Certaines années sont de tous les dangers : les pauvres y font moisson d'infini, les enfants du contre-monde prennent le chemin de leurs noces de malheures et de plaisirs. Ils ont cet esprit des îles, tout façonné de mains légendaires.
Du pays du vin au jardin des dieux, le double visage de La Mecque est d'être le terme de chemins buissonniers et un taillis de racines de ghettos.
Les découvreurs et les sauvages scandalisent flics et meurtriers ordinaires. Ils se rendent, intrépides bougeurs, modestes et curieux, porteurs de toutes les rumeurs de la vie, arpenteurs de lieux saints aux périphéries des révolutions, hantés par quelque refus irréductible.
Il n'est pas déraisonnable d'être excentrique; nous nous souvenons de nos pannes quand les causes semblent entendues. Le mouvement est irrépressible. Le but du voyage est de voyager.
Mes mots n'ont pas de genre, ne narrent nulle intrigue, ne fondent nulle coterie, mais par eux je puis masquer mes masques, comme les maigres palmiers masquent les trompe-l'oeil des palaces dans les villes balnéaires.
Dans la jungle épaisse des rêves, les dieux parlent aux hommes le langage que les hommes leur ont appris. Ils font pélerinage vers nous, faiblissant en route et finissant, discrets, oubliés, dans un hiver glacial où ils ne vivront plus que de leurs charmes éteints.
Ils finiront rattrapés par leur légende, ces grands insensés en pleine course, trahis et ressuscités par mille conteurs, avec leur enfance déchirée et toute la vertu des peuples libres.
D'intolérables souffrances sont scandées en de professionnels malaises. De terrifiantes épidémies guettent, qui dépeupleront les communautés émancipées, comme si toujours de la mort la liberté devait se payer. Ainsi se fera cette sale guerre : la mort fermera aux poètes les paradis aux plaisirs imparfaits, inattendus, voluptueux.
Les barrières sont tombées comme dans un opéra muet, et avec elles les ombres du vrai, car l'Histoire est cruelle et peu de vies sont exemplaires. Sur le rivage des murmures, la causticité des impuissants et le lyrisme des victimes accompagnent la halètement de l'homme que la main de l'enfant redresse.
Dans un jardin chinois, je me retrouve en présence du mystère que je reconnais dans les formes tracées par le pinceau de la frêle artiste qui m'offre toutes ses bouches d'ombre tiède pour qu'enfin je m'y abolisse. Elle a quatorze ans et la toison d'un agneau. Scrutée sous tous ses angles, je la fais héroïne et martyr. De l'homme en amour il ne saurait être question, mais de prairies infinies. Fatigué de musiques, je n'attends plus que le chant de la langue sur mon sexe entre ses doigts tendus.
L'énigme de l'homme est dans sa mémoire vaincue. Les chimères sont violentes, et le mal d'aimer, comme la révolte, a de ces embardées, de ces décalages, de ces déchirements qui sont manière de perfection et réveillent les fantômes des découvreurs de monde.
L'amour-passion se dit aussi dans les langue des bistrots, avec ce talent inquiétant des coups de théâtre.
Orateurs enflammés et politiques novices font le procès de la recherche du bonheur. Il faudrait se tenir coi puisque toute passion mène à l'échec ou s'en nourrit, mais il y a cette magnifiscence dont miroitent encore les songes qui volent à notre secours, et nous mêlons l'histoire à nos souvenirs.
Le tournis nous prend à cet aveu de grâce, éveilleur de hantises et d'ombres. Qu'ils ont donc la vie dure, ces pays sans frontières que l'on porte en soi !