Mise à jour : 3 janvier 2008
©Pascal Holenweg, Geneve, 2008
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"Le terrorisme naît de la solitude, de l'idée qu'il n'y a plus de recours, que les murs sans fenêtres sont trop épais, qu'il faut les faire sauter"
(Albert Camus)
Archives 1996-1997-1998-1999-2000-2001-2002
2003
(Le Matin, Le Quotidien d'Oran 2.1.2003) Les forces de sécurité ont arrêté le 30 décembre quatre gardes communaux (selon certaines sources, un seul aurait été arrêté, les trois autres ayant réussi à prendre la fuite) qui, se faisant passer pour des "terroristes", avaient dressé un "faux barrage" entre les Issers et Chabet El Ameur (w. Boumerdès), pour racketter les automobilistes. L'un des quatre gardes communaux a été blessé dans l'intervention de la police.
(AP 8.1) L'hypothèse de la présence de membres de la Qaeda dans les rangs du GSPC de Hassan Hattab est à nouveau évoquée (par "Le Matin" du 8 janvier, notamment, qui affirme qu'un émissaire d'Oussama Ben Laden capturé par l'armée début décembre dans la région de Batna aurait désigné d'autres membres de la Qaeda actifs au seins du GSPC, notamment en Kabylie). Ces représentants de la Qaeda auraient rencontré dans la région de Naciria l'un des adjoints de Hassan Hattab, Hamid Saâdaoui, alias "Abou El Haytham", avec lequel ils auraient planifié une offensive du GSPC contre lles forces publiques.
(Le Jeune Indépendant, Le Quotidien d'Oran 16.1) Le chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Mohammed Lamari, a dénoncé dans un entretien accordé à l'hebdomadaire français "Le Point" l'"embargo de fait sur les moyens de lutte antiterroriste" auquel la France soumettrait l'Algérie. Le général Lamari constate cependant que les services de sécurité français (notamment la DST) sont sur la même longueur d'onde que leurs homologues algériens, et que la coopération entre eux fonctionnent parfaitement. Il attribue l'"embargo de fait" qu'il dénonce à la classe politique française.
Le général Lamari affirme, malgré la récente recrudescence des actions des groupes armés, particulièrement celles dirigées contre l'armée et les autres forces de sécurité, que l'armée algérienne a "brisé la colonne vertébrale" du terrorisme, et qu'il ne reste actuellement en Algérie plus qu'un millier de "terroristes" armés.
(AFP 18.1 / El Watan 19.1) Des Pakistanais, Afghans et Yéménites figureraient, selon plusieurs journaux algériens, parmi les membres de groupes armés tués ou capturés par les forces de sécurité dans des opérations dans les Aurès, zone d'activité du GSPC de Hassan Hattab, soupçonné d'être "affilié" à la Qaeda d'Oussama Ben Laden. Selon "El Watan", qui s'appuie sur une "source militaire", parmi les "terroristes" abattus et capturés se trouveraient effectivement des étrangers, mais leur nationalité ne peut encore être déterminée.
(L'Expression 23.1) Des miliciens locaux ("patriotes") "louent leurs services aux commerçants et entrepreneurs privés" en tant qu'agents de sécurité, avec les armes fournies par l'armée, annonce "L'Expression" : "le nombre croissant de membres (des groupes) d'autodéfense et de patriotes qui ont utilisé (leurs) armes dans un cadre contractuel avec des sociétés privées ou publiques, a alerté les responsables du minustpre de la Défense qui vient d'édicter une instruction interdisant l'utilisation des armes, propriété de l'Etat, à des fins professionnelles", ajoute le quotidien, pour qui ce "commerce de la sécurité" contribue à expliquer "comment les groupes terroristes (ont) pu pénétrer dans des villages alors que ces derniers comptaient plusieurs civils armés" : tout simplement parce que ceux-ci était "occupés au gardiennage des biens" de leurs employeurs. "L'Expression" rappelle en outre que "beaucoup de gardes communaux et de GLD (ont) été mêlés à des actes de grand banditisme et sont, à présent, entre les mains de la justice".
(El Watan 27.1) En une année, une vingtaine de jeunes hommes ont "pris le chemin du maquis" et rejoint les rangs du GSPC dans la région de Boumerdès, annonce "El Watan".
(Le Matin 27.1) A Chlef, des habitants de différentes localités manifestent depuis octobre 2002, toutes les semaines, devant le siège de la wilaya, pour réclamer des armes. Le 26 janvier, cette manifestation, qui rassemblait plusieurs centaines de personnes, a été réprimée par la police. Les manifestants réclament la restitution de leurs armes de chasse.
(El Watan, AFP 6.2) Une vingtaine de membres de la milice locale (GLD), soupçonnés d'avoir fourni aide et assistance à un groupe armé islamiste, ont été arrêtés début février par la gendarmerie dans la région d'Oued El Abtal (w. Mascara), annonce "El Watan", qui précise que six d'entre eux ont été arrêtés dans le douar des Martyre de Frayhiya, et que plusieurs des miliciens arrêtés sont les frères de membres de GIA.
Deux groupes de soutien aux groupes islamistes armés ont été démantelés par la police le 5 février à Zemmouri (est d'Alger), et une dizaine de personnes arrêtés, dont Nacer Hattab, un proche parent du chef du GSPC, Hassan Hattab.
(Jeune Indépendant 17.2) Un réseau de 21 personnes apportant soutien aux GIA a été démantelé dans la région de Gouraya (w. Tipasa), a annoncé la police, selon qui le réseau avait pour fonction de renseigner les GIA sur les mouvements des forces de sécurité. Sur les 21 personnes arrêtées, quatre font partie de la milice locale (GLD), et une est un ancien chef de brigade de la gendarmerie de Gouraya.
(L'Expression 18.2) A une question posée par "L'Expression", lui demandant si ses "dernières sorties médiatiques" ne constituaient pas "une tentative désespérée (...) de redonner vie et consistance à une organisation autodissoute", l'ancien chef de l'Armée Islamique du Salut, Madani Mezrag, répond (dans "L'Expression") qu'il est "injuste et futile de penser qu'une organisation qui a existé, qui a combattu, qui a déposé les armes par la suite, et qui a contribué à donner forme et consistance à la politique de la concorde civile, puisse disparaître". Pour Madani Mezrag, l'AIS dispose toujours d'une "base de sympathie" et d'une "attache politique assez consistantes", dont les chefs, "avant de s'ins rire dans un cadre djihadiste, étaient des hommes politiques, et avant d'être des hommes politiques étaient des prédicateurs (...). Donc il est fallacieux et futile à la fois de dire que nous sommes en fin de mission avec la fin de l'AIS".
(El Watan 3.3) Trois personnes ont été arrêtées à Tiaret après qu'elles aient été surprise en train de tendre un "faux faux barrage" pour racketter des automobilistes en se faisant passer pour des militaires (ou des islamistes déguisés en militaires).
(L'Expression 23.3) Douze membres d'une milice locale (GLD) d'Ouled Ben Daha, dans la wilaya de Mascara ont été écroués par le juge d'instruction de Tighenif, pour une affaire de vol de bétail. Les miliciens sont accusés d'avoir fait usage de leurs armes contre les gendarmes de Menaouer. Selon des sources évoquées par "L'Expression", ces miliciens avaient déjà un "parcours douteux" et d'autres exactions à leur actif.
(La Tribune 29.3) Un membre de la garde communale de Darguina (w. Bejaïa) s'est suicidé le 28 mars, en usant de son arme de service.
(Le Monde, AFP 4.4) La disparition mystérieuse de 21 touristes européens (dont au moins douze Allemands, quatre Suisses, un Néerlandais) dans le sud saharien (un premier groupe de touristes a disparu près de la frontière libyenne, alors qu'il faisait route de Djanet à Ouargla, et un deuxième groupe a disparu après être parti de Tamanrasset vers l'ouest) pourrait, selon certains titres de la presse algérienne, être imputée à un groupe armé présumé islamiste, celui de Mokhtar Belmokhtar, alias "Belaouer" (un ancien d'Afghanistan). Une autre hypothèse est évoquée, celle d'un enlèvement par des contrebandiers. L'Allemagne a créé une "cellule de crise" opérant avec les autorités algériennes pour tenter de retrouver les disparus.
(AP 5.4 / Quotidien d'Oran 7.4) Huit nouveaux touristes européens (des Autrichiens) ont disparu dans le Sahara, ce qui porte à 29 le nombre de touristes portés disparus dans le Sahara algérien, dans des régions où contrebandiers et trafiquants sont actifs, mais où s'active également un groupe armé présenté comme islamiste, le groupe de Mokhtar Belmokhtar, dont on ne sait précisément s'il s'agit d'un groupe de contrebaniers, de bandits de grands chemins ou d'islamistes armés plus ou moins ralliés au GSPC. Six groupes différents de touristes ont disparu entre le 19 février et le 17 mars dans le sud saharien. Outre l'hypothèse de l'enlèvement, celle d'un "accident de GPS" (guidage par satellite) est évoquée, ainsi que celle d'erreurs des touristes eux-mêmes, qui se fieraiaient trop aveuglément à leur GPS. On note qu'il s'agit uniquement de touristes "germaniques" (Allemands, Autrichiens, Suisses, et un Néerlandais), alors que les touristes français sont plus nombreux dans la région (mais eux usent de guides locaux)
(AP 9.4) Suite à la disparition mystérieuse de 29 touristes européens dans le sud saharien, disparition dont les causes font toujours l'objet d'hypothèses contradictoires (panne de GPS, enlèvement par un groupe armé ?), un convoi a été organisé par l'Autriche pour évacuer des touristes se trouvant toujours dans le désert, dont sept Autrichiens. Le convoi devrait rallier tamanrasset. 18 Allemands, 8 Autrichiens, 4 Suisses et un Néerlandais sont portés disparus. L'armée algérienne a déployé un millier d'hommes et d'importants moyens matériels pour tenter de les retrouver. Près de 1200 soldats et gendarmes ratissent le triangle Ouargla-Djanet-Tamanrasset, avec l'aide d'avions et d'hélicoptères, de guides locaux, ainsi que de policiers et d'enquêteurs allemands, suisses et autrichiens. Les six groupes de disparus se sont "volatilisés" avec leurs véhicules.
(ATS 12.4 / AFP, Le Quotidien d'Oran, El Watan 13.4 / Le Temps-Genève, Le Matin-Alger 14.4) La ministre autrichienne des Affaires étrangères, Benita Ferrero, a évoqué le 12 avril une "lueur d'espoir" au sujet de certains des touristes autrichiens disparus dans le Sahara, dont elle a assuré qu'ils étaient "encore en vie le 8 avril". Elle a cependant reconnu qu'on ne savait pas où ils se trouvaient. La veille, le 11 avril, deux nouveaux touristes autrichiens avaient disparu, portant à 31 le nombre total des "disparus" (15 Allemands, 10 Autrichiens, 4 Suisses, un Néerlandais et un Suédois, répartis en sept groupes distincts). Le gouvernement allemand a également exprimé son "discret espoir" que les "disparus" étaient encore en vie, mais, selon "Der Spiegel", il aurait aussi fait part de ses craintes qu'ils aient été enlevés par des groupes armés. Un journaliste de la télévision autrichienne a également déclaré que des "militaires" algériens estimaient que les touristes autrichiens disparus étaient "en vie" et avaient été "enlevés". Les autorités algériennes, selon "Der Spiegel", auraient évoqué la même hypothèse d'un enlèvement par un groupe armé (islamiste ou non), alors qu'un policier algérien participant aux recherches des "disparus" estimait au contraire que les groupes armés opérant dans le Grand Sud ne disposaient pas des effectifs et des caches suffisants pour enlever et détenir autant de personnes. Le parquet fédéral allemand a ouvert une information judiciaire pour enlèvement. L'Autriche, la Belgique et la République tchèque ont appelé leurs ressortissants à éviter le Sahara algérien, et une quarantaine d'Autrichiens, d'Allemands et d'Italiens ont été reconduits sous escorte militaire hors du Sahara pour être rapatriés à Gênes.
Les autorités algériennes, et les professionnels du tourisme dans le désert, ont par ailleurs critiqué l'imprudence des touristes "disparus", qui se déplaçaient sans guides et sans avoir communiqué leur itinéraire aux autorités. On note par ailleurs que ces touristes sont majoritairement de langue allemande, vraisemblablement ignorants de l'arabe, voire du français, et qu'aucun touriste francophone (ou arabophone) n'est porté disparu. En outre, selon "El Watan", il semble que ces touristes seraient "tous venus de Tunisie par voie terrestre", et auraient "tous pris la décision de se rendre au Sahara algérien à partir d'offres de voyages diffusées sur Internet". Un guide algérien,et patron d'une agence de tourisme, Ahmed Zegri, interrogé par "El Watan" qui a participé aux recherches, annonce que les touristes suisses disparus étaient à Djanet, en partance pour Tamanrasset, le 27 mars, et qu'ils n'ont plus donné signe de vie depuis, déclare que "tout est possible" et que les touristes peuvent s'être "égarés", avoir été "enlevés par des terroristes ou des groupes qui veulent mettre fin au tourisme en Algérie". D'étranges intermédiaires se seraient par ailleurs manifestés, dont l'un se disait "envoyé par l'ambassade de Suisse à Aélger" -qui a déclaré ne pas le connaître- et réclamait aux familles des touristes 800 Euros par tête pour les retrouver. Pour Ahmed Zegri, si les touristes disparus s'étaient fait accompagner par des huides locaux, "ils ne se seraient jamais perdus". Pour "El Watan", la thèse de l'enlèvement "semble de plus plausible", mais le groupe armé de Mokhtar Belmokhtar ne serait pas impliqué. Une opération militaire serait en passe d'être déclenchée par les autorités algériennes.
(AFP 14.4 / AP 15.4) Un groupe d'une dizaine de nomades est à son tour porté disparu depuis le 12 avril, dans la wilaya d'Illizi (sud saharien), selon "Le Matin". Ces disparitions s'ajouteraient à celles de plus de 30 touristes européens dans le sud saharien, ce qui conforterait la thèse de l'enlèvement, thèse ouvertement évoquée en Allemagne, aux Pays-Bas et en Autriche, mais officiellement écartée par les services de sécurité algériens. Selon des guides locaux, les touristes auraient été enlevés et emmenés du côté de Samen, près de l'Oued Jarat (w. Illizi). Si enlèvement il y a, reste à en connaître les auteurs : la population locale ne croit pas qu'il puisse s'agir de groupes islamistes armés. Un porte-parole du ministère néerlandais des Affaires étrangères a déclaré avoir "la confirmation" qu'un ressortissant néerlandais avait été enlevé.
(Reuters 17.4 / AFP 18.4 / L'Actualité, Le Jeune Indépendant 20.4 / El Watan 21.4) les autorités algériennes seraient en pourparlers avec les ravisseurs présumés de 11 des 31 touristes européens (15 Allemands, 10 Autrichiens, quatre Suisses, un Néarlandais et un Suédois) disparus ces dernières semaines dans le Sahara algérien, selon l'hebdomadaire autrichichien "Profil", qui évoque l'hypothèse que ces enlèvements soient destinée à obtenir la libération de "quatre terroristes algériens récemment condamnés" en Allemagne. Les 11 touristes localisés, selon l'hebdo autrichien, seraient allemands. Le 15 avril, le porte-parole du ministère néarlandais des Affaires étrangères avait "confirmé" qu'un ressortissant néerlandais faisant partie de l'un des groupes de touristes disparus avait été "enlevé", mais a ajouté : "nous ne pouvons pas dire s'il l'a été par des activistes politiques ou par un groupe criminel". Un diplomate autrichien à Alger a cependant démenti l'hypothèse de l'enlèvement, et a estimé qu'il ne s'agissait (encore ?) que d'une rumeur. "Tous les cas de figure restent possibles (...) des accidents à la piste terroriste", a déclaré Thomas Buchsbaum. Le 18 avril, un envoyé spécial de la télévision autrichienne en Algérie a affirmé que les autorités algériennes avaient localisé les 31 touristes "disparus", qui auraient été enlevés et "séparés en deux groupes", mais qu'elles n'intervenaient pas et ne faisaient que "les observer" pour assurer leur sécurité. Le ministre allemand de l'Intérieur a exprimé le 13 avril de "discrets espoir que les disparus sont en vie".
Les autorités algériennes ont quant à elles rendu les touristes disparus responsables de leur disparition, et estimé, le 19 avril, qu'ils ne pouvaient s'en prendre qu'à eux-mêmes de ce qui leur arrive, dès lors qu'ils ont entrepris un périple saharien sans recruter de guides locaux ni informer les autorités de leur itinéraire. Un groupe de 11 Allemands et 2 Autrichiens a d^'ailleurs quitté Tamanrasset le 18 avril en direction de la Tunisie à bord de 5 véhicules tout-terrains, Le porte-parole de la Gendarmerie a démenti le 19 avril que les autorités aient "localisé 11 des 31 touristes disparus (...) et entamé des négociations avec les preneurs d'otage". Un responsable de la gendarmerie a ajouté, au "Jeune Indépendant", que l'hypothèse de l'acte terroriste pouvait être écartée, les "terroristes" ayant l'habitude de revendiquer leurs actes, le cas échéant de demander une rançon, et non de cacher les corps de leurs victimes.
Les touristes, presque tous de langue allemande, ont disparu dans un vaste triangle Ouargla/Djanet/Tamanrasset. Le dernier message provenant de l'un de ces touristes date du 8 avril.
(AFP, ATS 23.4 / L'Expression, El Watan 24.4) L'hebdomadaire autrichien "Profil", qui avait déjà évoqué cette hypothèse, croit savoir (et le dit sur son site internet) qu'un groupe islamiste armé lié à la Qaeda retient en otage les 31 touristes européens disparus dans le Sahara algérien depuis plusieurs semaines -depuis le 19 février, pour certains. Selon "Profil", les touristes auraient été kidnappés pour servir de "boucliers humains" face à une offensive attendue des forces de sécurité. "Profil" croit savoir que les touristes enlevés seraient retenus à environ 80 km d'Illizi par le groupe de Mokhtar Belmokhtar, qu'on dit lié au GSPC et à la Qaeda -mais qu'on sait être au moins aussi actif dans le contrebande et le trafic que dans la lutte armée islamiste. Selon "Profil", les autorités algériennes seraient entrées en contact avec les preneurs d'otage, qui n'ont demandé aucune rançon, mais exigeraient la libération de quatre islamistes Algériens (dont un Franco-algérien) détenus en Allemagne pour avoir tenté de perpétrer un attentat à Strasbourg à Noël 2000. En Suisse, les autorités fédérales ont reçu les familles des quatre touristes disparus et leur ont affirmé n'avoir reçu aucune demande de rançon ni aucun message corroborant la thèse de l'enlèvement.
La thèse de l'enlèvement par un groupe armé est toujours contestée par les autorités, qui ont par ailleurs annoncé avoir retrouvé neuf Algériens, habitants de la région, morts de soif et d'épuisement. Ils avaient disparu depuis le 9 avril et se seraient égarés en raison d'un violent vent de sable. Les forces de sécurité ont en outre retrouvé une dizaine de randonneurs dormant à la belle étoile dans la région d'Illizi (ces personnes ne font pas partie des 31 "disparus"). Un responsable des services de sécurité, cité (anonymement) par "L'Expression", estime que "si aujourd'hui les touristes sont encore en vie, ils doivent être quelque part chez des tribus dans l'une ou l'autre des frontières qui abritent les turbulentes tribus nomades du Sahara". Pour le quotidien, il est "pratiquement impensable que ces touristes puissent être encore en vie après deux mois dans le désert" s'ils n'ont pas été recueillis ou enlevés, "tout comme il impensable qu'ils soient morts dans le désert et que leurs corps n'aient pas été retrouvés, ni leur matériel, et encore moins leurs véhicules et leurs motos".
(AP, AFP, Le Matin-Lausanne, Jeune Indépendant, El Watan, Le Quotidien d'Oran 27.4 / El Watan 28.4) Un colonel de l'armée algérienne, Messaoud Ben Boudria, chargé de coordonner les opérations de recherche de la trentaine de touristes disparus dans le sud saharien, a exclu le 27 avril la piste de l'enlèvement par des groupes armés, et estimé que les touristes étaient vivants, "peut-être en dehors de l'Algérie". Le colonel a ajouté qu'il pensait qu'ils seraient retrouvés. De source diplomatique malienne, de retour d'Alger, on croit savoir que l'Algérie serait sur "la bonne piste" des touristes, qui seraient "localisés", mais auraient été enlevés contre rançon. Le colonel Ben Boudria a cependant fait remarquer que si enlèvement il y avait eu, une revendication ou une demande de rançon, ou d'échange, aurait été exprimée; or il a affirmé que tel n'a pas été le cas. Le colonel a rappelé que "des touristes qui se perdent dans le Sud, c'est très fréquent", surtout lorsqu'il s'agit de touristes qui se déplacent sans guide, en dehors des agences de voyage et en ne faisant confiance qu'au GPS. Il a également rappelé que de fortes tempêtes de sable ont balayé la région dès le 20 février. Des organisateurs de voyage cités par "Le Quotidien d'Oran" considèrent quant à eux que les touristes ont été "enlevés sur la pistes des tombes, au nord de l'oued Samen", dans une zone de sable mou, et dans une région comportant de nombreuses grottes.
Un véhicule correspondant à la description de l'un des véhicules transportant des touristes (allemands, en l'ocurrence) a été retrouvé il y a quelques jours (le 24 avril selon "El Watan") dans la région d'Illizi, en partie brûlé selon une radio allemande, "quasiment recouvert de sable" et sans batterie, selon une source proche des services de sécurité algériens. Les propriétaires du véhicule seraient un couple d'Allemands disparus depuis le 8 mars entre Illizi et Djanet.
Près de 5000 militaires sont déployés sur le terrain, en plus de 3000 civils (dont des guides des agences de voyages et des Targuis), entre le Tassili et l'Ahaggar, à la recherche des disparus, dans une zone de plus de 400'000 km2. L'armée dispose d'avions dotés d'instruments de vision nocturne et thermique, des des commandos parachutistes ont été parachutés.
Selon l'hebdomadaire allemand "Der Spiegel", le gouvernement allemand s'inquiéterait d'une éventuelle intervention de l'armée algérienne pour "libérer" des touristes détenus par des groupes armés, et tenterait de faire accepter par les Algériens la participation d'experts allemands pour résoudre la crise de façon diplomatique. De sources allemandes, autrichiennes et suisses, on annonce que des policiers des trois pays sont sur place pour mener leur propre enquête, mais cette présence est démentie par les autorités algériennes.
(Le Monde, AFP 29.4 / AP, RFI, El Watan, Le Quotidien d'Oran 30.4) Les 31 touristes européens disparus depuis deux mois dans le Sahara algérien seraient toujours "en vie" mais aux mains de "groupes terroristes localisés par l'armée", a déclaré le 30 avril à l'Associated Press un "haut responsable algérien ayant requis l'anonymat". Selon lui, les touristes seraient "détenus en plusieurs groupes séparés géographiquement", mais se situant dans la région d'Illizi. Selon plusieurs sources, les touristes enlevés auraient été répartis en trois groupes. Selon "El Watan", les services de sécurité algériens n'excluent pas que les touristes "disparus" se trouvent hors des frontières algériennes (au Niger, au Mali ou en Libye, où des recherches ont également lieu). L'armée algérienne aurait envisagé une "intervention militaire" pour libérer ces otages, mais les autorités allemandes auraient fait pression pour une négociation, afin de préserver la vie des touristes. Quant à l'identité des preneurs d'otage, elle n'a pas été évoquée par "le haut responsable algérien" cité par AP, qui n'a donc confirmé ni infirmé ni la thèse d'un enlèvement par le groupe, supposé islamiste, mais plus sûrement de contrebandiers, de Mokhtar Belmokhtar, ou par celui d'"Abderrezak le para", de son vrai nom Saïfi Ammari, lieutenant de l'"émir" du GSPC Hassan Hattab. La "piste des Touaregs" a également été évoquée; selon cette hypothèse, les touristes auraient été enlevés par des Touaregs (algériens, maliens ou nigériens) qui chercheraient par cet acte à rappeler à la communauté internationale leur lutte pour la préservation de leur identité. Enfin, une nouvelle piste a été récemment évoquée, celle du pillage du patrimoine archéologique saharien.Selon une source citée par "Le Monde", deux des ravisseurs auraient été pris en chasse par les forces algériennes dans la deuxième quinzaine d'avril. Toutes les hypothèses évoquées ont pour point commun de postuler la survie des touristes disparus, survie qui après deux mois dans le désert serait de plus en plus difficile à envisager dans l'hypothèse, jusque là retenue officiellement, d'une errance accidentelle (les touristes auraient été égarés par des tempêtes de sable ou une panne de GPS). Mais l'hypothèse d'un enlèvement suscite également des interrogations : pourquoi aucune revendication, ni aucune demande de rançon, n'ont-elles été émises ?
(MAOL 2.5 / AP, AFP, Reuters, La Tribune, Le Matin-Lausanne, Dimanche.ch, Le Monde 4.5 / El Watan 5.5) En admettant le 4 mai que des "négociations" étaient "en cours" pour obtenir la libération des 31 touristes disparus dans le sud saharien, les autorités algériennes ont, par la bouche du président de la Commission parlementaire du tourisme et de la culture, qui venait d'auditionner le ministre du Tourisme Lakhdar Dhorbani, confirmé la thèse d'un enlèvement -sans pour autant donner de précisions sur l'identité des ravisseurs (contrebandiers, islamistes, les deux à la fois ?) mais en exprimant des doutes sur l'hypothèse d'un enlèvement par le GSPC, et en même temps confirmé la certitude des autorités que les touristes étaient vivants. Le ministre de l'Intérieur, Mohammed Yazid Zerhouni, a également déclaré que les touristes étaient certainement vivants, et admis que des négociations étaient en cours. Des indices selon lesquels les touristes sont vivants ont été retrouvés, a déclaré le ministre : il s'agirait de vêtements, de documents et d'un véhicule. "Nous avons longtemps pensé (que les touristes) s'étaient égarés. Il est possible qu'ils l'aient fait, mais nous n'excluons aucune possibilité", ni celle d'une "prise d'otage par un groupe de malfaiteurs" ni celle par un "groupe de terroristes".
Les autorités algériennes ont par ailleurs affirmé avoir décliné l'aide que leur proposaient l'Allemagne (d'où sont originaires 15 des 31 touristes disparus) et la France (dont aucun ressortissant n'est porté disparu), et affirmé que la disparition des touristes était une "affaire intérieure". Selon "Der Spiegel", le Chancelier Schröder aurait proposé au président Bouteflika l'aide de l'Allemagne pour retrouver les touristes disparus. Des enquêteurs allemands, autrichiens et suisses se sont néanmoins rendus en Algérie. A Berne, le porte-parole du Département des Affaires étrangères a déclaré que les autorités suisses estimaient également "que les touristes sont toujours en vie". La ministre suisse des Affaires étrangères, la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, a demandé à son homologue algérien, Abdelaziz Belkhadem, de "faire tout" ce qui en le pouvoir des autoriutés algériennes "afin de ne pas mettre en danger la vie des touristes".
Outre les Allemands, 10 Autrichiens, 4 Suisses, un Néerlandais et un Suédois sont portés disparus, et sont recherchés par 6000 militaires et 300 civils, dont des guides et des Touaregs. Les 31 touristes voyagaient en sept groupes distincts. Selon "El Watan", ils seraient détenus, en sept groupes séparés, par un groupe armé, dans une région très difficilement accessible, où la température atteint actuellement les 45 °C. Selon des Touaregs cités par "Le Monde", les touristes seraient détenus en deux groupes, l'un sur le Tamelrik, dans la région d'Illizi, l'autre dans la région d'Imedir. Les ravisseurs seraient des voleurs ou des contrebandiers (qui, selon "El watan", voudraient "négocier directement avec les gouvernements allemand, autrichien et suisse"). De Bamako, une "source diplomatique" malienne et anonyme déclare que les touristes sont en vie et aux mains d'un groupe de contrebandiers, mais qu'il n'est pas exclu que "pour des raisons stratégiques", ce groupe tente "d'établir quelques passerelles avec un groupe islamiste parce qu'à deux on est plus fort".
Si les touristes ont été enlevés par un groupe armé islamiste, cela signifierait à la fois un changement de tactique de ces groupes (qui ne pratiquent généralement pas les enlèvements), et un changement d'implantation (les groupes armés islamistes étaient pratiquement absents du grand sud algérien). Le GSPC, en particulier (puisque c'est lui qui est cité dans l'hypothèse d'un enlèvement par un groupe armé), n'est pas présent dans le Sahara, et n'a pas pour habitude de s'attaquer aux civils. Mais le kidnapping de touristes serait aussi une "première" pour les groupes de contrebandiers.
"Le Matin" d'Alger constate que les familles des disparus sont très discrète sur le sujet.
Le Mouvement algérien des officiers libres (MAOL) affirme quant à lui que les disparus ont été "kidnappés" par la Sécurité Militaire (DRS) et sont "séquestrés dans une enteinte militaire dans le sud", les opérations de recherche n'étant qu'une "mise en scpne sordide destinée à jeter de la poudre aux yeux des médias". Le MAOL accuse les généraux Mohamed Mediene et Smaïn Lamari d'avoir "commandité ces enlèvement pour faire pression sur le président Abdelaziz Bouteflika, l'affaiblir et surtout l'embarrasser" alors qu'il aurait l'intention de mettre ces deux généraux à la retraite et d'opérer des changement à la tête de la hiérarchie militaire.
(AP 5.5 / AP 6.5 / Reuters 7.5) La confusion règne sur le sort des 31 touristes européens disparus dans le Sahara algérien depuis février et mars; une partie au moins d'entre eux, dont onze Allemands, seraient en vie et détenus par des groupes armés (islamistes ou crapuleux), selon la presse algéroise du 7 mai. "El Watan" rapporte que des traces des touristes ont été retrouvées les 8 et 28 avril près d'Illizi et de Tamanrasset, et selon le témoignage d'un chef touareg, rapporté par "El Khabar", les onze allemands auraient été localisés dans le sud du pays. Selon "El Watan", les touristes auraient été répartis en deux groupes et seraient détenus dans deux zones difficilement accessibles, sauf à dos de chameaux. Leurs ravisseurs souhaiteraient négocier leur libération directement avec leurs gouvernements, et non avec les autorités algériennes, et n'auraient pas exprimé de revendications politiques, mais une demande de rançon. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, qui a démenti tout contact ou négociations avec les ravisseurs, après que d'autres sources gouvernementales ou parlementaires aient laissé entendre le contraire, a été plus prudent : "il est possible que ce soit une affaire de prise d'otages, mais rien ne le prouve", a-t-il déclaré le 6 mai.
Le ministre du Tourisme a quant à lui démenti les propos qui lui avaient été prêtés par le président de la Commission parlementaire du tourisme, et selon lesquels des "négociations" seraient "en cours" entre les autorités et les ravisseurs, mais il a également confirmé que "des indices laissent espérer que ces touristes sont toujours en vie". 15 Allemands, 10 Autrichiens, 4 Suisses, un Suédois et un Néerlandais ont "disparu" dans le sud saharien. La veille, une journaliste de la radio publique francophone Chaine 3 déclarait que "les touristes enlevés vont retourner bientôt dans leurs pays".
(Reuters 10.5 / AFP, ATS 11.5) les gouvernements des pays concernés sont intervenus ces derniers jours auprès des autorités algériennes pour qu'aboutissent les efforts engagés pour retrouver les 31 touristes disparus dans le Sahara depuis fin février-début mars. Environ 5000 soldats, gendarmes et policiers ratissent la zone, immense (un triangle Ouargla-Djanet-Tamanrasset de près de 1000 km de côtés) où pourraient se trouver les touristes, dont on ne sait toujours pas s'ils se sont perdus ou s'ils ont été enlevés, et s'ils ont été enlevés, par qui. Un diplomate suisse, l'ambassadeur Blaise Godet, s'est rendu à Alger du 7 au 10 mai, et y a rencontré le ministre des Affaires étrangères algérien Abdelaziz Belkhadem, le secrétaire général du ministère de l'Intérieur et des représentants diplomatiques des pays dont les disparus sont ressortissants, pour tenter de contribuer à l'accélération des recherches (quatre touristes suisses, deux couples, sont portés disparus). Selon les déclarations qu'il a faites à son retour à Berne, les autorités algériennes laissent toutes les hypothèses ouvertes quant au sort des disparus, et l'ont assuré avoir tout mis en oeuvre pour protéger leur vie. Le ministère algérien de l'Intérieur soupçonnerait une prise d'otage, mais cette hypothèse n'est que l'une de celles envisagées. Selon l'ambassadeur, rien ne peumet de croire que certains des disparus soient morts. Des représentants allemands et autrichiens se sont également rendus en Algérie, où le ministre allemand des Affaires étrangères était attendu le 12 mai. Joschka Fischer devait rencontrer le président Bouteflika et le ministre algérien des Affaires étangères, Abdelaziz Belkhadem. "Les efforts pour éclaircir le sort des disparus d'Algérie seront au centre des discussions", précise le ministère allemand des Affaires étrangères. Selon l'hebdomadaire "Focus", les touristes sont localisés par les autorités algériennes, mais celles-ci refusent toute "ingérence" étrangère pour les libérer, et refusent également toute négociation directe entre les ravisseurs et les autorités des pays d'origine des touristes.
Selon l'hedomadaire suisse "L'Hebdo", une rançon totale de 23 à 34 millions de dollars (entre 30 et 45 mios FS) aurait été demandée pour l'ensemble des otages, qui seraient détenus en trois groupes dans le Tamelrik, par le groupe armé de Mokhtar Belmokhtar, qui se situe à la limite du banditisme et de l'activisme islamiste armé. Les autorités algériennes auraient reçu trois demandes de rançon. Ces informations n'ont pas été confirmées.
(AFP 16.5 / AP, Dimanche.ch, Quotidien d'Oran 18.5 / Liberté, Le Quotidien d'Oran, Corr 19.5) Alors que les conditions dans lesquelles un premier groupe de touristes enlevés par un groupe armé dans le sud saharien a été libéré font toujours l'objet de spéculations et d'interrogations, la presse algérienne annoncait encore les 17 et 18 mai que, contrairement à ce que les autorités algériennes ont toujours affirmé, celles-ci négociaient la libération du second groupe de touristes enlevés, qui seraient détenus dans la région d'Illizi. Selon "El Khabar", c'est le général Smaïn Lamari lui-même qui dirigerait les négociations, lesquelles seraient concrètement conduites par l'un de ses assistants personnels. Des éléments des services spéciaux allemands seraient également présents à Illizi. les autorités algériennes auraient proposé aux preneurs d'otages de les laisser partir dans le pays de leur choix, ou de les faire bénéficier des dispositions de clémence de la loi de Concorde civile. "Liberté" annonce cependant que "les ravisseurs refuseraient toujours de négocier". Dix Allemands, quatre Suisses et un Néerlandais sont toujours retenus en otages, après la libération le 13 mai de 10 Autrichiens, six Allemands et un Suédois. Le 19 mai, des informations non confirmées, algériennes et allemandes, plus ou moins proches des forces de sécurité faisaient état d'une opération de l'armée pour libérer le second groupe d'otages, opération qui aurait réussi, mais pour laquelle aucune confirmation officielle n'a été donnée. Le second groupe aurait été libéré dans une opération militaire intervenue le 18 ou le 19 mai. L'armée algérienne a officiellement démenti le 19 mai ces "pures allégations", mais des témoins ont vu un avion allemand arriver à Alger. Ces informations et contre-informations, hypothèses et démentis, laissent placer de lourdes inquiétudes sur le sort des otages restant, surtout si une opération militaire devait réellement avoir été déclenchée, et devait avoir échoué.
Officiellement, la libération du premier groupe des 17 otages a été obtenue au terme d'un assaut des forces de sécurité, et sans négociations, mais la presse algérienne et divers media européens expriment des doutes sur cette version, également démentie par des sources oppositionnelles algériennes (dont le FIS et le MAOL). Le porte-parole du Département (ministère) fédéral suisse des Affaires étrangères a déclaré le 16 mai que la Suisse n'avait pas été avertie d'une opération militaire destinée à libérer des otages et qu'aucun des cinq agents de liaison que la Suisse a envoyé sur place n'en avait été informé, ni n'y avait participé. "Le Matin", "Al Watan" et "Liberté" ont tous trois laissé entendre que la libération des 17 touristes était intervenue après le paiement d'une rançon, et non grâce à un assaut militaire victorieux. Le porte-parole du ministère suisse des Affaires étrangères a quant à lui démenti qu'une demande de rançon, ou toute autre exigence des ravisseurs, ait été transmise à la Suisse.
Le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, s'est déclaré à la radio "attristé" par le traitement de l'affaire par une partie de la presse algérienne, et "sidéré que personne n'ait trouvé à dire, aujourd'hui : bravo à l'Armée nationale populaire".
Quant à l'identité des ravisseurs, des doutes subsistent toujours : l'armée a affirmé qu'ils appartenaient au GSPC de Hassan Hattab, ou plus précisément au groupe de Mokhtar Belmokhtar, allié au GSPC, mais des Touaregs de la région estiment plutôt qu'il s'agit de purs brigands, qui ont commis en enlèvement pour des raisons crapuleuses et sans connotation politique. Quant aux liens du groupe de Belmokhtar avec le GSPC, il sont vraisemblablement beaucoup plus lâches que ce que laisse entendre l'armée. L'un des touristes libérés le 13 mai a témoigné que les preneurs d'otages se présentaient eux-mêmes comme des combattants islamistes "complètement indépendants". "Le Quotidien d'Oran" met par ailleurs en doute la thèse de l'affiliation du GSPC à la Qaeda d'Oussama Ben Laden, thèse régulièrement avancée par les autorités algériennes depuis le 11 septembre 2001. "Le Quotidien d'Oran" note que les modes opératoires du GSPC et des organisations de la Qaeda sont totalement divergents, le premier n'ayant, par exemple, jamais fait usage de "kamikazes" et pratiqué les attentats suicides, ni ciblé des civils en commettant des attentats aveugles. Le journal se demande dont comment expliquer que "des touristes européens seraient, en Algérie, maintenus en vue pendant des mois par une organisation terroriste affiliée à Al-Qaïda pendant qu'ils sont déchiquetés par les bombes partout ailleurs dans le monde arabo-musulman, y compris désormais chez les proches voisins du Maroc".
A Genève, le porte-parole du FIS, Mourad Dhina, a annoncé avoir "contacté les autorités suisses afin d'exprimer (la sympathie du FIS) à l'égard des familles" des touristes suisses enlevés. Pour Mourad Dhina, "rien ne justifie de tels actes" (l'enlèvement). Mourad Dhina aurait proposé une aide du ministère suisse des Affaires étrangères, et a affirmé que sa proposition avait été accueillie favorablement, ce que la porte-parole du ministère a démenti. Mourad Dhina conteste la version officielle des autorités algériennes : "rien ne permet d'affirmer que ces enlèvements sont le fait d'un groupe d'opposition au pouvoir". Pour lui, comme pour le Mouvement algérien des officiers libres, ils seraient au contraire le fait des services spéciaux algériens, désireux d'embarasser le président Bouteflika tout en redorant le blason des militaires. Quant aux otages libérés qui affirment avoir été détenus par des islamistes, et libérés par un assaut de l'armée, ils seraient le résultat d'une mise en scène dont les otages eux-mêmes seraient victimes.
(MAOL 19.5 / AFP, AP, Le Temps 20.5 / Le Monde, L'Expression, El Khabar 21.5) L'armée algérienne (ANP) préparerait un assaut pour délivrer les quinze touristes (15 Allemands, 4 Suisses, un Néerlandais) encore détenus par des ravisseurs dans le sud saharien, croient savoir plusieurs titres de la presse algérienn. Selon "El Watan", l'"assaut se prépare" dans la région d'Illizi où seraient détenus les touristes (mais selon d'autres sources, ils seraient détenus plus au sud, à la frontière malienne), touristes dont la libération avait été annoncée, en se référant à des sources proches ou membres des forces de sécurité, le 19 mai par plusieurs media algériens ("El Youm") et étrangers (la TV allemande NTV, la radio française RFI), puis démentie par l'armée algérienne. "El Watan" annonce que des membres des groupes d'intervention spéciaux (GIS, une unité d'élite dotée d'équipements "sophistiqués" ont été dépêchés le 18 mai dans la région des monts de Tamelrik, survolée par des hélicoptères et où se serait rendu le chef d'état major de l'armée, le général Mohamed Lamari. Pour "El Khabar", cependant, l'armée négocie toujours avec le groupe armé qui détient les touristes, et les rumeurs sur la libération de ceux-ci ont, selon "Le Quotidien d'Oran", "sabordé le lancement d'un assaut", sans pour autant que les autorités y aient renoncé : "le dénouement est proche", assure le quotidien en arabe, dont les sources indiquent que les unités d'intervention vont tenter de libérer les otages sans pertes humaines. Les trois pays dont les otages restant sont ressortissants (l'Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas ont fait savoir qu'ils attendaient une libération des otages avec le moins de risques et de casse possible -autrement dit, et en termes moins diplomatiques : sans assaut des forces de sécurité.
L'identité et les motivations des preneurs d'otages restent sujettes à plusieurs hypothèses contradictoires. Pour "El Khabar", il s'agirait de contrebandiers, et certains seraient maliens, et ils auraient demandé une rançon, mais "El Watan" estime que les "terroristes" qui détiennent les touristes ont "aguerris, bien équipés et en possession d'armement lourd". Des otages autrichiens libérés le 13 mai ont présenté leurs ravisseurs comme des hommes "très humains", soucieux d'épargner la vie de leurs otages, et désireux surtout d'attirer l'attention de l'opinion internationale sur la situation algérienne, même s'ils ont fait allusion à une rançon "pour acheter des armes". "Ces gens là ne sont pas des terroristes", affirme l'un des otages, l'industriel Ingo Bleckmann, qui a même remercié les membres armés de ne pas avoir utilisé ses prisonniers "comme boucliers humains". Cependant, les membres du groupe armé, qui ont récusé tout lien avec la Qaeda, se sont réclamés du GSPC et selon leurs prisonniers étaient au nombre d'une trentaine, âgés de 20 à 50 ans., originaires du nord du pays, et, pour les deux tiers d'entre eux, parlant le français. Les touristes libérés le 13 n'ont pas été témoins d'un assaut, mais ont entendu des coups de feu, observé des hélicoptères de l'armée et vu des militaires blessés (mais aucun membre du groupe armé tué, blessé ou capturé). Leurs ravisseurs les avaient mis à l'abri "dès les premiers coups de feu".
Le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL), qui avait déjà par deux fois accusé les services spéciaux algériens d'avoir eux-mêmes monté toute l'opération, de l'enlèvement des touristes à leur libération, réitère ces accusations, et en accuse les généraux "Toufik" Mediène et Smaïn Lamari. Selon le MAOL, l'opération viserait à "détruire (le) cheval de bataille" du président Bouteflika, la "concorde nationale". Au passage, selon le MAOL, une rançon aurait été versée (mais le MAOL ne dit pas par qui) pour la libération des otages, et "une partie de l'argent de la rançon (aurait été attribuée aux) lieutenants de Smaïn et (à) ses plus proches fidèles" (le MAOL accuse nommément "le secrétaire de Smaïn, le dit Samir", de l'avoir utilisé pour s'offrir "un lot de terrain immense à El Achour".
(AP 24.5 / Le Matin de Lausanne 25.5) Les autorités algériennes "poursuivent leurs efforts" pour faire libérer les 15 touristes européens enlevée dans le sur saharien, ont annoncée le 24 mai des sources officielles suisses et allemandes. La Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des Affaires étrangères, et son homologue algérien Abdelaziz Belkhadem se sont entretenus le 25 mai du sort des touristes. La ministre suisse a insisté sur la nécessité de garantir la sécurité des otages.
(Swissinfo 31.5 / AP 3.6 / La Tribune 5.6 / le Courrier 6.6) Quatre motos, appartenant vraisemblablement aux touristes allemands disparus dans le Sahara ce printemps, ont été retrouvées à 150 km au nord d'Illizi. Un véhicule tout terrain a également été retrouvé, qui pourrait lui aussi pappartenir à quelques uns des "disparus". La presse algérienne annonce que les 15 derniers otages (10 Allemands, 4 Suisses, un Néerlandais) aux mains de ravisseurs toujours peu précisément désignés auraient été dispersés en plusieurs groupes, ce qui rendrait pratiquement impossible leur libération par un assaut. A Strasbourg, où il s'est adressé aux parlementaires européens, le président Bouteflika a exprimé sa détermination et sa volonté de tout faire pour sauver les touristes, et même à "laisser une porte de sortie aux terroristes". En marge du G8 d'Evian, où ils étaient tous deux invités par le président Chirac, les présidents suisse Pascal Couchepin et algérien Abdelaziz Bouteflika se sont entretenus de l'"affaire" le 1er juin. Pascal Couchepin s'est dit "rassuré" par Abdelaziz Bouteflika, mais celui-ci n'a pu donner aucune garantie sur le sort des quatre touristes suisses retenus. "Il y a encore de l'espoir", a toutefois déclaré Couchepin. La presse suisse se désole du "verrouillage de l'information", de mise tant à Alger qu'à Berne, et tant auprès des autorités (algériennes ou suisses) que des familles des otages. La porte-parole du ministère suisse des Affaires étrangères, Daniela Stoffel, assure que "la cellule de crise se réunit presque tous les jours", qu'elle est en "contact régulier avec les familles" et qu'"aucune consigne" n'a été donnée aux medéias, "si ce n'est que la proprité (est) la sécurité de nos quatre ressortissants". L'absence d'informations laisse toute la place à toutes les rumeurs, y compris celle d'une "médiation" du colonel Kadhafi par l'entremise de son fils, ou d'une demande de rançon de 10 millions d'Euros,et fait douter de la crédibilité de la thèse officielle (l'enlèvement de tous les otages par un groupe armé islamiste du GSPC*, puis la libération de 17 d'entre eux, le 14 mai, par une opération militaire). Les "spécialistes du terrorisme" doutent d'ailleurs que des touristes européens enlevés par une organisation affiliée à la Qaeda (puisque telle est l'accusation portée contre le GSPC* par les services algériens) puissent survivre plus de trois mois : la pratique des terroristes djihadistes de la mouvance de la Qaeda est de tuer les Occidentaux, pas de les échanger. Le fait même que des touristes enlevés fin février aient pu être retrouvés vivant à la mi-mai fait donc fortement douter de la qualité de "terroristes islamistes affiliés à Al Qaïda" de leurs ravisseurs. La thèse d'une manipulation ou d'une magouille n'a ainsi pas disparu : la manipulation serait le fait d'une partie de la caste militaire, désireuse de faire "tomber" le président Bouteflika et sa politique de "réconciliation nationale" en faisant apparaître celle-ci comme un échec, au plan sécuritaire. Du coup, les craintes pour la vie des otages se sont insistantes, avec en arrière fond le rappel de ce qui était arrivé à d'autres otages, les moines de Tiberhirine, assassinés en 1996 dans des conditions obscures après avoir été enlevés par des islamistes, réels ou factices. Un officier des forces de sécurité, cité par le correspondant du "Courrier de Genève", considère que le fait que les ravisseurs des touristes du second groupe aient pu apprendre qu'une opération militaire a été tentée contre leurs amis du premier groupe (si une telle opération a eu lieu) ne serait pas rassurant sur le sort des otages
(Reuters 6.6 / ATS 7.6) La situation des quinze touristes européens (10 Allemands, quatres Suisses, un Néerlandais) encore détenus par des ravisseurs à l'identité floue, dans le sud saharien, devrait être en train de s'aggraver, du fait de la chaleur et de la diminution des réserves de vivre et d'eau à disposition, et les diplomates de leurs pays respectifs se disent très inquiets de leur sort. Les températures atteignent 50°C la journée, et leurs ravisseurs n'avaient certainement pas pris les dispositions nécessaires pour garder leurs otages aussi longtemps.
Le 4 juin, le président Bouteflika s'est dit le 3 juin prêt à offrir aux ravisseurs une "porte de sortie" s'ils libéraient leurs otages, détenus depuis février et mars, mais le 7 juin, le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a affirmé qu'il n'y avait "pas de contacts, pas de négociations" entre les autorités et les ravisseurs, qui sont "encerclés".
(AP 11.6) Un véhicule appartenant à l'un des touristes suisses encore détenus dans le sud saharien par un groupe armé a été découvert le 5 juin pare un guide de la région, près d'Oued Semmane. Le véhicule avait été piégé et a blessé les deux personnes qui l'ont approchée, et quatre membres des forces de sécurité qui les accompagnaient.
Le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a réaffirmé le 8 juin qu'il n'y avait pas de "négociations" avec les ravisseurs des quinze touristes encore détenus (10 Allemands, 4 Suisses, 1 Néerlandais), mais un "échange d'informations" avec les pays concernés par cette affaire.
(Le Matin 26.6) La situation des 15 touristes toujours disparus dans le Sud algérien (10 Allemands, 4 Suisses et un Néerlandais), et tenus pour être les otages d'un groupe armé (officiellement considéré comme affilié ou lié au GSPC, selon les autorités algériennes), semble être toujours au point mort, malgré l'annonce par un journal allemand de l'envoi de drones (avions sans pilote) allemands dans la région d'Illizi pour aider à localiser les lieux de détention des touristes, dont les autorités algériennes affirmaient à la mi-juin qu'ils étaient "toujours en vie".
(Le Temps 16.7 / AP 24.7 / ATS 27.7 / Reuters, AP 28.7 / AP, Reuters, AFP 29.7) Les efforts pour libérer les 15 touristes européens (10 Allemands, 4 Suisses, un Néarlandais) retenus en otages depuis cinq mois par de présumés islamistes armés (qui pourraient cependant être des groupes de contrebandiers ou de bandits) se poursuivent, a déclaré le 28 juillet le ministre de l'Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, qui a ajouté que "les opérations sont encore en cours" pour leur libération, mais qu'il s'agit d'une "opération délicate" car l'objectif des autorités algériennes et de "récupérer les otages vivants". Cependant, la chaîne de télévision allemande ARD a annoncé le 29 juillet qu'une otage, une Allemande, serait morte, sans doute d'insolation (les températures atteignent 45 à 50° à l'ombre dans la journée), et aurait été enterrée dans le désert.
Des media européens et algériens ont affirmé à la mi-juillet que les otages avaient été transférés au Mali par leurs ravisseurs, et plusieurs représentants des pays dont les otages sont ressortissants ont estimé l'hypothèse vraisemblable : l'ambassadeur suisse Pierre Godet, puis le porte-parole de Département fédéral (ministère) suisse des Affaires étrangères, Alessandro Delprete, ont déclaré les 24 et 27 juillet que de nombreux indices suggéraient cette hypothèse, également évoquée par "El Watan", qui ajoute que les ravisseurs des touristes auraient accepté de les libérer contre la garantie de pouvoir passer librement au Mali. Nourredine Zerhouni a démenti le 27 juillet que les otages et leurs ravisseurs soient passés au Mali, mais n'a pas précisé si, de l'avis des autorités algériennes, les otages étaient tous détenus dans un seul endroit ou séparés en plusieurs groupes. Le quotidien "Le Matin", évoquant des sources proches des forces de sécurité, a affirmé le 29 juillet que touristes et ravisseurs se trouvaient dans le nord du Mali -ce qu'a également annoncé "El Watan", qui les situe au sud-ouest de Tamanrasset, mais sur territoire malien. Leur convoi aurait été localisé, et selon "Le Matin", les autorités maliennes et des représentants allemands négocieraient la libération des otages. La Suisse a également envoyé un expert de sa police fédérale au Mali, mais a ajouté (le 27 juillet) qu'aucun contact n'avait (encore ?) été pris avec les ravisseurs.
Auparavant, des informations parues dans la presse algériennes avaient laissé entendre que l'Allemagne, la Suisse et la Hollande étaient disposées à verser une rançon (de 15 à 20 millions d'Euros, selon "Le Quotidien d'Oran") pour récupérer les otages vivants. Le fils du Chef d'Etat lybien Mouammar Kadhafi avait proposé que la Lybie fasse office d'intermédiaire. Le 24 juillet, l'ambassadeur Blaisde Godet a, pour la Suisse, démenti le paiement d'une rançon.
(L'Actualité 16.4) Un groupe de douze personnes a été arrêté le 6 avril à Alger. Il s'agit d'un groupe de truands se faisant passer pour des islamistes armés pour perpétrer des vols à main armée.
(AP, El Khabar 27.4) "plus de 300 terroristes" du GSPC (alors que de source officielle on évalue la totalité des effectifs de la totalité des groupes armés actifs en Algérie à un millier de membres...) seraient encerclés dans la région de Tebessa par l'armée, annonce "El Khabar".
(Confluences Méditerranée No 45, printemps 2003) Dans un entretien publié dans "Confluences Méditerranée", le porte-parole du FIS issu du congrès du FIS tenu en 2002, Mourad Dhina, s'exprime en ces termes sur le GSPC :
- Quelle est votre analyse du gspc ?
" C’est toujours difficile de parler des groupes armés. Au début de leur
apparition en 1992, on savait plus ou moins qui était qui. Ils étaient à
l’époque pour la plupart issus des rangs du fis. Les choses ont évolué
depuis au point d’avoir des gens tristement célèbres comme Zitouni, qui
venait de nulle part, et qui a bénéficié d’une aura incompréhensible et
symbolisé les horreurs qu’a connues l’Algérie. Quant au gspc, il s’agit
d’un groupe qui cherche à se montrer comme une organisation
radicalement opposée au pouvoir. Ce constat s’impose compte tenu des
attaques ciblées du gspc contre les militaires et de ses prises de position
en faveur de la population de Kabylie. Ainsi de ce point de vue nous
n’avons pas de raison de douter de ce groupe. Néanmoins, dans un pays
comme l’Algérie, connu pour le poids des manipulations, nous avons
quelques réserves au sujet de ce groupe. Le gspc comprend des militaires
dans ses rangs. Dans un pays comme l’Algérie, ce fait suscite toujours
des interrogations. Les médias ont essayé de suggérer que le gspc avait
des liens avec Al-Qaïda. Je ne donne pas de crédit à une telle hypothèse
d’autant plus que le gspc a rendu public un communiqué, juste après les
attentats du 11 septembre, où il les condamnait clairement. Nous ne
connaissons pas la majeure partie des combattants du gspc mais nous
avons quelques informations sur l’un de ses dirigeants. "
- Il s’agit d’un ancien militant du fis ?
" Oui mais il était assez jeune ; il a été membre du fis à ses débuts. Ce n’est
donc pas une personne inconnue pour le fis. D’ailleurs certains membres
de sa famille étaient membres du fis et trois ou quatre de ses frères ont
été tués dans le maquis. Toutefois, certaines sphères de son organisation
suscitent des interrogations pour le fis. Certes, nous n’avons aucune
preuve de leur infiltration, mais nous sommes très prudents. "
(El Khabar 15.6) Un "repenti", ancien membre de l'Armée islamique du salut (AIS) dirigée par Madani Mezrag, a intenté à Jijel un procès contre ce dernier, en l'accusant de "manquer à sa promesse et de distribuer arbitrairement" de l'argent provenant du racket contre des citoyens (faux barrages, attaques de maisons). Mohammed Zarrari accuse l'"émir national" de l'AIS, et les émirs régionaux, d'avoir investi le produit de ce racket dans l'agriculture et le commerce, pour leur propre profit.
(Le Matin 17.6 / AP 18.6 ( El Ribat 22.6) Selon le chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Lamari, s'exprimant lors d'un entretien au quotidien égyptien "Al Ahram", il n'y aurait plus que 700 "terroristes armés" actifs en Algérie, "ne représentant aucun danger pour la République et les institutions de l'Etat", contre 27'000 en 1992 (chiffre contesté par le bulletin islamiste "El Ribat", pour qui il n'y y a pu avoir autant d'islamistes armés en Algérie avant 1994). Le général a cependant reconnu que depuis l'instauration de la "concorde civile" par le président Bouteflika, le GSPC de Hassan Hattab s'était renforcé. Selon le général Lamari, 220 hommes auraient rejoint le GSPC, dont par ailleurs 186 membres auraient été mis "hors d'état de nuire" en 2002.
S'agissant du nombre total de victimes depuis 1991, le général l'estime (dans la version donnée de son entretien par l'agence officielle APS) à 50'000 morts (civils, membres des forces de sécurité et membres des groupes armés), soit trois fois moins que le plupart des estimations indépendantes (notamment celles des ONG internationales). Dans la version donnée de son entretien par "Le Matin", le général évoque le chiffre de 150'000 morts.
(Jeune Indépendant 24.7) Un réfugié algérien au Canada, Mohamed Harkat, arrêté le 20 décembre 2002 devant son domicile à Ottawa en vertu des lois antiterroristes, risque l'expulsion vers l'Algérie. Les services canadiens de sécurité l'accusent d'être un "agent terroriste dormant", entraîné dans les camps de la Qaeda en Afghanistan et lié au groupe d'Abou Zoubeïda. Mohamed Harkat, qui nie toutes les accusations portées contre lui, est arrivé au Canada en 1995, venant de Malaisie avec un faux passeport saoudien. Il a obtenu le statut de réfugié en 1997 et a épousé une canadienne en 2001. Son avocat estime qu'il court un grave danger en Algérie.
(AP 30.7 / AFP 1.8 / AFP, AP 2.8 / Liberté, Le Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant 3.8 / Le Monde 4.8) Selon deux chaînes de télévision allemande, les ravisseurs des touristes étrangers enlevés depuis cinq mois dans le sud saharien de l'Algérie réclament une rançon, de 4,6 millions d'Euros par otage (ou 64,4 mios E au total) selon NTV, sensiblement moins selon ZDF. Il paraît désormais acquis que les quatorze otages survivants (9 Allemands, 4 Suisses, un Néerlandais), après la mort (d'insolation) d'une Allemande, ont été emmenés par leurs ravisseurs, et sont détenus dans l'Adrar, au Mali, à 200 km au sud de la frontière algérienne, et les ravisseurs seraient entrés en contact avec des représentants allemands et suisses par l'intermédiaire d'un chef touareg, après la visite à Bakamo, le 22 juillet, du Secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères, Jürgen Chrobog. Les autorités maliennes et allemandes auraient reçu une cassette vidéo datée du 20 juillet sur laquelle les ravisseurs ont filmé leurs otages transmettant de courts messages à leurs familles. Les otages y paraissent en relativement bonne santé.
Les pourparlers (officiels ou, plus nombreux encore, officieux et parasitaires, parfois menés par de véritables "chasseurs de primes", les ravisseurs ayant fait connaître leur agacement devant la multiplication des tentatives de "médiation" ) semblent donc tourner autour d'une demande de rançon, ce qui ajoute de nouveaux doutes sur la crédibilité de la thèse de l'enlèvement par un groupe armé islamiste, cependant toujours affirmée par les autorités algériennes, qui annoncent avoir découvert une "puissante organisation armée" ayant des ramifications au Niger et au Mali, liée ou affiliée au GSPC de Hassan Hattab, et mise en place par "Aberrazak le Para". Aucune revendication écrite (ni orale) de l'enlèvement par le GSPC n'a à ce jour été rendue publique. L'hypothèse la plus vraisemblable reste l'enlèvement des touristes par le groupe de Mokhtar Belmokhtar, c'est-à-dire un groupe de contrebandiers et de bandits, dont les autorités algériennes affirment qu'il est affilié au GSPC, mais dont nombre d'observateurs des groupes armés algériens doutent de la qualité d'islamiste. De même, les autorités algériennes affirment l'affiliation du GSPC à la Qaeda, mais cette affiliation pourrait bien se limiter à quelques contacts entre individus, sans coordination stratégique.
Selon "Liberté", les autorités allemandes et suisses seraient prêtes à payer une rançon, mais selon l'AFP, les autorités allemandes seraient "très réservées" sur le principe du paiement d'une rançon. L'un des otages autrichiens libérés le 13 mai lors d'une intervention de l'armée algérienne a confirmé au "Monde" que la question de l'argent était centrale dans les conversations entre les otages et leurs ravisseurs.
Selon "El Watan", l'affaire est désormais "entre les mains des gouvernements malien, suisse, allemand et suisse", qui disposeraient d'un intermédiaire avec les ravisseurs, en la personne du chef d'une tribu touareg locale (selon "Le Quotidien d'Oran", il s'agirait de l'ancien chef des Azawads, Iyad ag Agaly, qui fut l'un des chefs de la rebellion touareg au Mali). Le 31 juillet, le président malien Amadou Toumani Touré s'est dit prêt à collaborer avec les ravisseurs et les Etats dont les otages sont ressortissants. Ces Etats n'ont cessé de faire pression sur les autorités algériennes pour que celles-ci abandonnent l'option d'un assaut, afin de préserver la vie des otages.
(AFP 5.8 / AP, AFP 6.8) Les ravisseurs des 14 touristes européens enlevés en février et mars 2003 dans le sud saharien, et désormais détenus au Mali, refusent de libérer leurs orages malades et âgés, comme le leur demandent les médiateurs maliens, selon "El Watan", qui annonce que six des quatorze otages survivants seraient malades. Une otage allemande serait morte fin juillet. Selon "El Watan", les touristes seraient détenus dans les anciennes mines de sel de Taouddini, au nord-ouest du Mali, dans la région de Tombouctou, dans une sorte de "no man's land" où aucun négociateur n'aurait encore pu accéder. Précédemment, les otages et leurs ravisseurs étaient situés plus à l'est, dans la région de Kidal.
Les ravisseurs ont exigé que les négociations se fassent par l'entremise d'un seul médiateur, agréé par les autorités maliennes et allemandes. Selon une source malienne, le médiateur serait Iyad Ag Agaly, ancien chef du Mouvement populaire de l'Azaouad (MPA, la rebelltion touareg au Mali) en 1990, et l'un des négociateurs de la paix. Selon "El Watan", les autorités maliennes et allemandes soupçonneraient cependant ce chef touareg d'être partial, c'est-à-dire trop favorable aux ravisseurs, et l'option d'une offensive armée, malgré tous les risques qu'elle implique pour les otages, serait loin d'être écartée, les forces de sécurité algériennes ayant, toujours selon "El Watan", déployé des troupes d'élite à la fvrontière malienne, près des anciennes mines de sel de Taouddini.
La presse algérienne (notamment "El Watan") affirme que le groupe de ravisseurs serait dirigé par un lieutenant du chef du GSPC, Hassan Hattab, en l'ocurrence "Abderezzak le Para", de son vrai nom Abderrazak Lamari, un ancien militaire passé aux GIA puis, avec Hassan Hattab, au GSPC. Abderrazak, dont le fief se situait dans la région de Tebessa (dans l'est algérien), serait donc venu prêter main forte à Mokhtar Belmokhtar, chef d'un groupe armé du sud algérien, considéré comme "islamiste" par les autorités algériennes, mais plutôt comme un contrebandier et bandit de grand chemin par la plupart des observateurs de la "scène sécuritaire" algérienne. L'annonce de la présence d'Aberrazak aurait en tous cas l'avantage (pour les autorités algériennes) de conforter l'hypothèse, contestée, de la responsabilité des groupes islamistes armés, et en particulier du GSPC, dans l'enlèvement des touristes européens. Selon "El Watan", les ravisseurs exigeraient non seulement une rançon (de cinq millions d'Euros pour chaque otage), mais également des "conditions impossibles à réaliser" (mais le quotidien ne précise pas de quoi il s'agit).
(AFP 7.8 / AFP 8.8 / L'Expression, Liberté , ATS, Le Quotidien d'Oran10.,8) Le Mali et l'Allemagne ont "réaffirmé" le 7 août leur soutien "indéfectible" à la médiation pour faire libérer les 14 touristes européens )9 Allemands, 4 Suisses, un Néerlandais) enlevés dans le Sahara algérien et détenus désormais par leurs ravisseurs au Mali, dans la région de Kidal selon la plupart des sources (mais "El Watan" les avait localisé dans la région de Tombouctou). Le quotidien "El Watan", repris ensuite par d'autres quotidiens algériens (dont "L'Expression) avait annoncé le 7 août qu'un assaut militaire au refuge des ravisseurs (et de leurs otages) était imminent, et qu'un ultimatum avait été adressé aux ravisseurs, les enjoignant de libérer les touristes malades et âgés. Cette information a été "vigoureusement" démentie par les autorités maliennes. "El Watan" appuyait son information sur des déclarations du commissaire de police de Kidal. L'opération militaire était supposée être conduite en coordination avec les services de sécurité concernés, "notamment allemands et algériens", et les Algériens auraient dépêché des troupes à la frontière. La médiation est effectuée par le chef touareg malien Iyad Ag Ghali, en coordination avec les autorités maliennes et des envoyés allemands et suisses. Selon "Le Quotidien d'Oran", un otage allemand, lui-même otage, Christian Grüne, servirait d'intermédiaire (et notamment de traducteur) entre les autorités allemandes et les ravisseurs.
Selon "L'Expression", la prise de touristes en otages aurait été décidée par l'un des chefs du GSPC,"Abderrezak le Para", sans autorisation du chef national du GSPC, Hassan Hattab. D'autres sources attribuent l'enlèvement au groupe de Mokhtar Belmokhtar, dont les liens avec le GSPC restent assez flous. Dans cette hypothèse, Abderrazak se serait "greffé" sur l'opération pour tenter d'en tirer un maximum de profit. Selon des sources "proches du dossier", citées par l'AFP, Abderrazak poserait des exigences excessives pour la libération des otages, ce qui compromettrait celle-ci.
Selon la presse malienne, le Mali serait disposé à payer une rançon pour la libération des otages, cette rançon lui étant ensuite remboursée, sous une forme ou une autre, par l'Allemagne (et vraisemblablement aussi la Suisse, dont quatre ressortissants figurent au nombre des otages).
Quatre des otages seraient "gravement malades", a annoncé le 8 août à Bamako une source "proche des négociations", citée par l'AFP. Selon cette source, "l'objectif immédiat du trio médiateur-autorités maliennes et allemandes" est d'obtenir la libération d'abord de ces otages malades.
Les services spéciaux allemands auraient, selon l'hebdomadaire allemand "der Spiegel", obtenu l'autorisation officielle malienne d'opérer au Mali, alors que l'Algérie "sécurisait" sa frontière pour empêcher les ravisseurs de revenir sur son territoire. En outre, l'hebdomadaire allemand annonce que plusieurs (trois ou quatre) douaniers algériens ont été tués par les ravisseurs des touristes, lors de leur passage d'Algérie vers le Mali, en juillet, information démentie par les autorités algériennes.
Une dizaine d'agents des services spéciaux allemands, et deux agents de leurs homologues suisses, étaient attendus (ou déjà présents) à Bamako le 10 août. Les responsables maliens ont exprimé leur espoir que ces agents étrangers ne viennent pas "mener une médiation parallèle", qui serait préjudiciable à celle d'Iyad Ag Ghali
(Liberté, AFP 13.8 / Le Quotidien d'Oran 14.8) Six des touristes enlevés en Algérie en février et mars, et désormais détenus au Mali, dont une Suissesse de 19 ans, atteinte de malaria ou de diabète, seraient gravement malades, selon des sources "autorisées" évoquées par l'hebdomadaire suisse "L'Illustré". Les ravisseurs des 14 touristes survivants encore détenus au Mali, soit dans la région de Kidal, soit dans celle de Taoudenit, soit dans celle de Tombouctou, ont accepté que des vivres et des médicaments soient remis à leurs otages, et les pourparlers en vue de la libération de ceux-ci continuent, par l'intermédiaire du chef touareg malien Iyad Ag Ghali, mais également, selon "Le Quotidien d'Oran", de l'ancien chef des services spéciaux maliens, le colonel Amadou Baba Touré, et d'une commission de médiation comprenant des Touaregs et des membres des services spéciaux maliens. Selon des sources "proches des négociations", le chef actuel présumé des ravisseurs, Abderrezak "le Para", du GSPC, dont on ne sait par ailleurs toujours pas s'il est réellement l'auteur des enlèvements ou s'il a "récupéré" (ou "ré-enlevé") des touristes déjéà enlevés par un autre groupe armé (celui de Mokhtar Belmokhtar), plus crapuleux qu'islamiste celui-là, aurait demandé à "consulter d'urgence" sa "base" en Algérie.
(AFP, AP, Reuters 17.8 / Liberté, AFP, AP 18.8, corr.) Des informations totalement contradictoires ont été données les 16 et 17 et 18 août sur une possible libération imminente, voire déjà opérée, des derniers touristes européens prisonniers d'un groupe armé, enlevés en Algérie et détenus au Mali, libération finalement opérée le 18, Une source malienne "autorisée, proche des négociations en cours", avait déclaré le 16 qu'il était "très possible que les otages soient libérés lundi" 18... à moins qu'il faille attendre encore "quatre semaines, parce que tout dépend des ravisseurs". La vice-présidente du Parlement malien, Djeneba Cissé, s'est dite le 17 août persuadée que les 14 otages (neuf Allemands, quiatre Suisses et un Néerlandais) seraient prochainement libérés. Le 17 août, des informations émanant de la chaîne de télévision publique allemande ZDF, démenties ensuite par une autre chaîne allemande, l'ARD, laissaient entendre que cette libération était chose faite, contre rançon payée par le gouvernement malien, et qu'on n'atendait plus que les otages libérés à Bamako, où le Secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères Jürgen Chrobog était arrivé le 17 dans un avion médicalisé, en déclarant avoir "bon espoir que les otages soient libérés". Le même jour, le chef de la cellule de crise du ministère suisse des Affaires étrangères, Peter Sutter, arrivait également à Bamako. Du côté malien, un avion militaire s'était rendu à Tessalit, dans le région de Kidal, que certaines sources désignaient comme le lieu de détention des touristes. Des autorités de la ville malienne de Gao ont annoncé le 17 la libération des 14 derniers otages, sans que ni l'Allemagne, ni la Suisse ne confiorment cette libération. Le 18, alors que des media algériens, suisses, allemands et internationaux annonçaient soit l'imminence, soit la réalité de la libération des otages, son attente se poursuivait. La situation est "extrêmement difficile à maîtriser", reconnaissait dans l'après-midi le ministre allemand des Affaires étrangères, après que la ZDF, puis des responsables maliens, eurent annoncé que les otages avaient été effectivement libérés, mais que l'ARD ait annoncé que cette libération était retardée en raison de "problèmes techniques". Un avion allemand envoyé à Gao pour emmener les otages à Bamako était reparti sans eux de Gao. En fin de soirée le 18 août, les otages ont finalement été libérés et remis aux autorités maliennes, qui se sont refusées à entrer dans la détail des négociations ayant abouti à la "restitution" des otages, dont l'arrivée à Bamako était attendue le 19 août.
Sur l'état de santé des otages, les informations restent également contradictoires : selon certaines sources, six des otages seraient gravement malade, dont une Suissesse plus gravement atteinte (de malaria ou de diabète), mais la ZDF a annoncé le 18 que les otages étaient tous en "relative bonne santé", mais affaiblis.
Une équipe d'une dizaine de personnes, dont des représentants allemands, néerlandais et suisses, a été mise sur pied à Bamako, mais les négociations sont prises en charge par le Mali, qui a désigné le chef touareg Iyad Ag Ghali comme médiateur avec les ravisseurs. Selon la ZDF, le Secrétaire d'Etat allemand a participé directement aux négociations et a eu des contacts par téléphone satellitaire avec les ravisseurs, en usant d'un otage comme traducteur.
Sur l'identité des ravisseurs, toutes les informations semblent converger vers la détention des otages par le groupe du GSPC d'Abderrazal Le Para, qui aurait soit succédé, soit prêté main main forte aux ravisseurs initiaux, le groupe de Mokhtar Benmokhtar, certains observateurs interprétant cette intervention d'Abderrazak comme un conflit interne au GSPC, entre précisément Abderrazak (et, éventuellement, Benmokhtar) et Hassan Hattab.
(AFP 18.8 / ATS, AFP, DPA, Reuters, Le Courrier, Le Quotidien d'Oran 19.8 / AP, La Tribune de Genève, Le Monde, El Watan 20.8 / Liberté, Tribune de Genève, Le Courrier 21.8 / Corr.) Les derniers14 touristes européens (neuf Allemands, quatre Suisses, un Néerlandais) enlevés en février dans la Sahara algérien, et libérés le 18 août par leurs ravisseurs dans le nord du Mali, sont arrivés à Cologne le 20 août à bord d'un avion militaire allemand. Tous étaient apparemment en bonne santé. Les quatre otages suisses ont ensuite été transférés à Zurich. Selon l'ambassadeur suisse Peter Sutter, "ils ont été bien traités par leurs ravisseurs". Un otage allemand a également assuré que lui et ses camarades avaient été bien nourrir et bien traités par leurs ravisseurs. Une otage est cependant décédée d'une insolation fin juin, alors que les prisonniers et leurs gardiens faisaient route d'Algérie vers le Mali, après que l'armée algérienne ait libéré un premier groupe d'otages en mai. Les otages avaient rallié Gao par la reoute, puis Bamako par avion. Officiellement, leur libération, attendue le 16 ou le 17, a été retardée en raison de l'état des pistes, rendues difficilement praticables par les intempéries. Selon le président malien Amadou Toumani Touré, les prisonniers étaient détenusdans la région de Kidal, au nord-est du Mali, à 300 km au nord de Tessalit, localité elle-même située à 1720 km de Bamako
Les conditions de la libération des touristes restent très obscures. Le ministre algérien de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a démenti que l'Algérie ait volontairement laissé s'enfuir les ravisseurs au Mali. Le versement d'une rançon apparait probable à tous les observateurs, mais a été démentie, quoique de manière ambigue, par les autorités suisses et allemandes. Le Secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères, Jürgen Chrobog, qui a conduit les négociations avec les ravisseurs en compagnie du chef touareg malien Iyad Ag Ghali, a assuré que l'Allemagne n'avait pas "cédé au chantage", la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a déclaré que le versement d'une rançon était "une hypothèse que je ne peux pas accepter", avant d'ajouter : "nous ne donnerons aucun renseignement". L'ambassadeur suisse Peter Sutrer s'est contenté de déclarer : "je ne peux pas et ne veux pas savoir comment les intermédiaires du gouvernement malien ont opéré. En tout cas, ils ont réalisé un petit miracle" pusqu'ils ont été libérés au Mali après un mois, alors qu'ils avaient été détenus en Algérie plus de quatre mois, mais des rumeurs persistantes, relayées par les media allemands, font état d'une rançon de plusieurs millions d'Euros (4,8 selon la chaîne de télévision allemande ARD), qui aurait été versée par le Mali, mais que l'Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas se seraient engagés à rembourser par le biais d'une aide accrue au développement (la coopération suisse au développement, notamment, étant très active au Mali). Au surplus, le rôle de la Libye reste flou : l'un des fils du colonel Kadhafi avait officiellement proposé ses services pour la libération des otages et le 18 août, le porte-parole de la Fondation Kadhafi à Berlin a affirmé que les otages étaient libres depuis la veille grâce, notamment, à l'entremise de la fondation, qui aurait facilité les contacts entre les ravisseurs et les services spéciaux allemands. Le fils de Kadhafi, Saïd Al Islam, responsable de la Fondation, a affirmé le 19 qu'aucune rançon n'avait été versée mais que les Libyens avaient favorisé les contacts politiques. Ils auraient également pu, sinon verser la rançon eux-mêmes, du moins en organiser la remise. On note en outre qu'à la mi-mai, le président Bouteflika s'était rendu en visite à Tripoli, pour rencontrer le colonel Kadhafi, et on supèpose qu'à cette occasion les deux hommes auraient pu se mettre d'accord sur une médiation libyenne, une négociation directe des autorités algériennes avec un groupe armé algérien étant a priori refusée, du moins officiellement, par les premières.
L'identité des preneurs d'otages reste également sujette à controverses. Selon les autorités et la presse algériennes, mais également les milieux gouvernementaux allemands, s'exprimant officieusement, il s'agirait de membres du GSPC de Hassan Hattab, dirigés par l'un de ses lieutenants (voire, selon certaines sources, rival), Abderrazak "Le Para". Selon certaines sources, Abderrazak était, pendant les négociations, en contact téléphonique satellitaire avec Hassah Hattab. La prise d'otage pourrait cependant (c'est l'avis exprimé par le négociateur touareg malien Iyag Ag Ghali) être le fait du groupe armé de Mokhtar Benmokhtar, dont on ne sait précisément s'il relève du grand banditisme ou de l'islamisme armé. Les deux hypothèses (Benmokhtar ou Abderrazak) ne sont d'ailleurs pas contradictoires, puisque selon certaines sources, les touristes auraient bien été enlevés par Mokhtar Benmokhtar, mais récupérés ensuite par Abderrazak, avec ou sans l'assentiment des premiers ravisseurs, dont on suppose d'ailleurs qu'ils sont en relations avec le GSPC. Les zones d'activités du groupe de Mokhtar Benmokhtar (le sud saharien) et du GSPC (le centre et l'est de l'Algérie, essentiellement d'Alger à la Kabylie) ) ne sont cependant pas les mêmes, du moins au départ. Pour "Liberté", Mokhtar Benmokhtar ne serait même plus actif et se serait retiré au Burkina Faso. Le quotidien algérois se demande si Abderrazak ne lui a pas succédé sur le territoire du sud saharien que Benmokhtar contrôlait.
Enfin, le sort des ravisseurs, quels qu'ils soient, fait lui aussi l'objet de controverses. Le Chancelier allemand Gerhard Schröder a appelé le 19 août à ne "pas (les) laisser impunis" et a assuré que l'Allemagne collaborerait avec l'Algérie et le Mali en vue de les arrêter. La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a également déclaré que "les ravisseurs ne doivent pas rester impunis". Le ministère public de la Confédération a ouvert une enquête, en avril déjà. Selon plusieurs observateurs, il est possible que le marché conclu avec les ravisseurs des touristes comprenne un délai suffisant pour qu'ils prennent la fuite. Un médiateeur malien a de son côté expliqué que les ravisseurs ont libéré leurs otages sous la menace d'un conflit armé avec les populations locales de Tessalit, dans la région de Kidal, où les touristes auraient été détenus. Les habitants de la région étaient, selon "Le Quotidien d'Oran", particulièrement incommodée par la présence des ravisseurs et de leurs prisonniers, qui perturbait le commerce informel avec les villes algériennes les plus proches /Tamanrasset, Bordj Badji Mokhtar), et risquait de provoquer une fermeture de la frontière par les forces de sécurité algériennes. Les autorités maliennes ont en tous cas fait savoir qu'elles se "battraient pas pour neutraliser les ravisseurs" tant que ceux-ci "n'entreprennent rien d'hostile vis-à-vis de la population locale". Le Mali a cependant garanti qu'il n'accorderait pas l'asile aux ravisseurs. Le versement d'une rançon et l'impunité accordés aux ravisseurs représentent en tout cas ce que semblent craindre les autorités algériennes, qui avaient massé des troupes à la frontière malienne, alors que plusieurs groupes armés, islamistes ou non, seraient arrivés dans la région pour aider les preneurs d'otages à prendre la fuite. Les autorités algériennes avaient fait savoir qu'elles désapprouvaient tout versement d'une rançon, mais ont du renoncer, sous la pression allemande, à lancer un assaut armé contre les preneurs d'otages. Le président Bouteflika a, dans un message au Premier ministre néerlandais Balkende, exprimé sa volonté de continuer à combattre le terrorisme "sous toutes ses formes", dans le cadre d'une étroite coopération internationale.
Le versement d'une rançon représenterait en effet un précédent dangereux, notamment pour le tourisme saharien, qui était en passe de "redémarrer", dans la mesure où cela pourrait inciter des groupes armés, de quelque nature qu'ils soient, à suivre la voie des ravisseurs du printemps 2003, et donc à faire planer une menace constante sur les voyageurs étrangers, si leurs ravisseurs potentiels estimaient possible de tirer un profit matériel important de leur capture. Le chancelier allemand Gerhard Schröder et le président de la Confédération suisse Pascal Couchepin ont d'ailleurs incité leurs compatriotes à faire preuve de prudence dans le choix de leurs lieux de vacances et de voyages. Le Département fédéral (ministère) suisse des Affaires étrangères a classé le Sahara algérien comme une région dangereuse, déconseillée aux touristes.
Le président suisse a remercié les autorités allemandes, maliennes et algériennes, et personnellement le Chancelier Schröder et les présidents Bouteflika et Touré pour leur rôle dans la libération des touristes, libération dont le président français Jacques Chirac s'est réjoui dans des messages adressés à Gerhard Schröder, Pascal Couchepin et le Premier ministre néarlandais Jan Peter Balkenende.
(AFP 21.8 / AFP, Reuters 22.8 / AP, AFP 23.8 / AP, El Ribat 24.8 / Le Temps 25.8 / Le Temps 26.8) "Abderrazak le Para", de son vrai nom Amari Saïfi, lieutenant de Hassan Hattab à la tête du GSPC, aurait revendiqué dans un communiqué au quotidien "El Khabae" (qui en publie le fac simile le 23 août) l'enlèvement des touristes européens. Le communiqué, signé de "l'émir de la zone 5, Abou Haïdara Abderrazak Amari El-aurassi", et adressé "à tous les moyens d'information", affirme que les touristes ont été enlevés le 23 février à Illizi, et affirme "l'échec de l'armée algérienne à éliminer le groupe de moudjahidines " responsable de l'enlèvement "malgré les gros moyens dont elles disposent", ce qui explique, toujours selon le communiqué, pourquoi les autorités algériennes ont laissé passer en territoire malien les membres du groupe, en affirmant le faire pour ne pas mettre en danger la vie des touristes. Les 17 touristes libérés en mai, officiellement à la suite d'une intervention de l'armée algérienne, ont été libérés "par les moudjahidines", affirme le communiqué.
Selon le communiqué, qui ne fait aucune allusion à une éventuelle rançon, ni à une médiation libyenne, les quatorze touristes encore détenus par le groupe armé ont été libérés "sains et saufs, et cela en réponse à une demande exprimée par un groupe de notables du nord malien" et grâce à leurs bons offices
Ce communiqué providentiel confirmerait la thèse officielle algérienne de l'enlèvement des touristes par un groupe armé islamiste du GSPC, mais "El Khabar" note le "silence de Hassan Hattab" (le chef national du GSPC) et estime que "l'enlèvement des touristes est une évolution qualitative dans la stratégie d'Al Qaïda au Maghreb et en Afrique sub-saharienne", le GSPC, en tous cas (le groupe est accusé d'être lié à la Qaeda) ne s'étant jamais illustré par ce type de pratiques, contrairement au groupe de Mokhtar Benmokhtar, plus actif dans le banditisme que dans l'islamisme, ni d'ailleurs par des revendicatikons écrites de ses actes, Selon "El Khabar", les ravisseurs des touristes étaient au nombre de 35, appartenant à la zone 6 (sud) du GSPC, ce qui les rattacherait donc plutôt au groupe de Mokhtar Benmokhtar qu'à celui d'Abderrazak. Les deux groupes auraient cependant pu soit se répartir les rôles (Abderrazak aurait conçu l'opération et Mokhtar l'exsécuter), soit se révéler concurrents sur le terrain (Abderrazak ayant, dans cette hypothèse, fait main basse sur les prisonniers de Mokhtar). En outre, le groupe responsable de l'enlèvement aurait agi sans avoir reçu l'aval du chef du GSPC, Hassan Hattab. Le communiqué publié par "El Khabar" (mais dont l'authenticité n'a pu être vérifiée) ne dissipe donc pas totalement les doutes sur les auteurs réels de l'enlèvement, et moins encore sur les conditions de la libération des derniers otages.
Selon l'hebdomadaire allemand "Spiegel", une rançon de cinq millions d'Euros a été payée par l'Allemagne pour la libération des touristes. La stratégie allemande, décidée depuis des mois, aurait consisté à obtenir d'abord la libération des otages, puis à pourchasser les ravisseurs et à les traduire devant la justice. L'argent, provenant de la banque fédérale (Bundesbank), aurait été ammené directement au Mali par le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Jürgen Chrobog, et remis ensuite aux ravisseurs par l'intermédiaire du gouvernement malien (qui nie) et des médiateurs touaregs (qui nient également). "der Spiegel" affirme que les autorités algériennes ont gêné les négociations pour la libération des otages en faisant de la rétention d'information, notamment sur les exigences des ravisseurs, qui dès le début auraient exigé de l'argent et rien d'autre. Des "sources diplomatiques" évoquées par l'AFP ont affirmé le 21 août que la rançon de 5 millions d'Euros a été versée par la Libye, "à sa propre initiative", et qu'elle n'a transité ni entre des mains maliennes, ni entre des mains allemandes. Le président malien Amadou Toumani Touré avant remercié la Libye (ainsi que l'Algérie) au moment de la libération des otages, mais n'avait pas précisé pourquoi. Les médiateurs touaregs maliens avaient quant à eux nié tout versement d'une rançon, du moins par le Mali (le médiateur malien Amadou Baba Touré a admis la fourniture de médicaments et de nourriture, afin de créer un climat de confiance pour expliquer ensuite aux ravisseurs "qu'ils avaient le choix entre continuer à fuir ou saisir avec notre aide la possibilité d'une issue pacifique") et des otages libérés ont fait savoir qu'ils ne savaient rien d'une éventuelle rançon. L'un d'entre eux, le Suisse Reto Walther, assure cependant qu'une lettre a été adressée par les ravisseurs, et signée parf les otages, à lo'Ambassadeur d'Allemagne à Alger, réclamant une rançon de 45 millions d'Euros. Une autre lettre aurait été adressée au gouvernement libyen. L'un d'eux, l'Allemand Rainer Bracht, a cependant déclaré que leurs vaisseurs voulaient "depuis le début obtenir une rançon pour acheter des armes". Le ministre suisse de la Défense, le Conseiller fédéral Samuel Schmid, a démenti tout paiement d'une rançon par la Suisse. Le 23 août, de sources "proches de la médiation" malienne, l'AFP annonce avoir appris que l'Allemagne a versé une rançon comprise entre 4,2 et 15,2 millions d'Euros, rançon versée par "une personnalité allemande" aux ravisseurs.
L'Allemagne a, selon l'hebdomadaire "Bild", l'intention de lancer des mandats d'arrêts internationaux contre les ravisseurs des touristes, en particulier contre Abderrazak. Selon "Bild", la "chasse aux ravisseurs" devrait se faire sous la houlette des forces algériennes, avec la participation de la France, de l'Allemagne, du Mali et des Etats-Unis (dont la participation a cependant été mise en doute par des experts algériens).
Le bulletin islamiste "El Ribat" trouve "significatif" qu'un "groupe mafio-terroriste" ait réussi à "enlever et détenir dans le Sahara algérien un groupe de touristes occidentaux pendant plus de cinq mois sous le regard des forces de l'ordre et de l'armée algérienne qui se sont contentées d'observer la situation comme si l'action se déroulait dans l'hémisphère sud", puis ont laissé le groupe "parcourir des milliers de kilomètres et traverser le plus simplement du monde la frontière algéro-malienne avec armes, bagages et otages". Pour "El Ribat", le paiement d'une rançon par les pays européens dont les otages étaient ressortissants est probable.
Plusieurs otages ont brièvement témoigné de leurs conditions de détention. L'une d'entre elle, la Suissesse Silja Stäheli, a déclaré avoir "de la compréhention" anvers ses ravisseurs, malgré sa "colère". La jeune femme déclare dans un entretien accordé à l'hebdomadaire zurichois "SonntagsBlick" avoir discuté avec ses ravisseurs, en français, sur les raisons de leur enlèvement : "ils nous ont dit que n'était pas dirigé contre nous personnellement", mais qu'il s'agissait d'un "moyen de pression envers l'Etat algérien". La prisonnière assure sur ses ravisseurs ont toujours traité leurs otages "avec correction et respect". Un autre otage suisse, Reto Walther, est moins compréhensif et parle de ses sentiments de colère quand certains des ravisseurs tentaient de convertir leurs prisonniers à l'islam.
(Jeune Indépendant 7.8) Une douzaine de katibates (groupes armés) du GSPC sont actives en Kabylie, selon "Le Jeune Indépendant", pour qui le nombre total des membres actifs de ces groupes ne serait que d'une centaine (moins de dix éléments par groupe).
(AP 19.8) Un homme de 55 ans a tenté le 19 août de détourner sur Genève un avion d'Air Algérie assurant la liaison entre Alger et Lille (France), via Oran. La tentative a pris fin, sans incident, à Oran, où le pirate avait accepté que l'avion se pose pour faire le plein et permettre à une partie des passagers de descendre. Selon l'agence officielle algérienne APS, l'homme, qui "ne disposait pas de toutes ses facultés mentales", s'est rendu sans résistance aux forces de sécurité. Il s'est avéré qu'il ne disposait d'aucune arme. Selon un témoin cité par AP, il s'agirait d'un sinistré du séisme du 21 mai, lors duquel il aurait tout perdu.
(Liberté 31.8) Le chef de la garde communale d'Arbatache (w. Boumerdès) s'est suicidé le 29 août, par balle.
(El Watan 14.9) Le corps de la touriste allemande Michaela Spitzer, qui faisait partie de l'un des grouzpes de touristes enlevés au printemps par un groupe armé dans la sud saharien, a été exhumé début septembre "non loin de la route d'Ameguid", annonce "El Watan", qui s'appuie sur une "source sécuritaire". Selon la même source, le corps a été transféré à l'hôpital militaire d'Aïn Nadja et autopsié, afin de savoir si Michaela Spitzer est bien morte d'une insolation, comme l'ont affirmé ses ravisseurs. Selon "El Watan", l'autopsie aurait révélé, outre des traumatismes dus à l'insolation, "des traces de blessures balistiques très mal soignées". Le corps a été rapatrié en Allemagne après l'autopsie.
(Le Quotidien d'Oran 11.9) L'ancien chef de milice de Relizane, et ancien maire, Hadj Fergane, accusé d'être responsable de plusieurs "disparitions" et exécutions sommaires, a créé le 9 septembre, à Relizane, une association de défense des droits de l'Homme (l'Association nationale pour la citoyenneté et les droits de l'Homme), à la présidence de laquelle il s'est fait élire lors d'une Assemblée générale où le "Quotidien d'Oran" a noté la présence de nombreux miliciens locaux (GLD et GAD).
(AP 16.9) Quatre après la promulgation part le président Bouteflika de la loi sur la "Concorde civile", la presse privée algérienne, dont la plupart des titres les plus importants sont engagés depuis des mois dans une féroce campagne contre le président, tire un bilan négatif de cette initiative, notamment au plan sécuritaire. Selon "Liberté", près de 6000 islamistes armés (ou membres non armés des réseaux de soutien aux groupes armés) auraient béhéficié des mesures de "grâce amnistiante" et d'abandon de poursuites décidées dans le cadre de la "concorde civile", mais le même quotidien observe que les comités de probation prévus par la loi n'ont pas joué leur rôle, que les "terroristes libérés n'ont jamais ou ont rarement pointé au commissariat de leur quartier" et qu'aucun procès impliquant un "terroriste" auteur de crime de sang, de viol ou d'attentat dans un lieu public n'a eu lieu, alors que la loi de "concorde civile" prévoyait de tels procès. "Liberté" estime que la "concorde civile" a permis aux islamistes de reprendre politiquement le dessus sans éradiquer la violence armée (la diminution de celle-ci, constatable depuis des mois, ne s'observerait réellement que dans les villes), et en permettant aux groupes armés encore actifs de se réorganiser.
Dans son dernier rapport sur l'Algérie, Amnesty International dresse également un bilan négatif de la "concorde civile", et estime que l'amnistie accordée à des milliers de membres des groupes armés et "l'application extrajudiciaire de mesures de clémence par la suite ont empêché de connaître la vérité sur les atteintes graves aux droits humains et ont garanti l'impunité aux responsables" de ces crimes.".
(AP 18.9) Les groupes islamistes armés ne sont plus en mesure d'inquiéter sérieusement les institutions algériennes, a affirmé le 17 septembre, en marge des travaux du séminaire régional africain d'Alger sur le terrorisme et le crime organisé, le directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi. Selon lui, "le moral des éléments des groupes terroristes qui ne se sont pas encore rendus est au plus bas, et ils manquent sérieusement de moyens". Ali Tounsi n'a pas donné de chiffres sur le nombre des membres des groupes armés encore en activité (en juin, le chef d'état-major de l'armée, le général Lamari, avait estimé ce nombre à environ 700 éléments, dont 220 "repentis" ayant rejoint les rangs du GSPC de Hassan Hattab.
(El Watan 29.9) Un membre de la milice locale de Ben Badis (w. Sidi Bel Abbès) s'est suicidé d'une balle dans la tête dans la nuit du 27 au 28 septembre.
(El Watan, L'Expression, El Khabar 12.10) La presse algérienne est revenue sur l'information, s'appuyant sur un communiqué émanant du GSPC, l'"émir national" de celui-ci, Hassan Hattab, aurait démissionné ou aurait été limogé, et aurait été remplacé par plus "radical" que lui. La presse s'était déjà fait l'écho d'informations ou de rumeurs selon lesquelles le GSPC était traversé d'une contradiction entre Hassan Hattab, susceptible de négocier avec les autorités, et plusieurs "émirs" régionaux du groupe, notamment les anciens militaires Okacha et Abderrazak. Un communiqué du 18 juillet, portant l'en-tête du GSPC mais non signé, avait fait état de la "démission" de Hattab et de la nomination "provisoire" de Nabil Sahraoui à sa place. Un autre communiqué, signé de 17 responsables locaux (mais non de Hattab) aurait plus récemment (le 16 août selon "El Khabar") confirmé l'information. Certaines rumeurs font même état de l'exécution de Hattab. Ce n'est toutefois pas la première fois que la presse algérienne annonce la "destitution" de Hassan Hattab, l'information ayant déjà été donnée en 1999 -il était alors question de son remplacement par Abdelmadjid Dichou, alias "Abou Mosaâb".
(Liberté, Le Quotidien d'Oran, El Khabar 23.10) Dans un communiqué daté du 11 septembre et signé de Nabil Sahraoui, dont l'AFP a reçu copie, le GSPC (ou du moins ses chefs proclamés, qui ont annoncé l'éàviction de l'"émir national" du GSPC, Hassan Hattab, et son remplacement par Nabil Sahraoui -ce qui a par ailleurs été démenti de source militaire algérienne), affirmerait "son allégeance à tout musulman et combattant à la gloire de Dieu en Palestine et en Afghanistan sous la direction du mollah Omar et de l'organisation Al-Qaïda du cheikh Oussama Ben Laden". Le communiqué appelle à la lutte contre les Américains, qualifiée de "parti du diable" portant "l'étendard des croisades contre l'islam et les musulmans".
Si ce communiqué, providentiel pour tous ceux qui, en Algérie, rêvent d'impliquer les Etats-Unis dans la lutte "antiterroriste", est authentique, et si réellement le GSPC est désormais dirigé par Sahraoui, ce qui n'a pas encore été confirmé de sources fiables, ce serait la première fois que le groupe armé algérien exprimerait publiquement son allégeance à la Qaeda. Le GSPC de Hassan Hattab avait même, en septembre 2001, estimé que les attentats commis à New-York et Washington ne pouvaient, d'un point de vue islamiste, être considérés comme des actes légitimes. "Le Quotidien d'Oran" relève que "ce communiqué risque de bouleverser la donne sur le terrain sécuritaire en Algérie", puisque, ne faisant aucune allusion à l'Algérie, le texte inscrit l'action du GSPC dans le contexte international".
(L'Expression 25.10) Selon "L'Expression", la tentative d'une partie des "émirs" locaux du GSPC de placer Nabil Sahraoui à la tête de l'organisation, à la place de Hassan Hattab, aurait échou. La presse algérienne avait, sur la seule base d'un communiqué dont l'authenticité n'a jamais été confirmée, annoncé le remplacement de Hattab par Sahraoui, et l'alignement du GSPC sur la Qaeda d'Oussama Ben Laden. Selon "l?Expression", la défection de l'un des principaux soutien de Sahraoui, "Abderrazak Le Para", "coincé au Mali" après l'enlèvement de touristes européens dans le sud saharien au printemps 2003, aurait fait échouer le "putsch" interne au GSPC, qui, "malgré quelques défections", resterait donc "le seul chef" du principal groupe armé algérien, dont il contrôlerait toujours les deux principales instances, la direction politique (el-haïâ ech-chariya) et la direction militaire (el-haïâ el-askariya).
(AFP 17.10) Les ravisseurs des touristes européens libérés en août après une médiation malienne sont toujours au Mali, a déclaré le 17 octobre l'Ambassadeur d'Algérie au Mali.
(ATS 21.10) Les neuf otages allemands détenus pendant cinq mois dans le Sahara, en compagnie de quatre otages suisses et d'un Néarlandais, par un groupe armé algérien, ont été priés par les autorités allemandes de rembourser une partie des frais de leur libération, soit entre 1092 et 2301 euros (environ 1700 à 3500 FS). Les opérations de libération, et la rançon qui aurait été versée aux ravisseurs, se monteraient au total à près de 20 millions d'euros, à charge de l'Allemagne -qui a toujours nié avoir versé une rançon.
(Le Quotidien d'Oran 30.10) Un maquis islamiste marocain, de la Salafya Djihadia, s'est installé à la frontière algérienne, selon "Le Quotidien d'Oran", qui le situe entre Djebel Sidi Mâfa quotidien marocain et Djebel Bendahou, dans la région de Beni Bessous (w. Tlemcen) côté algérien.
(L'Expression 2.11) Un habitant de Taourga, près de Baglia (w. Boumertdès) a annoncé qu'il entamé une action en justice contre des membres de la Garde communale de Sidi Naâmane (w. Tizi Ouzou), qu'il accuse de l'avoir torturé pour le punir d'avoir refusé de s'engager dans la Garde communale. Rabah Benazouz accuse les gardes communaux de s'être "acharnés sur (ses) organes génitaux".
(Quotidien d'Oran 17.11) 21 membres de la Garde communale d'El-Megtaâ (w. Jijel) ont comparu devant le tribunal de Jijel pour appartenance et soutien à un groupe terroriste. Les faits remontent au 4 mars 2002, lorsqu'un groupe armé avait attaqué le siège de la Garde communale d'El-Megtaâ, en s'emparant de 16 fusils d'assaut et 5 fusils mitrailleurs, apparemment en l'absence des 21 gardes communaux censés assurer la garde, et qui avaient semble-t-il déserté les lieux, pour n'y reparaître que plusieurs jours après. Le chef du détachement de la Garde communale et son adjoint ont été condamnés à trois ans de prison et cinq ans de privation des droits civiques, ainsi qu'à une amende de 100'000 dinars (environ 1200 euros, 1850 FS). Les 19 autres accusés ont été acquittés.
(La Tribune 16.11) Des groupes d'habitants d'Oran et de sa périphérie se sont constituée en milices pour assurer la sécurité de leurs quartiers, constate "Le Quotidien d'Oran", qui fait état d'une "escalade meurtrière de la violence" dans la région, avec une dizaine de meurtres et une centaine d'agressions dans la wilaya, dans la première quinzaine du Ramadan : agressions et kidnappings de jeunes filles, racket dans les transports publics, agressions aux bombes lacrymogènes, bagarres, vols sous la menace et devant des témoins, saccages de véhicules, etc... Le quotidien relate des scènes de lynchage de voleurs pris en flagrant délit, et dont plusieurs ont été grièvement blessés, et conclut que "le terrorisme n'a pas fait que des victimes physiques (mais que) c'est toute une société qu'il a bouleversée et désarticulée".
(El Watan 20.11) Quatre membres d'un groupe armé crapuleux d'une quinzaine d'éléments qui se faisait passer pour un groupe armé islamiste afin de violer, piller, voler et racketter la population de Chteïbo, Aïn El Beida et Sidi Chahmi ont été condamnés à 20 ans de prison le 19 novembre.
(L'Expression, AFP 20.11) Plusieurs journaux ont fait état de l'arrestation le 17 novembre, au domicile de ses parents, de l'"émir" du GIA Abou Tourab, de son vrai nom Rachid Ouakali, sans que cette information ait été confirmée de source crédible. Abou Tourab serait tombé aux mains des forces de sécurité à Souidania. Abou Tourab, proclamé (ou auto-proclamé) le 14 février "émir national" du GIA (ou d'un GIA qui n'a plus rien de "national") est considéré comme le successeur d'Antar Zouabri, mais cela même est douteux, et lui-même n'a plus donné signe de vie depuis un an et demi. Il ne serait plus à la tête que d'un GIA d'une soixantaine d'éléments disséminés dans les régions de Blida, Alger et Médéa. Un autre "émir" du GIA, Farid Bechroul, alias "Khaled el Fermache", aurait fait scission.
(AFP 23.11) Le quotidien "Saout Al Ahrar", citant des "sources sécuritaires", dément l'arrestation, annoncée par plusieurs autres quotidiens algériens, de l'"émir" du GIA Rachid Abou Tourab. Un islamiste armé portant ce nom aurait bien cependant été arrêté au domicile de ses parents à Saoula, mais il ne s'agirait que d'un homonyme. Précédemment, l'"émir" Tourab avait déjà été donné pour mort en juillet.
(Le Matin 27.11) Selon "Le Matin", le chef du GSPC, Hassan Hattab, pourrait figurer au nombre (une quinzaine) des "terroristes mis hors d'état de nuire" lors d'une offensive militaire qui s'est déroulée entre le 10 et le 20 octobre dans la forêt de Mizrana, entre Dellys et Tigzirt, à la limite des wilayas de Boumerdès et de Tizi Ouzou.
La presse algérienne est coutumière de l'annonce de l'"élimination" de chefs de groupes armés, sans que, la plupart du temps, ces "éliminations" soient confirmées de source officielle -elles sont plutôt généralement démenties peu après. En outre, la presse s'était faite en octobre et novembre l'écho de l'annonce, par un communiqué non authentifié, du limogeage de Hassah Hattab de la tête du GSPC.
(Liberté 28.12) 58 gardes communaux ont été tués, 87 blessés et trois autres enlevés par les groupes armés dans la wilaya de Blida, depouis la création de la Garde communale, a annoncé celle-ci le 27 décembre. Dans la wilaya de Blida, la Garde communale compte 82 détachements, rassemblant 3393 hommes.
(AP, Dépêche de Kabylie 27.12 / Liberté, El Watan 28.12 ) Un charnier, composé d'une douzaine de fosses contenant plusieurs dizaines de corps, a été découvert le 13 novembre à Sidi Mohamed Benaouada, près de Relizane, a annoncé le représentant local de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme, Hadj Smaïn, le 27 décembre. Hadj Smaïn, qui a pu filmer clandestinement le charnier, a expliqué qu'il contenait plusieurs squelettes portant dans la tête les traces de leur exécution par arme à feu. Selon la LADDH, il s'agirait des restes de personnes "disparues". Plusieurs d'entre eux auraient été identifiés par leurs proches. La région où ces fosses ont été retrouvées a été le théâtre de l'action d'une milice, commandée par l'ancien Maire de Relizane, Hadj Fergane, que la LADDH locale accuse d'être responsable d'au moins 112 enlèvements et de nombreux assassinats. La famille d'un "disparu", Saïdane Hadj Abed, accuse formellement Hadj Fergane et Benachir Aoued, accompagnés d'une soixantaine de miliciens, de son enlèvement le 9 septembre 1996, et déclare reconnaître dans les restes découverts à Sidi Mohammed Benaouda le survêtement du "disparu" -alors que la police affirme que celui-ci est "monté au maquis".
(El Watan 29.12) Neuf personnes ont été incarcérées à Draâ El Mizan (w. Tizi Ouzou) pour racket. Elles tendaient de "faux faux barrages" en se faisant passer pour un groupe armé islamiste, aux Ouadhias, à Mechtras, Tizi N'telta et Boghni, en rackettant sous la menace d'armes à feu les automobilistes de passage.
(Quotidien d'Oran 29.12) L'armée malienne a engagé une "vaste patrouille" dans le nord du pays, dans une zone où se sont réfugiés des éléments du GSPC algérien (du groupe d'Abderrazak le Para), annonce "Le Quotidien d'Oran" sur la foi d'une déclaration de sources militaires maliennes à l'AFP.
(L'Expression 7.12) Selon un communiqué émanant d'un "Front de libération de l'Algérie marocaine" (FLAM), un soldat algérien aurait été tué et deux autres blessés au début octobre dans une attaque contre une unité de garde-frontières algériens dans la région de Snous (w. Tlemcen). Le FLAM, dont l'existence réelle reste hypothétique, serait issu d'une scission du parti libéral réformisme marocain de Mohamed Ziani, mais pourrait tout aussi bien être une création des services spéciaux marocains, destinés à contrecarrer le soutien apporté par l'Algérie au Front polisario (front de libération du Sahara ex-espagnol).
(Le Jeune Indépendant 8.12) Selon "Le Jeune Indépendant", quatre membres de la famille (des beaux-frères) du chef du GSPC, Hassan Hattab, se seraient rendus "dernièrement" aux autorités dans la wilaya de Boumerdès, et cette reddition, qui aurait été nogéciée par Hattab, aurait créé "une véritable dissidence" au sein du GSPC. Le quotidien avance même l'hypothèse, appuyée sur "une source sécuritaire" que Hattab (dont plusieurs journaux avaient annoncé la destitution par les autres "émirs" du GSPC) aurait été "exécuté par ses pairs" et remplacé par Nabil Sahraoui. Aucune de ces hypothèse n'a cependant été confirmée, ni de source officielle, ni par des observations sur le terrain.
2004
(Quotidien d'Oran 10.1) Dans un long texte rendu public par une "section communication et audiovisuel" du GSPC, mais qui n'a pas été authentifié, l'émir concurrent de Hassan Hattab à la tête du GSPC, Nabil Sahraoui (Abou Ibrahim Mustapha) annonce un "djihad perpétuel" en Algérie, tout en affirmant que le GSPC est "innocent des massacres perpétrés contre le peuple innocent", qu'il attribue aux "kharidhjites de Antar Zouabri" et au régime au pouvoir. Sahraoui dément toute tentation de son GSPC de rejoindre la concorde civile et affirme que les gouvernants de l'Algérie "ne méritent aucune conscience, état d'âme, confiance, pacte réconciliation ou trêve", mais seulement "le repentir ou le sabre". Sahraoui affirme que l'action du GSPC est "complémentaire à celle des autres groupes" armés islamistes hors d'Algérie "et poursuit l'objectif sacré et commun à tous les frères musulmans d'instaurer un califat clairvoyant en terre d'islam" : "Nous soutenons la victoire de tous nos frères en Afghanistan, Palestine, Tchétchénie, Philippines et Irak", ajoute le texte attribué à Sahraoui, qui promet de combattre "la laïcité, la franc-maçonnerie, le communisme, la démocratie et toute idée ou pensée qui contredit la pensée salafiste" : "la guerre aujourd'hui est claire, car elle oppose le camp de l'islam à celui des croisés et des juifs", conclut le texte.
(Le Quotidien d'Oran 11.1) Les dixième et onzième étapes du rallye Paris-Dakar ont été annulées par les organisateurs, les autorités maliennes et françaises, à cause de menaces terroristes (qui pourraient propvenir de groupes liés au GSPC algérien, mais pourraient également plutôt relever du grand banditisme). Les étapes en question devaient relier Néma (Mauritanie) à Mopti (Mali), puis Mopti à Bobo Dioulasso (Burkina Faso).
(El Watan, Le Matin 22.1) Le chef d'une milice locale (GLD) de Souk Ahras, Mohamed Gharbi, a été condamné à vingt ans de prison le 21 janvier à Guelma pour "meurtre avec préméditation" à l'encontre d'un islamiste armé "repenti", l'ancien émir de l'AISY Ali Merad, qu'il avait abattu le 11 février 2001 à Souk Ahras. L'accusation avait requis la peine de mort, les avocats de la défense ont défendu Mohamed Gharbi en expliquant son geste par l'impunité dont jouissait, du fait de la "grâce amnistiante" décidée par le président Bouteflika en janvier 2000, l'ancien "émir" de l'AIS, qui avait en outre menacé Mohamed Gharbi.
(AP 3.2 / L'Expression 7.2) Selon "El Watan", le GSPC serait menacé d'une dissidence dans l'est algérien, notamment dans le massif de Collo et les maquis de Jijel, ou plusieurs "émirs" auraient affirmé leur refus de toute négociation entre le GSPC et des représentants du pouvoir, et auraient créé un nouveau groupe, le "Groupe salafiste libre" (GSL), sous la direction de l'"émir" Abou Mouthala. Ce n'est pas le première fois que la presse algérienne annonce une scission du GSPC, mais aucune des annonces précédentes n'a réellement été confirmée de source sûre, ni réellement confirmée dans les faits. Ce n'est pas non plus la première fois que l'on évoque dans la presse privée des "négociations" entre le GSPC et les autorités, mais ni le GSPC ni les autorités n'ont jamais confirmé ces négociations -qui sont cependant assez vraisemblables.
Par ailleurs, "L'Expression" annonce que les forces de sécurité ont été instruites de la présence de menaces d'attentats suicides que pourraient commettre des éléments du GSPC d'"Abderrazak Le Para" contre des personnalités, des bâtiments ou des institutions publiques, notamment des établissements scolaires. On notera cependant que les attentats suicides n'ont jusqu'à présent pas été une pratique des groupes armés algériens, et que les cibles habituelles du GSPC sont les forces de sécurité et leurs auxiliaires locaux (gardes communales, milices locales), et non les civils.
(AFP 13.2) Le chef (autoproclamé) du "Front de libération de l'Algérie marocaine", (FLAM), qui revendique pour la Maroc une partie du territoire algérien et avait affirmé dans un communiqué, en novembre 2003, avoir créé une "milice combattante un peu partout en Algérie occidentale et centrale" et y avoir mené des attaques (qui n'ont jamais été confirmées par aucune source) a été condamné le 13 février à Rabat à dix ans de prison pour "constitution d'une bande criminelle et publication de fausses informations". Mohamed Alouah, par ailleurs président du parti libéral réformateur (PLR, non autorisé), s'est défendu en expliquant que la "milice" dont il avait revendiqué la création n'était qu'une "simple idée" qu'il n'avait pas mise en oeuvre.
(Le Jeune Indépendant 17.2) Les récentes opérations menées en janvier par l'armée algérienne contre les groupes du GSPC dans le sud saharien, à la frontière malienne, semblent illustrer la mise en pratique du plan américain antiterroriste "plan Sahel" (PSI). Des experts militaires américains ont été envoyés au Mali, notamment à Gao, à la frontière algérienne, pour y former des soldats maliens à la lutte contre le terrorisme et le trafic d'armes. Dans la région sont implantés à la fois des groupes armés islamistes du GSPC, vraisemblablement ceux d'Abderrazak le Para, et des groupes armés politiquement moins identifiables, comme ceux de Mokhtar Belmokhtar, qui se livrerait surtout au trafic et à la contrebande mais serait lié au GSPC, qu'il approvisionnerait en armes.L'objectif du programme PSI est de prévenir des attentats terroristes compartables à ceux commis par des groupes affiliés à la Qaeda, en 1998 au Kenya et en Tanzanie, et au Maroc en 2003, les services américains considérant le GSPC comme une organisation terroriste liée à la Qaeda.
(AP 9.3) Selon "Le Matin", démenti plus tard par les autorités armé du GSPC fort d'une cinquantaine de membres se serait installé dans Alger avec pour objectif de perturber le scrutin présidentiel du 8 avril en multipliant les attentats.
(Quotidien d'Oran, Liberté 11.3) Plusieurs journaux algériens annoncent que l'"émir" du GSPC Abderrazak "Le Para", à la tête d'un groupe armé d'une cinquantaine de personnes, est encerclé par l'armée tchadienne dans le Tibesti et a été "accroché" depuis le 8 mars. "Le Quotidien d'Oran" fait état d'une "source militaire occidentale" au Mali pour donner cette information. Le quotidien annonce que plusieurs services spéciaux occidentaux, dont la DGSE française, qui est dans l'une de ses zones d'action traditionnelle, et la CIA américaine, mais également les services lybiens, "sont aux aguets" dans la région. "Liberté" et "El Watan" annoncent que "25 terroristes du GSPC ont été abattus", dont peut-être Abderrazak lui-même. Le gouvernement tchadien, pour sa part, confirme bien la présence d'un groupe armé dans le nord du pays, mais annonce qu'il s'agit d'un groupe tchadien du MJDT (Mouvement pour la justice et la démocratie au Tchad, opposition tchadienne), qu'il accuse de rechercher une alliance avec les islamistes algériens, ce que le MJDT dément, en accusant au contraire le régime tchadien d'être lié aux islamistes soudanais.
Abderrazak Le Para a déjà à plusieurs reprises été donné pour mort, ou prisonnier, ou encerclé, par des informations qui n'ont jamais été vérifiées. De même, il a été successivement (voire synchroniquement) signalé dans le sud saharien algérien, au Mali, en Mauritanie et au Tchad, sans que jamais cette situation ne soit confirmée.
(AFP 12.3 / AFP, Le Quotidien d'Oran, El Khabar 14.3) Les informations et le bilan des affrontements survenus entre un groupe armé formé d'Algériens, de Nigériens et de Maliens et les forces tchadiennes, entre le 8 et le 10 mars dans le Tibesti, au nord du Tchad, sont toujours fragmentaires et contradictoires. Selon le gouvernement tchadien, 43 membres du groupe, dont neuf Algériens, auraient été tués, ainsi que trois soldats tchadiens. Le groupe serait passé du Mali au Niger et du Niger au Tchad après s'être vraisemblablement rendu responsable de la prise d'otage de plus d'une trentaine de touristes européens dans le sud saharien. Il s'agirait du groupe formé par Abderrazak "Le Para", de son vrai nom Amari Saïfi, "émir" du GSPC, auquel se seraient agrégés des combattants maliens et nigériens. Abderrazak aurait participé aux combats dans le Tibesti, mais aucune information crédible sur son sort n'a encore été donnée. Les autorités tchadiennes ont annoncé que le groupe tentait de rejoindre les rebelles tchadiens du Mouvement pour la démocratie et la justice (MJDT), qui a démenti.
Des informations contradictoires ont été données quant à la participation de forces américaines aux opérations du Tibesti. "Le Quotidien d'Oran" assure que des militaires américains ont participé à l'opération". Des avions de reconnaissance américains auraient notamment suivi le groupe armé depuis sa sortie du Mali. Des informations non confirmées font état de la présence de 200 éléments américains dans la zone sahélienne allant du Mali au Tchad en passant par le Niger, et de la participation d'avions de combat américains au bombardement du groupe armé. Le porte-parole du Département d'Etat US, Richard Boucher, a assuré qu'"aucune force américaine" n'a participé à des opérations, dont les Etats Unis ont "félicité" les forces tchadiennes. Richard Boucher a cependant indiqué que les USA avaient un programme d'entraînement et de soutien militaire au Mali, au Tchad, au Niger et à la Mauritanie. Ces quatre pays reçoivent également une assistance militaire française. Une délégation militaire algérienne s'est rendue au Tchad, selon "El Khabar", pour obtenir des informations sur l'opération afin de suivre le périple des Algériens (y compris éventuellement Abderrazak) qui en auraient réchappé. Selon la presse algérienne, un groupe armé de cinq personnes a été repéré au sud de la wilaya de Khenchela en provenance du Tchad et se dirigeant vers Batna, et deux de ses membres ont été abattus le 12 mars à Garet.
(AP 13.3) 19 personnes, dont trois gardes communaux, dont un chef-adjoint de détachement de la Garde communale, ont été arrêtées par la gendarmerie à Lakhdaria, sous l'accusation de former un réseau de soutien logistique et de renseignement aux groupes armés islamistes.
(Liberté 17.3 / Liberté 18.3) "Plusieurs unités des forces spéciales américaines et des troupes militarisées de la CIA sont attendues dans les tout prochains jours dans le Sahel", dans les zones frontalières de l'Algérie, du Niger et du Mali, annonce "Liberté". Il s'agirait d'une opération décidée après les attentats de Madrid, coordonnée par les Américains et dirigée contre une concentration de plusieurs centaines de combattants islamistes liés à la Qaeda. "Liberté" estime cependant que "les régimes malien et nigérien pourraient (...) profiter de ces opérations pour mettre définitivement un terme à la rébellion touareg". Le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a démenti le 17 mars toute présence de troupes américaines dans le sud algérien, mais a confirmé la présence d'un groupe mobile du GSPC, traqué par les forces armées des pays de la région, et a également confirmé la coopération sécuritaire entre les pays concernés.
(AP, AFP 18.3) Le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a confirmé le 18 mars les accrochages autour du 9 mars, entre forces armées tchadiennes et un important groupe armé lié au GSPC, parti du Mali vers le Niger puis vers le Tchad. Il n'a cependant pas pu confirmer ni infirmer la présence d'Abderrazak Le Para parmi les membres du groupe armé abattu par les forces tchadiennes. De sources diplomatiques et militaires au Mali, l'AFP a annoncé qu'Abderrazak avait échappé aux combats et se serait replié en Algérie avec un petit groupe de combattants. Par contre, l'un des lieutenants d'Abderrazak, "Bilal", responsable de l'approvisionnement en armes, aurait été abattu. La même source au Mali a estimé excessif le bilan des combats au Tchad rendu public par les autorités tchadiennes, et selon lequel 43 membres du groupe armé auraient été abattus. Selon la source de l'AFP, le bilan réel serait trois fois plus bas. En outre, le GSPC serait en train de reconstituer ses groupes armés dans toute la région, en recrutant au sein des populations les plus défavorisées.
Le ministre algérien des Affaires étrangères a enfin démenti toute présence de forces algériennes sur territoire tchadien, et de forces américaines sur territoire algérien, tout en reconnaissant l'existence d'une "coopération" algéro-américaine dans le domaine sécuritaire.
(AP 23.3 / Le Quotidien d'Oran 25.3) Des "bérets verts" américains entraînent des soldats maliens dans le nord du Mali. Des militaires américains sur place ont expliqué à l'agence AP que les USA craignaient que des combattants islamistes liés à la Qaeda puissent s'implanter dans le Sahel comme ils l'ont fait en Afghanistan. L'initiative américaine "Pan-Sahel" associe le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad (quatre pays bénéficiant par ailleurs d'une coopération militaire française, ce qui laisse supposer qu'au-delà de la "lutte antiterroriste", le contentieux franco-américain et la concurrence entre la France et les USA ne sont peut-être pas étrangers à la présence améreicaine dans la région, d'autant que les "bérets verts" américains sont arrivés au Mali un mois après une visite du président français Jacques Chirac, en octobre 2003). Les Américains fournissent, selon des responsables maliens, des renseignements obtenus par des satellites espions. Selon les responsables américains, le programme exclut toute fourniture d'armes mortelles.Selon un responsable militaire malien, le lieutenant-colonel Younoussa Maiga, une colonne de vingt véhicules transportant une centaine de combattants, notamment des membres du GSPC algérien, sont entrée au Mali en décembre 2003. Les forces maliennes ont repoussé la colonne au Tchad et les troupes américaines assurent n'avoir pas participé à l'opération.
Les chefs d'état-major des armées des pays du Maghreb et du Sahel (dont, pour l'Algérie, le général Lamari) ont été réunis à Stuggart, au QG des forces américaines en Europe, pour un sommet consacré à la lutte contre le terrorisme. Le 24 mars, la décision de principe de mener une "stratégie opérationnelle" coordonnée de lutte contre le terrorisme aurait été prise, mais les résultats de la rencontre n'ont pas été rendus publics. Selon "Le Quotidien d'Oran", l'Algérie serait désireuse de renforcer sa coopération bilatérale avec les USA et s'inquiéterait de l'"essaimage" des réseaux du GSPC dans les pays du Sahel.
(AP 27.3 / Liberté, Jeune Indépendant 28.3 / Liberté 29.3) Des instructeurs américains forment en Algérie des unités d'élite chargées de protéger des "sites sensibles", selon "Liberté", qui cite, sans les identifier, des "sources bien informées", selon lesquelles ces instructeurs (une trentaine) se trouvent à l'école militaire de Cherchell et agissent dans le cadre d'un accord signé entre les ministères algérien et américain de la Défense. Les "sites sensibles" évoqués sont notamment les bases pétrolières du sud. Le quotidien ajoute que l'Algérie va recevoir prochainement une importante livraisons d'équipements militaires américains destinés à la lutte antiterroriste, comme des appareils de vision nocturne. Un officier américain, ne colonel Nelson, a déclaré au "Jeune Indépendant" que la collaboration entre l'Algérie, les pays du Sahel (Mali, Tchad, Niger notamment) et les Etats Unis s'était renforcée, sans le cadre du "Plan Sahel"américain. En 2003, une réunion s'est tenue à Bamako (Mali) entre responsables de la lutte "antiterroriste" de pays du Sahel, du Maghreb et des USA
Le ministère algérien des Affaires étrangères, qui a reconnu l'existence d'une coopération algéro-américaine "dans le cadre de la lutte antiterroriste", avait démenti des informations précédentes sur l'implantation d'une base américaine dans la région de Tamanrasset. Le ministère de la Défense nationale a quant à lui "formellement" démenti le 28 mars que des instructeurs américains se trouvent en Algérie pour former des militaires algériens.
(La Tribune 18.3) L'Union africaine a annoncé le 16 mars qu'elle allait ouvrir à Alger avant la fin de l'année un "centre antiterrorisme" à Alger. le centre sera chargé de collecter l'information sur le terrorisme, et l'échange de cette information, entre les Etats membres de l'UA.
(AFP 21.3) L'Ambassade de Grande Bretagne à Alger a été transférée temporairement du centre ville vers l'hôtel Hilton, en attendant de l'être en Tunisie, "pour des raisons de sécurité", a annoncé le 21 mars le ministère britannique des Affaires étrangères (Foreign Office), qui n'a pas donné de précisions sur la nature des risques justifiant ce déplacement, mais a suggéré qu'il ne s'agit pas d'un déménagement définitif, et que la sécurité du personnel de l'ambassade en était la cause. Le déménagement des services consulaires britanniques en Tunisie affectera le service des visas, dont l'octroi va être limité aux personnes ayant déjà obtenu un vias britannique, américain, canadien, australien ou néo-zélandais dans les cinq dernières années, ou ayant moins de 16 ans ou plus de 60 ans, ou ayant des parents en Grande-Bretagne, ou y résidant eux-mêmes. L'ambassade britannique à Alger a annoncé qu'elle allait se construire un nouveau siège à Alger, dans un endroit plus sécurisé que l'actuel (bd Souidani Boudjemaâ).
(Reuters, Libération, Le Quotidien d'Oran 31.3) Deux anciens miliciens algériens, les frères Mohamed, âgés de 35 et 40 ans, ont été inculpés le 30 mars en France, à Nîmes, pour tortures et actes de barbarie. Les deux hommes ont été laissés en liberté provisoire, sous contrôle judiciaire. Ils nient les faits mais le juge français a pu confronter deux hommes, affirmant avoir été témoins de l'enlèvement de leurs pères, au deux accusés. Les frères Mohamed sont poursuivis pour des exactions commises sur la population de Relizane entre 1994 et 1997, soua la direction notamment de l'ancien maire, et chef de milice, Mohamed Fergane. L'un d'entre eux avait déjà été arrêté en Algérie, à la suite d'une enquête ordonnée sur instruction du président Zéroual en 1998, mais il avait, ainsi que les onze autres miliciens arrêtés, été remis en liberté. En France, ils vivaient dans une semi clandestinité : ils avaient déménagé trois fois, leurs papiers administratifs et leurs baux étaient aux noms de leurs femmes. Ils sont employés comme agents de sécurité.
Les poursuites, les premières en France contre des miliciens algériens, font suite à une plainte déposée par la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH). Les deux organisations se sont inquiétées de la remise en liberté des deux inculpés, et ont demandé au gouvernement de "garantir" leur maintien "à la disposition de la justice française".
La FIDH et la LADDH rappellent qu'à l'époque des faits, "les milices avaient droit de vie et de mort sur toute la population", et que dans la région de Relizane, elles se seraient rendues coupables de plus d'une centaine d'exécutions sommaires. Dans des fosses communes découvertes dans la région, des dizaines de corps, portant des traces de tortures, ont été retrouvés.
(Liberté 5.4) La Fédération internationale des associations de victimes du terrorisme a protesté contre l'inculpation par un juge français après une plainte pour "torture et crime contre l'humanité" de deux anciens miliciens algériens, membres de milices locales de la région de Relizane. La FIAVT qualifie les deux miliciens d'"avant-.gardistes de la lutte antiterroriste" et estime qu'en les inculpant, la justice française cède à des "groupes de pression (qui) essaient de semer le doute quant aux commanditaires du terrorisme en soutenant la thèse du qui tue qui ?". La plainte qui a suscité l'inculpation, le 29 mars à Nîmes, de Hocine Adda et Mohamed Abdelkader, a été déposée par la Ligue des droits de l'Homme et la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme. Les deux inculpés ont été laissés en liberté, sous contrôle judiciaire.
(AFP 5.4) Le Parquet de Nîmes a fait appel de la mise en liberté provisoire de deux membres d'une milice locale de Relizane, inculpés le 30 mars d'actes de torture et de barbarie. Les deux hommes (un Algérien et un Français) sont accusés d'avoir participé à des rafles et des exécutions sommaires entre 1994 et 1997. La plainte qui a conduit à leur inculpation a été déposée par le Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme et la Ligue française. Le procureur de la République de Nîmes a fait appel en raison du "caractère exceptionnel du dossier". Quant à l'avocat des deux hommes, il récuse le terme de "milice", du fait de son utilisation pour désigner la police parallèle en France sous le régime fasciste de Vichy, et estime que les deux hommes n'ont été membres que de l'un des "groupements de défense de villageois en pleine guerre civile". *
* Indépendamment de sa connotation historique contextuelle française, le terme de milice désigne tout groupement armé formé d'individus non intégrés dans des forces policières ou militaires permanentes. C'est ainsi, par exemple, que l'on parle d'"armée de milice" pour désigner l'armée suisse, essentiellement composée de recrues qui, au terme d'une instruction de quelques mois, reçoivent (et gardent chez elles) leur équipement militaire personnel et leurs armes personnelles, et sont appelées à des "cours de répétition" périodiques... Le terme n'est donc pas, en soi, péjoratif.
L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme, programme conjoint de la FIDH et de l'OMCT, a lancé l'appel suivant :
Description des faits:
L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de
l'Homme, programme conjoint de la FIDH et de l'OMCT, s'inquiète
vivement du sort de Mohammed Smaïn et Fethi Azzi qui ont accepté de
témoigner dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en
France contre deux membres des milices de Relizane pour torture et
actes de barbarie.
Les deux miliciens, les frères Abdelkader et Hocine dit " Adda "
MOHAMED, après avoir été mis en examen le 30 mars 2004 ont été
libérés et placés sous contrôle judiciaire suite à la décision du
juge des libertés et de la détention (JLD). Cette mise en examen fait
suite à une plainte pour torture, actes de barbarie et crimes contre
l'humanité déposée en octobre 2003 devant le Procureur de la
République près le Tribunal de Grande Instance de Nîmes par la FIDH
et la Ligue française des droits de l'Homme et du citoyen (LDH).
Après un séjour en France où ils étaient venus témoigner devant le
juge d'instruction, Mohammed Smaïn et Fethi Azzi sont rentrés en
Algérie au début du mois d'avril 2004. Depuis leur retour, ils sont
soumis à diverses pressions et harcelés par les autorités de leur
pays.
En effet, le 5 avril dernier, alors qu'il reprenait son travail à la
sous-préfecture, Féthi Azzi s'est vu signifier son renvoi sur le
champ avec pour seule explication que des instructions avaient été
reçues dans ce sens. M. Azzi a depuis été réintégré après avoir été
dégradé et muté dans un autre service de la sous-préfecture.
Il a, entre outre, reçu des menaces à Jdiouia où il réside, pour
avoir témoigné contre les frères Mohammed.
Mohammed Smaïn, représentant de la Section de Relizane de la Ligue
algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), organisation
affiliée à la FIDH, a été arrêté samedi 10 avril 2004 alors qu'il se
trouvait en compagnie de journalistes enquêtant sur les disparitions
forcées venus rencontrer des témoins sur place. Après son arrestation
par le groupement de Gendarmerie de Relizane, M. Smaïn a été maintenu
en détention pendant 20 heures. Dimanche matin, le Colonel Benlalla,
commandant du groupement de Gendarmerie lui a signifié qu'il était
poursuivi pour outrage à corps constitué et a refusé de lui rendre
ses papiers de voiture.
M. Smaïn a alors demandé une audience avec le procureur général,
audience qui lui a été refusée.
L'Observatoire est profondément inquiet des harcèlements dont font
l'objet Messieurs Mohammed Smaïn et Fethi Azzi. Ces actes sont
contraires aux dispositions prévues par la Déclaration sur les
défenseurs des droits de l'Homme adoptée le 9 décembre 1998 par
l'Assemblée générale des Nations unies, notamment à son article 9§3c
qui prévoit que chacun à le droit " [d]'offrir et prêter une
assistance juridique professionnelle qualifiée ou tout autre conseil
et appui pertinents pour la défense des droits de l'homme et des
libertés fondamentales. "
Actions demandées
i. de mettre fin au harcèlement dont les défenseurs des droits de
l'Homme sont victimes ;
ii. de protéger l'intégrité physique et morale des témoins de
disparitions forcées ;
iii. se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les
défenseurs des droits de l'Homme adoptée le 9 décembre 1998 par
l'Assemblée générale des Nations unies, notamment à son article 1
selon lequel : " chacun a le droit, individuellement ou en
association avec d'autres, des promouvoir la protection et la
réalisation des droits de l'Homme et des libertés fondamentales aux
niveaux national et international " et à son article 9§3c mentionné
ci-dessus ;
iv. se conformer en toutes circonstances aux dispositions de la
Déclaration universelle des droits de l'Homme et des instruments
internationaux relatifs aux droits de l'Homme liant l'Algérie.
(Liberté 22.4) Selon "des sources concordantes" évoquées par "Liberté", "pas moins de 300" membre du GSPC de Hassan Hattab auraient déposé les armes et s'apprêteraient à quitter les maquis dans une dizaine de wilayas, dont celles de Chlef, Medea, Skikda et Jijel ("Liberté" n'évoque cependant pas les wilayas où le GSPC est le plus implanté, à savoir celles de Kabylie). 70 membres du GSPC se seraient déjà rendus dans la wilaya de Jijel, une vingtaine (soit trois groupes armés) dans celle de Chlef et trois groupes armés composés d'une centaine d'éléments seraient sur le point de le faire dans la wilaya de Médéa, après qu'un "émir" du GSPC les y aient appelés.
* (CSSI) on ne peut que prendre ces informations avec beaucoup de prudence, et ces chiffres avec de longues pincettes : "300 terroristes" du GSPC déposant les armes, ce serait en effet l'équivalent de plus que la totalité des effectifs du GSPC tels qu'évalués de sources officielles et officieuses depuis des mois -et on voit assez mal comment le nombre des redditions pourrait être supérieur à celui des effectifs...
(El Khabar, Jeune Indépendant, El Watan 25.4) Selon des "sources bien informées" évoquées (sans autre précision) par "El Khabar", des dizaines de femmes et d'enfants de membres du GSPC ont quitté les maquis de celui-ci dans les montagnes de la wilaya de Jijel pour rejoindre des centres spécialisés. Toujours selon "El Khabar" et toujours selon des "sources fiables" non précisées, des "dizaines de terroristes", membres de groupes du GSPC de la région d'Azzazba ou de GIA des wilayas de Guelma et d'Annaba, pourraient se rendre aux autorités. "Le Jeune Indépendant", s'appuyant lui aussi sur des "sources bien informées" et non désignées, annonce que le frère du responsable de la délégation exécutive du FIS à l'étranger Rabah Kébir, Mustapha Kébir, ancien "émir" de l'Armée islamique du Salut, jouerait le rôle de "médiateur" entre une trentaine de membres du GSPC et les autorités. Les rumeurs de redditions collectives de membres du GSPC sont persistantes depuis plusieurs jours, mais n'ont jamais été confirmées par aucune source identifiable, et sont d'ailleurs démenties par des "sources militaires" (pas plus identifiables que les précédentes) citées par "El Watan". Pour ces "sources militaires", les rumeurs en question seraient des "ballons d'essai" lancées par des "familles de terroristes" pour "tester la réaction des autorités après l'élection présidentielle", mais ne reposeraient sur aucune réalité, hors de quelques redditions individuelles de "terroristes isolés et acculés". Les "sources" d'El Watan" précisent que le GSPC étant dirigé, entre autres, par d'anciens militaires, tenus pour déserteurs et n'ayant pas grande clémence à attendre, il est peu vraisemblable d'espérer qu'il entre, collectivement, dans un processus de reddition. Par ailleurs, "Le Matin" annonce que les maquis du GSPC dans la région de Mizrana, entre Dellys et Tigzirt, ont été renforcés par de nouvelles recrues. De source militaire citée par "El Watan", on estime à trois ou quatre, voire six, membres des forces de sécurité tués chaque semaine dans des affrontements avec le GSPC.
(El Khabar 18.4) L'armée malienne a annoncé que les groupes armés du GSPC algérien présents au nord du pays, près de la frontière algérienne, dans la région de Kidal, en avaient été chassés. Les groupes du GSPC présents au Mali seraient ceux d'Abderrazak le Para. Les autorités maliennes n'ont pas précisé si ces éléments armés avaient été repoussée en Algérie ou au Niger.
(AFP 26.4 / Le Matin 29.4) "Le Matin" évoque une "large opération de 'contacts' avec les terroristes constituant les groupes armés encore actifs", opération menée par l'intermédiaire des familles des membres de ces groupes, et qui, selon le quotidien, aurait "gagné l'ensemble des régions du pays". Mais on note qu'aucune confirmation officielle, ni officieuse émanant de source crédible, n'a été apportée aux rumeurs faisant état de redditions collectives importantes, voire massives (300 membres du GSPC s'apprêteraient à se rendre, annonçait "Liberté" le 22 avril, et le 26 avril, "Le Soir d'Algérie" annonçait de "prochaines redditions massives" dans l'est et le centre); seules quelques redditions individuelles ont été confirmées jusqu'à présent.
En revanche, "Le Matin" détaille le déploiement du GSPC, depuis 2002, dans des régions où il était absent, et le ralliement à l'organisation armée (dont on ne sait plus avec certitude par qui, Hassan Hattab ou Nabil Sahraoui elle est dirigée) de groupes armés indépendants, ou précédemment liés aux GIA, comme la katibat "El Khadra" de l'"émir" Mohammed Houti, alias Abou Othba, liée aux GIA jusqu'en 1996, et qui a rallié le GSPC en mai 2002. Une demie-douzaine de GIA de l'ouest (de Masdcara à Tlemcen) ont fait dissidence en 2000, pour créer un "Groupe salafiste combattant" dont la plate-forme était calquée sur celle du GSPC, puis ont rejoint le GSPC. Dans la région de Relizane, le groupe armé de Mohammed Benbadra, alias Aïssa Abou Abderrahmane, a rallié le GSPC en novembre 2003.
(Reuters 1.5 / AFP, El , El Watan 2.5 / Le Matin, El Watan 3.5) Dans un communiqué publié le 2 mai par "El Khabar", le GSPC appelle ses partisans à "intensifier les actions de combat et de sabotage", affirme que "le Djihad ne prendra pas fin avant l'établissement d'un régime islamique" et dément tous "contacts" avec les autorités, et toute hypothèse de reddition. Le communiqué du GSPC annonce même qu'il ciblera tous ceux, Algériens ou étrangers,qui soutiennent les autorités, y compris *ceux du savoir et de la plume" (intellectuels, artistes, journalistes), ce qui représenterait, si le communiqué est authentique, un changement de stratégie de la part du GSPC qui, sous la direction de Hassan Hattab, ne s'en prenait (du moins officiellement) qu'aux membres des forces algériennes de sécurité (miliciens et gardes communaux compris). En outre, une "fatwa" demandée par le GSPC à un mufti salafiste, Abdelmoumaïn Mustapha Halima (Abou Bacir) recommandait au groupe armé de ne pas s'en prendre aux étrangers.
Le communiqué du GSPC, daté du 26 avril, est signé de Nabil Sahraoui, alias Abou Ibrahim Mustapha, présumé "émir" national du GSPC, remplaçant Hassan Hattab. Il est diffusé après que de nombreux articles parus dans la presse algérienne aient évoqué des dizaines de redditions, voire la possibilité de redditions de plusieurs centaines de membres du GSPC qui auraient déjà déposé les armes. Ces informations ou ces rumeurs n'ont cependant été confirmée ni par les autorités, ni par les faits. Par ailleurs, le rapport du Département d'Etat américain sur le terrorisme en 2003 rappelle que, selon les autorités algériennes, le nombre de terroristes actifs en Algérie est passé de 25'000 en 1992 à quelques centaines actuellement, ce qui rendrait assez peu vraisemblable la reddition de "plusieurs centaines" de "terroristes" (à moins de considérer comme des "terroristes" les femmes et les enfants des membres de groupes armés). "El Watan" affirme, sur la base de sa propre enquête, qu'"aucune reddition n'a été enregistrée dans la wilaya de Bouira", ni dans celle de Mascara, et que les camps de toile érigés au sud de Kadiria et dont la rumeur disait qu'ils étaient destinés à abriter de futurs "repentis" abritent en réalité des militaires engagés dans des opérations de ratissage. Une rumeur de reddition massive (de "plusieurs dizaines de terroristes" selon les uns à plus d'une centaine selon les autres, accompagnés de femmes et d'enfants) circule dans la région de Seraïdi (w. Annaba), mais pas plus que les autres rumeurs du même genre celle-ci n'a été confirmée.
(Le Quotidien d'Oran 29.4) Selon "Jeune Afrique l'Intelligent", Abderrazak le Para, "ém,ir" du GSPC, serait mort accidentellement dans la région de Faya-Largeau, dans le Tibesti tchadien, le 15 mars, et son corps aurait été retrouvé au fond d'un ravin dans lequel il serait tombé. "El Para" et quatre de ses compagnons auraient réussi à se sortir d'un encerclement par l'armée tchadienne, avant cet accident, non confirmé de source officielle. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'Abderrazak le Para, l'"émir" le plus connu du GSPC, est donné pour mort, et "Le Quotidien d'Oran" trouve étrange que, selon la version de "Jeune Afrique", le corps de l'"émir" du GSPC ait été abandonné par ses compagnons, alors que la "première consigne" au sein de l'organisation est "de ne pas laisser derrière soi un cadavre, encore moins celui d'un émir".
(Quotidien d'Oran 2.5) Le coordinateur du contre-terrorisme auprès du Département d'Etat américain, J. Cofer Black, a annoncé qu'il allait se rendre "très prochaînement à Alger" afin de s'entretenir avec ses homologues algériens dans le cadre de la lutte "antiterroriste", dans la quelle, a-t-il affirmé, "l'Algérie joue un rôl-clé". Le rapport global du Département d'Etat sur le terrorisme dans le monde en 2003 salue également le rôle joué par l'Algérie de "leader régional actif et agressif dans la lutte globale contre le terrorisme", et son appui "aux actions de la coalition contre Al-Qaïda". Selon le rapport américain, le nombre des "terroristes" en activité en Algérie est passé de 25'000 en 1992 à "quelques centaines" actuellement.
(AFP 3.5 / Quotidien d'Oran 6.5) Quatre membres du GSPC ont été tués, quatre autres fait prisonniers et deux soldats nigériens blessés dans des combats opposant un groupe du GSPC à l'armée nigérienne le 16 et le 17 avril à Iguiwal, dans la région de Tahoua, à la frontière malienne, selon l'hebdomadaire nigérien "Le Républicain". Les quatre prisonniers seraient tous de nationalité algérienne, et trois des membres du groupe armé qui ont été tués seraient "d'origine arabe". Selon "Le Quotidien d'Oran", l'un des trois serait l'adjoint de l'"émir" du GSPC "Abderrazal le Para", lui-même donné pour mort (mais accidentellement), Hacène Allane, qui se serait installé dans la région depuis 1993 et y aurait implanté des réseaux du GSPC et de la Qaeda, et des camps d'entraînement, dans la région de Lebouiret.
(Le Matin, Liberté 9.5 / AP, ATS 18.5 / AFP 19.5) Après des informations selon lesquelles l'"émir" du GSPC Abderrazal "le para" se serait tué accidentellement, des informations, également en provenance du Tchad ont d'abord indiqué qu'il serait toujours vivant mais aurait été retenu prisonnier, avec neuf membres de son groupe, par un groupe armé tchadien, qui aurait réclamé une rançon à un "pays tiers" pour le lui livrer. Une porte-parole de la Justice allemande a annoncé le 18 mai son arrestation au Tchad, mais plusieurs responsables tchadiens ont déclaré à l'AFP le lendemain ne pas être au courant de cette arrestation. De leur côté, les autorités algériennes ont également annoncé ne pas disposer d'informations précises et fiables sur l'identité de l'homme arrêté au Tchad, et attendre d'être sûres qu'il s'agit bien d'Abderrazak pour demander son extradition, laquelle pourrait également être demandée par l'Allemagne (toujours dans l'hypothèse où il s'agit bien de l'"émir" du GSPC).
Abderrazak (de son vrai nom Amari Saïfi) fait l'objet de deux mandats d'arrêts, l'un algérien et l'autre allemand lancé après l'enlèvement de plusieurs ressortissants allemands(ainsi que des suisses, néerlandais et autrichiens) par son groupe dans le sud algérien. En mars, les autorités tchadiennes avaient annoncé que des combats opposant l'armée tchadienne au groupe d'Abderrazak avaient fait 43 morts dans les rangs du groupe, alors que celui-ci tentait de rejoindre un groupe armé tchadien lié au Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), qui a, dans un premier temps, démenti. C'est ce groupe armé tchadien qui aurait détenu l'émir du groupe armé algérien. Mais des sources militaires à Bamako avaient affirmé précédemment qu'Abderrazak combattait aux côtés du groupe tchadien, et des représentants de celui-ci ont refusé de confirmer l'une ou l'autre des informations ou des rumeurs circulant sur le sort d'Abderrazak.
(L'Expression, Le Soir 4.5 / Le Jeune Indépendant 5.5) Informations, rumeurs, démentis se succèdent toujours à propos de redditions collectives de membres de groupes armés. "L'Expression" annonce la reddition de 20 membres de la katibat "El Mouahidoune" de Salah Zelbah "le Balafré", dans la nuit du 28 au 29 avril à El-Milia (w. Jijel). Le groupe armé en question serait issu de l'AIS, et aurait été rejoint en 2002 par des éléments d'un GIA accompagnés de femmes et d'enfants. Les redditions annoncées ne concerneraient pas la totalité du groupe, dont le chef continuerait d'occuper un maquis dans les monts de Belhadef, avec un groupe d'irreductibles. Un autre groupe armé serait également encore actif au dessus de Kerkara.
L'ancien "émir national" de l'Armée islamique du Salut, Madani Mezrag, a confirmé au "Jeune Indépendant" que des tractations entre groupes armés et autorités sécuritaires se déroulaient, en vue d'obtenir la reddition de plusieurs groupes armés. Madani Mezrag a annoncé une "grande surprise" pour "bientôt", sans en préciser la nature.
Dans un entretien à "El Bilad", le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme, Farouk Ksentini, interrogé sur "le devenir des groupes armés", n'a pas écarté la possibilité d'une "loi complémentaire de la loi sur la concorde civile", afin de permettre aux membres de ces groupes de se rendre dans un cadre législatif.
(Quotidien d'Oran 22.5) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a réfuté le 21 mai toute idée de désarmement des "patriotes" (milices locales), après que huit miliciens de Seraïdi aient cependant été désarmés. Ces huit miliciens faisaient, selon le ministre, l'objet de poursuites judiciaires "pour des affaires qui n'ont rien à voir avec la situation sécuritaire", et "il n'est pas question de désarmement total ou partiel des patriotes", a déclaré le ministre. Selon Yazid Zerhouni, l'Etat a armé 80'000 hommes hors de ses appareils policiers et militaires, dans le cadre de la "lutte contre le terrorisme"
(AP 24.5 / AFP 26.5) Donné, une fois de plus, pour mort par la presse algérienne (notamment "L'Expression", le 11 mai), le fondateur et chef, ou ancien chef, du GSPC, Hassan Hattab est toujours en vie et actif dans la région de Tizi Ouzou, où sa base serait implantée dans la forêt de Sidi Ali Bounab, selon une "source sécuritaire responsable" citée par le quotidien en arabe "Sawt El Ahrar". "L'Expression" avait annoncé que Hassah Hattab avait été exécuté à la fin de l'été 2003 sur ordre d'Abderrazak "Le Para". En octobre 2003, des journaux algériens avait annoncé son éviction de la direction du GSPC et son remplacement par Nabil Sahraoui, alias "Abou Ibrahim Mustapha", lequel confirme et déclare, sur un site internet du GSPC, que Hassan Hattab est toujours en vie et "se porte bien", mais n'est plus "émir national" du GSPC. Selon son successeur présumé (mais cette succession est elle-même mise en doute par d'autres sources), Hassan Hattab a démissionné de la tête du GSPC "de son plein gré"
(Liberté 27.5) Un "responsable du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad", interrogé par "Liberté", affirme que son mouvement détient effectivement Abderrazak "le Para", "émir" du GSPC. Selon Mahamat Mahdi (le "responsable du MDJT) des "groupes salafistes, venus d'Algérie et du Niger", ont été "accrochés" par l'armée tchadienne dans la région frontalière du Niger, contrôlée par le régime de N'djamena. Les 9 et 10 mars, ces accrochages auraient fait quinze morts au sein du groupe armé, dont son chef, "un certain Abou Hamza". Quatre membres du groupe, dont un Algérien, ont été arrêtés par les Tchadiens, mais le reste du groupe (une dizaine de personnes, dont Abderrazak) est parvenu à s'échapper, mais a été intercepté dans le Tibesti par le MDJT et s'est rendu. Sept autres membres du groupe auraient ensuite été "capturées par nos forces", ajoute Mahamat Mahdi. Le MDJT affirme avoir informé tout de suite les autorités algériennes (d'abord, curieusement, l'Ambassade d'Algérie à Paris, puis les autorités militaires algériennes à Alger) de la capture. "nous somes des laïcs et nous sommes hostiles aux terroristes", explique le porte-parole du MDJT, qui ne se prononce pas sur les raisons pour lesquelles un groupe armé algérien se serait retrouvé au Tchad, mais évoque deux possibilités : la recherche d'armes ou la recherche de touristes occidentaux à prendre en otages. Quant à savoir ce que le MDJT entend faire de ses prisonniers, son porte-parole explique qu'il a proposé aux autorités algériennes de venir les chercher au Tchad, mais que "le gouvernement algérien, ne voulant pas transgresser le droit international" en allant prendre livraison dans un pays étranger de prisonniers détenus par un groupe d'opposition, a demandé du MDJT de lui "livrer les prisonniers à la frontière nigérienne", ce que le MDJT aurait refusé de faire car "la zone (...) est très dangereuse".
(AP, L'Expression 31.5) Un "émir" d'un GIA de l'est, l'"émir" Fanit, de la katiba "El Mouahidoune", dont il affirme qu'elle n'avait "aucun lien organique" avec les GIA de Zotouni et Zouabri, s'est rendu aux autorités, annonce le quotidien "L'Expression", qui précise que "Fanit" s'est rendu parce qu'il ne faisait pas l'objet d'une condamnation pour des crimes contre la population civile, et qu'il a pu regagner son douar, dans la wilaya de Jijel. "Fanit" a raconté à "L'Expression" que les populations civiles "ne manifestent plus aucune sympathie" pour les groupes armés, à qui elles "refusent même l'eau", et que le quadrillage du pays par les forces de sécurité, y compris les gardes commuinales et les milices (GLD) a rendu la vie "infernale" aux GIA. Selon lui, plus de trente membres de son groupe sont morts de maladies entre 1999 et 2003, et il leur arriuvait de ne pas manger "pendant plusieurs jours". "Le moral de nos hommes est très bas" et beaucoup d'entre eux "sont au bord du suicide", y compris "les émirs et leurs proches, qui souffrent d'une misère morale et physique intolérable" ajoute "Fanit", qui prévoit la reddition de plusieurs GIA réduits à quelques individus, et conclut : "Nous avons perdu la guerre".
(El Watan 30.5, 31.5) Un garde communal de 50 ans, de la garde communale de Djillali Ben Amar (w. Tiaret) a été retrouvé pendu à son domicile à Kharouba le 27 mai. Selon ses proches, il se serait suicidé pour protester contre la décision du tribunal de condamner pour violation de domicile uin voisin avec lequel il accusait sa femme de le le tromper.
Le 29 mai, un garde communal de Taghdit (w. Bouira) a été condamné à mort pour l'assassinat de sa femme, de son fils et de sa bru, le 5 octobre 2003. Après l'assassinat, il avait pris le maquis, mais avait été arrêté lors d'une opération de ratissage.
(Le Matin, Liberté 3.6) Successivement donné pour mort, puis prisonnier d'un groupe armé tchadien, "Abderrazak Le Para", "émir" du GSPC, est maintenant donné par les uns pour libre, et par les autres pour ayant été "kidnappé" par des "dissidents" du mouvement tchadien pour la démocratie et la justice (MDJT). Radio-France internationale (RFI) a annoncé le 2 juin qu'Abderrazak a été remis en liberté par le MDJT après versement d'une rançon de 200'000 Euros, versés par le GSPC, alors que le quotidien algérois "Liberté" a annoncé le lendemain qu'il a été "kidnappé par un dirigeant militaire" du MDJT.
RFI annonce que le GSPC a versé une rançon pour récupérer son "émir", qui aurait regagné la région de Djanet dans le sud algérien, après que le gouvernement algérien, et les gouvernements allemand, malien, libyen et nigérien, aient refusé de "récupérer" Abderrazak, contre rançon ou non. Mais RFI annonce également que la Libye aurait tenté de le "récupérer" pour lui extorquer des informations sur les liens entre les islamistes libyens et la Qaeda, et l'Allemagne pour le poursuivre pour l'enlèvement, dont il serait responsable, de 32 touristes européens dans le sud algérien en 2003. Le chef du service de politique internationale à RFI, Richard Labévière, s'appuie sur différentes sources algériennes, "notamment des sources militaires", pour affirmer que des contacts avaient été pris entre le MDJT et les autorités algériennes pour la "livraison" d'Abderrazak, mais que ces contacts n'ont pas abouti, d'abord parce qu'"il est absolument illégitime qu'un Etat négocie avec un mouvement rebelle d'un pays voisin" comme le MDJT (l'Algérie ne s'est pourtant pas privée de contacts, pour user d'un euphémisme, avec le Front Polisario, en lutte contre le Maroc), ensuite parce qu'aucune médiation (libyenne ou nérienne, par exemple) n'a pu être trouvée. Quant à la rançon versée par le GSPC pour récupérer son "émir", il pourrait s'agir d'une partie de celle (de 5 millions d'Euros, selon des sources fiables) versée par l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse pour récuprer leurs touristes enlevés par le même Abderrazak en 2003.
De son côté, "Liberté" cite des "responsables" du MDJT qui déclarent qu'Abderrazak, deux autres islamistes et huit membres du MDJT se trouvent "dans une zone montagneuse" sous contrôle du mouvement, qui espère récupérer ses prisonniers pour les transférer en Algérie.
Par ailleurs, Richard Labévière affirme qu'une "petite base" américaine "existe bel et bien au sud de Tamanrasset", en Algérie, avec pour fonction d'"épauler les armées de la région sahélienne, notamment celles du Mali et de la Mauritanie, dans leur lutte antiterroriste".
(Tribune de Genève 5.6) La Suisse a versé six millions de francs (soit environ quatre millions d'Euros) pour obtenir du groupe armé qui les avait enlevés dans le sud saharien la libération des otages suisses. Cette somme apparait dans les comptes de l'Etat 2003, au titre d'un dépassement de crédit du Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères, sous le poste concernant la protection diplomatique et consulaire. Selon une ordonnance du Conseil fédéral (gouvernement), les otages devront participer aux frais de leur libération, dans une mesure fixée en fonction de leur revenu.
(El Khabar, La Tribune, Liberté 13.6) De nouvelles informations, ou rumeurs, sur la reddition collective de membres de groupes armés, ont été publiées, et relayées par la radio publique algérienne, selon qui 37 membres du GSPC dans la région de Jijel seraient prêts à se rendre, avec leurs enfants et leurs épouses. Selon des "sources bien informées" évoquées par "La Tribune", les "terroristes" prêts à se rendre feraient partie de la phalange "El Mourabitoun" du GSPC, et au total 109 membres de différents groupes armés de la wilaya de Jijel (dont 90 du GSPC, selon "Liberté") seraient prêts à se rendre. Toujours selon les "sources bien informées" de "La Tribune", l'ancien "émir national" de l'Armée islamique du Salut, Madani Mezrag, aurait été particulièrement actif dans des négociations entamées entre les autorités et les groupes armés pour que ceux-ci déposent les armes en échange de la clémence. Selon les services de sécurité, cinq femmes et 18 enfants de "terroristes" se sont rendus aux autorités début juin, et une quarantaine de membres de groupes armés depuis septembre 2003, dont huit membres de la phalange "El Forkane", soit beaucoup moins que ne le laissaient entendre les informations (ou les rumeurs) qui se succèdent depuis des semaines sur ces redditions collectives, réelles ou supposées, informations qui, s'agissant du GSPC de Nabil Sahraoui, ont toutes été démenties par la suite (et démenties aussi bien par les faits que par le GSPC, et même les autorités). Autour du 10 juin, un groupe armé d'une dizaine d'éléments a investi les localités de Mezaier et de Bellouta, s'emparant d'argent et de téléphones portables.
(AP 19.6 / AFP, AP 20.6 / La Tribune, El Watan, Le Quotidien d'Oran 21.6) L'éliminatiion de l'"émir national", plus ou moins autoproclamé, du GSPC, Nabil Sahraoui, et de deux de ses lientenants, Okacha et Droukdel, lors de la vaste opération lancée par les forces de sécurité contre les maquis du GSPC dans la wilaya de Bejaïa, pourrait signifier le "décapitation" du GSPC (l'état-major de l'armée affirme ainsi que la direction du GSPC a été "entièrement décapitée") du moins si Sahraoui en était réellement l'"émir national". Sahraoui avait revendiqué ce titre en annonçant que le fondateur du groupe, Hassan Hattab, en avait été destitué, en octobre 2003. Des doutes subsistaient cependant sur la réalité de ce "putsch" interne au GSPC, et certaines sources continuaient de considérer que Hattab en était resté l'"émir national". L'hypothétique prise de pouvoir de Nabil Sahraoui au sein du GSPC se serait produite, selon un communiqué de l'organisation (ou de la fraction de Sahraoui) lors d'une réunion dont le communiqué ne précisait ni le lieu, ni la date, et au cours de laquelle les 17 éléments les plus "radicaux" du Majlis Echoura (direction) du GSPC aurait déposé Hassan Hattab et nommé Nabil Sahraoui à sa place. Hattab aurait été évincé pour avoir envisagé une trêve avec le pouvoir, mais n'aurait cependant pas été physiquement éliminé et aurait pu se retirer avec un groupe armé dans les maquis de Sidi Ali Bounab (w. Tizi Ouzou), d'où il pourrait donc revenir reprendre la tête du GSPC, dans une région (la Kabylie) qu'il connaît mieux que Sahraoui (originaire des Aurès).
Sahraoui, issu des GIA, et qui s'était illustré dans les combats opposant les GIA à l'AIS, avait innové en recrutant au sein du GSPC (ou de la fraction du GSPC dont il avait pris le contrôle) des combattants islamistes libyens et tunisiens de la Qaeda, de retour d'Afghanistan, et en proclamant son allégeance à Oussama Ben Laden, ce qui avait opportunément confirmé la désignation du GSPC par les autorités algériennes, après les 11 septembre 2001, comme le "bras algérien" de la Qaeda.
Un autre lieutenant de Hassan Hattab, Abderrazak "Le Para", semble avoir été quant à lui capturé au Tchad par un groupe armé rebelle tchadien, le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), ou une fraction de ce groupe. Le porte-parole du département d'Etat américain, Richard Boucher, a demandé au MDJT, de livrer Abnderrazak "et ses complices aux autorités algériennes dans les meilleurs délais afin d'être jugé sur la bases des charges qui pèsent contre eux", mais les autorités algériennes ne semblent pas particulièrement pressées de recevoir livraison d'Abderrazak, dont les ravisseurs présumés semblent vouloir mettre la tête aux enchères en demandant une rançon pour le remettre à qui que ce soit (au gouvernement tchadien, au gouvernement algérien, au gouvernement allemand, puisque Abderrazak est le responsable présumé de l'enlèvement de touristes allemands en 2003). Toutefois, le sort réel d'Abderrazak "Le Para" est aussi incertain que celui de Hassan Hattab, donné à plusieurs reprises pour mort ("Le Quotidien d'Oran" évoque à nouveau, le 21 juin, cette hypothèse).
Le 6 juin dernier, un communiqué du GSPC de Sahraoui déclarait "la guerre (...) contre tous les étrangers, leurs intérêts en Algérie et leurs installations et infrastructures". Ces menaces avaient provoqué un renforcement des mesures de sécurité autour des ambassades, et une réduction de l'activité de plusieurs d'entre elles.
(Quotidien d'Oran 24.6) Selon le bilan qu'elle fait elle-même de son activité en dix ans de lutte antiterroriste, la 8ème division blindée de la IIème région militaiore, basée à Ras ElMa, dans la région de Sidi Ben Abbes, la division a abattu 665 "terroristes", en a arrêtés 134 et a reçu la redition de 127 autres.
(Liberté 5.7) Onze membres du GSPC ont été arrêtés en Libye, a annoncé "Le Journal du dimanche" de Paris, citant une source "proche d'un service de contre-espionnage européen". Selon le JDD, il s'agirait de membre du groupe d'Aberrazak Le Para, déterminé à lancer une offensive contre les intérêts "occidentaux" (européens ou américains) en Afrique. Les services libyens auraient découvert une base du GSPC dans le Tibesti, au Tchad, el le GSPC serait en train d'enrôler de jeunes africains (tchadiens, maliens, mauritaniens, soudanais, libyens), et de les entraîner au maniement des explosifs. Toujours selon le JDD, Abderrazak aurait été libéré par les rebelles tchadiens du Mouvement pour la démocratie et la justice (MDJT), qui étaient supposés le détenir, après qu'un accord ait été conclu entre le GSPC et le MDJT pour une lutte commune contre le régime tchadien.
(Nouvelle République 6.7 / AP 8.7 / AFP 9.7) Le Mouvement pour la démocratie et la Justice au Tchad (MDJT), qui détiendraient l'"émir" du GSPC Abderrazak "le Para", ont annoncé le 8 juillet que la Libye leur a donné deux jours pour leur remettre Abderrazak, sous menace de bombardements de leurs bases dans le Tibesti. La Libye avait de son côté confirmé que ses forces avaient tué (ou capturé, selon certaines sources) début juillet deux membres du groupe d'Abderrazak. "La Nouvelle République" se demande ce que feraient les autorités libyennes d'Abderrazak si celui-ci leur était livré : le remettraient-elles aux autorités algériennes, ou aux autorités allemandes, qui le recherchent pour le rapt de touristes allemands, et qui auraient accepté de payer une rançon pour Abderrazak après avoir payé une rançon pour les touristes qu'il avaient capturé ?
(L'Expression 15.7) Un nouvel "émir" national du GSPC aurait été désigné trois jours après la mort de Nabil Sahraoui et de ses principaux lieutenants, le 20 juin, mais l'identité de ce nouvel "émir" national n'a pas été rendue publique, annonce "L'Expression". Le communiqué du GSPC revendiquant l'attaque de la centrale électrique du Hamma, à Alger, n'était d'ailleurs pas signé. "L'Expression" suppose que l'"émir" du GSPC pour la région d'Alger, Abdelhamid Saâdaoui, pourrait être le successeur provisoire de Sahraoui, en attendant une désignation définitive. Des fondateurs historiques du GSPC, Saâdaoui semble le seul "disponible" : le sort de Hassan Hattab est incertain (on ne sait pas s'il est mort ou vivant, et s'il est vivant, s'il est encore actif), celui d'Abderrazak aussi (on ne sait pas s'il est prisonnier des rebelles tchadiens, ou réfugiés parmi eux), Sahraooui a été tué
(El Watan 19.7) Dans un communiqué diffusé sur son site internet, daté du 17 juillet et signé de son chargé de l'information (et mufti) Abou Omar Abdelber (pourtant donné pour mort par la presse et les autorités), le GSPC a annoncé que son "émir" Abou Ibrahim et six de ses lieutenants sont "portés disparus", sans autre précision sur leur sort, mais en évoquant la possibilité qu'ils soient morts au combat contre "les apostats". Le site du GSPC dément par ailleurs la mort de deux responsables de l'organisations, Abou Mossaab Abdelwadoud et Abou Omar Abdelber, ainsi que l'existence d'une tombe où serait inhumé Hassan Hattab (sur le sort duquel le GSPC ne donne cependant aucune information).
(AP 17.7 / AFP, Le Quotidien d'Oran 18.7 / Le Matin 19.7) Amari Saïfi, alias Abderrazak Le Para, "émir" du GSPC, sera extradé vers l'Algérie, et y sera jugé, a annoncé le 17 juillet le ministre algérien de l'Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, lors d'une conférence de presse conjointe avec la ministre française de la Défense Michèle Alliot Marie, en visite officielle à Alger. Yazid Zerhouni s'est excusé de ne pouvoir donner "plus de détails" sur l'extradition du "Para", qui serait toujours détenu par les rebelles tchadiens du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad, à qui les autorités libyennes ont lancé un ultimatum (dont le délai est d'ailleurs échu, sans que les représailles militaires annoncées aient été lancées) pour la "livraison" d'Abderrazak.
L'annonce par le ministre algérien de l'Intérieur de l'extradition prochaine d'Abnderrazak vers l'Algérie (mais de l'extradition par qui ? la Libye, à qui "le para" serait livré ? Le Tchad, qui ne semble pas le détenir ? Les rebelles du MDJT, qui n'ont pas autorité pour extrader qui que ce soit -mais qui pourraient livrer leur prisonnier, s'il est réellement leur prisonnier, contre rançon ?) laisse supposer que des négociations sont en cours, sans que l'on sache précisément entre qui et qui. Un émissaire du MDJT se serait rendu à Alger pour négocier la remise d'Abderrazak aux autorités algériennes, mais cette négociation n'aurait pas abouti. L'Algérie, pour sa part, privilégierait une négociation avec le gouvernement tchadien (qui ne contrôle pas la zone où serait détenu Abderrazak) et les autorités allemandes (qui ont lancé un mandat d'arrêt contre l'"émir" du GSPC, soupçonné d'être responsable de l'enlèvement de touristes européens, notamment allemands, en 2003). Le porte-parole du Département d'Etat américain, Richard Boucher, avait déclaré que les USA souhaitaient que "le Para" soit livré aux Algériens dans (les meilleurs délais". Un porte-parole du MDJT, Aboubakar Radjab-Dazi, a confirmé que son mouvement était disposé à remettre ses prisonniers "sans condition à l'Algérie", et que les seuls problèmes qui se posaient étaient "les modalités techniques de l'opération", le MDJTsouhaitant que les Algériens viennent eux-même chercher Abderrazak et ses compagnons dans le Tibesti, alors que l'Algérie souhaite s'en tenir au respect de la souveraineté du gouvernement tchadien sur son territoire, même si les autorités tchadiennes ne contrôlent pas la zone où les rebelles détiendraient les combattants du GSPC.
(AFP 19.7 / AP, APS 20.7 / Liberté 21.7) Le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a démenti le 20 juillet toute négociation entre l'Algérie et les rebelles tchadiens du Mouvement pour la démocratie et la justice (MDJT) sur l'extradition de l'"émir" du GSPC, Abderrazak "le Para" : "l'Algérie n'a pas négocié son extradition (avec le MDJT), ne le fera pas et ne traite pas avec le dirigeant d'un mouvement rebelle". Cependant, le ministre a admis que des contacts étaient en cours avec plusieurs Etats pour l'extradition d'Abderrazak, mais a insisté sur le fait que "cette affaire se règle entre des Etats et non pas entre un Etat et un mouvement rebelle". Juste avant le ministre des Affaires étrangères, c'est le ministre de l'Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, dont les déclarations avaient été interprétées par les agences de presse et les journaux, mais également par les autorités tchadiennes, comme la reconnaissance de tractations entre l'Algérie et le mouvement rebelle tchadien, qui avait annoncé que ses propos avaient été "déformés" : "quand on parle d'extradition, il s'agit de discussions entre les Etats", a précisé le ministre de l'Intérieur. L'Ambassadeur d'Algérie à N'djamena avait été convoqué le 19 juillet par le ministère tchadien des Affaires étrangères qui lui avait signifié la "désapprobation" et la "surprise" du Tchad face à l'attitude "inamicale" de l'Algérie, accusée (sur la foi des dépêches de presse) de "traiter sur (le) dos (du gouvernement tchadien) avec une opposition armée".
Quant au sort, toujours incertain, d'Abderrazak, le directeur général de la Sûreté nationale algérienne, Ali Tounsi, a réaffirmé que son extradition était possible et que les lois internationales donnaient à l'Algérie le droit de le "juger en Algérie, en tant que citoyen algérien".
(Jeune Indépendant 19.7) Le directeur général de la Garde communale, le colonel Abdelkrim Nanouche, a démenti les informations selon lesquelles les gardes communaux allaient être désarmés, et a précisé qu'"avec le retour de la paix", leurs armes de guerre allaient être échangées contre des armes plus légères. "La garde communale ne va pas disparaître", a ajouté le colonel : elles continueront à appuyer l'armée, la police et la gendarmerie, et, dans trois ou quatre ans, elle pourrait assurer un rôle de police administrative et de renseignements généraux.
(El Watan 21.7) Un "émir" du GSPC, plusieurs fois donné (comme bien d'autres) pour mort, Mokhtar Belmokhtar (dont par ailleurs la "qualité" d'"émir" du GSPC est incertaine, Mokhtar Belmokhtar ayant d'abord été considéré comme un contrebandier et un bandit de grands chemins), aurait été reconnu dans la région d'Aoulef (w. Adrar) par le chef de daïra (sous-préfet), tombé dans un "faux barrage" tendu par un groupe armé entre Ouargla et Ghardaïa.
(AFP 5.8) L'"émir" du GSPC Abderrazak "Le Para" a assuré, dans un entretien avec un journaliste de "Paris Match", entretien réalisé dans le Tibesti, au nord du Tchad, et publié le 5 août, avoir effectivement reçu une rançon de l'Allemagne pour la libération de touristes allemands que son groupe avait enlevé dans le sud algérien en février-mars 2003, et libéré le 18 août suivant au Mali . Incidemment, l'entretien semble confirmer qu'Abderrazak est bien prisonnier des rebelles tchadiens du Mouvement pour la démocratie et la Justice (MDJT). Le journal publie une photo d'un prisonnier de haute taille, barbu, vêtu d'une tunique traditionnelle, et menotté.
Le gouvernement allemand a affirmé avoir refusé de verser une rançon, mais Abderrazak maintient en avoir effectivement reçu une, dont il refuse de divulger le montant (des informations non confirmées font état d'un montant de 5 millions d'euros), mais dont il assure qu'elle a été majoritairement dépensée "pour l'achat de vivres pour nos frères en Algérie", ainsi que pour l'achat d'armes et de munitions.
(Liberté 29.8) Un garde communal a abattu deux de ses collègues le 28 août à Slim, près de Haïzer (w. Bouira). Le cause du double meurtre serait un conflit personnel entre les protagonistes.
(El Khabar 2.9) Le président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l'Homme (CNCPPDH, officielle), Farouk Ksentini, a confirmé que plusieurs centaines d'anciens membres, "repentis", de groupes armés allaient être réintégrés dans leurs postes de travail dans la fonction publique, notamment l'éducation nationale, en application du principe de la "réconciliation nationale" à laquelle appelle le président Bouteflika. Pour Farouk Ksentini, ces mesures de réintégration (dont certaines ont déjà été mises en oeuvre) toucheraient au total 2000 personnes dans le secteur de l'éducation.
(AP 7.9) "El Watan" annonce la nomination d'un nouvel "émir national" du GSPC, après la mort (non confirmée par le GSPC) du précédent "émir national" supposé, Nabil Sahraoui, lui-même succédant à l'émir Hassan Hattab, supposé limogé (voire, selon certaines sources, phsiquement éliminé). Le nouvel "émir national" du GSPC serait Abou Mossab Abdelwadoud, de son vrai nom Abdelmalek Droukdel. Cette information est à prendre avec d'autant plus de prudence que le nouvel "émir" avait, comme sonb prédécesseur supposé, été donné pour mort par les services de sécurité (il aurait selon eux été tué avec Sajraoui le 19 juin dans le maquis d'Adekkar). La nomination du nouveau chef du GSPC a été annoncée sur un site internet se présentant comme celui du groupe.
(Liberté 9.9 / Quotidien d'Oran 11.9 / AP 12.9 / MAOL 23.8) Le reporter de "Paris Match" Patrick Forester confirme, dans un entretien à "Liberté", avoir effectivement rencontré "Abderrazak Le Para" dans une zone contrôlée par le Mouvement pour la démocratie et la justice du Tchad (MDJT), dont l'"émir" du GSPC serait prisonnier. Patrick Forester assure qu'Abderrazak est "menotté en compagnie de quatorze autres prisonniers", des Algériensa du GSPC, ainsi que des Mauritaniens, des Maliens, des Nigériens, des Nigérians etc.... Les (brèves) images le montrant ont été diffusées sur la chaîne française "France 2". Abderrazak est "épuisé", ajoute le reporter, et a échoué à convaincre le MDJT de rejoindre le "djihad". Selon le journaliste français, il y a eu deux rencontres à Niamey (Niger) entre des représentants du MDJT et des officiers algériens, "dont l'ambassadeur d'Algérie et un général des Services secrets algériens", pour "rapatrier" Abderrazak en Algérie, mais ce "rapatriement" n'a pas pu se faire car il aurait fallu soit le faire par voie terrestre en traversant une zone contrôlée par le gouvernement tchadien, ce à quoi le MDJT se refusait, soit le faire par voie aérienne, ce qui supposait l'accord du gouvernement tchadien pour utiliser son espace aérien, ou le viol de cet espace par les Algériens, ce à quoi les Algériens se refusaient. En outre, les autorités tchadiennes se refusent à reconnaître les rebelles du MDJT comme des partenaires avec qui négocier quoi que ce soit, et se contentent apparemment (ou du moins officiellement) de négocier avec le gouvernement tchadien une extradition que le gouvernement tchadien peut certes accorder, mais pas effectuer puisque ce n'est pas lui, mais un groupe rebelle, qui détient les membres du groupe armé algérien. Le MDJT tchadien a appelé une nouvelle fois, dans des déclarations de ses représentants, l'Algérie à "venir chercher" ses ressortissants islamistes prisonniers, et le porte-parole du mouvement en France, Aboubakar Radjab, s'est demandé pourquoi les contacts avec l'Algérie étaient rompus "depuis juin".
Le commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe, le général Charles Wald, a déclaré à l'agence Reuters qu'Abderrazak devait être "présenté à la justice, de préférence en Algérie", et qu'il pensait que "cela se passera dans un futur proche". Le ministre algérien de l'Intélrieur, Noureddine Yazid Zerhouni, a affirmé le 11 septembre que le gouvernement algérien était toujours en contact avec le Tchad pour obtenir l'extradition d'Abderrazak.
De son côté, le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL) ironise sur "la saga de ce sinistre individu" (Abderrazak), "ex militaire de l'ANP (...) donné pour mort à maintes reprises (...) puis ressuscité au gré des circonstances, et enfin otage entre les mains d'un mouvement d'opposition tchadien" (le mDSJT), lequel "était à une certains époque financé par le DRS" (les services spéciaux algériens). Pour le MAOL, l'interview d'Abderrazak par Patrick Forestier est "une nouvelle supercherie des services du DRS", et en réalité "les officiels algériens ne manifestent aucune disposition à récupérer El Para", qui n'est qu'un "vulgaire malfaiteur transformé par la grâce de la propagande et des médias (...) en dangereux terroriste".
(Liberté 23.9) Selon "Liberté", les "émirs" du GSPC de Skikda et de Collo refuseraient de reconnaître Dourdkdal Abdelmalek, alias Abou Mossab, comme nouvel émir national, après l'éviction de Hassan Hattab et l'élimination de Nabil Sahraoui. La réalité de la désignation d'Abou Mossab comme "émir national" du GSPC est d'ailleurs sujette à caution, et il pourrait bien ne s'agir que d'une autoproclamation.
(L'Expression, AP 6.10) Les effectifs des "terroristes actifs" dans les groupes armés islamistes algériens seraient légèrement supérieurs à 400 combattants, selon des "sources sécuritaires diverses et recoupées" évoquées par "L'Expression" *. Ces 400 combattants seraient regroupés en cine groupes, dont quatre affiliés au GSPC et un autonome, le GSPD de l'"émir" Souane, opérant sur les hauteurs de Médéa, et qui aurait reçu le renfort de quelques survivants des GIA.
Le GSPC, scindé en quatre factions principales, non coordonnées, voire rivales, depuis l'élimination (physique ou non) de son fondateur Hassan Hattab, compterait au total 300 combattants. La "zone II" du GSPC (Kabylie), comportant les maquis de Tizi Ouzou, Bejaïa et Bouira, concentrait l'essentiel des effectifs de 'organisation. La zone 9, contrôlée par Mokhtar Belmokhtar (depuis l'"arrestation" d'Abderrazak El Para au Tibesti par des rebelles tchadiens, disposerait également d'effectifs importants.
Par ailleurs, "El Watan" affirme, lui aussi sur la base de sources "proches des services de sécurité" qu'au moins 200 islamistes "repentis" libérés de prison ont rejoint les maquis.
*Cette évaluation est cependant contredite par la simple addition des bilans officiels de la lutte "antiterroriste", lesquels font état chaque année et depuis plusieurs années de plus de "terroristes" tués que les mêmes sources n'en annoncent en activité -ce qui laisse supposer, soit que le nombre de membres combattants des groupes armés est largement supérieur aux 400 annoncés (on voit d'ailleurs mal comment les effectifs totaux des groupes armés pourraient n'être que de 400 combattants, si au moins 200 "repentis" libérés de prison les avaient, comme l'affirme "El Watan", citant lui aussi des sources "proches des services de sécurité" ...), soit qu'une partie importante des tués annoncés comme étant des "terroristes" sont en fait des civils pris dans les affrontements, les ratissages ou sous les bombardements, ou victimes d'exécutions extra-judiciaires.
(AP 13.10) "Plusieurs dizaines de milliers de personnes" vont êtres recrutées par les différents corps de la police algérienne durant les cinq prochaines années, a annoncé dans un entretien à "El Moudjahid" le directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi.
Ali Tounsi a en outre annoncé que depuis le début des années '90, 25'000 personnes ont été emprisonnées pour des affaires liées au "terrorisme", et a assuré que plus de 85 % des "terroristes éliminés" par les forces de sécurité étaient des enseignants du cycle moyen (collèges).
(Liberté 27.10 / AP 28.10) Abderrazak "le Para", "émir" du GSPC pour la région est, détenu par des rebelles tchadiens du Mouvement pour la démocratie et la Justice au Tchad (MDJT) dans le Tibesti tchadien, a été remis par les autorités libyennes à la police algérienne le 27 octobre, après que les rebelles tchadiens l'aient remis aux Libyens (ou l'aient "libéré" en prenant bien soi de le faire à proximité de la frontière libyenne, de telle manière que les libyens n'aient aucune difficulté à l'appréhender).
Un autre "émir" (ou supposé tel) du GSPC, Mokhtar Belmokhtar, dit "Belaouer" (le Borgne) aurait été repéré dans la nuit du 23 au 24 octobre dans la région de Taoudenit au nord du Mali, à la tête d'un convoi de six véhicules, ont annoncé à Bamako des sources sécuritaires maliennes. La "qualité" d'"émir" du GSPC de Mokhtar Belmokhtar est cependant sujette à doutes, le personnage étant également connu pour s'être illustré comme contrebandier dans le grand sud saharien.
(Quotidien d'Oran 1.11) L'"émir" du GSPC Ammari Saïfi, alias Abderrazak "El Para", extradé le 27octobre par la Libye vers l'Algérie, devrait être jugé en Algérie par un tribunal civil selon "Le Quotidien d'Oran", dès lors qu'il ne faisait plus partie de l'armée lorsqu'il a rejoint, en 1993, les GIA, puis le GSPC, et ne pourrait donc plus être jugé en tant que militaire déserteur, par un tribunal militaire. Une source militaire américaine "de haut niveau" citée par l'agence Reuters a déclaré que les Américains était "naturellement intéressés par interroger 'El Para'", mais qu'il s'agissait d'une "affaire algérienne d'abord".
(Liberté, El Khabar, Le Quotidien d'Oran 5.12) Un milicien local (GLD) d'Aït Zaïm (w. Tizi Ouzou) a été comdamné à dix ans de réclusion le 4 décembre par le tribunal criminel de Tizi Ouzou, pour un meurtre commis le 8 octobre 2002 : il avait alors tiré au fusil de chasse sur un groupe de jeune qui lui reprochaient de n'avoir pas suivi la grève général déclenchée en Kabylie à la veille des élections municipales. L'un des jeunes avait été tué.
A Mostaganem, un milicien local (GLD) et quatre membres de sa famille ont été arrêtés pour menaces à l'arme à feu, détention et port d'armes sans permis.
A Oran, un ancien policier a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour homicide volontaire, commis avec son arme de service le 2 octobre 2001 à Oran.
(L'Expression 12.12) "90 % des terroristes s'apprêtent à se rendre", annonce "L'Expression" qui s'appuie sur "des sources sécuritaires généralement bien informées" pour l'affirmer, et préciser que ces "terroristes (...) n'attendent plus que l'amnistie générale du président" pour se rendre. Le quotidien fait état de "contacts très poussés" entre les services de sécurité et les maquis islamistes de Bouira et Boumerdès pour hâter la reddition des groupes armés, et estime que "le terrorisme, ddéjà à un état résiduel, ne sera plus qu'un vieux souvenir dans les quelques mois à venir", si l'on fait exceptions de "quelques bandes criminelles" comme celle de "l'insaisissable Mokhtar Belmokhtar", qui opère dans le Sahara.
Selon les "sources sécuritaires" évoquées par "l'Expression", il ne resterait plus que 400 "terroristes" actifs (et encore : pas tous armés), "scindés en cinq groupes principaux" : le GSPD de l'"émir" Souane, sur les hauteurs de Médéa, qui aurait tenté de négocier sa reddition, et qui rassemblerait moins d'une centaine d'hommes. et quatre groupes du GSPC, soit 300 hommes au total, "sans la moindre coordination entre eux" depuis l'élimination (la "liquidation", selon "L'Expression", mais nul ne sait excatmenent ce qu'il en est) de son fondateur Hassan Hattab, et celle (confirmée) de son présumé successeur, Nabil Sahraoui. Un groupe du GSPC, le plus important, occupe les maquis de Kabylie (wilayas de Tizi Ouzou, Bejaïa et Bouira, soit la "zone II" du GSPC), un autre le maquis de Boumerdès, deux autres la région de Skikda. A ces cinq groupes s'ajoute celui de Mokhtar Belmokhtar, qui se déplacerait actuellement dans les zones frontalières du Niger et du Mali, à partir d'Illizi.
(AFP 19.12) Entre 300 et 500 islamistes armés au "moral délabré" et n'attendant "qu'une occasion pour se rendre aux autorités", sont encore "en activité" en Algérie, selon le directeur général de la police algérienne, Ali Tounsi, le 19 décembre à l'occasion de la "Journée de la police arabe". Ali Tounsi a affirmé que le terrorisme ne pouvait plus "prendre racine" à Alger et que les membres des groupes armés, traqués, étaient contraints de se cacher dans des maquis reculés, ce qui fait que leur neutralisation définitive "va prendre encore un peu de temps". Ali Tounsi a également évoqué la "connexion" entre l'islamisme armé, le grand banditisme et le crime organisé, notamment "le racket, le blanchiment d'argent et la drogue".
(L'Expression 15.12) Une mission des forces spéciales américaines assiste depuis un mois une offensive de l'armée nigérienne contre des groupes armés du GSPC algérien, annoncent "L'Expression", s'appuyant sur des "sources officielles à Niamey", sans autre précision. Cette offensive se serait déroulée à une centaine de kimoètres au nord-est de la capitale du Niger, dans la région de Tamgak, et aurait abouti à l'"élimination" de sept membres du GSPC, et seulement deux blessés nigériens (sur 150 militaires engagés). L'Expression note que la présence américaine, et l'action menée dans le cadre du petit programme "antiterroriste" (de 7,5 millions de dollars) "Pan-Sahel initiative" (PSI) au Niger, au Tchad, en Mauritanie et au Mali, relance le projet d'une base militaire américaine permanente dans le sud algérien, ou du moins à sa proximité immédiate, avec la possibilité d'utiliser les aérodromes militaires algériens du Sahara pour des "missions en profondeur" en Afrique, et en particulier dans les zones sahéliennes servant aux groupes armés d'espace de recrutement, de contrebande et de repos.
2005
(AFP, El Moudjahid 3.1) L'"émir national du GIA" (en fait, le chef de l'un des derniers GIA encore en activité, les GIA étant depuis longtemps totalement autonomes les uns des autres, et sans plus aucune coordination nationale), Rachid Abou Tourab (de son vrai nom Rachid OUkali), successeur d'Antar Zouabri (abattu par l'armée le 8 février 2002 à Boufarik) a été tué par des proches en juillet 2004, a annoncé le 3 janvier le ministère algérien de l'Intérieur, qui a également annoncé avoir arrêté à Alger, en novembre 2004, le successeur de Rachid Abou Tourab, Noureddine Boudiafi, alias "Noureddine RPG", alias "Hakim", puis tué à Chlef, le 1er décembre, le successeur de ce successeur, Chaabane Younes, alias "Lyes", et enfin démantelé plusieurs réseaux du GIA et arrêté plusieurs membres de groupes armés, dont Guechniti Redouane, et une douzaine de membres des réseaux de soutien.
Selon le ministère, le dernier GIA encore actif ne serait plus composé que d'une trentaine dîndividus, répartis en deux groupes, tous deux "traqués" par les forces de sécurité, l'un dans la zone de Thala Acha, dans la région de Blida, l'autre dans la région de Kouacem, entre les wilayates de Chlef et de Tissemsilt.
(El Khabar 12.1) Hassan Hattab, fondateur du GSPC, plusieurs fois donné pour mort par la presse privée algérienne, sans toutefois que ces informations aient jamais été confirmées par les autorités, a, selon "El Khabar", annoncé sa "disposition à répondre positivement à la démarche d'amnistie générale" proposée par le président Bouteflika. Selon le quotidien, Hattab -qui lorsqu'il n'était pas donné pour mort était donné pour évincé de son statut d'"émir national" du principal groupe armé algérien- se serait exprimé au nom du GSPC, dans un communiqué de celui-ci, en décembre 2004. Hattab désignerait Ali Benhadj pour représenter "la branche politique de l'organisation" islamiste, c'est-à-dire le FIS, et refuserait que la négociation se fasse uniquement avec la branche armée, c'est-à-dire le GSPC.
(Quotidien d'Oran, AP 13.1) Il ne resterait plus, selon le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni, qu'une vingtaine d'éléments du dernier GIA en activité, et ces "terroristes actuellement en cavale" sont pourchassés par les forces de sécurité. Le ministre, qui a fait cette déclaration le 12 janvier à l'occasion de la cérémonie de promotion de 149 policières, a donc réaffirmé que le GIA est "pratiquement éradiqué", après les éliminations successives de ses chefs, d'abord Rachid Abou Tourab en juillet 2004, tué par ses proches, ensuite son successeur, Noureddine Boudiafi, arrêté début novembre, enfin le successeur de ce successeur, Chaâbane Younès, abattu par les forces de sécurité à Chlef début décembre. Yazid Zerhouni a également assuré que le Groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), dont le fondateur, Hassan Hattab, donné pour mort ou à tout le moins évincé, aurait refait surface, subira inévitablement le même sort que les GIA.
(La Tribune, Le Quotidien d'Oran 6.2) Le chef de la délégation algérienne à la conférence internationale (une cinquantaine de pays représentés) sur le terrorisme tenue à Ryad depuis le 4 février, Lamine Kherbi, Conseiller du président Bouteflika, a dressé le bilan de la lutte "antiterroriste" en Algérie, bilan en grande partie sous forme d'un acte d'accusation contre le manque de coopération de la "communauté internationale". La plupart des mandats d'arrêts internationaux lancée par l'Algérie sont par exemple restés sans suite.
Plus de 6000 terroristes se sont rendus aux autorités depuis la promulgation de la loi sur la "concorde civile", ont annoncé à Ryad les autorités algériennes, qui ont affirmé que des liens étroits existaient entre les groupes armés algériens, essentiellement les GIA et le GSPC, et la Qaeda. La délégation algérienne a déploré l'absence des GIA et du GSPC sur les listes des groupes et organisations terroristes dressées par l'Union Européenne. Les Algériens ont relevé qu'ils ont, pendant une décennie (jusqu'aux attentats de 2001 aux USA) mené seuls la lutte contre le terrorisme : "les groupes terroristes tiraient alors pleinement profit d'un certain laxisme, voire d'une certains complaisance au niveau international. Un engagement des pays abritant des réseau de soutien ciblant l'Algérie aurait sans doute permis d'abréger les souffrances du peuple algérien". Mais le chef de la délégation algérienne a également souligné qu'"aucune armée" n'était prête à lutter contre le terrorisme, l'armée algérienne ayant en outre particulièprement souffert de l'absence de "concours" d'autres pays, et de la nécessité dans laquelle elle s'est trouvée d'assurer seule l'indispensable "adaptation de la formation et des moyens de lutte". Les forces algériennes de sécurité ont commencé à combattre avec des moyens "inadaptés" des hommes entraînés, revenant d'Afghanistan, de Bosnie et de Tchétchénie. Si ce combat a, selon les autorités, été gagné, c'est grâce à la collecte de l'information, au renseignement, à la coopération de la population, à la création de forces de sécurité "de proximité" (les milices, GLD et gardes communales), mais également au choix politique de l'"apaisement" contenu dans la loi de concorde civile
Les Algériens ont également annoncé à la conférence de Ryad que le ministère de la Justice avait en projet la mise en place de pôles judiciaires spécialisés dans le traitement des dossiers liés au "terrorisme". avec des compétences "élargies à l'ensemble du territoire national". Ils ont conclu leur rapport en exposant la démarche de la loi sur la "concorde civile" et du projet de "réconciliation nationale", "pour l'essentiel accomplie".
(Quotidien d'Oran 3.2) 489 policiers algériens, dont 77 % sont encore en service, 9 % en arrêt de travail et 12 % affectés à des postes "aménagés", ont été déclarés souffrant de syndromes post-traumatiques, selon une évaluation des cellules de prise en charge des victimes de traumatismes psychiques au sein de la Sûreté nationale, cellules créées fin 2003. Cette évaluation a été rendue publique par le directeur génédal de la Sûreté nationale, Ali Tounsi, qui a d'une part relativisé ces chiffres en relevant que les policiers officiellement considérés comme traumatisés ne représentent que 0,4 % des effectifs de la Sûreté nationale (130'000 policiers), mais d'autre part renforcé ces chiffres en annonçant que depuis 1999, 10'000 policiers ont suivi un traitement psychologique. 17 policiers se sont suicidés en 1997. 4000 policiers ont été radiés, 150 sont poursuivis en justice. Sur 25'000 à 30'000 candidats à l'engagement au sein de la police et ayant suivi des tests psychologiques dans les six derniers mois, 30 % ont été recalés à la suite de ces tests.
Sur les 489 policiers reconnus comme traumatisés, 41 % sont originaires de l'ouest du pays, 37 % de l'est (le reste du centre et du sud). La plupart sont âgés de 25 à 36 ans.
(AP, Le Soir d'Algérie, Liberté 13.2) Un communiqué signé de l'"émir" présumé du GSPC, Abou Mosaâb (de son vrai nom Abdelmalek Dourkal), et publié sur internet, annonce l'exclusion de l'organisation islamiste armée de son ancien chef Hassan Hattab, accusé de "haute trahison", pour avoir apporté son soutien à la politique de réconciliation nationale du président Bouteflika. Hattab "ne représente plus que lui-même depuis 2003 car il a montré des signes de défaitisme depuis le 11 septembre", explique le communiqué, qui accuse en outre Hattab d'utiliser frauduleusement le sceau du GSPC pour faire accroire que l'organisation souscrit à la "réconciliation nationale". Par ces actes "qui sont une haute trahison pour Dieu, son prophète et le sang des moudjahidines, (Hattab) devient l'allié du pouvoir athée et un pion de son complot contre le Djihad", poursuit Abou Mosaâb, qui s'en prend également aux partis islamistes légaux qui soutiennent la réconciliation en courant "derrière des intérêts partisans étroits".
Hattab est supposé avoir démissionné de lui-même de son poste d'"émir national" du GSPC en 2001, pour cause de divergences internes. Il avait même plusieurs fois été donné pour mort, tué par ses anciens compagnons d'armes. Son remplaçant présumé à la tête du GSPC, Nabil Sahraoui, avait quant à lui été tué fin juin 2004 près de Bejaïa. Abou Mosaâb est le remplaçant présumé de ce remplaçant présumé. Quant à Hattab, tout "démissionnaire", "limogé", voire "éliminé" qu'on l'ait considéré, c'est encore à lui qu'a été parfois attribuée une embuscade ayant fait, en janvier dans la région de Biskra, 18 morts dans les rangs des forces de sécurité, ce qui laisserait supposer qu'il contrôle toujours des groupes armés du GSPC.
Le ministre algérien de l'Intérieur Yazid Zerhouni, en annonçant le 13 janvier la fin des GIA, avait aussi annoncé la fin prochaine du GSPC, et affirmé que ce groupe était réduit à "quelques poches de terroristes".
Quant aux GIA, leur ancien "émir national", actuellement emprisonné, Abdelhak Layada a adressé au président Bouteflika une lettre dans laquelle il apporte son soutien au projet d'amnistie générale, tout en le jugeant encore flou. La lettre de Layada (ou du moins signée par lui) estime que "la crise étant politique, sa solution ne pourra être donc que politique"; Layada demande la libération de tous les détenus, le recouvrement par tous les Algériens de leurs droits légitimes civiques et politiques et la vérité sur le sort de tous les disparus. Layada affirme que Ali Benhadj peut contribuer à résoudre la crise.
Par ailleurs, Layada revient sur son arrestation au Maroc en 1993, mais affirme n'avoir jamais été emprisonné au Maroc avant son extradition, arrachée par le général Nezzar. Layada affirme même n'avoir pas été emprisonné au Maroc, mais seulement interpellé pour être extradé.
(Le Soir d'Algérie 15.2 / AP 16.12, El Khabar 17.12) Dans un communiqué daté du 15 février intitulé "démarcation et démenti", communiqué dans lequel il affirme être toujours le chef du GSPC, Hassan Hattab accuse les "émirs" qui ont annoncé dans un premier temps son limogeage, et dans un deuxième temps son exclusion du GSPC, de n'être que des résidus des GIA, infiltrés au sein du GSPC après la quasi liquidation des GIA, et parlant sans droit au nom du GSPC. Hassan Hattab, qui serait donc toujours "l'émir national" d'une sorte de "GSPC officiel" (ou de "GSPC canal historique"), évoque une poignée d'individus parlant au nom du groupe salafiste, en tournant le dos aux fatwas des érudits de l'islam, les insultant, eux, et tous ceux qui les contredisent". Hattab poursuit en mettant "la nation en garde" contre les "idées (...) de ces individus", comme auparavant "contre les idées de Djamel Zitouni et Antar Zouabri". "Tout communiqué non signé par Hassah Hattab ne doit pas être considéré comme émanant du GSPC", conclut Hattab.
L'infiltration d'anciens des GIA au sein du GSPC est vraisemblable, du fait de la quasi élimination des GIA, réduits à quelques petits groupes isolés. Des actes "terroristes" attribués depuis des mois par la presse et/ou les autorités au GSPC, et ciblant les civils, ressrmblaient d'ailleurs beaucoup plus aux pratiques des GIA qu'à celles d'un GSPC, lequel "ciblait" systématiquement les membres des forces de sécurité (armée, gendarmerie, police, gardes communales, milices), alors que les GIA avaient fini par s'en prendre quasi exclusivement à des civils désarmés.
Selon un officier de l'armée, dont les propos sont rapportés par "L'Expression", le GSPC disposerait encore de plus de 200 éléments actifs et opérationnels dans la région comprise entre Tizi Ouzou et Boumerdès. Deux katibates du GSPC seraient actives dans cette région, "Al Ansar", avec 150 hommes dirigés par l'"émir" Selmane, et Al Arkam, avec au moins 50 hommes. Le GSPC aurait procédé à un nouveau découpage opérationnel de la région, entre quatre zones distinctes : Al Ansar et Al Arkam entre Tizi Ouzou et Boumerdès, et deux autres groupes entre Alger et Boumerdès.
Selon "El Khabar", l'armée aurait établi des zones de "non agression" entre les forces de sécurité et le GSPC, pour permettre aux membres du GSPC favorables à l'amnistie générale de se rendre. Selon des "repentis" et des familles de membres du GSPC, cités par "El Khabar", ces zones se situent dans la forêt de Sidi Ali Bounab, entre les wilayas de Boumerdès et de Tizi Ouzou, soit les zones où opèrent les katibates Al Ansar et Al Arkam, ce qui laisserait supposer que ce sont précisément ces katibates qui seraient contrôlées par Hassah Hattab, réputé plus disponible que ces adversaires au sein du GSPC (les "anciens des GIA" que Hattab dénonce dans son communiqué du 15 février).
(Jeune Afrique 20.2) Selon "Jeune Afrique", certains cadres du GSPC proposeraient un changement de nom du groupe, qui deviendrait le "Tandhim al-Quaïda fi bilad al-Barbar" (Organisation de la Qaeda en pays berbère), comme l'organisation du Jordanien Abou Moussab al Zarqaoui, le Tahwid al Djihad, est devenue en décembre 2004, avec l'aval d'Oussama Ben Laden, l'Organisation de la Qaeda en Mésopotamie (Tandhim al-Qaïda fi bilad ar-Radifain).
(Quotidien d'Oran 27.3) Environ 200 gardes communaux révoqués (176 ayant signé une pétition) ont manifesté le 26 mars devant le siège de la wilaya de Relizane, pour revendiquer indemnisations et réintégration, ainsi que le démission du directeur de la Garde communale et une enquête bjudiciaire sur la gestion du budget de la direction de la Garde. Certains gardes communaux ont été révoqués pour des raisons disciplinaires, des abandons de poste, des manoeuvres dangereuses d'armes, qui ont parfois entraîné mort d'homme; d'autres ont été révoqués pour manque d'instruction ou pour n'avoir pas pu attester qu'ils avaient effectué leur service militaire. 200 nouveaux gardes communaux devraient être recrutés, sur la base d'exigences plus élevées que celles qui prévalaient lors du recrutement des 200 gardes révoqués.
(El Watan 10.4 / AP 18.4 / AP 19.4 / Al Bayane 19.4) Un ancien "émir" d'un GIA, Talha El Hadj, alias "About Tourab", s'est rendu aux services de sécurité à Oran, annonce "Liberté" le 19 avril. Talha El Hadj avait succédé à "Akal" à la tête des GIA de la région. Il se serait rendu en présumant qu'il allait bénéficier de la loi d'amnistie générale proposée par le président Bouteflika.
Le quotidien "L'Expression" annonce, sur la base de déclarations du président de la Commission nationale pour l'amnistie générale (CNAG), Abderrazak Smaïl, qu'environ 400 membres de différents groupes arnés* seraient sur le point de se rendre, toujours dans l'espoir de bénéficier d'une loi d'amnistie. Abderrazak Smaïl précise qu'il s'agirait de membres de "groupes terroristes qui ont cessé toute action subversive depuis de nombreux mois" et qui attendent la "promulgation du décret présidentiel portant amnistie générale". Il ajoute que des contacts "directs" ont été établis avec ces groupes (du GSPC, du GSPD et des GIA), présents dans les wilayas d'Annaba, Skikda, Medea, Tizi Ouzou et Bouira, et qui affirment par ailleurs n'avoir "aucun lien avec Al Qaïda".
Six Tunisiens ont été arrêtés le 14 avril à Annaba. Ils sont accusés d'avoir vulu rejoindre un groupe du GSPC de la région située entre Jijel et Collo, dirigé par l'"émir" Doudrel.
* Le président de la CNAG estime que les "terroristes" prêts à déposer les armes représentent "plus de 95 % des éléments terroristes encore présents dans les maquis". Le chiffre de 400 membres de groupes armés prêts à se rendre est plus élevé que celui des membres actifs des groupes armés, tel qu'annoncé régulièrement par les autorités, soit environ 300 éléments actifs. Selon "El Watan", le GSPC reste "puissant et bien structuré", notamment en Kabylie, et il compterait plus d'une centaine de combattants dans les massifs montagneux de la région de Boumerdès, à peu près autant dans les Babor et les Aurès (où cependant ses actions seraient plus sporadiques), et également à peu près autant entre Biskra, Ghardaïa et Illizi, où il serait allié aux contrebandiers qui les ravitallleraient en carburant et les financeraient en échange de la sécurisation des pistes. Quant aux GIA, ils ne compteraient plus qu'une trentaine de membres, répartis en groupes de cinq ou six éléments dans les maquis de Blida, Tipaza, Medea, Aïn Defla et Tissemsilt,.
(El Watan 13.4) Plusieurs dizaines d'habitants (200 selon "El Watan" de la région de Bouira ont manifesté le 12 avril en exigeant qu'on leur rendre leurs fusils, confisqués au début des années '90 par la gendarmerie. Selon "El Watan", 7500 habitants de la wilaya de Bouira réclameraient qu'on leur rende leurs armes confisquées, certains affirmant qu'elles ont été remises à des milices locales.
(Corr 25.4) Quatre islamistes armés tunisiens ont été arrêtés le 23 avril par les forces de sécurité à Baraki, dans la banlieue d'Alger. Selon la presse, ils s'apprêtaient à rejoindre le GSPC, et ont été dénoncés par un "repenti".
(L'Expression 3.5) Un rapport américain sur le terrorisme en 2004, rendu public en avril, exprime des doutes sur l'existence d'un lien réel entre le GSPC et la Qaeda, et signale qu'aucune preuve tangible n'existe d'un tel lien, revendiqué par Hassah Hattab et mis en avant par la presse algérienne. Selon le rapport américain, le GSPC aurait de lui même prêté à la Qaeda une allégeance purement formelle, pour des raisons de propagande.
(El Khabar 8.5) Un communiqué du GSPC (du moins de la faction du GSPC dirigée par "Abou Mosaâb"), publié sur le site internet de l'organisation, daté du 16 avril et signé par le responsable du Comité d'information, Salah Abou Mohamed, réaffirme son allégeance à la Qaeda d'Oussama Ben Laden, allégeance récemment contestée par un rapport américain, et jamais confirmée par aucune source crédible liée à la Qaeda.
Le communiqué du GSPC dénonce comme faisant partie d'une "campagne virulente d'allusions trompeuses" les rumeurs faisant état de l'adhésion de certains membres, voire de certains groupes, de l'organisation au projet d'amnistie générale du président Bouteflika, projet qualifié de "trompeur" et "dangereux". Le communiqué du GSPC réaffirme son refus de "tout chantage visant l'arrêt du Djihad", et de toute "demi-solution".
(L'Expression 2.5) Dans un long entretien accordé à "L'Expression", l'ex "émir régional" de l'AIS, Ahmed Benaïcha, estime à "plus de 100'000 hommes" les pertes subies par les islamistes algériens (armés ou non) depuis l'interruption du processus électoral en 1991. Benaïcha justifie le réaction "brutale" des islamistes algérien à l'annulation des élections de 1991 en expliquant que "tout parti qu'on aurait spolié de ses droits aurait réagi de la même manière", et que d'ailleurs les partis victimes de spoliations comparables ailleurs, par exemple en Ukraine, "se sont soulevés et le monde entier les a soutenus" : "Nous aurions trouvé de l'aide si notre projet était occidental", estime Benaïcha. L'ex "émir" de l'AIS exprime cependant ses regrets de la réaction "violente" des islamistes, "et d'avoir répondu à la provocation car elle a profité à nos détracteurs". Ahmed Benaïcha précise que les anciens chefs de l'AIS sont en "contact permanent" avec les groupes armés toujours actifs, et qui selon n'ont pas encore déposé les armes parce que "les promesses du pouvoir", telles que faites lors des accords passés avec l'AIS, n'ont pas été tenues. L'ancien "émir" apporte enfin son soutien à la démarche présidentielle d'amnistie générale.
(l'Expression 12.5) un groupe armé du GSPC, fort de 27 à 40 éléments, scindés en plusieurs groupes ("serates") encerclés par les forces de sécurité dans la région d'Oued Z'hor, entre Collo et El Milia (w. Jijel) serait sur le point de se rendre aux autorités, annonce "L'Expression". Des négociations auraient été menées.
(Liberté 24.5) Le procès d'"Abderrazak El-Para" (de son vrai nom Amari Saïfi), "émir" du GSPC, et de cinq autre membres de son groupe, devrait se tenir le 13 juin devant le Tribunal criminel d'Alger.
Ancien parachutiste, Abderrazak avait rejoint les rangs du GSPC en 1999. Il avait été arrêté en 2004 au Tchad par un groupe rebelle tchadien, le MJTD, qui l'avait remis à la Libye, et le ministre algérien de l'Intérieur avait annoncé que les autorités libyennes l'avaient remis à l'Algérie le 27 octobre 2004. Mais curieusement, relève "Liberté", Abderrazak est toujours considéré par la justice algérienne comme "non détenu", et il n'avait d'ailleurs pas été présent lors de la dernière audience du tribunal.
(AP, Le Jour d'Algérie 31.5) Le bulletin "Algérie confidentiel", sur la foi d'une "source bien informée", annonce que le supposé "émir national" du GSPC, Abou Mossab Abdelouadoud, a été abattu avec quinze de ses compagnons par d'autres membres du GSPC. Abou Mossab Abdelouadoud. Abdemlakel Droukdel), qui est supposé avoir succédé à Nabil Sahraoui, lequel est lui aussi supposé avoir succédé à Hassan Hattab, puis avoir été abattu par l'armée. Comme d'habitude, aucune confirmation crédible de cette information n'a été donnée. Hassan Hattab lui-même a plusieurs fois été donné pour mort, et la mort de Nabil Sahraoui a également été annoncée plusieurs fois à plusieurs mois d'intervalles.
La presse algérienne fait par ailleurs état de l'existence d'un "Groupe salafiste libre" (GSL), dont un groupe armé, qui serait responsable d'une embuscade ayant coûté la vie à seize militaires le 15 mai à Tala Tafouaht (w. Khenchela), serait encerclé par les forces de sécurité entre Tebessa, Khenchela et Chlef. Le GSL serait une scission du GSPC, scission proovoquée par Hassan Hattab au moment de son éviction par Nabil Sahraoui à la tête du GSPC. Cependant, d'autres sources attribuent l'embuscade du 15 mai au GSPC lui-même, et l'existence même d'un GSL est aussi sujette à doutes que l'annonce de la mort d'Abou Mossab.
(AP 13.6) Déjà ajourné le 24 avril, le procès annoncé de l'"émir" du GSPC "Abderrazak le Para" (Amari Saifi) a été une nouvelle fois reporté le 13 juin. Officiellement, Abderrazak est toujours considéré comme étant en fuite, alors que les autorités algériennes avaient annoncé, le 24 avril, qu'il leur avait été remis par les autorités libyennes, le 27 octobre 2004, autorités libyennes à qui il avait été remis par les rebelles tchadiens qui l'avaient capturé dans le Tibesti. Abderrazak est donc vraisemblablement toujours détenu secrètement, et interrogé, par les forces de sécurité algériennes.
(Jeune Indépendant, El Watan, Liberté 26.6) Amari Saïfi, alias "Abderrazak le Para", a été condamné le 25 juin, par contumace, à la prison à vie par le tribunal criminel d'Alger, pour "création d'un groupe terrorisme armé". Ancien numéro deux du GSPC, Abderrazak a été jugé en tant qu'"émir" du GSPC pour la région de Batna, avec cinq co-inculpés (dont trois ont été acquittés, les deux autres écopant de trois ans de prison).
Abderrazak avait été capturé dans le Tibesti par des rebelles tchadiens, remis aux autorités libyennes et extradé en octobre 2004 -mais personne ne l'a vu depuis, et il était absent de son propre procès. Le Tribunal n'a d'ailleurs donné aucune explication à cette absence, et Abderraza, dont le procès avait été reporté deux fois, en avril et juin derniers, est officiellement considéré comme étant "en fuite". Il serait actuellement détenu dans un lieu secret et interrogé (on ne sait pas précisément par qui), avant d'être inculpé de plusieurs autres chefs d'accusation.
(Quotidien d'Oran 13.6, 22.6) Les autorités mauritaniennes continuent d'accuser le GSPC algérien, et particulièrement le groupe de Mokhtar Belmokhtar, d'être responsable de la récente attaque contre un poste militaire mauritanien. Mais selon des sources proches de la famille de Mokhtar Belmokhtar, celui-ci ne se trouve pas en Mauritanie, mais en Algérie, dans sa région d'origine, celle de Ghardaïa. En outre, on ne voit pas très bien pourquoi Mokhtar Belmokhtar se mettrait à attaquer des postes militaires mauritaniens dans une région où il n'a aucun intérêt à attirer des forces militaires. Enfin, alors que les autorités mauritaniennes affirment que le groupe armé qui a attaqué le poste de Lemghity était fort de 150 éléments, des sources proches des services algériens de sécurité estiment à une trentaine le nombre des éléments du groupe de Mokhtar Belmokhtar. Le GSPC a cependant revendiqué, sur son site internet, l'attaque du poste mauritanien.
Quant à Mokhtar Belmolkhtar, son procès devant le tribunal criminel d'Alger, qui devait le juger pour "appartenance à groupe terroriste armé" (le GSPC) en compagnie de 15 autres personnes, dont l'"émir" national présumé du GSPC, Nabil Sahraoui, dont la mort a été annoncée, a été renvoyé au 28 juin pour des raisons de procédure.
(AP 9.7 / El Watan 10.7 / Quotidien d'Oran 10.7, 12.7) "Le phénomène du terrorisme est en voie d'extinction" a annoncé le directeur général de la Sûreté nationale, Ali Tounsi, le 9 juillet. Ali Tounsi a toutefois reconnu que l'éradication du terrorisme "traîne un peu", que "l'extermination des résidus du terrorisme dans les maquis peine à aboutir" et aannoncé que le gouvernement allait opter pour des méthodes "qui accéléreront cette extinction". Pour le chef de la police algérienne, il ne reste plus que "quelques centaines" de "terroristes" encore en activité, et les victimes du terrorisme se sont montées à 360 en 2004 (selon Tounsi), contre 7000 en 1997. Les accidents de la route tuent actuellement onze fois plus de personnes (4000 par an) que le terrorisme, a ajouté le chef de la police algérienne, Ali Tounsi a en outre relevé que des terroristes se reconvertissaient dans le "crime organisé, en créant des groupes selon le copinage des années du maquis pour réaliser des hold up, des racket", et qu'il faudra sérieusement enquêter sur l'origine des fortunes de certaines familles d'anciens terroristes, fortunes que "se chiffrent en milliards". Sur ce point, il semble que les auteurs d'un hold-up commis le 11 juin dans une banque de Birkhadem (le butin était de plus de 1,6 milliard de dinars, plus de 166'000 euros et plusieurs dizaines de milliers de dollars américains et de livres sterling) soient d'anciens membres de groupes armés, "repentis" ou ayant purgé leur peine. Neuf personnes ont été arrêtées, dont six connues des services de police pour avoir été membres de groupes armés.
Ali Tounsi a par ailleurs affirmé ne pas savoir où se trouve Abderrazak "le Para", "émir" du GSPC, condamné le 25 juin à la réclusion à perpétuité, et par contumace alors qu'il est supposé être entre les mains des autorités algériennes après son extradition par la Libyne en octobre 2005.
Enfin, le chef de la police algérienne a annoncé que la direction générale de la sûreté nationale prévoyait le recrutement de 45'000 nouveaux éléments, et la revalorisation des salaires de policiers, mais excluait toujours la création d'un syndicat de policiers.
(Quotidien d'Oran 20.7) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a minimisé le 19 juillet l'ampleur de la reconversion d'anciens membres de groupes armés dans le grand banditisme et le crime organisé, reconversion évoqués précédemment par le directeur de la sûreté nationale, Ali Tounsi. Selon le ministre, "le nombre des repentis qui se sont recyclés dans le grand banditisme est très infime".
(L'Expression 14.8) Le renversement du président mauritanien Ould Taya a mis à mal la thèse, abondamment relayée par les media algériens (et européens) d'une alliance du GSPC algérien avec les islamistes mauritaniens, et avec le mouvement "islamo-militaire" mauritanien des "Cavaliers du changement".
Plusieurs militants de ce mouvement, et des islamistes mauritaniens, accusent aujourd'hui le régime d'Ould Taya de leur avoir extorqué des aveux pour confirmer des liens inexistants avec le GSPC, et par le GSPC avec la Qaeda. Mokhtar Ould Moussa, responsable islamiste et ancien ambassadeur de Mauritanie aux Emirats, accuse l'ancien régime d'avoir "torturé les imams et les oulémas", ainsi que d'autres militants islamistes pour les obliger à "avouer" qu'ils faisaient partie d'une organisation "djihadiste" étrangère.
Par ailleurs, la responsabilité de l'attaque meurtrière (18 militaires mauritaniens tués et 20 blessés) lancée en juin derniercontre le poste militaire de Lemgheity, dans la région frontalière de l'Algérie, devient de plus en plus sujette à controverses : cette attaque avait été imputée au GSPC "renforcé" d'islamistes mauritaniens, d'autant qu'un site internet supposé être celui du GSPC avait revendiquée, mais les hypothèses évoquées par les officiels mauritaniens (un groupe armé de 150 hommes venant d'Algérie et attaquant ce poste isolé de l'armée meuritanienne) paraissent de moins en moins crédibles : on voit mal comment un groupe armé de 150 hommes aurait pu se déplacer sans être repéré d'Algérie en Mauritanie, alors que des exercices militaires "antiterroristes" internationaux, avec la participation de militaires algériens, mauritaniens... et américains (notamment) se déroulaient ou se préparaient dans la région, et que le théâtre de ces exercices était surveillé par les dispositifs satellitaires américains (et français). En outre, les groupes armés algériens ne se déplacent plus depuis des années en effectifs aussi nombreux.
(El Watan 7.8) Selon "El Watan", des groupes armés concurrents, mais tous issus du GSPC, et installés dans la zone frontalière entre la Mali et le Niger, se seraient livrés vers la fin juillet à des affrontements armés, qui auraient provoqué des pertes. Il s'agirait d'affrontements entre le groupe de Mokhtar Belmokhtar et un groupe dissident, et les accrochages se seraient produits sur territoire malien, près de la zone frontalière de Bordj Badji Mokhtar. Ils auraient pour cause le partage du butin du groupe de Belmokhtar, lequel groupe est réputé se livrer au moins autant à la contrebande qu'au djihad.
(Liberté 7.8) Selon "Liberté", le GSPC a fait de la région de Zemmouri, dans la wilaya de Boumerdès, "la plaque tournante" de ses activités, grâce à le persistance des réseaux de soutien mis sur pieds dans la région, et malgré le démantèlement de nombre d'entre eux (une trentaine de réseaux démantelés depuis 2001, selon les autorités, et environ 400 personnes impliquées). Du coup, selon "Liberté", et contrairement aux affirmations réitérées des autorités selon qui le "terrorisme" n'est plus que "résiduel" en Algérie, avec quelques centaines (moins de 500) membres actifs de groupes armés, "les capacités de nuisance des terroristes restent importantes"
(Reuters 16.8 / Quotidien d'Oran 17.8) Un communiqué daté du 31 juillet et publié le 15 août sur un site internet islamiste, communiqué attribué au GSPC mais sans que cette attribution ait été confirmée, faute de cachet et de signature, exhorte les musulmans de France a attaquer en France les responsables algériens que les auteurs du communiqué accusent de détourner les richesses du pays et de piétiner les valeurs islamiques. Le communiqué invite les musulmans de France à "traquer" et à "pourchasser ces criminels en France (...) dans les antres de débauche, dans les repaires de la corruption et du jeu, dans les boîtes de nuit, les cabarets, les magasins de vente d'alcool". Le communiqué désigne également comme les "véritables ennemis" algériens de l'Islam les "nombreux civils réputés pour leur entière allégeance aux dirigeants français", et qui ont "accaparé l'administration algériennes, les organes d'information, les grandes entreprises, les institutions culturelles, les diverses missions diplomatiques ains que d'autres centres influents", et qui vont en France "se reposer (...), récupérer leurs forces pour revenir ensuite (en Algérie) avec un nouveau souffle, comploter contre l'Islam et combattre les fidèles". Le communiqué salue également l'assassinat de de deux diplomates algériens en Irak en juillet.
(L'Expression, Le Jour d'Algérie 17.8 / El Watan 18.8 / L'Expression 24.8) "Aucune source crédible n'est aujourd'hui en mesure de dire combien d'Algérient sont encore dans les maquis islamistes", constate "L'Expression", qui rappelle qu'en 1996 on estimait le nombre de "terroristes" à plus de 27'000 hommes armés, et qu'au début 2005 le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni n'évoquait plus de 400 hommes armés, et le patron de la police, Ali Tounsi, entre 300 et 500. D'autres sources évoquent le chiffre de 800 ou de 1000 combattants islamistes. Selon des "sources sécuritaires" évoquées par "Le Jour d'Algérie, 250 "terroristes" toujours en activité sont identifiés et font l'objet d'avis de recherches, et les services de sécurité possèdent 200'000 photos de "terroristes" (confirmés ou supposés, morts ou vivants, actifs ou repentis). "Ces photos (...) suscitent l'intérêt d'Interpol, dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme", et constituent un "très important et considérable outil de lutte contre le terrorisme", ajoute le journal.
Actuellement, le GSPC pourrait compter sur 300 à 500 hommes, et serait dirigé par Abdelmalek Droudkel, dit "Abou Mossaâb Abdelwadoud". Il maintiendrait ses bases principales dans l'est de la wilaya de Bejaïa, d'où il rayonnerait dans les wilayas de Tizi Ouzou, Boumerdès, Bouira, M'sila, Tebessa, Batna, Sétif, Bordj Bou Arreridj et Ouml El Bouaghi. La "zone 2" du GSPC, dirigée par Abdelhamid Saâdaoui, s'étend de Boumerdès à Dellys. Dans le sud, la "zone 9" du GSPC, s'étendant du Djebel Boukhil à Djelfa et sur tout l'extrême sud, y compris des pénétrations au Mali, au Niger, en Mauritanie et au Tchad. serait toujours le fief de Mokhtar Belmokhtar.
Plus de 200 "terroristes" ont été "éliminés" dans les wilayas de Bouira, Boumerdès et Tizi Ouzou entre 2001 et 2004, et une trentaine dans les six premiers mois de 2005 dans la seule wilaya de Boumerdès, selon "une source au fait de la situation sécuritaire" évoquée par "El Watan". Ladite source ajoute cependant que le GSPC "est encore là" et capable de frapper dans la wilaya de Boumerdès. Si le GSPC aurait, selon "El Watan", perdu une quarantaine d'éléments qui se seraient rendues aux autorités, il aurait enregistré autant de nouvelles recrues, notamment dans les régions de Zemmouri, Baghlia, Benchoud et Aïn El Hamra. Dans la région s'étendant de Ghezaroual à Mizrana serait actifs une centaine d'éléments de la "phalange El Ansar", dirigée par l'"émir" Abou Bakr Abbas alias "Selmane". Entre Zemmouri et Thenia on trouverait la faction "El Arkam" de l'"émir" Khelifi, au sud de Thenia la katibat "El Farouk" dirigée par Ahcène Bouchenak, et dans les maquis de Boutegueza la katibat "El Feth".
Les GIA ont été presque totalement éliminés, et ne regrouperaient plus que quelques dizaines (une quarantaine selon "L'Expression") d'éléments actifs dans les montagnes de Blida et la Mitidja.
La "Houmât ed-daâwa salafiyya" (GHDS), qui évolue à Relizane, Tenès et les abords de Tipasa, pourrait compter sur une centaine d'éléments (mais l'ancien chef de l'Armée islamique du Salut, Madani Mezrag, a qualifié la GHDS de "grpupuscule réduit qui ne cherche plus que la négociation et la fin des hostilités".
Le Groupe salafiste pour la prédication et le djihad (GSPD), une scission des GIA, serait réduit à une trentaine d'hommes actifs entre Derrag (Medea) et le Djebel Echaoun (Tissemsilt).
Le Groupe salafiste combattant (GSC), allié au GSPC, serait réduit à quelques éléments, sporadiquement actifs dans l'ouest.
Selon l'ancien "émir national" de l'Armée islamique du Salut, Madani Mezrag, qui a apèporté son soutien au projet du président Bouteflika de "charte pour la paix et la réconciliation nationale", l'AIS comptait, au moment où elle a déposé les armes en application de l'accord passé avec le gouvernement dans le cadre de la "concorde civile", 3800 hommes armés. Madani Mezrag a assuré que "d'après nos contacts et nos prévisions, 80 % de ceux qui sont dans les maquis accepteront de déposer les armes et de rejoindre la société, et ne resteront que ceux qui n'ont plus rien à voir ni avec la paix, ni avec le djohad". Même le GSPC, que l'ancien chef de l'AIS a qualifié de "groupe réceptif au discours religieux et (qui) a des dispositions réelles vis à vis de la réconciliation", devrait accepter le projet présidentiel, selon Madani Mezrag. Des islamistes armés "repentis" d'Aïn Defla ont également exprimé à "La Nouvelle République" leur disposition à approuver la Charte proposée par le président Bouteflika.
(Le Jour d'Algérie 28.8) Selon des "sources sécuritaires" évoquées par "Le Jour d'Algérie", 6000 terroristes se sont rendus avec leurs armes après l'approbation de la "Concorde civile" en 1999, mais plusieurs milliers d'armes, y compris des armes lourdes se trouvent toujours à disposition des groupes armés, même si les effectifs de ceux-ci sont désormais moins importants que leurs stocks d'armes.
Les mêmes sources évaluent à 200 le nombre de "repentis", anciens membres de groupes armés s'étant rendus aux autorités, assassinés par les groupes restés en activité après la "concorde civile"
(El Watan 13.9 / AP 15.9) L'effet sur les groupes armés encore actifs de l'acceptation de la "charte" présidentielle pour la paix et la réconciliation reste incertain, à en juger par les déclarations des uns et des autres, d'autant que l'évaluation du nombre de membres actifs des groupes armés actifs est elle-même incertaine. L'ancien "émis" national de l'Armée islamique du Salut, Madani Mezrag, qui estime à 200 le nombre de combattants islamistes encore actifs, évoque au sein des groupes armés, principalement du GSPC, un "débat pour évaluer la charte", et des contacts entre les services spéciaux et "certains éléments" islamistes tentés par une rédition. Le 12 septembre, un groupe armé du GSPC a investi deux bars clandestins d'Illiten, en Kabylie, pour, après avoir délesté les consommateurs de leur argent et de leurs téléphones portables, dénoncé le projet de "charte"-
(Liberté, Le Quotidien d'Oran 26.9) Selon le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni, qui admet cependant ne pas disposer "du nombre exact des terroristes qui demeurent encore au maquis", ce nombre se situerait entre 800 et 1000 personnes, dont une centaine seulement d'éléments actifs sur le terrain.
Le ministre a en outre démenti que la dissolution des milices locales ("Patriotes") soit à "l'ordre du jour", et affirmé que si cette dissolution se faisait, leurs éléments seraient "pris en charge" et intégrés à d'autres postes -sans préciser lesquels.
(Reuters 2.10 / El Watan 3.10) Selon le Premier ministre Ouyahia, s'exprimant devant des diplomates algériens, environ 10'000 "terroristes" se sont rendus aux autorités depuis la loi de "Rahma" (clémence) de 1997 et de "concorde civile" de 1999. Le Premier ministre a estimé à un millier le nombre de "terroristes" encore en activité, dont la majorité feraient partie de groupes du GSPC, que le gouvernement s'est dit déterminé à "éradiquer". De source proche des services de sécurité on a annoncé la reddition, le 29 septembre, d'une dizaine de combattants du GSPC à Khemis Miliana.
(Liberté, El Watan 16.10 / El Watan 20.10 / Liberté 24.10 / L'Expression 23.10) Selon la presse algérienne (notamment "Liberté"), l'ancien "émir national" du GSPC, Hassan Hattab, et ses proches, seraient en passe de déposer les armes et de se mettre au bénéfice des dispositions de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Entre une cinquantaine et une centaine ("des dizaines", selon "Liberté") de membres des groupes armés encore contrôlés par Hattab seraient en pourparlers avec les autorités, observeraient une trêve dans les zones de Lakhdaria et de Kadiria, et auraient pris des mesures militaires de précaution contre d'éventuelles attaques des groupes armés du GSPC opposés à toute reddition, suivant en cela le successeur de Hattab, Abou Moussaab Abd El-Ouadoud. Pour l'heure, selon "Liberté", les redditions sont rares, et "El Watan" constate que la reddition "massive d'un milieu de terroristes" n'a pas eu lieu. Au contraire, même, les groupes armés du GSPC continuent à recruter et certains maquis islamistes (dans les zones de Jijel et de Skikda, notamment) sont en "net regain d'activité". Interrogé par le quotidien saoudien Asharq al Awsat, Hassan Hattab (que le quotidien présente comme ayant "démissionnaire" du GSPC en 2003, avant que des liens soient établis entre le GSPC et la Qaeda), a posé des conditions à son ralliement à la "réconcoliation nationale" : la libération d'Ali Benhadj, l'annulation de la dissolution du FIS. Hattab a affirmé que "la plupart des éléments du GSPC veulent intégrer la dynamique provoquée par le projet de la réconciliation", et le quotidien arabo-britannique annonce qu'il coordonne ses "efforts" avec les forces de sécurité pour convaincre le plus possible d'éléments du GSPC de déposer les armes, et de rompre avec le noyau le plus radical du GSPC". Pour "L'Expression", le GSPC serait en train d'"imploser", et adversaires et partisans de la reddition s'affronteraient les armes à la main. "L'Expression" annonce que près d'une centaine de membres des groupes du GSPC du nord du Constantinois seraient "sur le point de déposer les armes", après la mort de leur "émir" régional, Abou El Mouaâd El Kacentini (ou Mezhoud), un ancien "émir" de GIA, passé au GSPC et abattu par les forces de sécurité début octobre à Ouled Slimane, près d'Oum Toub. Selon "El Watan", il aurait été trahi par son adjoint et la majorité de ses hommes, qui chercheraient à ouvrir le dialogue avec les autorités. Près d'un mois après l'adoption de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, seules quelques redditions individuelles ont eu lieu (une vingtaine à mi-octobre). Une "Organisation algérienne pour la protection de la paix" (OAPP) a envoyé ses membres tenter de convaincre, dans la wilaya de Bouira, les membres des groupes armés de déposer les armes.
(Liberté 7.11) Un "mufti" du GSPC (sorte de "commissaire religieux" du groupe armé), Issam Laouer, s'est rendu le 4 novembre aux autorités, annonce "Liberté". Issam Laouer était le mufti du GSPC pour la région est, celle de Constantine. Il s'était ensuite replié dans le maquis de Jijel. l avait rejoint les groupes armés islamistes en 1992.
(Jeune Indépendant 25.12) Selon "Le Jeune Indépendant", une quarantaine de membre de la katibat "El Khadra" du GSPC, dirigée par l'"émir" Yahiaoui, et regroupés dans les maquis de la forêt Oustili, entre Batna, Biskra et Khenchela, seraient "sur le point de déposer les armes" et respecteraient une trêve depuis l'approbation par référendum de la charte sur la paix et la réconciliation nationale. "Le Jeune Indépendant" annonce que l'"émir" Yahiaoui serait le nouveau chef du GSPC, successeur de Nabil Sahraoui, abattu par les forces de sécurité, lui-même successeur de Hassan Hattab, qui aurait été "déstitué" par les "émirs" de son groupe. Mais le quotidien émet également l'hypothèse que Yahiaoui, "sur le point de se rendre", aurait déjà été remplacé par un autre "émir", Sassi Khaled, alias "Abou El Haret".
(Jeune Afrique-L'Intelligent 25.12 / El Watan 12.1) Dans un entretien accordé à "Jeune Afrique-L'Intelligent" fin décembre, l'ancien "émir national" de l'Armée islamique du Salut, Madani Mezrag, confirme son ralliement à la "concorde nationale" proposée par le présidnt Bouteflika, sans rien renier pour autant de son engagement dans la lutte armée entre 1993 et 1997 (Où lui-même et les 5000 membres de l'AIS ont bénéficié d'une amnistie). "Je soutiens le président Bouteflika. Il faut l'aider à concrétiser son projet de réconciliation nationale. Il faut mettre fin à la tragédie qui a endeuillé l'Algériens", soutient Mezrag, qui cependant ne renie nullement le choix de la lutte armée : "Je ne suis pas un repenti. J'ai mené une guerre juste et j'ai passé un accord, les armes à la main, avec l'état-major de l'armée" -mais, ajoute-t-il sur le ton de l'Ecclesiaste : "Il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix".
Mezrag explique que, dans un premier temps, les islamistes voulaient "islamiser la société de l'intérieur" et attendaient "tranquillement le bon moment pour cueillir les fruits" de l'investissement des mosquées et des campus, encouragé en sous-main par le pouvoir de l'époque. Aujourd'hui encore, Mezrag se dit persuadé que "le courant islamique va dominer la société" algérienne.
C'est en 1991, après l'échec de la grève générale lancée par le FIS pour exiger une élection présidentielle anticipée après sa victoire aux élections locales de 1990, et après l'interruption des élections législatives de décembre 1991, que Mezrag choisit la lutte armée -il "montera au maquis" en mai 1992, et admet avoir tué de ses propres mains, tout en niant que l'AIS se soit "jamais attaquée aux civils". Il reconnaît cependant que "les prisonniers étaient systématiquement tués". Le 1er octobre 1997, Mezrag et l'AIS décrètent une trêve unilatérale. En septembre 1999, le président Bouteflika fait passer le principe de la "concorde civile" en référendum. En janvier 2000, une grâce amnistiante est proclamée. Mezrag et les 5000 membres de l'AIS en bénéficient. Il explique qu'aujourd'hui, il s'occupe de la situation et de l'avenir de ses hommes, et admet avoir gardé de l'argent amassé pendant la période de la lutte armée ("l'argent est quelque part, mais surtout pas dans les banques".
(L'Expression 24.1 / El Watan 25.1 / El Watan 26.1) L'ancien chef de l'AIS, Madani Mezrag, est revenu auprès de la presse algérienne sur l'entretien qu'il avait accordé à "Jeune Afrique l'Intelligent", et qui avait fait quelque bruit en Algérie, en reprochant au journaliste qui l'avait interviewé de l'avoir fait en français alors que lui-même lui répondait en arabe, de vouloir "rouvrir les blessures" en "dramatisant" ou en déformant les réponses de l'interviewé, et en insistant sur "des faits d'armes" au lieu de "gagner ses lecteurs à la réconciliation". Madani Mezrag, qui se présente en "chef de guerre, en digne combattant qui a signé une trêve, les armes à la main", se targue d'avoir fait infilitrer par l'AIS des groupes armés irréductibles du centre de l'Algérie pour les pousser à une trêve négociée : 100 membres de l'AIS auraient ainsi été tués pour permettre la reddition de 1500 membres des GIA, affirme l'ancien "émir national" de l'AIS, pour qui "la paix en Algérie s'est faite avec nous, avec notre sang", contre "la pieuvre éradicatrice et occidentaliste". Madani Mezrag affirme que l'AIS n'a bénéficié d'aucune aide étrangère, mais admet que des fonds ont été fournis "par l'instance exécutive du FIS basée à l'étranger et présidée par Rabah Kebir". Avec ce qui reste de ces fonds, "nous finançons quelques projets commerciaux au profit des repentis", a ajouté Madani Mezrag.
(Algeria-Watch 14.2) Deux membres d'une milice locale de Relizane, impliqués dans des enlèvements et des "disparitions" dans la wilaya de Relizane, vont être traduits en justice, le 20 février, devant la Cour de Relizane, pour "enlèvement", à la suite d'une plainte déposée en 2005 par la famille d'un "disparu", enlevé en novembre 1995 par la milice de Relizane dirigée par l'ancien Maire de Relizane (nommé par le gouvernement), Hadj Fergane, et porté disparu depuis. En outre, son domicile et son matériel agricole ont été détruits et incendiés. Une autre plainte a également été instruite, déposée par la famille d'un homme enlevé (après avoir été blessé) par les même miliciens en mai 1995. De nombreuses plaintes ont été déposées contre la milice de Hadj Fergane, pour enlèvement, vol, racket, incendie, mais jusqu'alors aucune n'avait été suivie d'effet.
Quant aux deux miliciens poursuivis, l'un est en liberté provisoire, l'autre a été arrêté après qu'il ait pris la fuite.
Algeria-Watch rappelle que la milice de Fergane agissait sous la supervision de l'armée, et particulièrement du colonel Abdelfatah.
C O M M U N I Q U E
LIGUE ALGÉRIENNE DE DÉFENSE DES DROITS DE L'HOMME - LADDH
Le 14 février 2006
Pour la première fois la situation des disparus connaît une évolution positive grâce aux efforts de leurs familles, des médias et des appels des citoyens épris de paix et de justice.
Sur plainte des familles des victimes MILOUD AMEUR et BRAHMI Mohamed, l’institution judiciaire reconnaissant enfin le bien fondé des plaintes et après une longue instruction, elle a décidé de déférer devant la cour criminelle de Relizane, les nommés DRAOU Ahmed et FERRAGUE Mohamed, membres de la milice de Relizane pour «enlèvement». Ces individus auront à comparaître, le 20 Février prochain pour répondre des faits qui leurs sont reprochés. DRAOU, mis en liberté provisoire après quelques semaines de détention, quant à FERRAGUE, est toujours en prison.
Prudence, même si les instructions juridiques en cours supposent que quelque chose « a changé », les inquiétudes ne pourront s’estomper qu’une fois que la Justice ira jusqu’au bout, et qu’elle fournira la preuve éclatante qu’elle est réellement indépendante et souveraine.
Il s’agit là de la première occasion de faire valoir les droits des victimes et de leurs familles en exigeant un verdict consacrant le droit à réparation et constituant une jurisprudence à même de rejeter toute impunité.
Mohamed SMAIN
Membre du comité Directeur de la LADDH
(El Watan 20.2 / Algeria Watch 23.2) Le procès des deux miliciens de Relizane qui devait s'ouvrir le 20 février à Relizane a été reporté à une date ultérieure pour "complément d'enquête", et l'un des deux miliciens, Mohamed ferrague, accusés d'avoir enlevé et fait disparaître plusieurs personnes, a été libéré, l'autre milicien étant déjà en liberté provisoire. Les deux hommes sont jugée sur plainte de la famille d'un homme enlevé par la milice de Relizane en novembre 1995 et porté disparu depuis, et de la famille d'un autre homme enlevé en mai 1995 par la même milice, blessé, et également porté disparu. La milice en cause avait également saccagé, détruit et pillé les domiciles et les biens des deux hommes enlevés. Dans les deux cas, les deux miliciens accusés avaient été reconnus.
Pour Algeria-Watch, le report du procès des deux miliciens "n'est pas très surprenant et il faut s'attendre à son annulation pure et simple", car de tels procès de miliciens devant une justice neutre et indépendante mettraient "à nu les responsabilités d'hommes politiques locaux, de militaires locaux" et les "accointances entre les chefs miliciens, le pouvoir central et les chaînes de commandement militaire" jusqu'au "plus haut de la hiérarchie de l'armée", dans les enlèvements et les disparitions.
L'annonce de l'ouverture du procès finalement reporté avait été saluée comme "un pas crucial et sans précédent (...) dans (la) quête de vérité et de justice et de lutte contre l'impunité"", par les organisations de familles de "disparus" SOS-Disparus et le Collectif de familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA), qui rappellent que "des milices locales, armées par l'Etat et appelées patriotes ou groupes d'autodéfense, ont commis de très graves violations des droits de l'homme" (exécutions extra-judiciaires, torture, disparitions), dont les auteurs sont à ce jour demeurés impunis. Les deux associations avaient appelé à la vigilance pour que le procès "se déroule en toute impartialité et tranquillité" et "en total accord avec les normes juridiques internationales".
(Liberté 31.1) Les procès des présumés "terroristes" sont suspendus dans l'attente des textes d'application de la charte sur la paix et la réconciliation nationale, a annoncé (en substance) le ministre de la Justice Tayeb Belaïz, qui n'a donné aucune information sur le contenu de ces textes, mais a précisé que les détenus pour "terrorisme" pouvaient bénéficier des mesures de réinsertion de prisonniers (liberté conditionnelle, semi-liberté, permissions de sortie), dont 2500 prisonniers ont bénéficié depuis juin dernier, selon le ministre.
(Reuters 22.3) Selon le Premier ministre Ouyahia, 17'000 membres de groupes armés islamistes ont été tués par les forces de sécurité algériennes depuis 1992.
(Liberté 26.3 / Liberté 28.3) Selon des "sources sécuritaires" citées par "Liberté", le GSPC, opposé à la charte présidentielle pour la paix et la concorde nationale, recruterait, grâce à ses "connexions (...) avec les groupes terroristes de la région sahélienne", et à son "affiliation à Al-Qaïda" (affiliation jamais confirmée, cependant), des "éléments étrangers" pour renforcer ses effectifs, et compenser les redditions. "Des terroristes de différentes nationalités sont présents actuellement en Algérie", affirment les "sources sécuritaires" évoquées par le quotidien : des Tunisiens, des Mauritaniens, des Nigériens, des Marocains et des Maliens, plus précisément. Dans une note interne de la police, celle-ci annonce en outre que le GSPC a lancé une opération de recrutement en direction des bénéficiaires des dispositions de clémence de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Une centaine de membres de groupes armés détenus ont été libérés depuis mars, et la Direction générale de la sûreté nationale annonce qu'elle a la preuve que le GSPC tente d'en enrôler certains, ou les frères ou autres parents de "terroristes tués". Une structure du GSPC aurait été créée à cet effet, la "section libre", avec trois "cellules" (une au centre, une à l'est, une à l'ouest), divisées en groupes de trois personnes chargés de recruter de nouveaux membres parmi les "repentis", de commettre des attentats, de pratiquer l'extorsion de fonds. Selon la police, ces nouveaux membres du GSPC se replieraient après leurs opération vers la zone tenue par la katibat "Djounoud Al Ahouel" de l'"émir" Omar Chaouche, dit "Abou Khaled", à l'est d'Alger.
(El Watan 20.3 / Liberté 26.3) Selon des estimations du ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni, il resterait toujours entre 700 et 800 "terroristes" en activité en Algérie. Ce chiffre est le même que celui annoncé déjà par le même ministre en avril 2001, mais il atteint le double de celui avancé au début 2005 (400 hommes armés). En octobre 2002, le général Maïza avait quant à lui avancé le chiffre de 600 "terroristes" dans les maquis, dont 300 pour le GSPC et une soiyantaine pour les GIA. En décembre 2004, le Chef de la S^reté nationale, Ali Tounsi, donnait un chiffre encore différent : entre 300 et 500 "Terroristes" actifs. Enfin, l'ancien chef d'état-major, le général Lamari, parlait d'un millier de membres des groupes armés. "El Watan" se demande pourquoi "les responsables s'aventurent,. à chaque fois, à avancer des chiffres qui ne reflètent pas souvent la réalité", et relève que "la cote terroriste subit l'influence des démarches internes ou externes du gouvernement" : quand il s'agit d'obtenir le soutien, ou le silence, de partenaires étrangers de l'Algérie, "les autorités officielles ont tendance à doper les chiffres", alors que "l'opinion nationale a droit à un discours plutôt minimaliste". Dernier chiffre avancé : selon des "sources sécuritaires" citées par "Liberté", le seul GSPC compterait sur 80 à 100 "terroristes" dans sa seule "zone 6" (Jijel).
(Reuters 22.3) Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a reconnu le 21 mars que les autorités algériennes avaient caché le véritable bilan d'un des pires massacres de civils de la "décennie noire", celui de Remka, en janvier 1998, dont le bilan officiel avait été de 100 à 150 morts mais dont le bilan réel atteindrait le millier de victimes "massacrées au cours d'une seule nuit". "Nous avons caché la vérité parce (que) ceux qui commettaient les massacres collectifs ne le faisaient pas pour massacrer, mais pour dresser la communauté internationale contre nous", a expliqué Ahmed Ouyahia, qui a avancé le chiffre de 17'000 membres de groupes armés islamistes tués par les forces de sécurité depuis 1992, et de 8000 "disparus" (le chiffre officiel est de 6146).
(El Watan, L'Expression 17.4) Selon le ministre de l'Intérieur, 85 "terroristes" se seraient rendus aux autorités entre le 29 septembre 2005 (date de l'approbation en référendum de la Charte pour la paix et la réconciliation) et le 6 avril. Le ministre n'a pas donné plus de détails sur ce bilan modeste. Selon le même Yazid Zerhouni, s'exprimant en mars dernier, le nombre de "terroristes" encore en activité "oscille entre 700 et 800", et le nombre d'actes "terroristes" entre quatre et cinq par jour, dont de plus en plus d'actions de racket et de demandes de rançons.
(Le Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant, Liberté 24.4) Une liste nominative de 17'000 présumés "terroristes" abattus depuis 1991 a été établie par les autorités, annonce la presse. Une autre liste, concernant les "disparus", comporte 7100 noms, dont 3000 de personnes officiellement considérées comme décédées.
(Jeune Indépendant 9.5 / L'Expression 18.5 / El Khabar 27.5) Selon le Procureur général de Boumerdès, la wilaya compterait encore environ 200 "terroristes" en activité (en comptant les zones limitrophes situées dans la wilaya de Tizi Ouzou), dont un quart seraient sur le point de se rendre. A Constantine, selon le ministre de l'Intérieur, 95 "terroristes" se seraient rendus. Les chiffres donnés par la presse sont souvent plus bas : selon "L'Expression", en quatre mois, sur l'ensemble du territoire national, 105 "terroristes" auraient choisi de déposer les armes, la plupart d'entre eux étant membres du GSPC, et la quasi totalité actifs dans les groupes armés du centre (Tizi Ouzou) et de l'est (Jijel, Skikda, Tebessa etc...).
Selon l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, il y aurait encore en Algérie entre 700 et 800 "terroristes" en activité. "Le Jeune Indépendant" estime le nombre de "terroristes" actifs à 400 à 500, présents essentiellement dans l'Est. "L'Expression" hausse la barre à un millier de "terroristes encore opérationnels".
Par ailleurs, le GSPC a revendiqué dans un communiqué paru le 26 mai sur le site internet de la revue "El Djama" la responsabilité de l'attaque, le 7 avril, d'un convoi de douaniers dans la région de Menea. L'attaque avait fait 13 morts dans les rangs des douaniers, dont quatre hauts responsables des douanes de Bechar et d'Adrar. Le ministre de l'Intérieur avait attribué l'attaque à l'"émir" régional supposé du GSPC pour la "zone 9", soit le sud saharien, Mokhtar Belmokhtar. Les opérations de l'armée après l'attaque contre les douaniers auraient, selon les autorités, permis de "neutraliser" une vingtaine de membres du groupe armé.
(Liberté 17.5) Une cinquantaine d'enlèvements ont été recensés dans les trois premiers mois de 2006 par la Gendarmerie nationale. Dans 13 cas, il s'agit d'enlèvements de mineurs. Dans deux cas, l'enlèvement a été suivi d'attentats à la pudeur, dans trois cas de viol, dans sept cas de séquestration. Dans la même période, 19 personnes ont en outre été menacées d'attentat, 28 de mort par arme à feu, 45 ont été menacées par une arme à feu, 94 par une arme blanche. 1188 personnes ont été victimes de coups et blessures par armes blanches. Selon les autorités, on avait comptabilisé 82 kidnappings en 2004.
(Quotidien d'Oran 6.5 / Jeune Indépendant 14.5) Les effectifs de la police et de la gendarmerie algériennes devraient doubler d'ici à 2009, a annoncé le ministre des Collectivités locales, Daho Ould Kablia, le 4 mai. Le nombre des policiers devrait passer de 108'000 actuellement à 200'000, et le nombre de gendarmes devrait augmenter de 50 %. Ce renforcement des effectifs sécuritaires est destiné à répondre au développement de la délinquance et de la criminalité, notamment du crime organisé.
Une coopération entre les gendarmeries algérienne et française est dans ce contexte à l'ordre du jour, comme l'annonce un communiqué de la Gendarmerie algérienne à l'occasion de la visite à Alger, le 12 mai, du Général de la Gendarmerie française, Guy Parayre. Des coopérations entre les polices algérienne et européennes (espagnole, italienne, allemande) sont également négociées.
(Le Jeune Indépendant, El Watan 30.5 / Algeria-Watch 31.5 / El Watan 3.6 / Le Soir d'Algérie 6.6 / L'Expression, Liberté 21.6 / Liberté 28.6 / El Khabar 3.7) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a annoncé le 27 juin que près de 200 membres de groupes armés auraient rendu les armes pour bénéficier des dispositions de la Charte pour la Paix et la réconciliation nationale. Ce chiffre est largement en deçà d'un autre, évoqué par le Procureur général de Boumerdès, qui parle de 284 "terroristes" s'étant rendus dans cette seule wilaya dans le cadre de la Charte. Selon "Le Soir d'Algérie", plus de 6000 anciens membres de groupes armés (en comptant ceux de l'AIS) sont sont rendus dans le cadre des différents dispositifs de clémence, mais un certain nombre d'entre eux auraient "repris du service" dans les groupes armés.
L'un ou l'autre des chiffres de redditions sont en outre contradictoires de ceux avancés régulièrement par les autorités sur le nombre de "terroristes" encore en activité dans le pays. Ainsi, selon des sources sécuritaires citées par "L'Expression", 200 "terroristes" seraient encore actifs dans les maquis de la seule wilaya de Boumerdès, alors que les autorités évoquaient avant l'entrée en vigueur de la Charte le chiffre de 800 "terroristes" encore en activité dans tout le pays. "El Watan" annonce pour sa part que "180 terroristes ont été neutralisés" (une centaine abattus, les autres s'étant rendus) en dix mois.
De même, la presse, s'appuyant sur des sources "sécuritaires", annonce régulièrement la prochaine "éradication" du GSPC (ou, comme "Liberté", son "atomisation" en groupuscules de quatre à cinq membres), tout en annonçant journellement des actes terroristes (assassinats, embuscades, racket, attentats à la bombe) attribuée au même GSPC. "El Watan" annonce ainsi que dans le seul mois de mai, le GSPC aurait "perdu une quinzaine de ses chefs de phalanges et de sections, notamment en Kabylie", et que "même minimes, les redditions ont provoqué un climat de suspicion et de crainte" au sein du GSPC, qui connaîtrait une "véritable hémorragie de son encadrement", et dont les dernières actions seraient motivées par la volonté de prouver "médiatiquement" qu'il est toujours aussi actif et puissant. "El Watan" note d'ailleurs que les opérations de racket et d'enlèvements suivis de demandes de rançons sont "quotidiennes" et que "des sommes colossales sont ainsi collectées régulièrement" (mais "El Watan" ajoute qu'il est difficile de savoir si ces fonds sont réutilisés dans des opérations "terroristes", ou pour constituer un "trésor de guerre" (ou plutôt de réinsertion) dans la perspective d'une reddition dans les derniers temps du délai donné par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. "Le Soir d'Algérie" note une "recrudescence des attentats terroristes", notamment dans les régions de Boumerdès, Skikda et Jijel.
Les incertitudes sur l'ampleur des redditions et la force réelle des groupes armés encore actifs sont encore accrues par les contradictions et les obscurités des informations données sur les opérations "antiterroristes" les plus spectaculaires : ainsi de l'assaut donné par l'armée contre une grotte dans les monts de Seddat (w. Jijel), les 9 et 10 mai, assaut dont le bilan varie de dix à plus de cinquante présumés "terroristes" dont de quatre à vingt-cinq femmes et enfants. Selon certaines informations parues dans la presse, c'est un groupe armé de 80 à 100 membres qui se serait réfugié dans la grotte, sous la conduite d'un certain "Abou Omeir Mustapha", mais aucun bilan publié ne fait état de plus de vingt-trois hommes adultes abattus, dont trois seulement ont été identifiés comme des "terroristes" connus. En outre, des témoignages d'habitants de la région, recueillis par "Algeria-Watch", font état de l'utilisation de gaz de combat pour exterminer les occupants de la grotte, et le GSPC a affirmé dans un communiqué que ces occupants étaient en fait des femmes, des enfants et des invalides, tous désarmés.
Par ailleurs, "Liberté" évoque un renforcement du dispositif de sécurité à Alger même, notamment aux abords du port, de l'aéroport, des ambassades et des entrées routières dans la capitale, mais également des lieux de loisirs et de vacances estivales. La police a fait installer 140 caméras de surveillance à Alger, autant (sinon plus) pour la lutte contre la criminalité "ordinaire" que pour celle contre le "terrorisme". Le Directeur des écoles de police, le général Kara Bouhabda, a annoncé que 6000 nouveaux agents de sécurité allaient renforcer en juillet les différentes unités des forces de sécurité, et que 40'000 agents seront employés par la police d'ici à 2009, pour empêcher le retour des groupes terroristes et lutter contre la criminalité de droit commun. Le directeur de la Sécurité publique a en outre annoncé un renforcement de la coopération avec Interpol pour la lutte contre le vol et la contrebande.
(Liberté 12.6 / El Watan 15.6) L'un des auteurs présumés du kidnapping de Matoub Lounès, en septembre 1994, l'"émir" Abou Lhimam Abdelfettah (de son vrai nom Hocine Zdek) a été arrêté par les forces de sécurité. Il s'agit d'un ancien émir du GIA, à la tête de la "seriat" El Houda, passé ensuite au GSPC.
Un autre ancien "émir" du GSPC, Hassan Yahia (alias Abou Illyès), s'est rendu le 14 juin aux autorités à Amelza (w. Siddi Bel Abbès). Il était au maquis depuis 1994.
(Le Quotidien d'Oran 10.7 / L'Expression 13.7 / El Khabar 16.7 / El Khabar, Liberté 20.7 / El Watan, Le Quotidien d'Oran 23.7 / L'Expression 24.7 / Le Jeune Indépendant 25.7) Selon le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni, les activités "terroristes" ne se produisent plus qu'à raison d'un attentat tous les quinze jours. Le ministre, qui a qualifié les derniers attentats terroristes d'actes de "diversion" face aux campagnes des forces de sécurité, a assuré que la lutte antiterroriste continuera après la fin de l'échéance de mise en oeuvre de la Charte pour la réconciliation nationale, fin août, avec des effectifs de forces de sécurité renforcés jusqu'à atteindre 200'000 policiers et 100'000 gendarmes d'ici 2009 et a appelé les "terroristes" qui ne se sont pas encore rendus à le faire. Selon lui, "plus de 200 terroristes" se seraient rendus dans le cadre de la réconciliation nationale. Le directeur général de la Sûreté nationale, Ali Tounsi, a assuré que ces "terroristes" qui se sont rendus sont sous surveillance policière permanente : "nous savons exactement ce qu'ils font du matin au soir", a affirmé Ali Tounsi. Selon la police judiciaire algéroise, quelque 290 "terroristes" sont cependant recherchés par la police dans les secteurs où ils sont supposés vivre, Bab el Oued, Bir Mourad Raïs, Sidi M'hammed et Hussein Dey. Un certain nombre d'entre eux s'étaient rendus dans le cadre de la "réconciliation nationale". Selon une source sécuritaire citée par "Le Jeune Indépendant", une cinquantaine de "terroristes" en activité, dont plusieurs "émirs", ont été "éliminés" dans les six derniers mois, et une cinquantaine attendraient de se rendre dans la wilaya de Boumerdès.
Selon le ministre de la Solidarité nationale, 17'000 "terroristes" ont été abattus depuis le début des années '90, et 7700 familles comptant au moins un membre impliqué dans des actes "terroristes" ont été recensées.
"L'Expression" fait par ailleurs état d'une rumeur d'instauration d'un couvre feu à Boumerdès, Tipaza et Tizi Ouzou à l'expiration de la période de mise en oeuvre des dispositions de clémence de la Charte pour la paix et la réconciliation nhationale, et "El Khabar" de la possibilité d'établir un "cordon de sécurité" autour d'Alger pour éviter toute incursion "terroriste", ce qui suggère qu'une telle incursion soit possible. Le chef de la sûreté de la wilaya d'Alger a d'ailleurs annoncé que 2500 policiers allaient renforcer les effectifs des forces de sécurité dans la capitale. Ces effectifs devraient atteindre 25'000 agents, soit 10'000 de plus qu'actuellement. Le chef de la sûreté algéroise, le général Abderebbi Abdelmoumen, a assuré que les forces de sécurité maîtrisaient la grande criminalité (assassinats et meurtres terroristes ou crapuleux, vol à main armée etc...), mais a reconnu qu'un problème se posait en ce qui concerne la petite criminalité, en hausse. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a également relevé la montée du banditisme crapuleux au fur et à mesure du recul du terrorisme. Ainsi, dans la seule wilaya de Boumerdès, et selon la sûreté de wilaya, 1204 affaires criminelles ont été enregistrées dans le premier semestre 2006, dont 546 concernent des vols et 264 des coups et blessures volontaires.
Le ministre de la Justice Tayeb Belaïz a quant à lui annoncé que les dossier de 500 "terroristes détenus qui ne remplissent pas les conditions de la libération prévue dans la Charte pour la paix et la réconciliation nationale seront étudiés au cas par cas" pour décider ou non de l'allégement de leurs peines. Il s'agit des détenus condamnés définitivement pour des crimes collectifs, des viols ou des attentats à l'explosif, et pour lesquels seules des commuations ou des remises de peine peuvent être accordés.
(Liberté 10.7 / Jeune Indépendant 25.7) "Le Jeune Indépendant" note que les gardes communaux sont en passe de devenir une cible privilégiée du GSPC. En l'espace d'un mois, une dizaine d'entre eux ont été abattus, notamment dans les wilayas de Boumerdès, Tipasa et Aïn Defla. Le colonel Lelouch, directeur général des gardes communales, a annoncé que celles-ci seront "reversées" dans de nouvelles missions une fois la stabilité et la sécurité retrouvées. Les gardes communaux devraient être chargés du maintien de l'ordre, de l'assistance aux autres corps de sécurité et de diverses tâches administratives.
(L'Expression 1.8 / El Watan 10.8 / Liberté 19.8 / El Khabar 21.8 / L'Expression 22.8 / AP, Liberté 23.8 / Le Jeune Indépendant 24.8 / Liberté 26.8 / Le Monde 27.8) La presse algérienne, tous titres confondus, annonce depuis le début août l'imminence d'une "grande offensive" de l'armée contre le GSPC, dans les wilayas de Tizi Ouzou, Boumerdès, Alger, Bouira, Chlef, Tipasa et Skikda, ainsi qu'au sud des monts de l'Enough (Annaba), déjà ratissés en 2005. Début août, on annonçait que plus d'un millier de soldats avaient renforcé les effectifs présents dans la région de Tizi Ouzou. 10'000 ,militaires sont déjà présents dans l'ensemble de la Kabylie. Mi-août, on annonce l'encerclement d'un groupe de l'"émir" Hadjress, fort d'une trentaine de membres, dans les environs de Zemmouri (w. Boumerdès) et fin août, la presse annonce qu'une soixantaine de membres du GSPC seraient encerclés dans la zone de la forêt de Boumhani (w. Tizi Ouzou) et une centaine dans la zone de Sidi Ali Bounab, au-dessus de Dellys.
Au moins 600 "terroristes" du GSPC seraient encore en activité dans les wilayas de Boumerdès, Bouira, Tizi Ouzou, Chlef, Tipasa, Skikda, Sidi Bel Abbes, selon "Liberté" qui établit le décompte suivant : 200 en Kabylie,180 à Boumerdès, où le GSPC continuerait de recruter, 100 à Chlef, 70 à Tipasa, 20 à Skikda et un nombre inconnu dans le sud. Pour sa part, "El Watan" évalue à 200 à 300 hommes les effectifs actifs des groupes armés dans les régions forestières de la wilaya de Tizi Ouzou. Le ministre de l'Intérieur Nourredine Yazid Zerhouni a quant à lui, fin juillet, estimé à 750 le nombre des "terroristes" encore actifs. C'est, en gros, le même chiffre que celui donné par les autorités depuis des années, voire un chiffre supérieur, puisqu'en 2005 celui de 500 "terroristes" actifs était évoqué, et que la même année, selon des bilans établis à partir des informations rendues publiques par la presse ou les autorités, près de 400 membres de groupes armés auraient été tués. "L'Expression" se demande donc s'il n'y a pas "chaque année un recrutement massif de jeunes islamistes tentés par la radicalisation" et venant compenser, voir surcompenser, les pertes dans les rangs des groupes armés.
En Kabylie (wilayas de Tizi Ouzou, Bejaïa, Boumerdès et Bouira), le GSPC s'est manifesté, à quelques jours de l'échéance des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation, par des tracts et des affiches réaffirmant son rejet de cette charte et appelant les repentis et les liérés à le rejoindre. A Thenia, fin août, un groupe du GSPC a fait une incursion de propagande pour diffuser un communiqué daté du 17 juillet, et signé par l'"émir national" Abou Mossab Abdelouadoud, rejetant la Charte. Dans la wilaya de Boumerdès sévit toujours la katibat "El Ansar" de l'"émir" Saädaoui, qui compterait une cinquantaine d'éléments armés. Au centre de la wilaya opérerait également la katibat "El Arkam" (une quarantaine d'éléments), et au sud et à l'ouest, la katibat "El Feth" (une cinquantaine d'éléments). Ces katibates seraient réparties en plusieurs séryates mobiles. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, le groupe le plus important serait la katibat "El Forkane". Dans la wilaya de Chlef, une centaine de "terroristes" seraient retranchés dans le massif de Beni Bouateb. Au sud, le groupe le plus important serait toujours celui de Mokhtar Belmokhtar.
S'agissant de redditions depuis l'entrée en vigueur des dispositions de la Charte, dont la date butoir était fixée au 28 août, et alors que le ministre de l'Intérieur annonce qu'entre 250 et 300 membres de groupes armés se seraient rendus aux autorités depuis le 28 février, "Liberté" estime au contraire leur nombre infime : 13 dans la wilaya de Chlef, deux à Relizane, 3 à Annaba, une vingtaine à Skikda, aucune à Bechar, El Oued, Biskra et Ghardaïa. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, "Liberté" évoque le chiffre de 96 "terroristes" libérés et 25 "repentis" (ou 43 si l'on remonte jusqu'en 1999). "Le Jeune Indépendant" évoque une vingtaine de redditions dans la wilaya de Boumerdès.
C'est donc le 28 août que devrait expirer le délai de grâce offert aux membres des groupes armés pour se rendre, mais de nombreux appels ont été lancés pour une prolongation de ce délai, vu le faible nombre de redditions enregistrées. Les partis de la coalition présidentielle ont appelé à une telle prolongation, ainsi que le Parti des Travailleurs, et le Premier ministre Abdelaziz Belkhadem, par ailleurs chef du FLN, y est favorable. De son côté, le Front des forces socialistes accuse par la voix de son porte-parole Karim Tabou de "continuer à entretenir le mensonge" pour ne pas "avouer son échec".
Selon des "sources sûres" évoquées par "Liberté", 201 douars ont été désertés et 21'000 personnes déplacées du fait de la violence depuis le début des années '80, dans la seule wilaya de Relizane. Seules 280 familles ont manifesté le désir de retourner dans leur douar. 8208 habitations "illicites" dans des bidonvilles à proximité des villes abritent les "déplacés" de Relizane.
(El Khabar 21.8) Dans un communiqué daté du 20 août, dont l'authenticité n'a toutefois pas été confirmée, l'ancien "émir national" du GSPC, Hassan Hattab, plusieurs fois donné pour mort, s'est prononcé contre le Charte pour la paix et la réconciliation, qu'il était supposé soutenir. Le communiqué attribué à Hattab accuse le régime algérien de persister dans les promesses non tenues, la tromperie, l'hypocrisie.
(Liberté 1.8) Le directeur général de la Sûreté nationale, Ali Tounsi, a dissous le Service central (ancien Office national) de répression du banditisme (SCRB, ex-OCRB), qui avait formé les premiers "Ninjas", unité antiterroriste et de lutte contre la grand banditisme créée au début des années '90, et dont 70 éléments ont été tués en service. Placés sous l'autorité de la police judiciaire, les 350 éléments de l'ONRB vont être réaffectés dans les différentes sections de la PJ dans plusieurs wilayas (dont Alger, Boumerdès, Blida, Tizi Ouzou et Tipasa), et aux frontières, dans le sud. Selon certaines sources évoquées par "Liberté", les autorités auraient l'indention de créer une "mégastructure de sécurité rattachée directement à la présidence de la République".
(El Watan 3.8) Le porte-parole du mouvement des anciens policiers révoqués et demandant leur réintégration, l'ex-commissaire Khaled Ziari, a été arrêté et incarcéré le 2 août, sur plainte de la Direction générale de la Sûreté, qui n'accepte pas que Ziari et ses camarades aient créé une association revendiquant leur prise en charge dans le cadre de la loi de réconciliation nationale, au même titre que les "terroristes".
(Liberté 2.8) Selon des estimations de "Liberté", les derniers enlèvements d'hommes d'affaires et commerçants dans la wilaya de Tizi Ouzou auraient rapporté plus de 500 millions de dinars (cinq millions d'euros) de rançon aux kidnappeurs, lesquels, selon les services de sécurité, seraient des groupes armés en besoin de financement, ou des groupes mafieux utilisés comme forces d'appoint par les "terroristes". L'argent retiré des enlèvements serait parfois réinvesti dans des commerces légaux. Les proches des victimes n'avertissent généralement pas les disparitions à la gendarmerie ou à la police, à la fois par doute sur leur capacité d'y répondre, et parce qu'ils les rendent responsables (ainsi que les aârchs) de l'insécurité régnante. Les autorités affirment quant à alle que la situation sécuritaire est maîtrisée à Tizi Ouzou et que la Sûreté nationale est présente dans 15 des 21 daïras (sous-préfectures) de la wilaya. 14 brigades de gendarmerie sont cependant toujours fermées, et là où elle est restée, ou revenue après le "printemps noir" de Kabylie, elle se fait discrète.
Dans la wilaya de Boumerdès également, des enlèvements se sont multipliés, atteignant une vingtaine en 2006, avec des rançons allant de trois à 8 millions de dinars. Une dizaine de groupes mafieux pratiquant des enlèvements avec rançon auraient été démantelés par la police, dont quatre entre mai et juillet.
(Liberté 28.8) Selon un "émir" repenti du GSPC, le groupe armé de cette organisation opérant dans les régions de Sidi Bel Abbès et Tlemcen ne compte qu'une trentaine d'éléments, mais recuterait de jeunes hommes. "Liberté" estime en outre à une vingtaine d'éléments la force du groupe actif dans la zone Hassasna-Sidi Boubekeur-Sidi M'barek, sous la conduite de l'"émir" Haddou. Selon les estimations des associations de victimes du terrorisme, les groupes armés ont fait plus de 400 victimes dans les seules zones d'El Hassasna, Youb, Sidi Boubekeur et Sidi M'barek. Dans ces mêmes zones, 247 membres présumés des groupes armés ont été abattus par les forces de sécurité entre 1992 et 2006.
(Le Courrier, Libération, Le Temps 31.8 / L'Expression 3.9 / Liberté 4.9 / L'Expression 5.9 / L'Expression 6.9 / El Khabar 7.9 / L'Expression 9.9 / El Khabar 8.10) A l'échéance, le 28 août, du délai accordé par la Charte pour la réconciliation nationale aux membres des groupes armés pour se rendre, les redditions sont loin d'avoir atteint ce qu'en espéraient les autorités -ou ce qu'ils disaient en espérer. A Dellys, par exemple, seuls une dizaine de membres des groupes armés se sont rendus, et ces redditions ont été largement contrebalancées par l'entrée au maquis d'une tranteine de jeunes, menacés d'être dénoncés par les "repentis" comme les ayant soutenus, et n'ayant donc pas d'autre choix que de passer dans la clandestinité. En outre, il semble que des criminels de droit commun se soient fait passer pour des "terroristes" en se rendant aux autorités afin de bénéficier d'une amnistie qui ne les concernait pas. "Les résultats de la charte sont satisfaisants, mais pas assez", a estimé le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni le 3 septembre. Selon le ministre, en un an, environ 500 "terroristes" ont été abattus ou capturés par les services de sécurité. Le président de la commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l'Homme (CNCPPDH, officielle), Farouk Ksentini, a pour sa part estimé que 70 % des terroristes avaient été neutralisés en un an. Le 20 août, le ministre avait annoncé qu'entre 250 et 300 "terroristes" s'étaient rendus avec leurs armes, et estimé à 800 le nombre de "terroristes" encore en activité. Ce chiffre est le même que celui donné par les autorités avant la promulgation de la charte et de ses dispositions amnistiantes, ce qui signifie que les groupes armés ont compensé leurs pertes (morts au combat, prisonniers, redditions) par leur recrutement -à moins que le chiffre lui-même soit hasardeux, pour ne pas écrire insignifiant. Dans la wilaya de Jijel, et selon des "sources locales" évoquées par "l'Expression", 23 membres de la katibat El Mouahidoune se seraient rendus avec leurs armes, et leur "émir", "Lamloum", un ancien des GIA passé au GSPC.
La faiblesse des redditions n'a pas même été contrecarrée par l'annonce, in extremis, par le Premier ministre Abdelaziz Belkhadem que "celui qui veut se rendre (après le 28 août) peut également le faire", annonce confirmée par le ministre de l'Intérieur le 3 septembre ("Si quelqu'un veut se rendre, allez-vous lui dire non, retourne au maquis ?"), pas plus que par celle du ralliement critique de l'ancien chef du GSPC, Hassan Hattab, à la "réconciliation", ralliement d'ailleurs démenti par Hattab lui-même dans un communiqué (à l'authenticité contestée par "L'Expression", qui annonce que Hattab (donné plusieurs fois pour mort lorsqu'il était encore en activité) est "bel et bien vivant, quoique à l'écart de ses troupes" et protégé par les services de sécurité et ceux de ses lieutenants qui lui sont restée fidèles, quelque part dans la périphérie de Tizi Ouzou. Le communiqué de Hattab démentant son ralliement à la "réconciliation nationale" est signé par lui en tant que chef du GSPC, alors qu'il avait été donné pour démissionnaire de cette charge, et même condamné à mort par ses successeurs à la tête du GSPC. Pour plus de confusion, un autre communiqué, tombé début octobre et signé cette fois d'Abou Moussab Abdel Wadoud a annoncéque Hattab était de retour dans les rangs du GSPC après avoir été victime d'une tentative d'assassinat commanditée par les services de sécurité. Hattab avait créé le GSPC en septembre 1998, en faisant scission d'avec le GIA d'Antar Zouabri.
Par ailleurs, et sans que le délai donné pour l'application des dispositions de clémence de la Charte ait été officiellement prolongé, une trentaine de personnes détenues pour des affaires de "terrorisme", ont été libérées après l'expiration de ce délai. Une quinzaine de détenus de la prison de Serkadji en ont été libérés début septembre, après extinction des poursuites à leur encontre.
(Quotidien d'Oran 7.10) 17'000 nouveaux policiers seront recrutés en 2007, et autant en 2008 et 2009, afin d'atteindre le chiffre de 200'000 policiers en 2009, a annoncé le ministère de l'Intérieur le 5 octobre.
(Le Quotidien d'Oran 26.10 / Liberté 2.11 / L'Expression, Le Jeune Indépendant 4.11) Selon le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni, entre 750 et 800 "terroristes" ont été tués, fait prisonniers ou se sont rendus depuis septembre 2005 (référendum sur la Charte pour la paix et la réconciliation). Ce chiffre est assez étrange, puisqu'il correspond pratiquement (à 70 ou 80 % selon le ministre) à celui donné auparavant par les autorités algériennes elles-mêmes pour évaluer le nombre de "terroristes" encore actifs -autrement dit : la quasi totalité des "terroristes" actifs en septembre 2005 se seraient rendus, auraient été tués ou faits prisonniers, ce qui explique difficilement la poursuite des actions des groupes armés, sauf à supposer que leurs effectifs aient été totalement renouvelés en un an. Selon Zerhouni, il ne resterait plus que 200 à 300 "terroristes" encore "opérationnels" dans toute l'Algérie.
Par ailleurs, les affrontements entre groupes armés algériens repliés au Mali et groupes armés touaregs maliens confirment la présence de combattants algériens (des groupes armés du GSPC dirigés par Moktar Belmoktar) au-delà de la frontière. Le 23 octobre, l'un de ces affrontements aurait fait entre cinq et dix morts dans les rangs touaregs et plusieurs dans les rangs du GSPC, dont les groupes armés auraient perdu plusieurs autres membres, voire des chefs, dans des affrontements de ce genre, ou des affrontements avec les forces frontalières algériennes. Selon "Le Quotidien d'Oran", le gouvernement algérien reprocherait au gouvernement malien son peu d'empressement, ou son inefficacité, dans la lutte contre les incursions de groupes armés algériens au Mali, et s'appuyerait donc, dans la région, sur les rebelles touaregs.
(Quotidien d'Oran 13.11 / Le Monde 14.11, 15.11 / AFP 26.12) Selon les chiffres donnés par le Premier ministre Abdelaziz Belkhadem le 11 novembre, 16'930 "terroristes" (ou réputés tels par les autorités) ont été tués depuis le début 1992. Toutefois, le Premier ministre a ajouté que seuls 9260 actes de décès ont été délivrés par les différents services de sécurité. Entre le 28 août, expiration du délai d'amnistie offert aux membres des groupes armés, et la mi-novembre, 2629 détenus pour des raisons liées au "terrorisme" ont été libérés alors qu'à peine 300 membres de groupes armés ont répondu positivement à l'appel à désposer les armes. Parmi les amnistie figurent, selon les services spéciaux français, plusieurs centaines d'anciens membres des GIA, qui n'auraient pas renoncé à frapper les intérêts algériens et français, mais dont la liste n'a pas été transmise par les autorités algériennes à leurs homologues françaises. Lors d'une visite du ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, à Alger les 13 et 14 novembre, celui-ci a assuré que les autorités algériennes étaient "décidées à donner des informations" à leurs homologues françaises, elles-mêmes décidées à "travailler main dans la main avec les services algériens".
Le 26 décembre, dans un discours, le président Bouteflika a estimé que "bien que définitivement vaincu, le terrorisme continue d'exiger une vigilance sans faille et de tous les instants", et que la lutte menée contre lui sera "implacable" et ne connaîtra aucun répit jusqu'à son "éradication complète".
(Le Monde 14.11 / El Khabar 18.11 / El Watan 24.12) Selon les services spéciaux français, deux katibates du GSPC de Mokhtar Belmokhtar, groupant 500 hommes armés, dont 400 en Algérie et le reste entre la Mauritanie, le Mali et le Niger, sont actives au nord du Mali, et cherchent à fédérer les combattants islamistes de la région (Niger, Mali, Mauritanie, Algérie, Tchad). Les services français ont ainsi prévenu les organisateurs du rallye Lisbonne-Dakar (ex Paris-Dakar) qu'il y aurait danger d'embuscade et de prise d'otage (pour les concurrents et la caravane du rallye) à ce que le rallye passe par le Mali. Le 23 décembre, les organisateurs du rylle ont annoncé l'annulation de deux étapes, entre Nema (Mauritanie) et Tombouctou (Mali), sur recommandation du ministère des Affaires étrangères. Le rallye restera donc en Mauritanie.
A Alger, une rencontre entre rebelles touaregs et représentants des autorités maliennes, rencontre tenue sous les auspices de l'Algérie, et devant aboutir au désarmement des rebelles conformément à un accord signé à Alger le 4 juillet, a échoué, les rebelles de l'Alliance démocratique pour le changement refusant leur désarmement, face à la menace que font peser sur eux les groupes armés islamistes, algériens ou encadrés par des Algériens du GSPC de Mokhtar Belmokhtar. Ces groupes rassembleraient des combattants algériens, maliens, mauritaniens, libyens, nigériens et marocains. Les activités de Mokhtar Belmokhtar seraient largement financées par la contrebande et les trafics en tous genre (voitures, émigration clandestine, cigarettes, bétail, cannabis. En outre, des rumeurs insistantes attribuent à Mokhtar Belmokhtar la neutralisation (remise aux Libyens, puis aux Algériens) d'Abderrazak le Para, concurrent de Belmokhtar sur le double terrain de la lutte armée et de la contrebande.
(L'Expression 20.12) Selon "L'Expression", Abdelqahar Benhadj, le fils de l'ancien "numéro 2" du FIS, Ali Benhadj, qui avait annoncé son enlèvement par les forces de sécurité, a rejoint le GSPC dans la "zone II" d'opération du groupe (Bouira, Boumerdès, Tizi Ouzou). Selon un "repenti" du GSPC, Abdelqahar Benhadj a rejoint le GSPC en ayant mis son père au courant de son projet.
2007
(L'Expression 4.1 / Liberté 2.1 / Le Monde 7.1 / L'Expression 8.1 / L'Expression, Liberté, El Watan 10.1 / El Watan 11.1 / Le Figaro 16.1 / El Watan 17.1 / El Watan 18.1 / Le Temps 26.1 / Liberté 27.1) Selon l'agence d'analyse stratégique américaine Stratfor, un déferlement islamiste armé est possible dans le Maghreb, avec l'Algérie comme épicentre, et le GSPC comme organisation structurante. Dans un message vidéo, le "numéro deux" de la Qaeda, Ayman al-Zawahiri, a demandé au GSPC de devenir un "os dans la gorge des croisés américains et français". Le GSPC a répondu par un messager signé de son "émir" présumé, Abdelmalek Droukdel, appelant au combat contre "les ressortissants de France et les agents des croisés qui occupent notre terre". Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattei, a déclaré que la France "prenait au sérieux" ces menaces, d'autant qu'environ 40'000 Français sont enregistrés auprès des services consulaires (dont 28'000 à Alger) comme résidant en Algérie et qu'en septembre 2005 déjà, le GSPC avait désigné la France comme "ennemi numéro un" de l'islam et des musulmans. Pour autant, le ministère français des Affaires étrangères ne semble donner aucune consigne supplémentaire de sécurité aux Français d'Algérie, ni aux voyageurs en Algérie.
Selon un ancien officier des services de renseignement français, Alain Rodier, cité par "Le Temps" de Genève, "la question de savoir s'il va y avoir un attentat en France ne se pose plus. L'important est de savoir quand, et avec quels moyens". Selon "Le Monde", s'appuyant sur des synthèses des services français, ceux-ci portent une attention particulière au GSPC, d'autan t que celui-ci semble vouloir se donner une dimension régionale : dans un communiqué daté du 25 janvier, l'"émir" Droukdel annonce, au nom du GSPC, que celui "a renoncé définitivement à son ancienne appellation pour se nommer désormais l'Organisation d'Al Qaïda aux pays du Maghreb islamique", ce qui suggère une volonté d'étendre systématiquement les activités du groupe à l'ensemble du Maghreb, voire d'absorber les "djihadistes" des autres pays de la région (comme ceux du GICL libyen ou du GIMC marocain) au sein d'une seule et même organisation se revendiquant explicitement de la Qaeda. Les services français craignent en outre des attentats pendant la campagne électorale présidentielle, en se rappelant qu'en mars 2004, les attentats "djihadistes" de Madrid avaient bouleversé les données des élections législatives espagnoles, et provoqué la chute de la droite au pouvoir. Deux évolutions sont redoutées par les services français : la transformation de réseaux de soutien logistique en groupes opérationnels (l'UCLAT estime à une quarantaine le nombre de cellules djohadistes en France), et le passage à l'acte d'individus non répertoriés comme de potentiels terroristes, ni même comme islamistes. En 2005, selon l'unité de coordination de la lutte antiterroriste de la police nationale française, 17 activistes islamistes, dont quatre imams, ont été expulsés de France et actuellement une cinquantaine de lieux de culte musulman sont sous surveillance en raison de leur fréquentation par de supposés islamistes radicaux. Selon l'UCLAT, les ressortissants français et les nouveaux convertis à l'islam "tiennent de plus en plus de place" dans la "nouvelle génération de djihadistes, de plus en plus jeunes (...), sans passé judiciaire pour la plupart, sans relations avec les institutionnels du terrorisme international".
Les services de renseignement français (DST, DGSE, RG) auraient finalement reçu de leurs homologues algériens la liste des détenus islamistes libérés depuis mars 2006 dans le cadre de la Charte pour la paix et la réconciliation. Selon "El Watan", les USA auraient également demandé à recevoir cette liste, mais l'Algérie aurait refusé (ce qui n'implique pas que les Français n'aient pas eux-même transmis ladite liste, complète ou expurgée, aux Américains). Le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH) dénonce comme un "scandale" la transmission à la France de la liste algérienne, alors que le président de la commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l'homme (CNCPDH), Farouk Ksentini, la juge parfaitement compatible avec le cadre légal existant. La liste transmise aux autorités françaises contient les fiches de 2629 détenus élargis en Algérie entre mars et septembre 2006, dont d'anciens membres des GIA. Plusieurs dizaines, voire selon "El Watan" plusieurs centaines d'entre eux auraient déjà rejoint les groupes armés du GSPC, qui avait d'ailleurs appelé les amnistiés à le rejoindre, alors que l'ancien "émir" du GSPC, Hassan Hattab, qui continue à revendiquer le titre d'"émir national", appelait au contraire, dans un communiqué daté du 27 décembre, les membres du GSPC à déposer les armes. Selon "Liberté", Hattab serait retranché avec une centaine de fidèles dans ses maquis de la wilaya de Boumerdès.
Selon un bilan établi par le ministère de l'Intérieur, seuls 250 à 300 "terroristes" auraient accepté de déposer les armes pour bénéficier des dispositions de la charte présidentielle.
(Le Monde 22.5) Les services de sécurité algériens ont annoncé le 20 mai avoir démantelé un réseau de soutien au groupe armé responsable du triple attentat suicide du 11 avril, revendiqué par "Al Qïda au Maghreb islamique" (GSPC). Douze personnes ont été arrêtées à Boumerdès et Tizi Ouzou.
(Liberté 13.5 / Le Monde 22.5 / El Khabar 30.6) Selon le journaliste de l'"Expression" Fayçal Oukaci, les effectifs "djihadistes" en Algérie atteindraient un millier d'hommes, les montées au maquis se poursuivant au même rythme que les assauts des forces armées et les quelques redditions. La presse algérienne annonce par ailleurs régulièrement la présence de djihadistes étrangers dans les rangs des groupes armés algériens ("Liberté" annonce ainsi l'arrestation de trois Libyens début mai) mais le nombre de ces membres étrangers des groupes armés algériens ne dépasserait pas la quarantaine, selon le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni. "El Khabar" évoque des "salafistes djihadistes" originaires de Mauritanie, du Mali, du Niger, du Maroc, de Tu7nisie et de Libye, et actifs dans les groupes armés algériens au nom de la lutte contre les intérêts américains et ceux des alliés des USA.
Petition
Depuis la parution du livre de Habib Souaïdia La Sale guerre, le débat sur les responsabilités dans les exactions de masse contre les civils en Algérie, au cours de ces dernières années, a pris un tour polémique caractérisé par l'agressivité des ripostes dans la confusion des rôles. Pour défendre l'armée, mise en cause dans l'ouvrage pour des crimes d'une exceptionnelle gravité, les attaques et les accusations fusent de toutes parts et quiconque s'interroge de bonne foi sur l'implication de l'armée dans les carnages commis se voit accusé de complots et autres machinations.
Des journalistes, s'arrogeant des mandats policiers et faisant de la Maison de la presse un centre d'audition, tentent, par des procédés d'interrogatoires indignes, de recueillir d'invérifiables démentis. L'allégeance à des décideurs occultes résume les réactions de l'exécutif et des corps constitués. Quant aux parlementaires, dans une large proportion, ils ont voté une résolution de soutien inconditionnel à l'armée. L'écrasante majorité des Algériens, qui ne lira sans doute jamais le livre, interdit, n'a aucun accès au champ d'expression, monopolisé, au prix d'une mobilisation sans précédent, par la minorité qui prétend détenir l'exclusivité de l'honneur national.
Or le témoignage apporté dans ce livre concerne des crimes dont il décrit le déroulement, situe les lieux et les dates et cite le nom des coupables, aussi bien parmi les exécutants que dans la chaîne de commandement.
L'état-major, des commandants d'unités, des corps de l'armée avec leur hiérarchie sont mis eu cause. La précision du témoignage va au-delà de toutes les charges, déjà accablantes, recueillies par les organisations de défense de droits de l'homme, et dont le livre vient conforter la sincérité.
Dès lors, ni le pouvoir exécutif, ni l'appareil législatif, ni encore moins la presse ne sont compétents pour se prononcer sur la vérité de ces accusations.
Il appartient désormais à l'autorité judiciaire d'intervenir dans son domaine de compétence et le livre lui offre des éléments assez précis pour entamer ses investigations. Il contient suffisamment d'indications pour qualifier les crimes, orienter la recherche de preuves et de témoignages et personnaliser les poursuites. Voilà pourquoi, nous, citoyens algériens soussignés, exigeons qu'une information judiciaire soit ouverte immédiatement pour permettre une enquête sur les mises en cause graves et précises de cadres de l'armée. Les crimes qui leur sont imputés requièrent l'attention de la justice, en raison des enjeux primordiaux de vérité et de justice. En comparaison, les poursuites contre l'auteur du livre, annoncées avec éclat par le ministre de la justice, paraissent bien dérisoires. Il faut que cessent ces moeurs qui permettent aux autorités militaires, intouchables dans leur immunité, d'instruire et de juger par elles-mêmes et pour elles-mêmes.
En sa qualité de premier magistrat du pays, le président de la République algérienne a le pouvoir et le devoir de mettre en œuvre l'action publique pour que la justice fasse la lumière sur des crimes dont trop d'éléments précis et concordants attestent la réalité. Agir dans cette direction n'est pas un complot contre les institutions. A moins qu'il ne soit dit qu'en Algérie la loi ignore, voire conforte, le crime et que la justice ne sera jamais rendue au nom du peuple.
Lahouari Addi, sociologue. Madjid Benchikh, juriste. Mourad Bourboune,
écrivain.El-HadiChalabi,juriste.Mohammed Harbi, historien. Salima Mellah,
journaliste. Khaled Satour, juriste. Fatiha Talahite, économiste.
2002
(Liberté 28.3.02) Après Khaled Nezzar portant plainte contre Habib Souaïdia, un deuxième général algérien porte plainte auprès d'un tribunal français contre l'auteur algérien d'un livre de dénonciation : Larbi Belkheir, qui a porté plainte contre Hichem Aboud, auteur de "la mafia des généraux". Selon les déclarations de Hichem Aboud, la plainte du directeur de cabinet du président Bouteflika ne porterait que sur l'accusation d'être lié à l'assassinat d'Ali Mecili, et pas sur les nombreuses autres accusations contenues dans le livre de Aboud (constitution d'une association de malfaiteurs et d'un clan mafieux, responsablede l'assassinat du président Boudiaf, des événements d'écotobre 1988 et de la création des premiers GIA, par exemple...). Toujours selon Aboud, qui a affirmé n'avoir pas l'intention (car pas besoin) d'un avocat, l'avocat de Larbi Belkheir serait Le Francis Spizner, avocat par ailleurs de Jacques Chirac... Hichem Aboud pourrait au surplus être traduit devant un tribunal algérien, selon "Liberté", qui ne précise pas sous quelle accusation. L'auteur de "la mafia des généraux" affirme ne pas craindre de procès, ni en France ni en Algérie, et être en mesure de prouver ce qu'il avance.
(Liberté, Le Matin 7.4 / Le Monde 8.4) L'ancien ministre algérien de la Défense Khaled Nezzar, contre lequel trois plaintes ont été déposées (par les parents d'un jeune homme mort des suites de tortures, et par deux anciens détenus torturés) en France en avril 2001 pour "usage massif et systématique de la torture" et "exécutions extrajuduciaires", et qui avait du quitter précipitamment la France pour se soutraire à une possible arrestation, est revenu à Paris le 4 avril pour y être entendu, à sa demande, par les policiers de la brigade criminelle. Il a été laissé libre après cette audition et a regagné le jour même l'Algérie.
Les avocats des plaignants réclamaient en avril 2001 le jugement, et au besoin l'arrestation, en France de Nezzar, en application de la Convention internationale contre la torture de 1984. Nezzar avait échappé à l'arrestation grâce à un fax de l'Ambassade d'Algérie au ministère français des Affaires étrangères, lui attribuant une "mission officielle" valant immunité diplomatique, alors qu'il n'était en fait venu à Paris que pour la promotion d'un livre.
Selon "Le Monde" et la presse algérienne, le 4 avril, Nezzar a contesté auprès des enquiêteurs français les accusations de torture et d'exécutions sommaires, en affirmant que ses fonctions de ministre de la défense ne lui donnaient pas autorité sur le maintien de l'ordre, et que l'une des plaintes déposées contre lui portait sur des événements survenus alors qu'il était déjà à la retraite.
Sur le fond, Nezzar se justifie en affirmant, dans un "Mémoire portant sur la situation politique en Algérie", que "ce que l'Internationale islamiste n'a surtout pas pardonné aux généraux algériens, c'est d'avoir fait avorter l'instauration d'un nouvel Afghanistan, à une heure de vol de Marseille".
(AFP 8.4) Les avocats des personnes qui avaient déposé plainte en avril 2001 pour tortures contre l'ancien ministre algérien de la Défense, le général Khaled Nezzar, se sont étonnés le 8 avril "qu'aucune poursuite n'ait été engagée à son encontre à la suite de son audition" le 4 avril à Paris, par la Brigade criminelle, "alors que le parquet avait immédiatement ouvert une enquête dès le dépôt de la plainte", fondée sur la Convention contre la torture de 1984. Les avocats, William Bourdon et Antoine Comte, s'interrogent sur "la nature des garanties qui nécessairement ont été négociées et consenties au préalable au général Nezzar afin de sécuriser son audition", et de lui permettre de quitter librement la France. Quant à l'avocat de Nezzar, il affirme qu'"aucune poursuite n'a été engagée à son encontre car rien ne peut lui être reproché". Nezzar doit encore comparaître, début juillet, mais en tant que plaignant, devant le tribunal correctionnel de Paris, à la suite d'une plainte pour diffamation qu'il a déposée contre Habib Souaïdia, l'auteur de "La Sale Guerre".
Communiqué de Maître William BOURDON et Maître Antoine COMTE
Le fils d’un des plaignants dans l’affaire NEZZAR, Monsieur Amin BOUKEZOUHA, âgé de 22 ans, a été enlevé cette nuit vers minuit, alors qu’il se trouvait chez sa mère à Alger.
D’après les premiers témoignages, cet enlèvement serait le fait d’agents en civil et des premiers propos échangés, il semble que cet enlèvement soit lié directement à la plainte déposée par Monsieur BOUKEZOUHA père.
Ainsi, après que les plaignants dans l’affaire NEZZAR aient fait l’objet ces derniers mois, régulièrement, de menaces et d’intimidation à Paris, un pas supplémentaire est franchi, d’une extrême gravité car l’histoire récente en Algérie laisse craindre le pire sur l’issue de cette disparition.
Cet enlèvement suit d’une dizaine de jours l’audition insolite du Général NEZZAR faite par les services de police français dans des conditions qui ont appelé les Avocats soussignés à élever les plus vives protestations.
Il précède de deux mois le procès pour diffamation publique engagé par le Général NEZZAR à l’encontre de Monsieur SOUAÏDIA, auteur du livre « La sale guerre ».
Les Avocats soussignés en appellent aux autorités françaises pour que, sans délai, il soit demandé aux autorités algériennes tout éclaircissement sur les conditions de cet enlèvement et sa mise en liberté immédiate, tant il semble extrêmement vraisemblable que ses auteurs soient intimement liés à l’appareil d’Etat algérien.
William BOURDON
Antoine COMTE
Avocats à la Cour, Paris
(AFP, CCFIS 17.4) Le fils de l'un des plaignants devant le justice française contre l'ancien ministre algérien de la Défense Khaled Nezzar, Ahmad Amine Boukezouha, âgé de 22 ans, a été enlevé à Alger dans la nuit du 16 au 17 avril, ont annoncé sa famille et ses avocats, qui accusent les services de sécurité de cet enlèvement. D'après les propos tenus par les auteurs de l'enlèvement et entendus par des témoins, celui-ci serait directement lié à la plainte déposée à Paris contre Nezzar par, notamment, Abdelouahab Boukezouha, requérant d'asile en France. Des témoins auraient entendu les auteurs de l'enlèvement lancer à Amine Boukezouha : "Tu paieras pour ton père". Dans un communiqué, les avocats des plaignants contre Nezzar, William Bourdon et Antoine Comte, appellent les autorités françaises à demander "sans délai" aux autorités algériennes de fournir "tout éclaircissement sur cet ellèvement et (la) mise en liberté immédiate" de celui qui en été l'objet. Les avocats estiment "extrêment vraisemblable que (les auteurs de l'enlèvement) soient intimement liés à l'appareil d'Etat algérien", et rappellent que les plaignants contre Nezzar ont déjà fait l'objet "de menaces et d'intimidations à Paris". Les avocats sont d'autant plus inquiets du sort dÂmine Boukezouha que "l'histoire récente en Algérie laisse craindre le pire sur l'issue de cette disparition". Pour les avocats, "cette nouvelle action, manifestement décidée et exécutés par Nezzar et ses complices, montre une fois encore le vrai visage de la junte militaire d'Alger".
(L'Expression 20.4) Après que les avocats d'Abelouahab Boukezouha, plaignant en France contre le général Nezzar, aient dénoncé l'enlèvement de son fils Amine à Alger par des éléments des forces de sécurité, et aient accusé, sur la base des témoignages de la famille du kidnappé, les forces de sécurité de vouloir par ce rapt faire pression sur la famille (dans la perspective, notamment, du procès engagé par Nezzar contre Habib Souaïdia), le quotidien "bouteflikiste" "L'Expression" annonce que les parents d'Amine Boukezouha auraient fait "marche arrière". Selon le quotidien, le père d'Amine Boukezouha aurait déclaré être "assuré" que son fils n'a pas été enlevé mais est "détenu par les services dfe sécurité", information qu'il tiendrait du ministère de la Justice. Abdelouahab Boukezouha aurait "dégagé" la responsabilité de Nezzar dans l'enlèvement de son fils, enlèvement qui ne serait qu'une arrestation légale. La mère d'Amine Boukezouha aurait également fait des déclarations dans le même sens. Selon le quotidien, Amine Boukezouha a été "interpellé par les services de la police judiciaire le 16 avril 2002 dans le cadre d'une enquête préliminaire" et aurait été mis en garde à vue "conformément aux dispositions de la loi".
(AFP 24.4) L'un des plaignants contre le général Khaled Nezzar, ancien ministre algérien de la Défense, Abdelhouahab Boukezouha, qui avait déposé plainte en France contre Nezzar pour tortures après 1992, a décidé de retirer sa plainte après que son fils Amine ait été arrêté à Alger -une arrestation sous forme d'enlèvement, visiblement destinée à faire pression sur le père de l'enlevé pour qu'il renonce à poursuivre l'ancien homme fort du régime algérien. Amine Boukezouha avait été enlevé par des membres des forces de sécurité algériennes, puis arrêté et placé en garde à vue, officiellement dans le cadre du "démantèlement d'un groupe terroriste". Il était toujours détenu le 24 avril.
(Liberté 28.4 / El Watan 29.4) Le procès de Habib Souaïdia, accusé de complicité dans une "entreprise de déstabilisation morale de l'armée", s'est ouvert le 29 avril devant la cour criminelle d'Alger. L'auteur de la "Sale Guerre" ne sera pas présent à son procès, qui se fera donc par contumace, ce qui privera ses avocats du droit de parole (et l'opinion publique algérienne de sa version des faits. Selon le parquet, les poursuites ont été engagées contre Souäidia à la suite de publication sur internet de déclarations de sa part, selon lesquelles il était prêt à revenir au pays pour "prendre les armes contre les généraux". Souaïdia risque de 5 à 20 ans de prison. Il est de plus poursuivi en France par le général Nezzar, pour diffamation. Le procès, contradictoire celui-là, devrait avoir lieu en juillet à Paris.
(AFP 30.4) Habib Souaïdia a été condamné le 30 avril à 20 ans de prison par contumace par le tribunal criminel de Sidi M'hamed, qui a suivi le réquisitoire du procureur général et a lancé contre l'auteur de "La Sale Guerre" un mandat d'arrêt international. Habib Souaïdia a été condamné pour "participation à une entreprise d'affaiblissement du moral de l'armée" et pour atteinte à la "sûreté de l'Etat", après avoir déclaré qu'il était "prêt à revenir au pays pour prendre les armes contre les généraux". Souaïdia fait en outre l'objet, en France, d'une plainte pour diffamation déposée par le général Nezzar, lui-même objet en France d'une plainte pour torture déposée par des familles de victimes de la répression en Algérie.
(Moudjahid 20.4 / Quotidien d'Oran 21.4) Le ministère algérien de la Défense nationale a déposé plainte contre l'ancien officier, exilé, Hicham Aboud pour diffamation, vraisemblablement pour son livre "La mafia des généraux". Hicham Aboud fait d'jà l'objet d'une plainte, déposée par le directeur de cabinbet du président Bouteflika, Larbi Belkheir, que l'ancien capitaine avait accusé d'être le commanditaire de l'assassinat en 1987 à Paris d'Ali Mecili.
(MAOL 9.5) "Khaled Nezzar n'est qu'un pion à sacrifier s'il le faut", écrit le MAOL (Mouvement algérien des officiers libres) dans un long texte paru sur son site internet (www.anp.org). Pour le MAOL, c'est Larbi Belkheir qui aurait poussé Nezzar à s'engager "dans un procès en diffamation à haut risque" contre Habib Souaïdia, en faisant le calcul suivant : "Si par miracle Nezzar gagne son procès, alors ce sera bon pour tous (les généraux algériens), puisqu'ils seront ainsi 'absous' par la justice française. S'il le perd, ce qui est hautement probable, alors ils auront un bouc émissaire tout trouvé pour (leurs) turpitudes", avant de trouver un autre bouc émissaire pour la période suivant la démission de Nezzar de son poste de ministre de la Défense, en 1993. Pour le MAOL, "les accusations porées par Habib Souaïdia (...) concernent tout autant Khaled Nezzar que le parrain Larbi Belkheir, les généraux Mohamed Mediene, Smaïn Lamari et toute la meute de généraux qui font couler le sang depuis plus de dix ans pour jeter un écran de fumée sur les affaires juteuses qu'îls exploitent en toute illégalité". Cela étant, toujours selon le MAOL, les généraux craignent que le procès de Nezzar contre Souaïdia soit "l'occasion d'un 'très grand déballage' devant les médias du monde entier", et qu'y soient "confirmées solennellement toutes les accusations de barbarie et de génocide". Le MAOL n'exclut donc pas "que Nezzar soit 'fermement' invité par ses associés à se désister de son action en diffamation au dernier moment", ce qui conviendrait en outre au gouvernement français, "soucieux d'améliorer ses relations avec Alger", et qui ne souhaiterait pas que Nezzar soit présent à son procès. Le MAOL annonce que "les stratèges de la désinformation" en Algérie préparent néanmoins activement les procès dans lesquels Nezzar est impliqué, comme plaignant ou comme accusé, et ont chargé des avocats parisiens de rédiger un "Mémoire surréaliste destiné au procureur de la République du tribunal de grande instance de Paris" pour lui expliquer que la plainte pour tortures déposée le 25 avril 2001 contre Nezzar relève d'un complot islamiste. Nezzar a d'ailleurs été entendu le 4 avril 2002 par la police criminelle de Paris. Le MAOL affirme que "les autorités algériennes ont négocié au plus haut niveau de l'Etat français la 'sécurisation' de cette audition". Nezzar étant amené à Paris et ramené de Paris dans un avion militaire algérien. Depuis le début de l'année, affirme le MAOL, une "cellule" de désinformation a été installée à Paris autour de l'ancien responsable de la Fédération de France du FLN, et ancien membre du "Haut Comité d'Etat" installé à la tête de l'Algérie après l'interruption du processus électoral en 1992, Ali Haroun. Cette "cellule" aurait "recruté le journaliste de TF1 Charles Villeneuve, l'ancien gendarme reconverti dans les médias, qui prépare un documentaire à la gloire des généraux pour son émission Le droit de savoir, qui sera diffusé en juin (2002). En outre, les Algériens auraient mis la main sur le mensuel "Le Vrai Journal", par l'intermédiaire du groupe financier Khalifa (dont le MAOL affirme que le vrai patron est Larbi Belkheir).
(Algeria-Interface 16.5) Une nouvelle plainte contre le général Nezzar pourrait relancer la procécure entamée contre lui en France par des victimes de la répression en Algérie, après que l'un des premiers plaignants, Abdelouahab Boukezouha, ait été contraint de retiré sa plainte après l'arrestation de son fils à Alger, le 14 avril. L'identité du nouveau plaignant sera protégée par ses avocats, afin d'éviter toute "fuite organisée" comme celle qui s'était produite lors du déclenchement, en 2001, de la première procédure, et qui avait permis l'organisation de pressions sur les plaignants -pressions culminant donc avec l'arrestation du fils de l'un d'eux. Entendu à Paris le 4 avril par le procureur de la République du praquet du tribunal de grande instance, le général Nezzar (qui a ensuite pu regagner Alger sans encombre) a assuré qu'il n'était pas responsable de la répression et des arrestations massives en Algérie en 1992, après l'annulation des élections législatives. Selon Nezzar, alors ministre de la Défense (jusqu'en juillet 1993), la mission de "rétablissement de l'ordre" incombait exclusivement au ministre de l'Intérieur, Larbi Belkheir, l'actuel directeur de cabinet du président Bouteflika, puis ses successeurs Salim Saadi (actuel ministre des Transports) et Abderrahmane Meziane-Cherif (actuel embassadeur à Prague). Nezzar aurait également soutenu que les camps d'internement où ont été détenus des milliers de cadres, de militants et de sympathisants du FIS, n'ont fonctionné que pendant trois mois -ce que dément pourtant un rapport de l'Observatoire national des droits de l'Homme (ONDH, officiel), qui précise que ces camps n'ont été fermés qu'en 1994.
(AFP 13.6 / El Watan 16.6) En guise, vraisemblablement, de "préparation" au procès opposant le général Nezzar à Habib Souaïdia, début juillet à Paris, un livre est paru à Alger, sous la signature du journaliste algérien Mohamed Sifaoui, qui avait collaboré pour un temps à une première version, non éditée, du témoignage de Habib Souaïdia ("La Sale Guerre"). Mohamed Sifaoui qualifie d'"imposture" et de "grossière manipulation" le témoignage de Souaïdia, dont il accuse l'éditeur (La Découverte) d'avoir "dénaturé" par des "rajoutrs" et des "contre-vérités" la première version qu'il affirme avoir rédigée et dont le livre finalement publié reprend, selon lui, "le 70 %". Sifaoui reproche notamment à Habib Souaïdia et à son éditeur, François Gèze, d'avoir "imputé tout le drame algérien aux militaires, faisant fi, ou presque, des passages du livre", c'est-à-dire du manuscrit que lui-même avait tiré du témoignage de Souäidia, "relatant les exactions commises par les islamistes". Sifaoui affirme avoir été "l'initiateur et l'auteur exclusif de la version initiale" de "La Sale Guerre".
Le procès intenté (pour "diffamation" par Nezzar à Souaïdia se tiendra du 1er au 5 juillet devant le Tribunal correctionnel de Paris. 26 témoins seront appelés à la barre, dont 16 par les avocats de Nezzar (qui ont fait citer, notamment, Ali Haroun, Sid Ahmed Ghozali, Leïla Aslaoui, Khalida Messaoudi, Rachid Boudjedra, Kamel Rezzag Bara et Mohamed Sifaoui). Les avocats de Souaïdia ont notamment appelé à témoigner Pierre Vidal Naquet, Nacera Dutour, Malika Maâtoub, Nesroullah Yous, José Garçon et François Gèze.
(AFP, Algeria-interface 28.6 / AFP 29.6 / L'Expression, Le Matin 30.6 / Le Matin, Liberté 1.7) Le procès intenté par le général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, au sous-lieutenant Habib Souaïdia, auteur de "La Sale Guerre", s'ouvre le 1er juillet devant le Tribunal Correctionnel de Paris. Intenté par Khaled Nezzar à Habib Souaïdia, que le général accuse de "diffamation" pour des propos tenus sur la chaîne de télévision française La Cinquième* ce procès risque bien de devenir en fait le procès de Nezzar lui-même, voire du pouvoir algérien. Le procès devrait durer trois jours et être "mémorialisé" par sténotypie par l'éditeur de Habib Souaïdia, La Découverte, qui entend publier les minutes du procès sous forme d'ouvrage. Dans un communiqué de presse, "La Découverte" estime que ce procès sera "le premier grand procès du régime algérien". Les avocats de Nezzar comme ceux de Souaïdia ont fait citer à la barre de nombreux témoins (dont, pour Nezzar, Sid Ahmed Ghozali, Ali Haroun et Leïla Aslaoui, et pour Souaïdia Pierre Vidal-Naquet, Mohammed Harbi, José Garçon, Salima Ghozali et Malika Matoub). "A travers la condamnation de Souaïdia, le général Nezzar cherche l'acquittement de l'armée algérienne", estime l'un des avocats de Souaïdia, William Bourdon. Le procès Nezzar/Souaïdia coïncide avec la parution d'un nouvel ouvrage incriminant le général Nezzar : le témoignage de Lyes Laribi, réfugié en France après avoir été torturé en Algérie, et qui avait en avril 2001 déposé plainte contre Nezzar pour "crime de torture". Lyes Laribi signale que presque toutes les casernes et tous les centres par lesquels il est passé lorsqu'il était détenu et torturé étaient sous l'autorité du ministère de la Défense dont Nezzar était le titulaire, entre 1992 et 1994.
Les avocats de Nezzar ont fait savoir que celui-ci se trouvait en France pour assister au procès qu'il a engagé contre Souaïdia. En avril 2001, Nezzar avait dû quitter précipitemment la France (avec le soutien des services spéciaux français, et malgré la justice française) pour échapper aux poursuites intentées contre lui par des victimes et des proches de victimes de torture ou de "disparitions". A la veille de l'ouverture du procès, Amnesty International a demandé aux autorités algériennes de "cesser de faire obstruction aux enquêtes concernant les graves atteintes aux droits humains", et de mettre "immédiatement en place une commission d'enquête indépendante et impartiale" chargée de faire la lumière sur les atteintes aux droits de l'homme dont sont accusés aussi bien les groupes armés islamistes (ou non) que les forces de sécurité et les milices armées par l'Etat.
Deux jours avant l'ouverture du procès intenté par Nezzar senior à Habib Souaïdia s'est ouvert en Algérie, à Cheraga, le procès intenté par "Le Matin"* contre Nezzar junior : le fils du général avait en effet agressé le chroniqueur du quotidien, Sid Ahmed Semiane (SAS). Verdict le 13 juillet.
* Habib Souaïdia avait notamment tenu le général Nezzar pour responsable de l'interruption du processus électoral en janvier 1992, et accusé les généraux algériens d'avoir "tué des milliers de gens". "Je ne peux pas pardonner au général Massu et au général Aussaresses les crimes qu'ils ont commis comme je ne peux pas pardonner au général Nezzar", avait déclaré Habib Souaïdia.
Amnesty International
BULLETIN D'INFORMATION 107/02
28 juin 2002
Index AI : MDE 28/040/02
ALGÉRIE : Le procès d'Habib Souaïdia souligne les préoccupations sur l'absence d'enquêtes
Amnesty International a appelé ce jour (vendredi 28 juin) les
autorités algériennes à cesser de faire obstruction aux
enquêtes concernant les graves atteintes aux droits humains,
au moment où doit s'ouvrir le procès d'Habib Souaïdia,
ancien officier de l'armée accusé de diffamation par Khaled
Nezzar, général à la retraite et ancien ministre de la Défense
algérien. Ce procès doit débuter lundi prochainà Paris.
Habib Souaïdia est l'auteur d'un livre publié en 2001, La Sale
Guerre, qui contient des informations sur des cas de torture,
des exécutions extrajudiciaires et d'autres graves atteintes
aux droits humains commises au cours du conflit actuel par
les forces de sécurité, les milices armées par l'État et les
groupes armés. Les poursuites pour diffamation engagées
par Khaled Nezzar contre Habib Souaïdia s'appuient sur les
propos que ce dernier a tenus sur une chaîne de télévision
française en mai 2001 au sujet du général à la retraite.
« Habib Souaïdia a formulé des allégations sérieuses, a
déclaré Amnesty International. Alors que des milliers de
familles attendent toujours, parfois depuis dix ans, de
connaître la vérité sur ce qui est arrivé à leurs proches
assassinés ou « disparus », il est grand temps que les
autorités algériennes respectent leurs obligations
internationales en prenant des mesures concrètes pour faire
la lumière sur ces crimes et sur d'autres du même ordre. »
L'organisation lance de nouveau un appel aux autorités
algériennes pour qu'elles mettent immédiatement en place
une commission d'enquête indépendante et impartiale qui
soit chargée de mener des investigations sur les milliers
d'homicides, de « disparitions », d'actes de torture et d'autres
atteintes aux droits humains dont se sont rendus coupables
depuis 1992 les forces de sécurité, les milices armées par
l'État et les groupes armés.
Par ailleurs, un fait inquiétant s'est produit récemment dans
le cadre des poursuites pour torture engagées en France en
avril 2001 contre Khaled Nezzar. L'un des trois plaignants,
Abdelouahab Boukezouha, a retiré sa plainte en avril 2002
après que son fils eutété arrêté en Algérie et accusé
d'entretenir des liens avec un groupe armé. Deux victimes de
torture ainsi que la famille d'une troisième, qui vivent toutes
en France, avaient porté plainte contre Khaled Nezzar,
affirmant que celui-ci était responsable des tortures
commisesà l'époque où il occupait la fonction de ministre de
la Défense en Algérie, de 1990 à 1993.
Rachid Mesli, un avocat algérien exilé qui est spécialisé dans
les droits humains, devrait comparaître en tant que témoin
de la défense dans le procès qui est sur le point de s'ouvrir.
Accusé d'appartenanceà un groupe « terroriste » opérant à
l'étranger, il fait l'objet depuis le mois d'avril 2002 d'un
mandat d'amener international décerné par les autorités
algériennes. Cette accusation semble s'appuyer sur le fait
que Rachid Mesli avait l'intention d'envoyer un téléphone
portable à un contact se trouvant en Algérie, qui lui
transmettait des informations sur la situation des droits
humains dans le pays.
Ce contact et au moins trois autres personnes liées à Rachid
Mesli ont subi des traitements particulièrement durs. Arrêtés
dans le cadre d'événements distincts en mars et avril 2002 et
accusés d'entretenir des liens avec un groupe « terroriste »,
ils auraient tous été placés en détention dans la base de la
sécurité militaire de Ben Aknoun, où ils ont apparemment
été torturés à de multiples reprises pendant plusieurs jours.
« L'ironie des choses veut que ce procès s'ouvre le jour de
l'entrée en vigueur de la Cour pénale internationale, alors
que les autorités algériennes continuent à créer des
difficultés à ceux qui expriment leur inquiétude concernant
la situation des droits humains dans le pays
», a ajouté l'organisation.
Ces derniers mois, les militants locaux des droits humains
ont été la cible de mesures de répression, tandis que les
mécanismes de surveillance des droits humains au sein des
Nations unies et les organisations internationales de défense
des droits humains comme Amnesty International
continuent à se voir refuser tout accès au territoire algérien.
Rappel des faits
À la suite de la publication de son livre, Habib Souaïdia a
fait l'objet d'un mandat d'amener. Le 29 avril 2002, le
tribunal criminel d'Alger l'a condamné à vingt ans de
réclusion par contumace pour participation à une entreprise
de démoralisation de l'armée et complot portant atteinte à
l'intégrité du territoire national. Habib Souaïdiaétant exilé en
France, ce procès s'est déroulé en son absence. Selon le
ministère public, un site Internet indique qu'Habib Souaïdia
a déclaréêtre « prêt à retourner en Algérie pour porter les
armes contre les généraux ».
Communiqué de presse des Éditions La Découverte
Algérie : le procès en diffamation du général Khaled Nezzar contre M. Habib Souaïdia, en février 2002 à Paris, sera le premier grand procès du régime militaire algérien
Le mardi 2 octobre, la 17e chambre du Tribunal de grande instance de Paris a fixé aux 12, 13 et 19 février 2002 les audiences du procès en diffamation intenté par le général Khaled Nezzar contre La Cinquième et M. Habib Souaïdia, ancien officier de l'armée algérienne (de 1989 à 1999) et auteur de l'ouvrage La sale guerre, paru en février 2001 aux Éditions La Découverte.
Ancien élève des écoles militaires françaises de Strasbourg et Saint-Maixent, M. Nezzar, né le 27 décembre 1937, est passé dans les rangs de l'ALN dans les dernières années de la guerre d'indépendance. Diplômé de l'École d'état-major de Frounzee à Moscou (1964-1965), puis de l'École de guerre de Paris (1975-1976), il a été commandant des forces terrestres de novembre 1986 à novembre 1988, puis chef d'état-major de l'armée jusqu'au 27 juillet 1990, date à laquelle il a été nommé ministre de la Défense du président Chadli Bendjedid. Après l'interruption du processus électoral de janvier 1992, dont il revendique avoir été l'un acteur essentiel, il devient membre du Haut comité d'État (HCE), présidence collégiale qui dirige le pays, et conserve son portefeuille de la Défense jusqu'au 10 juillet 1993.
Le 24 août dernier, M. Nezzar a assigné La Cinquième et M. Souaïdia pour " diffamation " en raison des propos tenus par ce dernier lors de l'émission " Droits d'auteur " diffusée par la Cinquième le 27 mai 2001. M. Nezzar reproche notamment à M. Souaïdia d'avoir déclaré : " Cela fait dix années qu'il n'y a pas de président [en Algérie], plus même. Il y avait des généraux, ce sont eux les politiciens, c'est eux les décideurs, c'est eux qui ont fait cette guerre. C'est eux qui ont tué des milliers de gens pour rien du tout. C'est eux qui ont décidé d'arrêter le processus électoral, c'est eux les vrais responsables. […] Je ne peux pas pardonner au général Massu et au général Aussaresses les crimes qu'ils ont commis, comme je ne peux pas pardonner au général Nezzar, ex-ministre de la Défense. Il faut qu'on juge les coupables. […] Ce sont les ex-déserteurs de l'armée française qui ont mené le pays vers l'anarchie, vers la faillite. " M. Nezzar a tenu à préciser dans son assignation que ce sont bien ces propos qu'il incrimine, et non l'ouvrage La sale guerre, " qui ne le critique pas personnellement et ne porte aucunement atteinte à son honneur et à sa considération ".
Lors de l'audience de fixation du 2 octobre, les avocats constitués par M. Souaïdia, Mes William Bourdon et Antoine Comte, ont indiqué que Me Mahmoud Khelili, avocat au barreau d'Alger et président du Syndicat national des avocats algériens, serait à leurs côtés pour assurer la défense de leur client. Et qu'ils souhaitaient faire citer en défense au moins trente-sept témoins lors du procès, dont on trouvera ci-après la liste. Tous ces témoins ont donné leur accord pour attester de la pertinence et de la véracité de l'analyse de M. Souaïdia sur la nature du pouvoir réel en Algérie : la place prééminente qu'y occupe la haute hiérarchie de l'armée, la responsabilité de cette hiérarchie dans les très graves violations des droits de l'homme survenues en Algérie depuis 1988 et dans les circuits de corruption, et le rôle particulier du général Khaled Nezzar.
La personnalité des premiers témoins qui ont accepté d'être cités en défense par les avocats de M. Souaïdia (leur nombre exact dépendra des contraintes de temps déterminées par le tribunal) témoigne de la volonté de ce dernier de mener jusqu'au bout le combat pour la vérité et la justice qu'il a engagé en publiant son livre, et de la qualité des soutiens qu'il a reçus. Figurent notamment parmi eux des responsables d'organisations de défense des droits de l'homme (comme Me Patrick Baudouin, Mme Nassera Dutour et M. Kamel Daoud), des universitaires (comme Mmes Anna Bozzo, Véronique Nahoum-Grappe, Fatiha Talahite et Tassadit Yacine, MM. Lahouari Addi, François Burgat, Bruno Étienne, Mohammed Harbi, Werner Ruf et Pierre Vidal-Naquet), des journalistes (comme Mmes Florence Aubenas, Nicole Chevillard, José Garçon, Salima Ghezali, MM. Jean-Baptiste Rivoire et Jean-Pierre Tuquoi), d'anciens responsables politiques algériens (comme MM. Ghazi Hidouci et Omar Benderra), ainsi que des officiers dissidents de l'armée algérienne (comme MM. Ali Baali, Ahmed Chouchen, Hacine Ouguenoune, Mohamed Samraoui), lesquels apparaîtront pour la première fois à visage découvert devant un tribunal.
Par ces témoignages, par sa détermination personnelle, M. Habib Souaïdia tient à faire reconnaître que ce procès dépasse largement sa seule personne, car ses propos ne font que refléter les convictions de l'immense majorité du peuple algérien sur la nature du pouvoir militaire (le slogan " Pouvoir assassin ! " est devenu le leitmotiv des nombreuses manifestations de ces derniers mois). Et cela d'autant plus que la généralité des propos critiqués par M. Nezzar montre que ce dernier se pose bien en défenseur de l'ensemble de ce pouvoir et des actes dont celui-ci est responsable. M. Souaïdia entend bien que ce procès n'aura pas pour objet de juger les crimes commis ces dernières années en Algérie, quels qu'en soient les auteurs (adeptes de l'islamisme extrémiste ou de l'" éradication " de celui-ci et de ses partisans supposés) : ces crimes relèvent d'autres instances et sans doute d'un tribunal pénal international ad hoc. Mais il entend aussi que le procès en " diffamation " que lui intente M. Nezzar puisse être l'occasion de contribuer à l'établissement de la vérité, pour qu'un jour, justice soit faite, et que son pays retrouve enfin la paix.
À Paris, le 5 octobre 2001
Liste des témoins ayant accepté de déposer au procès de M. Khaled Nezzar contre M. Habib Souaïdia, à la date du 5 octobre 2001
Samir Abdi, Officier de l'armée algérienne
Lahouari Addi, Sociologue
Messaoud Allilli, Officier de l'armée algérienne
Florence Aubenas, Journaliste
Ali Baali, Officier de l'armée algérienne
Patrick Baudouin, Avocat
Abdelali Belazzoug, Ancien officier de l'armée algérienne
Omar Benderra, Consultant
Anna Bozzo, Historienne
François Burgat, Sociologue
Nicole Chevillard, Journaliste
Ahmed Chouchen, Officier de l'armée algérienne
Kamel Daoud, Professeur de médecine
Nassera Dutour, Sans profession
Bruno Étienne, Professeur des universités
José Garçon, Journaliste
François Gèze, Éditeur
Salima Ghezali, Journaliste
Mohammed Harbi, Historien
Hamid Hasni, Officier de l'armée algérienne
Ghazi Hidouci, Économiste
Ferdinando Imposimato, Avocat
Baudouin Loos, Journaliste
Salima Mellah, Journaliste
Rachid Mesli, Avocat
Véronique Nahoum-Grappe, Ingénieur de recherches
Hacine Ouguenoune, Officier de l'armée algérienne
Bernard Ravenel, Enseignant
Jean-Baptiste Rivoire, Journaliste
Werner Ruf, Politologue
Mohamed Samraoui, Officier de l'armée algérienne
Fatiha Talahite, Chercheur au CNRS
Jean-Pierre Tuquoi, Journaliste
Pierre Vidal-Naquet, Historien
Tassadit Yacine, Anthropologue
Nesroulah Yous, Artiste
Mohamed-Larbi Zitout, Commerçant
LE PROCÈS NEZZAR-SOUAÏDIA
- "ENTRE NOUS, IL Y A UN ÉCART..." (Nezzar)
- "... UN FLEUVE DE SANG !" (Aït Ahmed)
(Sources : correspondances, agences de presse (AFP, AP, Reuters, APS), presse française (Le Parisien, Le Nouvel Observateur, Libération, Le Monde, les Dernières Nouvelles d'Alsace, Le Figaro), presse algérienne (L'Expression, El Moudjahid, El Watan, Le Jeune Indépendant, La Tribune, Le Matin, Le Quotidien d'Oran, Le Soir d'Algérie, Liberté), Communiqués (CCFIS, MAOL, El Ribat)
Le procès intenté (pour diffamation) par le général Khaled Nezzar, ancien ministre algérien de la Défense et ancien membre de la présidence collective provisoire de l'Algérie après la "démission" du président Chadli Bendjedid, à l'auteur de "La Sale Guerre", Habib Souaïdia, s'est ouvert devant le Tribunal correctionnel de Paris le 1er juillet, devant une assistance nombreuse, et "sous l'oeil" de nombreux media (au nombre desquels on note la représentations de nombreux media africains).
En fait de procès pour diffamation, il s'est immédiatement agi d'un vaste débat sur les responsabilités de la crise algérienne, et sur les responsabilités des forces de sécurité dans les exactions commises depuis dix ans en Algérie. "Nous entendons faire une large mise en perspective de tout ce qui s'est passé en Algérie ces dernières années", a déclaré l'un des avocats de Nezzar, Jean-René Farthouat. En écho, l'un des avocats de Habib Souaïdia, Antoine Comte, s'est félicité que se tienne "pour la première fois en France un débat contradictoire sur une guerre qui, ces dix dernières années, a ravagé l'Algérie". Quant au président du tribunal, il a déclaré que du procès va se dégager "une vérité que le tribunalé dira. Ce ne sera pas la vérité historique, mais une certaine vérité".
Le procès a définitivement tourné après deux jours d'audience au procès de toute la classe dirigeante algérienne. Nezzar avait expliqué avoir intenté ce procès en France pour crédibiliser sa démarche : "une procédure en Algérie aurait été aux yeux de mes accusateurs un motif de suspicion supplémentaire". Mais en cinq jours de procès, marqué par la succession de témoignages d'acteurs politiques de premier plan, mais également de militaires, de victimes des violences, d'historiens, d'intellectuels et de spécialistes de l'Algérie, c'est bel et bien, comme le craignait une bonne partie de la presse algérienne, Nezzar, l'armée et le pouvoir algérien qui se sont retrouvés sur le banc des accusés. Au terme du procès, la représentante du parquet n'a requis aucune peine contre l'accusé, et a laissé le tribunal se déterminer, tout en lui suggérant de s'abstenir de toute condamnation, puisque "nous sommes dans un débat d'idées" et que c'est à "l'Histoire" de juger qui, de Souaïdia ou de Nezzar, et de leurs témoins respectifs, a raison.
- Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 27 septembre. Nezzar demande 15'000 Euros de dommages-intérêts à Souaïdia et à la chaîne de télévision La Cinquième, sur laquelle Souaïdia a tenu les propos que Nezzar lui reproche.
A son arrivée au tribunal, Habib Souaïdia s'est étonné d'être attaqué, lui, alors que "certains ont dit pire que moi" de Nezzar (accusé même par l'ancien officier Hichem Aboud d'avoir tué sa propre femme, Hichem About s'étonnant devant la presse de ne pas avoir été lui aussi attaqué par Nezzar, puisqu'il en dit pis que Souaïdia). Souaïdia a ajouté ne rien retirer de ce qu'il avait dit, et qui a provoqué la plainte de Nezzar, lors d'une émission de la chaîne française "La Cinquième", diffusée le 27 mai 2001 (le président de France Télévision, Marc Tessier, est également cité à comparaître). Lors d'un entretien télévisé, dont l'enregistrement a été diffusé lors du procès, il avait accusé les généraux algériens d'avoir "tué des milliers de gens", d'avoir eux-mêmes "décidé d'arrêter le processus électoral" en 1991-1992, et d'être "les vrais responsables" des dix ans de conflit qui ont suivi. Souaïdia avait également fait le parallèle entre les exactions commises par l'armée française lors de la guerre d'indépendance et celles dont il accuse l'armée algérienne (et les services spéciaux), et affirmé ne pas plus pouvoir "pardonner au général Nezzar" qu'il ne pouvait "pardonner au général Massu et au général Aussaresses". Nezzar demande 15'000 Euros de dommages-intérêts à Souaïdia.
L'un des avocats de Souaïdia, William Bourdon, a dénoncé le "paradoxe" d'un procès où un homme (Nezzar) suspecté "d'avoir commis des exactions d'une extrême gravité" se pose en victime (puisqu'il est le plaignant) de celui qui dénonce ces exactions. Pour Me Bourdon, "au travers de la condamnation de Souaïdia, le général Nezzar cherche l'acquittement de l'armée algérienne".
Khaled Nezzar avait fait l'objet en novembre 2001 de plaintes, en France, de la part de victimes ou de parents de victimes de la torture et d'exécutions sommaires en Algérie. Le dépôt de ces plaintes avaient conduit Nezzar à quitter précipitamment la France, où il était venu présenter son ouvrage "Algérie, échec d'une régression programmée" (interrogé par les avocats de Souaïdia sur ce départ précipité, Nezzar a expliqué qu'il avait quitté la France pour éviter un incident diplomatique entre Alger et Paris).
Le 28 juin, neuf personnes ont à nouveau déposé plainte contre Nezzar pour tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants, sur la base de la Convention internationale de 1984. La plainte est à l'étude au Parquet de Paris. Les plaignants lui demandent l'ouverture d'une enquête préliminaire pour que soit "procédé à l'interpellation et à l'audition du Général Khaled Nezzar", sous la "direction" duquel fut appliquée jusqu'en 1994 "la politique de répression systématique des opposants et notamment du FIS" et que furent "commis de façon massive des crimes de torture" : "Les déportations, les meurtres collectifs, les exécutions extrajudiciaires et série et surtout l'utilisation massive de la torture se sont inscrits dans le cadre d'une politique de répression systématique inspirée par des raisons politiques dont Monsieur Khaled Nezzar a été le principal instigateur et artisan", explique le texte de la plainte (déposée quelques heures après l'entrée en fonction officielle de la nouvelle Cour pénale internationale, tribunal permanent compétent notamment pour les crimes de guerre, crimes contre l'humanité (dont la torture), et dont la France reconnaît la juridiction. La plainte a finalement été classés sans suite par le parquet, faute d'éléments incriminant personnellement Nezzar.
Parmi les plaignants figuraient plusieurs des plaignants d'avril 2001, ainsi que Lyes Laribi, auteur d'un témoignmage sur son propre séjour "dans les geôles de Nezzar".
FEDERATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE L'HOMME
1er juillet 200
ALGERIE : le Général Nezzar doit être poursuivi par le juge français
Paris, lundi 1er juillet - Une nouvelle plainte a été déposée devant le Procureur de la République contre le Général algérien Khaled Nezzar à Paris, du chef de tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants.
La FIDH apporte son soutien aux victimes de cette nouvelle plainte, qui fait suite à celle déposée le 25 mai 2001 contre le Général Nezzar. Le 26 mai 2001, le Général quittait le territoire français. Cette fuite était apparue comme une forme d’aveu de culpabilité sur les crimes de torture allégués à son encontre par les auteurs de la plainte. Un an après, la détermination des victimes algériennes et de leurs familles dans leur combat pour la vérité et la justice en Algérie demeure intacte.
La plainte de ce jour est déposée à l’occasion de la venue en France du Général Nezzar, qui poursuit en diffamation Monsieur Habib Souaidia, l’auteur de La sale guerre, un ouvrage (Ed. La Découverte) mettant en cause la responsabilité directe des militaires algériens, et en particulier celle du Général Nezzar, dans la crise qui frappe l’Algérie depuis 1992.
Le Général Nezzar, Ministre de la défense d’Algérie de juillet 1990 à juillet 1993, puis président du Haut Conseil d’Etat (HCE) a cautionné voire ordonné des actes de torture, notamment sur les plaignants ou des membres de leurs familles. Les enquêtes réalisées sur le terrain par les ONG de défense des droits de l’Homme et les témoignages qu’elles y ont recueillis permettent de conclure qu’il était l’un des principaux commanditaires de la politique de torture systématique menée en Algérie. Il a publiquement et ouvertement prôné et encouragé cette politique. En tout état de cause, en sa qualité de ministre de la Défense, puis de président du Haut Conseil d’Etat (HCE), il ne pouvait ignorer cette politique. Il se devait d’y mettre un terme et avait toute l’autorité nécessaire pour ce faire. Actuellement ancien ministre et général à la retraite, Khaled Nezzar ne peut se prévaloir d’aucune immunité.
La lutte contre l’impunité constitue une priorité aujourd’hui s’agissant de l’Algérie où, dix ans après le début de ce qui a constitué l’une des plus graves crises de la Méditerranée, on meurt encore, chaque jour, et où depuis 1992, il y a eu au moins trois fois plus de personnes disparues qu’au Chili sous le régime de Pinochet.
La FIDH lance un appel aux autorités françaises pour qu’elles n’entravent pas le cours de la justice.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE de Maître William BOURDON et Maître Antoine COMTE
Le Parquet de Paris a classé sans suite les plaintes réitérées par des
victimes de tortures qui avaient déjà déposé plainte le 24 avril 2001, ainsi
qu'une plainte déposée par un autre plaignant, vendredi 28 juin 2002, contre
le Général Khaled NEZZAR au motif de l'absence d'indices graves et
concordant de la commission par le Général Khaled NEZZAR du crime de
tortures.
Cette décision, de façon très singulière, écarte toute la démonstration
factuelle et juridique développée et documentée par les plaignants, par les
très nombreux rapports des organisations nationales et internationales de
défense des droits de l'homme, de très nombreux témoignages, confirmés à la
Barre de la 17ème Chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, la
semaine dernière, dans le cadre du procès dirigé par le Général NEZZAR
contre Monsieur Habib SOUAIDIA.
L'ensemble de ces témoignages sont accablants quant à la responsabilité
pénale du Général NEZZAR dans les crimes de torture, commis indiscutablement
sur ordre, alors qu'il était Ministre de la Défense ou membre proéminent du
HCE, et en tout état de cause dans des enceintes administrées sous son
autorité et dans le cadre de l'état de siège.
Le Parquet de Paris semble devoir considérer que s'agissant de crimes de
torture, les poursuites devraient être limitées aux seuls exécutants, à
l'exclusion des supérieurs hiérarchiques.
Par conséquent, personne ne pourra douter du caractère éminemment politique
d'une décision qui était déjà en filigrane dans l'audition complaisante et
insolite du Général NEZZAR le 4 avril 2002, audition qui en était l'acte
prémonitoire et préparatoire.
Le Général Khaled NEZZAR n'a donc plus à fuir ; la justice a fui ses
responsabilités.
William BOURDON
Avocat à la Cour
Antoine COMTE
Avocat à la Cour
COMMUNIQUÉ DE PRESSE DE JUSTICIA UNIVERSALIS
1er juillet 2002
Le 28 juin 2002, des victimes du régime Algérien ont, en raison des souffrances qu'elles endurent jusqu'à ce jour et de l'impunité dont bénéficient leurs tortionnaires, déposé plainte pour tortures contre M. Nezzar devant la justice Française. Elles ne sont pas des terroristes, n'en déplaise à la propagande éradicatrice, mais de paisibles citoyens qui souhaitent que les auteurs des crimes horribles dont elles souffrent soient conduits devant la justice pour le rétablissement de la vérité et pour empêcher de nouveaux crimes.
En assistant les victimes de crimes révoltant la conscience humaine, Justitia Universalis oeuvre pour que la vérité et la justice puisse enfin triompher partout, quelques soient les lieux où ces crimes se produisent.
L'action judiciaire lancée contre M. Nezzar ne vise pas l'armée Algérienne, qui fonctionne par l'obéissance aux ordres prescrits par sa hiérarchie. Cette action vise encore moins la Nation et l'État Algériens. Et M. Nezzar n'est pas accusé pour ses choix politiques ou pour l'arrêt du processus démocratique comme il se plaît à le répéter. La plainte lui reproche les crimes de torture commis sous sa direction et selon ses plans contre une partie de la population, en considération du fait qu'il a occupé de hautes fonctions qui lui ont permis de décider et de donner des ordres, causant des dizaines de milliers de morts, des milliers de mutilés, notamment par la torture, des milliers de déportés et plus de 7000 disparus. C'est donc pour les crimes qu'il a commis, et dont il est responsable à titre pénal et personnel, que le général-major à la retraite Nezzar doit être jugé.
Pourquoi les victimes s'en remettent à la justice Française ? Ce serait l'idéal si la loi Algérienne punissait ces crimes et si la justice était indépendante pour le faire traduire ainsi que ses complices devant la justice locale. Ce n'est malheureusement pas le cas. Les victimes n'ont aucune autre alternative que de s'adresser aux pays dont les lois punissent ces crimes et dont les juridictions offrent une chance d'entendre leurs doléances, en toute équité et dans le respect des droits de la défense.
La justice Française permet la mise en ouvre du principe de " compétence universelle " pour le crime de torture. Elle offre aussi, en principe, de meilleures garanties contre les représailles risquant de toucher les plaignants ou des membres de leurs familles. Les autorités Françaises ne devraient pas permettre la divulgation d'identités et de témoignages confidentiels en l'absence de la moindre assistance aux victimes et témoins. L'expérience de la première plainte déposée le 25 avril 2001 contre M. Nezzar a montré que cette divulgation a abouti, en effet, à la menace, au harcèlement et à l'humiliation des victimes et témoins vulnérables, sans que les organes compétents de la République Française n'aient enquêté ou pris les mesures nécessaires pour leur protection.
Les principes établis dans la déclaration universelle des droits de l'homme sont un modèle universel pour les sociétés civilisées respectueuses des valeurs de justice, de liberté, d'égalité, de démocratie et de paix. Les juges Français ne peuvent permettre aux dictateurs et tortionnaires d'utiliser le drame du 11 septembre pour perpétuer, en toute impunité, les violations massives des droits fondamentaux à la vie, à l'intégrité physique et mentale et aux libertés. La sécurité interne et internationale ont pour prix le respect scrupuleux des droits humains fondamentaux partout dans le monde, afin de favoriser la tolérance et de garantir ces droits, y compris celui de la dissidence pacifique.
Le président
Brahim Taouti
Habib Souaïdia a quant à lui été condamné en avril 2002 à Alger à vingt ans de prison par contumace pour "participation à une entreprise d'affaiblissement du moral de l'armée".
A l'ouverture du procès, Habib Souaïdia a raconté son parcours militaire, ses doutes sur l'identité réelle des auteurs de massacres et de leurs commanditaires. Il a notamment témoigné avoir escorté (pour empêché qu'il ne soit contrôlé par des barrages militaires ou policiers) un camion de "militaires habillés en civils avec des barbes et des couteaux" se dirigeant vers des villages reculés. Interrogé sur les exactions dont il affirme avoir été témoin, Souaïdia raconte avoir vu des militaires brûler vif un garçon de 15 ans après l'avoir aspergé d'essence : "on prend l'enfant, on le met sur une décharge publique, on verse sur lui de l'essence et on allume avec du plastique (...) Quel être humain peut faire ça ?". "J'ai vu (des) collègues (...) dans des voitures banalisées pour faire la chasse aux Algériens", "j'en ai vu revenir avec des couteaux tachés de sang", affirme Souaïdia, qui refuse pour autant de "dédouaner les islamistes".
A Nezzar, Souaïdia a lancé : "L'Histoire vous rattrapera dans votre tombe". "Nezzar dit qu'il a sauvé la démocratie de l'intégrisme. Où est la démocratie en Algérie ?", s'est interrogé Souaïdia, pour qui les généraux "savent très bien que s'il y (avait) une démocratie en Algérie, (ils seraient) les premiers à être jugés".Pour l'auteur de "La Sale Guerre", les dirigeants de l'armée forment "une seule famille qui décide" du devenir de l'Algérie : "Les généraux décident pour le pays depuis quinze ans, et ça fait quinze ans que nous n'avons plus de Président".
Habib Souaïdia a plusieurs fois réitéré l'exigence d'une commission d'enquête sur les massacres, et exprimé sa conviction qu'on en trouvera les responsables.
Pour sa part, Nezzar, dans une déclaration lue, a réaffirmé que les exactions commises en Algérie sont l'oeuvre des islamistes armés, mais a reconnu qu'il pouvait y avoir eu des "bavures" militaires. Refusant d'être pris, ni ses "compagnons", pour "un apparatchik assoiffé de pouvoir", Nezzar a accusé la presse française de tenter de "faire croire que les odieux massacres perpétrés par les islamistes intégristes seraient l'oeuvre de l'armée algérienne". "L'armée algérienne n'est pas une armée de barbares", a affirmé le général, mais une armée populaire confrontée au terrorisme" (interrogé par l'un des avocats de Souaïdia sur les déclarations d'un autre général algérien, critiquant, lui, l'annulation du processus électoral, Nezzar a néanmoins lâché que ce général là était "un illéttré" et que "depuis l'indépendance, on a des généraux illétrés"... Au delà des propos diffamatoires à l'égard de ma personne, c'est en réalité sur tout un peuple, son gouvernement et son armée (...) que les diffamateurs et leur porte-voix (Souaïdia, en l'occurrence) tentent de jeter l'opprobre", a déclaré Nezzar pour expliquer sa plainte.
Témoin de Nezzar, Mohammed Sifaoui, qui collabora à une première version du témoignage de Souäidia, s'en est directement pris à ce dernier, qu'il a qualifié de "mythomane professionnel", et à son éditeur, François Gèze, qu'il a accusé de "manipulation". Sifaoui a rendu hommage à Nezzar "pour avoir arrêté le processus électoral de 1991 (et ainsi évité) à l'Algérie (de devenir) un autre Afghanistan".
Nezzar a ensuite justifié l'interruption du processus électoral de 1991 : "Il fallait éviter la guerre civile et l'afghanisation de l'Algérie", éviter un "Etat taliban".
Nezzar a également dénoncé "le complot médiatique fait au régime algérien", complot ourdi par le Front islamique du salut et le Front des forces socialistes, et dont Souaïdia n'est qu'un "simple pion". Il a expliqué avoir saisi un tribunal français car "une procédure en Algérie aurait été, aux yeux de mes accusateurs, frappée de suspicion au motif d'une justice subordonnée au pouvoir".
Cité par Nezzar, mais précisant qu'il n'est pas venu témoigner contre Souaïdia, qu'il a qualifié de "simple instrument dans un grand complot qui le dépasse", l'ancien Premier ministre algérien Sid Ahmed Ghozali a affirmé que le gouvernement de l'époque n'avait pas d'autre choix que celui de mettre fin au processus électoral qui avait vu le Front Islamique du Salut arriver en tête du premier tour des élections législatives de 1991. Ghozali a accusé le FIS, "avec la complicité d'un clan au pouvoir", d'avoir "manipulé les listes électorales et le scrutin", mais a reconnu que la victoire du FIS manifestait un "rejet" de tous ceux que le peuple algérien "considérait comme responsables des difficultés" dans lesquelles il se trouvait : ce vote pour le FIS a été "un vomissement, un cri très fort de rejet des Algériens de leurs conditions de vie, de la dégradation de leur situation". L'ancien Premier ministre a affirmé que l'interruption du processus électoral avait été décidée "d'un commun accord" par les militaires, le gouvernement et "la société civile" (et non les militaires seuls), et que cette décision avait même bénéficié du soutien de l'ancien Président Ahmed ben Bella, chef en 1991 d'un petit parti d'opposition au pouvoir. Sid Ahmed Ghozali se justifie en expliquant qu'il n'a pas voulu être "le Chapour Bakhtiar de l'Algérie" (allusion au dernier Premier ministre du Shah d'Iran, avant la prise du pouvoir par l'Ayatollah Khomeiny, et que "notre conviction était que laisser le pouvoir aux islamistes, c'était laisser tomber l'Algérie". "Nous ne l'avons pas fait, et nous ne le regrettons pas", a ajouté l'ancien Premier ministre, qui a estimé que l'armée était "le seul rempart contre l'obscurantisme", dont la stratégie est de s'emparer du pouvoir en comptant sur l'effondrement de l'Etat après la "déstabilisation de l'armée". Interrogé à ce sujet, Khaled Nezzar a admis que lorsqu'il était ministre de la Défense (entre 1990 et 1993), il s'était produit "une tentative d'arriver au pouvoir avec le FIS", mais n'a pas précisé qui, dans l'ombre du pouvoir, avait joué le jeu du FIS.
Ghozali a récusé l'hypothèse d'une Algérie au pouvoir de l'armée, et affirmé que l'Algérie n'était pas "une république bananière avec d'un côté des militaires assoiffés de sang et de l'autre des civils obéissants". "Dans le cadre de ma mission, je n'ai jamais été en situation d'exécuter ou de recevoir des ordres de la part des autorités militaires", a également affirmé Ghozali (La défense de Souaïdia a relevé que la lettre de démission du président Chadli avait été rédigée non par le démissionnaire, mais par le général Touati et par Ali Haroun, ce qui n'a pas empêché Ghozali d'affirmer n'avoir pas connaissance de pressions exercées sur Chadli pour le faire démissionner).
L'ancien Premier ministre, à qui les avocats de Souaïdia ont rappelé qu'il avait lui-même déclaré que "l'Etat algérien ne respecte pas les lois", qualifie de "dérive totalitaire" l'évolution de l'Algérie en 1999, mais refuse de réduire le conflit algérien à "une bagarre entre deux forces violentes, les islamistes et l'armée". Interrogé par des journalistes après son audition, Ghozali a admis qu'il y avait "peut-être eu des exactions" de la part des militaires, mais qu'elles avaient été "traduites en justice". Appelé à s'expliquer sur les quatre décrets qu'il avait signé en tant que Chef du gouvernement, et qui, pour l'avocat de Souaïdia, Antoine Comte, "ouvraient la voie à l'arbitraire avec notamment la création de centres d'internement dans le Sud, les assignations à résidence, la création de l'état d'urgence et les arrestations arbitraires", Ghozali a répondu qu'il s'agissait d'une "décision politique inscrite en droite ligne avec la Constitution". Il a également affirmé que l'arrêt du processus électoral n'était pas anticonstitutionnel. Pour lui, ce qui s'est produit en 1992 n'est pas "un coup d'Etat", mais "une réponse adéquate à une situation inédite".
Pour Ghozali, le livre de Souaïdia ("La Sale Guerre") est essentiellement fait de "considérations politiques dictées ailleurs pour favoriser la théorie du 'qui tue qui ? '", et l'ancien Premier ministre algérien a déclaré qu'il témoignait pour "rétablir la vérité contre des assertions qui entrent dans le cadre d'une stratégie de l'intégrisme". Pour lui, c'est le FIS qui cherche à "déstabiliser l'armée en s'attaquant à Khaled Nezzar, l'homme qui a incarné et continue d'incarner les vraies valeurs de l'ANP".
Egalement témoin de Nezzar, l'ancien responsable du FLN et ancien membre du Haut Comité d'Etat (présidence collégiale provisoire), Ali Haroun qualifie le procès intenté par Nezzar de "procès pour défendre l'honneur de l'Armée" et celui de "Nezzar en tant que personne et en tant qu'ancien chef de l'institution de l'armée (...) colonne vertébrale du pays". Pour Ali Haroun, l'armée a été "l'alliée objective" des démocrates en faisant échec aux "fous de Dieu".
En sens rigoureusement inverse, le président du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, a accusé Nezzar et ses semblables d'avoir fait "un coup d'Etat" qui a abouti à "une catastrophe", malgré la promesse que lui avait fait Nezzar de ne pas interrompre le processus démocratique : "Nous nous sommes vus avant l'interruption du processus électoral et je vous ai conseillé de le poursuivre, ce que vous m'aviez promis en me donnant votre parole", rappelle Aït Ahmed à Nezzar, qui ne dément pas : "C'est vrai que je vous ai rencontré", a admis Nezzar, avant de poursuivre : "mais entre nous il y a un écart..." -"Un fleuve de sang !", l'a interrompu Aït Ahmed.
"Après 1962, ce sont les généraux qui ont conçu la Constitution à leur manière. Depuis, l'Etat s'est disloqué et a fait émerger le FIS. Les généraux ont arrêté le processus électoral non pas pour sauver l'Algérie comme ils le disent, mais pour maintenir le régime", résume Aït Ahmed, pour qui le régime a "créé 60 partis pour amuser la galerie, pour faire croire à l'existence d'une démocratie" alors qu'il ne s'agissait que de maintenir le système en place.
Salima Ghezali, après avoir raconté ses années d'enseignantes près d'Alger dans les années 80, la montée de l'islamisme, puis de la violence des terroristes et des militaires, résume : "Le pouvoir a fait ce scénario : couper l'Algérie en deux, être pour l'armée ou pour les islamistes. Il n'y a plus de place pour rien d'autre". Et, s'adressant à Nezzar : "Cette Algérie est la nôtre. Vous pouvez tout faire de nous, mais pas nous empêcher de vouloir y vivre dignes".
Les témoignages ont éré rigoureusement contradictoires sur la nature de la gigantesque manifestation organisée le 2 janvier 1992 à Alger, au lendemain du premier tour des législatives. La manifestation avait été organisée à l'appel du Front des Forces Socialistes, qui en assurait le service d'ordre, pour "sauver la démocratie".
Les témoins de l'accusation (Omar Lounis, Leïla Aslaoui) affirment que les manifestants réclamaient l'annulation du processus électoral : "L'armée était le seul rempart qui pouvait nous sauver. Si elle n'était pas passée à l'action, je ne serais pas ici en train de témoigner", déclare Leïla Aslaoui, pour qui "l'islamisme n'est pas une opposition mais une idéologie et un projet de société").
Les témoins de la défense, par contre, rappellent que la manifestation du 2 janvier était organisée par un parti (le FFS) qui s'opposait à l'interruption du processus électoral, et qu'il ne s'agissait pas d'annuler les élections, mais de se mobiliser pour le second tour. "Le mot d'ordre était : ni Etat policier, ni République islamique", rappelle Hocine Aït Ahmed, pour qui "il existait une possibilité de régler pacifiquement le problème", et qui accuse les militaires d'avoir "arrêté les élections pour maintenir le régime". José Garçon évoque le "sursaut", la "mobilisation" qu'avait provoqué le succès du FIS au premier tour de l'élection".
A Nezzar, Aït Ahmed lance : "chaque fois qu'il y a une possibilité de changement, vous intervenez; il y a une direction occulte qui s'impose et intervient. (...) C'est un miracle que nous (le FFS) existions encore".
Mohammed Harbi, historien et ancien haut responsable du FLN, a retracé le rôle de l'armée dans le processus de militarisation du politique, engagé un an après le congrès de la Soummam en 1956, qui avait consacré la primauté du politique sur le militaire. L'Algérie, tenue par une Sécurité Militaire (aujourd'hui DRS) "formée aux théories manipulatoires du KGB", a dérivé vers le système d'"une armée ayant l'Etat à son service" et non le contraire.
Nicole Chevillard, rédacrice en chef de "Nord-Sud Export", spécialiste des "risques pays" pour les investisseurs français à l'étranger, a estimé que "les véritables dirigeants (de l'Algérie) sont les militaires" et que c'était là une "constante historique de l'Algérie". Depuis octobre 1988, "on retrouve toujours en position dominante Nezzar, Belkheir", et c'est l'armée qui assure la continuité du pouvoir algérien, malgré les "changements de façade".
Omar Benderra, ancien dirigeant du Crédit Populaire d'Algérie (banque publique), a estimé que "l'interuption du second tour des élections en 1992 a provoqué l'arrêt du processus économique d'ouverture vers l'extérieur", processus constitué de réformes différentes des "injonctions du FMI". Après quoi, il n'est resté de ces réformes que "la gestion de la dette, puis plus rien", d'où "l'arrêt de la machine économique, l'assèchement des réserves de change et l'appauvrissement des couches populaires les plus fragiles". Pour Benderra, "le système de pouvoir est un système de privilège" dont les responsables allouent "de façon régalienne une partie de la rente économique à leur clientèle". Le témoin constate que "de nouveaux groupes (économiques, comme Khalifa) apparaissent spontanément sans que l'on puisse connaître l'origine de leurs fonds", et estime que "les puissances d'argent ne doivent leur situation qu'à la proximité avec Cesar, le pouvoir militaire, plus exactement une partie du corps dirigeant de l'armée", dont les clans "ont la mainmise sur les réseaux d'affaire". Et ce sont "ceux qui ont confisqué les richesses qui disent vouloir rétablir la démocratie" ? s'interroge Omar Benderra.
A ce témoignage, Khaled Nezzar a rappelé qu'il avait contribué à faire avorter de nombreux projets engagés sous la présidence Chadli, car "ils allaient ruiner le pays", et, en réponse à Benderra qui estimait qu'il était l'un des "cinq ou six généraux qui détienne la réalité du pouvoir", répond qu'il vit aujourd'hui de sa retraite.
Autre témoin de la défense, l'ancien officier algérien Ahmed Chouchene, ex-capitaine des forces spéciale, déclare avoir été torturé pour avoir dénoncé "l'implication de l'armée contre la population civile". Chouchane affirme également avoir reçu l'ordre d'un colonel de l'armée algérienne de "laisser Zitouni tranquille" (Djamel Zitouni était le chef des GIA); ce colonel lui aurait affirmé : Zitouni, "c'est notre homme, c'est avec lui que tu va travailler". Chouchene affirme également que de hauts gradés de l'armée lui ont proposé de collaborer à l'assassinat de responsables islamistes.
Mohammed Samraoui, ancien colonel de la Sécurité Militaire (DRS) a affirmé que le GIA était "la création des services de sécurité" et expliqué que, bien avant l'interruption du processus électoral, en janvier 1992, après la victoire du Front Islamique du Salut au premier tour des élections législatives, l'armée avait "infiltré" les groupes islamistes pour les manipuler, "créer la division" au sein du FIS en "amadouant" ou en "corrompant" certains de ses cadres, puis pour "casser" le Front en attribuant aux islamistes des actions "terroristes" téléguidées par les services spéciaux : "Notre mission était d'empêcher le FIS de parvenir au pouvoir, par tous les moyens". Khaled Nezzar confirme, implicitement : "l'infiltration, les coups de Jarnac, c'est normal. Les assassinats, je n'ai pas la preuve". Mais, ajoute le général, "que le GIA soit une création des services, c'est faux !".
Samraoui a également accusé l'armée d'avoir "arrêté à tort et à travers des gens qui n'avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les actions violentes". "Des Afghans (islamistes algériens ayant combattu en Afghanistan) parmi les plus dangereux n'étaient pas arrêtés, bien que parfaitement repérés, car on avait besoin d'eux". Après quoi, le terrorisme s'étant généralisé, l'armée s'est mis à "combattre le terrorisme avec les méthodes du terrorisme" : la torture, les exécutions extrajudiciaires, les enlèvements, "méthode de travail ordonnée par Smaïn Lamari".
Dans un entretien accordé à "Algeria-Interface", Mohamed Samraoui précise ne pas être membre du MAOL (Mouvement algérien des officiers libres) et ne pas être d'accord avec certaines méthodes du MAOL ("notamment le fait de publier certains noms ou des organigrammes"), mais partager son combat "comme celui de toute organisation, parti ou mouvement qui lutte pour l'édification d'un Etat de droit". Samraoui révèle avoir refusé de participer "à un coup monté (par la Sécurité Militaire) contre l'ancien président Ahmed Ben Bella", pour "déstabiliser le gouvernement Hamrouche" en 1990, et s'être opposé à l'assassinat, envisagé par le SM, de dirigeants du FIS en Allemagne, Rabah Kébir et Abdelkader Sahraoui : "J'ai mis en garde le général Smaïn Lamari qui était mon supérieur sur le danger d'une telle opération. J'ai été mis à l'écart. J'ai conservé toutes les preuves". Sur la présence au procès d'anciens responsables politiques (Sid Ahmed Ghozali, Ali Haroun, Kamel Rezzag-Bara, Leïla Aslaoui", Samraoui résume : le pouvoir algérien "a besoin d'une façade civile. (...) Aujourd'hui, il faut qu'ils se mobilisent derrière Nezzar, ce n'est pas leur faute". Nezzar lui-même a peut-être été, par ses pairs, "poussé à se sacrifier". Samraoui répète que "certains groupes islamistes ont été infiltrés, d'autres manipulés, et certains ont été créée" par les "services" algériens, jusqu^'au jour où "les responsables de cette manipulation n'ont plus maîtrisé la situation", et où "on ne savait plus si un groupe armé appartenait à un officier ou à un autre, ce qui a créé une confusion", encore aggravée par la création des milices, qui a amené à des "réglements de compte". L'ancien responsable du DRS précise : "Les islamistes du MIA" (Mouvement islamique armé, créé dans les années 80) "ont été approchés en 1989, alors qu'ils étaient en prison. On a négocié leur libération. (...) On voulait contrôler leurs activités. (...) On a même créé des 'émirs'". Sur les massacres de 1997 et 1998, Samraoui déclare que "s'ils n'ont pas été commis par certaines sphères du pouvoir, c'est donc qu'il y a eu carence : dans un cas comme dans l'autre, la responsabilité du pouvoir ou des décideurs est entière". Samraoui affirme cependant que dans le cas du massacre de Bentalha, "il y a une complicité active de certaines sphères de l'ANP", et que des hélicoptères militaires "équipés de matériel de vision nocturne survolaient Bentalha la nuit du drame".
Cités par Nezzar, plusieurs représentants de familles des victimes du terrorisme, et des victimes directes du terrorisme, dont deux soeurs, enlevées, séquestrées et violées par un groupe armé sont venues à la barre démentir les accusations portées par Souaïdia (ou Nesrollah Yous) contre l'armée. Des habitants de Bentalha ont assuré que les auteurs du massacre de 1997 étaient bien des islamistes armés.
Hadj Haci Atikan raconte comment son père a été égorgé en plein jour sur la place de son village par des membres d'un groupe armé, qui l'ont ensuite enlevée avec sa soeur, l'on conduite au maquis, les ont violées et les ont transformées en esclaves. Les deux soeurs ont réussi à prendre la fuite, et ont été prise en charge par des militaires.
Mohammed Dahou, a raconté les tortures subies par son fils, enlevé par "trois terroristes" à Lakhdaria en automne 1994 : "Le l'ai retrouvé le lendemain : ils l'avaient égorgé et jeté sur la place du centre ville". Les coupables, il affirme les connaître : "l'un et toujours au maquis et les deux autres ont bénéficié de la loi sur la 'concorde civile'. Je les croise tous les matins lorsque je me rends à mon travail".
Samir Menguellati, rescapé du massacre de Bentalha (23 septembre 1997, près de 400 morts), contacté par une organisation des victimes du terrorisme pour témoigner en faveur de Nezzar, raconte le massacre, et dément le témoignage d'un autre rescapé Nesroullah Yous, qui incrimine la passivité, et évoquait l'hypothèse de la complicité, des forces de sécurité. Hamid Bouamra, également rescapé du massacre, confirme la version de Menguellati, et affirme avoir reconnu les massacreurs : "des enfants du quartier".
Nata Chaouche raconte que ses trois fils et son beau-fils ont été égorgés ou tués par balles à Sidi Moussa "par des voisins qui étaient allés à l'école avec eux"
Toujours cité par Nezzar, l'ancien président de l'Observatoire national des droits de l'homme (organisme officiel), Kamel Rezzag Bara, n'a pas nié l'existence de bavures ou de "dépassements" du fait des forces de sécurité, mais a déclaré que la question des "disparus" était devenue un "fonds de commerce" de l'opposition, et a affirmé que de nombreux "disparus" étaient en réalité des "terroristes" décédés ou encore dans les maquis.
Des victimes des exactions des forces de sécurité ont également témoigné, à l'appel de la défense :
Abderahmane Mosbah, ancien étudiant à l'Institut d'études islamiques d'Alger, a raconté les quarante jours passés à être torturé par onze hommes dans les locaux de la gendarmerie d'Alger, où il était quotidiennement forcé à garder au fond de la gorge un chiffon constamment imbibé d'eau ("On vous le met dans la bouche et on verse de l'eau. J'étouffait, je me débattais. C'est comme si on coulait. L'eau vous rentre de partout dans les narines, dans la gorge, dans les poumons, jusqu'à l'évanouissement. Au bout d'un moment, je cherchais la mort. Sur ces quarante jours, dix ont quitté la mémoire. (Nezzar) me les doit") et où il a été sodomisé, puis son séjour dans les camps de détention du sud saharien, la chaleur, le froid, la faim, les maladies, les insultes, les coups, les humiliations. "Ces gens là sont nuisibles à l'environnement humain de la planète", a-t-il déclaré en désignant le général Nezzar. A propos de Souaïdia, il déclare : "Il aurait pu être mon tortionnaire, mais lui a eu le courage de dénoncer (...) La seule chose qui me choque, c'est que ce soit Souaïdia qui soit dans le box des accusés et pas le général Nezzar (qui) est venu blanchir ses compères et chercher sa feuille de route pour les dix prochaines années".
- Nacera Dutour raconte son calvaire pour tenter de savoir ce qu'est devenu son fils, "disparu" depuis le 3 janvier 1997. Elle accuse l'armée de l'avoir arrêté en enlevé, et s'adresse à Nezzar : "Savez vous ce que c'est que de ne pas savoir où est votre fils ? Rendez-nous nos enfants, c'est tout ce qu'on demande !"
Cité par la défense de Souaïdia, l'ancien président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, Patrick Baudoin, a affirmé avoir recueilli en Algérie "des dizaines et des dizaines de témoignages concordants" sur des arrestations arbitraires et la pratique de la torture, et a réfuté l'assimilation faite de ceux qui dénoncent ces pratiques à des alliés des islamistes : "On a l'impression quand on n'est pas dans le camp des généraux (d'être considéré comme étant) dans celui des islamistes. Nous, nous ne sommes dans aucun camp. L'Etat doit respecter le droit". Pour Patrick Baudoin comme pour Mohammed Harbi, "ce n'est pas le président de la République, ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas l'Assemblée générale mais un quarteron de généraux qui détient le pouvoir en Algérie". Pour l'ancien président de la FIDH, l'armée a effectivement tué des civils et les forces de sécurité (armée, police, services spéciaux etc...) se sont rendues coupables d'"arrestations arbitraires en masse", de la mise en place de "camps d'internement plus ou moins secrets", d'une "pratique systématique de la torture" et d'"exécutions extra-judiciaires".
Sur l'interruption du processus électoral, Nezzar affirme qu'elle était voulue "par la majorité de l'opinion publique", que "c'est le peuple algérien qui a demandé l'arrêt du processus électoral, et l'armée n'a fait qu'exécuter", et qu'il s'agissait d'éviter "l'afghanisation de l'Algérie". Nezzar assure n'avoir donné que des directives dignes "d'un Etat de droit" et, en réponse à Hocine Aït Ahmed qui l'accuse d'avoir fomenté un coup d'Etat, affirme avoir "essayé de faire (son) travail le plus honnêtement du monde". Pour ses avocats, "si l'armée n'avait pas combattu le FIS, l'Etat algérien n'existerait plus aujourd'hui".
Cité par Nezzar, l'écrivain Rachid Boudjedra a proclamé son refus d'une dictature militaire, et sa conviction que l'Algérie ne vivait pas sous une telle dictature : "Nous n'avons pas voulu d'une dictature militaire et nous ne l'aurons jamais". Boujedra a assumé le fait d'être descendu dans la rue le 2 janvier 1992, "en tant que républicain et laïc", pour demander l'arrêt du processus électoral, et d'avoir été pendant trois mois le conseiller de Redha Malek, alors ministre de la Communication.
Citée par Souaïdia, José Garçon, journaliste à "Libération" et spécialiste de l'Algérie, a affirmé que "70 % des massacres" attribués aux GIA ou revendiqués par eux ont été commis à l'instigation des services secrets algériens.
Les plaidoiries ont ensuite tenté de résumer cinq jours de procès :
Pour les avocats de Nezzar, la plainte déposée par celui-ci l'a été "pour répondre à tous les commentaire et jugements de valeur", et sanctionner les "attaques personnelles" dont Nezzar, "traité de criminel, traître, corrupteur" a fait l'objet de la part de Souaïdia, "officier félon", "amer" et "manipulé". Pour Me Fathouat, "il existe un petit groupe de Français instruits et orientés par le FFS autour duquel se catalyse l'opposition algérienne à l'extérieur", et dont Habib Souaïdia est "un instrument". "L'arrivée de M. Aït Ahmed (au tribunal, comme témoin de la défense), c'est la levée des masques", assure l'avocat. Pour lui, Souaïdia sert à légitimer les témoignages d'anciens islamistes, à les dédouaner les terroristes et à discréditer le pouvoir en place. L'avocat relève que "le général Nezzar avait le pouvoir à portée de main (mais) n'en a pas voulu parce qu'il aimait son pays" et affirme que "Si ce procès avait été fait en Algérie, on nous aurait dit qu'on voulait indimider ceux qui soutient le Front des Forces Socialistes". Pour Me Farthouat, "le général Nezzar est un homme qui a le sens de l'honneur. Il est sincère, loyal. C'est un militaire, un homme de terrain avec son franc-parler et ses maladresses, pas un politicien".
Second avocat de Nezzar, Me Gomy accuse Souaïdia d'avoir voulu "se venger de sa hérarchie" et d'être un "mythomane venu en France pour régler ses comptes"; il accuse l'éditeur de Souaïdia, François Gèze, d'être "un manipulateur qui anime cette opération". La partie civile avait d'ailleurs fait citer le journaliste algérien Mohamed Sifaoui, auteur d'une première version du témoignage de Souaïdia, version refusée par l'éditeur (La Découverte) et par Souaïdia. Sifaoui a accusé l'éditeur, François Gèze, de "manipulation" et d'avoir atténué dans le témoignage de Souaïdia les accusations contre les islamistes, pour renforcer celles contre les militaires.
Pour les avocats de Habib Souaïdia, "le général Nezzar n'est pas le sauveur de l'Algérie, comme il le dit, mais il en est le destructeur. On ne peut pas louer un faux sauveur, quelqu'un qui a mené la société dans le chaos". Les avocats récusent l'accusation de diffamation, s'agissant notamment de propos oraux, tenus en direct à la télévision, et plaident la liberté d'expression. Les avocats de Souaïdia se félicitent de l'imprudence de Nezzar : "grâce au général, des gens ont été entendus, une fenêtre s'est ouverte" et le "masque de la légalité" affiché par le régime algérien "est tombé". Me Bourdon a estimé que Nezzar était le "mandataire du quarteron de généraux au pouvoir à Alger", qu'il avait amené "le cauchemar" sur l'Algérie, y avait "saccagé les libertés publiques", et que si quelqu'un est diffamateur dans ce procès, "c'est le général Nezzar. Il a diffamé le peuple algérien et l'humanité".
Au terme de ce "grand déballage" sur la "deuxième guerre d'Algérie", les propos de Habib Souaïdia qui faisaient l'objet de la plainte du général Nezzar sont totalement passés au second plan, ce qui a conduit la substitut du procureur, Béatrice Angelli, a ne requérir aucune peine contre Souaïdia, en estimant que "nous sommes dans un débat d'idées, indispensable au caractère démocratique de notre société", que "la liberté d'expression dont rester le principe" et que "L'Histoire jugera" -l'histoire, mais non un tribunal, français de surcroît. "Vous avez en face de vous deux thèses, deux vérités", a résumé la procureure en rappelant au tribunal qu'il ne lui appartenait pas de juger "l'histoire contemporaine" de l'Algérie, mais "des propos tenus à un moment donné et dans un contexte donné". Elle a reconnu la bonne foi de Souaïdia : "Nous n'avons pas affaire à un journaliste. Nous sommes ici en face d'un homme qui témoigne, d'un militaire qui témoigne à visage découvert", qui peut "s'affranchir du devoir de prudence auquel est tenu un journaliste", et dont le témoignage, au surplus, n'est pas "isolé", et dont les propos oraux se situent dans la droite ligne de son témoignage précédent, écrit et publié depuis plusieurs mois ("La Sale Guerre") contre lequel aucune plainte n'a été déposée.
La presse algérienne suit ce procès avec une attention soutenue (plus d'ailleurs que la presse française), prenant parti plus ou moins explicitement pour Nezzar contre Souaïdia (avec cependant d'assez considérables nuances selon les titres, la plupart des quotidiens relatant de manière assez objective et complète les débats, quoique en privilégieant les témoins favorables à Nezzar. "El Moudjahid" s'illustre en revanche par des relations particulièrement orientées, et souvent outrancières, voire injurieuses et désinformatrices). "C'est un véritable procès de l'Algérie qui est en train de se tenir", écrit l'"Expression", pour qui le procès intenté par Nezzar "se transforme peu à peu en procès politique contre l'Etat algérien". "L'Expression" s'en prend à ce sujet aux media français, accusés d'avoir "donné une orientation de mauvais aloi aux débats", mais également à Nezzar lui-même, et à certains de ses témoins (comme Sid Ahmed Ghozali), qui ont eux-même transformé ce procès en un procès fait par l'armée (ou l'Algérie toute entière) à ses détracteurs. C'est d'ailleurs Nezzar qui a affirmé avoir déposé plainte "au nom de l'armée, du peuple et du pays" (alors que, rappelle le quotidien, ni l'une ni les autres ne l'ont mandaté pour cela). Quant à Ghozali, l'"Expression" lui reproche d'avoir "contribué à enfoncer les débats plus encore dans (des) sentiers particulièrement dangereux et glissants" en se lançant dans une justification de l'interruption du processus électoral en 1992, "une aubaine pour les médias proches des thèses des socialistes et des ONG particulièrement hostiles à l'Etat algérien". Le quotidien gouvernemental algérien "El Moudjahid", qui accuse les avocats de Souaïdia de vouloir "procéder à une autopsie de l'Etat algérien" pour "aboutir coûte que coûte à la désignation du commandement militaire algérien comme étant le véritable responsable de la décennie rouge", est d'un autre avis : il estime que Ghozali "n'a pas succombé au discours partisan". "Le Matin" observe en revanche que le procès "transforme la plainte déposée contre Souaïdia par Khaled Nezzar en prétexte juridique pour devenir le procès de tous les acteurs des décideurs algériens avant, pendant et après le processus électoral de 1991". "Le Quotidien d'Oran" trouve "affligeante" la symbolique d'un procès opposant "un vieillard bardé de gloriole" à un "homme qui aurait pu être son fils", d'autant plus que ce procès se déroule "dans la capitale de l'ancienne puissance coloniale". Pour le "Quotidien d'Oran", "le procès de Paris est la parfaite illustration du déni de l'autre qui a poussé des Algériens à s'entre-égorger dans un délire d'irresponsabilité que personne ne veut assumer". Pour "La Tribune", "c'est un véritable déballage médiatique au sujet d'une crise algéro-algérienne" que la plainte de Nezzar a provoqué. En Algérie, le chef d'état-major, le général Mohamed Lamari, a néanmoins, mais "à titre personnel", apporté son soutien à Khaled Nezzar, qui "a intenté un procès pour aller au-delà de la seule diffamation". Si Nezzar gagne son procès, "c'est l'Algérie qui en sortira gagnante", a estimé Lamari.
La presse française, il est vrai, et pas seulement la presse de gauche ou supposée telle, a fait du procès intenté par Nezzar "le procès de la Sale Guerre" -pour reprendre le titre du "Parisien", qui résume l'affrontement entre Nezzar et Souaïdia en ces termes : "c'est David contre Goliath" (David étant Souaïdia et Goliath, Nezzar), ou un procès qui fait se retrouver "l'armée algérienne devant la justice française" ("Libération"). Pour Radio France Internationale, "l'armée algérienne défend son honneur en France", et Nezzar veut "un procès politique".
La stratégie de "politisation" du procès a été le fait à la fois de la partie civile (les avocats de Nezzar), qui a elle-même fait citer de nombreux acteurs politiques des quinze dernières années algériennes, que de la défense (les avocats de Souaïdia). Ce choix de la transformation d'un procès en diffamation en un procès politique, avec pour conséquence que Nezzar est devenu l'accusé du procès qu'il avait lui-même intenté, et qui est devenu non seulement son propre procès, mais celui du pouvoir algérien tout entier, a été amèrement commenté en Algérie, ou même des partisans du pouvoir ont reproché à Nezzar de venir "saisir un tribunal français pour trancher un conflit en deux anciens militaires algériens", et de provoquer un "grand déballage politique algéro-algérien" à Paris la semaine même du 40ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie : ce procès "a lavé le linge sale algérien dans une bassine française", résume "L'Expression", pour qui le procès a été une confrontation entre le FFS et Nezzar. "El Moudjahid" est du même avis (et l'exprime sur un ton plus polémique). Pour "Liberté", "deux Algérie s'affrontent dans un tribunal parisien", dont "Le Matin" accuse le juge présidant de "partialité" pour avoir "laisser parler Souaïdia durant plus de quatre heures pour défendre (sa) thèse".
Le 7 juillet, la porte-parole du gouvernement algérien, Khalida Messaoudi, a exprimé "l'étonnement" du gouvernement algérien devant "le choix" par la justice française de la date du 5 juillet, fête de l'indépendance, pour tenir le procès Nezzar-Souaïdia*. Elle a mis en cause les télévisions publiques françaises, "donc représentant le gouvernement français", qu'elle a accusées de mener une campagne médiatique contre l'Algérie en concomitance avec le procès.
* En fait, le procès était prévu au printemps 2002, mais a été reporté à la demande des avocats de Nezzar...
Dans un communiqué daté du 7 juillet, le Conseil de coordination du FIS considère que le procès a fait de Nezzar "la risée du monde". Le bulletin de l'autre tendance du FIS, "El Ribat", estime que "le procès en diffamation que le général-major Khaled Nezzar a intenté au petit sous-lieutenant Habib Souaïdia (...) fait partie de cette stratégie qui consiste à accuser le FIS de tout les crimes", mais que la cour parisienne "n'est pas tombée fort heureusement dans ce piège". Le MAOL (Mouvement algérien des officiers libres), répondant au chef d'état-major Mohammed Lamari qui avait estimé que le procès intenté par Nezzar allait redorer le blason de l'armée, se demande "quelle fierté peut-il tirer d'un procès qui se tient en dehors de l'Algérie", et rappelle "les principes de non-ingérence, de l'honneur de l'institution militaire qui ont été mis à l'avant à la suite de l'évocation de la commission d'enquête internationale pour répondre à l'interrogation 'qui tue qui ?'". Pour le MAOL, il est évident "que ce n'est pas avec sa 'maigre solde' que Khaled Nezzar a pu se permettre le bouquet d'avocats qu'il a chargé de le défendre".
(L'Expression, Le Matin, El Khabar, Le Soir 11.7) Le procès intenté par le général Nezzar contre Habib Soudïdia et la coïncidence de ce procès avec le 40ème anniversaire de l'indépendance algérienne continue de susciter des commentaires contrastés à Alger. Un certain nombre de ces commentaires mettent en cause la France, lieu (plutôt malgré elle) du procès, et les media français, que "L'Expression" accuse "d'impavidité mensongère" et de faire "déferler" sur l'Algérie des "insanités". Le quotidien reproche d'ailleurs à la télévision algérienne ne pas répondre aux media français et se se complaire dans un "fatras de comptines pour décérébrés" au lieu de réagir.
Pour "Le Matin", le procès intenté par Nezzar "n'a pas eu l'effet escompté" par les détracteurs de l'armée algérienne, ce qui permet à des proches de Nezzar de considérer que ce procès est "une victoire juridique et politique" et que la question "Qui tue qui en Algérie ?" ne se pose plus. Pour le quotidien, cependant, c'est aller un peu vite en besogne, et "la vérité historique est loin d'avoir triomphé" apprès cinq jours de débats : "A partir du moment où un ancien ministre de la Défense, et, de surcroît, membre du HCE, a accepté qu'un tribunal français serce de cadre à un débat algéro-algérien, rien n'interdit désormais le droit à "l'ingérence humanitaire" que le Pouvoir a voulu empêcher", écrit Hassane Zerrouky, pour qui "Khaled Nezzar n'a pas convaincu la justice française du bien-fondé de sa démarche". En éditorial, le directeur du quotidien, Mohameh Benchicou écrit que "les plaintes qu'engageront les généraux contre la presse nationale et contre les auteurs de livres calomnieux n'étoufferont pas la question principale : la responsabilité des militaires dans le déclin national".
Quant à Nezzar lui-même, il a répondu à ceux (notamment la porte-parole du gouvernement, Khalida Messaoudi-Toumi) qui avaient mis en exergue la coïncidence de la date du procès parisien avec le 40ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, qu'il était seul responsable de la fixation de cette date. Dans un communiqué, Nezzar revienent sur le fond politique du procès (en admettant que la plainte pour diffamation n'a été qu'un prétexte à un débat sur ce fond politique), en affirmant que "la cabale contre les généraux algériens a été montée de toute pièce par des Algériens et à partir de l'Algérie ces trois dernières années" (ce qui revient objectivement à démentir les innombrables accusations portées contre la France, le Maroc, l'Internationale socialiste, l'Iran ou l'"Internationale islamiste", et ce qui suggère -par la précision "ces trois dernières années"- une responsabilité du président Bouteflika : "tout a été fait pour que le terrorisme revienne en force. Le peuple algérien se souviendra et un jour il demandera des comptes", ajoute Nezzar, qui s'en prend à la politique de "concorde civile"). Les Algériens coupables de "cabale contre les généraux algériens" Nezzar les désigne : "il s'agit du binôme FFS-FIS et de quelques trotskistes"...
Témoin de Nezzar au procès, Leïla Aslaoui, dans un long texte publié par "Le Soir", précise elle aussi que la coïncidence de la date du procès et de celle de l'indépendance algérienne ne relève d'aucune volonté délibérée. Leïla Sslaoui confirme que la plainte pour diffamation déposée par Nezzar contre Souaïdia n'était qu'un "prétexte" pour une opération de communication en France, et que Habib Souaïdia, qu'elle qualifie de "marionnette instrumentalisée et manipulée", n'était "absolument pas l'enjeu du procès". Cet enjeu était d'affronter devant un tribunal français "l'Internationale socialiste, les organisations humanitaires, les partisans et artisans du contrat de Rome, tous alliés de l'islamisme intégriste". Leïla Aslaoui en profite pour se livrer à quelques attaques personnelles contre Souäidia, José Garçon, Hocine Aït Ahmed, et d'une manière générale les témoins de la défense, et conclut comme Nezzar que le message de l'accusation (celui de Nezzar et de ses témoins) s'adresse "aussi à M. Bouteflika qui a déclaré que l'arrêt du processus électoral fut une violence".
- (CSSI) En clair, Nezzar et ses partisans se préparent (et préparent l'opinion, algérienne en tous cas) à un jugement qui pourrait leur être défavorable (le 27 septembre (le verdict du procès de Paris a été mis en délibéré jusqu'à cette date) : si, comme il est vraisemblable, le tribunal ne prononce aucune peine contre Souaïdia, et déboute donc Nezzar de sa plainte, ils pourront alors répéter ce qu'ils disent et écrivent déjà : "aucune importance, Souaïdia n'est qu'un pion, la plainte qu'un prétexte et le procès qu'une opération de communication en direction de l'opinion publique française intoxiquée par le FFS".
(MAOL 26.8) "J'ai vu les gens changer pour devenir en fin de compte des loques humaines, des machines à tuer, des engins de la mort pour qui la parole du commandement est plus sacrée que la loi divine", déclare le lieutenant colonel Redouane Elgasmi, dans un témoignage publié par le MAOL (Mouvement algérien des officiers libres). "En tant que militaires, si nous avons failli à notre mission, c'est parce que le commandement a failli", poursuit le colonel, qui considère que "les méthodes engagées (dans la lutte contre le terrorisme) étaient pires" que ce qu'il pouvait imaginer, et que la stratégie adoptée a "créé des menaces là où il n'y en (avait) jamais eu". Le colonel Redouane Elgasmi accuse : "la violence a été instrumentalisée", "le GIA reçoit toujours ses ordres des officiers du DRS qui l'ont créé", les "27'000 terroristes dont (le général) Mohamed Lamari parle ne sont pas tombés du ciel, ils ont été expertement constituée et soigneusement entretenus par des cercles occultes", les massacres de Benthalha, Raïs, Beni-Messous "ne sont tout compte fait que le commencement d'un génocide qui n'a rien à envier à celui de Pol Pot". Et de s'en prendre aux généraux : "à force d'impunités cumulées, de crimes impunis et de libertés infinies, ces généraux ont fini par croire qu'ils sont incontestablement au-dessus de la loi (et) que nous-même, officiers, sommes à leurs ordres tels des chiens aux pieds de leurs maîtres". Pour Redouane Elgasmi. "le 'terrorisme' ne disparaîtra que lorsque les généraux responsables de cette catastrophe seront bannis de l'ANP".
(Quotidien d'Oran 22.9) Après le général Nezzar portant plainte devant la justice française pour diffamation à l'encontre de Habib Souaïdia, c'est au tour du RCD de faire usage de la justice française, en intentant un procès en diffamation contre Malika Matoub et la Fondation Matoub. Le tribunal de Paris a fixé au 13 mai 2003 la date du procès. Malika Matoub et la Fondation ont accusé le RCD de complicité dans l'assassinat de Lounès Matoub, assassinat attribué officiellement aux groupes islamistes armés. Selon la Fondation, le procès devrait se tenir sans présentation de témoins, et notamment sans la présence de l'un des responsables du RCD mis en cause par la fondation, Noreddine Aït Hamouda. Les déclarations de Malika Matoub, qui font l'objet de la plainte du RCD, ont été faites le 11 mai 2002 sur les ondes de la radio Beur FM, lors d'un débat entre Malika Matoub et le représentant du RCD en Framce, Hend Saïdi. Pour sa part, Malika Matoub a porté plainte conteddine Aït Hamouda, après que celui-ci l'ait accusée, dans les colonnes du journal "Le Régional" du 5 septembre 2002, de "brouiller des pistes imaginables" sur les responsables de l'assassinat de son frère. Aït Hamouda annonce des "révélations" dans un livre "en préparation", écrit par "un ami", livre dans lequel on "dira tout".
(AP 26.9 / AFP 27.9) Le Tribunal correctionnel de Paris a rendu le 27 septembre son verdict dans le procès intenté, en diffamation, par le général Khaled Nezzar contre le lieutenant Habib Souaïdis, auteur de "La Sale Guerre" : Nezzar a été débouté.
Nezzar demandait 15'000 Euros de dommages et intérêts à Souaïdia et son éditeur, pour des propos tenus le 27 mai 2001 sur la chaîne de télévision "La Cinquième". La représentante du ministère public n'avait requis aucune peine contre Souaïdia, au terme du procès tenu début juin à Paris, et avait estimé que "la liberté de parole et de critique" devait être préservée, d'autant que Souaïdia était intervenu "dans un débat d'idées". "Il n'appartient pas au tribunal de se prononcer sur la véracité des thèses soumises à son appréciation, que seule l'Histoire pourra déterminer, ainsi que l'a d'ailleurs déclaré monsieur Nezzar lui même: l'Histoire jugera", écrit le tribunal correctionnel de Paris dans son jugement. Selon le tribunal, "si M. Nezzar a pu à juste titre s'estimer atteint dans son honneur", il doit "pareillement admettre" que des personnes comme Habib Souaïdia "ayant été personnellement impliquées dans ce conflit" puissent "faire part de leur expérience, fût-ce de façon virulente". "Ces considérations conduisent le tribunal à estimer que les déclarations de M. Souaïdia (...) en dépit de leur gravité concernant la personne de M. Nezzar, n'ont pas excédé les limites de la tolérance qui doit être autorisée en la matière et ressorts au cas présent du droit à la liberté d'expression". Habib Souïdia a simplement déclaré au sortir de l'audience: "J'attendais ça!". L'un de ses avocats, Antoine Comte, a de son côté salué une "décision qui est un terrible encouragement et un espoir pour la société algérienne démocratique". Malgré la "gravité de la situation" dans ce pays, la décision du tribunal montre qu'il y a de la "place pour la tolérance", s'est-il réjoui.
Extraits du jugement
L'ensemble (des éléments), qui ont émergé au fil des
débats, a tout d'abord mis en lumière le caractère dramatique
de la situation algérienne depuis près de quinze ans. En
effet, si les chiffres avancés varient, nul ne conteste
l'ampleur du nombre de morts et de disparus, et le tribunal,
en écoutant plusieurs témoins cités de part et d'autre de la
barre, a pu prendre la mesure, indépendamment de leur
origine, des souffrances endurées par la population de ce
pays, victime d'une véritable guerre civile.
Il est, dès lors, parfaitement légitime que s'instaure un débat,
a la hauteur de tels événements, quant à la genèse et aux
responsabilités d'une telle situation. Il doit être pareillement
admis que l'évocation d'une controverse de cette ampleur,
compte tenu de l'importance des enjeux, engageant l'avenir
d'un pays et la vie de sa population, peut justifier des
positions divergentes, empreintes de passion, voire d'excès.
Il est constant, en l'espèce, que M. Habib Souaïdia a
réellement exercé des fonctions d'officier au sein de l'armée
algérienne et qu'il a nécessairement, à ce titre, participé à la
lutte engagée dans son pays contre le terrorisme islamiste.
Il est vrai que les parties sont opposées sur les motifs pour
lesquels M. Souaïdia a été arrêté, incarcéré et condamné, le
prévenu dénonçant la volonté de l'armée de mettre fin à
certaines protestations qu'il commençait à émettre, alors que
la partie civile affirme que c'est à la suite de faits de vols
commis dans le cadre de ses fonctions que l'intéressé a été
poursuivi, sans que les débats, dans le cadre de la présente
instance, aient permis de trancher cette question.
Il est encore exact qu'une polémique a existé quant aux
conditions d'élaboration du témoignage de M. Souaïdia,
ayant abouti à la publication de son ouvrage, mais il n'en
demeure pas moins que les seuls propos déférés au tribunal
sont ceux que le prévenu a tenus dans le cadre de l'émission
de télévision incriminée.
Or, il ressort des débats que la thèse soutenue par M.
Souaïdia, sans avoir été formellement démontrée au terme
des audiences qui lui ont été consacrées, est cependant
partagée par d'autres personnes.
Ainsi, en ce qui concerne le premier passage poursuivi,
plusieurs témoins, notamment M. Aït-Ahmed, haut
responsable politique algérien, ou encore M. Samraoui,
membre d'un service de contre-espionnage, ont abondé dans
le sens du prévenu quant au rôle de l'année dans les
événements antérieurs et postérieurs à l'interruption du
processus électoral et dans les conséquences qui s'en sont
suivies.
S'agissant des propos relatifs au départ de M. Nezzar de
France, alors qu'il devait être entendu par un juge français
sur les plaintes déposées contre lui, les circonstances
spécifiques de cet épisode pouvaient légitimement conduire
le prévenu à estimer, fut-ce à tort, que le plaignant cherchait
à fuir ses responsabilités, alors, de surcroît, que la partie
civile elle-même ne conteste que le motif mais non les
circonstances de ce départ.
Quant aux termes contenus dans le troisième passage
poursuivi, le tribunal observe, d'une part, que le qualificatif
de " déserteur " se réfère a une réalité historique non
sérieusement contestée par la partie civile et, d'autre part,
que l'allégation d'enrichissement personnel a été corroborée
par le point de vue du témoin M. Benderra, ancien haut
responsable d'un organisme bancaire, auquel il peut être
reconnu, au minimum, un certain sérieux dans l'expression
de ses opinions.
Au vu de l'ensemble de ces éléments, le tribunal relève que,
si M. Nezzar a pu, à juste titre, s'estimer atteint dans son
honneur, en ce qu'il a été visé de façon personnelle, et
pratiquement exclusive, dans les propos tenus par M.
Souaïdia, alors qu'à l'évidence les responsabilités dénoncées
doivent être partagées, le plaignant - qui a lui-même pu faire
connaître ses propres idées dans un ouvrage publié
postérieurement a celui du prévenu -, doit, pareillement,
admettre que le caractère particulièrement dramatique de la
situation algérienne ainsi que les fonctions éminentes
occupées par lui lors d'événements cruciaux, autorisent des
sujets comme M. Souaïdia, ayant été personnellement
impliqués dans ce conflit, à faire part de leur expérience,
fût-ce d'une façon virulente, quand bien même les idées
ainsi émises ne correspondraient pas à sa propre
interprétation des événements.
En tout état de cause, il n'appartient pas au tribunal de se
prononcer sur la véracité des thèses soumises à son
appréciation, que seule l'Histoire pourra déterminer, ainsi
que l'a d'ailleurs déclaré M. Nezzar lui-même (" L'Histoire
jugera ").
Ces considérations conduisent le tribunal à estimer que les
déclarations de M. Habib Souaïdia, dans les circonstances
qui viennent d'être définies, et en dépit de leur gravité
concernant la personne de M. Nezzar, n'ont pas excédé les
limites de la tolérance qui doit être autorisée en la matière et
ressortissent au cas présent du droit à la liberté d'expression.
Il y a lieu, par conséquent, d'accorder au prévenu Souaïdia
le bénéfice de la bonne foi.
La bonne foi du directeur de la publication s'appréciant en la
personne de celui qui a formulé les imputations, le fait
justificatif de bonne foi appliqué à M. Souaïdia exclut, ce
faisant, la responsabilité de M. Tessier, lequel sera
également mis hors de cause.
Par ces motifs
Le tribunal statuant publiquement, en matière
correctionnelle, en premier ressort et par jugement
contradictoire, à l'égard d'Habib Souaïdia, prévenu, par
jugement contradictoire (art. 411 du code de procédure
pénale) à l'égard de la chaîne de télévision La Cinquième,
civilement responsable, par jugement contradictoire à l'égard
de Khaled Nezzar, partie civile, et après en avoir délibéré
conformément à la loi ;
En la forme
REJETTE les exceptions de nullité soulevées ;
Au fond
CONSTATE l'extinction de l'action publique par voie
d'amnistie, en application des dispositions de l'article 2-3e de
la loi du 6 août 2002 ;
Statuant sur l'action civile,
DIT que les éléments constitutifs du délit de diffamation ne
sont pas réunis ;
DÉBOUTE la partie civile de l'ensemble de ses demandes.
Les Editions La Découverte ont fait prendre en sténotypie l'intégralité des débats du procès. Elles les publieront dans un livre intituté "Le procès de la sale guerre", qui sera mis en vente en librairie le 24 octobre 2002.
(AFP 9.10) Le général Nezzar a fait savoir par ses avocats, le 9 octobre, qu'il renonçait à faire appel du jugement qui le déboutait de sa plainte en diffamation contre Habib Souaïdia. Les avocats ont expliqué que le général estimait avoir atteint "le double objectif" qu'il poursuivait : la reconnaissance du caractère "diffamatoire et inexact" des propos de Souaïdia (en déboutant Nezzar, le tribunal a cependant estimé que la diffamation n'était pas constituée, et a expliqué qu'il ne lui était pas possible de juger du caractère "exact" ou "inexact" des propos de Souaïdia...), et l'illustration par des "victimes et témoins des événements qui se sont déroulés ces dix dernières années en Algérie". Sur ce dernier point, le procès Nezzar-Souaïdia a effectivement permis un débat entre les tenants de thèses contradictoires, mais Nezzar, ses témoins et ses avocats sont à peu près seuls à considérer que le procès a confirmé leur propre thèse.
(Les Inrockuptibles 30.10 / Le Monde 31.10 / Libération 1.11) Le lundi 4 novembre devait être diffusé sur la chaîne française Canal+ une enquête réalisé par Romain Icard et Jean-Baptise Rivoire, sous le titre "Attentats à Paris, enquête sur les commanditaires", et qui revient sur la thèse de la manipulation des islamistes armés auteurs des attentats parisiens de 1995 (mais également de l'assassinat de Français en Algérie en 1994 et 1996 et du détournement d'un avion d'Air France en 1994) par les services spéciaux algériens.
Selon les auteurs de l'enquête, les GIA étaient (et sont toujours ?) subordonnés à à une partie de l'armée. Leur thèse est celle du recrutement de Djamel Zitouni, chef des GIA, par la DRS, pour en faire d'abord un informateur, l'utiliser ensuite pour éliminer les chefs "historiques" de l'islamisme armé algérien et les remplacer par des hommes manipulés par les "services", et enfin pour lancer les GIA dans des massacres barbares de civils dans des régions favorables au Front islamique du Salut. Djamel Zitouni, encadré par des membres des services spéciaux algériens, auraient également été utilisé pour mener des actions terroristes contre la France, afin de contraindre celle-ci à poursuivre son soutien au pouvoir algérien.
Plusieurs anciens responsables des "services" algériens s'expriment dans le documentaire, à visage découvert (sauf un), et tous abondent dans le sens d'une manipulation des GIA par les services algériens, ajoutant que les services français le savaient. Le capitaine Samraoui affirme que Djamel Zitouni, vu en juillet 1994 dans les locaux de la Sécurité Militaire (DRS) algérienne était "un agent qui recevait des instructions de la part de nos chefs"; le capotaine Chouchène déclare que le chef de la DRS, le général Aberrahmane, et son adjoint, le colonel Tartag Bachir, lui ont demandé de "travailler avec Zitouni". Des Français témoignent dans le même sens : un agent des Renseignements Généraux, Jean Lebeschu, estime que l'organisateur présumé des attentats de Paris en 1995, Ali Touchent, abattu par les services algériens en mai 1997, était "très certainement un agent" de ceux-ci (la mort de Touchent n'a d'ailleurs été annoncée par les autorités algériennes aux autorités françaises qu'avec neuf mois de retard, et pendant deux ans, non seulement Touchent a échappé avec une facilité déconcertante aux recherches dont il était supposé faire l'objet en France et en Belgique, mais il avait fini par se "réfugier" là où logiquement il était le plus menacé : en Algérie, à Alger même, et dans une zone particulièrement sécurisée, près de la caserne de Châteauneuf et dans uns cité habitée par des policiers...). Jean Lebeschu ajoute que les RG français étaient informés par leurs collègues algériens de l'imminence de chaque attentat. L'ancien chef du service central de lutte contre le terrorisme, Alain Marsaud, ne réfute pas cette hypothèse et déclare que "Le terrorisme d'Etat (...) utilise des organisations écrans" et qu'il est "probable" que le GIA en était une "aux mains des services algériens (...) pour prendre la France en otage". "Plus on avance dans les réseaux Khelkal (réseaux GIA en France) et plus on trouve des Algériens des services officiels", déclare Alain Marsaud.
Le procès, fin octobre à Paris, des auteurs présumés des attentats de l'été 1995 à Paris, Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, avait déjà été l'occasion pour les avocats des accusés de rappeler que nombre de dirigeants politiques, de magistrats et de policiers français s'interrogeaient déjà à l'époque sur les "vrais commanditaires" de ces actions. Lors d'un déjeûner avec des journalistes, le 15 septembre 1995, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Jean-Louis Debré, avait accusé "la Sécurité militaire algérienne" d'avoir "tenté d'orienter les policiers français sur de fausses pistes pour qu'on élimine des gens qui les gênent" (déclaration "off the record", immédiatement démentie par son auteur lorsqu'elle fit l'objet de confidences de journalistes).
(Les Inrockuptibles 30.10 / Le Matin 2.11 / Journal du Dimanche 3.11 / Canal+, Libération 4.11 / Reuters 5.11 / L'Actualité 6.11) Les deux Algériens condamnés à la perpétuité le 30 octobre pour des attentats à la bombe commis en 1995 à Paris et revendiqués par les GIA, Boualem Bensaïd et Smaïn Ali Belkacem, ont fait appel de ce jugement et seront donc rejugés, fin 2003 début 2004, par un Cour d'Assises spéciale. Les deux hommes niaient les faits, mais ont été condamnés à la peine maximale.
Le 4 novembre*, la chaîne privée française Canal+ a diffusé le documentaire de Jean-Baptise Rivoire et Romain Icard, portant sur les attentats commis en France (ou en Algérie, contre des Français) et attribués aux islamistes algériens, documentaire dénonçant l'implication des "services" algériens dans ces attentats, en particulier ceux de Paris en 1995, pour lesquels Bensaïd et Belkacem ont été condamnés. Le documentaire affirme que Djamel Zitouni, alors chef des GIA, était manipulé par la Sécurité Militaire algérienne (DRS), et que les attentats anti-français avaient pour but de pousser la France à s'engager aux côtés du régime algérien, avec pour le moins la complicité passive des services secrets français, qui selon Rivoire et Icard étaient au courant de l'implication de leurs homologues algériens dans les attentats.
Le documentaire accumule les témoignages d'ex-officiers algériens (le colonel Samraoui, le capitaine Chouchène, le capitaine Ouguenoune, le colonel Ali, du MAOL), de l'ancien diplomate algérien Mohamed Larbi Zitout, de l'universitaire Abbas Aroua, et de responsables antiterroristes français (Alain Marsaud, Jean Lebeschu). Pour Samraoui, Djamel Zitouni ("recruté dans un camp au Sahara", selon Ouguenoune), était un agent de la DRS et recevait ses ordres des chefs des services spéciaux algériens. Chouchène confirme et affirme que le général Abderrahmane et le colonel Tartag lui ont demandé de "seconder Zitouni, notre homme, dans les maquis". Pour ces ex-officiers, la DRS poursuivait trois buts : abattre les dirigeants et les cadres du FIS (et, après en avoir éliminé les chefs, prendre le contrôle du GIA : "On m'a demandé de liquider les chefs islamistes qui avaient pris le maquis. Je pensais qu'on me demanderait de liquider aussi Zitouni. Mais on m'a dit : 'laisse Ziutouni tranquille. C'est notre homme, c'est avec lui que tu vas travailler", témoigne Ahmed Chouchène), terroriser la population et faire apparaître (notamment à la France) le régime comme l'ultime rempart contre la barbarie islamiste. Accessoirement, il s'agissait aussi, après la signature du "Contrat de Rome", de discréditer toute idée de réintégration des islamistes dans le jeu politique.
Pour Alain Marsaud, ancien responsable français de la lutte antiterroriste, "le GIA a été utilisé (par des "services officiels" algériens) comme "organisation écran pour porter le feu en France". Pour Jean Lebeschu, l'organisateur présumé des attentats de 1995, Ali Touchent, était "un agent" des services algériens.
A l'inverse de la thèse défendue par le documentaire, Hichem Aboud, ancien officier des serbices secrets algériens, et ancien collaborateur du général Betchine, dénonce sur son site internet ("Agir pour l'Algérie") la "manipulation de bas étage" dont les journalistes de Canal+ se sont selon lui rendus coupables. Il les accuse notamment d'avoir inséré dans leur documentaire une intervention de sa part, dont il avait demandé le retrait. Selon l'ancien officier, le documentaire de Canal+ "s'attaque à l'armée algérienne en tant qu'institution républicaine. C'est une insulte à l'Algérie". Hichem Aboud accuse les intervenants du documentaire de n'avoir pour "seul souci" que celui de "libérer leur conscience des crimes commis contre le peuple algérien et (auxquels) ils ont pris une part importante", et d'avoir "déserté (l'armée) une fois leurs privilèges remis en cause".
(Libération 23.12 / Le Temps, Le Monde, Libération, AP, FIS, Le Matin 24.12 / AFP, L'Expression, Le Matin 25.12 / El Moudjahid 26.12) Détenu depuis deux ans dans la prison pour immigrants de Bangkok, en Thaïlande, Abdelkader Tigha, ancien agent du DRS (Sécurité Militaire) accuse les "services" algériens d'être directement responsables du massacre des sept moines français du monastère de Tibhirine, en juin 1996.
Abdelkader Tigha a été chef de brigade au CTRI de Blida de 1993 à 1997 (le CTRI est chargé "d'identifier, de localiser et d'évaluer le degré d'implication" des sympathisants présumés des GIA, et une partie du travail de Tigha aurait, de son propre aveu, consister à superviser l'infiltration des GIA par des agents des "services". Fin 1996, Tigha est chargé d'établir un rapport sur la disparition de deux sympathisants des GIA (des professeurs). Son rapport implique la police judiciaire militaire, et déplaît. Muté à Alger, sommé de rendre son arme de service, accusé d'accointances avec les islamistes, Tigha se résoud à quitter l'Algérie avant d'être éliminé. En décembre 1999, il passe en Tunisie, puis en Libye, puis en Syrie, où il contacte l'ambassade de France, à qui il dit qu'il est "prêt à aider la France contre le terrorisme en échange d'une protection et d'un asile politique en Europe". Les Français le font passer en Thaïlande avec un visa touristique. Il arrive à Bangkok en janvier 2000, et y est logé par l'ambassade de France. Trois agents de la DGSE (services français d'espionnage) viennent l'interroger, à trois reprises, sur les réseaux du DRS et des GIA en Europe, et sur l'affaire des moines, sur laquelle ils veulent des détails. Tigha insiste pour avoir des garanties sur son asile politique. Les Français répondent que celui-ci est impossible en France car "cela créerait des problèmes avec Alger", et lui proposent en échange des informations, "une grosse somme et tu te débrouilles". Tigha rompt alors les discussions. Aujourd'hui il déclare : "Je me sens trahi par la France". A l'expiration de son visa touristique, il est arrêté par la police thaïlandaise et incarcéré au Centre de détention de l'immigration de Bangkok. Il y est toujours, avec un millier d'autres personnes qui, une fois libérées, devront soit rentrer dans leur pays d'origine, soit obtenir du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU un statut de réfugié politique leur permettant de trouver asile dans un pays tiers. Mais ce statut est refusé à ceux qui pourraient être impliqué dans des crimes contre l'humanité, or Tigha a travaillé pour des services algériens précisément accusés de commettre de tels crimes. En Algérie, il risque la disparition, la mort ou la torture. La France lui refuse l'asile, ce que dénonce l'ancien président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, Patrick Baudoin. L'Algérie, elle, le surveille à distance.
Tigha travaillait, à l'époque des faits, au Centre territorial de recherche et d'investigation (CTRI) de Blida. Une dizaine de moines trappistes français sont restés à Tibhirine. Le frère Luc tient le seul dispensaire médical de la région, et soigne tout le monde, membres des groupes armés compris. Le monastère, qui domine toute la région, est un poste d'observation remarquable, et ses occupants sont les seuls témoins extérieurs au conflit entre les groupes armés, les forces de sécurité, la population et les groupes armés entre eux.
Selon Tigha, le massacre des moines, après leur enlèvement, serait la conséquence d'une opération particulièrement tordue, qui a mal tourné : les "services" algériens voulaient "intoxiquer" l'opinion internationale, et tout particulièrement l'opinion et les dirigeants français, en faisant enlever les moines par un GIA dirigé par Djamel Zitouni, lequel était un agent double (travaillant pour les "services" algériens". Le GIA de Zitouni devait enlever les moines, mais pas les tuer. Leur massacre aurait été le résultat d'une lutte interne entre "émirs" locaux des GIA et n'aurait pas été souhaité par le DRS, qui ne cherchait qu'à susciter un renforcement du soutien de la France au pouvoir d'Alger face à la "barbarie islamiste".
Tigha décrit certaines scènes dont il a été le témoin direct : dans le courant du mois de mai 1996, une rencontre au CTRI de Blida entre le général Smaïn Lamari (numéro 2 du DRS à l'époque), le colonel Djebar M'Henna (chef du CTRI) et Mouloud Azzout, bras droit de Djamel Zitouni, "émir national" des GIA. Le colonel M'henna Djebar ordonne une alerte "premier degré", qui interdit à quiconque de quitter son poste, et fait remplacer les gardes et la sentinelle par des sous-officiers. Deux camionnettes banalisées utilisées pour les opérations d'arrestation sont préparées. Un collègue de Tigha lui dit que ses occupants, des éléments du Groupe d'intervention spéciale (unité antiterroriste) et de la police judiciaire, partent pour une "mission spéciale" à Médéa. Deux jours plus tard, la camionnette et ses occupants rentrent à la caserne. Tigha n'en voit pas les occupants, croit dans un premier temps qu'il s'agit notamment de "terroristes" capturés mais affirme avoir appris que les sept moines, enlevés au monastère, en font partie, vivants, et qu'ils ont été interrogés à Blida par Azzout. Il assiste ensuite, directement, aux auditions de Mouloud Azzout par le DRS, et il est chargé de demander à Azzout des informations sur plusieurs enquêtes dont il est chargé. Azzout parle alors librement de la présence des moines dans le bâtiment voisin, et de l'opération en cours. Les moines ont ensuite été transférés sur les hauteurs de Blida, puis au poste de commandement de Djamel Zitouni, à Tala Acha, Azzout maintenant le contact avec le CTRI de Blida.
Une autre faction des GIA, dirigée par l'"émir" Hocine Besiou (Abou Mosaab), aurait ensuite forcé les auteurs de l'enlèvement des moines à les leur livrer. Les moines auraient alors été remis par le GIA de Zitouni au GIA de Besiou dans le maquis de Bouguara, où ils auraient été exécutés, et décapités, après qu'une tentative de négociation avec la France ait échoué. En France, les autorités politiques se sont heurtées au mutisme de autorités algériennes. Deux émissaires français sont envoyée en Algérie, où l'ambassade de France a reçu une proposition de négociationn des GIA (accompagnée d'une cassette enregistrée des moines). Les autorités algériennes expriment leur hostilité à toute négociation, et exigent que Azzout soit l'interlocuteur des Français (alors qu'il ne détient plus les otages). Le 21 mai 1996, un communiqué des GIA annonce la mort des otages : "Le président français et son ministre des Affaires étrangères ont déclaré qu'ils ne négocieraient pas avec les GIA, tranchant ainsi le fil du dialogue. Et nous avons de notre côté tranché la gorge des sept moines". Le 30 mai, les têtes des sept moines sont retrouvées, certaines accrochées à des arbres.
Entretemps, Azzout est retourné à Blida pour s'expliquer auprès du DRS sur le "transfert" des otages d'un GIA à l'autre, après quoi il disparaît de la circulation. Quant à Zitouni, il explique à son propre groupe qu'il a du céder ses otages à un autre groupe du fait d'une menace de ratissage militaire. Le DRS exige de Zitouni qu'il aille lui-même récupérer les otages à Bougara, mais Zitouni est abattu sur le trajet, dans une embuscade attribuée par Tigha à l'Armée Islamique du Salut (en guerre ouverte avec les GIA à l'époque). La mort de Zitouni sera officiellement attribuée à un affrontement avec l'armée (auteur de l'enlèvement des moines et agent double ayant failli à sa tâche, il aurait pu être abattu en tant que témoin gênant). Tigha résume : "sa neutralisation et la disparition d'Azzout supprimaient toute trace incriminant nos services".
Dans le bilan de ses activités en 1996, le DRS se serait félicité de "l'affaire des moines", car l'objectif d'intoxication des media et de l'opinion publique a été atteint. Le DRS aurait cependant regretté la mort des moines, et l'aurait expliquée par une "erreur involontaire du service".
Enfin, une nouvelle hypothèse, s'ajoutant à celle de Tigha, a été évoquée par "Libération" : celle de la mort des moines "dans le ratissage déclenché par l'armée algérienne, malgré les réticences de Paris, un mois après l'enlèvement". Selon le quotidien parisien, seul l'ambassadeur de France avait assisté à la mise en bière des victimes.
Quelques mois après le massacre des moines, un autre religieux français, l'évêque catholique d'Oran, Pierre Claverie, a été tué dans un attentat à la bombe télécommandée. "L'homme en savait-il trop sur la mort des moines ?", s'interroge "Libération".
Les déclarations de Tigha vont en tous cas dans le même sens que celles faites lors du procés Nezzar-Souaïdia à Paris, en juillet 2002, par le colonel Samraoui, qui avait déclaré devant le tribunal : "Arrivé à un certain point, sincèrement, on ne maîtrisait plus les groupes que l'on avait constitués ou infiltrés. Comme il y avait plusieurs structures de sécurité qui en créaient, on ne savait plus à qui appartenaient ces groupes, si c'était ou non un groupe ami". Pour Samraoui, "le GIA, c'est la création des services de sécurité".
Selon "Libération", la version des faits exprimées par Abdelkader Tigha n'étonne pas "certains responsables gouvernementaux français, passés et présents", et un député de droite, l'ancien juge "antiterroriste" (à l'époque des faits), Alain Marsaud, a demandé au ministre de la Justice l'ouverture d'une information judiciaire "pour faire la vérité" (il avait déjà demandé par deux fois une telle enquête, alors qu'il était juge). Selon Alain Marsaud, les déclarations de Tigha "confirment un certain nombre d'informations recueillies quelques mois après le crime", et données "par des familles des victimes", dont le frère de l'un des moines "qui parlait déjà d'un montage des autorités algériennes". Le député demande l'audition d'Abdelkader Tigha. Un petit parti politique pied-noir (Le Parti pied-noir) a demandé le 24 décembre l'annulation de l'"Année de l'Algérie en France", du fait des "soupçons" portés sur "une partie des autorités algériennes".
En Algérie, elle a cependant été officiellement contestée par l'archevêque d'Alger, Henri Tessier, qui dans le quotidien "Le Matin", déclare ne disposer d'"aucune information nouvelle qui nous permette aujourd'hui d'ajouter foi à la version" de Tigha, et s'en tient à la version donnée par le responsable islamiste Ali Benhadjar. Pour le quotidien gouvernemental "El Moudjahid", ce sont des "cercles" socialistes français qui ont à nouveau lancé, par le témoignage de Tigha une campagne contre l'Algérie : "ces cercles, défaits par les élections (...) tiennent grief au commandement de l'ANP d'être le rempart imprenable contre les visées attentatoires à l'unité de la Nation". "El Moudjahid" accuse les "tenants du 'qui tue qui' (de reprendre) du service au moment où les relations entre Alger et Paris connaissent un réchauffement". Egalement pro-gouvernemental, le quotidien "L'Expression" accuse un "clan au sein de la DGSE" (l'espionnage français) d'avoir monté un "scénario", d'avoir recruté Tigha à Alger avant de le laisser tomber à Bangkok, tout en "gardant en réserve" la "carte" qu'il représente, "jusquâu jour où des laboratoires de la politique fiction décident d'une offensive tous azimuts pour torpiller l'Année de l'Algérie en France", offensive à laquelle concourt "Libération". Quant au "Le Matin", lancé depuis des mois dans une violente campagne éditoriale contre le président Bouteflika, il l'accuse ni plus ni moins d'être "derrière la cabale contre l'armée" : "la campagne de dénigrement des généraux (...) est pilotée à partir d'Alger par le cercle présidentiel" dans la perspective de l'élection présidentielle de 2004, assure l'éditorialiste du quotidien, Mohamed Benchicou. Enfin, le "mouvement associatif actif dans l'humanitaire" (mouvements et domaine humanitaire tels que définis par les autorités algériennes), qui tenait un séminaire au Club des Pins, dénonce dans un communiqué, le 25 décembre, "les manipulations (des) ennemis de l'Algérie", se demande "pourquoi à chaque fois qu'une tentative de rapprochement entre les peuples algérien et français est amorcée, des voix s'élèvent pour perturber cette dynamique et la parasiter", et exprime son soutien "indéfectible" à l'armée et aux forces de sécurité
Quant au FIS, il a, dans un communiqué, exprimé la même thèse que Tigha, en affirmant que les GIA sont une création des "services" algériens, et en rappelant que le FIS avait à l'époque condamné l'assassinat des moines comme un "crime sadique, interdit par le droit islamique et condamné par sa morale", demandé la constitution d'une commission d'enquête, la poursuite judiciaire de "tous ses commanditaires et auteurs" et "mis en garde l'opinion publique contre toute exploitation et manipulation" de ce crime par la "junte militaire", aux fins de "galvaniser les opinions publiques chrétiennes et musulmanes et les dresser contre l'opposition à la dictature militaire en Algérie". Le FIS demande "aux instances judiciaires et pénales internationales compétentes, et en particulier à la justice française, d'ouvrir une enquête" sur le massacre et "se met à la disposition des instances judiciaires", assurant "qu'il n'épargnera aucun effort pour contribuer à établir la vérité sur ce crime ainsi qu'à y faire justice".
(L'Expression 28.12) Dans un entretien accordé à l'AFP le 26 décembre, l'Archevêque d'Alger, Henri Teissier, a réaffirmé la version officielle de l'assassinat des sept moines de Tibehirine, selon laquelle "les sept moines trappistes français du monastère de Tibehirine, près de Médéa, ont été tués par le Groupe islamique armé (GIA" de Djamel Zitouni, et "nous n'avons pas de raisons de remettre en cause ce que nous tenons de témoins et voisins (du monastère). A savoir que les moines ont été éliminés par le GIA de Zitouni". Cette déclaration a été faite en réponse aux déclarations faites au quotidien parisien "Libération" par un ancien officier des "services" algériens, Abdelkadet Tigha, détenu à Bangkok (Thaïlande) pour immigration illégale, et pour qui les moines ont été abattus à la suite d'une opération de provocation montée par ces mêmes services pour forcer la France à être solidaire du régime algérien dans sa lutte contre les groupes islamistes armés.
2003
(Le Monde 24.1) Dans un rapport rédigé à l'intention de son ordre, et publié par "Le Monde", l'ancien "Procureur général" des cisterciens, Armand Veilleux, affirme que les sept moines français de Tibéhirine, enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 et assassinés deux mois plus tard, ont été victimes d'une opération montée par les services secrets algériens. "Avant d'affirmer qu'ils ont été tués par des islamistes 'en haine de la foi chrétienne', il est impératif de vérifier la véracité de cette affirmation, écrit le religieux français, qui revient et détaille la succesion des événements : l matin de l'enlèvement, la gendarmerie est prévenue et quelques heures plus tard les recherches commencent. Un mois plus tard, le 26 avril, un communiqué du GIA, signé de l'"émir Abou Abderrahmane Amine" (Djamel Zitouni) est publié à Londres par le quotidien "Al Hayat", qui n'en vérifie cependant ni l'authenticité, ni la prenance. Daté du 18 avril, le communiqué revendique au nom du GIA l'enlèvement des moines et propose de les échanger avec des prisonniers. Le 30 avril, un émissaire des GIA se présente à l'Ambassade de France à Alger. Il y remet une cassette, enregistrée le 20 avril, où l'on peut entendre la voix de tous les moines enlevés, et propose aux Français, au nom de Djamel Zitouni, d'aider celui-ci à libérer les moines. Un mois plus tard, un nouveau communiqué du GIA, à nouveau signé de Zitouni, annonce que les moines ont été exécutés le 21 mai. Les autorités algériennes annonceront ensuite la découverte de leurs corps (en fait, de leurs têtes) le 31 mai.
Armand Veilleux donne ensuite de nouvelles précisions. L'Ambassadeur de France, Michel Levesque, lui avait appris que le convoi des moines et de leurs ravisseueurs avait été localisé, et lui avait affirmé que "les ravisseurs travaillaient pour le compte d'un tiers", à qui ils devaient "livrer" les otages. Enfin, toujours selon Armand Veilleux, le général français Philippe Rondot, de la DST, avait rencontré à Alger le général Lamari, directeur adjoint de la "Sécurité Militaire" (le DRS), et était confiant dans le déouement rapide de l'affaire.
Le "Procureur" des cisterciens exprime des doutes sur l'authenticité des communiqués attribués au GIA de Zitouni, et sur la réalité même de la fonction de Zutouni comme chef du GIA (ou plutôt des GIA) : "comment un vendeur de poulets, sans instruction ni expérience de la guerilla, avait-il pu être propulsé à la tête de tous les groupes islamistes armés ?". Armand Veilleux rappelle que l'"avènement de Zitouni a été suivi de l'élimination de plusieurs émirs et (a) inauguré une dérive des GIA dans la violence aveugle, dont la dimension religieuse n'était qu'une façade". Il rappelle également que plusieurs militaires dissidents affirment que Zitouni était en fait un agent de la Sécurité Militaire, recruté par le colonel Kamel Abderrahmane, chef de la DCSA (une branche du DRS) pour "contrôler les GIA". Pour Armand Veilleux, "Zitouni ne peut pas avoir écrit lui-même les messages du GIA qui portent sa signature (et qui) sont rédigés dans un arabe classique et érudit", langue que Zitouni ne maîtrisait pas. Le communiqué d'avril, adressé à la France et au président Chirac propose l'échange des moines contre "des" prisonniers islamistes détenus en Algérie et en France, mais ne cite qu'un seul nom, celui d'Abdelhak Layaada (l'un des fondateurs des GIA), détenu en Algérie. Les styles des communiqués d'avril et de mai sont en outre très différents, et leur contenu contradictoire : le communiqué 43 (avril) refuse toute négociation, le communiqué 44 (mai) explique que les moines ont été exécutés à cause de l'interruption de négociations. Bref, pour Armand Veilleux, "il est vraisemblable que ces documents, attribués à Zutouni (...) faisaient partie d'une manipulation dont la dimension religieuse n'est rien d'autre qu'un placage maladroit".
Le "Procureur" des cistersiens note l'existence de négociations entre les ravisseurs des moines et la DST (le contre-espionnage français), négociations qui auraient, selon l'un des négociateurs (Jean-Charles Marchiani) auraient été "sabotées" par un service français concurrent, la DGSE (services extérieurs). Il renvoie aux témoignages de l'ancien "émir" des GIA, puis fondateur de la LIDD, qui a déposé les armes en 1997, Ali Benhadjar, et d'un ancien cadre de la Sécurité Militaire, Abdelkader Tigha, en exil depuis fin 1999. Ces témoignages diffèrent sur certains points, mais mettent tous deux en cause les services algériens. Selon Benhadjar, à qui Zitouni aurait demandé en mars 1996 d'enlever les moines, et qui aurait refusé, Zitouni aurait chargé d'autres GIA d'autres régions (Berrouaghia, Ouzera, Bougara et Blida) de l'enlèvement, dans lequel les services algériens seraient impliquls. Tigha, lui, accuse directement la Sécurité Militaire d'avoir organisé l'enlèvement. Après celui-ci, les moines auraient été conduits au centre de la SM de Blida, et interrogés par un membres des GIA, agent de la SM et bras droit de Zizouti, Mouloud Azzout, qui aurait ensuite remis les otages à Zitouni. Un autre responsable des GIA, Hocine Besiou, alias "Abou Mosaâb", aurait exigé de Zitouni qu'il lui remette les moines, l'aurait obtenu et les aurait transférés dans la région de Bougara. La SM aurait alors exigé de Zitouni qu'il récupère les otages, mais Zitouni aurait été abattu en chemin dans une embuscade tendue par l'Armée Islamique du Salut (AIS, branche armée du FIS). Les conditions même de la mort des moines paraissent curieuses à Armand Veilleux, qui fait état de témoignages selon lesquels ils avaient été tués par balles et décapités après leur mort, afin qu'on ne puisse constater l'état de leurs corps, "trop abîmés par les balles et le napalm", car "il y eut à ce moment-là, dans la région où les moines étaient tenus captifs, des interventions militaires massives, avec grand renfort de mortirre et de napalm".
"Je considère le scénario suivant comme le plus vraisemblable", conclut Armand Veilleux : "La présence des moines à Tibéhrine embarrassait singulièrement les chefs militaires, et ils désiraient depuis longtemps leur départ. L'entêtement des moines à rester les agaçait. Le fait que des "frères de la montagnes" (des islamistes armés) venaient se faire soigner par le frère médecin les troublait encore plus. Surtout, quelques mois auparavant, les moines avaient été en quelque sorte contraints de laisser les "frères de la montagne" utiliser leur téléphone pour des appels à l'étranger. (...) Les chefs de la SM ne voulaient sans doute pas (...) éliminer physiquement (les moines) (et les auraient donc) fait enlever par des hommes recrutés par leur agent Zitouni (version Ali Benhadjar) ou directement par des hommes de la SM, qui les ont confiés ensuite à Zitouni (version Tigha). (...) (avec l'intention ) de les faire "libérer par l'armée dans les jours suivants, après publication d'un manifeste islamiste (...). Une fois libérés, on les mettrait dans un avion pour Paris ou bien on les cantonnerait à la nonciature à Alger", c'est-à-dire que dans les deux cas, on s'en débarrassait à Tibéhrine. Mais Zitouni n'ayant pas sur les GIA l'autorité qu'il croyait avoir, voulait avoir ou que la SM pensait qu'il avait, il "s'est fait 'rafler' ses otages, selon Tigha, par un autre chef islamiste", puis s'est fait éliminer par l'AIS en voulant les reprendre. Enfin, le "Procureur" des cisterciens affirme que "les services français ont été très impliqués dans l'affaire", et exigent qu'ils en disent plus.
(Jeune Indépendant 24.4 / L'Expression 27.4) La mère de Matoub Lounès, Nna Aldjia, a affirmé à Amizour que les assassins de son fils seront "connus le 13 mai", à l'issue du procès opposant sa fille Malika et ceux qu'elle désigne comme les responsables de l'assassinat du chanteur kabyle, soit les responsables du RCD Noureddine Aït Hamouda et Saïd Sadi, qui ont déposé plainte contre Malika qui les avaient accusés d'être "derrière l'assassinat" de Matoub.
Dans une conférence tenue à Tizi Ouzou le 26 avril, Nouredine Aït Hamouda a à nouveau réfuté toutes les accusations portées contre lui "par des cercles occultes, pour des visées sournoises".
(Corr) le 13 mai doit se tenir à Paris le procès intenté par deux responsables du RCD, son président Saïd Sadi et Nordine Aït Hamouda (qui a annoncé qu'il serait absent) à la soeur de Matoub Lounès, Malika, qui les avait accusé le 11 mai 2002 dans une émission de "Radio Beur" d'être "derrière l'assassinat" de Matoub, le 25 juin 1998 à Tala Bounane.
Sans attendre que la moindre lumière soit faite sur cet assassinat, plusieurs responsables du RCD (Aït Hamouda, Saïda Sadi, Khalida Messaoudi, Amara Benyounès) avaient, sitôt connue la nouvelle, attribué l'embuscade dans laquelle était tombé Matoub aux GIA (puis à Hassan Hattab). Il faudra attendre quinze jours pour que la gendarmerie fasse sienne cette thèse, sans identifier le "groupe terroriste" accusé. Dans un premier temps, Malika Matoub, mais également l'épouse de Matoub, blessée dans l'embuscade, semblèrent adhérer à la thèse de l'acte terroriste islamiste. Mais assez rapidement, des doutes se sont installés, et les proches du chanteur kabyle n'excluèrent plus un assassinat commis par un groupe manipulé par une frange du pouvoir. La mère et la soeur de Matoub se sont constituées en octobre 1998 partie civile, et Na Aldjia Matoub s'est adressée au président Zéroual pour lui demander de faire toute la lumière sur l'assassinat de son fils. En septembre 1999, le président Bouteflika s'est engagé à ouvrir une véritable enquête sur cet assassinat. Mais en septembre 1999 s'est ouvert un étrange procès, celui d'un homme accusé de faire partie du groupe des assassins, et qui à son tour a accusé ceux qui l'înterrogèrent de l'avoir torturé. Un autre accusé, maintenu en détention secrète pendant plus de sept mois, et disposant d'un alibi pour le moment du meurtre, a également accusé ses interrogateurs de l'avoir torturé pour le faire avouer.
(Liberté 15.5) La soeur de Lounès Matoub, Malika, a demandé et obtenu le renvoi du procès qui lui intentaient, pour diffamation, les responsables du RCD, qu'elle accusait d'être "derrière l'assassinat de Lounès Matoub". Le procès a été renvoyé au 22 janvier 2004. Il n'aurait de toutes manières vraisemblablement pas pu se tenir en raison de la grève quasi-générale des services publics paralysant Paris le 10 mai.
(La Tribune 23.6) "Je ne renoncerai jamais à l'exigence d'une véritable enquête qui fera la lumière sur l'assassinat de Lounès", a déclaré la mère de Lounès Matoub, Nna Aldjia, en inaugurant une semaine de commémoration de l'assassinat du chanteur kabyle, le 25 juin 1998. La Fondation Matoub et la famille de Lounès on réaffirmé leur détermination à connaître la vérité sur son assassinat, ses auteurs et ses commanditaires. "Rien n'est venu nous rassurer quant à l'ouverture de cette enquête", a insisté Nna Aldjia, qui a ajouté que ceux qui ont tué son fils "sont connus. Ils ont même compatu à notre douleur après son assassinat". La Fondation Matoub a décrété le 25 juin "journée de deuil et de recueillement", et des manifestations sont prévues dans toute la Kabylie, mais également à Paris.
(AFP 18.9) Dans une conférence de presse présentant son livre "Chronique des années de sang" (voir bibliographie), Mohammed Samraoui, ancien haut responsable du DRS (Sécurité militaire), qui s'est présenté comme "un opposant résolu de l'islamisme radical", a accusé les "services" algériens d'avoir instrumentalisé les groupes islamistes armés, dès avant la victoire électorale du FIS en 1991. Samraoui, ancien adjoint du Chef du contre-espionnage (DCE), Smaïn Lamari, de 1990 à 1992, puis responsable du DRS en Allemagne (où il a déserté en 1996), affirme que l'ancien "émir" des GIA Djamel Zitouni était "à la solde des généraux" et explique qu'il y a eu en fait "trois GIA : celui des désoeuvrés, des extrémistes, des éléments isolés du FIS; celui issu des anciens prisonniers des camps de sûreté, où étaient infiltrés des agents du DRS; et enfin un GIA créé de toute pièces" par les services. Samraoui accuse également les services français (la DST) et algériens (la DRS) d'avoir passé un "deal" permettant aux Algériens d'avoir des agents en France, infiltrant les groupes islamistes, et renseignant les Français, qui en retour les protégeaient. Ali Touchent, responsable présumé des attentats commis à Paris par les GIA en 1995, aurait été l'un de ces agents algériens connus des services français.
(MAOL 29.9) Dans un communiqué publié sur le site internet du "Mouvement algérien des officiers libres", et signé à la fois du MAOL et de son nom, l'ancien officier des "services" algériens Mohammed Samraoui, qui vient de publier à Paris un livre accusant les "services" d'être au moins co-responsables des tueries commises en Algérie depuis douze ans, et d'avoir infiltré et manipulé les groupes armés islamistes, affirme être "prêt en toute circonstance à assumer (ses) responsabilités, à (en) subir les conséquences et à en répondre devant la justice (algérienne) en (se) confrontant (à ses) anciens chefs", et en comparaissant devant la justice "en séance publique pour confondre les généraux criminels. Mohammed Samraoui demande "l'ouverture d'une information judiciaire ou la création d'une commission d'enquête indépendante et impartiale par les instances judiciaires et politiques du pays". Il demande à pouvoir, avec ses "compagnons officiers", à pouvoir "affronter dans un débat public les bourreaux du peuple algérien".
(AFP 8.10) La Cour d'appel de Paris a confirmé le 8 octobre le jugement du 17 octobre 2001, déboutant l'éditeur du livre "La Sale Guerre" de Habib Souaïdia, de son procès en diffamation contre le journaliste Mohamed Sifaoui, initialement engagé pour co-écrire l'ouvrage avec Habib Souaïdia et dont le travail avait finalement été refusé par l'éditeur.
(AFP 6.11) Le directeur adjoint du contre espionnage français (DST) a affirmé le 6 novembre, devant la Cour d'assises jugeant en appel Boualem Bensaïd, accusé d'avoir participé à trois attentats commis en France en 1995, que le GIA avait voulu "punir la France" d'avoir "aidé le pouvoir algérien". Jean-François Clair a réfuté l'hypothèse d'une implication des services spéciaux algériens dans les attentats commis en France et attribués aux GIA, et a qualifié l'un des défenseurs de cette thèse, l'ancien officier algérien Mohammed Samraoui, de "déserteur".
(El Watan, La Tribune 10.11 / Corr.) La Fondation Matoub et la famille de Matoub Lounès ont interpellé le président Bouteflika le 8 novembre dans une déclaration publique, lui rappela