plus combattive dans la défense de la liberté de la presse. A ifri-Ouzellaguen, le 19 août, le Premier secrétaire du FFS, Djoudi Mammeri, a apporté le soutien de son parti aux quotidiens suspendus "car ils sont victimes de la hogra du pouvoir, après avoir divulgué (sa) corruption et (ses) détournements".
"Liberté", "Le Matin", "Le Soir", "L'Expression", "El Khabar" et "Al Raï" étaient absents des kiosques le 19, pour la troisième journée consécutive. Le 20, "El Khabar" a pu reparaître, mais pas "Liberté", qui avait pourtant remis, en présence d'un huissier et de représentants des autres journaux, un chèque certifié en paiement de la totalité de ses dettes, le 18 août, afin de "lever l'alibi commercial invoqué par les autorités et montrer à l'opinion nationale et internationale qu'il s'agit bien d'une suspension politique décidée par Bouteflika et son clan". L'imprimerie d'Etat (la SIA) a cependant refusé de réceptionner ensuite les pages du journal à imprimer pour le lendemain. Les imprimeries de l'Est et de l'Ouest ont pris la même décision, et une imprimerie a même exigé de "Liberté" le paiement d'une facture émise à l'encontre d'un autre quotidien, "Essahafa", en cessation d'activité depuis février 2001, et qui avait le même propriétaire (mais une personnalité juridique autonome) que "Liberté" -facture que "Liberté" a d'ailleurs décidé de payer avec les autres (pour un total de plus de 115 millions de dinars (soit environ 1,3 mios d'Euros, 2 mios FS), "pour enlever tout prétexte" commercial à des décisions dont le quotidien considère qu'elles relèvent de la politique, et qu'elles n'ont pas été prises par les imprimeries mais par le pouvoir. Pour "Liberté", cela illustre le fait que "le pouvoir cherche par tous les moyens à faire taire Liberté". Tous les journaux concernés contestent, soit le bien fondé total des créances dont se targuent les imprimeries, soit leur montant. Plusieurs d'entre eux se sont cependant déclarés prêts à payer, y compris des factures non échues ou qu'ils contestent, pour pouvoir reparaître, mais demandent des garanties à ce sujet.
Formellement, cependant, les autorités politiques se sont bien gardées d'intervenir pour décider d'une suspension de l'autorisation de paraître accordées aux journaux concernés (lesquels paraissent d'ailleurs toujours sous la forme d'une édition internet), et seules les imprimeries d'Etat sont officiellement en cause, puisque ce sont elles qui ont décidé d'exiger des journaux le paiement de la totalité de leurs dettes avant de reprendre leur impression. Le parti du Premier ministre Ouyahia, le RND, a ainsi affirmé qu'il n'y avait aucune motivation politique derrière la suspension de l'impression des siy quotidiens, laquelle n'obéirait qu'à une logique commerciale. Le porte-parole du RND en voit la preuve dans le fait que "les journaux qui possèdent leur propre imprimerie n'ont pas été inquiétés" (c'est le cas, notamment, d'"El Watan"). Pour le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni également, il s'agit d'une "affaire commerciale qui se règle dans un cadre commercial". Yazid Zerhouni a affirmé "qu'aucune mesure coercitive n'a été prise à l'encontre de la presse sous le mandat de Bouteflika"
A Paris, l'association AlgériEnsemble a dénoncé la "répression du pouvoir", le caractère "fallacieux" des prétextes financiers invoqués par les imprimeries, d'autant qu'ils s'avèrent "sélectifs et faux". Pour l'association, "il s'agit en réalité de faire taire des organes critiques", et ces mesures "accompagnent une violence croissante fomentée à l'égard des courants qui refusent le diktat du clan présidentiel". La porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a exprimé "le voeu qu'une solution soit trouvée dans le respect de (la liberté de la presse) au duifférend qui oppose aujourd'hui les quotidiens algériens et leurs imprimeurs".
La Fédération internationales des journalistes a dénoncé, de Bruxelles, l'"aspect répressif" de la suspension de l'impression des quotidiens, et a attribué cette suspension à "des machinations bureaucratiques pour faire taire la presse libre" en Algérie".
Communiqué de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme
Alger, le 20 août 2003
La décision arbitraire sur injonction venant de la Présidence, du fait du prince, à l'encontre de six titres de la presse privée pour les forcer à s'acquitter de factures dont le règlement n'est pas arrivé à échéance, est une mesure politique destinée à faire taire ceux qui révèlent au grand jour les frasques des dignitaires du pouvoir.
La corruption, qui est une pratique de gestion de l'Etat, est dévoilée ainsi que les auteurs des graves malversations, car des biens ont été dilapidés, le patrimoine public pillé, des sommes fabuleuses détournées par des prédateurs politiques et économiques.
Le Président de la République, qui a exprimé à maintes reprises son mépris, son hostilité et son aversion pour la presse privée, qui le lui rend bien, a manifesté sa volonté malsaine de la mettre au pas pour avoir mis à nu des pratiques maffieuses dignes des républiques bananières et alerter l'opinion publique sur les scandales des affaires scabreuses qui mettent en cause les plus hautes sphères de l'Etat ainsi que des personnalités du pouvoir et de son entourage.
Ce coup de force contre la presse à quelques encablures de l'élection présidentielle vise aussi à occulter une campagne électorale illégale parce qu'elle se fait au nom de l'action publique et avec l'argent public.
Ahmed Ouyahia, militaire habillé en civil, exécuteur des basses besognes, qui a réalisé le plus grand hold-up électoral après celui de Naegelen en 1948, qui relève du gangstérisme politique, a voulu endiguer une campagne de presse qui cible et accable le pouvoir.
La LADDH condamne avec vigueur l'arbitraire, la répression politique, culturelle et morale d'un pouvoir en fin de règne qui vient de bafouer la liberté d'opinion et d'expression, le droit à l'information, consacrés par la Constitution, afin de détruire un espace d'expression qui échappe à son contrôle.
Ali Yahia Abdenour, président de la LADDH
(AP 21.8 / AFP 24.8 / L'Actualité 25.8 / L'Expression, Liberté, El Khabar 26.8 / Corr.) Le quotidien "Liberté", que son imprimerie (d'Etat) refusait d'imprimer en raison (ou au prétexte) de son endettement, est reparu dans les kiosques le 21 août, après paieement de la totalité de sa dette, et de celle de deux autres journaux (Liberté-Economie et As Sahifa) appartenant au même groupe que lui. "El Khabar" a également pu reparaître, après avoir payé ce qui était exigé de lui, et dénoncé le caractère "fallacieux" des "prétextes commerciaux" invoqués pour refuser son impression (le quotidien a d'ailleurs saisi la justice), mais les quatre autres quotidiens suspendus d'impression ("Le Matin", "Le Soir", "L'Expression" et "Al Raï") l'étaient toujours le 26 août.
Le 24 août, le directeur du "Matin", Mohamed Benchicou, de retour de Paris, était interpellé et fouillé à l'aéroport d'Alger. La police des frontières a trouvé dans son bagage des bons de caisse pour une valeur de 11 millions de dinars (environ 130'000 Euros, 200'000 FS). Benchicou s'apprêtait à acquitter la somme de 12 mios DA exigée pour sa reparution. La police a ensuite adressé au directeur du "Matin" quatre convocations successives. L'un des comptes bancaires du quotidien a en outre été bloqué, alors que, selon la direction du journal, la quasi totalité de la somme exigée par ses trois imprimeurs pour reprendre son impression avait été réunie, le chèque la portant devant être certifié par la banque (ce qui a été rendu impossible par le blocage du compte). Pour "Le Matin", ces mesures s'apparentent à "de lâches procédés d'indimidation". Finalement, le quotidien a affirmé avoir pu payer la totalité de ses dettes, et attend de pouvoir reparaître.
"Le Soir" s'attache également à réunir l'ensemble de la somme exigée par son imprimeur public, et que le quotidien qualifie de "rançon". "L'Expression" attend pour sa part que l'agence publique de publicité ANEP lui règle une dette de 50 millions de dinars pour payer son imprimerie ("Le Matin" fait également état d'une dette de l'ANEP à son égard, de 40 mios DA). "L'Expression" fait en outre état d'intimidations et de pressions duz pouvoir, concrétisées par l'envoi d'inspecteurs du travail et de représentants de la caisse d'assurance sociales, sur instruction du ministère du Travail. Pour sa part, "Erraï", qui affirme également disposer d'une créance envers l'ANEP, déclare se trouver dans une "impasse", dans l'impossibilité de payer la totalité de la somme exigée, mais disposée à négocier un échéancier.
Le directeur d'"Al Khabar", Ali Djerri, signale que les six quotidiens visés par les refus d'imprimer ne totalisent qu'une dette de 720 millions de DA (selon les chiffres donnés par les imprimeries, et contestés par les journaux), alors que les dettes à l'égard des imprimeries dépassent les 3,25 milliards de DA, essentiellement dus par des journaux partisans, voire propriété, du pouvoir.
Le porte-parole du Front des forces socialistes, Karim Tabou, a affirmé la solidarité de son parti avec la presse indépendante : "les journalistes peuvent compter sur notre solidarité entière et effective", car "une presse libre est la pierre d'achoppement de toute construction d'une société démocratique".
(AP 26.8 / AP 27.8 / Le Monde 30.8 / Le Quotidien d'Oran, El Watan 31.8 / El Watan 1.9) Le directeur du quotidien "Le Matin", Mohammed Benchicou, est "menacé d'arrestation" depuis le 25 août, a annoncé le quotidien, déjé suspendu d'impression depuis le 18 août en raison, ou au prétexte, de dettes à l'égard des imprimeries publiques. Le 27, la direction du "Matin" annonçait que son directeur avait été placé sous contrôle judiciaire par un juge d'instruction d'El Harrach, pour "détention illégale de bons de caisse". Mohammed Benchicou avait été interpellé à l'aéroport d'Alger le 23 août, de retour de Paris, en possession de bons de caisse (pour l'équivalent de 80'000 Euros) Son placement sous contrôle judiciaire lui interdit de quitter le territoire national, et l'oblige à se présenter chaque semaine au commissariat. Le 30 août, le procureur de la République a fait appel de la décision de placement sous contrôle judiciaire, ce qui pourrait signifier qu'en lieu et place d'un tel contrôle, c'est une mesure d'emprisonnement pourrait être prise contre le directeur du "Matin". Mohammed Benchicou se dit persuadé que les mesures dont lui et son journal font l'objet sont "téléguidées par le clan présidentiel", "Le Matin" étant l'un des fer de lance de la campagne lancée depuis des mois par une partie de la presse privée contre le président Bouteflika et son entourage, dans la perspective des élections présidentielles de 2004.
Le directeur de "Liberté", Farid Alilet, a quand à lui été entendu le 27 août par la police judiciaire, pour une couverture du quotidien, le 17 août, qui annonçait par le titre "tous des voleurs !" un article dénonçant des détournements de biens immobiliers du ministère des Affaires étrangères.
Le 26 août, Reporters sans Frontières a dénoncé dans un communiqué le "règne du non-droit et de l'arbitraire" qui caractérise selon l'ONG les rapports entre les quotidiens privés et leurs imprimeurs publics : "à de très rares exceptions près, l'ensemble des journaux algériens ne publient pas leur bilan annuel ni leur tirage quotidien", et ce manque de transparence "est instrumentalisé par les autorités qui exploitent sciemment les failles de la presse algérienne dans le but de l'intimider et de la censurer".
Le conflit entre la presse privée et les imprimeries d'Etat, relayé par les interventions judiciaires et policières contre certains titres de la presse privée, se déroule évidemment sur fonds de luttes politiques. Le collectif des avocats de quatre quotidiens privés ("Le Matin", "Liberté", "Le Soir" et "El Khabar" dénonce une campagne visant à "museler la presse" avant l'élection présidentielle, et rappelle que "seuls les journaux qui ont dénoncé les dilapidations des biens de la collectivité ont été suspendus, alors que les journaux publics ayant (des) dettes avoisinant les 40 milliards de centimes ont été épargnés". A Bejaïa, une manifestation de soutien à la presse indépendante, à l'appel des journalistes, s'est tenue le 31 août, avec la partcipation de nombreux délégués des aârchs, militants de partis politiques (FFS, RCD, MDS, FLN), syndicalistes, artistes, avocats, outre les simples citoyens.
"Le Soir" et "L'Expression" devaient reparaître le lundi 1er septembre. Pendant ce temps,un nouveau quotidien, favorable au président Bouteflika (contrairement aux six quotidiens sanctionnés par leurs imprimeurs) faisait son apparition dans les kiosques : "Le Jour d'Algérie", dont le directeur explique que l'objectif est "d'établir un équilibre dans la presse écrite dominée par six quotidiens qui produisent le pessimisme".
(AP 2.9 / El Khabar 4.9) Sept nouvelles convocations nominatives à l'encontre de l'ancien et de l'actuel directeurs de publication du journal, du rédacteur en chef , de trois journalistes et du caricaturiste Ali Dillem du quotidien "Liberté" ont été remises au journal le 1er septembre "sur instruction du procureur de la République". Le directeur de publication Farid Alilat et le Rédacteur en chef Saïd Chekri sont convoqué pour la seconde fois en moins d'une semaine, au motif d'"atteintes aux personnes" pour des articles jugés "diffamatoires" par le parquet (mais qui n'ont pas fait l'objet de plaintes, le procureur s'étant autosaisi de l'affaire). Au total, douze convocations nominatives ont été adressées au quotidien.
Quatre des six quotidiens suspendus d'impression le 18 août ont pu reparaître ("El Khabar", "Liberté", "Le Matin" et, depuis le 1er septembre, "Le Soir d'Algérie". Le sort de "L'Expression" et d'"Erraiï" était toujours, le 2 septembre, suspendu au bon vouloir des imprimeurs d'Etat (mais "L'Expression" assure avoir acquitté une grande partie de sa dette à l'égard de l'imprimnerie). Quant au directeur du "Matin", Mohammed Benchicou, il a été mis sous contrôle judiciaire et interdit de sortie du territoire, après que des bons de caisse en dinars aient été trouvés en sa possession alors qu'il revenait de l'étranger. Pour le syndicat des douanes, cependant, il n'y a aucune raison de poursuivre pour cette raison le directeur du quotidien.
Les directeurs des journaux algériens alertent l'opinion nationale et internationale
Le directeur du quotidien Liberté ainsi que trois autres journalistes seront présentés aujourd'hui devant le procureur de la République pour outrage au Président de la République et atteinte aux institutions de l'Etat.
Devant ces graves accusations, les directeurs des journaux de la presse indépendante ont toutes les raisons d'être inquiets sur le sort qui sera réservé à leur collègue, surtout que sa présentation devant le parquet intervient dans un contexte d'acharnement avec la multiplication des mesures d'intimidation contre la presse par le Pouvoir.
Au cours de ces derniers quinze jours, six journaux ont été suspendus et deux directeurs, ceux du quotidien Le Matin et de Liberté, sont menacés de prison. En échouant dans son opération de faire taire à jamais les six quotidiens, dont quatre ont pu reparaître après plus de dix jours de suspension, le Pouvoir tente aujourd'hui par d'autres moyens de museler ces journaux en lançant contre eux ses services administratifs et fiscaux afin de les obliger à mettre la clef sous le paillasson. La situation est très grave et interpelle en Algérie tous ceux qui croient en la liberté de la presse et à la démocratie.
A cet effet, les directeurs des journaux signataires alertent l'opinion nationale et internationale sur ces menaces qui pèsent sur la profession et l'arbitraire qui frappe ses hommes. Agissons ensemble et dans l'immédiat pour sauver la presse en Algérie.
Le Soir d'Algérie, El Watan, El Khabar, Liberté, Le Matin
02-09-2003
LIGUE ALGÉRIENNE POUR LA DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME
Lettre de soutien au quotidien L’Expression
2 septembre 2003
Je félicite le combat mené par l’équipe de votre journal pour son retour dans les kiosques. La presse privée demeure en liberté surveillée et les journalistes ont souvent leur place au banc des accusés.
Bloquer des journaux est une des choses les plus graves que puisse faire un Etat même de non-droit.
La suspension de six titres de presse met en évidence une atteinte grave à la liberté d’expression, liberté précieuse, fondement de toutes les autres libertés, par un pouvoir qui veut museler et domestiquer la presse privée. C’est une injustice inqualifiable.
La liberté d’expression est essentielle à la personne humaine, car c’est un droit dont on ne peut en aucun cas se passer.
Au-delà de la ligne éditoriale des journaux, c’est la liberté d’expression qui est endommagée et qu’il faut défendre, car elle ne peut durer que si elle ne connaît pas d’entraves.
Veuillez agréer l’expression de mes sentiments respectueux.
Ali Yahia Abdenour
Président de la Laddh
(Liberté, 8.9) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a à nouveau démenti, le 7 septembre à Naâma, toute implication du pouvoir dans les mesures de suspension d'impression de six quotidiens privés (et les mesures judiciaires qui ont suivi contre plusieurs de leurs journalistes et responsables), en affirmant que ces mesures ne relèvent pas du "harcèlement judiciaire ni policier", mais sont "simplement une série d'actions légales", conformes à la loi et, en ce qui concerne les suspensions d'impression, motivées par des considérations financières.
Ali Dilem, caricaturiste de "Liberté", Abrous Outoudert, ancien directeur de publication de "Liberté" et Mohammed Benchicou, directeur du "Matin", ont reçu le 7 septembre une nouvelle (la troisième) convocation policière pour être entendus dans le cadre d'une affaire qualifiée par le parquet de "délit de presse". Les trois hommes ont décidé de ne pas répondre à cette convocation et de n'accepter d'être interrogés que par un juge d'instruction.
Un groupe de personnalité qui avaient déjà lancé un appel de soutien aux journalistes et aux quotidiens frappés par les suspensions d'impression, a décidé de s'organiser en un "Comité national de sauvegarde des libertés" (CNSL), qu'ils affirment être "ouvert à tous, aux partis, aux militants, aux associations et aux citoyens pour faire front aux dérives qui s'annoncent", selon les termes de l'un de ses initiateurs, Abdelhak Bererhi.
Appel : "Ne les laissons pas seuls"
Profondément inquiets par les actions répétées contre la presse indépendante par le pouvoir politique, nous, citoyennes et citoyens, animés par l'unique souci de défendre les libertés démocratiques, avons décidé de nous constituer en un Comité national de sauvegarde des libertés (CNSL).
Nous considérons qu'après avoir usé en vain du fallacieux prétexte commercial pour museler la presse indépendante, le clan au pouvoir a recours à l'arbitraire et au harcèlement pour la bâillonner et la mettre au pas.
Quotidiennement, des journalistes et des responsables d'édition font l'objet de procédures policières inadmissibles.
Nous dénonçons ces pratiques intolérables, qu'aucun État de droit n'accepterait ; nous nous déclarons solidaires avec la presse et nous exigeons l'arrêt de tels procédés contre une presse qui symbolise les libertés démocratiques, pour lesquelles elle a payé le prix du sang.
Toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans cette lutte pour la défense des libertés démocratiques sont conviés à soutenir cette pétition et à adhérer au CNSL.
Alger, le 6 septembre 2003
Le comité provisoire du CNSL
Premiers signataires :
Aït-Mohamed Madjid, Aslaoui Leila, Djamil Benrabah, Abdellah Benarbia, Bendaoud Omar, Bererhi Abdelhak, Berghal Khaled, Boubnider Salah, Bouchakour Mohamed, Bourayou Khaled, Brahimi Miloud, Chenounou Mohamed, Djillali Sofiane, Khelfallah Mustapha, Rahabi Abdelaziz, Si Mohamed Baghdadi, Zerari Zehor, Zerari Rabah (Cdt Azzedine)
(Le Temps 9.9 / Liberté 10.9 / El Khabar, El Watan 11.9 / Corr) Le directeur du quotidien "Le Matin", Mohammed Benchicou, et le dessinateur de "Liberté", Ali Dillem, qui avaient refusé de répondre à une convocation de la police mais accepté par avance d'être entendus par la justice , ont été interpellés par celle-ci le 8 septembre, conduits au commissariat central d'Alger pour interrogatoire, puis relâchés en fin de journée. Le lendemain, les deux hommes, ainsi que le directeur de "Liberté" Ali Ouafek, ont été entendus par un juge d'instruction, qui les a inculpés d'outrage au président de la République, et laissés en liberté. Pour Mohammed Benchicou, journalistes, éditeurs et dessinateurs sont poursuivis pour leur ligne éditoriale, opposée au président Bouteflika, et donc pour des raisons politiques.
Le 10 septembre, c'était au tour du directeur du "Soir" d'être convoqué par la police. Lui aussi a décidé de ne pas répondre à une convocation policière, et de n'accepter de répondre qu'à une convocation judiciaire.
La ligue algérienne des droits de l'Homme et l'Union nationale des étudiants algériens ont exprimé leur solidarlté avec la presse indépendante et la lutte pour la liberté d'expression. Le "Comité national de sauvegarde des libertés", créé pour défendre la presse "indépendante", appelle à un rassemblement à la Maison de la presse d'Alger, le samedi 13 septembre, "pour défendre les acquis démocratiques et les libertés d'expression et d'opinion".
En France, l'association Forum Démocratique, qui se donne pour but de "promouvoir et de défendre la démocratie et les libertés en Algérie", a exprimé sa solidarité avec la presse "indépendante" et dénoncé l'"acharnement" dont elle fait l'objet.
La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et Reporters sans frontières (RSF) ont également dénoncé les entraves à la liberté d'expression en Algérie. La FIDH a annoncé qu'elle envisageait d'envoyer une mission en Algérie mi-octobre. Le secrétaire général de la FIDH, Driss El Yazami, a exprimé son "sentiment qu'aujourd'hui il y a une précipitation de la part de la justice algérienne pour traiter des affaires de la presse, alors que dans d'autres situations on n'observait pas cette même rapidité".
(El Khabar, APS, Quotidien d'Oran, El Watan 14.9 / Le Matin 15.9) Entre 100 et 200 personnes, dont plusieurs responsables politiques de divers partis (MSP, MDS, RCD, MAJD, PST, FLN) et militants des droits de l'Homme, ont pris part à un rassemblement de soutien à la liberté d'expression et à la liberté de la presse, le 13 septembre à la Maison de la presse d'Alger, à l'appel du Comité national pour la protection des libertés, qui a à cette occasion reçu le soutien des coordinations des aârchs de Bejaïa, Bouira et Tizi Ouzou.
Manifestations ou non, la pression sur la presse ne se relâche guère : le 13 septembre, un juge d'instruction d'Essania (Oran) a ordonné la mise sous contrôle judiciaire du directeur de la société éditrice des journaux "Erai", "Le Journal de l'ouest" et "Détective", trois titres suspendus d'impression depuis le 18 août. Ahmed Bennaoum, qui avait été arrêté le 11 septembre, doit répondre de chefs d'accusation sans rapport avec un quelconque délit de presse, mais renvoyant notamment à des affaires foncières (il est accusé par la direction des services agricoles d'appropriation et occupation illégales de terres agricoles, et par l'office de promotion et de gestion immobilière de la wilaya d'Oran d'appropriation et d'occupation illégales de biens publics). Ahmed Benaoum serait également accusé d'être impliqué dans une affaire de fuite de capitaux et de "déltournement de locaux" d'une société dont le directeur serait en fuite.
Par ailleurs, toujours le 13 septembre, le directeur de publication du "Soir" a une nouvelle fois été convoqué par la police judiciaire d'Alger, et a une nouvelle fois refusé de répondre à toute autre convocation que judiciaire. Le 9 septembre, la police a en outre confisqué la carte professionnelle de la porte-parole du Conseil supérieur de l'éthique et de la déontologie de la presse, la journaliste de l'APS Fatma-Zora Bellazoug.
Neuf journaux appellent pour le lundi 22 septembre à une "journée sans presse" (une grève de la parution) pour protester contre les "agressions contre la presse nationale et la liberté d'expression".
Grève des journaux lundi 22 septembre
Le harcèlement contre la presse continue. Le directeur du Soir d'Algérie a reçu hier une troisième convocation de la part du commissariat central d'Alger pour répondre d'articles parus dans son journal. Le P-DG du groupe Erraï El Aam est, pour sa part, toujours entre les mains de la Sûreté nationale à Oran. La police nationale est ainsi saisie d'une mission de harcèlement des journalistes qui, objectivement, n'est pas la sienne. Les journalistes ont, à plusieurs reprises, affirmé leur disponibilité à répondre à la justice et à elle seule.
Devant la persistance de ces agressions contre la presse nationale et la liberté d'expression en Algérie, les éditeurs réunis hier à la Maison de la presse ont décidé d'entamer une série d'initiatives de riposte et de sensibilisation de l'opinion nationale et internationale.
Une journée sans presse est programmée pour le lundi 22 septembre. Un forum pour les libertés regroupant les forces sociales et politiques nationales sera organisé prochainement. Des délégations seront dépêchées auprès des organisations internationales pour les alerter sur la gravité des atteintes aux libertés en Algérie. La corporation (éditeurs et journalistes) est invitée à faire siennes ces initiatives.
Alger, le 17 septembre 2003
Signataires :
Le Matin, El Khabar, El Watan, Liberté, Le Soir d'Algérie, L'Expression, El Fadjr, Akher Saâ et Er-Raï
(AP 16.9 / AFP, Le Matin 17.9 / El Watan 18.9 / Corr) Le directeur du quotidien "Le Soir d'Algérie", Fouad Boughanem, a été interpellé le 16 septembre à Alger par la police, à la convocation de laquelle il avait par trois refusé de répondre (il avait par contre et par avance accepté toute convocation d'un juge). Interrogé par des policiers et un juge d'instruction au Commissariat central d'Alger, il a ensuite été relâché. Il lui est reproché notamment des articles "diffamatoires" envers le président de la République. Plusieurs journalistes (notamment la directrice de la rédaction et le rédacteur en chef du "Soir", et le secrétaire général du Syndicat national des journalistes) rassemblés devant le commissariat pour soutenir le directeur du "Soir" ont également été interpellés, puis relâchés. Des représentants des aârchs de Kabylie, conduits par Belaïd Abrika, ont été interpellés et molestés (Abrika a été blessé) en voulant manifester leur solidarité avec des journalistes également traduits devant la justice dans une autre affaire. Une manifestation d'étudiants, également solidaires, a été en grande partie empêchée par la police. Le procès a été. renvoyé au 24 septembre.
Le 17 septembre, le quotidien "L'Expression", suspendu depuis le 18 août, a reparu dans les kiosques. L'Expression annonce que toutes ses dettes à l'égard des imprimeries ont été apurées.
Le 22 septembre a été décrété par les éditeurs de neuf journaux privés "journée sans presse". Des délégations auprès des ONG sont prévues, pour les "alerter sur la gravité des atteintes aux libertés en Algérie".
Les correspondants en France des titres de la presse privée algérienne demandent, dans un appel du 15 septembre, "à toutes les organisations, institutions et forces éprises de liberté, d'agir pour la sauvegarde des libertés d'expression et de parole, plus que jamais menacées (en Algérie)". Dans un communiqué du 17 septembre, le "Comité national pour la sauvegarde des libertés" (CNSL, créé pour défendre les éditeurs de la presse indépendante, les journalistes et la liberté de la presse) appelle "citoyennes et citoyens à s'organiser au sein de sections locales de sauvegarde des libertés, à dénoncer toute atteinte aux droits garantis par la Constitution et à résister, solidairement, à toutes les agressions contre la démocratie, la justice et les libertés".
Le Conseil supérieur de l'éthique et de la déontologie (CSED) des journalistes algériens a à nouveau exprimé sa solidarité avec les journalistes poursuivis, et dénoncé "les atteintes à la liberté de la presse et au droit d'information, principes consacrés par la Constitution algérienne", et au respect desquels il appelle les pouvoirs publics.
(L'Expression, Le Soir, El Watan, Le Matin 21.9) Le 22 septembre a été proclamé "journée sans presse" par plusieurs éditeurs de journaux privés, l'ensemble des journaux ne s'étant cependant pas ralliés à cette initiative (neuf journaux ont décidé de ne pas paraître). Des délégations auprès d'organisations internationales sont également prévues, ainsi qu'un rassemblement à la Maison de la Presse d'Alger.
Plusieurs quotidiens privés (outre les "gouvernementaux", comme "El Moudjahid") ont cependant décidé de sortir le 22 septembre. "La Tribune", qui est dans ce cas, s'en explique :
La Tribune a résolu de sortir. Cette décision est celle d’un collectif qui a débattu en toute connaissance de cause des enjeux de cette résolution, laquelle appelle pour nos lecteurs les précisions suivantes :
- 1 - La Tribune, qui continue de supporter les conséquences d’une longue et injuste suspension, sait autant que quiconque et peut-être bien mieux que beaucoup ce que répression veut dire et apprécie à sa juste valeur le sens de la solidarité. L’épreuve d’octobre 1998 est sans doute encore dans les mémoires, au moins dans celles des confrères et est-il besoin de rappeler ici le rôle joué par notre journal -bien que moins ciblé que d’autres- dans l’organisation et l’animation du mouvement de légitime protestation, un mouvement qui aura finalement moins consacré le sens des intérêts collectifs que les stratégies de pouvoir des uns et des autres.
- 2 - Il en sera resté un peu moins de romantisme dans le regard sur «l’aventure intellectuelle» et un peu plus de goût de cendre qui n’aura, en dépit de tout, jamais réellement découragé notre engagement auprès de nos confrères chaque fois que la nécessité s’en est fait sentir. Les faits et les écrits sont là pour en attester.
- 3 - La bataille de l’indépendance -autant vis-à-vis du pouvoir que des groupes d’intérêts visibles ou informels- est celle, en dernière analyse, de la liberté éditoriale pleine et entière dont doit jouir chaque titre et, de ce point de vue, nul n’a de titres particuliers -ni en termes de puissance économique ni en termes de légitimité politique- pour décider en lieu et place de chaque titre concerné des choix qui sont les siens. Y compris celui décisif entre tous de paraître ou pas.
- 4 - L’appel à la grève des titres lancé par un groupe de confrères procède d’une concertation limitée et à laquelle la Tribune -comme d’autres organes- n’a pas été associée.
- 5 - Tout se passe comme si un groupe d’éditeurs, quelle que soit la légitimité de leur protestation -à bien des égards, il peut y avoir lieu d’en discuter- s’érige en autorité de fait sur les titres privés, redouble et élargit paradoxalement, à sa façon, la décision de suspension de parution imposée par les pouvoirs publics à quelques titres.
- 6 - Cette situation, à l’évidence, n’est ni saine ni dénuée de calculs et, entre autres, celui de la consécration d’une manière de premier et de deuxième collège au sein de la presse privée et dont l’objectif final, guère nouveau, est de conforter des positions de force, des stratégies de négociations avec les centres de pouvoir.
- 7 - La Tribune, si elle reste sensible aux difficultés réelles qu’affronte chaque jour la presse, ne donne pour autant délégation à personne de décider de ses choix et demeure ouverte à la concertation sur tous les problèmes du secteur et à tout ce qui peut contribuer à améliorer cette si difficile mission d’informer.
Le 22 septembre, la coordination des aârchs de Bejaïa (CICB) a prévu une marche vers le siège de la municipalité de Sidi Aïch, et une grève générale locale d'une demie-journée, pour protester contre le "harcèlement judiciaire à l'encontre des journalistes et des délégués", non sans exiger "le départ des indus élus et de la gendarmerie". Le 24 septembre à Bruxelle devrait avoir lieu, à l'appel notamment de la Fédération internationale des journalistes, un rassemblement de soutien à la presse algérienne.
Les pressions sur les journalistes continuent malgré cette mobilisation (dont l'impact sur l'opinion publique semble gtoutefois mesuré, si l'on en juge par la faible affluence -quelques centaines de personnes- aux rassemblements de soutien à la presse). Plusieurs journalistes du "Soir d'Algérie", ainsi que le directeur du quotidien, ont àtà convoquée par la police le 20 septembre pour le lendemain, et ont refusé de se répondre à toute autre convocation que celle d'un juge ou d'un procureur.
Le président de la Commission consultative nationale pour la promotion et la protection des droits de l'homme a qualifié la convocation de journalistes par la police (et non la justice) de procédure "étrange".
(Le Monde 23.9 / Le Soir, El Khabar, El Watan 25.9) Neuf quotidiens algériens, qui avaient décrété le lundi 22 septembre "journée sans presse", ne sont pas parus ce jour là, pour protester contre "la persistance des agressions contre la presse nationale et la liberté d'expression", une trentaine de quotidiens paraissant toutefois normalement. Outre les six quotidiens récemment frappés de mesures de suspension d'impression par les imprimeries d'Etat, au motif ou au prétexte de factures impayées, plusieurs quotidiens à fort tirage, dont "El Khabar" (le plus fort tirage de la presse algérienne, avec 350'000 à 400'000 exemplaires) et "El Watan" (50'000 à 60'000 exemplaires), qui disposent tous deux de leur propre imprimerie, se sont associés à cette action de protestation. En revanche, le plus important des quotidiens en français, "Le Quotidien d'Oran" (185'000 exemplaires) et plusieurs autres quotidiens indépendants ("La Tribune", "El Youm", notamment), ainsi, évidemment, que les quotidiens gouvernementaux comme "El Moudjahid", ont refusé de s'associer à cette action, le "Quotidien d'Oran" "El Youm" et "La Tribune" mettant en cause la prétention des éditeurs qui ont lancé cette "journée sans presse" (qui ne fut donc pas sans presse) à parler au nom de toute la presse algérienne. "Je revendique l'indépendance des journalistes, mais surtout la réhabilitation de la presse algérienne. Qu'elle cesse d'être un outil politique et idéologique entre les mains de clans !", déclare le directeur de la publication d'"El Youm", H'mida Layachi.
Le directeur du "Matin", Mohammed Benchicou, en pointe à la fois dans la protestation d'une partie de la presse privée, dans la campagne lancée depuis des mois contre le président Bouteflika et, comme cible, dans les mesures policières et judiciaires dont sont victimes les journalistes, explique pour sa part (dans un entretien au "Monde") que la presse algérienne est encore "en construction" : "Nous avons conscience de nos erreurs et de nos faiblesses. L'essentiel est d'y remédier pour l'avenir. Il y a plein de choses dont nous devons encore nous débarrasser -en particulier de cette propension à nous prendre pour des partis politiques, ou à nous ériger en juges pour dire ce qui est bon et ce qui ne l'est pas".
Le jugement dans le procès intenté contre un journaliste du "Matin", son épouse, la porte-parole du Conseil d'éthique et de déontologie des journaliste, elle-même journaliste à l'agence officielle APS, et un responsable du Mouvement démocratique et social (MDS, dont "Le Matin" est proche), a été ajourné le 23 septembre, au 31 décembre, par le tribunal de Sidi M'hammed, suite aux protestations des avocats de la défense contre l'"encerclement du Palais de Justice par les forces de police", qui avaient imposé un "périmètre de sécurité" autour du tribunal afin de contenir un rassemblement de journalistes solidaires de leurs confrères. Plusieurs participants au rassemblement, dont le dessinateur Ali Dilem et le porte-parole des aârchs de Tizi Ouzou Belaïd Abrika, ont été interpellés.
Le 24 septembre un rassemblement de soutien à la presse algérienne s'est tenu à Bruxelles, à l'appel notamment de la Fédération internationale des journalistes, rassemblement au terme duquel la journée du 24 octobre a été proclamée "journée mondiale de soutien à la liberté de la presse en Algérie". Un "Comité européen de suivi des libertés en Algérie" pourrait être officiellement créé à cette occasion.
(AP 30.9 / AFP 1.10 / El Khabar 2.10) Le directeur du "Soir d'Algérie" a été interpellé par la police le 30 septembre devant son journal, et relâché une demie-heure après, puis à nouveau interpellé le 1er octobre dans les locaux même du journal, et conduit au commissariat central d'Alger. Fouad Boughanem a été libéré une demie-heure après. Comme lui, deux autres journalistes qui n'avaient pas répondu aux convocations de la police, tout en acceptant par avance de répondre aux convocations de la justice, ont été interpellés. Tous devaient être entendus sur le soupçon de diffamation envers les hautes autorités algériennes, dont le président Bouteflika. La rédaction du journal dénonce le "traitement répressif" dont la "presse indépendante fait l'objet (...) de la part du régime de Bouteflika, incapable d'apporter des réponses sur les graves accusations de corruption qui pèsent sur lui".
(El Watan 6.10) Un journaliste du "Soir d'Algérie" a été interpellé le 5 octobre, et conduit pour interrogatoire, au commissariat d'Alger, où il a refusé de répondre aux policiers. Deux autres journalistes du même quotidien, et le directeur de la publication, l'ont ensuite rejoint au tribunal pour être entendus par le procureur et présentés devant le juge d'instruction pour "offense au président de la République". Les quatre hommes font l'objet depuis plusieurs semaines de convocations et d'interpellations régulières, auxquelles ils refusent de répondre lorsqu'elles sont le fait de la police et non de la justice.
(AFP 13.10) Le directeur du quotidien "L'Expression", Ahmed Fattani, a été interpellé le 13 octobre au siège de son journal par la police et emmené au Commissariat central d'Alger pour y être entendu sur des articles publiés sur le site internet du journal pendant la suspension d'impression de ce dernier, entre le 18 août et le 16 septembre. Comme les autres responsables de journaux et journalistes de la presse privée, il refuse de répondre aux convocations de la police, et n'accepte de répondre qu'à celles de la justice.
(El Watan 22.10) L'Algérie a été placée par Reporters sans frontières à la 108ème place sur 166, entre la République centrafricaine et la Guinée, du classement mondial de la liberté de la presse*, établi chaque année par l'organisation. En 2002, l'Algérie était à la 95ème place de ce classement, qui ne prend en compte que les atteintes à la liberté de la presse survenues entre le 1er septembre 2002 et le 1er septembre 2003, ainsi que l'impunité dont bénéficient les auteurs de ces atteintes. L'Algérie n'est ainsi plus le pays "le plus libre" du "monde arabe", puisqu'elle est désormais devancée par le Koweït (102ème rang) et le Liban (106ème). La presse y reste cependant plus libre qu'en Arabie Saoudite (156ème rang), en Syrie (155ème), en Libye (153ème) et à Oman (152ème), ce qui ne saurait représenter une performance puisque ces pays, selon RSF, "utilisent tous les moyens à leur disposition pour empêcher l'émergence d'une presse libre". La presse algérienne est également considérée par RSF comme plus libre que la presse marocaine (131ème rang). Aux deux derniers rangs du classement, on trouve Cuba et la Corée du nord (165 et 166ème). En tête, on trouve la Finlande, l'Islande, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark.
* la "presse" définissant en fait, dans ce classement, l'ensemble des media, y compris internet.
(AP 4.11) Le directeur du quotidien "Liberté" a été condamné le 4 novembre à quatre mois de prison avec sursis et 100'000 dinars d'amende (environ 1100 euros / 1600 FS)pour "offense au chef de l'Etat". Le journaliste Rafik Hamou a également été condamné à 100'000 DA d'amende, et le journal en tant que tel à 2 millions de DA, pour le même motif. Ces condamnations sanctionnent la reprise par "Liberté" d'informations publiées par "El Khabar", selon lesquelles plusieurs hautes personnalités publiques s'étaient "servies" dans le patrimoine immobilier du ministère des Affaires étrangères. Curieusement, seul "Liberté" a été poursuivi, alors que l'enquête initiale avait été publiée par "El Khabar", qui n'a fait l'objet d'aucune procédure.
Le procès s'est déroulé en deux heures, en l'absence des avocats de la défense, qui se sont retirée après le refus du président de leur demande de report de l'audience.
(AFP 24.11) Le correspondant à El Bayadh du journal "El Djazaïri", Hassan Bouras, a été condamné le 2 novembre à deux ans de prison ferme et cinq ans d'interdiction professionnelle par le tribunal d'El Bayadh, pour diffamation. Il avait dénoncé la corruption et les pratiques clientélistes d'élus et de responsables locaux. Une pétition a été lancée le 24 novembre par les journalistes algériens pour exiger sa libération, et dénoncer "les pratiques du pouvoir" et "le mensonge des discours (officiels) sur le respect de la liberté de la presse en Algérie. Incarcéré à Saïda, Hassan Bouras a entamé une grèpve de la faim pour protester contre son jugement. Un nouveau procès devrait s'ouvrir à Saïda le 2 décembre.
(Liberté 3.12) Le tribunal de Saïda a décidé le 2 décembre de la mise en liberté provisoire du journaliste d'"El Djazaïri" Hassane Bouras, incarcéré depuis le 7 novembre à Saïda après avoir été condamn. pour diffamation. Le procès en appel du journaliste devrait se tenir finalement le 23 décembre.
(AP 5.12) La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a condamné le 5 décembre l'"escalade des pressions politico-judiciaires" contre la presse privée algérienne, que le pouvoir est accusé de vouloir "museler". La FIJ appelle à "une réaction urgente à l'échelle internationale" pour la défense de la liberté de la presse en Algérie.
(AAI 7.12) Selon un classement établi en fonction d'un indice fondé sur cinq critères, à partir des capacités de connexion téléphoniques, le nombre d'abonnés au téléphone et les services existants, l'Algérie a été classée à la 109ème place (sur 178) pour ses capacités d'accès aux technologies de l'information et de la communication. En tête se trouvent des pays du nord de l'Europe (Suède, Danemark, Islande, Norvège, Finlande) ainsi que la Corée, Hong Kong et Taïwan, suivis du Canada et des USA; en queue se retrouvent des pays d'Afrique (Ethiopie, Guinée Bissau, Tchad, Mali, Burkina Faso, Niger). En Afrique du nord, la Libye se retrouve classée 93ème, la Tunisie 95ème, l'Algérie 109ème, le Maroc 118ème et la Mauritanie 157ème. Ce classement n'est établi qu'en fonction d'indice quantitatifs (nombre de lignes, d'abonnée, de services informatiques et télématiques, d'ordinateurs) et ne tient pas compte de l'état des libertés de communication et d'information.
(AFP 23.12 / El Watan 25.12) La peine de deux ans de prison ferme et cinq ans d'interdiction professionnelle prononcée en novembre contre le correspondant du journal "El Djazaïri" à El Bayadh, Hassan Bouras, a été commuée le 23 décembre en une amende de 10'000 dinars (environ 120 euros) pour diffamation et 100'000 dinars de dommages et intérêts. Hassan Bouras avait dénoncé la corruption et le clientélisme de certains élus locaux d'El Bayadh.
Le 24 décembre, le ministère de l'Intérieur a déposé plainte contre les directeurs d'"El Khabar", Ali Djerri, et "El Watan", Omar Belhouchet, ainsi que contre la journaliste d'"El Watan" Salima Tlemçani, dans une affaire les opposant au directeur et au Secrétaire général de la Sûreté nationale après la parution fin février d'articles jugés diffamatoires par les plaignants, accusés de divers "scandales" et "dépassements". Les deux quotidiens visés dénoncent "une instrumentalisation éhontée de la justice" par l'Exécutif, ainsi que la "volonté délibérée du pouvoir de persister dans une stratégie de harcèlement et d'intimidation de la presse indépendante".
(El Watan 1.1) Trois journalistes et un militant du MDS, arrêtés le 8 septembre devant le commissariat central d'Alger lors d'une manifestation de protestation contre les poursuites et les interpellations de journalistes, ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Sidi M'hamed le 31 décembre.
2004
(Le Matin 11.1) Un nouveau quotidien en arabe est apparu le 10 janvier dans les kiosques : "El Djazaïr News", dirigé par un ancien chroniqueur d'"El Youm", H'mida Ayachi, qui a déclaré en éditgorial que son journal n'avait pas "de ligne éditoriale", s'interdisait d'être "prêcheur ou juge" et se distançait de "ceux qui prétendent détenir la vérité" et des "faux démocrates".
(El Watan 12.1) Le directeur de publication du "Soir d'Algérie", Fouad Boughanem, et deux de ses journalistes, Hakim Laâlam et Kamel Amarni, les directeurs de publication du "Matin", Mohamed Benchicou, de "Liberté", Farid Allilat, et le caricaturiste Ali Dilem, ont été convoqués pour le 12 janvier à la sûreté d'Alger pour être entendus par le service des "atteintes aux personnes", pour des articles et des dessins dirigés (du moins en ce qui concerne "Le Matin" et "Liberté") contre le président Bouteflika. Les personnes convoqués ont fait savoir que, conformément à la ligne adoptée par les éditeurs de journaux et les journalistes, ils refuseront de répondre à la convocation et réserveront leurs déclarations à la justice.
(AFP 14.1) Le directeur du quotidien "L'Expression", Ahmed Fattani, et le chroniqueur du journal Mirou, a été inculpé le 14 janvier pour "offenses envers le chef de l'Etat", le président Bouteflika, par un juge du tribunal d'Alger, pour un article paru fin novembre, intitulé "Nabot Léon", et qui dressait le portrait d'un dictateur d'un pays du tiers-monde. Ahmed Fattani et Mirou avaient été interpellés le 14 janvier par la police, conduits au commissariat central et emmenés au tribunal, où ils ont été inculpés.
(AP 17.1) Le directeur du "Matin", Mohammed Benchicou, et le dessinateur de "Liberté", Ali Dillem, ont été interpellés le 17 janvier par la police et conduits au Commissariat central d'Alger pour y être interrogés, le premier pour un article paru le 31 décembre dans lequel il appelle à la constitution d'un front contre le président Bouteflika, le second pour un dessin paru le 27 décembre et jugé attentatoire à la personne du président. L'un et l'autre ayayant refusé de répondre aux questions des policiers -ligne de conduite commune à tous les journalistes et responsables de la presse privée, ils ont été entendus par un juge d'instruction -à qui ils acceptent par contre de répondre, considérant que les éventuels "délits de presse" ne sont pas du ressort de la police mais de la justice. Les deux journaux concernés dénoncent le harcèlement dont ils sont, avec d'autres titres de la presse privée (le 14 janvier, le directeur du quotidien "L'Expression" avait été semblablement interpellé), victimes depuis des mois.
(El Watan 22.1) Les éditeurs de plusieurs journaux ("Le Matin", "El Watan", "Liberté", "El Khabar", "Le Soir") ont dénoncé dans une conférence de presse commune les "intimidations" et l'"acharnement" du pouvoir contre la presse privée "et ce à l'approche de l'élection présidentielle". "Nous allons saisir toutes les organisations concernées pour les informer du comportement du pouvoir à l'égard des journalistes", a annoncé Omar Belhouchet ("El Watan").
(AP 15.2 / El Watan 15.2 / Liberté 16.2) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a annoncé le 15 février qu'il saisira le justice en diffamation contre le directeur du "Matin"*, Mohamed Benchicou, pour son livre "Bouteflika, une imposture algérienne", livre dans lequel Benchicou accuse le ministre de s'être livré au commertce de voitures de luxe (Mercedes) lorsqu'il était Ambassadeur au Mexique dans les années '70, et d'avoir donné des instructions pour torturer "des centaines de citoyens kabyles, surtout des jeunes" lors du "printemps moir" de 2001. "Ce sont là de graves accusations" dont l'auteur devra "*répondre devant la justice", a déclaré le ministre. Le 15 février, des employés du "Matin" ont été interpellés par la police, qui a confisqué huit exemplaire du livre. Pour Rachid Mokhtari, rédacteur en chef du quotidien, la police cherche à connaître le nom de l'imprimeur pour bloquer la sortie du livre avant sa diffusion, et des pressions seraient exercées sur les libraires.
(Le Courrier 17.2 AP 21.2 / AP, El Moudjahid, Le Matin 22.2 / Corr) Le quotidien "Liberté" (francophone, anti-islamiste et anti-bouteflikiste) s'est retrouvé être la cible de prêches dans une grande partie des mosquées d'Algérie le 20 février, après avoir publié le 2 février un dessin de son caricaturiste Ali Dillem, à propos de la mort de pélerins à La Mecque, piétinés dans une bousculade lors du grand pélerinage. La caricature montrait le pape disant "pour la Chandeleur, les croyants ont droit à des crêpes de sarrasin". "Liberté" a été qualifié de "journal athée qui porte atteinte au sentiment religieux de la communauté musulmane" dans des prêches, dont un retransmis à la télévision publique. Le Haut Conseil islamique e exigé du journal la publication d'une longue mise au point, que le journal a refusé de publier. Le ministre des Affaires religieuses, Boualem Ghoulamallah, a déclaré à "Liberté" qu'il assumait "pleinement et totalement" les prêches de l'avant-veille contre un journal "qui ne cesse de porter atteinte à la religion musulmane à travers des écrits provocateurs et des dessins blasphématoires". Le ministre confirme que ces prêches ont été faits sur instructions de son ministère, appelle au boycott d'un journal "qui insulte l'islam" et annonce qune action en justice contre "Liberté" (qui de son côté en annonce une contre X). Les grandes lignes de prêches dans les mosquées (du moins celles reconnues par le pouvoir comme lieux de culte) sont communiquées aux imams par le ministère des Affaires religieuses, ce qui a donné aux attaques contre "Liberté" un contour nettement politique, dans une ambiance pré-électorale tendue.
"Liberté" a dénoncé "un prêche haineux" prononcé "à l'encontre de la presse indépendante", et a vu dans les "fielleux réquisitoires" tenus dans diverses mosquées et à la télévision le signe d'une "programmation d'Etat". "Liberté" impute le tout au "pouvoir". "Le Matin", autre quotidien également francophone, anti-islamiste et anti-bouteflikiste (proche du MDS, surgeon de l'ancien Parti communiste algérien, alors que "Liberté" est proche du RCD), a encore plus directement accusé le président Bouteflika lui-même d'"appel au meurtre" (le directeur de "Liberté" et plusieurs de ses confrères ont quant à eux dénoncé un "appel au meurtre contre un journal").
Les éditeurs de "Liberté", "El Watan", "Le Matin", El Khabar", "Le Soir d'Algérie" et "El Fedjr" ont annoncé qu'ils déposaient plainte contre X après les prêches contre "Liberté", qui ont également été condamnés par le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme, Ali Yahia Abdennour, qui estime que "le religieux devrait rester dans les mosquées" et que les prêches relèvent "du pénal", par le président de la Commission nationale consultative de protection des droits de l'Homme, Farouk Ksentini, qui trouve "regrettable" l'instruction du ministère et "ne comprends pas qu'on puisse parler dans une mosquée sur un ton de colère, de haine ou d'invective", par des porte-paroles de plusieurs partis politiques, dont le FFS, le MDS, le RCD, le Parti des Travailleurs, le Front démocratique, et même le parti islamiste Islah (qui condamne l'utilisation "de la mosquée à des fins électoralistes") et par le Syndicat national des journalistes (SNJ), qui exige "des sanctions immédiates" contre cet "appel au lynchage" et au "meurtre des journalistes" et "tient pour responsable le Pouvoir quant aux conséquences éventuelles de ce délit".
Les prêches contre "Liberté", le 20 février, font suite aux tentatives de l'administration d'empêcher la diffusion d'un livre écrit par le directeur du "Matin", Mohamed Benchicou, et consacré à la dénonciation du président Bouteflika ("Bouteflika, une imposture algérienne"). Le livre n'a cependant pas été interdit, et s'il n'a été tiré en Algérie qu'à 10'000 exemplaires par "Le Matin", des copies clandestines circulent, plus ou moins sous le manteau, notamment à Alger et Tizi Ouzou. Il a en outre été remis aux journaux et media français, et aux ambassades étrangères à Alger. Encensé par les détracteurs de Bouteflika, il suscite plus généralement des réactions assez mitigées : Pour "El Watan", il ne "plaide pas pour la sérénité et l'objectivité d'un débat sur le mandat de Bouteflika (...) à la veille de l'élection présidentielle"; le ton sans nuance du pamphlet le dessert, et en coulisses certains se demandent s'il n'est pas simplement un épisode de plus dans la "guerre des clans", et un instrument d'un réglement de comptes entre Bouteflika et un clan de l'armée ou des services spéciaux.
(Le Matin 26.2) La chaîne privée de télévision du groupe Khalifa, "Khalifa News (ou KNews) a repris le 23 février ses émissions, sur un ton très offensif, dirigé contre le "clan présidentiel" en général et le directeur de cabinet du président Bouteflika, Larbi Belkheir, en particulier. KNews dit ambitionner être la chaîne de l'opposition et de tous ceux que la télévision publique "censure et exclut", et affirme vouloir combler le vide médiatique en matière de débats contradictoires et de pluralisme politique.
(El Watan, Le Matin 4.3) Dans une lettre de mise en demeure adressée à Mohammed Benchicou, en sa qualité de "gérant" et actionnaire du quotidien "Le Matin", l'administration fiscale exige l'"apurement" au plus tard le 6 mars de la "dette fiscale" de l'entreprise (au statut de SàRL), dette se montant à près de 39 millions de dinars (environ 500'000 euros, 750'000 FS) au titre de l'impôt sur le revenu global pour les années 1998, 2001 et 2003. L'administration fiscale menace "Le Matin" (qui s'est acquitté de 45 millions de dinars d'arriéré fiscal, sur les 92 millions initialement exigés) de fermerture de ses locaux si sa dette fiscale n'était pas payée dans les délais. A "El Watan", la direction générale des impôts a précisé que la dette en question était celle de l'entreprise, et non pas de M. Benchicou en tant que personne physique, mais précisé qu'il ne pouvait y avoir de "traitement particulier" en faveur d'un journal par rapport à toute autre entreprise. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a pour sa part rappelé, répondant à des questions de journalistes, que "des entreprises ont fermé à cause de ce (genre de) problème", qu'un journal était "une entreprise comme toutes les autres", et que même si le "Matin" était fermé, cela ne ferait qu'"un journal de moins", et non pas moins de liberté de la presse.
Le groupe parlementaire du FLN a dénoncé "les pressions exercées sur la presse nationale" et la "régression des acquis démocratiques", et Reporters sans Frontières a mis en garde les autorités sur "les conséquences disproportionnées que pourrait entraîner la fermeture du Matin". RSF attribue l'ultimatum de l'administration fiscale à une "volonté de faire taire (un) journal hostile au clan présidentiel". RSF demande à l'administration fiscale de "faire tout son possible pour redéfinir un calendrier des paiements".
(Le Matin, Liberté, El Watan 7.3) "Le Matin" a obtenu un sursis de la part de l'administration fiscale pour payer ses arriérés d'impôt, ce qui éloigne (sans toutefois la supprimer) la menace de fermeture du journal, dont le directeur s'est dit prêt à payer, à condition qu'on lui en laisse le temps.
La ministre de la Communication et de la culture, Khalida Toumi, s'est demandée "pourquoi les sympathisants et amis du Matin ne font pas une collecte" pour payer la dette fiscale du journal, et a rappelé que "l'affaire du Matin est une affaire fiscale entre une entreprise et l'administration fiscale", et non une affaire politique entre un journal "antibouteflikiste" et les autorités. "Tous les Algériens sont égaux devant les lois, et ce qui serait plutôt illégal, c'est de ne pas payer ses impôts", a ajouté la ministre. Le directeur du "Matin", Mohammed Benchicou, conteste pour sa part le bien-fondé de la réclamation de l'administration fiscale (un redressement fiscal de 92 millions de dinars).
Un "Comité de sauvegarde des libertés démocratiques" a été créé à Bejaïa. Le comité annonce une pétition de dénonciation des atteintes à la liberté d'expression et des tentatives de bâillonnement du "Matin". Des représentants des aârchs "antidialoguistes", ainsi que de plusieurs partis politiques (FLN, MDS, RCD) participent au comité.
Dans un communiqué, les éditeurs de "Liberté", du "Soir d'Algérie", d'"El Fedjr", du "Matin", d'"El Watan", d'"El Khabar" et d'"Akher Saâ" en appellent à "la mobilisation de l'opinion publique nationale et internationale pour empêcher un meurtre prémédité" (celui du "Matin").
Par ailleurs, "El Watan" signale que les autorités algériennes ont interdit la diffusion en Algérie du dernier numéro du "Monde Diplomaytique". Aucune explication n'a été donnée de cette décision, mais le mensuel consacre, dans l'édition interdite de diffusion, un dossier très critique à l'évolution sociale et politique de l'Algérie, sous le titre "Algérie, de la terreur à la normalisation".
(AP 30.3 / Le Matin 1.4) Sept titres de la presse privée algérienne*, dénonçant les attaques répétées dont ils estiment être la cible de la part du président Bouteflika, ont annoncé qu'ils portaient plainte contre lui devant la justice algérienne, et devant "toutes les instances nationales et internationales", pour incitation à la haine et à la violence. Dans un communiqué commun purlbié le 30 mars, les sept journaux accusent le président-candidat se se livrer "à une haineuse propagande contre la presse indépendante algérienne" et de tenir contre elle des propos qui sont "un mélange d'anathèmes, d'insultes et de graves accusations" (on notera cependant que plusieurs des journaux signataires du communiqué ne sont pas en reste "d'anathèmes, d'insultes et de graves accusations" contre le président sortant). Pour les sept journaux, la liberté de la presse "ne sera jamais subordonné(e) à l'autorisation ni aux désirs de M. Bouteflika". Le président a notamment accusé, dans un meeting à Sétif le 29 mars, les journalistes d'être des "mercenaires qui tuent avec leur plume", et de travailler "au profit de cercles étrangers".
Reporters sans Frontières a de son côté adressé une lettre ouverte aux six candidats à la présidentielle en les exhortant à prendre trois engagements : l'amendement de l'article 144bis du Code pénal prévoyant des peines d'emprisonnement et de lourdes amendes pour la mise en cause du président de la République, le respect du droit des opposants à s'exprimer par les canaux des media publics, et l'absolition du monopole d'Etat sur la télévision et la radio.
*El Khabar, Liberté, Le Matin, El Watan, Le Soir d'Algérie, El Fedjr et Akhar Saâ
Reporters sans frontières
Bureau Nord de l'Afrique
5, rue Geoffroy-Marie
75009 Paris - FRANCE
Tél. (33) 1 44 83 84 84
Fax. (33) 1 45 23 11 51
31.03.2004
Algérie : Lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle
A l'approche du scrutin présidentiel du 8 avril, Reporters sans frontières a demandé à la candidate et aux candidats de prendre des engagements solennels sur un certain nombre de mesures susceptibles de garantir un plus grand respect de la liberté de la presse en Algérie. L'organisation a notamment demandé :
- La suppression des peines de prison pour diffamation et l'allègement des amendes, par un amendement de l'article 144 bis du code pénal, qui prévoit des peines de deux à douze mois de prison et de très lourdes amendes allant de 50 000 à 250 000 dinars (environ 500 à 2 500 euros) pour toute mise en cause du président de la République, du Parlement ou de l'une de ses deux Chambres, et de l'ANP [l'Armée nationale populaire]" dans des termes injurieux, insultants ou diffamatoires.
- Le respect de l'article 10 de la loi du 3 avril 90 relative à l'information , qui stipule : " Les organes et les titres du secteur public (...) assurent l'égal accès à l'expression des courants d'opinion et de pensée ".
- L'abolition du monopole d'Etat sur la télévision et la radio, et la garantie de l'indépendance et de la pluralité des chaînes d'information créées à brève échéance.
- La possibilité pour les correspondants de médias étrangers de travailler pour plusieurs titres, en application du principe de la liberté de travail, comme le veut l'usage depuis plusieurs années.
(AP 15.4 / Le Matin 18.4) Le directeur du quotidien (en arabe) "Al Raï", Ahmed Ben Naoum, a été arrêté le 15 avril par la police près de son domicile. Retenu pour interrogatoire pendant deux jours, il a été interrogé à propos d'une transaction immobilière vieille de 24 ans (l'acquisition en 1980 d'un local commercial dans le cadre d'une opération de cession de biens de l'Etat), et a été libéré après avoir été présenté devant le procureur. L'enquête se poursuit cependant.
(Liberté 26.4) Une chaîne de télévision algérienne destinée à la Jeunesse, "Algérie Première", a été officiellement créée le 22 avril à Alger. Elle émettra à partir du Luxembourg et assure vouloir diffuser des programmes "su standard européen".
(AFP 2.5 / Liberté, Le Matin 3.5) Le président Bouteflika a affirmé le 2 mai, à la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, sa "détermination à veiller à l'exercice effectif, par tous, de la liberté d'expression, en droite ligne de la déclaration universelle des droits de l'Homme". Le président a appelé la presse algérienne à "contribuer à la construction de la vie démocratique" dans le pays en permettant "à la population de se déterminer en connaissance de cause, de contrôler le processus décisionnel officiel et de participer à la vie politique", et affirmé qu'elle ne subissait "aucune censure".
Dans un entretien à "Liberté", le Secrétaire général de "Reporters sans frontières", Robert Ménard, tire un bilan "positif" de l'évolution de la liberté de la presse en Algérie depuis 1989, si on la compare à la situation au Maroc (où subsistent "de véritables interdits, des sujets tabous, comme le Sahara occidental, l'armée et les affaires du Roi") ou à la Tunisie (où "la presse est la voix de son maître"). "Ceci dit, il y a de vrais problèmes en Algérie" en ce qui concerne la liberté de la presse et de l'information, ajoute Robert Ménard, qui évoque "une attitude d'hostilité vis-à-vis de la presse" de la part du président Bouteflika, un "véritable harcèlement judiciaire" contre la presse, l'existence d'un cadre législatif "liberticide", la situation des correspondants régionaux "qui vivent sous la pression des notables et des potentats locaux". Mais la presse algérienne elle-même n'est pas exempte de reproches : sa "marge de transparence est réduite", de nombreux journaux "s'abstiennent de rendre publics les chiffres des tirages et des ventes", plusieurs titres "ont, dans la critique, dépassé les limites dans le respect de la vie privée" et se sont livrés à "des dépassements et des attaques au-dessous de la ceinture". Pour le secrétaire général de RSF, si la liberté de la presse est plus grande en Algérie que partout ailleurs en Afrique du nord, on y reste encore "loin des pays où la liberté de la presse est respectée". Dans le rapport 2003 de RSF, l'Algérie occupe la 108ème place (sur 166) au classement de mondial de la liberté de la presse. En Afrique, elle a été en un an dépassée par le Bénin, le Ghana, Madagascar, le Burundi et le Togo. Dans le monde "arabo-musulman", elle est derrière le Liban et le Koweït, mais devant le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie. Les pays les plus "liberticides" en matière de liberté de presse sont, selon RSF, la Corée du nord, la Chine, la Birmanie, le Turkménistan et le Bhoutan.
(AFP, Liberté 30.5 / El Watan 31.5) Le journaliste et militant des droits de l'Homme de Djelfa, Hafnaoui Benameur Ghoul, est incarcéré depuis le 24 mai à Djelfa pour avoir, selon le Syndicat national des journalistes algérien (qui exige sa "remise en liberté immédiate"), "révélé des abus et des outrances dont se sont rendus coupables des puissants de la région". L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme (organisme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme et de l'Organisation mondiale contre la torture) a également apporté son soutien à Hafnaoui Ghoul, dont la famille a écrit au président Bouteflika, pour lui dire notamment que "l'injustice et l'arbitraire sont des pratiques tout à fait naturelle (à) Djelfa, qu'elles soient l'oeuvre du Zaïm, du grand chef (...) ou de la famille sacrée", et que Hafnaoui Ghoul n'a fait que dénoncer cette injustice et cet arbitraire "naturels".
A Bejaïa, un journaliste du "Soir d'Algérie", inculpé de "non-dénonciation d'un évadé de prison" (un gendarme évadé de la prison de Bejaïa, qu'il avait interviewé), a été remis en liberté provisoire le 29 mai.
APPEL URGENT - L'OBSERVATOIRE
DZA 002/0504/OBS 039
Menaces / Harcèlement judiciaire
Algérie
27 mai 2004
Description des faits :
L'Observatoire a été informé de la mise en détention préventive de M. Hafnoui El Ghoul, responsable de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH) à Djelfa et correspondant de presse.
Cette mesure s'inscrit dans le cadre de l'instruction de plusieurs plaintes déposées contre M. El Ghoul. Ces plaintes font suite à un entretien donné par M. El Ghoul au quotidien national Le Soir, daté du 17 mai 2004, où ce dernier dénonce, dans la région de Djelfa, la situation des droits de l'Homme en général, et celle des journalistes en particulier. Plus précisément, M. El Ghoul en sa qualité de témoin, défenseur des droits de l'Homme et journaliste, a décrit dans cet article la réalité des conditions de vie des habitants de la région.
Au motif de cet entretien, il fait l'objet de trois plaintes. Les deux premières à l'initiative du préfet (wali), pour “diffamation” et “atteinte à corps constitué”. La dernière, également pour diffamation, a été déposée par le Directeur de la Santé Publique de Djelfa.
Lors d'une convocation au commissariat de Djelfa, le 15 mai 2004, il a reçu des menaces de mort explicites, visant également sa famille, pour le cas où il continuerait à “s'entêter”.
Le 24 mai 2004, M. El Ghoul a été arrêté par des policiers en civil se déplaçant en voiture banalisée. Il a été conduit depuis son domicile jusqu'à une cellule où il est depuis enfermé. Il vient d'entamer une grève de la faim. Le 26 mai, sa famille a été empêchée de lui rendre visite, sans motif valable.
Avant ces faits, M. El Ghoul avait déjà été victime d'harcèlement : plusieurs plaintes pour diffamation avaient déjà été déposés par le préfet, et son domicile était fréquemment surveillé.
L'Observatoire est particulièrement inquiet de cette mesure de détention préventive qui sanctionne l'usage de la liberté d'expression, consacrée par l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, la Déclaration de l'Assemblée générale des Nations unies sur les défenseurs des droits de l'Homme, et considère en conséquence que la détention de M. Hafnaoui El Ghoul est de nature arbitraire. En outre, l'Observatoire est préoccupé par le fait que M. El Ghoul a entamé une grève de la faim.
L'Observatoire demande d'écrire au plus vite aux autorités algériennes et de leur demander :
i. de garantir l’intégrité physique et psychologique de M. Hafanoui El Ghoul ;
ii. que les charges pesant contre M. Hafanoui El Ghoul soient abandonnées, celles-ci constituant un acte de représailles à son action en faveur des droits de l'Homme;
iii. en conséquence, que l'instruction soit achevée au plus vite, afin de permettre sa libération;
iv. mettre un terme à tous les actes de harcèlement à l'encontre des défenseurs ;
v. se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'Homme adoptée le 9 décembre 1998 par l'Assemblée générale des Nations unies, notamment à son article 1 selon lequel " chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, des promouvoir la protection et la réalisation des droits de l'Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international ", et à son article 6.b selon lequel chacun a le droit “de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l'Homme et toutes les libertés fondamentales” ;
vi. se conformer en toutes circonstances aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et des instruments internationaux relatifs aux droits de l'Homme liant l'Algérie.
ALGERIE : Entre poursuites et condamnations, les menaces sur la liberté de la presse continuent
Reporters sans frontières
3.06.2004
Reporters sans frontières exprime ses plus vives préoccupations face à la multiplication des poursuites et des condamnations de journalistes qui dérangent le pouvoir. Dans cette longue liste, figurent notamment Kamel Gaci du quotidien Le Soir d'Algérie, poursuivi pour non-dénonciation d'un fugitif et placé sous contrôle judiciaire, et G. Lotfi, correspondant à Djelfa (150 km au sud d'Alger) du quotidien Liberté, condamné le 30 mai à trois mois de prison avec sursis.
" C'est en tant que journaliste que Kamel Gaci a été contacté par le fuyard et non pas en tant que complice. Même si un journaliste n'est pas un citoyen au-dessus des lois, les règles de déontologie l'obligent à protéger ses sources. Il serait inadmissible qu'il subisse une lourde condamnation pour avoir exercé son métier comme le requiert la pratique professionnelle " a déclaré Reporters sans frontières.
Kamel Gaci, journaliste au Soir d'Algérie, est poursuivi pour non-dénonciation d'un fugitif après la publication d'un entretien dans les colonnes du quoitidien. Quinze jours après son évasion de la prison d'El Khemis, un fuyard (en l'occurrence un ancien gendarme) a voulu témoigner publiquement de son histoire. Il est entré en contact avec Kamel Gaci, par l'intermédiaire de son journal. Le journaliste avait prévenu les services de sécurité de l'entrevue qu'il devait avoir avec le fugitif, sans toutefois dévoiler le lieu de la rencontre. Le lendemain de la publication de l'article, Kamel Gaci a été poursuivi par les services du procureur de Bedjaïa. La cour a prononcé, au terme d'une première audience, sa mise en liberté provisoire, mais a placé le journaliste sous contrôle judiciaire en attendant le verdict de son procès dans les semaines à venir.
L'affaire de G. Lotfi, correspondant de Liberté à Djelfa, est malheureusement exemplaire des pressions dont sont victimes les correspondants locaux. Le journaliste a été condamné à trois mois de prison avec sursis et à verser une amende de 200 000 dinars (environ 2 300 euros) de dommages et intérêts au préfet de Djelfa. Le 14 avril, ce dernier avait porté plainte contre G. Lotfi, auteur d'un article relatant le suicide d'un entrepreneur. Le préfet avait également porté plainte pour diffamation à l'encontre du journaliste et militant des droits de l'homme, Hafnaoui Ghoul, et obtenu sa condamnation à six mois de prison ferme, le 26 mai dernier.
"Les correspondants en province, victimes depuis longtemps de pressions intolérables de potentats locaux, témoignent aujourd'hui des exactions dont ils sont les cibles. Hafnaoui Ghoul a brisé l'omerta. En rendant compte publiquement des graves violations des droits de l'homme et des conditions de travail des journalistes dans la province de Djelfa, il a déclenché une vague de protestations. Le harcèlement des journalistes est devenu si intense que nous ne comptons même plus le nombre de journalistes de Liberté actuellement poursuivis, à Alger ou en province ", a déclaré Omar Ouali, rédacteur en chef du quotidien Liberté, à Reporters sans frontières.
L'organisation dénonce également la mauvaise volonté de l'administration locale dans certains dossiers. Escroqué en achetant du matériel informatique, le quotidien Ouest Info risque d'être contraint de fermer, sa plainte n'ayant pas été traitée à temps. " Ce sera une source d'information en moins pour la population et 30 familles risquent de se trouver sans revenus. Tout ça, à cause du simple refus des autorités judiciaires de traiter à temps notre plainte ", a déclaré le directeur du journal à Reporters sans frontières.
(Le Matin 2.6) Dans un entretien au "Matin", le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme (CNCPPDH), Farouk Ksentini, estime que "la mise en détentin prévisoire du journaliste Benamar Hafnaoui ne s'imposait pas", et ajoute qu'il n'admet pas "qu'on envoie un journaliste en prison pour ce qu'il a écrit".
Pétition pour Hafnaoui Ghoul
Hafnaoui Ghoul, journaliste et représentant de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH) dans la wilaya de Djelfa, est incarcéré depuis le 24 mai 2004, et ce, suite à une plainte déposée par le wali qui l'accuse de diffamation.
La mise en détention de Hafnaoui, c'est aussi la mise en marche de la répression pour « bâillonner » la liberté d'expression pour laquelle des dizaines de journalistes se sont sacrifiés. Mobilisons-nous donc pour la libération de Hafnaoui Ghoul et pour la défense des droits de l'Homme.
Premiers signataires
Lotfi G. (journaliste), Oussama Wahid (journaliste), Telil Bellekhal (journaliste), Tellal Dif (journaliste), Harfouche Djillali (journaliste), Benderrah Ahmed (élu APW), Amara Ahmed (élu APC), Massoud Alliouet (FLN), Makhlouf Mokhtar (député), Djamel Mekaoui (correspondant), Ghaouli Chaouli (P. association), Fayçal Métaoui (journaliste El Watan), Smaïl K. (journaliste El Watan), Ali Benyahia (journaliste El Watan), Omar Belhouchet (El Watan), Rédha Bekkat (journaliste El Watan), Ali Bahmane (journaliste El Watan), Nabila Amir (journaliste El Watan), Malika Taghlit (photographe El Watan), Amine Lotfi (journaliste El Watan), Amar Hamiche (journaliste El Watan), Ahmed Benchabane (journaliste El Watan), Tayeb Belghiche (journaliste El Watan), S. Bensalem (journaliste El Watan), Nassima Chabani (journaliste El Watan), Ancer Ahmed (journaliste El Watan), Guissem Ali (journaliste El Watan), Aït Laceb Chabane (journaliste El Watan), Hamid Tahri (journaliste El Watan), Mourad Slimani (journaliste El Watan), Abdelkrim Mekfouldji (El Watan), Hakima Hebib (journaliste El Watan), Ahcène Aït Saïdi (journaliste El Watan), Amel Y. (collaboratrice El Watan), Sedik Nawal (agent de saisie), Benbekhti Abdelhak (El Watan), Benbakhti Souad (comptable), Mimoun Amel (aide comptable), Benaziez Nora (assistante publicité), Abdelkrim Benyacoub (photographe), Boutlelis Rachid (journaliste), Bereksi Souad (journaliste), Benachour Chafik (infographe), Feham Lokman (dessinateur de presse), H. Bellagha (journaliste), R. Lydia (journaliste), S. Araslan (journaliste), A. Boussaïd (journaliste), L. Boumalit (journaliste), Ahmed Yechkour (journaliste), Ali Djerri (El Khabar), Mahmoud Belhimer (journaliste El Khabar), Iouanoughène Mohamed (journaliste El Khabar), Senadjki Athmane (El Khabar), Chawki Madani (El Khabar), Youcef Rezzoug (journaliste Le Matin), Khadidja Chouit (journaliste Le Matin), Saïda Azzouz (journaliste) Le Matin), Ghania Khelifi (journaliste Le Matin), Rachid Mokhtari (journaliste Le Matin), Amel Salhi (iconographe Le Matin), Nadir Bensebaa (journaliste Le Matin), Yousfi Lyèce (Le Matin), Tarzalt Tahar (Le Matin), Abdelli Malika (Le Matin) Mohamed Benchicou (Le Matin).
Reporters sans frontières
ALGERIE : Acharnement judiciaire contre Hafnaoui Ghoul
Reporters sans frontières dénonce l'acharnement judiciaire dont est victime Hafnaoui Ghoul, correspondant du quotidien El-Youm à Djelfa (150 km au sud d'Alger) et militant des droits de l'homme. Incarcéré depuis le 24 mai 2004, sous plusieurs mandats de dépôt, le journaliste a été condamné le 9 juin, par le tribunal de première instance de Djelfa, à deux mois de prison et à verser une amende de 300 000 dinars (environ 3 500 euros) au préfet de Djelfa et au directeur de la Santé.
" Hafnaoui Ghoul est victime d'une véritable cabale judiciaire. En multipliant les plaintes et les procédures, les autorités brouillent les pistes, au point que nous avons un doute sur l'effectivité du jugement qui l'aurait condamné, le 26 mai, à six mois de prison. En revanche, nous sommes convaincus de la volonté des autorités de faire taire ce journaliste. Nous sommes par ailleurs étonnés de l'énergie dépensée par les pouvoirs locaux pour le maintenir en prison. Nous demandons aux autorités algériennes de libérer Hafnaoui Ghoul et nous réitérons notre appel à supprimer du code pénal les peines de prison pour diffamation ", a déclaré Reporters sans frontières.
Le procès d'Hafnaoui Ghoul, tenu le 9 juin, fait suite au dépôt de quatre plaintes en diffamation par le préfet de Djelfa et ses proches collaborateurs. Ceux-ci se sont sentis diffamés dans une interview d'Hafnaoui Ghoul, publiée le 17 mai dernier dans les colonnes du Soir d'Algérie. Le journaliste y évoquait notamment la corruption des milieux politiques locaux, la mauvaise gestion des biens publics et la situation catastrophique du secteur sanitaire dans la région.
" L'avocat de la partie civile a attaqué Hafnaoui Ghoul en lui déniant son statut professionnel. Il a tout simplement affirmé qu'en tant que correspondant local, Hafnaoui Ghoul n'était pas journaliste ", a déclaré Maître Bourayou à Reporters sans frontières, avant d'ajouter que son client, défendu par un collectif d'avocats, allait faire appel.
Une quinzaine d'autres plaintes pour diffamation ont par ailleurs été déposées à l'encontre de Hafnaoui Ghoul, incarcéré à la prison de Djelfa depuis le 24 mai.
(El Watan, Liberté 10.6) Le Tribunal correctionnel de Djelfa a condamné le 9 juin le journaliste et militant des droits de l'Homme Hafnaoui Ben Ameur Ghoul à deux mois de prison ferme et 10'000 dinars d'amende pour diffamation, sur plainte du wali et du directeur de la Santé de Djelfa. Les défenseurs du journaliste, qui contestaient la diffamation, ont mis en évidence de nombreux vices de procédure dans l'enquête policière et l'instruction. Hafnaoui a quant à lui révélé avoir fait l'objet de plusieurs tentatives de corruption de la part des plaignants, et dénonce le fait qu'aucune enquête n'ait été lancée pour vérifier le bien fondé des accusations de détournement de fonds publics qu'il avait portée contre la wilaya. Ses défenseurs ont annoncé qu'il feront appel du jugement, mais Hafnaoui Ghoul restera néanmoins en prison.
(AP, AFP 14.6) Le directeur du "Matin", Mohamed Benchicou, a été condamné le 14 juin par le tribunal d'El Harrach à deux ans de priuson ferme pour infraction au contrôle des changes, et immédiatement incarcéré. Le verdict a été accueilli par des cris de protestation de l'assistance. Benchicou était poursuivi après la découverte dans ses bagages à l'aéroport d'Alger, en août 2003, de bons de caisse. Il était depuis lors placé sous contrôle judiciaire et interdit de sortie du territoire algérien. Il avait accusé le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni d'avoir "monté" cette affaire pour punir "Le Matin" de l'avoir impliqué dans un scandale.
C'est la première fois qu'un journaliste est condamné à une aussi lourde peine (pour un délit d'ailleurs sans rapport avec son activité de journaliste). Le président Bouteflika avait affirmé lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse sa "détermination à veiller à la liberté d'expression", et s'était félicité de n'avoir fait emprisonner aucun journaliste depuis son élection en 1999. Il avait cependant accusé une partie des journalistes de "verser de l'huile (sur le feu) par la plume assassine" et les avaient traités de "mercenaires de la plume".
(AFP, AP 15.6 / Le Quotidien d'Oran, El Watan, Liberté, El Khabar 17.6 ) La condamnation le 14 juin à deux ans de prison ferme du directeur du quotidien "Le Matin", Mohammed Benchicou, dans une affaire d'infraction au contrôle des changes, qui suit immédiatement celle du correspondant local à Djelfa d'un autre quotidien, Hafnaoui Ghoul, pour diffamation à l'encontre du wali, a été dénoncée par la quasi totalité de la presse privée algérienne. "Le Matin" dénonce "la volonté du pouvoir de (le) briser", "Le Soir" dénonce un "processus d'etouffement des libertés fondamentales", "Liberté" une condamnation "injuste". Le Syndicat national des journalistes, le Conseil supérieur de l'éthique et de la déontologie de la presse et les éditeurs des quotidiens "El Watan", "El Fedjr", "El Khabar", "Le Soir d'Algérie", "Liberté", "Le Matin", "Akher Saâ" et l'"Est Républicain" dénoncent une "instrumentalisation manifeste de la justice". Reporters sans Frontières (RSF) s'est dite "scandalisée" par la condamnation de Mohammed Benchicou, que l'ONG qualifie de "séisme" et en laquelle elle voit le signe d'une "dangereuse escalade dans la répression contre la presse privée". La Fédération internationale des Journalistes condamne les verdicts "barbares" rendus contre les journalistes algériens. Le syndicat national des journalistes français, SNJ (affilié à la CGT) dénonce également les condamnations de Mohamed Benchicou et Hafnaoui Ghoul, et demande leur libération.
La presse gouvernementale algérienne met en évidence le fait que Mohammed Benchicou n'a pas été condamné pour un délit de presse, mais pour une infraction sur les mouvements de capitaux. Pour RSF, en revanche, il s'agit d'un "prétexte pour faire taire ce journaliste mais aussi pour mettre en garde tous ceux qui ont osé critiquer le pouvoir au cours de la campagne présidentielle".
Une centaine de personnes se sont rassemblées le 16 juin à la Maison de la Presse d'Alger pour dénoncer la condamnation du directeur du "Matin" et celle de Hafnaoui Ghoul. Le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), Ali Yahia Abdennour, s'est dit persuadé que si le mouvement de solidarité se maintient, et sous la pression internationale, Benchicou sera relaxé dans quelques semaines, car "le pouvoir écrase tout le monde, mais s'incline sous la pression internationale". Un collectif de journalistes algériens de France et de Belgique a lancé une pétition de soutien à Mohammed Benchicou et à Hafnaoui Ghoul. Celui-ci, détenu dans la prison de Djelfa, y a entamé une grève de la faim le 9 juin, et son état de santé serait alarmant.
(El Khabar, El Watan 21.6 / Corr.) Plusieurs pétitions et appels de soutiens ont été lancés, en Algérie et à l'étranger, après la condamnation à deux ans de prison, le 14 juin 2004, du directeur du "Matin", Mohammed Benchicou, condamnation suivant cette de Hafnaoui Ghoul, correspondant de "El Djazair news" à Djelfa.
A Alger, le siège du "Matin" a été mis sous scellés sur décision du tribunal de Hussein Dey, dans le cadre d'une affaire de redressement fiscal pour un montant total de 104 millions de dinars.
A Ziadia (w. Constantine), le directeur de publication d'"El Khabar", Ali Djerri, a été condamné le 20 juin à deux mois de prison ferme, 2000 dinars d'amende et 100'000 dinars de dommages-intérêts au Général Betchine, accusé dans "El Khabar" d'être co-propriétaire d'une usine de boissons alcoolisées et de bénéficier d'avantages pour son alimentation électrique.
"Algerie Ensemble" dénonce une "tentative de musellement de toute forme d'opposition" et appelle à donner de la voix "pour le soutien à la liberté d'expression en Algérie"
A Paris, un "Comité Benchicou pour la liberté de la presse en Algérie" a été formé, et appelle "toutes les associations, les pertis, les ONG et les citoyens" à se mobiliser "pour la libération des journalistes injustement emprisonnés et l'arrêt de toute pression et répression à l'encontre de la presse.
A Montpellier, un appel a été lancé et est ouvert à signatures pour exiger "la libération immédiate de Mohamed Benchicou et de Hafnaoui Ghoul", alerter l'opinion publique "en France, en Algérie et ailleurs de par le monde quant à la gravité des violations des droits humains en Algérie", dénoncer "l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire qui a conduit à l’incarcération des deux journalistes", soutenir "toutes les initiatives dans le sens de la libération des deux journalistes" et appeler "les autorités algériennes à respecter les libertés et les droits fondamentaux en Algérie en accord avec les pactes internationaux sur le respect des droits de l'homme ratifiés par l’Algérie".
(AFP 23.6 / Le Matin, Liberté, El Watan 24.6) Le journaliste et militant des droits de l'Homme de Djelfa Hafnaoui Ameur Ghoul, déjé condamné à deux mois de prison ferme et incarcéré, a été condamné une nouvelle fois le 23 juin à deux mois de prison pour diffamation, insultes, outrages à institution et fonctionnaires de l'Etat, sur 17 plaintes déposées par le wali (préfet), son chef de cabinet, son chef du protocole, le directeur de l'éducation, celui de l'hydraulique et plusieurs autres responsables locaux, dont le maire de Selmana, et des agents de sécurité, après la publication d'un article dans "El Djazaïr News" le 24 mai, et un autre dans "Le Matin" du 17 mai, dénonçant la corrpution, le détournement des deniers publics, les abus de pouvoir etc...
Dans un communiqué suivant une conférence de presse tenue à Paris, Reporters sans frontières a demandé le 23 juin la libération des journalistes Hafnaoui Ghoul et Mohammed Benchicou, et dénoncé une "escalade de la répression contre la presse, qui serait ridicule si elle n'était pas aussi dangereuse pour la liberté d'expression". Le président de RSF, Robert Ménard, a en outre constaté qu'on était "loin de ce qu'on pouvait espérer comme solidarité au niveau de l'Europe", et qu'auucun dirigeant européen n'avait "encore interpellé officiellement le pouvoir" algérien. Le président de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), Sidiki Kaba, a également condamné l'emprisonnement des journalistes algériens, et les intimidations qui portent atteinte "non seulement à la presse, aux militants des droits de l'Homme, mais aussi à tous les citoyens qui ont le droit de bénéficier d'une société démocratique et d'une liberté d'expression".
Selon le Secrétaire général du Syndicat national des journalistes algériens (SNJ), Rabah Abdallah, 250 plaintes contre des journalistes sontg actuellement instruites en Algérie, et 10 journalistes sont en liberté provisoire.
(Le Matin, El Watan 27.6) Plusieurs personnalités et organisations algériennes, françaises et internationales, réunies le 24 juin à Paris, avec également la participation de militants du FFS, du RCD, du MDS, du Forum démocratique et du collectif "20 ans Barakat", appellent à un rassemblement de soutien aux journalistes algériens emprisonnés et à la liberté de la presse, le 5 juillet à Paris. Le lieu du rassemblement n'a pas encore été déterminé, mais il pourrait s'agir de l'Hotel de Ville.
Le même 24 juin, les représentants du comité national pour la libération de Mohammed Benchicou et de Hafnaoui Ghoul et pour la liberté de la presse en Algérie, ainsi que le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme Ali Yahia Abdennour, par ailleurs avocat des deux journalistes, ont été reçus à Bruxelles par des représentants de la Commission européenne.
A Alger, le siège social du quotidien "Le Matin", à Hussaein Dey, qui faisait l'objet d'une saisie par l'administration fiscale, a été vendu aux enchères le 26 juin, pour 21 millions de dinars (environ 230'000 euros, 350'000 FS). L'administration fiscale réclame au "Matin" 104 millions de DA, dont le journal a payé 45 millions. Le rédacteur en chef du quotidien, Rachid Mokhtari, dénonce un "bradage pur et simple", une volonté "d'étouffer une fois pour toutes Le Matin", et d'arriver à sa fermeture. Dans le même temps, le directeur, incarcéré, du "Matin", Mohammed Benchicou, et la journaliste Abla Cherif, ont été cités à comparaître dans un procès qui les oppose au ministère de la Défense nationale, pour "diffamation et outrage à institution officielle", après que le quotidien ait fait état des accusations de tortures portées contre les forces de sécurité, lors des émeutes de T'kout (w. Batna), le 14 mai.
A Oran, ce sont les responsables des quotidiens Erraï el Aâm et Le Journal de L'Ouest, suspendus depuis août 2003, qui ont comparu devant le tribunal pour "outrage à corps constitutués", sur plaintes de la Direction générale de la sûreté et du chef de la sûreté de wilaya.
(Le Matin, AFP 28.6 / Le Jeune Indépendant 30.6 / El Watan 1.7) Le directeur du groupe de presse Er-raï El Aam, Ahmed Benaoum, a été arrêté le 28 juin à Oran et incarcéré, alors qu'il s'apprêtait à comparaître librement devant le juge péour diffamation, sur plainte de la Direction de la Santé. Islamiste et ancien partisan du président Bouteflika, Ahmed Benaoum s'était rallié à Ali Benflis pour l'élection présidentielle de 2004. Les trois journaux du groupe (ErRaï, Le Quotidien de l'Ouest et Detective) sont suspendus de parution, officiellement pour défaut de paiement des factures d'imprimerie.
Le 30 juin, les autorités algériennes ont "provisoirement gelé" les activités en Algérie de la chaîne de télévision quatari Al Jazira et fermé son bureau à Alger. Le correspondant de la chaîne à Alger affirme qu'il ignore les raisons de ce gel, officiellement attribué à une "réorganisation en cours du travail des correspondants étrangers à Alger", mais des rumeurs l'imputent à la couverture du débat politique algérien par la chaîne, très regardée en Algérie, et qui ferait la part trop belle aux opposants à la politique du président Bouteflika, et, plus récemment, à la couverture de l'attentat (ou de ce a été revendiqué comme tel par le GSPC, mais qui a officiellement été annoncé comme un accident) commis contre la centrale électrique du Hamma, à Alger, le 21 juin.
Dans un entretien au "Matin", le nouveau Premier secrétaire du Front des forces socialistes, Mustapha Bouhadef, réaffirme l'opposition de son parti aux entraves aux libertés d'expression et de presse, et dénonce "le harcèlement judiciaire qui a dépassé les limites",. avec des journalistes en prison et les locaux d'un journal ("Le Matin") vendus en "un temps expéditif". Mustapha Bouhadef inscrit cette situation dans une "normalisation menée au pas de charge" par le pouvoir, qui veut "museler toute opposition à la mise en place de son système". Quant au président du parti, Hocine Aït Ahmed, dans une intervention lors d'un débat organisé à Paris, dans les locaux de l'Assemblée nationale française, autour du livre de Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire "Françalgérie, crimes et mensonges d'Etat" (La Découverte), Il a appelé les journalistes algériens à des "révisions déchirantes" et à s'émanciper des luttes de clans au sein du pouvoir. Hocine Aït Ahmed a relevé que la plupart des titres de la presse algérienne "on fait des campagnes d'intox et ont répercuté les vues du pouvoir", notamment en s'en prenant à ceux qui, comme le FFS, s'interrogeaient sur les responsabilités dans les massacres de populations civiles, et prônaient le dialogue politique contre l'"éradication" militaire de l'opposition islamiste.
(El Khabar 4.7) le directeur (déjà incarcéré) du journal (en arabe) Er Raï, Ahmed Benaoum, a été condamné le 2 juillet à deux mois de prison et 10'000 dinars d'amende pour diffamation et insulte à corps constitué, après la publication d'articles accusant la Sûreté d'Oran de divers "dépassements".
(AP 5.7 / Liberté 12.7 / Le Monde, El Khabar 13.7) Environ 200 personnes opnt manifesté le 5 juillet à Alger pour réclamer la libération du directeur du "Matin", Mohamed Benchicou, emprisonné à El Harrach depuis le 14 juin pour infraction au contrôle des changes. Mohamed Benchicou a été condamné à deux ans de prison.
Le 11 juillet, le militant des droits de l'Homme et journaliste Hafnaoui Ghoul a été condamné à trois mois de prison en appel, contre deux en première instance.
La ligue algérienne de défense des droits de l'Homme et la Fédération internationale des droits de l'Homme ont dénoncé les atteintes à la liberté d'expression commises par les autorités algériennes. A la veille d'une série de visites officielles françaises en Algérfie (les ministres français des Affaires étrangères, de la Défense et de l'Economie vont se succéder à Alger), Reporters sans Frontières a de son côté estimé qu'il serait "lâche et indignes" que les ministres français n'évoquent pas avec leurs interlocuteurs algériens la question des droits de l'Homme. Le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme, Ali Yahia Abdennour, a lui aussi appelé les "invités de l'Algérie" à "condamner la répression et demander le respect des droits de l'Homme".
Le 9 juillet, le Premier ministre Ouyahia a averti les journalistes qu'ils devraient désormais assumer "chaque virgule de leurs écrits", et a rappelé la vulnérabilité financière de la presse algérienne, en soulignant que si la loi lui était appliquée dans toute sa rigueur, autrement dit si les journaux étaient tenus de payer leurs dettes aux imprimeries d'Etat, peu de titres continueraient d'exister. Quelques jours plus tôt, pourtant, le ministre de l'Information, Boudjemaa Haichour, avait tenté de calmer le jeu entre le pouvoir et la presse privée en se disant "peiné" que des journalistes se retrouvent en prison, et en annonçant toute une série de modification de lois et de textes (statut du journaliste, code de l'éthique et de la déontologie, publicité).
Ligue Algérienne de défense des droits de l'homme
8, rue des Frères Berrazouane -Alger.
Tel/Fax : + (213) 21 643521
COMMUNIQUE
Le 11-07-2004 Hafnaoui Ghoul, représentant de la LADDH dans la wilaya de Djelfa, et correspondant de presse, a été condamné en appel par la cour de Djelfa à trois mois de prison fermes et à 100 000 dinars d’amende. Ce verdict n’est ni compris ni accepté.
L’arrêt est la confirmation d’une injustice qui fait suite à un harcèlement judiciaire, qui dure depuis plusieurs mois, car il n’est pas fondé sur l’examen objectif des faits, mais uniquement sur l’engagement de Hafnauoi Ghoul en faveur de la défense des droits de l’Homme.
L’arbitraire au nom de la loi est dans le procès un élément fondamental de l’arrêt. Là ou il n’y a pas de magistrats indépendants, il n’y a que des délégués du pouvoir.
C’est le temps des procès montés de toutes pièces contre les journalistes, les militants des droits de l’Homme et les jeunes manifestants sur l’ensemble du territoire national.
La LADDH condamne avec la plus grande fermeté cette escalade dans la répression contre les journalistes, les militants des droits de l’Homme et les jeunes manifestants. Elle se solidarise pleinement avec leurs familles et demande leur libération.
L’arrestation et la mise sous mandat de dépôt de Ahmed Benaoume , rédacteur en chef d’ERRAI fait aussi partie d’une entreprise de harcèlement.
La LADDH juge que cette arrestation est arbitraire ; c’est une continuité de cette campagne de répression et d’intimidation.
La LADDH informe les ONG internationales des droits de l’Homme, la commission des droits de l’Homme de l’ONU, et l’observatoire international des défenseurs des droits de l’homme, de l’ampleur de la répression qui s’abat sur tous les algériens.
Il y a ingérence du pouvoir dans les affaires judiciaires, et les tentatives d’influencer les décisions de justice qui touche à la règle de la présomption d’innocence.
La LADDH appelle les algériens et les algériennes à une mobilisation citoyenne, pour imposer le respect des droits de l’Homme et de la liberté de la presse.
Elle appelle aussi les partis politiques ; les associations et les parlementaires à dépasser leurs diffèrent politique pour assumer leurs responsabilités afin que tous les algériens de toutes les tendances politiques puissent enfin s’exprimer et occuper l’espace publique confisqué depuis plusieurs décennies.
Alger le 11.07.2004
Maître Ali Yahia Abdenour
Président de la LADDD
La FIDH s’inquiète des atteintes répétées à la liberté d’expression
(FIDH mercredi 7 juillet 2004)
La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) exprime sa plus grande inquiétude à la suite des atteintes répétées à la liberté de la presse de ces dernières semaines en Algérie.
La FIDH a appris la décision des autorités algériennes du 30 juin 2004 de geler provisoirement les activités de la chaîne sattelite arabe Al-Jazira en Algérie. Cette décision a été signifiée par le Ministère de la Culture au correspondant de la chaîne qatarie à Alger au motif d’une réorganisation du travail des correspondants de la presse étrangère en Algérie. Cette fermeture intervient après la diffusion le 22 juin dernier d’une émission “Contresens” où des propos hostiles au régime algérien auraient été tenus.
Plusieurs organes de presse privés et journalistes ont récemment fait l’objet de procédures judiciaires en Algérie et plusieurs journalistes indépendants ont été condamnés à des peines de prison ferme. Ainsi Hafnouai El Ghoul, correspondant de presse du quotidien El Youm et membre de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), membre de la FIDH en Algérie, est emprisonné depuis le 24 mai dernier (Cf. Appel urgent de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme du 27 mai 2004) et a été condamné le 9 juin 2004 à deux mois de prison pour diffamation pour avoir dénoncé des dysfonctionnements des services publics à Djelfa. Plusieurs plaintes en diffamation ont été déposées contre lui. Mohamed Benchicou, directeur du quotidien Le Matin et auteur en février 2004 de l’ouvrage "Bouteflika : une imposture algérienne", a été condamné le 14 juin 2004 à deux ans de prison fermle et une amende de 20 millions de dinars pour “transfert illégal de capitaux et infraction au contrôle des changes”, au terme d’un procès qui a mis en lumière d’après la LADDH “la confusion du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire”. Le Matin qui faisait l’objet d’un redressement fiscal depuis octobre 2003, a été mis sous scellés le 21 juin et le siège a été vendu le 26.
Ali Djerri, directeur de El Khabar, a été condamné le 20 juin à deux mois de prison ferme par le tribunal de Constantine pour diffamation. Par ailleurs, Hassan Bourras, correspondant de plusieurs quoditiens à El Badayh, G. Lofti à correspondant de Liberté à Djelfa et Kemel Gaci, journaliste au Soir d’Algérie font également l’objet de procèdures judiciaires.
La FIDH estime que ces procédures judiciaires témoignent d’un véritable harcèlement envers les journalistes en Algérie visant à faire taire toute voix critique du régime algérien. La FIDH considère qu’il s’agit d’atteintes graves à la liberté d’expression garantie par les conventions internationales auxquelles l’Algérie est partie et notamment à l’article 19 du Pacte international sur les droits civils et politiques. A cet effet, la FIDH annonce qu’elle saisit le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression ainsi que le Groupe de travail sur la détention arbitraire des cas des journalistes emprisonnés en Algérie.
La FIDH demande aux autorités algériennes :
- de cesser le harcèlement judiciaire des journalistes et organes de presse privés ; de libérer tous les journalistes emprisonnés ; de supprimer les peines de prison pour les délits de presse ;
- La FIDH rappelle qu’elle n’a pas été autorisée à se rendre en Algérie depuis juin 2000, en dépit de l’assurance de la Mission permanente auprès de l’Office des Nations unies à Genève de la République algérienne démocratique et populaire à la FIDH le 7 avril 2003 qu’elle pourrait s’y rendre.
(Le Matin, El Watan 15.7) L'hebdomadaire "Algérie Actualité", né dans les années soixante, s'est transformé en un quotidien (le 48ème du paysage éditorial algérien), "Le Nouvel Algérie Actualité", qui promet que sa ligne éditoriale sera faite d'"insolence et (d')objectivité".
La famille et les proches d'Ahmed Benaoum, directeur du journal "Er Raï", alerte l'opinion publique sur la dégradation de son état de santé. Ahmed Bennaoum est incarcéré à la prison d'Oran. Sa famille et ses proches demandent son transfert dans une structure sanitaire appropriée.
(AP 16.7) Après le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, c'est la sous-secrétaire d'Etat adjointe américaine Aliana Romanowski, lors d'une conférence de presse à l'ambassade américaine à Alger, qui a exprimé l'attachement de son gouvernement "à la pluralité médiatique en Algérie, à la liberté de presse, son indépendance et sa diversité". La responsable américaine a également salué la "liberté de ton" de la presse algérienne.
(El Watan 22.7) La Société d'impression d'Alger (Simpral, entreprise publique) menace de cesser d'imprimer le quotidien "Le Matin", déjà poursuivi par les services fiscaux, si la société éditrice ne paie pas avant le 24 juillet les factures d'impression des mois de février, mars et avril 2004, pour un total de 38 millions de DA. "Le Matin" est prêt à payer la moitié de la somme en une fois, et le reste en plusieurs versements.
Par ailleurs, l'épouse du directeur du "Matin", Mohamed Benchicou, incarcéré depuis le 14 juin pour une affaire d'évasion de bons de caisse, a lancé le 21 juillet un appel au Parlement européen, lui demandant d'intervenir pour obtenir la libération de son mari et de trois autres journalistes emprisonnés en Algérie, dont Hafnaoui Ghoul. La démarche de Fatiha Benchicou est soutenue par le groupe de la gauche unitaire européenne.
Enfin, les éditeurs de seize journaux, dont "Le Quotidien d'Oran", "La Tribune", "Le Jeune Indépendant", Echourouk et El Youm, ont appelé l'ensemble des éditeurs de la presse algérienne à une assemblée générale le 27 juillet, pour créer une association de défense des intérêts "moraux et matériels" des éditeurs, ou "redynamiser" l'Association des éditeurs de journaux (AEJ) et revoir ses objectifs. L'AEJ n'est plus en réalité qu'une coquille vide depuis des années.
(AFP 24.7 / El Khabar, El Watan 25.7 / El Watan 26.7) Le quotidien "Le Matin" n'a pas paru le 24 juillet à Alger (mais selon son imprimeur algérois, il a pu sortir dans l'est et l'ouest du pays) en raison du refus de son imprimeur (une société publique, Simpral) de l'imprimer. "Le Matin" dénonce la "caractère politique" de cette mesure, justifiée par Simpral par le nom payement des dettes du journal. "Le Matin" avait été sommé de payer 38 millions de DA (environ 450'000 euros, 750'000 FS), représentant les factures d'impression de février, mars et avbril 2004, avant le 24 juillet pour pouvoir continuer à être imprimer. Le quotidien avait demandé un échéancier, qui lui a donc été refusé, et l'imprimerie a même notifié au journal son refus de l'imprimer avant l'expiration du délai qu'elle avait même fixé. Selon "Le Matin", celui-ci est le meilleur client de l'imprimerie, et les dettes qu'il a à son égard ne représentent qu'un peu plus de 1 % de l'ensemble des dettes des journaux, privés ou publics, imprimés par Simpral. "Le Matin" signale en outre que depuis août 2003, il s'est acquitté de 240 millions de DA auprès de son imprimerie et des services fiscaux. Quant à l'imprimerie, elle assure que son différend avec "Le Matin" est purement financier, qu'elle n'a subi aucune pression extérieure pour prendre la décision de cesser d'imprimer le journal, et que la preuve en est que "Le Matin" a pu paraître normalement dans les régions (l'est et l'ouest) où il est imprimé par des entreprises à l'égard desquelles il est "bon payeur" (la société d'impression de l'Est, SIE, a cependant annoncé qu'elle cessait elle aussi d'imprimer le journal). L'imprimeur assure en outre que les autres journaux débiteurs de l'imprimerie courent le risque d'être, comme "Le Matin", empêchés de paraître tant que leurs dettes ne sont pas apurées. Deux journaux ont ainsi été suspendus d'impression par la Société d'impression d'Alger (SIA) le 22 juillet : "Le Nouvel Algérie Actualité" (après seulement sept jours de parution, et pour une dette de son principal actionnaire) et "El Djarida". On estime à 1,6 milliards de DA le montant total des dettes de la presse à l'égard des imprimeries, et celles-ci considèrent que cette masse de créances impayées les fragilisent financièrement.
Par ailleurs, le collectif du "Matin" a exprimé publiquement son inquiétude quant à l'état de santé "alarmant" de son directeur, Mohamed Benchicou, incarcéré depuis la mi-juin dans la prison d'El Harrach, et le Comité national pour la libération des journalistes emprisonnés, qui se demande "quel crime a donc commis Mohamed Benchicou, qui justifie qu'on l'assassine à petit feu", exige que le directeur du "matin" soit "rendu à ses enfants, à son journal, à sa famille professionnelle, sain et sauf". Selon les avocats de Benchicou, la chute de tension artérielle de celui-ci a nécessité sa mise sur perfusion. Le procès en appel de Mohamed Benchicou a été fixé au 11 août par la Cour d'Alger. Le directeur du "Matin" a été condamné le 14 juin à deux ans de prison ferme, et immédiatement incarcéré, pour infraction au règlement du mouvement des capitaux.
A Oran, les deux procès opposant le directeur général de la Sûreté nationale et le chef de la Sûreté wilayale au patron du groupe de presse "Erraï", Ahmed Benaoum, ont été reportés au 16 octobre, à la demande de la défense. Un troisième procès, intenté à Ahmed Benaoum par le directeur de l'Office de promotion et de gestion immobilière (OPGI) pour vol et dégradation de biens public a abouti à la condamnation du patron de presse à six mois de prison avec sursis et 10 000 DA d'amende, ce qui a entraîné sa libération (il était en détention préventive depuis le 28 juin).
"El Watan" signale enfin que la centrale syndicale UGTA aurait refusé d'autoriser le comité national pour la libération des journalistes emprisonnés de tenir un forum sur la liberté d'expression, le 28 juillet, à la Maison du peuple (siège de l'UGTA) à Alger, en expliquant que la salle demandée était en pleine réfection.
La presse algérienne sous le couperet de l'Inquisition
Communiqué du Comité pour la Libération de Ahmed Bennaoum et du Collectif des journaux Er Raï, Le Journal de l'Ouest et Détective
Oran, le 25 juillet 04
Le samedi 24 juillet vers 19h, le Tribunal d'Es-Seddikia ( Oran ) a rendu son verdict dans l'affaire opposant l'O.P.G.I d'Oran ( Office de promotion et de gestion immobilière ) à notre ami et confrère Ahmed Bennaoum.
Ahmed Bennaoum a été condamné à six mois de prison avec sursis et 10 000, 00 Da d'amendes.
C'est à 21h30 qu'il fut accueillit, à sa sortie de prison, par sa famille, ses proches, ses amis et les membres du comité pour sa libération.
Lors de l'audience - il paraissait très affecté par 27 jours de détention - Ahmed Bennaoum a tenu à préciser qu'il accepterait n'importe quelle condamnation pour n'importe quel délit sauf celui de "Vol ".
Selon un de ses conseils, Ahmed Bennaoum a décidé de faire appel de la décision de justice et s'apprête, avec ses compagnons, à lancer des actions de soutien et de solidarité en direction de ses confrères Mohamed Benchicou et Hafnaoui Ghoul.
Déclaration du Comité national pour la libération des journalistes
Alger, 24 juillet 2004
Quel crime a donc commis Mohamed Benchicou qui justifie qu'on l'assassine à petit feu, qu'on le laisse mourir lentement derrière les murs de la prison ?
Après 40 jours d'incarcération, les nouvelles de sa santé qui nous parviennent de la prison d'El Harrach où il est enfermé sont alarmantes. Les dernières informations émanant de ses avocats, auparavant très mesurés, nous font craindre le pire. Samedi, dans la matinée, en raison d'une baisse de tension anormale, notre confrère et ami a été mis sous perfusion.
Mohamed Benchicou n'est pas homme à se plaindre, il a supporté, au nom de la défense du droit à l'expression, du pluralisme et de la liberté de la presse bien des épreuves. Mais aujourd'hui, c'est sa vie qui est en danger.
Nous savons que l'acharnement des pouvoirs publics contre son journal, de nouveau suspendu à l'impression hier, et le retard pris délibérément dans la fixation de la date de son procès en appel sont les fac! teurs déclenchants de la dégradation de sa santé. Il faut faire vite. Chaque jour qu'il passe entre les murs de la prison ruine une peu plus sa santé.
Nous ne nous tairons pas, nous voulons que Mohamed Benchicou soit rendu à ses enfants, à son journal, à sa famille professionnelle, sain et sauf.
Nous disons : ça suffit ! Trêve au massacre des journalistes, trêve au massacre de la presse libre !
Signataires :
- Conseil supérieur de l'éthique et de la déontologie
- Syndicat national des journalistes
- El Watan
- Le Matin
- Le Soir d'Algérie
- Liberté
- Akher-Saâ
- El Fadjr
- Al Khabar
- L'Est Républicain
(APS, El Watan 28.7) 35 éditeurs et patrons de quotidiens algériens ont créé, le 27 juillet, lors d'une Assemblée générale constitutive, la Fédération des Journaux Algériens (FJA). vouée à "préserver les intérêts matériels et moraux des journaux, prendre en charge les problèmes de la presse et améliorer les conditions de travail". Présent à l'ouverture de l'assemblée, le directeur de publication du "Quotidien d'Oran" l'a quittée pour manifester son désaccord sur le principe même de la création d'une telle organisation. Les fondateurs de la FJA ont invité les autres éditeurs de journaux à rejoindre la nouvelle organisation, qui devrait adopter une "charte d'honneur" et ses statuts, et élire son bureau national, le 3 août. Le projet de "charte d'honneur" contient l'engagement des éditeurs à "respecter et défendre la liberté d'expression", mais également des règles en matière de déontologie, de publicité, de relations entre les journaux et de relations avec les journalistes.
(El Watan, La Tribune, Liberté 29.7) La Fédération internationale des journalistes a, dans un message adressé au forum sur la liberté de la presse organisé le 28 juillet par le Comité national pour la libération de Mohamed Benchicou et de Dhoul Hafnaoui, estimé que l'emprisonnement de ces journalistes était "une tache qui assombrit le visage de la démocratie algérienne". Lors du forum, et au nom de l'Organisation arabe pour la liberté de la presse, Ali Djerri a dénoncé le harcèlement des journalistes et des journaux, et le "recul sur les acquis en matière de liberté". Quant à l'avocat Miloud Brahimi, tout en dénonçant les emprisonnement de journalistes, il a appelé de ses voeux une "professionnalisation" de la presse algérienne, qui lui permettrait "d'éviter de verser dans l'injure, la diffamation ou la vulgarité".
Le même jour, le président de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l'Homme (CNCPPDH, officielle), Farouk Ksentini, déclarant qu'il "ne pouvait y avoir de démocratie sans presse libre ni de presse libre sans démocratie", a exprimé son "souhait" qu'il soit "mis fin à l'emprisonnement" de Mohamed Benchicou.
Toujours le même jour, le directeur du journal oranais "Er Raï", déjà emprisonné, puis libéré, a à nouveau été arrêté et placé sous mandat de dépôt suite à une plainte déposée par la direction des impôts d'Oran, pour fraude fiscale.
(Liberté 10.8 / AP 11.8, RSF 12.8) La peine de deux ans de prison à laquelle avait été condamné le directeur du quotidien "Le Matin", Mohammed Benchicou, incarcéré depuis le 14 juin, a été confirmée le 11 août par la cour d'appel d'Alger, qui a même triplé l'amence de 24 millions de dinars (environ 285'000 Euros) à laquelle il avait été condamné pour infraction à la législation sur les changes. Le collectif des journalistes du "Matin" a dénoncé l'"acharnement" du "pouvoir", et un "verdict inique" au caractère "politique", qui manifeste une "dérive totalitaire".
Le siège social du journal a été vendu aux enchères après avoir été mis sous scellé, et le journal ne paraît plus depuis le 24 juillet.
Un autre journaliste condamné et emprisonné, Hafnaoui Ghoul, par ailleurs militant des droits de l'Homme, a entamé une grève de la faim après que le 8 août, les condamnations prononcées contre lui aient encore été alourdies par la cour de Djelfa, qui a ajouté à celles déjà prononcées trois mois de prison ferme, 10'000 DA d'amende et plus d'un million de DA de dommages et intérêts.
Reporters sans Frontières s'est déclarée "indignée" par la confirmation de la condamnation de Mohamed Benchicou, et a accusé "le pouvoir" algérien de faire payer au directeur du "Matin" "le prix fort de sa liberté de parole". RSF dénonce une "justice inique.
Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme LADDH
Communiqué
La nouvelle condamnation par la cour de Djelfa de Hafnaoui Ghoul, représentant de la LADDH à Djelfa et correspondant de presse, le 08 août 2004 à trois mois de prison ferme, à 50 000 DA d’amende et à 1 000 000 DA de dommages et intérêts, est attentatoire aux droits de la personne humaine et porte gravement atteinte au droit ainsi qu’aux pactes et conventions internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par l’Algérie.
Cet arrêt s’écarte de la lettre et de l’esprit de la constitution et de code pénal.; il n’a aucun rapport avec les faits reprochés et fait suite à un harcèlement judiciaire qui dure depuis plus deux mois.
L’arbitraire au nom de la loi est dans ce procès un élément fondamental de l’arrêt, il laisse l’impression pour ne pas dire la certitude que Hafnaoui Ghoul a été condamné avant que le procès ne commence.
Il y a dérive de la justice qui n’est pas sortie grandie dans ce procès, du fait que les juges n’ont pas jugé en leur âme et conscience mais en fonction des consignes données par le wali, partie civile dans ce procès. C’est le temps des procès montés de toutes pièces contre les militants des droits de l’Homme et les journalistes.
La cour de Djelfa n’est pas un lieu où la justice est rendue mais une instance politique où le pouvoir juge ses adversaires.
L’indépendance de la justice qui n’est pas la propriété du pouvoir ou du magistrat mais celle des justiciables devient aussi urgente qu’indispensable. Elle est liée à la mise en place d’un système politique démocratique respectueux de la souveraineté du droit, de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs.
La LADDH dénonce avec vigueur cette condamnation qui accable Hafnaoui Ghoul qui, en désespoir de cause, vient d’entamer une grève de la faim qui met sa vie en danger.
Elle met en garde le pouvoir contre les éventuelles conséquences tragiques de cette grève de la faim.
Elle lance un appel urgent à l’Observatoire International pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme et aux ONG internationales qui suivent de près l’évolution de cette affaire, afin d’intervenir auprès du gouvernement algérien pour mettre fin à cette parodie de justice.
Alger le 10/08/04
Le président : Ali Yahia Abdenour
(El Watan 23.8) Les avocats du journaliste et militant des droits de l'Homme Hafnaoui Ghoul, incarcéré depuis le 24 mai et condamné à huit mois de prison après une vingtaine de plaintes émanant des autorités régionales de Djelfa, ont exprimé leur inquiétude sur l'état de sanmté de leur client, en grève de la faim depuis le 10 août pour protester contre la "cabale judiciaire" dont il est victime..
(Infosoir 26.8) Les proches de deux journalistes détenus, Mohamed Benaoum (directeur du groupe "Er Raï") et Hafnaoui Ghoul, ont alerté sur la dégradation de l'état de santé des deux hommes, et demandent l'intervention "à titre humanitaire" du président Bouteflika.
(El Watan 30.8) La condamnation du journaliste et militant des droits de l'Homme Hafnaoui Ghoul, à deux mois de prison pour avoir seulement fait parvenir clandestinement une lettre à sa fille depuis sa prison, peine qui s'ajoute à celles totalisant huit mois de prison après une vingtaine de plaintes pour outrage et diffamation déposées par les autorités de Djelfa, a été confirmée par la Cour d'appel.
(El Watan 3.10) Un comité de défense des libertés a été créé le 30 septembre, par, notamment, Belaïd Abrika, porte-parole du mouvement des aârchs de Kabylie, des membres ds familles de Mohammed Benchicou et Hafnaoui Ghoul, deux journalistes emprisonnés, et le militant associatif Smaïn Lalmas.
(El Watan, El Khabar 11.11) La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a rouvert le 10 novembre, après un gel de deux ans, son bureau à Alger en présence de son secrétaire général Aidan White et d'universitaires algériens. Aidan White a précisé que la décision de rouvrir ce centre a été prise à la suite de l'emprisonnement des journalistes algériens Mohamed Benchicou et Hafnaoui Ghoul, et des craintes de la FIJ quant à la liberté de la presse en Algérie, et sur ce qui apparaît à Aidan White comme une politique de confrontation du pouvoir avec la presse privée. Le secrétaire général de la FIJ appelle le gouvernement à "renforcer juridiquement l'éthique journalistique" plutôt que le contrôle sur les journalistes et la manipulation politique des media. Le FIJ demande "la réforme du code pénal et du code de l'information pour (en) supprimer les articles qui exposent les journalistes (à des) peines d'meprisonnement (pour) l'exercice de son métier", ainsi que la réforme du système de distribution de la publicité pour qu'il soit ouvert, transparent et accessible à tous les media. Aidan White a estimé que "les journalistes algériens travaillent dans des conditions difficiles et parfois déplorables" et les a appelé à l'unité "dans un seul syndicat fort qui regroupe l'ensemble de la presse et des médias" pour la défense de leurs droits professionnels et sociaux.
(AP, El Watan 25.11) Le journaliste et militant des droits humains Hafnaoui Ghoul a été libéré le 24 novembre, deux mois avant l'expiration de sa peine mais après six mois de détention, sur grâce du président Bouteflika, qui en a été remercié par la famille du détenu, alors que l'un de ses avocats se déclarait "surpris" par cette libération. Hafnaoui Ghoul avait été condamné pour "diffamation et outrage à corps constitué", pour ses activités au sein du mouvement citoyen du Sud et ses accusations de "mauvaise gestion" contre le wali (préfet) d'El Youm et les autorités locales.
Le directeur du quotidien (suspendu) "Le Matin", Mohammed Benchicou, qui purge depuis mai 2004 une peine de trois ans de prison pour infraction à la législation sur les changes, n'a pas bénéficié de la même mesure de grâce.
(RSF 4.12) Reporters sans frontières (RSF) demande aux magistrats algériens, à la veille de la remise de deux ou trois verdicts dans des affaires de diffamation le concernant, la remise en liberté du directeur du "Matin" Mohammed Benchicou, que RSF décrit comme étant "au coeur d'une saga judiciaire qui n'est pas sans rappeler 'Le Procès', le célèbre roman de Franz Kafka (qui) décrit de manière angoissante les absurdités d'une justice bureaucratique et partisane aux procédures cauchemardesques". RSF demande à la justice algérienne de "mettre un terme au harcèlement judiciaire contre Mohammed Benchicou", emprisonné depuis six mois pour une affaire d'exportation illégale de capitaux, et dont le quotidien est fermé. Benchicou est encore poursuivi dans deux affaires distinctes pour "offense au chef de l'Etat", et risque jusqu'à un an de prison par affaire (le procureur a requis six mois pour la première affaire).
(Liberté 1.12 / Quotidien d'Oran 5.12) Plusieurs titres de la presse publique, dont "El Moudjahid", l'agence nationale de publicité ANEP et les imprimeries d'Etat pourraient ouvrir leur capital au privé, si l'on en croit la liste officielle des entreprises publiques proposées à la privatisation. Sur cette liste figurent en effet les sociétés affiliées au groupe Presse et communication (GPC), dont le président, Abdelkader Khomri, a été récemment limogé. le GPC rassemble l'ensemble des journaux publics (El Mjoudjahid, Al Chaâb, Horizons, El Massa, El Djoumhouria, En Nasr), les imprimeries d'Etat (Dimpral, SIA, SIE, SIO, ENAG), qui impriment les journaux publics et la plupart des journaux privés, et l'ANEP, qui gère les budgets publicitaires de toutes les entreprises et administrations publiques.
Les syndicats des sociétés concernées ont exprimé leur inquiétude quant à ces privatisations, et affirmé que "dans leur majorité", celles-ci sont "performantes et enregistrent un actif net positif dûment constaté". Pour les syndicats, la privatisation des sociétés du groupe presse et communication équivaut à leur "mort programmée".
(AP 21.12) Le Prix Reporters sans frontières-Fondation de France 2004, doté de 2500 euros, a été attribué le 21 décembre au journaliste et militant des droits de l'homme Hafnaoui Ghoul, détenu jusqu'au 25 novembre 2004 pour "diffamation" pour avoir dénoncé la corruption et les abus des autorités locales. Des prix ont également été décernés à l'hebdomadaire mexicain "Zeta" et à l'écrivain chinois Liu Xiaobo.
(Liberté 29.12) De lourdes peines ont été prononcées le 27 décembre par le tribunal d'Alger dans plusieurs procès opposant des journaux au ministère de la Défense nationale et/ou au ministère public. Le dessinateur de "Liberté", Ali Dillem, et le chroniqueur du "Matin" Sid Ahmed Semiane ont été condamnés à six mois de prison ferme et 250'000 dinars d'amende, sur plainte du ministère. Pour la même affaire, le directeur (emprisonné) du "Matin", Mohammed Benchicou, et la journaliste Ghada Hamrouche, ont été condamnés à six mois avec sursis et 250'000 DA d'amence, et "Le Matin", suspendu de parution depuis juillet, à 2,5 millions de DA.
Dans une autre affaire, le directeur de la publication du "Soir d'Algérie", et ses journalistes Reda Belhadjouda, Mohamed Bouhamidi et Kamel Amami, ont été condamnés à une année de prison avec sursis et 250'000 DA d'amence, et le journal à 10,5 millions de DA, pour "offense au président de la République".
Dans ces deux affaires, les défenseurs des journaux et des journalistes ont annoncé qu'ils allaient faire appel.
Dans une troisième affaire, opposant le ministère de l'Intérieur aux quotidiens "El Khabar" et "El Watan", le jugement sera rendu le 11 janvier, pour un article de février 2003 reprenant une lettre adressée par d'anciens policiers au président Bouteflika.
2005
(RSF, Liberté, Le Soir d'Algérie, El Watan 2.1) Reporters sans frontières dénonce dans un communiqué "l'escalade de la répression envers la presse" en Algérie, en évoquant notamment le cas de treize journalistes récemment traduits devant le tribunal de Sidi-M'hammed, à Alger, et qui risquent entre six mois et un an de prison. L'année 2004 a été "particulièrement dure pour les médias en Algérie", note RSF : "Incarcérations, menaces, interpellations, censure, refus d'accréditation et condamnations à des peines de prison sont devenus le lot quotidien des journalistes", à quoi s'ajoutent des amendes "totalement disproportionnées et susceptibles de causer la fermeture des publications pour problèmes financiers". Dans un "classement" de 167 Etats en fonction du critère de la liberté des media, établi par RSF, l'Algérie occupe la 128ème position, loin derrière le Mali (54ème), mais tout de même devant la Tunisie (152ème). RSF demande aux autorités algériennes une réforme du code pénal afin de supprimer les peines de prison pour les délits de presse.
A propos du harcèlement de la presse et des journalistes en Algérie : DECLARATION DU SYNDICAT NATIONAL DES JOURNALISTES (SNJ) CGT (France)
Paris le 14 janvier 2005
Le 18 janvier plusieurs journalistes comparaissent devant un tribunal à Alger, tous sous l’accusation de diffamation et/ou d’outrage aux institutions. Ce procès survient dans une période où nos consœurs et nos confrères sont l’objet de harcèlements de la part du pouvoir algérien. Le directeur du " Matin ", Mohammed Benchicou purge actuellement une peine de deux ans de prison (il est l’auteur d’un brûlot intitulé " Bouteflika, l’imposture algérienne), " le Soir d’Algérie " a été condamné en première instance à une amende de 300000 euros pour outrage au chef de l’Etat, le dessinateur Dilem s’est vu infligé six mois de prison ferme pour diffamation envers l’armée… Pratiquement pas un titre n’échappe à la massue du pouvoir, qu’ils soient francophones ou arabophones : c’est le cas du " Soir d’lgérie ", " El Watan ", de " Liberté " ou de " El Khabar ".
Dans chaque cas, les journaux ont révélé des pratiques illégales, des affaires de corruption impliquant des services de l’Etat, des proches du président algérien ou des milliardaires du Golfe.
Parmi les journalistes qui se présenteront devant le tribunal ce 18 janvier, se trouve notamment Hassane Zerrouky, collaborateur du quotidien français " l’Humanité ", pour un commentaire publié dans " le Matin " sur une enquête mettant en cause des services de l’Etat. Le rédacteur en chef, Youssef Rezzoug ainsi que la journaliste Abla Chérif, sont également poursuivis pour leurs écrits.
Ces attaques sont une atteinte à la liberté d’_expression, à la liberté de la presse et à la démocratie. C’est d’autant plus inadmissible que les journalistes algériens ont su résister à la vague intégriste, continuant leur travail pendant les années de plomb, malgré le lourd tribu qu’ils ont payé : plus d’une centaine d’entre eux ont été assassinés par les islamistes. Cette recherche de la vérité, cette déontologie n’est visiblement pas du goût du pouvoir algérien qui veut, par les tribunaux, obtenir ce que les intégristes n’ont pas obtenu par le sabre : faire taire toute voix différente, empêcher l’_expression de tous ceux qui préfèrent la transparence à la corruption, le pluralisme de pensée au monolithisme.
Le SNJ-CGT exprime son émotion et sa colère face à ce harcèlement à l’encontre de nos consoeurs et nos confrères algériens. Il appelle tous les journalistes de France, mais aussi d’Europe à se mobiliser pour exiger la libération des journalistes emprisonnés en Algérie, empêcher l’incarcération et la condamnation de ceux qui doivent se présenter devant le tribunal le 18 janvier.
Le gouvernement algérien doit savoir que ses tentatives d’intimidation et de musellement de la presse trouvent sur leur chemin la communauté journalistique de France et, plus largement, de tous ceux qui ont l’Algérie démocratique, laïque et indépendante au cœur.
(Le Soir 19.1 / L'Humanité 20.1) En l'absence du directeur du quotidien, suspendu, "Le Matin"*, Mohammed Benchicou, son procès et celui de quatre autres journalistes du quotidien, poursuivis pour diffamation par un milliardaire koweitien qu'ils avaient accusé d'être un islamiste et d'avoir bénéficié de marchés publics dans des conditions douteuses, a été reporté le 18 janvier au 15 mars. La libération du directeur du "Matin", en prison depuis huit mois, "n'est pas à exclure", annonce "Le Soir d'Algérie", qui précise que cette libération serait actuellement discutée dans les entourages "immédiats" du président Bouteflika et du Premier ministre Ouyahia. L'éventuelle libération anticipée de Mohammed Benchicou a d'ailleurs été évoquée par le porte-parole des aârchs de Kabylie, lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre de la délégation des aârchs avec le Premier ministre.
(El Watan 25.1 / El Watan, Le Soir d'Algérie 26.1 / Liberté, El Watan, El Khabar 27.1) Le tribunal de Sidi M'hamed (Algfer) a traité le 24 janvier plusieurs affaires de presse, entamées le 26 décembre et mises en délibéré. Le tribunal a condamné les directeurs de publication d'El Khabar, Ali Djerri, et d'El Watan, Omar Belhouchet, et la journaliste d'El Watan Salima Tlemçani, à six mois de prison avec sursis, une amende de 50'000 dinars et trois millions de dinars de dommages et intérêts, sur plainte de la direction générale de la Sûreté nationale. Dans un autre procès, contre le Soir d'Algérie, sur plainte (pour diffamation) d'un responsable de la Banque de développement local, le procureur a demandé la suspension du quotidien pour six mois et une peine de six mois fermes pour le directeur de la publication. Le jugement a été mis en délibéré pour le 22 février. Trois autres affaires ont également et jugées : dans l'une, opposant le directeur d'El Khabar au ministère de l'Agriculture, Ali Djerri a été condamné à deux mois de prison avec sursis; dans la deuxième, l'ancien responsable de la rédaction de "Liberté", Farid Alilat, et le journaliste Tedha Belhadjoudja ont été condamnés à six mois de prison avec sursis, pour avoir ouvert leurs colonnes à des journalistes du "Soir", alors frappé de suspension, attaquant le président Bouteflika. En revanche, un jugement de relaxe du directeur d'"El Watan", rendu le 5 novembre, a été confirmé par la Cour d'Alger. Il s'agissait d'une plainte déposée par le ministère de la Défense nationale, pour un article dénonçant des "faveurs" (un bail) dont auraient bénéficié le gendre d'un général à la retraite, ancien chef de la 3ème région militaire.
Les éditeurs de "Liberté", d'"El Khabar" et d'"El Watan" ont dénoncé la répression contre la presse, et notamment la menace de suspension d'une publication pour "diffamation", ce que le Code de l'information, pourtant passablement répressif, ne prévoit même pas. Pour le directeur d'"El Khabar", Ali Djerri, cette menace représente "un palier supplémentaire dans la coercition contre la presse", et une dérive vers "la loi de la jungle". L'Union des journalistes arabes a exprimé sa solidarité avec les journalistes et responsables de presse algériens et a appelé le président Bouteflika à user de son pouvoir constitutionnel afin de stopper "la répression qui ne fait que ternir le climat de la presse en Algérie". L'organisation arabe pour la liberté de la presse a également condamn le "harcèlement judiciaire subi par la presse et les journalistes Algériens" et appelé "les autorités algériennes et à leur tête le président de la république Abdelaziz Bouteflika à agir pour mettre un terme aux mesures répressives à l'encontre des quotidiens indépendants et de la presse indépendante qui oeuvre à la concrétiser les idéaux de la liberté de l'expression et de la démocratie."
(APO, Liberté 29.1) La Fédération internationale des Journalistes (FIJ) condamne dans un communiuqué la "dérive totalitaire visant à réduire définitivement les derniers espaces de la démocratie et de la libre expression" en Algérie, après les dernières décisions de justice frappant les quotidiens "Liberté", "Le Soir d'Algérie", "El Watan" et "El Khabar". Selon le coordinateur du centre de la FIJ à Alger, ces décisions "témoignent d'une nouvelle offensive de répression de la liberté d'expression", après que le pouvoir ait "concocté insidieusement la suspension du journal 'Le Matin' et l'incarcération de son directeur, M. Mohammed Benchicou".
(Le Soir d'Algérie 2.2 / AFP 3.2) Reporters sans Frontières (RSF) a exprimé le 2 février, dans un communiqué, son "indignation face au soutien des autorités algériennes à la mise au pas de la presse par la justice". "Les récentes condamnations de journalistes à des peines de prison ferme ou avec sursis, les lourdes amendes infligées à des publications et les menaces de suspension qui pèsent sur certains quotidiens témoignent d'une véritable volonté de mise au pas de la presse en Algérie", estime RSF.
Le 25 janvier, le procureur d'un tribunal d'Alger a requis la suspension pour six mois du quotidien "Le Soir d'Algérie" et l'incarcération pour six mois de son directeur, sous l'accusation de diffamation. Le même jour, des journalistes étaient cvondamnés à des peines de prison, avec sursis, et à des amendes, pour diffamation envers le président Bouteflika ou la Sûreté Nationale.
Le 30 janvier, le correspondant local d'"El Khabar" à El Bayadh a été arrêté sous l'accusation de diffamation par les constructeurs d'une maison de repos.
(AP, El Khabar 6.2) Des journalistes algériens ont lancé le 6 février une pétition de soutien en faveur des journalistes française et italienne enlevées en Irak, Florence Aubenas (de "Libération") et Giuliana Sgrena (du "Manifesto"). Les journalistes algériens demandent la libération immédiate des deux journalistes, rappellent aux autorités irakiennes qu'el,les ont le "devoir d'assurer la sécurité (des) journalistes" et invitent les journalistes du monde entier à se mobiliser pour la libération de leurs consoeurs.
Seize associations de femmes algériennes ont également appelé dans un communiqué commun les ravisseurs de Giuliana Sgrena et de Florence Aubenas à les libérer.
(El Khabar 13.2) Le directeur de publication du quotidien "El Khabar", Ali Djerri, et un journaliste du quotidien, Ali Faïcal, ont comparu devant un juge d'instruction du tribunal de Sidi M'hamed, à Alger, dans le cadre d'une plainte pour diffamation remontant à l'automne 2003, et déposée par un homme d'affaire, propriétaire de la société "El Mordjane" et actionnaire de la Banque algérienne internationale. La plainte semble cependant avoir été retirée par la suite, mais l'affaire a suivi son cours comme si de rien n'était. Ali Djerri doit en outre encore comparaître devant le même juge, dans deux autres affaires liées à des plaintes pour "diffamation".
(AP 18.2) Les activités du centre régional d'Alger de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) ont été relancées le 17 février par le secrétaire général du Syndicat national des journalistes algériens (SNJ), Rabah Abdellah, le coordinateur du centre régional de la FIJ, Nadir Benseba, et le responsable de la FIJ pour l'Afrique du nord et le Moyen Orient, Bertrand Ginet, qui ont appelé à la libération de Mohammed Benchicou, directeur du "Matin" emprisonné depuis huit mois après avoir été condamné à deux ans de prison pour infraction à la législation douanière. Les représentants de la FIJ ont également appelé à la levée de la "suspension" du journal.
Le centre régional de la FIJ a été formellement créé en 1996, mais n'a jamais été actif jusqu'à aujourd'hui, faute de moyens. Des aides européennes devraient lui permettre de jouer un rôle réel dans la défense des droits des journalistes et de la presse.
(UIPF) Dans un entretien accordé à l'organe de l'Union internationale de la presse francophone, "La Gazette", le président Bouteflika s'exprime longuement sur sa conception de la liberté de la presse, de la responsabilité des journalistes et des rapports entre la presse et le pouvoir.
Le président algérien déclare souscrire "évidemment" à la Déclaration de Windhoek, soutenue par l'UNESCO, qui proclame qu'une presse "indépendante, pluraliste et libre est indispensable à la démocratie ainsi qu'au développement économique". Abdelaziz Bouteflika estime que le cadre juridique dans lequel évoluent les media algériens est "aussi libéral, sinon plus, que celui qui existe dans d'autres pays, y compris dans les pays développés", et que les limites à la liberté de la presse sont celles "exigées par la sécurité du pays, la dignité des citoyens et le respect des convictions de notre peuple". Mais il ajoute que la liberté de la presse a pour "contrepartie la responsabilité des journalistes" et leur respect d'un code de déontologie "qui les astreint à un contrôle par eux mêmes et par leur profession".
Le président algérien estime qu'en Algérie "comme partout ailleurs, il y a des journalistes qui (...) vont au-delà de ce qui est acceptable au non de la liberté d'expression", et que s'agissant de ces cas-là, "il est tout à fait légitime de faire appliquer la loi", que les abus de la liberté d'expressions "touchent des personnes privées (ou) le pouvoir lui-même". Il enjoint aux organisations "étrangères" qui défendent les journalistes de "s'assurer (qu'il) n'y a pas eu un dépassement de la part de leurs collègues. avant de s'engager dans une action de protestation tout à fait infondée", et il ajoute que les cas évoqués par l'UIPF (notamment le cas de Mohammed Benchicou, directeur du "Matin") et qui ont "suscité l'émotion de ces organisations" ne se rapportent pas à des délits de presse mais à des délits de "droit commun", traités "en tant que tels (...) car un journaliste est aussi un citoyen qui reste soumis à la loi commune du pays". Pour le reste, assure Abdelaziz Bouteflika, "chaque journaliste est libre de ses engagements, pourvu qu'il n'outrepasse pas les règles de la déontologie", et "une presse indépendante du pouvoir est absolument nécessaire" pour diffuser les "règles de la démocratie", même si la contradiction est constante entre les hommes politiques qui gèrent "des situations réelles jonchées de pesanteurs" et des journalistes qui n'ont pas d'autres contraintes que "celles que lui impose la déontologie, quand il s'en soucie". Mais, assure le président, le niveau de formation des journalistes algérien n'a "rien à envier"à celui de leurs collègues étrangers.
S'agissant précisément des journalistes étrangers, et des ONG, Abdelaziz Bouteflika affirme qu'en "règle générale", depuis son élection en 1999, les autorisations d'entrer en Algérie ont été délivrées à ceux et celles qui en ont fait la demande, et que leurs visites "se sont faites dans la liberté totale des visiteurs", mais il reconnaît que "dans quelques cas particuliers", des visas d'entrée ont été refuséeà des organisations ou des personnes qui avaient montré "un parti pris flagrant et malveillant à l'égard de l'Algérie", car "il nous est difficile de supporter une hostilité gratuite supplémentaire" après une "décennie de violence et de malheurs".
Répondant enfin à la question de savoir si les media et les journalistes sont pour lui des alliés, des adversaires ou une "entité extérieure" à sa démarche, et si les rapports entre le pouvoir et les media se résument en un rapport de force ou sont définis dans le cadre d'une "relation plus subtile", le président Bouteflika répond que "les journalistes et les médias sont des intermédiaires entre le pouvoir et la société", et que la presse d'opposition joue le rôle que lui-même "attend d'elle", car sans sa critique, "il ne m'est pas possible d'ajuster mes programmes ou de rectifier mes orientations". Chacun fait son métier, et il n'y a pas lieu "d'inscrire nos relations dans le cadre d'un rapport de force", conclut Abdelaziz Bouteflika.
L'UIPF assure pour sa part qu'elle "continuera de militer, y compris auprès du président algérien, pour que, plus jamais, un journaliste ne soit jeté en prison pour ses opinions".
(El Khabar 2.3) L'hebdomadaire français "L'Express" a été interdit de diffusion en Algérie. Cette interdiction suit celle qui a précédemment frappé "Jeune Afrique", qui consacrait un dossier sur les "disparus" en Algérie. La Fédération internationale des journalistes et Reporters sans Frontières ont dénoncé cette interdiction, en relevant qu'elle s'ajoute à de nombreuses mesures détéroriant l'état de la libertéd e la presse et des media en Algérie (procès contre des journaux, fermeture du quotidien "Le Matin", emprisonnement de son directeur Mohammed Benchicou etc...).
(10.03.2005) Le numéro du mois de mars d'Afrique Magazine, publication du groupe Jeune Afrique-L'Intelligent, a été interdit en Algérie en raison d'une enquête intitulée "Algérie : Disparus, le deuil impossible". Reporters sans frontières condamne cette décision et demande au gouvernement d'autoriser la distribution de ce magazine.
"Nous craignons que cette interdiction ne soit que la première d'une nouvelle série. Tandis que les médias nationaux doivent faire face à une myriade de procès et à des amendes très lourdes les mettant financièrement en difficulté, les médias étrangers, eux, doivent affronter des retards de distribution et des difficultés pour faire accréditer leurs correspondants", a déclaré l'organisation.
"Depuis l'arrivée au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika, c'est la première fois qu'Afrique Magazine est interdit de diffusion mais ce n'est pas la première fois qu'un média étranger est ainsi censuré. En 2004, au moins cinq ont été interdits. La chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, les journaux France Soir, Le Figaro, Le Monde diplomatique et Jeune Afrique-L'intelligent avaient tous subi le même sort pour avoir traité des problèmes de l'Algérie. Nous condamnons fermement cette interdiction et demandons aux autorités de revenir sur cette décision", a ajouté Reporters sans frontières.
Le distributeur à Alger d'Afrique Magazine, ADP, a été informé oralement, par le ministère de la Communication, que le numéro du mois de mars "ne pouvait être diffusé sur le territoire", sans qu'aucun motif officiel ait été avancé. A l'origine de cette censure, une enquête sur les personnes disparues en Algérie dans les années 90.
Dans un communiqué publié le 8 mars, la direction d'Afrique Magazine a déclaré : " Outre le préjudice commercial, [nous regrettons] profondément cette évolution dans un pays qui était pourtant devenu l'un des rares exemples de liberté de la presse dans le monde arabe."
Par ailleurs, le tribunal de Sidi M'hamed d'Alger a rendu, le 8 mars 2005, son verdict dans l'affaire opposant le Soir d'Algérie à un responsable de la Banque de développement local (BDL). Le quotidien a été condamné à verser une amende d'un million de dinars (soit 10 500 euros) tandis que Fouad Boughanem, directeur de publication, a été condamné à une peine de deux mois de prison avec sursis pour "diffamation".)
"Nous nous réjouissons que la suspension de six mois, requise par le procureur, n'ait pas été retenue par le tribunal. Cependant nous dénonçons fermement le recours à des peines d'emprisonnement dans des affaires de diffamation et demandons aux autorités algériennes une réforme du code pénal afin de dépénaliser les délits de presse", a déclaré Reporters sans frontières.
Le 25 janvier, le procureur avait requis six mois de prison avec sursis contre l'auteur de l'article, le paiement d'une amende de 50 000 DA (soit 520 euros) ainsi que six mois de suspension contre le journal pour un article publié en 2001, dénonçant la corruption au sein de la BDL.
La FIJ dénonce une « attaque en règle » contre la liberté d’expression en Algérie (11/03/2005)
La Fédération Internationale des Journalistes a dénoncé aujourd’hui les décisions de saisie qui ont frappé ces derniers jours plusieurs numéros des titres de la presse étrangère en vente en Algérie. Après l’interdiction frappant le mensuel Jeune Afrique Magazine, c’est autour du magazine français l’Express de se voir exclure des étals.
« Le gouvernement a lancé une attaque en règle contre la liberté d’expression » a déclaré Nadir Benseba, Coordinateur du centre régional de la FIJ à Alger. « Ces décisions traduisent la gêne du pouvoir politique face à une presse qui persiste à traiter des dossiers embarrassant les autorités »,
Dans son mensuel daté du mois de mars dernier, Jeune Afrique Magazine a abordé l’épineuse question des disparus, alors que l’Express consacrait un dossier de huit pages sur « les réseaux d’influences en Algérie » dans sa livraison du 28 février au 06 mars 2005. Contacté par le Centre régional de la FIJ, les journalistes de la rédaction du Jeune Afrique ont exprimé leurs craintes quant à la reconduction d’une telle mesure, alors qu’un autre dossier concernant la troublante affaire Khalifa, et à laquelle des noms du sérail sont associés, devrait être publié dans le prochain numéro du magazine.
« Les dirigeants politiques du pays ont réussi à imposer la loi de l’omerta dans le champs médiatique algérien avec la suspension du journal Le Matin et l’incarcération arbitraire de son directeur M. Mohamed Benchicou », a déclaré Aidan White, Secrétaire Général de la FIJ. « Les procès contre les journalistes sont désormais hebdomadaires, et les autorités tentent aujourd’hui de cacher aux yeux de la communauté internationale le huit clos étouffant auquel sont confrontés les journalistes algériens » a-t-il ajouté.
La Fédération internationale des journalistes appelle l’ensemble de la communauté internationale à réagir face à ces pressions contre la liberté d’expression. Elle demande aux autorités algériennes de retirer leurs arrêtés d’interdiction et de mettre un terme aux menaces et tentatives d’intimidation.
(AFP 1.4) Les cinq agences de presse officielles de Mauritanie, d'Algérie, de Libye, du Maroc et de Tunisie ont décidé le 1er avril à Nouakchott de créer une agence de presse commune pour "faire face à la mondialisation de l'information" et donner des cinq pays (qui constituent de l'"Union du Maghreb Arabe") une image "positive". Un site internet commun devrait être mis en place dès le 15 avril.
(Liberté, El Watan 20.4 / Le Monde 21.4 / Le Soir 27.4) Cinq journalistes du "Matin", quotidien fermé depuis juillet 2004, dont son directeur, Mohammed Benchicou, et le correspondant du quotidien communiste français "L'Humanité", Hassan Zerrouky, ont été condamnés le 19 avril à des peines de deux ou trois mois de prison ferme pour diffamation, à l'encontre d'un homme d'afaire émirati, Ali Chorafa accusé de malversations financières dans l'attribution du marché de la téléphonie mobile, et du ministre de l'Energie Chakib Khelil, accusé d'être impliqué dans la revente douteuse d'immeubles appartenant à la Sonatrach. Mohammed Benhicou, incarcéré pour deux ans dans la prison d'El Harrach depuis sa condamnation le 14 juin 2004, et en mauvaise santé, a ainsi écopé de cinq mois supplémentaires. Les cinq condamnés ont annoncé qu'ils feraient appel de leur jugement. Le collectif de défense de Mohhamed Benchicou a quant à lui déposé une demande de libération conditionnelle.
Depuis le début de son emprisonnement, Mohammed Benchicou a été extrait plus de 25 fois de sa cellule pour participer au "club de la presse" du Palais de Justice d'Alger.
Le président de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l'Homme (CNCPPDH), Farouk Ksentini, a estimé auprès du "Soir d'Algérie" que l'incarcération de Mohammed Benchicou était "contre-productive". Auparavant, Farouk Ksentini avait déclaré que "la presse est de meilleure qualité depuis l'élection présidentielle". Le ton général de la presse, très virulente, et dont certains titres s'étaient lancé dans la "chasse à Bouteflika" avant la réélection du président, s'est en effet considérablement radouci, du fait d'une autocensure généralisée.
La résistance de la profession médiatique à la mise au pas réussie de la presse privée par le pouvoir a été plus symbolique que réelle, et les ONG de défense des droits humains, en particulier Reporters sans Frontières (que la plupart des titres de la presse privée avaient auparavant accablés de dénonciations de "soutien au terrorisme") ont été plus constantes dans leur dénonciation des atteintes à la liberté de la presse que les journalistes algériens eux-mêmes. Les titres de la presse privée ont surtout cherché à éviter de se retrouver dans la même situation que "Le Matin", et à échapper aux poursuites judiciaires, et aux amendes.
(El Khabar, El Watan 18.5) La Fédération internationale des journalistes condamne, dans un communiqué, la condamnation prononcée par le tribunal d'Alger le 17 mai contre le directeur (Fouad Boughanem) et un chroniqueur (Hakim Laâlam) du quotidien "Le Soir d'Algérie", pour "outrage au président de la République", à deux mois de prison ferme et 250'000 DA (2700 euros) d'amende. Les deux condamnés ont annoncé qu'ils feraient appel. Le Secrétaire général de la FIJ, Aiden White, estime que "la justice algérienne a prouvé une fois de plus sa complicité avec le régime", et dénonce une "vague de procès (en) violation de la loi". La FIJ demande l'abrogation des amendements du code pénal relatifs à la diffamation.
(AP 20.5 / Liberté 22.5) Le directeur et le chroniqueur du quotidien "Le Soir d'Algérie", Fouad Boughanem et Hakim Laâlam, ont été condamnés le 17 mai par le tribunal d'Alger a deux mois de prison ferme et 250'000 dinars d'amende (2750 Euros) , pour la publication d'une chronique jugée attentatoire à la personne du président Bouteflika. Ce jugement a été vivement dénoncé par les secrétaires généraux de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), Aidan White, et de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard. Aidan White s'est dit "furieux" de ce que "les actions légales intentées contre les journalistes deviennent une affaire de routine en Algérie", et Robert Ménard s'est dit "indigné" par la dégradation de la liberté d'expression en Algérie, et la "série répressive" qui frappe la presse. Le vice-président de l'Organisation arabe pour la liberté de la presse, Ali Djerri, s'est également déclaré "choqué" par les dernières condamnations, et a demandé la libération du directeur du quotidien (suspendu) "Le Matin", Mohammed Benchicou, emprisonné depuis plus d'une année. Enfin, le président du Centre algérien pour la liberté de la presse, Brahim Brahimi, a fait part de sa "consternation" après les dernières condamnations de journalistes.
La délégation d'Amnesty International en visite en Algérie a exprimé son inquiétude à propos du "harcèlement permanent contre la presse écrite et des récentes condamnations contre les journalistes", ainsi que des amendes les frappant, et sa crainte que ces pratiques provoquent "une autocensure restrictive de la liberté de la presse chez les journalistes", en plus des difficultés d'accès aux sources de l'information. "Les journalistes ne doivent pas aller en pison", a estimé Philip Hensmans. Les représentants d'AI ont rencontré le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme (CNCPPDH, officielle), Farouk Ksentini, pour évoquer notamment avec lui le cas de Mohammed Benchicou, emprisonné depuis plus d'une année. Farouk Ksentini a déclaré que l'emprisonnement de Benchicou représentait "un abus en matière de détention préventive".
PETITION POUR LA LIBÉRATION DE MOHAMED BENCHICOU ET HAFNAOUI GHOUL
Mohamed Benchicou, directeur de publication du quotidien algérien Le Matin, est en prison depuis le 14 juin 2004, suite à un jugement le condamnant à deux ans de prison ferme. Un verdict qui parachève plusieurs mois de harcèlement judiciaire. Benchicou est l’auteur d’une biographie critique du président Abdelaziz Bouteflika ainsi que de nombreux articles dénonçant les dérives de ce dernier. Hafnaoui Ghoul, correspondant du quotidien algérien El Youm et militant des droits de l’homme a été condamné, le 9 juin 2004, à deux mois de prison ferme. Il avait révélé le décès par négligence de treize nourrissons dans l’hôpital de la ville de Djelfa (300 kilomètres au sud d’Alger). Ghoul était en résidence surveillée depuis le 15 février 2003 et subissait de fortes pressions de l'administration locale et des services de sécurité.
Cet usage pervers de la justice pour faire taire les voix libres et citoyennes s’accomplit dans une Algérie où la confusion des pouvoirs a largement ouvert la voie à l’autocratie et à l’impunité. Les graves attaques ciblant la liberté de la presse sont accompagnées par tout un arsenal répressif qui étouffe toute expression, toute initiative citoyenne. Une Constitution systématiquement bafouée, un code pénal liberticide, le maintien illégal de l’état d’urgence depuis douze ans, le refus d’agrément d’associations, de journaux indépendants, de syndicats autonomes, l’interdiction des manifestations publiques, l’usage de la torture et la censure d’Etat, le harcèlement policier contre les journalistes, les pressions fiscales ciblant des titres indépendants, les menaces nominatives proférées à l’encontre de journalistes par des imams étatiques, etc., l’Algérie est l’otage d’un pouvoir dictatorial et autiste. Son seul mode de communication avec la société reste la répression, la prison, la matraque. Mohamed Benchicou et Hafnaoui Ghoul viennent d’en faire les frais. Et la liste est déjà assez longue depuis des années. Trop longue.
Nous ne pouvons rester indifférents devant cette grave et énième atteinte aux libertés individuelles et collectives. Solidaires des deux journalistes emprisonnés, solidaires de la presse algérienne et de combat pour la liberté, toutes les libertés, nous, signataires de cette pétition :
- exigeons la libération immédiate de Mohamed Benchicou et de Hafnaoui Ghoul,
- alertons l’opinion publique en France, en Algérie et ailleurs de par le monde quant à la gravité des violations des droits humains en Algérie,
- dénonçons l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire qui a conduit à l’incarcération des deux journalistes,
- soutenons toutes les initiatives dans le sens de la libération des deux journalistes,
- appelons les autorités algériennes à respecter les libertés et les droits fondamentaux en Algérie en accord avec les pactes internationaux sur le respect des droits de l'homme ratifiés par l’Algérie.
Fait à Montpellier, le 17 juin 2004
(AFP 14.6 / Jeune Indépendant 18.6) Trois journalistes ont été condamné à des peines de prison ferme, le 14 juin, pour diffamation et offense au Chef de l'Etat : Kamel Amami, du "Soir d'Algérie", a été condamné à six mois de prison ferme, son directeur Douad Boughanem à deux mois, et le caricaturiste de "Liberté", Dilem, à six mois ferme. Les accusés ont en outre été condamnée à des amendes de 250'000 dinars (2500 euros), "Liberté" à un million de DA d'amende (10'000 E) et "Le Soir d'Algérie" à 10,5 millions de DA (105'000 E).
Réagissant à ces nouvelles condamnations, qui s'ajoutent aux dizaines d'autres déjà prononcées, le président de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l'Homme (CNCPPDH, officielle), Farouk Ksentini, s'est dit, au quotidien "Le Jeune Indépendant", "préoccupé" par l'accélération de la répression judiciaire de journalistes et de journaux, et annonce qu'il présentera "prochainement" au président Bouteflika un rapport sur la situation de la presse en Algérie. Farouk Ksentini s'est cependant abstenu, au nom de la non-immixtion dans le travail de la justice, de demander une révision des décisions des tribunaux.
Résolution du Parlement européen sur la liberté de la presse en Algérie
Le Parlement européen ,
- vu l'accord d'association euro-méditerranéen signé le 21 avril 2002 entre l'Union européenne et l'Algérie ,
- vu les rapports du PNUD sur le développement humain dans le monde arabe pour les années 2002, 2003 et 2004,
- vu la communication de la Commission du 21 mai 2003 intitulée "Donner une nouvelle impulsion aux actions menées par l'Union européenne dans le domaine des droits de l'homme et de la démocratisation, en coopération avec les partenaires méditerranéens - Orientations statégiques" (COM(2003)0294),
- vu la communication de la Commission du 11 mars 2003 intitulée "L'Europe élargie - Voisinage: un nouveau cadre pour les relations avec nos voisins de l'Est et du Sud" (COM(2003)0104),
- vu la communication de la Commission du 12 avril 2005 intitulée "Dixième anniversaire du partenariat euro-méditerranéen: un programme de travail pour relever les défis des cinq prochaines années" (COM(2005)0139),
- vu sa résolution du 28 avril 2005 sur le rapport annuel sur les droits de l'homme dans le monde en 2004 et la politique de l'Union européenne en matière de droits de l'homme [1] ,
- vu la résolution de l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne relative aux questions économiques et financières, aux affaires sociales et à l'éducation, adoptée au Caire le 15 mars 2005,
- vu ses résolutions précédentes sur l'Algérie, et tout particulièrement sa résolution du 10 octobre 2002 sur la conclusion d'un accord d'association avec l'Algérie [2] ,
- vu l'article 115, paragraphe 5, de son règlement,
A. considérant que le partenariat euro-méditerranéen vise tout particulièrement à créer une zone de paix et de stabilité reposant sur les principes des droits de l'homme, des libertés fondamentales et de la démocratie,
B. considérant que l'Union européenne a le souci de promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance et l'état de droit ainsi que de défendre l'ensemble des droits de l'homme,
C. rappelant les engagements auxquels le gouvernement algérien a souscrit dans le cadre de la déclaration de Barcelone adoptée lors de la conférence euro-méditerranéenne des 27 et 28 novembre 1995,
D. considérant que l'article 2 de l'accord d'association précité dispose que le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux inspire les politiques internes et internationales des parties et constitue un élément essentiel de l'accord,
E. rappelant que la télévision, la radio et l'imprimerie sont des monopoles d'État en Algérie,
F. préoccupé pour la liberté de la presse depuis la réforme du Code pénal algérien adoptée en mai 2001, et notamment par les dispositions prévoyant de fortes amendes et des peines de prison pour diffamation,
G. considérant que de nombreuses procédures judiciaires sont actuellement en cours pour délit de presse à l'encontre des journalistes des quotidiens privés francophones Le Matin , Liberté , Le soir d'Algérie et El Watan , et plus particulièrement préoccupé par les peines d'emprisonnement prononcées à l'égard de Farid Alilat, de Fouad Boughanem, d'Hakim Laâlam, d'Abla Chérif, d'Hassane Zerrouky, de Youssef Rezzoug, de Yasmine Ferroukhi et d'Hafnaoui Ghoul,
H. rappelant que Mohamed Benchicou, directeur du journal Le Matin , a été condamné à deux ans de prison ferme le 14 juin 2004, pour infraction à la loi régissant le contrôle des changes et les mouvements de capitaux, et que son journal a fait l'objet d'une liquidation judiciaire en juin 2004; considérant que sa demande de remise en liberté pour raison de santé lui a été refusée par la justice algérienne le 20 avril 2005 alors que son état s'est gravement détérioré; rappelant également la condamnation et la détention d'Ahmed Benaoum, directeur du groupe de presse Er-raï Elâm , depuis le 28 juin 2004,
I. considérant que le décret sur l'état d'urgence du 9 février 1992 ainsi que tous les décrets et textes de loi qui en découlent sont toujours en vigueur,
J. considérant que des projets visant le développement d'une information pluraliste et le renforcement des médias indépendants en Algérie sont actuellement financés par l'Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l'homme (IEDDH),
- 1. se félicite de la ratification par le parlement algérien de l'accord d'association précité et espère que dès l'entrée en vigueur de cet accord, il sera possible de relancer le dialogue politique avec l'Algérie par le biais du conseil d'association;
- 2. souligne l'importance de la politique euro-méditerranéenne de voisinage et de ses plans d'action visant à renforcer la démocratie, l'état de droit et le respect des droits humains, et en particulier la liberté de la presse, qui doit être sérieusement prise en compte lors de l'élaboration de ces plans d'action;
- 3. considère plus particulièrement que les dispositions du Code pénal algérien de mai 2001 qui prévoient des peines de prison pour diffamation à l'encontre du Président, du parlement ou de "toute autre institution publique ou corps constitué" sont des entraves à l'exercice de la profession de journaliste en Algérie;
- 4. invite instamment les autorités algériennes à adopter et à mettre en œuvre sans délai des mesures législatives permettant le plus grand respect des droits fondamentaux, et notamment le plein respect de la liberté de la presse, et ce conformément aux accords et pactes internationaux auxquels l'Algérie est partie; demande, à cet égard, que les délits de presse soient définitivement dépénalisés;
- 5. demande aux autorités algériennes de libérer sans délai les journalistes condamnés à des peines de prison pour diffamation ainsi que de mettre fin à cet acharnement judiciaire vis-à-vis des médias privés algériens pour délit d'opinion, et aux poursuites judiciaires à leur égard;
- 6. considère que la levée de l'état d'urgence contribuerait au développement de l'état de droit et au respect des dispositions de l'article 2 de l'accord d'association;
- 7. invite le Conseil et la Commission à mettre en œuvre des mécanismes clairs pour une évaluation régulière du respect de l'article 2 de l'accord d'association par toutes les parties à cet accord, ainsi que par le Parlement européen, par l'Assemblée populaire nationale et par la société civile algérienne;
- 8. invite la présidence du Royaume-Uni à réunir le conseil d'association UE-Algérie afin de relancer le dialogue politique avec l'Algérie et à inscrire la question de la liberté de la presse à l'ordre du jour de cette réunion;
- 9. invite la Commission à continuer à promouvoir, par le biais de l'IEDDH, des programmes visant à renforcer les médias indépendants en Algérie ainsi que le développement d'une information pluraliste;
- 10. demande qu'au cours de la prochaine réunion de la délégation interparlementaire pour les relations avec les pays du Maghreb, la question de la liberté de la presse soit abordée;
- 11. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, au représentant personnel pour les droits de l'homme de Javier Solana, Secrétaire général et Haut-Représentant pour la PESC, à la Commission ainsi qu'au gouvernement et à l'Assemblée populaire nationale d'Algérie.
[1] Textes adoptés de cette date, P6_TA(2005)0150.
[2] JO C 279 E du 20.11.2003, p. 115.
(AFP 28.6 / El Watan 29.6) Le dessinateur, Ali Dilem, et le directeur de la publication, Farid Allilat, du quotidien "Liberté" ont été condamnés le 28 juin par le tribunal correctionnel de Sidi M'hammed à six mois de prison ferme et 250'000 dinars d'amende (et le journal à 1,5 million de dinars en sus) pour offense au Chef de l'Etat. L'"offense" était en l'ocurrence un dessin de Dilem, pendant la campagne électorale présidentielle de 2004, suggérant que le président sortant ne bénéficiait plus du soutien des généraux. Ali Dilem avait déjà été condamné, deux semaines plus tôt, à la même peine, sur plainte du ministère de la Défense.
Le même 28 juin, la journaliste d'"El Watan" Salima Tlemçani a été condamnée à deux mois de prison avec sursis pour diffamation à l'encontre du directeur général de la police, Ali Tounsi, pour un article mettant en cause son frère dans une affaire de spéculation foncière.
(Le Jour d'Algérie, 22.6) Un hebdomadaire satirique, "L'Epoque", a été lancé par le journaliste Baya Gacemi.
(Le Quotidien d'Oran 24.8) Les actionnaires du quotidien "Le Matin", suspendu de parution depuis une année, et dont le directeur, Mohammed Benchicou, purge une peine de deux ans de prison à El Harrach, ont, annonce "Le Quotidien d'Oran", décidé le 10 aoûtr de dissoudre la société (SARL) du "Martin" et de la mettre en liquidation. La société a pour près de 80 millions de dinars de dette d'impression, et 60 millions de dinars de dettes fiscales. Un liquidateur sera désigné et chargé de vendre les actifs de la société et recouvrer les créances qu'elle possède pour payer une partie des dettes.
(El Watan 20.10 / Le Monde 22.10) L'Algérie a été classée par l'Algérie à la 129ème position (sur 167) du classement établi par Reporters sans frontières, du fait, explique RSF, que le pouvoir tente "de mettre au pas la presse privée". L'Algérie se retrouve ainsi plus mal classée que le Mali, le Niger, le Maroc et la Mauritanie, mais devance la Tunisie (147ème) et la Libye (162ème)
Les dix premiers du classement de RSF, autrement dit les dix pays où la presse est la plus libre, sont européens, les dix derniers sont asiatiques, notamment moyen-orientaux, ou africains. La Corée du nord est en dernière position, le Danemark en première position.
Reporters sans frontières a lancé un appel à propos de Mohamed Benchicou, directeur du quotidien défunt "Le Matin", emprisonné depuis juin 2004, et dont l'état de santé se dégrade au point qu'il risque la paralysie, et serait déjà presque paralysé du côté droit.
(El Watan 8.12, 9.12, 12.12, 20.12) La Cour d'appel d'Alger a rendu le 7 décembre plusieurs verdicts dans des affaires de presse, confirmant les jugements précédents, voire alourdissant les peines déjà prononcées. Le directeur de la publication d'"El Watan", Omar Belhouchet, a vu sa peine de six mois de prison avec sursis (et 50'000 DA d'amende) confirmée (le journal avait dénoncé un trafic d'influence, en novembre 2003, dans la grand Sud). Le directeur de la publication du "Soir d'Algérie", Fouad Boughanem, a vu sa peine aggravée (en passant de deux à quatre mois avec sursis). Enfin, l'ancien directeur du quotidien, suspendu depuis juillet 2004, "Le Matin", Mohammed Benchicou, emprisonné depuis juin 2004, ainsi que le chroniqueur Sid Ahmed Semiane (SAS), le caricaturiste Ali Dilem et la journaliste Ghada Hamrouche, ont vu leurs peines confirmées (six mois avec sursis et 200'000 dinars d'amende pour Benchicou et Hamrouche, six mois fermes pour SAS et Dilem, une amende de 2,5 millions de dinars pour le quotidien (qui n'existe plus). Mohammed Benchicou à la mi-décembre dans sa prison d'El Harrach la visite d'un médecin délégué du Comité international de la Croix Rouge, venu s'enquérir de son état de santé et des conditions de sa détention. Mohammed Benchicou est attaeint dans sa santé et ne semble bénéficier d'aucun soin spécifique pour ses troubles neurologiques.
A Bouira, un ancien correspondant du "Matin" a été condamné à deux mois de prison ferme et 20'000 dinars d'amence pour avoir repris les propos d'un magasinier de la Coopérative locale des céréales et des légumes secs, en janvier 2004 (le magasinier a été condamné à la même peine), au sujet d'une affaire de corruption.
2006
(El Watan 2.1) 18 journalistes ont été condamnés en 2005 à des peines de prison ferme, selon le Comité Benchicou pour les libertés. Les peines auxquelles ils ont été condamnés vont de 2 mois à un an. Mohammed Benchicou, ancien directeur du quotidien suspendu "Le Matin", est en prison depuis 2004 (il a été condamné à deux ans de prison ferme, mais fait l'objet d'une trentaine de procédures pour diffamation, alors que le journal qu'il dirigeait ne paraît plus depuis juillet 2004). En sus des peines de prison ferme, des dizaines de peines de prison avec sursis ont été prononcées, ainsi que des amendes jugées "parfois exorbitantes" par le comité, infligées aux éditeurs et aux publications.
Le comité exige la libération de Mohamed Benchicou, la relaxe des 18 journalistes condamnés à la prison ferme, "l'arrêt du harcèlement judiciaire des journalistes et la reconsidération des amendes infligées aux journalistes et aux médias". Il appelle le pouvoir à "hâter la dépénalisation des délits de presse" et à promulguer une loi "protégeant l'exercice libre du métier de journaliste, seul à même d'aider à l'émergence d'une société démocratique et à la construction d'un Etat de droit".
(El Watan 23.1) Le correspondant du quotidien "El Khabar" dans la wilaya d'El Bayadh a été arrêté en emprisonné le 22 janvier, à Aïn Sefra, suite à un mandat de dépôt délivré par le tribunal de Naâme, et à une condamnation à un mois de prison ferme, datant du 29 septembre 2005. Le quotidien affirme que les informations publiées par son correspondant sur "les dépassements" dans l'octroi de terrains sont authentifiées par des documents fournis par le journaliste, et relève qu'une fois de plus ce sont ceux qui dénoncent des "affaires" qui sont condamnés, et non ceux qui y sont impliqués. Le journaliste a entamé une grève de la faim dès son interpellation.
(Le Quotidien d'Oran, le Jeune Indépendant, El Watan 24.1 / El Khabar 25.1 / El Watan 26.1 / Liberté 29.1) Le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme (CNCPPDH, officielle) Farouk Ksentini, interrogé sur l'incarcération de journalistes, s'est déclaré opposé à l'emprisonnement de journalistes, pratique qui "normalement" devrait être "définitive banni(e)", mais a ajouté que "si le journaliste a le droit de tout dire, il doit aussi s'abstenir d'injurier et de diffamer", et a appelé les journalistes à "faire un travail sur eux-mêmes" et à cesser "d'injurier et d'affabuler".
La Fédération de Ghardaïa du Front des forces socialistes dénonce dans un communiqué l'emprisonnement du journaliste Bachir Larabi (correspondant d'"El Khabar" à El bayadh), coupable seulement d'avoir "dénoncé et débusqué" ce qui "gangrène tous les aspects de la vie du pays". En l'ocurrence, Bachir Larabi avait dénoncé dans un article d'"El Khabar" l'octroi par la wilaya de Naâma de terrains à une association non agrée. La wilaya avait porté plainte et le journaliste avait été condamné à un mois de prison ferme. La direction d'"El Khabar", la Ligue algérienne pour le défense des droits de l'Homme, le Collectif des journalistes de Constantine et le Syndicat national des journalistes condamnent l'arrestation de Bachir Larabi et demandent sa libération. Arrêté à son domicile le 21 janvier, emprisonné depuis le 22 janvier à Aïn Sefra (w. Naâma), Bachir Larabi a entamé une grève de la faim.
Le directeur d'"El Khabar", Ali Djerri, a été cité à comparaître dans trois affaires et devant deux tribunaux (Alger et Oran), le même jour, ce qui implique que dans au moins une des deux villes il sera jugé par défaut. Dans les deux cas, il est poursuivi pour diffamation à la suite d'articles publiés par son journal.
Un nouveau journaliste emprisonné arbitrairement en Algérie !
Communiqué du Collectif pour la liberté de la presse en Algérie
26 janvier 2006
Le correspondant du quotidien El Khabar dans la ville d' El Bayadh, Bachir Laârabi, a été interpellé et incarcéré sans autre forme de procès le 22 janvier dernier.
Cette arrestation de journaliste survient dans un climat de dure répression de la liberté de la presse. Alors que Mohamed Benchicou continue, à partir de sa cellule à être traîné devant les tribunaux et que 18 journalistes sont dans l'attente de l'appel qui peut être fatal à leur liberté et à, celle de la presse, cette nouvelle incarcération donne à lire avec plus de netteté le mépris affiché par le pouvoir algérien à l'endroit de la liberté de la presse, des libertés en général et des conventions internationales ratifiées par le pays. Le 25 janvier, des journalistes du Soir d'Algérie comparaissent en appel. Le 1er février, ce sera au tour de ceux du Matin. Les uns comme les autres risquent le mandat de dépôt.
Devant l'arrestation injustifiable de Bachir Laârabi, le collectif pour la liberté de la presse en Algérie constate avec amertume que les craintes sur les libertés, exprimées au début de cette nouvelle année, ne se sont pas faites attendre pour se réaliser. Le collectif se joint à toutes les voix, en Algérie et ailleurs, pour réclamer la libération immédiate et inconditionnelle de Bachir Laârabi et des autres journalistes emprisonnes.
(El Watan 11.2 / AP, Le Soir d'Algérie, Liberté 12.2 / El Watan 13.2) La polémique sur les caricatures du Prophète Mohamed a fait en Algérie ses premières victimes en la personne de journalistes et responsables de media, et de trois hebdomadaires. Les directeurs de deux chaînes de télévision publiques par satellite, Lofti Chriett de Canal Algérie et Houria Khatir de A3, ont été révoqués, ainsi que le directeur de l'information de l'ENTV (télévision publique) Mustapha Benabi, pour avoir couvert la polémique sur les caricatures en donnant des images des dessins qui l'ont suscitée. Des journaux algériens ayant également, et pour les mêmes raisons, reproduit les dessins fauteurs de scandale ont été suspendus par les autorités : il s'agit de l'hebdomadaire en arabe "Ikra" et des hebdomadaires "Erissala" et "Essafir". Les directeurs des hebdomadaires suspendus, Berkane Bouderbala (Erissala), Kamel Bousaâd (Essafir) et le directeur d'Iqra ont été incarcérés les 8 et 11 février, sur plainte du ministère de la Communication, plainte déposée pour blasphème, au titre de l'article 144bis al.2 du Code pénal, qui prévoit une peine de trois à cinq ans de prison ferme "toute personne qui offense le Prophète et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l'Islam". Reporters sans frontières a dénoncé le 12 février la mise en détention "absurde et dangereuse" des directeurs d'Errisala et d'Essafir, et appelé les autorités à retirer leur plainte et à rétablir l'autorisation de parution des deux titres. La Fédération internationale des journalistes a également dénoncé l'incarcération des deux hommes et la suspension de leurs journaux, appelé les autorités à "plus de retenue et de sagesse" et à la libération des directeurs de journaux emprisonnés. La presse privée algérienne s'est également mobilisée pour la libération des directeurs de journaux emprisonnés, en soulignant que leur seul "crime" a été de publier des caricatures pour mieux les dénoncer, ce qui peut éventuellement être considéré comme une erreur, mais certainement pas comme un blasphème.
Par ailleurs, le dessinateur de "Liberté" Ali Dilem a été condamné le 11 février par défaut à un an de prison ferme et 100'000 dinars d'amende pour une dizaine de caricatures du président Bouteflika.
(Le Soir d'Algérie 4.3 / El Watan 6.3 / El Khabar 8.3) Le journaliste et chroniqueur du "Soir d'Algérie" Hakim Laâlam a été condamné le 1er mars par la Cour d'Alger à six mois de prison ferme et 250'000 dinars d'amende pour s'en être pris au présidnt Bouteflika lors de la campagne électorale présidentielle d'avril 2004, en deuxième instance.
La Fédération internationale des journalistes (FIJ) et Reporters sans frontières (RSF) ont condamné cette condamnation. Pour la FIJ, des décisions judiciaires de ce genre dévoilent la véritable nature, autoritaire et répressive, du régime. RSF a écrit au président du Parlement européen, Josep Borrell, en visite en Algérie début mars, pour attirer son attention sur la situation de la presse algérienne, marquée par "de graves manquements (...) à l'accord d'association signé entre l'Algérie et l'Union européenne".
Le 7 mars, le directeur du bureau régional de Relizane du Syndicat national des journalistes a été condamné à trois mois de prison ferme, et son adjoint à deux mois de prison ferme, sur une plainte anonyme les accusant d'avoir utilisé indûment le sceau du syndicat.
Trois journalistes algériens sont emprisonnés : mohammed Benchicou, ancien directeur du quotidien suspendu "Le Matin" (contre lequel une trentaine de plaintes pour diffamation sont encore instruites), incarcéré depuis juin 2004, Kamel Bousaâd, directeur d'Errisala, et Berkane Bouderbala, directeur d'Iqraa, incarcérés le 12 février 2006 pour avoir reproduit (pour les condamner) les caricatures danoises du Prophète. Plus d'une centaine d'affaires de presse ont été enregistrées en 2005, 20 journalistes ont été condamnés à des peines de prison ferme, des dizaines d'autres à des peines d