Hit-ParadeProtected By Wpoison... et merde aux pollueurs de toile

Un cadeau d'au moins 61 millions à des intérêts privés

 

A propos de l'Euro 2008

Et allez donc, pourquoi se géner, on ne change pas une méthode qui gagne et un racket qui marche : 7,8 millions de plus ont été balancés dans le trou de la Praille. Des millions puisés dans les caisses publiques, en l'ocurrence celles du Fonds d'équipement communal, alimenté par les communes et le canton, et dont les décisions (celle-là a été prise le 19 février) ne sont pas, suprême avantage, susceptibles d'être contestées par référendum populaire (ce à quoi, d'ailleurs, la Constituante devrait remédier). Et à quoi ont-ils servis, ces millions, s'ajoutant aux millions déjà rackettés dans le même fonds il y a un an pour payer les dettes de la Fondation du stade ? A rien d'utile : à financer l'installation d'une nouvelle tribune pour les media, d'un centre de presse et d'un "espace d'accueil" pour les sponsors, et de la sonorisation et l'éclairage de l'esplanade. Tout ça imposé par contrat à la Fondation du Stade par l'UEFA, qui ne paye pas un rond, impose ses conditions et a reçu presque gratuitement (sauf une location de 450'000 francs par match, et une participation d'un million et demi aux quinze millions investis) un stade clés en main  et flambant neuf , pour en user à sa guise pendant un mois.. Ces travaux ne devaient coûter que 6,8 millions et être payé par le Sport Toto et la Confédération, mais comme d'hab, ça a coûté plus du double et ça a été payé essentiellement par les collectivités publiques. Les arracheurs de dents de service ont tenté de se justifier : "ces travaux sont d'intérêt public", a déclaré Laurent Forestier, le porte-parole du Conseiller d'Etat Mark Muller, lequel "espère vraiment que ce sera la dernière rallonge". Ben voyons... ça fait bientôt dix ans qu'on nous annonce "la dernière rallonge", avant d'en demander une autre. Au passage, le Conseiller d'Etat Muller a poussé à la démission le protégé du Conseiller d'Etat Moutinot, Jean-Pierre Carera, président de la Fondation du Stade, à qui les faux derches gouvernementaux font jouer le rôle de fusible. Carera avait assuré, le 6 décembre, deux mois avant le nouveau racket du FEC, qu'"il n'y aura pas de nouvelle rallonge". La différence entre Carera et Muller, c'est que le premier peut être lourdé par le second, dont on ne pas se débarrasser avant les prochaines élections cantonales. Ce qui évidemment ne l'a pas empêché de proclamer son intention de jouer une "transparence totale" dans le dossier du financement de l'Eurofoot. Après avoir pompé huit millions en toute transparence dans le fonds d'équipement communal, histoire de se soustraire à un référendum populaire. 
Le Fonds d'équipement communal avait pourtant fait mine (mais seulement fait mine) de refuser de verser les 7,8 millions directement à la fondation du stade, ce qui aurait obligé les autorités cantonales à déposer un crédit devant le parlement. Vu le parlement dont Genève est gratifiée, il aurait accepté -mais nous aurions lancé un référendum, avec toutes les chances qu'il aboutisse. Lors de la séance du 19 février, les représentants des communes, sauf la représentante de la Ville, Sandrine Salerno, qui s'y est opposée au nom du respect de la volonté populaire (et parce qu'elle estime que le canton ne peut pas utiliser la part des ressources du FEC qui revient à l'Etat pour payer les factures du stade), se sont abstenus sur la proposition du Conseil d'Etat. Proposition qui a donc été votée par les seuls représentants de l'Etat, les deux Conseillers d'Etat Verts Hiler et Cramer, contre la seule opposition de la représentante de la Ville. Et c'est comme cela, brave gens, qu'on vous prive de la possibilité de dire par un vote ce que vous en pensez : par un tour de passe-passe au terme duquel, parce qu'ils sont deux, les représentants du canton imposent leur seule volonté à la volonté de la seule représentante de la seule Ville en l'absence de toute trace de volonté des autres communes, qui se sont lamentablement dégonflées. 
La nouvelle ponction dans le fonds d'équipement communal avait pourtant, avant d'être effectuée, suscité quelques réactions négatives -qui ne l'ont pas empêchée, mais retardée. Le président du FEC avait écrit au Conseiller d'Etat Mark Muller pour lui dire ses réserves, tout en lui confirmant qu'il versera en bloc 17 millions au canton, libre à celui-ci de les utiliser comme bon lui semble, mais tout de même en respectant les règles légales : pas d'utilisation avant le début 2008, et utilisation pour des projets cantonaux inscrits au budget.
De son côté, la responsable des finances de la Ville, Sandrine Salerno, s'était opposée (mais elle a été la seule à le faire) à l'utilisation du FEC pour payer les factures d'une fondation de droit privé, et avait demandé au canton, s'il tenait vraiment à ponctionner ses caisses pour payer ses factures, de le faire conformément aux usages, en déposant un projet de loi. Elle croit quoi, Sandrine ? Qu'elle a affaire à des démocrates ? Déposer un projet de loi, c'est justement ce que le canton voulait à toute force éviter, puisqu'un projet de loi est susceptible de référendum, et que le dernier référendum lancé contre le financement public du stade a tourné à la confusion des partisans de ce financement. 
 
"Le Stade de Genève (...) manque de couleurs. Il a besoin d'être rafraichi", déclarait ("Le Matin" du 5 octobre) le président de l'UEFA, Michel Platini.
Ce que Platoche voulait, Genève fit. Le stade a été rafraîchi. Mais au prix qu'il a coûté, qu'il continue de coûter, et qu'il va continuer de coûter aux caisses publiques, c'est pas un stade qu'on rafraîchit, c'est un diamant qu'on retaille.
Et de toute façon, c'est pas rafraîchir le stade qui s'impose, c'est le congeler. Définitivement.
 
La dernière rallonge financière accordée au stade (pour le conformer aux desiderata de l'UEFA) a fait monter à 16,5 millions de francs le coût de son adaptation à l'Euro2008. Pour trois matches jouée à Genève. Ces matches ont rassemblé 90'000 spectateurs. Ce qui nous fait un coût d'adaptation du stade équivalant en gros à 170 francs par spectateur. Comme lesdits spectateurs n'auront pas payé ce prix pour obtenir un billet, et que plusieurs centaines d'entre eux n'ont rien payé du tout, qui paiera la différence ? Ben... le contribuable... en toute transparence...
 
"Les clefs du stade de Genève ont été remises à l'UEFA" le 13 mai (date idéale pour les mauvais coups), titrait "Le Courrier" de du 14 mai...
... c'était la moindre des choses, on lui avait déjà donné les clefs de la caisse...
 
Michel Bonnefous, président de la société organisatrice de la Coupe de l'America, a intégré le Conseil de fondation du stade, ainsi que deux nouveaux membres, Sami Kanaan en tant que représentant de la Ville, et Serge Bednarczyk.  Après la démission forcée de Carera, c'est un ancien directeur de l'UBS, Benoît Genecand, qui a pris la tête de la Fondation, élu à l'unanimité à sa présidence. Un banquier, en effet, ça s'y connaît, en pompes à fric. Et un banquier de l'UBS, en trous financiers. Ce qui n'empêche pas que le nouveau président se fixe un objectif hors d'atteinte : "faire du stade un lieu de rencontre beaucoup plus sexy et qui puisse faire rêver".
 
"Le budget consacré à l'Euro est en passe d'être respecté", a assuré, la fête terminée, le coordinateur cantonal de la chose pour Genève, Michael Kleiner. Le budget en question s'élève à 16 millions -soit en gros, et au plus, la moitié de ce que coûtera réellement l'Eurofoot aux collectivités publiques genevoises, puisqu'au budget s'ajoute tout ce qui n'a pas été budgeté (comme les 700'000 francs de la location du domaine public de la Ville -Plainpalais, Vernets, Bout-du-Monde), et tout ce qui l'a été sur d'autres postes que l'Euro. 
 
Assurer la sécurité publique pendant l'Euro a coûté des dizaines de millions (au moins 92 millions et demi, alors qu'on n'en avait budgétés au départ que cinq) à la Confédération, aux cantons et aux communes, y compris à ceux et celles qui n'ont pas accueilli de matches (mais des "fans zone" avec écrans géants et baraques à saucisses). Dans le seul canton de Fribourg, la facture se monte à au moins 2 millions et demi. Dans le canton de Vaud, même facture. La Confédération ne verse que dix millions et demi, et aux seuls quatre cantons-hôtes (Bâle, Berne, Genève, Zurich), en plus des frais qu'elle assume directement (genre mobilisation de l'armée). Du coup, les autres cantons réclamaient, eux aussi, des sous à Maman Helvetia. Officiellement, la sécurité coûtera 82,5 millions à la Confédération, aux cantons et aux communes, plus dix millions de réserve. A Genève, le budget "sécurité" dépassait les sept millions.  "On donne beaucoup d'argent aux villes-hôtes : Genève a reçu plus de 2 millions de francs", se justifiait Michel Platini, ci-devant président de l'UEFA : "beaucoup d'argent" selon Platini, c'est moins de la moitié de ce que va coûter à Genève la seule sécurité. Et en tout, Genève va claquer vingt fois plus pour l'Euro2008 que le "beaucoup d'argent" qu'elle aura reçu de la princière UEFA).  La Ville de Genève (qui, dans son magazine "Vivre à Genève" s'en montre toute fière) a assumé l'intensification par la Voirie du ramassage des déchets et de la fréquence du nettoiement des sites touchés par l'Euro, ce qui a nécessité un renforcement du personnel et du matériel, ainsi que l'installation de onze chiottes mobiles; elle a devoir payé en plus la mobilisation au sein d'un "groupe circulation" d'une vingtaine d'agents de sécurité municipaux pour "canaliser la circulation des véhicules", l'organisation de patrouilles d'ASM à pied, à vélo et en roller le long des itinéraires piétons, la mobilisation des pompiers du SIS au sein du dispositif "Osiris" des situation exceptionnelles, la mobilisation des gardes dans la zone du Bout du monde, et de la Protection civile pour le montage et le démontage des installations du Bout-du-Monde et de Plainpalais, l'accueil des campeurs et la surveillance du site. ça a coûté combien, tout ça ? Et la mise à disposition de l'Euro 2008 de tout ou partie du temps de tavail de dizaines de fonctionnaires, ça équivaut à quel coût pour la collectivité ? A au moins un million et demi pour la seule Ville de Genève... 
 
L'engagement de Swisscom, "sponsor national" de l'Eurofoot, aura coûté également fort cher (plusieurs dizaines de millions de francs) pour assurer les télécommunications dans les quatre stades hôtes et dans une vingtaine d'autres sites, garantir la transmission vers l'Autriche des images télé de tous les matches joués en Suisse, répondre aux besoins des organisateurs (plusieurs centaines de personnes), des media (8000 journalistes accrédités), des équipes, des bénévoles et du public. 300 techniciens auront été mobilisés dans les stades, 1300 employés impliqués dans l'événement. Un service public (Swisscom) au service d'une organisation privée (l'UEFA), c'est du New Public Management ou on ne s'y connaît pas.
Bon, d'accord, on ne s'y connaît pas. 
 
Certaines communes et certains cantons en fait encore plus que ce que l'UEFA et ses commis politiques leur demandaient : Lugano a ainsi payé les billets d'avion qui ont permis à l'équipe de Suède, qui séjournait à Lugano, d'aller jouer ses matches en Autriche. Ce beau geste coûtera autour de 80'000 balles aux contribuables luganais. A Neuchâtel, la Ville a "adapté" le site d'entraînement réservé à l'équipe du Portugal. Dans le canton de Vaud, la collectivité a offert des prestations de relations publiques aux équipes de France et de Hollande, qui séjournaient dans le canton. A Genève, en revanche, on assure (mais les promesses, dans le feuilleton de l'Euroracket, ne valent pas grand chose) qu'aucune dépense particulière n'a été consentie pour l'équipe qui séjournait dans le canton (mais s'entraînait à Nyon). Il est vrai qu'il s'agit de l'équipe de Turquie. Des gens carrément pas de chez nous.
 
 


 

Le Conseil administratif de la Ville avait des doutes sur la légalité du procédé utilisé par le canton pour faire à la Fondation du stade un cadeau lui permettant de régler sa dette à l'égard de l'entreprise Zschokke (devenue Implenia), et pour faire financer ce cadeau par le Fonds d'équipement communal. L'exécutif municipal avait donc saisi la Cour des Comptes, en février. En juin, la Cour a rendu son verdict : le racket était légal, le canton avait parfaitement le droit d'instrumentaliser le Fonds d'équipement communal pour payer les dettes d'une fondation privée. Cela dit, la Cour précise tout de même qu'elle ne se prononce ni sur la constitutionnalité du procédé, ni sur la question de savoir s'il respecte ou non les droits des citoyens.

La Ville formulait trois reproches : le versement aurait été décidé sans l'accord de l'Association des communes, il aurait servi à payer la dette d'une fondation privée, ce qui serait contraire aux buts du FEC, et la dette ainsi payée était antérieure aux dispositions de la loi permettant au FEC de financer des investissements de ce genre. Réponses de la Cour des comptes :


SPÉLÉOLOGIE FINANCIÈRE : EXPLORATION DES TROUS DE LA PRAILLE ET DE L'EUROFOOT

Lorsque la décision a été prise de construire un nouveau stade, le projet a été mis au concours, et le projet primé prévoyait 25'000 places assises (soit, déjà, 10'000 de plus que nécessaire). Le 19 juin 1997, le Grand Conseil vote un premier crédit de 20 millions de francs. A ce stade, si on ose dire, le projet est devisé à 64 millions, plus 4 millions de TVA, soit un total de 68 millions.

La rénovation du stade des Charmilles, pourtant appelé à disparaître, et celle des terrains de Balexert, ajoutent 3,8 millions à la facture.

Fin 2000, le projet définitif passe de 25'000 à 30'000 places, et son coût grimpe de plus de 20 millions, pour atteindre 93 millions. Parallèlement, la facture pour les rénovations de Balaxert et des Charmilles augmente d'un million.

Fin 2003, le stade est ouvert : la facture a grimpé de 25 millions supplémentaires, du fait d'aménagements supplémentaires non prévus au projet initial (pour 9,1 millions), d'aménagements de sécurité et de déplacement des infrastructures CFF (pour 10 millions) et d'autres modifications. Le coût du stade atteint 117 millions.

A l'été 2007, l'UEFA impose de nouvelles normes pour les stades appelés à recevoir des matches qu'elle organise. Surcoût : 14 millions. On atteint les 131,6 millions.

De 68 millions au départ, le coût du stade sera passé en dix ans (1997-2007) à au moins 140 millions -et la facture n'est pas close. Le canton a déversé 24,4 millions dans ce trou, la Ville de Lancy 6 millions, la Confédération 5 millions, la Ville de Genève 5 millions, le Fonds d'équipement communal a été contraint de verser 18,8 millions. Jelmoli a déboursé 36 millions (mais ça n'est pas une subvention, c'est un loyer), le Crédit Suisse a prêté (et entend bien se les faire rembourser) 20 millions, une souscription publique a rapporté 3,8 millions, le Sport Toto a accordé une subvention de 700'000 francs et on a 300'000 francs de subventions diverses.

Il y a trois ans, onze millions de travaux étaient encore dus à l'entreprise Zschokke (Implenia) qui avait construit le Stade. Les électeurs de la Ville ayant massivement refusé (à plus de 70 %) d'accorder un prêt de 2,5 millions à la Fondation du Stade, l'Etat a pioché onze millions dans le Fonds d'équipement communal, après avoir en avoir modifié les statuts pour s'autoriser ce racket.

Quant à l'Eurofoot, les seuls coût de sa sécurisation devraient se monter à (au moins) 100 millions au plan suisse. A Genève, il devrait coûter au moins 28 millions, pour des retombées en termes de chiffre d'affaire se situant dans une fourchette de 10 à 50 millions.

L'Eurofoot coûtera au moins aux collectivités publiques genevoises :

14,6 millions pour l'adaptation du stade de la Praille aux exigences de l'UEFA
7,2 millions pour la sécurité
2,6 millions pour les manifestations annexes
1,8 million pour les coûts liés aux transports
1,5 million pour les coûts de coordination de l'organisation
1,3 million pour la promotion touristique (baudruche comprise ?)

Les coûts liés à la mobilisation des services de voirie ne sont apparemment pas compris dans ces chiffres. Ni, apparemment, les heures supplémentaires de la police, l'utilisation de locaux publics (comme l'Université pour le "Media Center") etc...

En termes financiers, l'Euro2008 c'est (selon les chiffres de l'UEFA) :

- 1,3 milliard de francs de droits de retranmission TV (42,3 % de plus qu'en 2004), soit 60 % des recettes
- 461 millions de francs de sponsoring et merchandising (57 % de plus qu'en 2004), soit 21 % des recettes
- 215 millions de francs retirés de la location des loges "VIP" (plus du quintuple qu'en 2004), soit 12 % des recettes
- 149 millions de francs de billetterie (17,3 % de plus qu'en 2004), soit 7 % des recettes
- un total de recettes de 2,117 milliards de francs (50 % de plus qu'en 2004)
- Des dépenses d'organisation de 977 millions (150 % de plus qu'en 2004)
- un bénéfice net de 412 millions(28,4 % de plus qu'en 2004)

et que fait l'UEFA de tout ce pognon ? Martin Kallen, responsable de l'organisation de l'Euro a beau dire que l'UEFA veut "redistribuer le plus d'argent possible à ses 53 fédérations nationales et à ses programmes de solidarité", en réalité elle en redistribue moins d'un septième aux équipes participants (294 millions), et à peine un tiers aux "programmes de solidarité".  Les fédérations nationales de l'UEFA (y compris celles des équipes participantes) recevront, en tout, 450 millions d'euros La distribution aux équipes participantes représente un peu plus de la moitié des seules ressources de sponsoring et moins que ce que l'UEFA gardera pour elle. Quant aux programmes de "solidarité", ils atteignent péniblement le 60 % des seuls droits de retransmission TV.  Les contributions des sponsors et les droits de télévision sont versés directement à l'UEFA (qui encaisse ainsi près de 1,8 milliard), les premiers par l'intermédiaire de sa division "UEFA commercial marketing", les seconds par "Marketing & Media Rights", qui a sous-traité la négociation des droits à une société française, Sportfive, filiale du groupe Lagardère. Une fois payés les frais d'organisation, redistribuée la petite part des équipes participantes, des programmes de solidarité et les subventions aux associations, l'UEFA pourra capitaliser plusieurs centaines millions de francs, sur lesquels elle ne payera pratiquement pas un sou d'impôt.

Pour faire fonctionner à plein sa pompe à fric, l'UEFA a créé fin 2004 une filiale, Euro 2008, une société anonyme holding que l'UEFA détient à 100 % et qui payera quelques millions de francs d'impôt, en tant que "holding de services", comme "New Media technologie" (qui fera une vingtaine de millions de francs de bénéfices). Mais l'UEFA en tant que telle ne paiera pas un sou d'impôt, alors qu'elle retirera plus d'un milliard de francs du tournoi et que le total de ses recettes budgetée pour 2007-2008 atteint les trois milliards (dont moins de la moitié sera redistribué aux équipes participantes), soit un milliard de plus que lors de l'exercice précédent,  et que ses fonds propres se montent à 732 millions, soit 300 millions de plus qu'en 2006-7... Résultat : la fédération européenne de foot professionnel dégage plus de chiffre d'affaire que la fédération mondiale, et est la fédération sportive la plus puissante du monde.

Selon une étude macro-économique réalisée par le bureau privé Rütter+Partner, et publiée par l'Office fédéral du sport, sur l'importance du secteur sportif (défini en un sens très, très large : on y inclut (en plus du sport proprement dit, amateur ou professionnel) les remontées mécaniques, le fitness et la muscu, le commerce d'appareils, articles et vêtements, le tourisme et même les accidents sportifs), le secteur générerait 80'000 places de travail (plus que l'industrie pharmaceutique, l'horlogerie ou les assurances), soit 2,5 % du "marché de l'emploi" en Suisse, à peu près autant que l'industrie mécanique. Le chiffre d'affaire du secteur dépassait les quinze milliards en 2005, sa valeur ajoutée brute atteindrait 8 milliards, sa part au produit intérieur brut 1,8 %, juste un peu moins que les 2 % de l'industrie de l'alimentation, des boissons et du tabac.


Le ministre neuchâtelois des Finances, Jean Studer se demande, comme nous, si les collectivités publiques ne sont pas en passe de se faire joliment empapaouter par les organisateurs de l'Euro2008 : selon lui, les coûts de sécurité du machin seront largement supérieurs aux 64,4 millions annoncée (partagée entre la Confédération, pour 35,7 millions, les cantons et les villes (28,7 millions), puisque cette projection ne tient pas compte des coûts supportés par les cantons non-hôtes des matches, mais devant tout de même contribuer à la mobilisation des forces de l'ordre : les cantons romands (hors Genève) devraient ainsi payer 16 millions, et les cantons alémaniques (hors Zurich, Bâle et Berne) au moins autant, ce qui fait déjà monter la facture à 100 millions, soit 50 % de plus que prévu. Et sans compter les frais de sécurité liés à l'installation des écrans géants dans des villes et des cantons n'accueillant pas de matches. En revanche, le coût de l'appel à des flics étrangers (français et allemands) serait couvert. On est rassurés.

Le Conseil administratif Pierre Maudet assure qu'il va "remettre en cause" la pratique de la Ville de céder gratuitement l'usage du domaine public à des privés ("Tribune de Genève" du 21 septembre 2008), et qu'il va donc revenir sur les largesses de son prédécesseur, André Hediger.

On verra ça lors de l'Euro 2008, quand la plaine de Plainpalais sera squattée par les organisateurs de la fête à beaufs.


Le Comité de citoyennes et yens contre les rackets de la Praille et de l'Eurofoot avait déposé trois recours (auprès du Tribunal administratif et du Tribunal fédéral, ceux auprès du Tribunal fédéral ayant été rejetés, sur la forme, par celui-ci, qui a nié la qualité pour agir aux recourants) contre la décision (et ses modalités) du fonds d'équipement communal de pomper dans ses ressources pour payer les dettes de la fondation du stade. Le comité a aussi dénoncé auprès du Procureur général ce qui s'apparente objectivement (sinon juridiquement) à un détournement de fonds publics.

La décision de faire un cadeau de onze millions à la fondation du stade a été prise, sur injonction du Conseil d'Etat, par le Conseil du fonds, administré par le département du Territoire (celui de Bob Cramer). Le Conseil du fonds est composé de représentants des communes et du Conseil d'Etat. Pour le Conseil d'Etat, Robert Cramer et David Hiler. Pour la Ville de Genève, c'était à l'époque Pierre Muller. Pour les communes, on avait les conseillers administratifs, maires et adjoints de Meyrin (Monique Boget) et Bellevue (Claude Etter) pour la rive droite, Cologny (Jean Murith) et Thônex (Isabel Rochat) pour la partie Arve-Lac de la rive gauche, Onex (Laurent Nicole) et Fernand Savigny (Perly-C ertoux) pour la partie Arve-Rhône.

Pour le président de la fondation, Jean-Pierre Carera, "il n'y a rien de pénal dans cette affaire, l'argent a seulement transité par la FSG pour régler ses dettes, tout s'est fait au grand jour, personne (...) n'a triché pour détourner de l'argent" ("20minutes.ch" du 20 avril). Une argumentation qu'il vaut la peine de reprendre point par point :

Quant au Conseiller d'Etat Muller, il estime que "ce qui aurait été déloyal, c'est de ne pas régler les dettes du stade". Le Conseiller d'Etat Muller a de la loyauté une conception qui rrangerait les dizaines de milliers de débiteurs privés de la République : vous avez des dettes ? adressez-vous à l'Etat, ou au fonds d'équipement communal ? ils les régleront pour vous. En puisant dans les fonds publics. Pour régler vos dettes privées.

C'est exactement ce qu'il a fait dans le cas du stade : la dette privée d'une fondation privée à l'égard d'une entreprise privée a été réglée par le fonds d'équipement communal, alimenté par 45 communes, dont 43 n'ont strictement aucune responsabilité dans le merdier de la Praille.

"Le budget de 8,8 millions de francs que doit supporter le contribuable (pour l'Euro2008) a de fortes chances d'être respecté", a déclaré selon "La Tribune de Genève" (du 8 juin) le Conseiller d'Etat Mark Muller...

... et on sait combien sont fortes les chances de respect des budgets quand il s'agit de sport-pognon à Genève : le budget du stade aussi avait de "fortes chances" d'être respecté. Tellement respecté qu'on s'est bien gardé de s'en approcher.

Dans la perspective (exaltante) de l'Euro20087, le stade de Genève va subir un "léger lifting". Léger ? Un système de contrôle d'accès, des bureaux (pour l'UEFA), des studios avec vue panoramique, un centre media pour 250 journalistes... Le tout payé par le Sort Toto et, évidemment, les caisses publiques (fédérales, en l'ocurrence).


LES PETITS CADEAUX ENTRETIENNENT LE STADE

Or donc, l'entreprise Implenia, ex-Zschokke, a reçu son petit cadeau : onze millions, pour payer une vieille facture du stade de la Praille. Ces onze millions ont été prélevés sur l'argent accordé au Fonds d'équipement communal (FEC, fonds commun aux 45 communes genevoises) par le Grand conseil qui y avait transféré des ressources allouées auparavant aux communes. L'exercice auquel se sont livré les autorités cantonales consiste donc à remplir les caisses d'un organisme intercommunal (le FEC) avec de l'argent revenant aux communes, pour ensuite vider les caisses du dit organisme pour payer une dette de la Fondation du stade, en échappant ainsi à un référendum (puisque les décisions du FEC ne sont pas soumises à référendum).

La procédure utilisée pour vider les caisses du FEC est assez intéressante : le cadeau accordé à la Fondation du stade l'a été par le Conseil du FEC alors que l'ordre du jour ne prévoyait que d'avaliser la nouvelle loi modifiant les statuts. Ainsi les membres du conseil du fonds ne pouvaient se douter qu'on allait prendre une décision de pomper onze millions au profit de la fondation du stade, décision pour laquelle ils n'avaient donc pu recevoir de mandat. Le conseiller administratif (libéral) de la Ville Pierre Muller, excusé, assure qu'il s'y serait fermement opposé pour respecter le vote des citoyens de sa commune, comme il l'a déclaré publiquement.

Deuxièmement, cette décision du FEC a été prise sur un préavis favorable de l'ACG, là encore sans que l'ordre du jour de l'ACG ne mentionne ce point spécifique, et donc sans que les exécutifs ne soient informés de la nécessité de prendre position sur ce sujet, ce qui ressort d'un courrier de l'ACG adressé aux Maires, Conseillers administratifs et Adjoints, et signé par le secrétaire général Michel Hug, qui commence par cette phrase révélatrice (adressée aux Maires, adjoints et Conseillers administratifs) : "Vous avez sans doute été surpris d'apprendre récemment dans la presse que le Fonds d'équipement communal (FEC) avait épongé les dettes de la Fondation du Stade de Genève". Les magistrats municipaux en ont effectivement été surpris, puisque personne n'avait pris la peine de les informer qu'une telle décision pouvait être prise, en violation des règles générales de procédure qui impliquent le droit de chacun (en l'occurrence les communes) d'être entendu et de pouvoir se prononcer sur une décision qui le concerne, ce qui implique évidemment que l'on sache que cet objet fera l'objet d'une décision. Le procès-verbal de la séance du comité de l'ACG du 4 décembre 2006 ne fait d'ailleurs mention que d'une information, tronquée, et non d'une décision : "Le Président (Pascal Chobaz) annonce que le Conseil d'Etat envisage de négocier avec la société Implenia pour tenter de résoudre définitivement les problèmes liés à la créance que le Stade de la Praille a envers cette société". Le 30 janvier, le Comité Praille s'est adressé aux élues et élus des 45 communes genevoises pour les inviter à exiger la communication des convocation s et des procès-verbaux des réunions du FEC et de l'ACG, et à envisager des recours au Tribunal administratif et/ou au Tribunal fédéral, ainsi qu'une dénonciation à la Cour des comptes. Le 13 février, "A Gauche Toute !" s'est adressée au Conseil administratif pour lui demander de recourir contre "la décision illégale du Conseil" du FEC.

L'entourloupe ne s'arrête pas à la manipulation de l'ACG et du FEC : premièrement, le don prélevé dans les caisses du FEC sert à payer la dette d'une fondation de droit privé à l'égard d'une entreprise privée. Or ce fonds est légalement destiné à permettre la prise en charge des intérêts des emprunts que les communes ont contractés pour faire face à leurs frais d'équipement. Il peut également être utilisé pour financer les charges que les communes sont appelées à supporter dans le cadre de leurs responsabilités ou toute prestation publique intercommunale ou cantonale, mais pas pour assurer le paiement d'une dette privée -celle de la fondation du stade- à l'égard de l'entreprise Zschokke (Implenia).

Deuxièmement, cette nouvelle possibilité d'utilisation du FEC, introduite dans la loi en juin 2006, est limitée aux années 2006 et 2007. En faire usage pour régler une dette de plusieurs années antérieure est donc à la fois hors attribution et hors délais.

Le Comité Praille a invité les communes à exiger la communication des convocations, sous leur forme originale, aux réunions du FEC et de l'ACG, ainsi que les procès-verbaux de ces réunions.

Par ailleurs, deux recours au Tribunal fédéral et un recours au Tribunal administratif genevois ont été déposés par des membres du Comité Praille.

Par ailleurs, deux recours au Tribunal fédéral et un recours au Tribunal administratif genevois ont été déposés par des membres du Comité Praille.

Par ailleurs, 21 conseillères et conseillers municipaux de la Ville de Meyrin, représentant presque tous les partis, et les deux tiers du Conseil municipal, ont exprimé le 6 mars leur "profonde indignation" au Conseil d'Etat, à l'ACG et au FEC, à qui ils ont demandé d'annuler le don fait à la Fondation du stade, et de restituer les onze millions au FEC.

Enfin, le Procureur général a été saisi d'une dénonciation pour une possible gestion déloyale des fonds publics, puisque le FEC a été utilisé pour toute autre chose que ce à quoi il est destiné.

PETITE CHRONOLOGIE AMUSANTE, ET PETIT ARGUMENTAIRE DES RECOURS

Le 26 avril 1996, le Grand Conseil a adopté un crédit de 20 millions de francs pour la reconstruction du stade des Charmilles. Une année plus tard, ce crédit a été réaffecté à la construction d'un nouveau stade à la Praille.

Le 29 février 1998, la Fondation du stade de Genève (FSG) était créée.

En 1999, le plan localisé de quartier concernant le stade et le centre commercial y atenant était adopté, les autorisations de construire suivirent en janvier et juin 2000, et le chantier de démolition des installations sises sur le site du stade et du centre commercial s'ouvrait le 22 mars 2000. Une semaine auparavant, une initiative pour un stade plus raisonnable que celui projeté était lancée. Elle aboutissait et était déposée le 12 juillet 2000. A cette date, l'autorisation de construire le stade n'était pas encore délivrée. Elle ne le sera que trois mois plus tard, le 5 octobre. A ce moment là, le stade ne devait coûter que 86 millions de francs, dont 31 millions provenant de fonds publics (20 millions du canton, 3 millions de la Ville de Genève, 3 millions de la Ville de Lancy et 5 millions de la Confédération.

Selon le rapport du 25 octobre 2004 (RD 547) de la Commission de gestion du Grand Conseil, en octobre 2000 déjà il manquait 2,7 millions de francs à la Fondation du stade, à le veille de l'ouverture du chantier. Depuis fin 2004, la Fondation du stade de Genève (FSG) fondation de droit privé, traîne en outre une dette envers l'entreprise Zschokke SA (devenue Implenia SA) de Fr. 14,5 millions.

Cette dette concerne les travaux de construction du Stade de la Praille, travaux engagés entre le 27 mars 2000 (ouverture du chantier de démolition pour construire un quai voyageurs) et le 29 mars 2001, alors que, quelque soit la date que l'on choisisse de prendre pour marquer le début de la construction du stade, cette date est ultérieure soit au lancement, soit au dépôt, soit à l'aboutissement de l'initiative populaire "pour un stade raisonnable" (deux fois plus petit).

Le 24 avril 2005, les citoyens de la Commune de la ville de Genève (membre de l'ACG, commes toutes les communes genevoises), suite à un référendum populaire, ont refusé par 72,3% des votants, un crédit de Fr. 2,5 millions destiné à financer un prêt à la FSG, prêt lui-même destiné à contribuer au paiement des mêmes dettes qui seront finalement payées par le fonds d'équipement communal (auquel la Ville, et donc des contribuables, et donc ses citoyens, contribue lourdement).

Le 8 juin 2006, le Grand conseil a adopté la loi 9679 modifiant les statuts du fond d'équipement communal (FEC) afin notamment de permettre à celui-ci de financer des équipements de nature cantonale pour les années 2006 et 2007. Dans les débats, à aucun moment il n'est question du stade ou de la dette de la FSG et de son remboursement éventuel par le FEC. En revanche, le Conseiller d'Etat Robert Cramer est très clair : la manoeuvre consiste à améliorer le budget cantonal en puisant dans les caisses des communes pour remplir celles d'un fonds dont les décisions, contrairement à celles du canton et des communes, ne sont pas soumises à référendum.

En date du 18 janvier 2007, la presse annonçait que la dette de la FSG avait été réglée par le FEC pour un montant de Fr. 11 millions, "pour solde de tout comptes.". C'est la décision du FEC de régler la dette de la FSG qui fait l'objet des recours déposés par des membres du Comité Praille. Cette décision a été annoncée par un communiqué commun de la Fondation du stade et de Implenia, daté du 17 janvier. Le communiqué annonce que "la FSG a versé un montant forfaitaire de Frs 11'000'000.- à IMPLENIA REAL ESTATE SA, qui l'a accepté pour solde de tout compte et de toute prétention". La FSG ajoute qu'elle remercie (elle peut, en effet) "l'Etat de Genève de son intervention et le Fonds d'équipement Communal d'avoir mis à sa disposition les fonds nécessaires" (et qui aurait été bien nécessaires à d'autres projets bien plus utiles), et qu'elle entend se conmscarer "désormais aux nouveaux défis qui l'attendent, en particulier la mise sur pied de l'Euro 2008, événement planétaire, vitrine de Genève".

Le 22 janvier 2007, à l'occasion de la séance du Conseil municipal de la Ville de Genève, Messieurs Manuel Tornare et Pierre Muller (Conseillers administratifs), firent savoir que la décision à prendre concernant le prélèvement sur le FEC à destination de la FSG, n'avait pas été communiquée en temps utile aux autorités municipales membres de l'ACG et du FEC, ce que corrobore une lettre sur en-tête de l'ACG du 22 janvier 2007, adressée aux Maires, Conseillers administratif et adjoints des communes de Genève, et signée par Monsieur Michel Hug, Secrétaire général de l'ACG. MM Tornare et Muller ont ajouté qu'averties à temps, les autorités municipales de la ville de Genève auraient refusé ce versement afin de tenir compte de la votation populaire du 24 avril 2005.

Sur proposition du Conseil d'Etat, le Fonds d'équipement communal a donc pris une décision visant à obtenir le versement d'un montant de 11 millions à l'Etat pour payer la dette d'une instition de droit privé (la Fondation du Stade de Genève, FSG, fondation mixte de droit privé ne bénéficiant pas de la garantie de l'Etat) à l'égard du société privée (Zschokke-Implenia). La Fondation privée du stade résulte de la volonté de milieux privés, notamment de la société anonyme du Servette FC et de la société Jelmoli. Le canton ne devait verser à la fondation qu'une unique subvention de 20 millions de francs.

Le projet de construire un nouveau stade de football émanait lui aussi de milieux privés, qui voulaient un stade privé, construit par des privés et géré par des privés. Les promoteurs du projet ont conçu la réalisation et le financement du projet par un cosortium de partenaires privés. La fondation privée du stade a choisi l'architecte et les entreprises, décidé du concept du stade, décidé d'en porter la capacité à 30'000 places (d'où un premier surcoût de 12 millions de francs par rapport au coût annoncé au parlement cantonal lors du vote de la subvention de 20 millions de francs.

Le paiement par le Fonds d'équipement communal de la dette de la fondation du stade à l'égard de l'entreprise Zschokke-Implenia a été proposé (et obtenu) par le Conseil d'Etat. Or, dans la mesure où l'Etat voulait verser une contribution supplémentaire à la Fondation pour compléter le financement du stade, il avait l'obligation de présenter un projet de loi au Grand Conseil, loi qui, si elle était acceptée par le parlement, devait ensuite être soumise à référendum facultatif.

En contournant cette procédure, le Conseil d'Etat et le FEC ont non seulement violé la loi sur la gestion administrative et financière de l'Etat et superbement ignoré les condition s posées à tout financement par le FEC, mais ont bafoué le droit de vote des citoyens, droit garanti par la constitution cantonale et la constitution fédérale. Une décision soustraite malignement au vote populaire viole ces dispositions constitutionnelle.

Dans sa dénonciation à la Cour des comptes, le Conseil administratif note les faits suivants :

Bref, le versement de 11 millions par le FEC à la Fondation n'a pas été décidé d'entente avec l'ACG, comme il aurait dû l'être. En outre, il n'entre pas dans le champ d'application des buts du FEC.


EURORACKET

Le même genre de procédé utilisé pour contourner la démocratie (et les lois) à propos du Stade de la Praille a également été utilisé pour faire payer à la collectivité les frais liés à l'organisation de l'Eurofoot 2008 à Genève, et exclure un référendum.

Officiellement (c'est-à-dire au budget de l'Etat, et donc sans projet de loi idoine, histoire d'éviter un référendum puisqu'on ne peut pas lancer un référendum contre le budget), le canton devrait débourser 8,78 millions sur les 21,2 millions annoncée comme étant le coût pour Genève de l'Euro2008 (si ce coût annoncé suit, pour aboutir au coût réel, la même progression que celle qui avait marqué les coûts annoncés par la Confédération, ça amènerait le coût de l'Euro 2008 à Genève à la hauteur de 200 millions, dont un peu moins de la moitié à charge de la collectivité publique genevoise...). Ces 8,78 millions annoncés sont affectés à la sécurité pour plus de cinq millions (là-dessus, on a réservé quatre millions pour payer les heures supplémentaires de la police), aux transports et aux manifestations annexes (plus d'un million chaque fois), à la promotion et au marketing. La Confédération, la Fondation pour le tourisme, le Sport-Toto et la Loterie Romande sont également mis à contribution.

L'Euroracket a une autre utilité : celle de faire payer par la collectivité publique fédérale (et le Sport Toto) de nouveaux travaux au stade de la Praille, pour 6,8 millions.

On rappellera qu'officiellement, l'Euro2008 coûtera 180 millions aux caisses puibliques, dont 108 millions à la charge des villes et cantons hôtes. Le 17 juillet 2006, un crédit de 10 millions et demi est princièrement accordé par la Confédération aux villes hôtes. Bâle a prévu de débloquer 14,5 millions. Le 7 février dernier, le parlement de la Ville de Zurich a accepté un crédit de 18 millions. Trois jours avant, le parlement de la Ville de Berne a adopté un crédit de 5,5 millions, mais l'exécutif infiniment plus courageux et plus respectueux des droits démocratiques que son homologue cantonal genevois, a décidé de soumettre le crédit au référendum.

L'Association suisse de football (ASF) consacre 12 millions à la préparation et à la promotion de l'événement, et devrait en retour recevoir au moins autant (voire plus) de l'UEFA. Y'a au moins quelqu'un à qui l'Eurofoot rapportera. Il est vrai que l'ADF en a besoin : son exerc ice 2005-6 s'est achevé par un déficit de 1,2 million, et le budget d l'exercice suivant prévoit un déficit de 4 millions, en raison notamment des investissements consentis pour l'Euro2008. Investissements qui seront donc largement compensés par ce que l'UEFA versera ensuite à l'ASF.

L'Euro2008 va attirer huit fois moins de monde à Genève que le Salon de l'auto. Et devrait donc rapporter en gros sept à huit fois moins, soit 4,5 millions de recettes fiscales, pour un produit brut de 60 millions.

Rappelons qu'à Genève ne se dérouleront aucun des matches les plus importants de l'Euro2008, ce qui ne signifie évidemment pas que les nuisances provoquées par la "grande fête du sport" seront réduites par la réduction de l'intérêt des matches, puisque le pire ne sera pas dans le stade, mais à Plainpalais, avec une "*zone tampon" ouverte en permanence, une grande scène prévue pour six concerts, deux écrans géants, une "fan zone"pouvant accueillir 30'000 personnes ("noceurs et supporters", précise innocemment la "Tribune de Genève" du 9 février....

Le match d'ouverture de l'Euro2008 se déroulera le 7 juin à Bâle, ainsi que l'une des demi-finales, et la finale se déroulera à Vienne. La Suisse jouera ses trois premiers matches à Bâle les 7, 11 et 15 juin, mais on ne sait pas encore contre qui (la répartition des équipes dans les quatre groupes du tournoi ne sera connue que le 2 décembre 2007). Les trois autres équipes faisant partie du même groupe que la Suisse joueront leurs premiers matches à Genève.

La répartition des places disponibles dans les stades suisses et autrichiens est amusante (la grande fête du foot, on ne va pas laisser n'importe qui y participer, non mais, on n'est pas au Grand Théâtre) : 38 % des places seront attribuées (vendues ou offertes) par les fédérations nationales, qui les vendront dans leur pays, 14 % par les "partenaires" (sponsors) officiels, 8 % par des entreprises, 3 % aux notables de l'UEFA et à leur invités, 3 % aux "VIP" (politiciens locaux et nationaux, personnalités diverses et variées) et 1 % aux représentants et invités des villes hôtes et propriétaires des stades. Et le public ? Ben... il devra se contenter de 35 % des places disponibles, celles vendues par l'UEFA, et comme il y aura plus de demandes que d'offre (chaque personne pouvant commander jusqu'à quatre billets par match et par jour), il faudra tirer les possesseurs de billets au sort. A Genève, sur les 28'000 places disponibles pour chaque rencontre, seules 8132 seront en vente libre. 750 Genevois (ou présumés tels grâce au code postal figurant sur leur commande de billets) pourront asseoir leurs postérieurs dans la tribune Est du stade, la seule à être ouverte à la vente libre, l'autre tribune étant réservée aux postérieurs des sponsors, de la presse et des "VIP", et les deux virages aux supporters des équipes en lice. Le Conseil d'Etat disposera de quarante invitations par match, et pourra acheter 250 billets, dont il négociera la répartition avec les sponsors locaux. Dans les autres stades suisses accueillant les rencontres de l'Euromachin, les proportions de places attribuées, de places libres et de places réservées sont les mêmes. Commentaire de "La Tribune" : "si l'on n'est ni VIP, ni journaliste, ni mécène, ni supporter d'une équipe en lice, il va falloir sérieusement réseauter auprès des sponsors". Le foot, c'est vraiment un sport populaire.

Le prix officiel des places se situe entre 70 et 880 francs, mais avant même que le vente commence, le marché noir s'organisait et affichait des prix allant de 470 à 4780 francs. Un peu plus d'un million de billets seront vendus, ce qui devrait rapporter 138 millions de francs suisses. Ler 31 mars, 588'716 personnes ou supposées telles (la même personne pouvant passer commande sous deux noms et adresses différents) ont commandé 10'359'177 billets, pour 346'000 places disponibles à la vente avant fin mars (les places attribuées par copinage et celles attribuées par les fédérations le seront plus tard). Une bonne partie de ces commandes venaient d'Allemagne. omme une bonne partie des renforts policiers dont la Suisse aura besoin pour assurer la sécurité autour des stades.

Quant au Conseil fédéral, il s'est dégagé, par la voix de Samuel Schmid, de toute responsabilité dans la fixation du prix des billets. Il est vrai qu'il est déjà responsable de l'explosion du coût de l'Eurofoot pour les caisses publiques (officiellement 180 millions). La vente des billets devrait rapporter 138 millions, soit moins que ce que les collectivités publiques suisses (Confédération, cantons, villes) devront payer pour l'organisation des matches.

Le torchon fiscal brûle entre l'UEFA et les autorités fiscales cantonales bernoises, qui ont l'invrasemblable culot d'exiger de l'UEFA qu'elle s'acquitte de l'impôt à la source sur les primes versées au joueurs étrangers du match Thouse-Arsenal de 2005, en Ligue des Champions. Les associations nationales du foot-pognon (l'ASE en Suisse et la FB autrichienne), qui ne veulent pas payer d'impôt, estiment que les joueurs de foot doivent être au bénéfice d'une exemption fiscale (on se demande pourquoi, puisque les artistes étrangers, eux, doivent payer l'impôt anticipé lorsqu'ils se produisent en Suisse), alors que la Confédération part du principe de l'égalité fiscale entre les footballeurs et les autres, et donc que l'impôt à la source est dû par les premiers.

Les promoteurs de l'Eurofoot à Genève affirment que le machin va rapporter un saladier à l'économie genevoise. A titre de comparaison, le Salon de l'auto, avec ses 750'000 visiteurs, rapporte 32 millions de recettes fiscales en représentant un produit brut de 400 millions. L'Euro2008 va attirer huit fois moins de monde à Genève, soit moins que le Salon du Livre. Et devrait donc rapporter en gros huit fois moins (allez, on vous le laisse à sept fois moins en supposant aventureusement qu'un nombre plus important de visiteurs passeront une nuit à l'hôtel pendant l'euro que pendant le Salon de l'auto). L'Euro2008 devrait donc rapporter 4,5 millions de recettes fiscales, et représenter un produit brut de 60 millions. Ce qui signifie, compte tenu de ce que les collectivités publiques devront débourser, que non seulement ce machin ne rapportera pas un rond aux caisses publiques, mais qu'il leur coûtera plusieurs millions.


PRAILLE : RACKET, MODE D'EMPLOI

Le Stade de la Praille, à défaut d'utilité publique, a trouvé sa vocation : celle d'une sorte de trou noir financier, aspirant tout ce que les caisses publiques situées à proximité peuvent laisser échapper. Dernière entourloupe du genre, qui tient à la fois du racket et du déni de démocratie : le don princier en décembre dernier, par le Conseil du Fonds d'équipement communal (FEC)I sur proposition du Conseil d'Etat (en période de "vaches maigres" budgétaires) de onze millions puisés dans le FEC, sans possibilité de référendum, pour permettre à la Fondation du stade de payer l'ardoise (moins les intérêts, abandonnés par le créancier) laissée auprès de l'entreprise qui a construit ce machin, Zschokke, devenue Implenia. Cette méthode a été proposée par le Conseil d'Etat "rose-vert", soutenu par l'Association des communes (mais en l'absence du représentant de la Ville, et sans que le sujet soit indiqué à l'ordre du jour), et finalement ratifiée par le fonds (également en l'absence du représentant de la Ville et également sans que le sujet soit porté à l'ordre du jour)... Il y a donc de la cohérence dans la démarche des stadolâtres genevois : cela fait bien des années qu'ils pratiquent un "ninisme" assez particulier : "ni souci des finances publiques, ni respect des droits démocratiques", sur fond de politique du fait accompli -et comme ce sont les mêmes qui s'agitent autour de l'Eurofoot2008, il y a fort à parier qu'ils useront des mêmes méthodes pour faire casquer les collectivités publiques à la place des organisateurs, et empêcher les citoyennes et citoyens de se prononcer sur ce financement, comme ils les ont empêché de se prononcer sur la construction du stade, sur son ampleur, et aujourd'hui sur le financement de ses dettes.

"On n'a plus qu'une chose à faire : foncer"

(Mark Muller, Conseiller d'Etat, à propos de l'organisation des à côtés festifs de l'Eurofoot, "Le Matin" du 24 janvier)

... foncer, oui : en direction des caisses publiques, pour y pomper ce qui reste après les avoir déjà vidangées de plusieurs dizaines de millions pour boucher le trou de la Praille.

Pour la bonne bouche, on notera que la décision de pomper onze millions dans le fonds d'équipement communal pour les balancer dans le trou de la Praille a été prise en l'absence du représentant de la Ville, le Conseiller administratif Pierre Muller, qui assure n'avoir pas été informé de l'intention du FEC d'allouer effectivement onze millions au stade, n'avoir pas pris part aux discussions sur le fond, ni au vote final, et ajoute que la question n'a jamais été traitée au Conseil administratif et que rien dans les convocations des réunions de l'Association des communes et du fonds d'équipement communal ne laissait présager qu'on allait y prendre la décision de pomper onze millions dans le fonds. Le président du Fonds d'équipement communal, dans lequel onze millions ont été pompés par la fondation du stade de la Praille, se défend de tout soupçon de coup fourré : "lorsque nous avons voté pour l'attribution de ces 11 millions à la Fondation du stade, il n'y a pas eu d'opposition majeure de la part des communes" explique Claude Etter ("Le Courrier" du 19 janvier)... ben évidemment : elles n'étaient pas informées qu'on allait proposer vider leur caisse commune pour payer les dettes de la fondation, et du coup la Ville était absente lors du vote. Pour éviter les oppositions, évitons de communiquer les propositions. C'est simple comme un vol à la tire. Du coup, le Muller de la Ville accuse le Muller du canton, le Conseil d'Etat et le FEC de s'être livrés à un "tour de passe-passe politique et comptable" en utilisant un fonds de soutien aux investissements d'utilité publique pour payer des dettes, et cela sans avoir annoncé cette proposition à l'ordre du jour de la réunion du comité du FEC (l'Association des communes genevoises usant de la même opacité). Pierre Muller "décerne un carton rouge au Conseil d'Etat pour déni démocratique", et assure que s'il avait été présent lors de la décision du FEC, il aurait voté contre le don à la fondation du Stade. puisque la décision du FEC n'est suceptible d'aucun référendum (un recours au tribunal administratif restant éventuellement possible, s'il y a violation des réglements et des statuts du FEC et/ou de l'ACG), comme d'ailleurs une dénonciation à la Cour des comptes s'il se confirme que le FEC ne peut pas être utilisé pour payer des dettes.

Le président du Fonds d'équipement communal, dans lequel onze millions ont été pompés par la fondation du stade de la Praille, se défend de tout soupçon de coup fourré : "lorsque nous avons voté pour l'attribution de ces 11 millions à la Fondation du stade, il n'y a pas eu d'opposition majeure de la part des communes" explique Claude Etter

("Le Courrier" du 19 janvier)

... ben évidemment : elles n'étaient pas informées qu'on allait proposer vider leur caisse commune pour payer les dettes de la fondation, et du coup la Ville était absente lors du vote. Pour éviter les oppositions, évitons de communiquer les propositions. C'est simple comme un vol à la tire.

Racket et déni de démocratie, donc.

Racket, d'abord : la facture finale de la construction du stade a atteint le double de ce qui était prévu au départ (au moins 117 millions aujourd'hui, contre 68 prévus). Pour tenter de boucher le gouffre ainsi creusé, la fondation du stade a successivement racketté l'Etat, la Ville de Lancy, et maintenant l'ensemble des communes, via le Fonds d'équipement communal (au passage grossi de ressources auparavant restituées aux communes : part sur l'impôt immobilier, part sur l'impôt à la source des frontaliers). On admirera l'exercice : on remplit les caisses d'un organisme intercommunal en vidant celles des communes, pour ensuite vider les caisses de l'organisme en question en payant les factures d'une fondation privée, dans laquelle les collectivités publiques ont déjà englouti plus de 65 millions de francs (46,2 millions pour le canton, 3 millions pour la Ville de Genève, 5 millions pour la Confédération, 6 millions pour la Ville de Lancy, plus 1,3 millions annuels sortis des caisses cantonales pour assurer le fonctionnement de la fondation, incapable de même autofinancer son propre fonctionnement).

Le slogan officiel de l'Euro 2008 (en quatre langues -mais on a remplacé la langue des indiens (le romanche) par celle des cow-boys (l'anglais) sera "L'émotion est au rendez-vous".

L'arnaque aussi.

Pour le directeur général de l'UEFA ("Le Matin" du 25 janvier), ce slogan "met en lumière l'essence même de ce que le tournoi vise à offrir".

Ouais : du pognon pour l'UEFA.

Mais l'exercice ne se limite pas au racket : il atteint au sublime dans le déni de démocratie. Il y a moins de deux ans, en avril 2005, les citoyennes et citoyens de la Ville refusaient, à une majorité écrasante (près de 75 %) que la Ville puisse prêter 2,5 millions à la Fondation du Stade, compte tenu de l'absence à peu près totale d'espoir que ce prêt soit un jour remboursé (Lancy et le canton, qui avaient eux aussi prêté de l'argent à la Fondation, n'ont pas vu la couleur du moindre début de remboursement. C'est le principe du trou noir, la perfection de la constipation : ça avale, ça digère, ça ne relâche rien. On a bien eu un pet -mais il ne venait pas du trou noir : c'était l'édito de la "Tribune" (du 20 janvier), qui applaudissait à la manoeuvre, en affirmant que les communes ont de l'argent "à profusion alors que l'Etat tire le diable par la queue", et voyait dans la méthode utilisée pour boucher le trou de la Praille en ponctionnant un fonds intercommunale un signe "précurseur" de la manière dont le canton entend se décharger de ses charges (sans renoncer à ses compétences). Voilà au moins les communes prévenues.

L'ancien vice-président de l'UEFA, Freddy Rumo, se demande "quelle est la différence entre le mode de fonctionnement de l'UEFA et celui d'une grande entreprise ?"

("Le Temps" du 26 janvier).

Réponse : une grande entreprise paie des impôts et remplit les caisses publiques, l'UEFA vide les caisses publiques et ne paie pas d'impôts.

Or donc, le plus démocratiquement du monde, le "peuple souverain" de la Ville refuse de prêter 2 millions et demi à la Fondation -mais moins de deux ans plus tard, c'est trois millions que la Ville va, non plus prêter, mais donner à cette même Fondation, par l'intermédiaire d'un fonds alimenté pour un tiers par la Ville. Et qui est ponctionné de onze millions, soit du tiers de ses disponibilités totales. A titre sûrement, de coïncidence malheureuse, on puise dans des fonds publics pour éponger une dette privée alors qu'on explique au bon peuple que les collectivités n'ont plus assez d'argent pour maintenir les prestations sociales (et, par exemple, qu'on décide de ne pas indexer les prestations d'assistance en 2007, alors que la loi prévoit une telle indexation). Et pour plus de sécurité, on puise dans les fonds publics en contournant toute possibilité de contrôle démocratique : non seulement le peuple n'aura rien à dire (il n'y a pas de référendum possible contre un don du fonds d'équipement communal, même extorqué dans des conditions dont on dira par euphémisme qu'elles sont plus que douteuses), mais le parlement lui-même n'a rien à dire : il se retrouvera seulement à devoir constater qu'il manque onze millions dans les comptes de l'Etat pour 2006).

Pour le président de l'Association suisse de football, Ralph Zloczower, ("Le Matin" du 25 janvier) l'Euro 2008 en Suisse sera "une expérience inoubliable pour tous les fans de sport".

Et pour les caisses publiques.

Quant au président de l'Association autrichienne de foot, il estime que le slogan "L'émotion est au rendez-vous" s'applique "également aux joueurs et aux entraîneurs (...) et bien sûr aux fans".

Et bien sûr aussi aux contribuables.

Au Conseil municipal de la Ville, la méthode utilisée par les stadolâtres pour boucher le trou de la Praille a fait grand bruit -mais pas grand mal, une majorité (l'Entente plus le PS) ayant admis le fait accompli du racket, cette même majorité ayant déjà admis le fait accompli de la construction, pour un montant final deux fois plus élevé que prévu, d'un stade deux fois plus grand qu'utile et trois fois plus grand que nécessaire. Pour la droite, de toutes façons, c'est la faute à Hediger, tout est de la faute à Hediger : le dépassement du budget, la taille du stade, sa sous-utilisation, et sans doute aussi la multiplication par vingt des dépenses publiques pour l'Eurofoot péar rapport au budget initial, sans parler des hooligans (probablement entraînés par Hediger).

S'inclinant devant le fait accompli du pompage du fonds d'équipement communal pour payer les dettes du stade, et histoire de montrer qu'il n'a pas complètement perdu tout sens critique, le PS de la Ville a fait adopter par le Conseil municipal une motion acratopège (pour un Euro 2008 "adapté à la ville et écocompatible") dont l'adoption (par toute la droite, en sus du PS et des Verts) posait d'autant moins de problèmes que son contenu était insignifiant. Le Conseiller municipal AGT Sébastien Bertrand a résumé la motion socialiste ainsi : elle consiste "à demander aux hooligans de mettre leurs tessons de bouteille dans les containers pour le verre". C'est un résumé injuste. La motion socialiste demandait beaucoup plus. Elle demandait aussi aux hooligans de fabriquer leurs cocktails Molotov avec de l'essence sans plomb.

Et finalement, si le contenu de la motion socialiste était insignifiant, sa forme rhétorique était assez inventive. Et après l'appel à un "Euro2008 écocompatible", on peut donc attendre des socialistes un appel à un "djihad oécuménique" à des "bigs mac's macrobiotiques".

Comment riposter à la méthode utilisée pour ponctionner les caisses publiques sans que le bon peuple n'y puisse rien, et sans même que les représentants des communes en soient informés ? Plusieurs éléments pourraient être constitutifs d'un recours au Tribunal administratif, et d'une dénonciation à la Cour des Comptes :

On notera que les communes qui s'estiment lésées par une décision du FEC (et là, elles le sont toutes, les 45) peuvent recourir auprès du Conseil d'Etat, autorité de surveillance du fonds (art. 4 des statuts du FEC). Mais comme, dans le cas qui nous occupe, le Conseil d'Etat n'est pas seulement complice de la manoeuvre, mais qu'il en est le co-organisateur, on ne peut guère accorder beaucoup de chances de succès auprès d'une autorité de surveillance qui ne surveille guère que les oppositions potentielles à ses manoeuvres.

A ces éléments de possibles démarches auprès du Tribunal administratif s'ajoutent des éléments de dénonciation politique -et là, c'est au représentants des communes qu'il faut s'adresser, puisque ce sont eux qui ont été mis devant le fait accompli d'une ponction dans un fonds d'équipement qu'elles alimentent toutes, et d'une approbation de cette ponction par une association (l'ACG) qui les regroupe toutes. Nous allons donc nous adresser aux Conseiller-e-s administratifs-ives, aux Maires et adjoint-e-s, aux Conseiller-e-s municipaux-ales pour les rendre attentifs au fait qu'ils ont été empêchés d'exercer leurs droits et leurs responsabilités


La Fondation du stade a un nouveau directeur d'exploitation : Olivier Carnazzola, qui sort du Comité international olympique pour s'occuper de l'exploitation de ce qu'il décrit comme un "endroit idyllique pour le sport et pour la culture", et dans lequel il entend faire venir les Genevois pour l'Escalade et pour le Premier Août. On a besoin d'un stade pour ça ? Non, mais on a besoin de faire n'importe quoi dans le stade (y compris ce qu'on fait déjà ailleurs depuis longtemps) pour donner l'impression qu'il sert à quelque chose -disons : à quelque chose d'autre qu'à vidanger les caisses publiques

Euroracket

La méthode utilisée pour boucher le trou de la Praille en puisant dans les fonds publics présage de celle qui sera utilisée pour payer les frais annexes de l'organisation à Genève de trois matches de l'Eurofoot, en 2008 : tout faire pour contourner les droits populaires, user de n'importe quelle méthode, même légale, pour empêcher le lancement d'un référendum. Le Conseiller d'Etat Mark Muller annonce certes qu'un budget devra passer devant le Grand Conseil "cette année", mais minimise les chiffres : "en tenant compte de l'investissement de l'UEFA et, aussi, de celui de la Confédération, on arrivera à une somme nettement inférieure" aux vingt millions déjà annoncés, et même inférieure à 10 millions. Et peu importe si ces crédits n'auront avec les dépenses prévues qu'un rapport symbolique. Le but, clairement exprimé par Mark Muller, c'est "d'éviter le lancement d'un référendum", en présentant la demande de crédits "de manière raisonnable". En clair : on proposera au Grand Conseil un crédit de moins de 20 millions, ou plusieurs crédits de moins de 10 millions (quand ? on sait pas : la commission des finances du parlement n'a encore été saisie d'aucune demande de crédit). Comme ces crédits ne couvriront pas les dépenses, mais que ceux qui les présenteront le savent déjà, on ajoutera ensuite ce qui manque, en contournant le Grand Conseil et le peuple, en puisant dans des fonds ou des dépenses de fonctionnement, ou en représentant, la bouche en coeur, des crédits supplémentaires le plus tard possible C'est exactement ce qui a été fait au niveau fédéral : on a fait voter un budget de 10 millions aux Chambres fédérales, pour annoncer quelques moins plus tard qu'en fait c'est de 200 millions dont a besoin. Le porte-parole du département de Mark Muller annonce que tout sera dévoilé en février. On se réjouit.

Organisatrice de l'Eurofoot, l'UEFA espère en retirer 1,5 milliard de francs de recettes, dont 900 millions de droits TV et 400 millions de sponsoring.

Pour convaincre le parlement fédéral de voter les crédits nécessaires au lancement de l''organisation de l'Eurofoot en Suisse, le Conseiller fédéral Samuel Schmid a commencé par assurer que la contribution publique "ne dépassera pas 10,5 millions de francs". Du coup, pas inquiet du tout, le parlement vote le crédit. L'arrêté fédéral qui résulte du vote précise qu'"aucune contribution ou prestation dépassant celles prévues (...) ne sera accordée par la Confédération". Mais par derrière, et dans le dos (restons polis) de tout le petit monde politique, l'UEFA avait négocié avec l'association suisse de football (ASF) un accord par lequel l'ASF s'engageait à couvrir tous les frais de l'Eurofoot. Comme l'ASF n'a pas les moyens de respecter cet engagement irresponsable, c'est évidemment vers les collectivités publiques qu'on se tourne. Et le 9 décembre 2005, un peu plus de trois ans après avoir assuré que l'Eurofoot ne coûterait que 10,5 millionbs aux collectivités publiques, le Conseiller fédéral Schmid annonce qu'en fait, il leur coûtera 182 millions, près de 18 fois plus qu'annoncé et voté. Prétexte : les dépenses de sécurité. Et la Confédération ne payera que moins de la moitié de ce que les milieux du foot-pognon imposent au caisses publiques : le reste sera à la charge des cantons et des communes, qui n'ont pas été consultés.

Un accord a été trouvé entre l'UEFA et les villes "hôtes" de l'Eurofoot. Un accord signé à Zurich le 23 janvier, et par lequel l'UEFA accorde aux villes en question une aumône (dont elles se disent satisfaites) de 3,3 millions (3,7 millions pour Bâle, qui accueille six matches alors que Berne, Zurich et Genève n'en accueilleront que trois), dont 1 million et demi en nature (contreparties diverses, dont la pose d'écrans géants et l'organisation des parcs à huitres, dits "Fans Zones"). Genève recevra donc 1,2 million pour l'organisation du parc à huîtres de Plainpalais, plus 600'000 de dédommagement pour les prestations des collectivités publiques. Dans les "Fans zones", l'UEFA s'est arrogée le droit de mettre en évidence ses propres sponsors (dix pour l'ensemble de la compétition, pour quatre pour la Suisse). Les villes n'auront le droit d'accorder de l'espace qu'à quatre annonceurs locaux, et encore : pour autant qu'ils ne soient pas concurrents des sponsors officiels. C'est ce que le représentant de Genève, le Conseiller d'Etat, appelle un accord "équilibré" : ce que l'UEFA verse aux villes ne couvre qu'un dixième de ce que les villes auront à payer, alors que les benefs pour l'UEFA se calculent en centaines de millions...

L'UEFA est une formidable machine à pognon : depuis 1992, la Ligue des champions, organisée par l'UEFA, a généré plus de 8 milliards de francs en droits de tous genres, dont 950 millions pour la seule édition 2005/2006. Pour le seul exercice (saison) 2004/2005, l'UEFA (qui détient désormais elle-même les droits d'exploitation de l'Euro, et donc encaissera elle-même ceux de l'Euro2008) a reçu pour 1,15 milliard de francs de recettes. Pour une association à but non lucratif (c'est son statut en droit suisse), c'est pas mal. L'ancien vice-président de l'UEFA, Freddy Rumo, battu en 1990 par Johansson pour la présidence, se demande "quelle est la différence entre le mode de fonctionnement de l'UEFA et celui d'une grande entreprise ?". Réponse : une grande entreprise paie des impôts et remplit les caisses publiques, l'UEFA vide les caisses publiques et ne paie pas d'impôts. Ce qui n'empêche pas son nouveau président, Michel Platini, de déclarer (il est vrai avant d'avoir été élu) : "le football est un jeu (...) c'est la beauté de ce jeu qui l'a rendu populaire. Il ne faut donc pas trop l'ouvrir à des gens qui viennent à lui par intérêt personnel". Et de poursuivre, un tantinet amer : "l'arrivée d'énormément d'argent dans le football a amené des gens qui aiment l'argent et qui veulent changer les règles du football (sans se soucier) de la valeur sociale, philosophique du football, de la notion de fair-play" ("La Tribune de Genève du 12 décembre). Il tombe de quelle planète, Platoche ?

L'UBS sponsorise, à hauteur de 15 millions (une paille sur son bilan) la pose d'écrans géants installés dans 13 à 17 villes de Suisse (plus les quatre villes hôtes) : 15 millions pour assourdir plusieurs milliers de riverains et voisins de ces écrans géants, et réjouir jusqu'à 10'000 personnes (qui payeront entre 10 et 15 balles) dans chacune des 13 à 17 villes victimes, ça va au moins relancer la vente des boules quies pour les uns et de la bière pour les autres. Encore un effet économique positif de l'Eurobeauf, sans doute : les partisans du machin chiffrent à 4 millions la valeur des "retombées promotionnelles indirectes" pour chacune des villes hôtes -qui aura son petit logo de l'Eurofoot et pourra l'utiliser dans ses opérations de promotion, ainsi qu'un clip promotionnel télé de 20 secondes (pas plus, l'espace publicitaire est capté par les sponsors, on va pas le laisser perdre) avant chaque match se déroulant chez elle. S'agissant de Genève, en tous cas, croire que l'Eurofoot sera de la moindre utilité promotionnelle relève de la mystification pure et simple : Genève est d'ores et déjà la ville suisse la plus connue au monde (et le foot n'y est pour rien), et on aura beaucoup de peine à trouver ne serait-ce qu'un taborniau au fin fond du trou du cul du monde qui apprendrait l'existence de Genève à la faveur de l'Eurofoot.

La campagne suisse de promotion touristique pendant l'Euro2008 (budget : 15 millions) aura pour slogan : "Suisse, un plus à découvrir" (pour des centaines d'évadés fiscaux friqués, la découverte est déjà faite. Mais c'est pas un plus, c'est un moins. D'impôts). L'Office fédéral des sports attend entre un million et plus de trois millions de visiteurs étrangers (mais que fait l'UDC ?). Dont la plupart ne viendront que pour le temps d'un match et repartiront sitôt après.


 

"Après les faillites du Servette FC SA et de la société d'exploitation du Stade de Genève SA, la Fondation du Stade de Genève a repris, au premier février 2005, l'exploitation du stade de Genève avec l'appui du canton, ce qui permettra d'atteindre, sur le plan de l'exploitation au sens strict, le petit équilibre à fin 2005 grâce aux nombreux efforts qui ont permis de générer des évènements au Stade de Genève. Une négociation est en cours avec le créancier principal de la fonation du Stade de Genève et ses principaux partenaires pour trouver une solution au manco de financement de l'investissement qui est de CHF 11,5 mio au 30 juin 2005"

(Bilan de législature 2001-2005 présenté par Laurent Moutinot au congrès du PS genevois, le 11 mars -Moutinot était en charge politique du dossier, avant de passer la main à Mark Muller et de reprendre le département de Micheline Spoerri)

... "exploitation au sens strict", "petit équilibre", "manco de financement de l'investissement"... les mots sont choisis. Pour leur effet émollient.

Question écrite : Où en sont les finances du Stade de la Praille ?

Question posée par le Conseiller municipal Jacques Mino (SolidaritéS) au Conseil administratif de la Ville

(NB : une question comparable devrait être posée au Conseil d'Etat par un député PS)

Considérant que la Ville de Genève est toujours partie prenante de la Fondation du Stade de la Praille, je prie le Conseil administratif de bien vouloir remettre au Conseil municipal les informations suivantes :


Coûts : 115,8 millions FS (dont 69,8 millions correspondent au projet initial)

Travaux à terminer : 900'000 FS

Total (provisoire) des charges : 116,7 millions FS

Produits : 99,2 millions FS (dont 38,4 millions provenant des collectivités publiques)

Volume du trou : 17,5 millions FS

Manco : Au moins 10 millions de FS (déduction faites de la TVA et des provisions)

Une faillite de la SA du Servette et de la SA d'exploitation du Stade impliquerait que leurs dettes envers la Fondation du Stade, et donc envers les différentes entités publiques ayant financé le mammouth ne seront vraisemblablement jamais honorées. Le SA du club paie (ou plutôt devait payer, mais n'a jamais payé) un loyer à la SA d'exploitation, qui paie (ou plutôt devait payer) une redevance à la Fondation).

Devisé initialement à 64 millions de FS, le Stade de Genève en a coûté (au 31 décembre 2004) près du double : 116,7 millions. 99,2 millions ont été apportés par les partenaires du " tour de table initial " :

Soit au total 38,4 millions des collectivités publiques


Résumé de la situation de la fondation du Stade de Genève, fin 2004 :

Les fonds propres de la fondation du Stade de Genève (FSG) sont en très grande majorité d'origine publique. Les apports privés sont presque tous liés à des contreparties financières ou en nature, et impliquent des sorties de trésorerie pendant des dizaines d'années :

Quant à la participation de l'Etat de Genève, elle peut être estimée à 46,2 millions de FS, soit le double de ce que la comptabilité de la FSG annonce (22,9 millions). Outre la subvention initiale de 20 millions, l'Etat a accordé toute une série de prestations en nature et des subventions tacites, dont une dotation immobilière, équivalant à des coûts de 23,3 millions, etz engendrant des coûts annuels d'environ 1,3 million, qui correspondent eux aussi à des subventions tacites de l'Etat à la FSG.

A la participation cantonale doivent être ajoutées des participations d'autres collectivités publiques à la construction du Stade de la Praille :

Bref, le financement du Stade a jusqu'à présent essentiellement reposé sur des fonds publics. Et ce sont encore des fonds publics qu'il faudrait mettre à contribution, sur chantage de ces mêmes investisseurs privés (Jelmoli, Crédit Suisse) qui n'ont accordé à la fondation du Stade que des avances de rentes dues (Jelmoli) ou un prêt remboursable (Crédit Suisse) ?

Selon les chiffres de fin 2004, la fondation du stade va devoir rembourser, pendant 60 ans, 70 millions de FS
Créanciers        Montant dû     Motif
******************************************************
CFF               26 millions     Rente de superficie
Crédit Suisse     20 mios         Prêt 
Etat de Genève     4 mios         Avance
                   3,323 mios     Taxe, impôts, émoluments dus
Ville de Lancy     3 mios         Prêt
Zschokke           14,5 mios      Hypothèque légale
                   0,48 mio       Intérêts au 31.12.04
Brighenti         0,05 mio        Convention de délocalisation
Les perspectives financières de la Fondation du Stade de Genève (que cette fondation soit publique ou privée...)

On peut (et l'Inspectorat cantonal des finances l'a fait) évaluer les perspectives financières de la fondation du Stade en prenant comme base le " Business Plan " établi en avril 2003 par la fondation, adressé en mai au Conseil d'Etat et réactualisé en novembre.

Il faut cependant prendre garde au fait que ce " Business plan " ne tient pas compte des charges et des revenus non monétaires et qu'il se fonde sur des éléments qui ont changé (notamment par la disparition de la Société d'exploitation du stade, et donc des redevances qu'elle devait verser à la fondation, mais également par la disparition du Servette d'élite, et donc des revenus qu'il était, en tant qu'équipe " phare " et résidente du stade, supposé générer en jouant à la Praille)

LES CHARGES DE LA FONDATION

Selon l'estimation a minima du plan prévisionnel d'exploitation établi en 2003 par la fondation, ses charges devaient osciller entre 410'300 FS en 2004 et 517'800 FS en 2012, avec une augmentation continue entre les deux.

Mais ce plan ne tient compte que des frais administratifs et de la principale rente de superficie versée aux CFF pour les terrains dont ils sont propriétaires. Le plan prévisionnel omet (sciemment ?) d'intégrer des charges de 2,3 à 2,450 millions par an :

Au total les charges de la fondation ne devraient donc pas totaliser entre 410'300 FS en 2004 et 517'800 FS en 2012, mais entre 2,812 en 2004 et 2,955 millions en 2012, soit quatre fois plus qu'annoncé ! L'ICF doute que la fondation puisse réduire ses charges, celles-ci découlant essentiellement d'amortissements et de conventions. Et ça n'est pas en économisant sur les frais administratifs que la fondation pourra réduire significativement ses charges.

LES REVENUS DE LA FONDATION

Si les charges vont exploser (en quadruplant), les revenus, eux, risquent de fondre, puisque dans le plan prévisionnel d'exploitation, près des trois quarts des revenus provenaient de la société d'exploitation... et qu'il n'y a plus de société d'exploitation.

On pourrait ajouter à ces revenus ceux (revenus différés et revenus locatifs) dont le plan d'exploitation n'a pas tenu compte, mais on devrait en retrancher ceux que la fondation a perdus par la disparition de la société d'exploitation.

La société d'exploitation assurait à la fondation des revenus sous forme de redevances annuelles fixes, de droits d'exploitation fixes, de loyers d'espace fixes, et d'une redevance basée sur la fréquentation du stade (fréquentation estimée à partir de l'hypothèse, désormais caduque, d'un stade utilisé par un Servette FC présent en superleague)

En ne tenant compte ni des revenus différés provenant de la souscription publique, ni des revenus locatifs, ni des revenus différés provenant de la redevance capitalisée de Jelmoli (La Praille SA), mais en tenant compte en revanche des revenus qui devaient provenir de la société d'exploitation, les revenus totaux prévus par le plan prévisionnel d'exploitation allaient de 489'000 FS en 2004 à 891'400 FS en 2012.

Les revenus différés de la souscription publique seraient de 300'000 FS par an, les revenus locatifs iraient de 20'000 FS en 2004 à 97'400 FS en 2012, les revenus différés provenant de la redevance capitalisée (c'est-à-dire de l'avance de loyer) versée par Jelmoli seraient de 654'500 FS par an. Les revenus locatifs sont toutefois dépendant de travaux de rénovation des locaux loués, travaux que la fondation est actuellement incapable de financer.

Les revenus que la fondation tiraient de la société d'exploitation étaient prévus pour être les suivants :

Compte tenu de ces revenus additionnels, mais également de ces revenus précaires, la fondation devrait constater entre 2004 et 2012 un déficit annuel moyen allant de 1,2 ou 1,3 million (en imaginant que les revenus tirés de la défunte société d'exploitation puissent être assurés par une nouvelle société d'exploitation) à 2 millions.

Ce déficit ne pourra vraisemblablement pas être réduit, sauf à imaginer une hausse des revenus impliquant une renégociation des contrats passés avec Jelmoli (La Praille SA) et la conclusion avec une nouvelle société d'exploitation de contrats plus favorables qu'avec l'ancienne

L'ICF doute enfin que la fondation puisse tirer des revenus supplémentaires de la fréquentation du stade ou d'une nouvelle souscription publique. La convention passée avec l'ancienne société d'exploitation prévoyait une redevance de

Dans l'hypothèse où une convention semblable était passée avec une nouvelle société d'exploitation, pour arriver à l'équilibre des comptes de la fondation, il faudrait que le stade de Genève accueille à guichets fermés chaque année pendant neuf ans, entre 2004 et 2012,

Quant à une nouvelle souscription publique, elle est illusoire en l'absence d'un club résidant présent en superleague.

Le stade de la Praille est " un projet pour lequel les finances de la collectivité publique apparaissent pour une fois étonnamment peu mises à contributions, qui est réalisé avec des fonds d'origine privée pour l'essentiel et qui donne des garanties d'exploitation à long terme, garanties dont on n'est pas coutumier dans cette République "

(Michel Halpérin, député libéral, Grand Conseil, 27 mai 1999)
Encore heureux qu'on ne soit pas " coutumier dans cette République " de garanties d'exploitation " à long terme " du genre de celles données par le stade de la Praille : le rapport de l'Inspectorat cantonal des finances, puis celui de la Commission de gestion du Grand Conseil, constatent que l'exploitation du stade ne sera jamais rentable et que les seules " garanties d'exploitation " qui ont pu être confirmées sont d'une part celle de l'exploitation de la crédulité publique, d'autre part celle de l'exploitation de l'incompétence de la majorité politique, enfin celle de l'exploitation des contribuables. Toutes exploitations effectivement " à long terme "

Ce sont donc les caisses publiques, déjà mises à contribution pour plus de 60 millions, qui vont devoir, année après année et pendant 50 ou 60 ans, boucher les trous.

Boucher les trous, et assurer la couverture des besoins en trésorerie de la fondation. Les besoins immédiats (payer les dettes) et les besoins constants (entretenir le monstre).

Car une chose est le déficit (celui du budget, ou celui des comptes), autres choses sont les besoins de trésorerie liés d'une part à la finalisation de la construction du stade (construction qu'on est beaucoup moins pressé d'achever qu'on ne l'était de commencer, pour pouvoir faire annuler l'initiative populaire pour un stade raisonnable en expliquant qu'elle devenait inapplicable puisque précisément les travaux avaient commencé...), et d'autre part à l'exploitation (puisqu'on s'obstine à la croire possible) du stade.

- Au 31 décembre 2003, le déficit de financement de la construction du stade était de 14,5 millions. Il s'y ajoute des impôts et des taxes dus par la FSG pour au moins 3,3 millions, et des intérêts de retard dus à Zschokke SA pour au moins un demi-million. Il pourrait également s'y ajouter un manque à gagner d'au moins 600'000 FS provoqué par la diminution de la redevance due par Jelmoli (La Praille SA).

- Au 31 décembre 2004, le déficit de la construction du stade pourrait donc atteindre, voire dépasser, les 19 millions.

Qui va payer ? Même réponse que précédemment (quand on tient une vache à lait, on la trait) : les collectivités publiques. Ou personne.

- Dans l'hypothèse, désormais caduque, où la société d'exploitation pouvait remplir ses obligations, la fondation aurait eu besoin pour assurer son fonctionnement d'un apport de fonds d'environ trois millions entre 2004 et 2012, compte non tenu des investissements (nouveaux ou de remplacement) à réaliser pendant cette période. Là encore, on ne voit pas d'où cet apport de fonds aurait pu provenir, sinon des collectivités publiques.

- Dans l'hypothèse, désormais avérée, où la fondation devait reprendre l'exploitation du stade, les besoins de trésorerie seraient augmenté de l'équivalent des rentrées perdues du fait de la disparition de la société d'exploitation.

La fondation (encore privée) du stade a donc repris au 1er février l'exploitation du susdit stade. Lequel stade n'aura vraisemblablement plus de club résident capable de le remplir un tant soit peu (et plutôt peu), puisque la société anonyme du Servette a subi le même sort (sous réserve de recours) que la société anonyme d'exploitation du stade.

Cette double défaillance (s'ajoutant à toutes les autres) provoque à la fois des pertes de ressources (réduction du nombre de matches et de spectateurs payants) et un surcroît de dépenses pour la fondation (prise en charge directe des coûts d'exploitation)

Le déficit d'exploitation du stade, tel que budgeté avant la faillite de la société d'exploitation, était déjà de 300'000 FS par an. Mais ce budget sous-estimait les charges (notamment celles de personnel) et surestimait les revenus (en surestimant la fréquentation du stade). Au bout du compte, le déficit annuel d'exploitation du stade devrait atteindre, voire dépasser, les 650'000 FS, et encore : dans une hypothèse optimiste.

- Le stade n'a plus de société d'exploitation

- Le stade n'a plus d'équipe résidente

- Au 31 décembre 2004, le déficit de la construction du stade devrait atteindre, voire dépasser, les 19 millions.

- Le déficit budgétaire de la fondation pourrait atteindre, voire dépasser, 1,8 million par année.

- Le déficit lié à l'exploitation du Stade devrait atteindre, voire dépasser, les 600'000 FS par année.

- Le stade est prévu pour durer 50, voire 60 ans (mais la dette à l'égard du Crédit Suisse 80 ans...)

- Aucune hypothèse réaliste ne prévoit que le stade puisse atteindre un taux de "remplissage" physique (nombre de spectateurs, payants ou non, par rapport au nombre de places offertes) supérieur, en moyenne annuelle, à 50 % (à titre de comparaison, puisque cette comparaison, par ailleurs totalement absurde, est récurrente dans le discours des stadophiles, stadologues et stadomaniques, ce taux est de 90 % pour le Grand Théâtre...)

- Aucune hypothèse réaliste ne prévoit que le stade puisse atteindre un taux de "remplissage" financier (nombre de spectateurs payants par rapport au nombre de places offertes) supérieur, en moyenne annuelle, à 30 % (80 % pour le Grand Théâtre..., si on persiste à faire cette comparaison)

- Tout engagement supplémentaire des collectivités publiques dans le renflouage de ce Titanic (à moins que l'on préfère le Koursk) équivaut donc de toute évidence à un pratique relevevant à la fois du gaspillage de fonds publics et de l'acharnement thérapeutique (maintenir à tout prix un équipement inutile, et dont le seul maintien, à vide et en son état actuel, coûtera au moins trois millions par an. Pendant au moins cinquante ans. Pour rien. Ou moins que rien.

Lorsque stadophiles, stadologues et stadomanes déclarent que "laisser partir le Stade à la vente aux enchères à des privés" équivaut à perdre les millions que les collectivités publiques ont déjà jetés dans le trou de la Praille, non seulement ils se gardent bien de toute (auto)critique sur le gaspillage passé, mais ils se gardent plus encore d'ajouter que, pour les collectivités publiques, "lâcher le stade" aujourd'hui est le seul et unique moyen d'éviter d'avoir à accroître ce gaspillage de plusieurs millions par année pendant encore au moins un demi-siècle.

Les collectivités publiques ont déjà jeté 46 millions dans ce trou. Les citoyens peuvent les contraindre à n'y pas jeter encore des dizaines de millions.

LES SOURCES DE FINANCEMENT DE LA FONDATION DU STADE DE GENÈVE

Le capital de l'actuelle fondation du stade (fondation privée) est composé de dotations en espèces etg de dotations immobilières, mais seules les dotations en espèces du canton, de la Ville et du Crédit Suisse (5000 FS chacun, soit 15'000 FS en tout) figurent dans les comptes de la FSG (la dotation de 5000 du canton est incluse dans le crédit de 20 millions accordé parf le Grand Conseil).

Quant aux dotations immobilières (constitution d'un droit de superficie au profit de la FSG), elles ont été accordées à titre gratuit, et ce beau cadeau n'apparaît pas dans les comptes. Il s'agit pourtant d'une subvention tacite qui peut être estimée à 20 millions (voir plus loin)...

En plus du capital de la fondation, les collectivités publiques ont casqué pour financer la construction du stade :

Toutes ces subventions sont comptabilisées par le Conseil de fondation comme dotations, constitutives du capital de dotation de la fondation, alors qu'elles n'ont été octroyées que pour construire ou équiper le stade.

La fondation a en outre lancé une campagne de souscription publique, qui a rapporté environ 3,6 millions (les membres souscripteurs devenant membres fondateurs du Stade de Genève, et se retrouvant donc aujourd'hui aux côtés des collectivités publiques au nombre des victimes de l'opération.

Aux dotations initiales des collectivités publiques se sont ajoutés des prêts et des avances, de collectivités publiques (qui avaient déjà casqué précédemment) ou de "partenaires" privés, ceux-ci prenant toutefois la précaution de ne pas investir de fonds propres :

On constatera donc que si les collectivités publiques et les souscripteurs privés (le public) ont engagé dans la construction du stade des montants considérables à fonds perdus, les "investisseeurs" privés n'y ont consenti que des prêts ou des avances, remboursables et en échanges de contre-prestations importantes.

L'apport des collectivités publiques dépasse donc largement les 30 millions de dotation initiale à la fondation du stade. Il s'y ajoute les sept millions d'avance cantonale et de prêt lancéen. Il s'y ajoute aussi la valeur de la dotation immobilière, en pleine propriété ou en droit de superficie, accordée par l'Etat, et qui constituent ce que l'Inspectorat cantonal des finances (ICF) considère comme des "subventions tacites" :
D'autres "subventions tacites" s'ajoutent encore à celles constituées par les dotations immobilières :

D'abord, pour l'anecdote, une subvention tacite au Servette FC (ce qui répond d'ailleurs à l'accusation portée contre les collectivités publiques de n'avoir "pas donné un sou au club phare du football genevois), constituée par la mise à disposition gratuite des terrains de Balexert, pour une valeur équivalente à la rente du droit de superficie qui pourrait être demandé.

Ensuite, nombre de subventions tacites à la fondation ou à la défunte société d'exploitation du stade :

A ce stade (si nous osons dire), nous en sommes à 46,2 millions de dotations, aides directes et subventions tacites, pour le seul canton, plus trois millions pour la Ville, cinq millions pour la Confédération et six millions pour Lancy, soit un total (provisoire) de 60,2 millions. Total provisoire, car s'y ajoutent :
Fin 2004, les collectivités publiques ont donc déjà casqué réellement pour la Praille un total de plus de 61,5 millions de FS. A quoi pourraient donc s'ajouter :

" La mise de fonds publique (dans le stade de la Praille) est limitée aux 20 millions que nous avons voté dans cette enceinte voici plus de deux ans et demi et la collectivité publique n'aura plus aucune mise de fonds à effectuer "

(Olivier Vaucher, député libéral, Grand Conseil, 27 mai 1999)
Résultat des courses : la collectivité publique a rallongé de plus de 40 millions la mise de fonds de 20 millions votés par le Grand Conseil. Et on lui demande de remettre la compresse pour 2,5 millions (municipaux), et ensuite pour quelques millions (cantonaux) chaque année pendant soixante ans. Les députés libéraux savent compter -sur les trous de mémoire des citoyens ?
Résumons donc :

En outre

A PROPOS DU BUDGET DE TRÉSORERIE DE LA FONDATION DU STADE

A. Le déficit de financement de la construction du stade

Selon le décompte de construction du stade, au 31 décembre 2003, le déficit de financement de sa construction s'élevait à 14,5 millions, dont 4,4 millions de travaux non engagés.

Pour couvrir ce déficit, la fondation attend de la Ville de Genève qu'elle accorde le prêt de 2,5 millions, sans intérêt et remboursable sur trente ans, voté par le Conseil municipal. On verra le 24 avril si les citoyennes et citoyens de la Ville en pensent

La fondation espère également que Jelmoli (par l'intermédiaire de La Praille SA) acceptera d'augmenter de deux ou trois millions la " redevance capitalisée " déjà versée. Mais Jelmoli veut, en échange, une autorisation de construire des salles de cinéma

La fondation espère enfin un nouveau prêt du Crédit Suisse, de 2,5 millions s'ajoutant aux vingt déjà prêtés.

Cependant, même si tous ces financements étaient obtenus, ils ne totaliseraient au plus que huit millions de francs. Or au 31 décembre 2003, le trou de trésorerie atteignait déjà 14,5 millions.

Et à ces 14,5 millions se sont ajoutés depuis

Au total, l'Inspectorat cantonal des finances estime que le déficit de financement de la construction du Stade " pourrait s'élever jusqu'à F 19 millions " au 31 décembre 2004…

B. Le déficit d'exploitation de la fondation

En se basant sur le plan prévisionnel d'exploitation établi par la fondation elle-même, sur le bilan 2003 de la fondation, et sur l'hypothèse pour le moins optimiste (et désormais caduque) selon laquelle la société d'exploitation (de profundis...) était en mesure d'honorer ses engagements et que le stade disposait d'une équipe résidente (requiescat in pace) évoluant en ligue d'élite), l'Inspectorat cantonal des finances estimait en octobre 2004 que la fondation aura besoin de 2,9 millions de francs d'ici à 2012, rien que pour assurer son propre fonctionnement.

Pour chacune des années entre 2004 et 2012, le déficit de fonctionnement de la fondation dépasse le million (il se situe, au minimum, entre 1,011 et 1,348 million par an)

Ce déficit de fonctionnement aboutit à un manco de trésorerie en tous cas pour les années 2004 et 2005, et à des besoins de trésorerie pour les années 2004 à 2012 se situant entre 250'000 et 464'000 francs par an (ces besoins sont déterminés par les remboursements à effectuer au Crédit Suisse et à la Ville de Lancy, et éventuellement à la Ville si le prêt de 2,5 million soumis au vote populaire est octroyé)

A ce stade (sans jeu de mot), on ne tient pas compte pour évaluer les besoins de trésorerie de la fondation des charges liées à des investissements à réaliser : la fondation n'en a prévu aucun. Or le stade est, en l'état, inutilisable pour toute autre activité que le football, et cette activité ne peut suffire ni à le rentabiliser, ni à le justifier, depuis la faillite du SFC S.A. De nouveaux investissements seront donc nécessaires, et donc de nouveaux besoins de trésorerie à ajouter à ceux déjà cités

La disparition (par faillite) de la société d'exploitation du stade va quant à elle entraîner la perte d'une entrée de 300'000 FS, dus par l'exploitant failli à la fondation au titre du règlement d'une partie du passif (près d'un million FS au 31 décembre 2003) de l'exploitant précédent.

A partir de toutes les hypothèses optimistes sur lesquelles elle a basé son analyse (existence d'une société d'exploitation et d'une équipe résidente, notamment), l'ICF a estimé les besoins de trésorerie (autrement dit : un apport d'argent immédiatement disponible) de la fondation dans une fourchette allant de 734'000 FS en 2005 à 2,845 million en 2012.

Avec la double faillite de la SA du SFC et de la SA d'exploitation, et en restant prudents, il convient de doubler ces chiffres. Et d'y ajouter les investissements à réaliser.

Question : qui va payer ?

Réponse (automatique, instinctive, quasiment pulsionnelle) de la fondation actuelle et de ses supporters privés et publics (partisans de sa transformation en fondation de droit public) : les collectivités (communes et canton).

LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA FONDATION DU STADE, EN CAS DE REPRISE DE L'EXPLOITATION DU STADE

(ce cas correspond à la situation actuelle, après la faillite de la société d'exploitation)

L'Inspectorat cantonal des finances a tenté d'évaluer l'impact d'une reprise de la société d'exploitation par la fondation. " A tenté ", parce qu'il lui manquait des éléments essentiels, notamment un plan prévisionnel d'exploitation, que la société d'exploitation ne lui a pas remis, parce qu'elle n'en avait pas établi.

L'ICF a donc du évaluer l'impact d'une reprise de l'exploitation du stade sur les finances de la fondation , en partant d'une simulation du budget 2005-2007 de la société d'exploitation, simulation élaborée par Aton et fondée sur trois hypothèses, dont deux sont aujourd'hui réalisées, la troisième l'étant très vraisemblablement aussi (voire même dépassée par la réalité)

1. La fondation doit reprendre l'exploitation du club (c'est fait)

2. il n'y a plus de club résident (c'est fait)

3. l'activité du stade est réduite à deux matchs ASF, un concert et des événements privés, par année (c'est encore plus que ce qui est désormais prévu)

La fiabilité du budget 2005-2007 de la société d'exploitation est sérieusement mise en doute par l'Inspectorat cantonal des finances, sur plusieurs points importants, où les dépenses sont sous-estimées, et les revenus sur-estimés :

Bref, conclut l'ICF, les charges de la société d'exploitation sont sous-estimées, les revenus sur-estimés, et par conséquent le déficit sous-estimé.

Pour la période 2005-2007, la fondation devait assumer un déficit annuel se situant, dans la meilleure des hypothèses (avec une société d'exploitation, avec un club résident, avec un stade terminé, utilisable, utilisé et fréquenté), entre 1 million et 1,25 million par an. Avec la disparition de la société d'exploitation et celle du club résident, ce déficit devrait se situer au minimum à 1,76 million. Et cela sans compter un éventuel remboursement des souscripteurs, ni les charges d'entretien du stade, ni de nouvelles charges de personnel. L'ICF conclut donc qu'un déficit de 1,8 million par an est " un minimum ".


" Ce n'est pas l'Etat, même s'il a participé à la Fondation, qui est le propriétaire et le maître d'œuvre du projet. C'est bien la Fondation du stade " (Laurent Moutinot, Conseiller d'Etat ). La Fondation du Stade, c'est-à-dire des intérêts privés, mais garantis par la collectivité. Or un stade est un équipement public et un équipement public devrait être en mains de la collectivité publique.

Après sept ans d'arnaques, de racket, de mensonges, de camouflages et de chantage, les stadolâtres remettent la compresse. Conférence de (com)presse, donc, de Laurent Moutinot, Jean-Pierre Carera (président de la fondation du stade), Laurent Paoliello (représentant de Benedict Hentsch) Alain Rolland (directeur de Jelmoli) et Mark Schipperjin (DAEL), le 4 avril. Pour annoncer quoi ? La même chose que ce qu'ils couinent depuis deux ans : faut que la Ville paye, sinon les " privés " ne payeront pas. Et que si la Ville paie, les privés feront au moins mine de payer. Mais en mettant un gros élastique au pognon pour qu'il revienne, faudrait pas croire qu'il s'agit de mises de fonds propres.

Résumé, donc, de la présentation de la collection de printemps des sparadraps (usagés) à coller sur les dettes de la fondation du stade : les " privés " (Jelmoli, Crédit Suisse, fondation Hippomène) promettent, main sur le cœur -mais cadenas sur le portefeuille- que si les électrices et teurs de la Ville acceptent le crédit de 2,5 millions et demi soumis à votation le 24 avril, eux aussi mettront, chacun, 2 millions et demi. Total : 10 millions. On notera que ça ne suffit pas à payer les dettes, si ça suffit à donner l'impression qu'on s'en préoccupe. On notera aussi que l'enthousiasme des "prêteurs" privés reste pour le moins douteux. On n'investit pas, on prête. Et donc on alourdit la facture à payer chaque année pendant au moins trente ans (il faudra rembourser les prêts, voire payer des intérêts).

" Voici donc un accord qui tombe bien, comme par hasard en pleine campagne (référendaire municipale). Il faut tout de même rappeler que ces partenaires s'étaient déjà engagés en juin 2004 à payer si la Ville le faisait elle aussi. Avant même que le référendum ne soit lancé "

(commentaire -judicieux- de la " Tribune de Genève " relatant la conférence de presse du 5 avril, présentant la collection de sparadraps financiers sur les plaies du stade, " Tribune de Genève " du 6 avril).
Bref, non seulement on nous présente des sparadraps (le total des contributions annoncées, sous forme de chantage, ne couvre qu'une partie des dettes -en gros la moitié-), mais en plus ces sparadraps sont usagés. En décembre 2003 déjà, Laurent Moutinot appelait la Ville à " faire un geste " pour le stade. Un geste, certes, mais lequel ? Un bras d'honneur ?

Un lien se dessine donc entre le besoin subit de Jelmoli d'ouvrir un complexe cinéma dans son centre commercial et le prêt arraché à Jelmoli pour prêter 2,5 millions à une fondation du stade perclue de dette. Un lien ? Mais vous n'y pensez pas, proteste le Conseiller d'Etat Moutinot (mais le représentant de Jelmoli, lui, ne confirme ni n'infirme le lien). Laurent Moutinot affirme : y'a pas de lien. Y peut pas y avoir de lien. Supposer qu'il y ait un lien, c'est rien que de la malveillance. Y'a pas de lien, mais y'a juste une coïncidence : dix jours après la clôture de l'enquête publique (No 1413) sur le complexe cinéma de Jelmoli, Moutinot annonce que le dossier du complexe est " en bonne voie " et Rolland annonce que Jelmoli accorde un prêt à la fondation du stade. Coïncidence que tout cela, donc. Et coïncidence aussi que tout cela se fasse et s'annonce deux semaines avant le vote municipal. On pataugeait déjà dans les dettes, on patauge en plus dans les coïncidences. Comme l'écrit La Tribune de Genève du 5 avril, " voici donc un accord qui tombe bien, comme par hasard en pleine campagne " (référendaire).

" Il n'y a pas de lien absolu entre (la participation financière de Jelmoli au montage bricolé pour tenter de sauver les meubles et payer les dettes du stade) et la demande de Jelmoli (de pouvoir construire un multiplex cinema dans son centre commercial de la Praille). Et Alain Rolland (directeur de Jelmoli) n'aurait jamais eu l'outrecuidance de demander ". Et " Jamais nous n'aurions prêté la main à un tel marché ".

(Laurent Moutinot, conférence de presse du 5 avril, présentant sa collection de sparadraps financiers sur les plaies du stade, " Tribune de Genève " et " Le Courrier " du 6 avril)
" Pas de lien absolu ", donc, entre la demande de Jelmoli de pouvoir coiffer son gâteau de la Praille d'une cerise multiplex, et la supplication de la fondation du stade d'obtenir de Jelmoli 2,5 millions de francs pour payer une partie des dettes du stade. Pas de lien absolu, mais un gros lien relatif. Que Laurent Moutinot confirme d'ailleurs en ajoutant que le dossier du complexe cinéma est... " complexe ", mais qu'il a " bon espoir de le voir avancer ". Avancer tout seul, donc, sans l'aide de personne, vu qu'il n'y a pas de lien, promis, juré... Et on veut bien croire qu'Alain Rolland " n'aurait jamais eu l'outrecuidance " de demander qu'un tel lien soit fait : on ne demande pas l'ouverture d'une porte déjà ouverte... Et on veut bien croire aussi que jamais le Conseil d'Etat n'aurait " prêté la main " à un tel marché : sa main, le Conseil d'Etat ne la prête pas : il la donne ! Avec le poignet et le bras entier.
" Ce prêt sans intérêt sur trente ans est notre dernière contribution pour débloquer une situation attristante pour l'image de Genève "
(Laurent Paoliello, représentant de la Fondation Hippomène, c'est-à-dire de Benedict Hentsch, à la conférence de presse du 5 avril, présentant la collection de sparadraps financiers sur les plaies du stade, " Tribune de Genève " du 6 avril
Il est vrai que les contributions de Hentsch pour débloquer ont été jusqu'à présent assez consistantes. Et que, toujours pour débloquer, d'autres artistes peuvent maintenant prendre le relais : ça fait sept ans qu'on débloque à propos du stade, on peut continuer pendant les soixante ans de la durée de survie, sous respirateur artificiel, du stade. Cela dit, un prêt, même sans intérêt, restant un prêt remboursable, celui de la fondation Hippomène s'ajoute simplement aux dettes de la fondation. Pendant trente ans.

POURQUOI TANT DE HENTSCH ?

Le "parc Gustave et Léonard Hentsch" va-.t-il naître des décombres du stade des Charmilles ? Le Grand Conseil dont encore avaliser un projet de loi du Conseil d'Etat, modifiant les limites de zone, et un protocole d'accord entre la fondation Hippomène, la Ville et le canton doit encore être signé. Quant tout ça sera bouclé, il faudra encore attendre plusieurs mois pour que le parc voie le jour, et deux bonnes anéées pour que les logements promis suivent. Benedict Hentsch assure que 130 logements seront mis sur le marché, dont une quarantaine de logements subventionnés, ce qui paraît insuffisant à la Ville, dont le Conseil municipal a demandé une vingtaine de logements HBM en plus -réponse de Hentsch : c'est trop tard.

Laurent Moutinot déclare, lui, qu'en cas de refus lors du vote municipal le 24 avril, " il faudra tout reprendre avec l'ensemble des partenaires privés et publics ". Et ça tombe bien : " tout reprendre ", c'est précisément ce que nous demandons depuis des années. Et s'il faut aller jusqu'à la faillite de la fondation actuelle (privée) pour " tout reprendre ", eh bien qu'on y aille ! De toutes façons, la faillite d'une structure juridique n'entraîne pas la démolition du stade dont elle est propriétaire...

La Conférence de presse des stadolâtres, le 4 avril (suivie le surlendemain d'une conférence de presse de la tendance masochiste du PS-Ville) a eu au moins un aspect positif : elle a confirmé que lesdits stadolâtres (soutenus par lesdits masochistes) s'apprêtaient, si le vote municipal leur était favorable, à ponctionner chaque année, pendant soixante ans, les finances publiques pour faire " tourner " le stade, qui " n'a que peu de chances de tourner " (sinon en eau de boudin) " sans une aide " publique, a confirmé le Conseiller d'Etat Moutinot -qui s'est bien gardé d'articuler le moindre chiffre, mais l'Inspectorat cantonal des finances l'a fait pour lui : c'est entre 2,5 et 5 millions par années pendant soixante ans, pour couvrir les frais d'entretien du bâti et les déficits d'exploitation. Total sur soixante ans : entre 150 et 300 millions, sous prétexte de ne pas " perdre les soixante millions déjà investis dans le stade ". C'est l'intelligent calcul des stadolâtres : payer 300 millions ce qui en a déjà coûté soixante, et présenter cette arnaque comme une bonne affaire

Le président de la fondation du stade renchérit (si on ose écrire) sur le Conseiller d'Etat : " le stade ne pourra pas équilibrer ses comptes. On peut penser qu'une subvention modérée doit être votée ". Il s'agit là du seul déficit d'exploitation du stade, et la commission de gestion du Grand Conseil évoquait pour combler ce déficit un montant, minimum puisque la situation s'est encore dégradée depuis son rapport, de un à deux millions par année, à sortir des caisses publiques. On peut donc être à peu près certain qu'une subvention pas modérée du tout sera votée, si les Genevois-es de la Ville ne mettent pas fin à ces pitreries le 24 avril. Et pourtant, on aime les pitres. Mais au cirque, pas au stade

" Une telle infrastructure (le stade, donc) n'a que peu de chances de tourner sans une aide ", c'est-à-dire une subvention publique.

(Laurent Moutinot, " Le Matin " du 5 avril 2004

" Le stade ne pourra pas équilibrer ses comptes. On peut penser qu'une subvention modérée doit être votée "

(Jean Pierre Carera, président de la fondation du stade, " Le Matin " du 5 avril)
Selon GHI (6-7 avril), Carera aurait évoqué une subvention " raisonnable de 100'000 francs par an ". GHI a dû oublier des zéros quelque part -pour les retrouver trois lignes plus loin, en se mélangeant les crayons, puisque le même journal (le stade a les soutiens médiatiques qu'il mérite) évoque les " plusieurs dizaines de millions par année de subvention " reçus par le Grand Théâtre -qui en réalité reçoit actuellement une subvention annuelle de 12,7 millions (une seule dizaine, donc, et pas " plusieurs ").
De toutes façons, même avec une " aide ", le stade ne tournera pas -à moins d'une aide massive (mais le Conseiller d'Etat, s'il évoque une subvention " modeste ", se refuse, prudent, à articuler un chiffre). C'est donc le principe de la baratte qui doit s'appliquer : il faut une aide à la crème pour qu'elle tourne en beurre. A la Praille, malgré 60 millions de fonds publics, la crème des gestionnaires n'a tourné qu'à l'aigre. On se félicitera donc que, l'approche du vote municipal aidant, les stadolâtres finissent enfin par avouer " qu'on peut penser " (merci, mais on le pensait déjà...) qu'il s'apprêtent à ponctionner chaque année pendant soixante ans les caisses publiques pour faire " tourner " le stade. Un stade vide, mais tournant. Et pour faire " tourner " les contribuables : en bourriques.

Enfin, toujours lors de la conférence de presse des stadolâtres, le 4 avril, il est annoncé que le Conseil d'Etat présentera un projet de loi prévoyant le changement de statut de la fondation actuelle du stade, de fondation de droit privé en fondation de droit public, avec à la clef une subvention régulière (chiffre évoqué, prudemment : de un ou deux millions de francs). A ce chiffre s'applique la désormais incontestable " loi multiplicatrice de la Praille " : quand un partisan du stade vous donne un chiffre exprimant un coût , multipliez le par deux ou trois : ça a fonctionné pour le coût de la construction, ça a fonctionné pour le volume des apports des collectivités publiques, ça fonctionnera aussi pour le volume des subventions. S'il s'agit d'une rentrée financière, c'est: l'autre loi de la Praille qui s'applique : cette loi impose de diviser le chiffre par deux ou trois s'il s'agit de rentrées financières, par cinq s'il s'agit de fréquentation du stade.. A défaut d'être utile à la collectivité, le stade de la Praille aura au moins fait progresser la science arithmétique. Et l'activisme politique, puisque après le référendum contre le crédit municipal, il nous faudra peut-être lancer (quelque soit le résultat du vote municipal) un référendum contre un projet de loi institutionnalisant le racket, en transformant une fondation de droit privé en fondation de droit public.

En attendant, et en partant de l'hypothèse (et de l'espoir) d'une victoire du NON le 24 avril, que pourrait-il se passer ?

" Qu'adviendra-t-il si, le 24 avril, les citoyens de la Ville refusent de payer ", demande " Le Matin " (5 avril) au Conseiller d'Etat Moutinot; qui répond : " je part de l'idée que la population acceptera. A ce jour, je n'ai pas de plan B ".

Le Conseiller administratif de Lancy Pascal Chobaz lui aussi avouait que la fondation du stade n'avait " pas de plan B " après la faillite du club résident du stade. Personne n'a de plan B. Mais tout le monde a le même plan Q : pomper dans les caisses publiques pour payer les dettes du stade.

Le président de la fondation (de droit privé), Jean-Pierre Carera, explique : " je me verrai dans l'obligation de constater notre insolvabilité et de saisir l'Autorité de surveillance des fondations pour étudier une mise en faillite ". Si cette mise en faillite était décidée, elle devrait aboutir à la totale ouverture des comptes de la fondation, et on saura, enfin, où on en est, et comment on y est arrivé. Autant dire que la faillite de la fondation actuelle ne pourra qu'avoir un effet bénéfique : celui de la transparence.

Avec le risque d'un refus par les citoyennes et yens de la Ville du crédit de 2,5 millions pour le trou de la Praille, "Nous avons une épée de Damoclès au dessus de la tête", s'inquiète le stadolâtre radical Pierre Maudet, découvrant à la fois l'eau tiède et la couleur du cheval blanc d'Henri IV ("Le Courrier" du 2 avril 2005) : Eh oui, les épées de Damoclès, c'est toujours et par définition suspendu au-dessus des têtes. Même vides.

Quant au stade lui-même, il ne sera pas, physiquement, touché par cette faillite, qui n'est que celle d'une structure juridique (d'une entreprise). Le stade sera toujours là, dans son état actuel (pas tout à fait terminé, mais presque tout à fait vide). Sans propriétaire, mais grevé d'une hypothèque dont le titulaire (Zschokke) pourra exiger la mise en vente du stade, aux enchères et au plus offrant (à moins, ce qui est peu vraisemblable, qu'il ne décide de devenir lui-même propriétaire du Titanic, mais on ne voit pas très bien ce qu'il pourrait en faire, dès lors que ce machin est inexploitable et non rentabilisable). Mis aux enchères, le stade pourra donc être racheté par n'importe qui. Y compris d'ailleurs, et peut-être à moindre prix que le montant de l'hypothèque (10 millions et des poussières d'intérêts) détenue par Zschokke, par une collectivité publique, s'il s'en trouve une assez masochiste pour s'en charger, ou par plusieurs collectivités publiques ensemble

" En cas de refus (par les citoyennes et citoyens de la Ville du crédit municipal de 2,5 millions pour payer une partie des dettes du stade), il faudra tout reprendre à zéro avec l'ensemble des partenaires privés et publics "

(Laurent Moutinot, conférence de presse du 5 avril, présentant sa collection de sparadraps financiers sur les plaies du stade, " Tribune de Genève " du 6 avril)
... mais tout reprendre "à zéro", quand on est en dessous de zéro, c'est toujours avancer..

Le Conseil d'Etat a, comme prévisible, adopté, deux semaines avant le vote municipal du 24 avril 2005 sur le crédit de 2,5 millions destiné à combler une (petite) partie du trou financier creusé par la stade de la Praille, un projet de loi visant à transformer l'actuelle fondation de droit privé du stade en fondation de droit public. Autrement dit, de passer d'une fondation privée du trou financier à une fondation publique du gouffre économique. Cette transformation d'une structure juridique en une autre ne changerait rien à la situation actuelle du stade, mais elle institutionnaliserait le racket auquel se livrent depuis sept ans, sur les collectivités publiques, promoteurs et partisans du stade. En réalité, il s'agit de pérenniser la ponction opérée, sur les budgets municipaux et cantonaux, pour maintenir à flot un stade surdimensionné, inadapté à tout autre usage que l'organisation de matches de football, désormais privé d'équipe résidente, et voué, pendant soixante ans, à accumuler déficits d'exploitation et coûts d'entretien.

EXTRAIT DU "POINT DE PRESSE" DU CONSEIL D'ETAT

7 AVRIL 2005

Adoption d'un projet de loi concernant la création de la Fondation pour le Stade de Genève

Le Conseil d'Etat a adopté un projet de loi concernant la création d'une fondation de droit public pour le Stade de Genève. Conscient de l'importance de cette infrastructure pour le canton de Genève, nécessaire pour accueillir de grands événements comme l'EURO 2008, le gouvernement propose de modifier la structure juridique de cet important équipement par la transformation de la fondation de droit privé actuelle en une fondation de droit public.

La Ville de Genève, sous réserve de la votation populaire du 24 avril 2005, a clairement posé comme condition à l'octroi d'un crédit supplémentaire de 2,5 millions de francs, sous la forme d'un prêt, que soit constituée une fondation de droit public en lieu et place de la Fondation du Stade de Genève (FSG)

Cette solution est également préconisée par la motion du Grand Conseil consécutive au rapport de la commission de contrôle de gestion sur le Stade de Genève.

Pour permettre à cette fondation de droit public d'assurer la bonne gestion de cet équipement, le projet de loi prévoit l'allocation d'une subvention à l'infrastructure, annuelle, de 500'000 francs.

L'actuelle fondation du stade étudie toutes les opportunités pour trouver une solution financière afin d'éviter la faillite, et de permettre l'exploitation de son trou, annonce "La Tribune de Genève" du 4 mai, mais si cette étude (attentive) ne débouche sur rien, ou pas assez, "alors en finalité, sans soulution, nous nous dirigerons vers une faillite", avertit Mark Schipperjin, représentant du DAEL au Conseil de fondation du stade. Le directeur de Jelmoli déclare à "la Tribune" que son groupe est "prêt à discuter" et est disposé "à verser une certaine somme si tout le monde en fait de même". Mais c'est qui, au juste "tout le monde" ? Et quelles collectivités publiques vont-elles être appelées à cracher au bassinet ? Et contre quel crédit, émanant de qui, va-t-on devoir (re)lancer un référendum populaire ?

On notera que le projet de loi transformant la fondation privée du stade en fondation de droit public, et lui allouant une subvention régulière (de 500'000 FS par an au début, histoire de pas effaroucher le contribuable, mais sans nul doute d'un ou deux millions par la suite), n'a pas été retiré par le Conseil d'Etat.

"L'institution sportive est entrée dans l'ère de la globalisation criminelle. (...) les oligarchies sportives ne se cachent même plus de collaborer avec des groupes d'intérêts qui ont transformé l'activité sportive en un pur business sans foi ni loi, dominé par l'évangile de la rentabilité, de la razzia, de la domination (...) : "crime organisé des divers trafics de drogues et de produits dopants, y compris sur Internet; crime organisé du blanchiment de l'argent sale et de l'évasion fiscale; crime organisé des ventes, achats et transferts des "esclaves du muscle" par des négriers sans scrupule assistés d'honorables imprésarios; crime organisé des combines, tripatouillages et corruptions en tous genres".

Jean-Marie Brohm, "La loi de la jungle, stade suprême du sport", "Le Monde Diplomatique" juin 2000

Cependant, ce coût officiel ne correspond qu'à une partie du coût effectif du stade ; ces millions ne comprennent pas les aménagements extérieurs (routes d'accès, quais passagers CFF, passerelle d'accès au Grand-Lancy, trottoirs, murs de sécurité, conduites, éclairage, etc...). Il faut donc ajouter au moins 20 millions de coûts supplémentaires au coût proclamé. Et avec tout cela, le stade ne sera pas couvert. Voudra-t-on y mettre un toit que cela coûtera au moins 10 millions, et probablement plusieurs dizaines de millions, de plus...

" Le projet du stade a été surdimensionné, et son financement sousdimensionné " (Christian Ferrazino, Conseiller administratif de la Ville de Genève )

* Communiqué de presse de la Fondation du Stade, 11 novembre 2002 : " Concernant le financement du Stade de Genève, et malgré les divers articles parus dans la presse ces dernières semaines, il n'y a pas de "trou financier" à combler pour terminer le chantier. Le Stade de Genève sera livré à la date prévue et dans le budget prévu initialement pour accueillir les matchs du Servette FC. Sur la base du projet initial, budgété à CHF 68 millions (HT), il a été possible de réaliser des économies sur les adjudications pour un montant de CHF 2,2 millions. Par la suite, diverses améliorations du projet ont été nécessaires pour CHF 1,9 millions. Des mesures de sécurité, liées à la proximité de la Gare de la Praille ont également été intégrées au budget de construction pour un montant de CHF 1,6 millions. Des aménagements et infrastructures complémentaires, nécessaires au confort et à la convivialité d'un stade résolument moderne, font actuellement l'objet d'une recherche de financement complémentaire. Il s'agit de compléter les équipements du Stade afin que toute la population de la région genevoise ait un réel plaisir à venir assister aux différents événements sportifs, musicaux et culturels prévus dans cette nouvelle enceinte. Le montant recherché aujourd'hui par la Fondation du Stade de Genève s'élève à CHF 6 millions. "

Le président de la Fondation du Stade fait mine de découvrir aujourd'hui ce qu'il savait, et que tous les partisans de la construction du stade savaient avec lui, depuis des mois. Et il ajoute : " il n'y a aucune raison pour que nous assumions seuls les coûts ". Eh bien si ! au contraire, il y a toutes les raisons pour que la Fondation privée du Stade et les bénéficiaires privés de l'opération de la Praille en assument les coûts : ce ne sont pas aux collectivités publiques et aux contribuables de payer (dans tous les sens du terme) le prix des inconséquences, des incompétences et des manipulations des investisseurs privés et de leurs porte-pioches politiques, qui affirmaient haut et fort qu'" il n'y aura pas de dépassement de budget "… Le stade est (encore) une entreprise privée, et c'est cette entreprise privée qui est responsable de son propre trou financier. Faire passer une fois de plus les collectivités publiques à la caisse, c'est poursuivre une politique de collectivisation des pertes privées, fort avantageuse pour ceux qui parallèlement privatisent les profits tirés de l'investissement public, mais totalement irresponsable vu l'état des finances publiques. D'autant que le stade, qu'il soit en main d'une fondation privée ou publique, n'est pas et ne sera jamais rentable. Parce qu'il est deux fois trop gros. Et chaque année, on verra donc les pélerins de la Praille se présenter devant les collectivités publique, sébille en main et pleurant famine, pour quémander quelques petits millions supplémentaires, " les derniers, c'est promis, mais il les faut sans quoi Genève perd le fleuron de ses équipements sportifs… "

Prenons donc nos autorités au mot : " Pas d'ouverture du Stade si la sécurité n'est pas assurée ", foi de Robert Cramer), " pas de rallonge budgétaire à la charge du contribuable ", et pas d'autorisation d'exploitation pour le stade si les travaux de sécurisation du site ne sont pas effectués (foi de Laurent Moutinot), " il incombe à la Fondation du Stade de Genève d'assumer les coûts supplémentaires " (foi de Jacques Zulauff, porte-parole des CFF). Et que ceux qui doutent le fassent en silence, puisque par la grâce du Tribunal fédéral, le silence fut le seul droit des citoyens dans cette affaire, jusqu'au référendum municipal de l'été 2004 contre un crédit de 2,5 millions accordé (sous conditions( par la Ville de Genève à la fondation du stade.

Bref : d'un côté la collectivité publique doit mettre à disposition les terrains et les infrastructures, et participer à la construction d'un projet dont seul un élément (le stade) aurait éventuellement pu être d'utilité publique, et de l'autre côté, des intérêts privés (Jelmoli, Canal+) reçoivent de véritables cadeaux sans contrepartie. La collectivité (le contribuable, pour être clair) assume les risques, les privés encaissent les retombées économiques. Et s'il y a déficit, les privés n'y contribuent pas : ce serait encore à la collectivité publique de payer les pots cassés.

Le projet officiel est officiellement financé par la collectivité publique à raison de 61 millions de francs : 31 millions versés à fonds perdus, dont 26 millions pour le stade, et au moins 30 millions sous forme de mise à disposition de terrains. Mais ce qui se justifierait si ce projet n'était qu'un projet d'équipement public, maintenu en mains publiques, au profit de la collectivité, est inacceptable dès lors que ces 61 millions ont été littéralement offerts à une multinationale (Canal +, élément du groupe Vivendi) qui n'a pas plus participé au financement du stade qu'elle n'a couvert les déficits de son exploitation. Et qui s'est empressée de prendre la poudre d'escampette dès qu'elle s'est retrouvée (pour de toutes autres raisons) plongées dans les difficultés financières. Par contre, Canal + avait bel et bien l'intention de prendre la direction de la société d'exploitation, à l'époque où elle pensait y trouver quelque bénéfice. Quant aux autres bénéficiaires de l'opération de la Praille, ce sont le Crédit Suisse et le groupe Jelmoli. Du début à la fin, du haut en bas du projet, on est immergé dans l'économie privée, les sociétés anonymes, la loi du profit et des échanges de paquets d'action.

M Le 9 août 2001, Canal+ a vendu la majorité des parts qu'elle détenait dans le SFC à deux actionnaires suisses, " Golden Lyon " (36 %) et... Jelmoli (15 %). Malgré cette vente, Canal+ restait encore actionnaire majoritaire du SFC, à raison de 44 % des parts du capital action de 2,5 millions (auparavant détenu par C+ à raison de 95 %). Jelmoli se retrouvait par cette opération à la fois détentrice d'une part du Servette et exploitante du centre commercial qu'elle a réussi à faire construire en même temps que le stade ; l'administrateur délégué de Jelmoli, Alain Rolland, se retrouvait au Conseil d'administration du Servette. Un mois plus tard, d'ailleurs, nouveau tour de table (et de passe-passe) : Canal+ garde ses 44 % pour quelque temps, mais annonce qu'il a l'intention de vendre 20 % à Olivier Maus le plus vite possible, et 20 % à Michel Coencas d'ici 2004. Mais la multinationale n'entendait pas, par contre, céder ses 75 % de parts de la société d'exploitation du stade. Quant à Didier Piguet (Golden Lyon), il cédait 30 % des parts du SFC à Coencas, qui devenait donc le deuxième actionnaire (derrière Canal+) du SFC. Octobre 2002 : nouveau " tour de table " : Canal+ dépose 28 % des actions chez un avocat d'affaire, en refourgue 10 % à l'horloger Frank Muller et 5 % à un ancien propriétaire d'une fabrique de cravates, Francisco Vinas. Résultat des courses : plus personne n'est majoritaire, et donc responsable, dans le Conseil d'administration d'une société qui flirte avec la faillite : l'ancien président Coencas détient 30 %, Jelmoli 15 %, 28 % sont en dépôt chez Me Carrard et le reste se répartit entre des actionnaires détenant entre 1 et 10 % des actions… Finalement, début 2004, c'est Marc Roger qui reprend à la fois le Servette et la société d'exploitation du Stade.

Un stade de football (ou un stade " omnisports ") est un équipement public, dont le critère est l'utilité publique. Un tel équipement doit être en mains publiques : les stades français, construits par des municipalités de gauche, auxquels le Conseiller d'Etat Moutinot faisait référence devant le Grand Conseil pour tenter de convaincre la gauche genevoise de soutenir le projet de la Praille, sont des équipements publics municipaux. Ce que ne sera pas le stade de la Praille, en mains privées. Et pour le surplus, " doublé " d'un équipement plus évidemment privé encore : un centre commercial dont, finalement, le stade n'est que le prétexte. La cerise sur le gâteau de béton, ou le ruban autour de la pompe à fric.

Les partisans du projet avaient beau dire que le centre commercial était financé " à 100 % par des fonds privés ", il n'en reste pas moins que le " cadeau " du terrain, cadeau fait par la collectivité aux promoteurs du centre commercial, représentait pour le moins un financement indirect. En échange des 36 millions injectés par Jelmoli pour la construction du stade, Jelmoli a reçu pour son centre commercial un droit de superficie sur un terrain des CFF, et pourra pendant vingt ans ne verser qu'un loyer largement inférieur au prix normal de location du terrain reçu. Bref : Jelmoli ne " contribue " au Stade qu'à raison d'une portion du cadeau que les CFF, c'est-à-dire la collectivité publique, lui a fait.

Ce cadeau est d'ailleurs, pour la gare de la Praille, une amputation d'espace, cela au moment même où l'on tente d'opérer un transfert du trafic des marchandises de la route vers le rail, ne serait-ce que pour éviter que se reproduisent des catastrophes du genre de celles des tunnels du Mont-Blanc et du Saint-Gothard...

Est-il acceptable que la collectivité brade des terrains industriels en faveur d'activités commerciales et administratives ? Est-il acceptable que des terrains publics soient attribués à une multinationale (Canal+, c'est-à-dire Vivendi) et à une chaîne de grands magasins qui ont largement les moyens de s'installer ailleurs ? Est-il acceptable que l'on réduite les possibilités d'extension du trafic ferroviaire de marchandises en même que l'on proclame la nécessité d'en faire une véritable alternative au trafic routier ?

Quant au Crédit Suisse, dont on affirmait qu'il allait " prêter " (et non donner, le prêt devant évidemment lui être remboursé) 20 millions de FS " sans intérêts ", il a reçu en échange des droits publicitaires qu'il aurait normalement dû payer, et qui remplacent avantageusement les intérêts auxquels la banque fait mine d'avoir renoncé...

Finalement, les seuls réels donateurs du projet sont les souscripteurs, c'est-à-dire le public, et les collectivités publiques, c'est-à-dire les contribuables. Les souscriptions allaient de 2000 à 200'000 francs selon la catégorie de sièges, pour 12 ans, et pour un total de 5,85 millions. Elles portaient sur 1062 sièges. Les collectivités publiques, qui se sont engagées à verser 31 millions, ne seront évidemment pas remboursées. Elles devront même ajouter à ces 31 millions les 20 millions d'aménagements supplémentaires qui seront à leur charge. Plus probablement quelques dizaines de millions supplémentaires pour couvrir le stade. Plus très probablement quelques millions supplémentaires à ces suppléments, pour couvrir le déficit du stade. Plus quelques autres millions, en supplément du supplément des suppléments, pour faire correspondre les installations à des normes de sécurité qui vont progressivement devenir de plus en plus strictes, et de plus en plus coûteuses à respecter.

Bref, à la Praille on a creusé un peu pour un stade, beaucoup pour un centre commercial, mais dans tous les cas surtout dans les finances publiques.

Le Conseil d'Etat s'inquiète pour le Stade de Genève

ATS - 25.08.2004, 22:18

GENÈVE - Le Conseil d'Etat genevois s'inquiète de la façon dont le propriétaire du Servette FC, Marc Roger, gère le Stade de Genève. Des problèmes de sécurité ont surgi, notamment lors d'un match entre l'OM et Benfica Lisbonne, et des factures restent impayées.

La Société d'Exploitation du Stade de Genève (SESGE), dont Marc Roger a pris le contrôle au printemps dernier, n'a ainsi toujours pas versé la redevance de 95 000 francs due au 30 juin 2004 à la Fondation du Stade de Genève (FSG). Sans cet argent, la FSG ne se trouve plus en mesure de faire face à ses obligations.

Le Conseil d'Etat genevois a aussi rappelé que le 30 juillet dernier, lors du match opposant le Servette au FC Bâle, l'écran géant installé dans le stade est resté noir car la société prestataire des services audiovisuels n'avait pas été payée par la SESGE.

Depuis la reprise de la SESGE par Marc Roger, plus aucun événement d'importance majeure autre que les matches du Servette FC (SFC) n'a été organisé dans le Stade de Genève. De même, a ajouté le gouvernement genevois, rien n'est fait pour exploiter l'Event Center, pourtant source de revenus pour la SESGE.

Le Conseil d'Etat menace de reprendre les choses en main si la gestion du Stade de Genève continue de se faire à la petite semaine. Il a en tout cas fait savoir mercredi qu'il se réservait le droit d'intervenir si les conditions d'exploitation mises en place ne sont pas respectées.

" Il n'appartient pas à la collectivité publique de se substituer à l'exploitant actuel " (Conseil d'Etat, 25 août).

" Il n'appartient pas à la collectivité publique de se substituer à l'exploitant actuel ", déclare fièrement le gouvernement genevois. A quoi, moins fièrement mais certainement pas moins rationnellement, " l'exploitant actuel ", Marc Roger, se disant " en réalité la principale victime du stade ", répond en rappelant à qui l'aurait oublié : " ce n'est pas moi qui l'ai construit ". Certes : il appartenait à la collectivité publique de se poser avant la construction du stade, puis lors du choix de son exploitant, les questions auxquelles elle se refuse, après, à donner les seules réponses qui vaillent : soit se désengager totalement de ce bourbier, reprendre ses billes et ses fonds, et laisser couler le monstre, soit "reprendre effectivement les choses en main", c'est-à-dire faire passer le stade en propriété directe de la collectivité, et le faire exploiter par une émanation de celle-ci... Incapable de faire l'un ou l'autre, campé dans une posture de soutien aveugle à la fondation du stade, le Conseil d'Etat se condamne (et condamne la collectivité) à contempler le désastre, avant que de se condamner (et de condamner la collectivité) à en payer les conséquences…

Fin août 2004, le double président du Servette et de la Société d'exploitation du Stade déclare, penaud : " nous avons découvert que la dette était encore plus importante que celle qui nous avait été annoncée ", mais assure, faraud : " nous avons été approchés par de très riches Russes établis à Genève ". Les " très riches Russes " manquaient en effet au tableau. On attend les Siciliens et les Colombiens

Le stade n'est ni complètement exploitable, ni rentable, " contrairement aux affirmations de la Fondation " (Marc Roger, 1er septembre)

Le 8 novembre 2004, la Société d'exploitation du stade (SESGE) envoie à la fondation du même stade (FSG) une proposition de règlement du contentieux entre les deux entités (la SESGE doit plus de 100'000 FS de redevance à la FSG, en sus d'une dette de 300'000 FS datant du rachat de la SESGE par Marc Roger, en février 2004. Selon sa proposition de novembre, la SESGE accepte, princièrement, de payer ses dettes mais y met des conditions (le débiteur lambda pourra utilement s'inspirer de la méthode) : rediscussion des contrats liant la SESGE avec Compas (les buvettes), Feldschlossen (la bière), La Praille SA (les loyers) et EVP (les images dans le stade) ; travaux à la charge de la FSG pour terminer le stade (notamment la finition de l' " Event Center " ; renégociation de la redevance due par la SESGE à la FSG (la SESGE propose une redevance fixe de 100'000 FS/an, plus 10 % du chiffre d'affaire annuel si celui-ci dépasse les deux millions, ce qui semble à peu près aussi probable qu'une conversion de George W. Bush au taoïsme) ; prolongation de la concession de la SESGE jusqu'à fin 2007 ; renégociation " en toute bonne foi " (la précision, en effet, s'impose) des termes d'un nouveau contrat entre la SESGE et la FSG...

Nous nous devons de défendre les deniers publics

(Mark Schipperijn, président de la Fondation du Stade et par ailleurs cadre du Département cantonal de l'Aménagement)

Réponse de la Fondation à la Société d'exploitation : " Nous sommes en face de quelqu'un qui n'honore pas ses engagements et pose des conditions supplémentaires pour le faire " (Mark Schipperijn ). La Société, doit des sous à la Fondation (qui en manque, mais en doit aussi à la Société, qui en manque aussi), la Fondation veut ses sous : " Nous n'entrerons pas en matière sur le report de ce qui est dû par contrat à la Fondation " (Schipperijn), soit 464'505,66 FS (au 30 septembre). Et le 11 novembre (jour de l'armistice, pourtant), la FSG adresse un commandement de payer à l'Office des poursuites de Rolle, où réside Marc Roger (poursuivi à titre personnel pour 300'000 FS). Et Schipperijn d'ajouter , tout en proclamant (tardivement) que " nous nous devons de défendre les deniers publics " (qui ça, nous ? la Fondation, dont Schipperijn est président, ou le Département cantonal de l'aménagement, dont le même Schipperijn est l'un des cadres ?) : " la SESGE n'aura bientôt plus le droit d'exploiter " le stade, sans préciser toutefois qui prendra la suite pour exploiter ces arènes inexploitables, sinon à fonds perdus. Si la SESGE ne paie pas, la convention entre elle et la fondation sera " réputée caduque " le 31 janvier 2005.


 

La seule question à se poser est de savoir si Genève a ou non besoin d'un stade -autrement dit de savoir si un stade est ou non un équipement d'utilité publique. Si la réponse à cette question est " oui ", cet équipement public doit être en mains publiques.

L'exemple de la manière dont des collectivités publiques peuvent financer un équipement public, dès lors qu'elles en reconnaissent l'utilité (publique), avait été donné par la Ville de Genève, avec le projet de nouveau musée d'ethnographie (projet qui, lui, eut l'heur d'être soumis au vote populaire) :

La question n'est pas de savoir si les collectivités publiques ont ou non les moyens de " se payer " un stade : elles l'ont, comme elles (ou plutôt elle : la Ville, seule ou presque) ont les moyens de se payer un opéra. Elle est de savoir si un stade est ou non un équipement d'utilité publique. Si oui, les collectivités publiques sont parfaitement légitimées à le financer, comme elles financent l'opéra, mais à la condition qu'elles en soient propriétaires, comme la Ville l'est du Grand Théâtre. Si non, la meilleure chose à faire d'un projet d' " inutilité publique " est de l'abandonner, purement et simplement, à son (triste) sort.

Nous considérons qu'un stade de 15'000 places aurait été à Genève un équipement d'utilité publique. Mais qu'un stade de 30'000 places excède l'utilité publique. Et qu'un centre commercial n'est en rien un équipement d'utilité publique. Les promoteurs, eux, considéraient que la question était dangereuse à poser au peuple. Et les juges ont décidé qu'elle ne lui serait pas posée : le peuple risquait de donner une réponse désagréable… que l'on fit tout pour rendre, au surplus tardive. Le vote municipal sur l'e crédit de 2,5 millions donnera, au moins, aux citoyennes et citoyens de la Ville l'occasion de dire ce qu'ils en pensent…


Le stade de la Praille risque d'être vendu aux enchères : L'entreprise Zschokke, qui ne voit rien venir du remboursement de sa créance de 12 millions à l'encontre de la fondation du Stade de Genève (créance qui correspond aux travaux de fin de construction du mammouth), a fini par perdre un peu patience, et a saisi l'Office des poursuites en décembre 2005 dans le cadre d'une procédure de "réalisation de gage immobilier" permettant aux entreprises et aux artisans de se protéger contre les débiteurs insolvables. Cette procédure peut aboutir à la mise aux enchères publiques du gage, en l'ocurrence le stade, afin de couvrir la créance.

Le 19 janvier 2006, la Fondation du stade a été prévenue par l'Office des poursuites qu'un architecte allait visiter le stade pour constituer un dossier de mise aux enchères.

Mais la fondation, qui ne sait toujours pas comment faire tourner financièrement et remplir humainement son stade, ne veut pas le vendre. Elle prétend toujours pouvoir éponger ses dettes, et assurer une exploitation équilibrée de ce machin superfétatoire et déserté. Elle rêve toujours à un repreneur providentiel, mais le président de la fondation, Jean-Pierre Carera, reconnaît (dans "La Tribune de Genève" du 26 janvier 2006) avoir "peu d'espoir" à ce sujet, et avoir été désagréablement instruit par le fait que "jusqu'à présent les personnes intéressées (à la reprise) du stade ont disparu lorsqu'il s'est agi de fournir des garanties. notamment sur l'origine de l'argent". Autant dire que cette origine était assez duteuse, et qu'à défaut de servir au sport, le stade menaçait de servir au blanchiment d'argent sale. Ne reste donc plus que deux solutions : la cavalerie (des rallonges de crédits bancaires, mais on n'a aucune garantie qu'on pourra les rembourser autrement qu'en obtenant de nouveaux crédits bancaires) ou un nouvel apport de fonds privés (on ne se presse pas au portillon), et surtout publics, mais le résultat du vote municipal d'avril 2005 a jusqu'ici dissuadé les partisans de cette solution -la seule en réalité qui pourrait retarder la mise en vente du stade- de la proposer ouvertement, et de déposer un Grand Conseil une proposition de crédit qui serait immédiatement attaquée par référendum, et aurait toutes les chances d'être balayée par le peuple.

Le directeur romand de Zschokke, François Dieu, veut bien espérer que son débiteur (la fondation) trouve une autre solution que la vente aux enchère, mais "cette année", et pas dans dix ans. En attendant, les intérêts de retard alourdissent la facture : à 5 % l'an sur un principal de 12 millions, ça nous fait du 600'000 par année. Et la dette date de plus de deux ans...

Quant au Conseiller d'Etat (libéral) Mark Muller, il n'a pas seulement hérité de son prédecesseur (socialiste) Laurent Moutinot le dossier pourri du stade, il en a aussi hérité l'obstination à vouloir que ce machin reste contrôlé par les collectivités publiques, même si son exploitation devra être confiée à un privé. Qui en veut ?


A Thoune, le 12 février, Plus de 60 % des votants ont refusé un crédit de 55 millions FS pour la construction d'un nouveau stade dans un nouveau complexe sportif. On comprend de mieux en mieux pourquoi à Genève (invalidation de l'initiative pour un stade raisonnable) et à Meyrin (contournement du référendum pour la rénovation du stade), les stadolâtres ont tout fait pour éviter les votes populaires.


Euro2008 : un joyeux merdier

On est bien content pour eux : l'Association suisse de football et les joueurs de l'équipe nationale ont trouvé un accord sur les primes que les seconds recevront lors de l'Euro. Si la Suisse remportait le titre (faut pas rêver), chaque joueur toucherait 540'000 balles. Si elle arrive en finale (et la perd), le brave joueur touchera encore 430'000 balles, puis, en descendant, 270'000 si la Suisse se fait lourder en demi-finale, 160'000 si elle se fait lourder en quart de finale, et 90'000 si elle échoue au seuil des quarts de finale. Dans les éliminatoires, chaque joueur touche 10'000 balles pour un match nul, 30'000 balles pour une victoire. Et même en cas de défaite, une somme minimale de 20'000 balles pour les trois matches éliminatoires est assurée. Et même les matches de préparation (y'a pas de matches de sélection, puisque la Suisse, co-organisatrice, est qualifiée d'office), les joueurs sont payés (3000 balles pour un match nul, 7000 pour une victoire, et un forfait de 2000 balles par engagement quel que soit le résultat).

Finalement, y'a pas que l'UEFA qui va gagner quelque chose lors de l'Euro 2008.

"Le moteur de l'UEFA, c'est la passion qu'engendre le football" (Philippe Margraff, directeur du marketing au sein de l'UEFA, "Le Temps", 17 novembre)...

Et çui kadit que le moteur de l'UEFA était le pognon, c'est rien qu'un menteur, voilà. Le pognon, c'est pas le moteur de l'UEFA. C'est juste le carburant. Et ça en consomme beaucoup, du carburant, l'UEFA. Mais sans payer, vu que le carburant, il est piqué aux collectivités publiques.

"Le moteur de l'UEFA, c'est la passion qu'engendre le football", déclare le directeur du marketing de l'UEFA, Philippe Margraff ("Le Temps" du 17 novembre). Le moteur peut-être. Mais le carburant, c'est le pognon. Surtout celui que l'UEFA n'a pas à sortir de ses propres caisses, vu qu'elle le pompe dans celles des collectivités publiques.

Lors du Mondial 2006, le Comité d'organisation du Mondial a enregistré un bénéfice net de 90 millions de francs, reversés à la Fédération allemande et à la Ligue professionnelle allemande. Les revenus du Mondial 2006 se sont élevés au total à 222 millions, dont 63 ont été reversés à la FIFA.

L'Euro 2004 a généré des recettes de 1,31 milliard de francs.

Selon un sondage réalisé auprès de 122 grandes sociétés suisses par la société Sport + Markt, seule une sur quatre a, à l'automne 2006, décidé d'utiliser l'Eurofoot à des fins de marketins. Les autres ne sont soit pas intéressées (39 %), soit indécises. Pour l'Euro2008, dix autorisations d'exploiter l'image de la manif (les deux mascottes à la noix, Frik et Flik) ont été vendus à dix sociétés, pour un total d'environ 400 millions. Quatre "supporters nationaux" sont prévus dans chacun des pays organisateurs, mais un seul s'est manifesté en Suisse, l'UBS. Un second était à la mi-novembre sur le point de signer (l'investissement nécessaire serait compris entre 5 et 8 millions).

"L'UEFA se sent très concernés par la protection de l'environnement", selon sa porte-parole, Pascale Voegeli ("Le Temps" du 25 novembre)

... surtout celle de son environnement financier...

Le groupe français d'Arnaud Lagardère a acheté pour 865 millions d'euros (1,4 milliard de francs) la société de marketing et de droits sportifs Sportfive, qui s'occupe (entre autres) de la revente des droits télévisés des matches de l'Euro 2008 dans 50 pays. C'est avec elle que la SSR devra traiter, et payer des centaines de millions (le chiffre de 300 millions est articulé : pour les sortir, la SSR devra tailler dans ses prestations. On s'attend à une floraison de séries américaines pas chères à la place de productions originales) pour diffuser des matches que cinquante autres chaînes captables en Suisse (dont une bonne dizaine par le réseau herzien) diffuseront en même temps que l SSR. Sprtfive gère le marketing de 270 clubs de foot, négocie les droits d'image, recherche des sponsors etc... La firme avait déjà été revendue une première fois, en 2004, à un fonds d'investissement américain et à RTL, pour 560 millions d'euros. En deux ans, sa valeur a donc augmenté de plus de 50 %.

Dans le même temps, on apprend que le club madrilène Real a cédé ses matches pour 1,1 milliard d'euros à la société de production Mediapro, et l'autre club madrilène, l'Atletico a signé avec la Mairie de la capitale espagnole un accord sur la vente de son stade (situé dans une zone qui intéresse les promoteurs immobiliers) pour 350 millions d'euros, ce qui permettrait au club de payer ses dettes et d'acheter de nouveaux joueurs. En 2002, le Real avait vendu ses terrains d'entraînement pour 400 millions d'euros à des promoteurs immobiliers.

Le premier qui dit que le foot professionnel est d'abord une affaire de pognon, ensuite une affaire de pognon, surtout une affaire de pognon et finalement essentiellement une affaire de pognon sera poursuivi pour diffamation. Et relapse.


Rapport sur l'impact économique de l'Euro 2004

Les principaux bénéfices associés à la tenue de la finale de l'Euro 2004 de l'UEFA au Portugal sont (selon l'UEFA) :

Au total, donc, on a d'un côté des investissements (essentiellement publics) de 795 millions d'euros, et de l'autre des retours sur investissement d'un peu moins de 400 millions. En d'autres termes, les investissements n'ont été compensés qu'à moitié, et le Portugal en a été de sa poche pour 400 millions. L'UEFA doit donc expliquer que le Portugal n'y a tout de même rien perdu, car l'Eurofoot lui a permis (ou l'a obligé) de rendre ses infrastructures plus performantes pour d'autres événements, a suscité une expansion économique, a renforcé l'attrait du pays pour des voyageurs potentiels à d'autres occasions, a généré un "bénéfice social" et a développé le sport. Mais dans le même temps où l'UEFA évoque ces bénéfices indirects, elle reconnaît qu'ils ne sont pas "facilemement mesurables et quantifiables", que d'autres événements que l'Eurofoot auraient pu avoir les mêmes effets, et que d'entre ceux que l'UEFA évoque, certains peuvent ne pas se concrétiser "immédiatement".

A propos de l'impact de l'Euro2004 sur le tourisme vers le Portugal, l'UEFA se contente de noter que le nombre de visiteurs étrangers du Portugal s'est accru de 50 % entre 2000 et 2005, que les profits retirés au Portugal du tourisme international ont crû dans la même période de 46 % et se situent dans une fourchette de 83 à 100 millions d'euros. La part de cette croissance qu'on pourrait attribuer à l'impact médiatique de l'Euro 2004 n'est cependant pas précisément évaluée (pour Genève, de toutes façons, cet impact serait à peu près nul, la renommée de la ville -et donc de sa région) étant déjà largement "assise" internationalement, et ne devant rien à des événements du genre de l'Eurofoot).

L'UEFA note par ailleurs qu'un spectateur étranger de l'Euro2004 n'a passé qu'un jour (celui du match) au Portugal. Elle évalue à 64 euros par jour et par personne l'apport financier des visiteurs étrangers du Portugal à la faveur de l'Euro2004, et situe dans une fourchette de 197,5 à 262,3 millions d'euros le volume financier lié à l'ensemble des visiteurs étrangers venus pour l'Euro2004. Une grande partie de ce volume (de 59,3 à 91,5 millions d'euros) représente toutefois le coût du voyage au Portugal, et non des dépenses sur place.

S'agissant des stades construits dans la perspective ou au prétexte de l'Euro 2004, l'UEFA estime qu'il y en a sept dans ce cas : ceux de Braga (30'000 places), de Coimbra (30'000), de l'Algarve (30'000), l'Antas de Porto (50'000), d'Aveiro (30'000), le Luz de Lisbonne (65'000) et le stade José Alvalade. L'Antas et le Luz remplacent des stades plus anciens. Le coût total de ces nouvelles infrastructures et de la rénovation des anciennes a été de 795 millions d'euros (680 liés aux stades eux-mêmes, 115 à d'autres coûts). Ces coûts ont été couverts à 21,1 % par l'Etat, à 45 % par des emprunts bancaires, à 28,5 % par les ressources propres des stades (mais ces ressources dépendent elles-aussi en partie de subventions publiques, notamment municipales) et à 5,4 % d'autres sources.

La construction de nouveaux stades a impliqué directement 17'790 emplois par an, pesant 112,2 millions d'euros, et l'UEFA estime qu'elle a indirectement impliqué 18'360 emplois, pesant 131,5 millions d'euros. L'UEFA estime cependant que moins de la moitié de ces emplois (8030 sur 17'790) et de la masse financière qu'ils représentent (54 millions sur 112,2) sont explicitement dus à l'Euro2004, le reste correspondant donc vraisemblablement à des emplois et une masse financière qui auraient de toutes façons été réalisés puisqu'il aurait de toutes façons fallu entretenir, ou démolir, ou reconstruire, les stades existants.


Le Conseiller municipal radical de Lancy Gilles Augsburger, l'un des opposants à la Maison de la Danse à Lancy, explique qu'il s'y est opposé parce "qu'il manque toujours 12 millions" pour payer le stade de la Praille, et conclut : "Qu'on les trouve avant de lancer d'autres projets" ("Le Temps" du 24 octobre)...

... faire payer à la Maison de la Danse l'imbécilité constitutive du stade, c'est lumineux comme raisonnement politique...

L'Euro2008 "sera le plus beau tournoi de l'histoire", prédit le directeur de l'Euromachin pour l'Autriche, Christian Schmölzer ("Le Temps" du 7 octobre) ... le plus beau tournoi de poker menteur, certainement... Le président du Comité suisse d'organisation de l'Eurofoot, Martin Kallen (un apparatchik de l'UEFA), ne craint en effet pas d'affirmer qu'au plan commercial, son comité est prêt "à 70-80 %", au niveau des concepts et des stratégies à 80 %, et pour l'aspect "opérationnel, infrastructurel (...) à 30-40 %". Y'a que pour payer qu'ils ne sont à 1000 % pas prêts.

L'Euro2008 "sera le plus beau tournoi de l'histoire", prédit le directeur de l'Euromachin pour l'Autriche, Christian Schmölzer ("Le Temps" du 7 octobre)

... le plus beau tournoi de poker menteur, certainement...

Le directeur suisse du même machin, Christian Mutschler, n'est pas en reste, et enfonce résolument une porte ouverte : "L'Euro 08 sera un événement unique" ("Tribune de Genève" du 15 septembre).

Ben oui. Comme l'Euro 04, comme l'Euro 2000, comme les précédents...

Les deux mascottes officielles de l'Euro2008 ont été présentées le 27 septembre et baptisées le 10 octobre. Ceux qui les verront (à supposer que qui que ce soit en Europe puisse y échapper) se demanderont à quoi ont bien servi les six mois de travail et les 4000 heures consacrées par la Warner (les producteurs de dessins animés) à accoucher des deux bestioles tartignolles. Leurs noms devaient être choisis entre trois propositions (toutes basées sur des diminutifs allemands) par les internautes et les clients de Mac Donald. Score final : 36,3 % des suffrages pour "Trix et Flix", 33,7 % pour "Flitz et Bitz", 30 % pour Zagi et Zigi. C'est donc "Trix et Flix" qui gagnent.

Le président de l'Association suisse de football déclare : "Je suis persuadé que ces deux mascottes contribueront à créer l'ambiance. Elles symbolisent parfaitement (l'Autriche et la Suisse) et l'événement" ("Tribune de Genève" du 28 septembre)... ouais... sauf que pour symboliser "parfaitement" l'événement, il n'aurait pas fallu les baptiser "Trix" et "Flix", mais "Fric" et "Flic"...

Rappelant que les seuls frais d'engagement de la seule police neuchâteloise pour le seul club de Xamax a coûté 365'000 balles au canton de Neuchâtel, le ministre neuchâtelois des Finances, le socialiste Jean Studer, estime que "ce n'est pas à la collectivité de payer une telle facture" ("20 Minutes" du 14 septembre).

Message transmis aux socialistes genevois et au ministre genevois (et Vert) des Finances, lorsqu'il s'agira de se prononcer sur une facture 30 fois supérieure pour l'Eurofoot.

A Bâle, l'exécutif a annoncé un budget de 18 millions pour couvrir le coût d'un projet de "boulevards des fans" de 3,2 kilomètres de long. A Genève, en revanche, le délégué cantonal au sport, Michael Kleiner, est prudent : "nous n'avançons encore aucun chiffre" ("Le Temps" du 30 septembre), et l'organisateur des festivités annexes à l'Eurofoot, Frederic Hohl, l'est tout autant : "on est encore en négociation avec l'UEFA". Mais Hohl annonce que les grands écrans de Plainpalais ou du Bout du Monde coûteront, à eux seuls, entre 700'000 francs et un million l'unité. A Genève Tourisme, le responsable de l'Eurofoot, Beat Dreier, est lui aussi très prudent (la menace d'un référendum ne serait-elle pas pour quelque chose dans toute cette prudence ?) et souligne "que de nombreux paramètres doivent être pris en compte dans le calcul du budget, tel que les transports, la sécurité, le marketing etc..." et que donc les investissements restent "à définir".

Rappelons (en passant) que le budget annuel de l'UEFA est de l'ordre du milliard dans les années sans championnat d'Europe, et du double dans les années avec championnat d'Europe. Et que c'est cette association milliardaire qui attend des caisses publiques qu'elles financent la sécurité et les à-côtés festifs de l'Eurofoot... et se contente de dire (ou plutôt de faire croire, en le faisant dire au directeur de l'Eurofoot pour la Suisse, Christian Mutschler) qu'elle "se propose même de participer financièrement". On admire le "même"....

Rappelons (toujours en passant) que les seuls frais d'engagement de la seule police neuchâteloise pour le seul club de Xamax a coûté 365'000 balles au canton -dont le ministre des Finances, le socialiste Jean Studer, estime que "ce n'est pas à la collectivité de payer une telle facture" ("20 Minutes" du 14 septembre). Message transmis aux socialistes genevois et au ministre genevois (et Vert) des Finances, lorsqu'il s'agira de se prononcer sur une facture 30 fois supérieure pour l'Eurofoot.


Or donc, un comité ("Vivement l'Euro 2008") a été créé à l'initiative de l'entraîneur adjoint de l'équipe suisse de foot, Michel Pont, pour soutenir le pompage des finances publiques lors de l'Euro2008 à Genève. "Il s'agit de prolonger la fièvre du football, la passion du sport et le potentiel festif (...) ressentis en Allemagne durant la Coupe du monde", explique l'ancien journaliste de télé Jean-Philippe Rapp. Plus trivialement, il s'agit de faire avaler au bon peuple le coût de l'Euromachin pour Genève (au moins 18 millions, qui seront puisés dans les caisses publiques au moment où au prétexte de leur vacuité, on supprime les allocations de vêtements aux "plus pauvres d'entre les pauvres".

"C'est un rêve de voir l'Euro à Genève. Une partie de mon coeur est dans cette ville"

(Johann Vogel, footballeur, lors de la présentation du comité "Vivement l'Euro 2008")

... on a eu du pot, on a eu un bout du coeur, pas du cerveau...


"Il s'agit de prolonger la fièvre du football" ressentie en Allemagne durant la Coupe du monde"

(Jean-Philippe Rapp, journaliste, lors de la présentation de "Vivement l'Euro 2008", "La Tribune de Genève" du 6 septembre)

... et si on essayait de faire tomber la fièvre plutôt que la prolonger ?


"Vivement l'Euro 2008" veut "Prolonger la vibration du Mondial"

("Le Temps" du 6 septembre).

... y'a plus de piles dans le vibromasseur ?


"Il faut penser à l'immense communion qui, comme en juin dernier durant le Mondial en Allemagne, sous-tendra la manifestation"

Michel Pont, entraîneur adjoint de l'équipe suisse, Michel Pont ("Le Temps" du 6 septembre).

... on ne sait pas trop à quoi peut ressembler une communion qui "sous-tend" une manifestation sportive, ni quel goût peut avoir l'hostie, le pain et le vin, mais on se dit que, décidément, avec la progression de l'analphabétisme religieux (et de l'intégrisme qui va avec), on a les communions qu'on mérite.


Alain Morisod a trouvé à l'Euro2008 une utilité fondamentale "faire connaître un stade sous-utilisé".

("Le Temps" du 6 septembre)

... Rassure-toi Alain, le stade de la Praille est plus que connu, il est même carrément célèbre : au titre de l'un des plus formidables exemples de gabegie financière, de gaspillage des ressources publiques et d'incompétence politique de ces cinquante dernières années à Genève. Et on n'est pas sûr que ce trou gagne encore à être connu.


De mieux en mieux : on se souvient de la lamentable arnaque mise en scène par le Conseil fédéral pour faire avaler aux parlementaires fédéraux l'organisation en Suisse d'une partie de l'Eurofoot 2008, en présentant une facture ridiculement basse (10 millions), puis, après la décision prise, présenter un début de facture réelle 18 fois plus élevée (182 millions au printemps dernier), et taxer les villes et les cantons "hôtes" (et rackettés), dont Genève, sur la base d'un accord signé aveuglément par l'administration fédérale et l'engageant à couvrir, sans limite, tous les surcoûts liés à la sécurité des manifestations. Ces débuts étaient prometteurs, la suite tiendra ces promesses : on se retrouve aujourd'hui avec une intéressante répartition des tâches, résumée ainsi par l'éditorialiste de la "Tribune de Genève" (du 8 août) : "A l'UEFA (Union européenne de football association) le milliard de retombées financières de l'Euro 2008, aux contribuables, la facture des hooligans". Facture à la laquelle on ajoutera toutes celles liées aux opérations parallèles aux matches.

Brillante opération, qui confirme le fonctionnement remarquable de l'UEFA comme pompe à fric : une pompe aspirante d'argent public et refoulante (dans les caisses de l'UEFA, qui va retirer de colossaux bénéfices de l'organisation de l'Eurofoot, notamment en encaissant de considérables droits de télévision et de partenariat publicitaire, mais qui refuse d'assumer les coûts de sécurité des manifestations qu'elle organise, et les fait assumer par des collectivités publiques, en plus de leur laisser assumer les bastringues connexes qu'on impose aux habitants de quartiers sinistrés par leurs dommages collatéraux.

Mais l'UEFA ne s'est pas arrêtée au racket financier, elle y ajoute désormais la revendication de l'exemption fiscale. L'Association suisse de football, partenaire de l'UEFA dans l'organisation de l'Eurofoot, aurait ainsi promis à celle-ci, sans en informer ni les cantons, ni la Confédération, qu'elle n'aurait pas un sou d'impôt à payer sur les primes distribuées aux joueurs des équipes nationales dispurant des matches en Suisse. De quel droit une association privée (l'ASF) engage-t-elle ainsi les collectivités publiques suisses ? Mystère. Mystère d'autant plus épais que la promesse de l'ASF à l'UEFA est totalement contradictoire des lois fédérales et cantonales. De plus, même si elle pouvait être honorée dans le cadre légal (ce qui n'est pas le cas), elle priverait les collectivités publiques (communes, cantons, Confédération) de millions de rentrées fiscales, dans le même temps où on leur demande de sortir des millions pour garantir la sécurité des matches, et assurer les festivités annexes.

Donc, si jamais (on n'en est pas à une manipulation près) l'accord mafieux passé entre la petite famille de l'ASF et la grande famille de l'UEFA était avalé par les autorités politiques fédérales et cantonales, il en coûterait aux collectivités publiques entre 15 et 20 millions de rentrées fiscales perdues. En gros, ce que coûteraient au canton de Genève les matches de l'Eurofoot prévus à la Praille.

Comme on s'en doute, l'UEFA a sauté sur l'occasion et, sans trop se préoccuper de savoir si l'ASF était habilitée à lui faire des promesses d'exemption fiscale, et si ces promesses étaient compatibles avec la loi, est partie du principe que cette proposition allait être la règle, que les joueurs de l'Euro 2008 ne seraient pas imposés à la source sur leurs primes, et qu'ils bénéficieraient donc d'un privilège. Or les lois fédérales et cantonales sont claires : les sportifs, artistes et conférenciers domiciliés à l'étranger et se produisant en Suisse sont imposés à la source, sur toutes les sommes qu'ils perçoivent pour leurs prestations. D'autant qu'en l'occurence ces sommes leurs seraient reversées, via les fédérations nationales, par une organisation (l'UEFA) dont le siège est en Suisse.

Le Service genevois des espaces verts et de l'environnement (SEVE) annonce que la Ville veut "recenser les pigeons"

("Le Matin Bleu" du 9 août)...

... ben c'est déjà fait, par le fisc : c'est la liste des contribuables genevois, appelés à casquer pour l'organisation de l'Eurofoot 2008 et les beuveries annexes, après avoir été appelés à casquer pour la construction du stade de la Praille, puis pour nourrir ce mammouth, puis boucher le trou financier creusé...

Les administrations fiscales cantonales et fédérale ont donc confirmé à l'UEFA, en 2005, que nul ne peut se soustraire à la loi, qu'il n'y a aucune raison que les Rolling Stones soient imposés lorsqu'ils donnent un concert en Suisse et que les stars du foot européens ne le soient pas lorsqu'ils jouent un match pour lequel ils sont payés et primés. Les collectivités publiques tentent aujourd'hui d'établir un minimum de respect du principe de l'égalité devant l'impôt ? L'UEFA s'asseoit dessus. On impose à la source les nettoyeurs frontalières de l'hôpital, mais faut pas toucher aux footballeurs étrangers. Dans la plupart des pays européens, sportifs et artistes venus de l'étranger sont imposés sur le lieu de leurs prestations ? L'UEFA n'en a cure. Lors des "mondiaux" de foot de 1998 et de 2002 les primes verséles aux joueurs ont été imposées ? l'UEFA ne veut pas le savoir. Lors de l'acceptation du crédit d'organisation de l'Eurofoot, le message du Conseil fédéral précisait que les joueurs seraient imposés, et les organisateurs ne l'ont pas contesté ? l'UEFA ne veut plus s'en souvenir.

Faut-il alors s'étonner, ou s'indigner, de la dernière manipulation en date dans ce dossier pourri ? S'en étonner, sûrement pas : la tentative de soustraction fiscale est prévue dans le mode d'emploi de la pompe à fric. S'en indigner, alors ? Pourquoi pas ? Mais c'est un peu tard.

"L'UEFA ne doit pas manquer de bonne foi", déclare la Conseillère nationale libérale Martine Brunschwig Graf, à propos de l'exigence de l'UEFA d'exempter d'impôt les joueurs du Mondial

("La Tribune de Genève" du 9 août)

... si l'UEFA avait autant de bonne foi que de culot, elle siégerait au fonds du puit de la vérité.

Les "politiques" déjà grugés par les organisateurs de l'Eurofoot se sont, tardivement réveillés et jouent aujourd'hui les matamores, histoire de sauver ce qui peut encore l'être auprès de l'opinion publique : le Conseiller d'Etat libéral Mark Muller assure que le référendum qui sera lancé contre les crédits alloués à l'organisation de l'euro ne remettra en cause que les événements connexes, mais pas les matches, et que la "sécurité sera assurée" (aux frais des contribuables, mais pas sur un budget spécifique, ce qui permettra aux larbins de l'UEFA de contourner la sanction poulaire). Le radical Pierre Maudet fait dans le mouvement de menton et dénonce un "amateurisme complet dans la conduite des négociations" lors de l'accord signé en 2002 pour l'organisation de l'Eurofoot. Le même Maudet était de ceux qui voulaient que la Ville de Genève rallonge de 2,5 millions et demi les sommes versées dans le trou de la Praille : à amateur complet, amateur et demi... La Conseillère nationale libérale Martine Brunschwig Graf déclare quant à elle qu'il y a "une loi à respecter dans ce pays" et que ça vaut pour les lois fiscales comme pour les autres, et pour l'UEFA et l'ASF comme pour tout le monde. C'est bien de le rappeler. Le problème, c'est que l'UEFA, l'ASF et les pingouins qui ont négocié l'accord de 2002 se croient précisément au-dessus des lois -et surtout au-dessus de l'exigence de la bonne foi.

Référendum il y aura donc si le crédit alloué à l'organisation de l'Eurofoot à Genève dépasse le million. Et opposition il y aura, de toutes façons, à ce que le budget cantonal, conçu dans la douleur, soit ponctionné. L'Eurofoot, devrait être financé par les organisateurs : la sécurité, notamment. Et si d'aventure le refus des Genevois du racket mis au point par l'UEFA devait inciter les organisateurs de l'Eurofoot à déplacer les matches "genevois" à Berne, Bâle ou Zurich, Genève n'y perdra rien. Même si le secrétaire général de l'Association suisse de football (celle-là même qui a "promis" à l'UEFA que les joueurs de foot seront exemptés d'impôts...) dit ne pas comprendre "que Genève, avec le statut de ville internationale qui est le sien, puisse se discréditer au point de laisser filer l'événement". Admettons que l'ASF soit orfèvre en matière de discrédit, mais signalons-lui tout de même que le statut de ville internationale de Genève a bientôt cinq siècles d'existence et ne doit rien à des "événements" du genre de l'Eurofoot.

"Je ne comprendrais pas que Genève, avec le statut de ville internationale qui est le sien, puisse se discréditer au point de laisser filer (l'Eurofoot)"

(Pierre Gilléron, secrétaire général de l'Association suisse de football, "Le Temps" du 9 août)

... en matière de discrédit, l'ASF est certainement orfèvre, mais pour l'évaluation du statut international de Genève, elle fait plutôt dans la quincaillerie : ce statut ne doit pas grand chose à des exhibitions du genre de l'Eurofoot...

Qu'est-ce que Genève aurait à gagner à l'Eurofoot ? La question se pose, et la réponse s'impose : rien, des nèfles, des clous (ou des crampons) et des emmerdements : presque aucune enquête crédible n'a jamais été réalisée sur l'impact économique mesuré (c'est-à-dire postérieur) d'événements du genre de l'Eurofoot. On n'a que des estimations, des prévisions, des effets d'annonce, qui ne prennent pas en compte les coûts indirects (embouteillages, nuisances sonores, déchets, déprédations etc...) des manifestations, ni le coût des infrastructures, mais surestiment les retombées économiques.

Quant à l'"effet d'image", pour une ville comme Genève, il est nul : Genève est d'ores et déjà la ville de Suisse la plus connue à l'étranger, et une ville connue dans le monde entier pour de toutes raisons que celle d'accueillir éventuellement des matches de foot. Elle ne retirerait rien d'une hypothétique "publicité" que lui ferait l'Eurofoot. Et elle ne retirerait pas grand chose, en termes d'impact économique direct, de la venue des spactateurs des matches : ceux-ci se dérouleront à une période (en juin) où les hôtels sont remplis du fait des sessions annuelles des organisations internationales, les hôtels genevois étant d'ailleurs trop chers pour la très grande majorité des supporters, qui iront se loger en France ou fileront dès les beuveries d'après match cuvées.


Le Conseil des Etats a finalement décidé, le 22 juin, de revenir sur sa position du 19 juin sa position sur le financement public de l'Eurofoot, et a finalement accepté ce qu'il refusait jusqu'alors, c'est-à-dire d'accorder 10,5 millions de plus aux quatre villes hôtes des matches en Suisse -ce qui ne suffit d'ailleurs de loin pas à convrir leurs dépenses prévues. Avec l'explosion du coût de la sauterie footballistique (on est passé entre 2002 et 2005 de 3,5 à 72 millions pour la Confédération, ou 182 millions au total), les quatre villes hôtes (Berne, Bale, Zurich et Genève) vont être mises à contribution dans une proportion imprévue. Elles ont donc réclamé une aide globale de 17 millions, alors qu'elles n'avaient rien dit lorsque le premier crédit bidon de 3,5 millions, bricolé pour ne gêner personne et laisser croire que l'Eurofoot n'allait quasiment rien coûter, avait été mis en consultation. Sur les 17 millions que les villes réclamaient (en plus de ce qui leur avait déjà été accordé), le Conseil national leur en avait accordé 10,5, que le Conseil des Etats leur avait refusé, avant de se résigner à accepter. Il manquera de toutes façons encore 7,5 millions (au moins). La part fédérale passe à 82,5 millions, celles des cantons accueillant des matches à 70,5 millions, celle des autres cantons à 29 millions. 64 millions seront affectés aux seules mesures de sécurité. On puisera donc dans les caisses fédérales pour alimenter les caisses cantonales afin de payer les à-côtés de l'Eurofoot. De toutes façons, ce sont toujours des caisses publiques que l'on va mettre à contribution pour assurer matériellement une manifestation organisée par une structure privée (l'UEFA), qui va en encaisser les bénéfices. Une splendide illustration du précepte : "privatisons les bénéfices, socialisons les pertes", et une raison suffisante pour le référendum qui sera lancé à Genève si le canton s'avise de demander plus d'un million. Le Conseiller fédéral Samuel Schmid a certes assuré que des contrats précis seraient élaborés avec les villes hôtes, et que l'argent ne serait versé aux villes que sur présentation de factures précises, mais comme c'est le même Conseiller fédéral qui avait assuré en 2002 que l'Eurofoot n'allait quasiment rien coûter, on a un peu de peine à la croire. Au Conseil des Etats, le socialiste jurassien Pierre-Alain Gentil, a exprimé sa crainte que le Conseil fédéral entraîne le parlement dans une débâcle, a dénoncé une répartition confuse des charges, et a relevé que les organisateurs (FIFA, UEFA) ne participent que marginalement aux dépenses alors qu'elles se garderont les rentrées. Gentil a résumé ainsi la position des organisateurs : "Vous voulez ces compétitions ? Alors payez-les. Et le pire, c'est que ça marche", et qu'on paie...

"L'Euro 2008 est un joli défi à relever"

(Doris Leuthard, "Le Temps" 10 mai 2006)

... au prix où on va le payer, manquerait plus que le défi soit moche...

... parce qu'après tout ce qui a été révélé sur le merdier du Stade, il ne savent pas encore ? Y'a vraiment des élus qui tombent de la lune...

Une résolution va en outre être proposée au Conseil municipal de la Ville de Genève, par la gauche de la gauche municipale (ni le PS ni les Verts ne l'ont signée), lui enjoignant de refuser par avance toute mise à contribution de la commune pour l'Eurofoot.

Projet de résolution du Conseil municipal de la Ville de Genève

La Ville ne défend et ne finance que le sport pour toutes et pour tous

Considérant que :

Le Conseil municipal décide que :

la Ville de Genève ne contribuera en aucune manière aux dépenses induites par l'organisation des matchs de l'UEFA sur le territoire du canton


D'ici la fin de l'année, le responsable de l'Eurobeauf pour Genève, Michael Kleiner, devrait avoir peaufiné un projet de loi pour le Conseil d'Etat, qui devrait le soumettre au Grand Conseil, qui va certainement l'adopter, sur quoi nous lancerons un référendum.

Le plus gros budget pour le canton va concerner la sécurité hors du stade : fermeture de postes de douane, renforcement du contrôle aérien, surveillance particulière en ville et aux abords du stade, heures supplémentaires que devront effectuer les policiers, à quoi vont s'ajouter des dépenses de promotion publicitairedu canton (qui n'en a pas besoin, vu que Genève, déjà la ville la plus connue de Suisse à l'étranger, ne le sera pas plus parce que trois matches de foot s'y tiendront) et de renforcement des TPG.

Que va payer de son côté l'UEFA ? Des clopinettes : 300'000 francs par match, si le stade correspond à ses exigences (et ce n'est pas encore le cas de la Praille, à qui il manque encore des espaces media). 300'000 francs, ça paie même pas les heures supplémentaires des policiers qui seront mobilisés pour chaque match...

On notera que pour pouvoir se payer les retransmissions des matches à la Praille (devant un stade largement vide, donc), les organisateurs ont prévu un budget de 900'000 francs, couvert entre autres... par la Ville de Lancy. Quand on a pris l'habitude de puiser dans les caisses publiques, y'a pas de raison d'arrêter.

Du côté des partisans du subventionnement public de l'Euro 2008, on continue de prétendre que ce sera tout benef compte tenu des fameuses "retombées économiques" du machin. Mais quand on tente de chiffrer lesdites "retombées économiques", les belles promesses ont tendance à se ternir : ainsi des "retombées" touristiques. Selon une étude de l'institut zurichois (forcément) Rütter+Partner, mandaté par les organisateurs de l'Euro (forcément), l'ASF et l'UEFA, les nuitées provoquées par l'Euro 2008 n'équivaudraient qu'à 4,4 % du total des nuitées de 2005, et moins d'un dixième des visiteurs supplémentaires le seraient poour des raisons directement liées à l'Euro : tous les autres seraient de "vrais touristes" qui n'auraient donc fait que modifier les dates de leurs voyages en Suisse. A Genève, pour l'ensemble des matches prévus, on n'aurait que 62'000 nuitées supplémentaires (soit une quinzaine de millions de francs de chiffre d'affaire -moins que ce coûterait l'Euro 2008 aux caisses publiques genevoises). Une étude de la Banque cantonale de Zurich a d'ailleurs considérablement relativisé l'impact économique de manifestation du genre Eurofoot (l'étude prend comme exemple celui du Mondial) : la contribution du Mondial à la performance économique allemande ne devrait pas dépasser 0,5 % du PIB...

Euro 2008 : on s'achemine vers un joyeux merdier, à mi-chemin de l'expo 02 et du Stade de la Praille (avec quelques ingrédiens de Swissair). Le Maire de Berne, Alexandre Tschäppät, résume : "ce qui se passe est un exemple classique de socialisation des coûts et de privatisation des pertes". Motif de l'ire du Maire : la facture supplémentaire à la charge des villes de Berne, Genève, Bâle et Zurich pour l'organisation de l'Euro 2008 de foot, qui se tiendra (ou devrait se tenir) en Autriche et en Suisse. Le budget a explosé : il est aujourd'hui dix-huit fois supérieur à ce qui avait été annoncé au départ. En réalité, il s'agit moins d'une erreur d'estimation au départ que d'une sous-évaluation délibérée des coûts : il s'agissait de "faire passer la pilule" de la tenue d'une partie de l'Eurofoot en Suisse, et si on avait joué cartes sur tables dès le début (on sortait alors de l'Expo 02 et de son demi-milliard de déficit), il est assez vraisemblable que la candidature de la Suisse à la co-organisation de la coupe n'aurait pas passé la rampe de l'opinion publique : à peu près à l'époque du dépôt de cette candidature, les citoyennes et citoyens bernois refusaient que Berne se portât candidate à l'organisation des Jeux Olympiques de 2010.

L'attribution de l'Euro 2008 de foot à l'Autriche et à la Suisse est "une grande joie pour la Suisse"

(le Conseiller fédéral Samuel Schmid, le 12 décembre 2002, lors de l'attribution de l'Euro 2008)
Le 9 décembre, le même Conseiller fédéral Schmid annonce que l'organisation de la part suisse de l'Euro 2008 coûtera au moins 180 millions aux collectivités publiques suisses, soit 170 millions de plus que prévu, ou 18 fois plus qu'annoncé initialement
... les "grandes joies" sont payantes. Et les grandes douleurs pas forcément muettes.

Le Département fédéral de la Défense (et des sports, l'apparentement sport-armée étant en soi révélateur) a avoué le 8 décembre que le coût d'organisation de la part suisse de la fête à blaireaux dépassera 190 millions, 18 fois plus que ce qui avait été budgété au départ (10,5 millions) ! Le parlement fédéral est invité à accepter que 72 millions soient puisés dans la caisse de la Confédération (qui ne devait en payer que trois et demi), les 120 millions restant étant à la charge des cantons et des villes "hôtes" (c'est le genre de fête où les hôtes sont rackettés), qu'on prive par ailleurs d'une enveloppe promise de 17 millions. Bref, les collectivités publiques sont priées de passer à la caisse pour assurer l'organisation d'une manifestation privée, qui rapportera 1,5 milliards à l'Union européenne de foot (UEFA), et pas un kopek aux cantons et aux villes.

En effet, l'UEFA, réclame des collectivités publiques qu'elles prennent en charge à coups de dizaines de millions l'organisation d'une coupe sportive dont l'UEFA elle-même définit le cadre et encaisse les profits : 900 millions escomptés des seuls droits TV, 400 millions du sponsoring et des licences.

Pour obscurcir le flux du pognon, l'UEFA a confié les droits TV à une société privée (Sportfive), tout en gérant directement le sponsoring (d'entre les sponsors, l'UBS). Objectif : un résultat financier (pour la mafia du foot professionnel, pas pour les collectivités publiques) de 20 % supérieur à celui de 2004, au Portugal. Qui va se partager le pognon ? Les équipes participantes (autour de 200 millions), les fédérations nationales (autour de 400 millions), l'UEFA elle-même, qui se farde en donatrice humanitaire en assurant que quelques dizaines de millions iront à des programmes de "solidarité" (dont le CICR), mais qui ne donne aucune information crédible sur l'affection de ces fonds "solidaires".

"Tout sera mis en place (à l'Euro 2008) pour une grande fête du football" en Suisse

(Martin Jäggi, chef du secteur "sécurité" de l'organisation de l'Eurofoot, "Le Temps" du 19 décembre 2005),
... les fêtes du football étant aux fêtes ce que leur financement est à la rigueur budgétaire, tout est effectivement mis en place pour une grande fête...
Et Jäggi de poursuivre :

"Les quatre villes helvétiques qui accueilleront des matches de l'Euro2008 sont parfaitement préparées à assurer la sécurité d'un événement de cette envergure" et "les quatre commandants des polices concernées préparent des dispositifs adaptés selon la dangerosité des rencontres".

... Même que Genève s'y est entraînée. Lors du G8.

En trois ans, le coût, pour les collectivités publiques, de la footerie européenne a donc été multiplié par 18 -et c'est pas fini. En 2002, le Conseil fédéral annonçait un coût de 10,5 millions. En octobre 2004, le directeur de l'Office fédéral du sport annonçait que la seule sécurité coûtera au moins 20 millions. En décembre 2004, la facture de la "sécurité" passe à 53 millions. En octobre 2005, la Conférence des gouvernements cantonaux annonce une facture globale de 178 millions. En décembre 2005, le Conseiller fédéral Samuel Schmid arrondit la facture à 180 millions, dont 72 millions à la charge de la Confédération, le reste (la majeure partie du total, donc) à la charge des cantons et des communes. Mi-décembre, on en est à 182 millions : 72 millions à la charge de la Confédération, 81,4 millions à celle des cantons et des villes de Bâle, Berne, Genève et Zurich,, 28,7 millions à celle des autres cantons. La seule facture de la sécurité frise les 65 millions, et a été multipliée par six et demi en trois ans...

"Si on ne trouve pas une autre source de financement (que celle qui consiste à puiser dans les caisses publiques), il faudra avoir le courage d'annuler (les) trois rencontres" prévues à Genève lors de l'Eurofoot 2008

(Manuel Tornare, Maire de Genève, "Le Matin" du 18 décembre)
... c'est pas forcément du courage, mais c'est en tous cas de la lucidité.

Cantons et villes sont donc menacés d'un joyeux racket, alors que le contrat d'organisation de l'Euro 2008 a été conclu entre l'Union européenne et l'Association suisse de foot, avec la bénédiction de la Confédération, mais sans que les cantons soient signataires. Le Conseiller d'Etat Mark Muller rappelle que "la Confédération est en première ligne" car "c'est elle qui a donné son aval à la tenue de l'Euro. Les cantons et les villes hôtes n'ont rien eu à dire". Muller rappelle également que ce sont les organisations professionnelles européenne (l'UEFA) et suisse (l'ASF) du foot qui ont voulu que l'Euro 2008 se tienne à moitié en Suisse. Conclusion logique : "il serait normal qu'elles (...) financent" la manifestation qu'elles organisent, et ne contentent pas d'en recevoir les profits.

LE BUDGET "OFFICIEL" DE L'EURO 2008 (état début décembre 2005, en millions FS)
Financement par : La Confédération     les cantons et villes "hôtes"
Stades              10,8                 7,3
Sécurité            25,2                 10,5 (+28,7 des autres cantons)
Direction du projet  7,0                  5,2
Infrastructures 
et transports        4,0                 23,7
Promotion économique, 
tourisme            10.0                 14,7
Projets d'animations 5,0                 12,0
 
Réserve             10,0                  8,0
 
TOTAL :             72,0                81,4 (+ 28,7 des autres cantons)

Selon un sondage commandé par l'Office fédéral du sport, neuf Suisses sur dix se réjouiraient de la tenue d'une partie de l'Euro 2008 en Suisse. Est-ce que neuf Suisses sur dix se réjouiront aussi de payer à la place des organisateurs les frais de cette manifestation ?

Selon une étude commandée par les organisateurs de l'Euro 2008, le chiffre d'affaire dudit Euro serait pour la Suisse de 470 à 545 millions, et les retombées économiques de 280 à 315 millions. Soit moins du tiers de ce que l'UEFA encaissera grâce à l'Eurofoot. Comme l'écrit benoîtement "Le Temps" (du 21 décembre), "L'Euro 2008 est un business". Ah bon ? C'est pas du sport ?

"Je ne suis pas certain que (les) matches (de l'Eurofoot 2008 prévus à Genève) vont renforcer la renommée de Genève"

(Mark Muller, Conseiller d'Etat, "Le Matin" du 18 décembre)
... nous, nous sommes certains que la renommée de Genève ne doit rien au sport-business et au foot pognon...

Pour Genève, la facture se monte, provisoirement à 20 à 25 millions. Sans compter les manifestations "extrasportives" liées à l'Euro. Et le canton renâcle (pour l'instant, il ne fait d'ailleurs que renâcler). Le nouveau patron du département des Constructions, qui a hérité du dossier, Mark Muller, ne fait pas montre d'un enthousiasme débordant. Bref, s'il venait au Conseil d'Etat l'idée baroque de proposer au Grand Conseil de casquer pour cette fête à blaireaux, et au Grand Conseil l'idée rococo d'accepter de casquer, y'aurait du référendum dans l'air. Et le résultat de la votation municipale sur la Praille a quelque peu échaudé les enthousiasmes stadophiles et footballomaniaques de la droite (et d'un morceau de la gauche) : le président du parti libéral, Olivier Jornot, observe que "les gens ont l'impression d'être placés devant le fait accompli et une erreur grave de prévision". Tous n'ont pas été cependant suffisamment instruits par le vote municipal d'avril 2005 : le président du parti radical, Pierre Maudet, chaud partisan du financement public du trou de la Praille, persiste : une "mise de départ" est nécessaire, car "que Genève ne participe pas à l'Euro donnerait une image très provinciale de notre ville". Comme si l'image de Genève à l'extérieur dépendait de l'organisation de deux ou trois matches européens à la Praille...

Genève (son gouvernement, son parlement -ou ses citoyennes et citoyens- peut donc parfaitement refuser de casquer. Si tel était le cas, les matches se dérouleraient simplement ailleurs, là où les pigeons sont d'accord de se laisser plumer et les moutons de se laisser tondre : à Bâle ou à Zurich. Mais le directeur de l'Euro 2008, Martin Kallen, craint un double refus de Genève et de Berne : si reporter les matches d'une ville sur trois autres est possible, reporter les matches de deux villes sur deux autres est "inimaginable", selon Kallen. Ne reste plus qu'aux Genevois et aux Bernois d'avoir de l'imagination pour quatre.

A Genève, c'est l'inénarrable Ramseyer qui avait été nommé responsable de l'organisation du machin. Fin 2004, il avait démissionné (ou avait été démissionné) et remplacé à titre inrimaire par l'ancien chef de la police Laurent Walpen, avant qu'un proche de l'ancien Conseiller fédéral Adolf Ogi prenne la suite, en janvier 2006.

Martin Kallen, organisateur de l'Euro en Suisse, pointe par ailleurs les insuffisances du stade de la Praille pour des compétitions du genre de celle de l'Euro, insuffisances relevées à partir de l'exemple donné lors du match "amical" Angleterre-Argentine de novembre : "la coopération entre les organisateurs et la police n'était pas optimale, les files d'attente bien trop longues, les signaux indiquant le chemin à suivre insuffisants. Les supporters des deux camps ne savaient pas bien quel chemin emprunter", il y avait "des bouchons pour accéder au stade", la gare ferroviaire était fermée et l'accès depuis les arrêts du tram jusqu'aux entrées respectives ne respectait pas la sécurité des piétons...

On s'en fout, comme le dit Martin Jäggi, chef du secteur "sécurité" de l'organisation de l'Eurofoot ("Le Temps" du 19 décembre 2005), "Tout sera mis en place pour une grande fête du football" (les fêtes du football étant aux fêtes ce que leur financement est à la rigueur budgétaire), "les quatre villes helvétiques qui accueilleront des matches de l'Euro2008 sont parfaitement préparées à assurer la sécurité d'un événement de cette envergure" et "les quatre commandants des polices concernées préparent des dispositifs adaptés selon la dangerosité des rencontres". Même que Genève s'y est entraînés. Lors du G8.

"Je ne suis pas certain que nous (ayons) les moyens (d'accueillir des matches de l'Eurofoot 2008). (...) on ne nous a jamais dit qu'il faudrait sortir de l'argent de notre poche. On doit déjà se charger de la sécurité des matches, ce qui coûtera à la ville entre 2 et 3 millions de francs au total"

(André Hediger, Conseiller administratif de la Ville de Genève, responsable du Département des sports et de la sécurité, "Le Temps" du 19 décembre 2005)
... Mieux vaut tarte que jamais : Hediger ayant été l'un des plus chaud partisans de la construction d'un stade qui a coûté des dizaines de millions à la collectivité en général, et des millions à la Ville de Genève en particulier (à l'époque, il ne s'est pas posé la question de savoir si on en avait "les moyens), on se félicitera de sa (tardive lucidité) et on le plaindra de ses trous de mémoire...

Rappel : la charge pour les collectivités publiques de l'organisation de l'Eurofoot 2008 est passée de 10 millions à au moins 182 millions en trois ans - et l'Eurofoot, c'est dans deux ans : les 182 millions aujourd'hui demandés à la Confédération (72,2 millions), aux cantons (28,7 millions) et aux villes (81,4 millions) vont encore faire des petits. L'évènement est organisé par l'Union européenne de football (UEFA), qui entend bien en recevoir les bénéfices sonnants et trébuchants (autour du milliard), mais n'a pas l'intention de dépenser un liard pour cela : "le cahier des charges est très clair, tout ce qui est externe au déroulement du match est du ressort des pouvoirs publics. Point", assène le directeur de la communiation (à sens unique) de l'UEFA, William Gaillard. "Ce qui est externe au déroulement du match", késako ? La sécurité, les transports, le maintien de l'ordre, tout ça quoi... tout ce qu'entraînent les matches organisés par l'UEFA, qui donc se lave les mains et les comptes en banque des conséquences de ce qu'elle organise. Il y a un cahier des charges, il a été négocié entre l'UEFA et la Confédération (ni les cantons ni les villes n'ont eu leur mot à dire, z'ont qu'à payer) et on s'y tient.

"Je pense à la catastrophe financière à laquelle nous avons échappé", a soupiré le Maire de Sion, François Mudry (cité dans "Le Temps" du 27 janvier 2006) , à propos des Jeux Olympiques d'hiver 2006 attribués à Turin et non à Sion, et en pensant à la "catastrophe financière" qui menace les villes et cantons accueillant les matches de l'Eurofoot 2008.

... il a raison de penser à la "catastrophe financière" à laquelle sa ville a échappé, le Maire de Sion. Parce que non seulement Genève n'a pas encore échappé à la catastrophe financière qui barbote au fond du trou de la Praille, mais elle pourrait bien se farcir, avec Berne, Bâle et Zurich (les deux dernières étant consentantes) à celle de l'Eurofoot 2008 (trois matches à la Praille, et quelques dizaines de millions à payer...)

Mais qui sont les abrutis qui ont négocié avec l'UEFA un "cahier des charges" qui laisse les collectivités publiques payer pour une manifestation dont les bénéfices iront dans la poche d'une organisation privée (l'UEFA), faîtière d'autres organisations privées (les fédérations nationales) regroupant des entreprises privées (les clubs transformés en Sociétés anonymes, vu qu'on ne peut pas redistribuer des bénéfices dans une association, et que le sport, pour l'UEFA, c'est d'abord du pognon, ensuite du pognon, et enfin du pognon) ? Qui sont les abrutis qui ont négocié cet accord qui fait payer le public pour remplir les poches du privé ? En 2002, des hauts fonctionnaires fédéraux (des hauts fonctionnaires, pas la secrétaire de service, et donc, derrière les hauts fonctionnaires, leurs directions politiques) ont signé un chèque en blanc à l'UEFA, organisatrice de l'Euro et bénéficiaire de ses retombées financières. Et par ce chèque en blanc signé par la Confédération, celle-ci ne s'est pas contentée de s'engager elle-même à financer sans limite tous les coûts, surcoûts et mauvais coups liés à "la sécurité", mais elle a aussi engagé les cantons et les villes à qui personne n'a demandé leur avis.Quant aux parlementaires fédéraux, on les a fait voter un crédit de 3,5 millions en 2003, alors qu'on savait pertinemment que ces 3,5 millions n'allaient rien couvrir du tout et que les coûts réels de ce à quoi on s'était engagé allaient être des dizaines de fois supérieurs.

"Peut-on imaginer un Euro sans Genève, ville de l'ONU et des institutions internationales", fait mine de se demander le directeur suisse de l'Euro 2008, Christian Mutschler ("Le Matin" du 22 janvier 2006)

... oui, on peut. Et on peut non seulement imaginer l'Euro 2008 sans Genève, mais aussi, et encore plus facilement, Genève sans Euro 2008...

Dans "Le Temps" (du 27 janvier), le Maire de Sion, François Mudry, en arrive à se féliciter de ce que sa ville n'ait pas été choisie pour accueillir les Jeux Olympiques d'hiver 2006 (attribués à Turin) : "je pense à la catastrophe financière à laquelle nous avons échappé", quand "les coûts de sécurité ont été multipliés par dix, voire vingt, depuis le 11 septembre 2001" et que c'était la Ville de Sion qui allait se retrouver responsable d'un déficit éventuel, la Confédération et le canton ne garantissant qu'un montant fixe.

Mais pour les organisateurs de l'Euro, pas de problème, tout baigne, et tant pis si les collectivités publiques suisses devront casquer au moins 18 fois plus que prévu (enfin, prévu : disons plutôt 18 fois plus qu'annoncé, parce que si on avait donné des chiffres crédibles, l'enthousiasme suscité par l'Eurofoot aurait été nettement moins perceptible en Suisse). Y'a un problème ? Pas de panique, "d'ici au coup d'envoi, le problème sera réglé", annonce le président de la fédération suisse de foot, Ralph Zloczower. Tout sera réglé comment ? en puisant dans les caisses publiques. Finalement, le foot-pognon, c'est assez simple : j'organise, tu paie, j'encaisse. A toi les coûts, à moi les bénéfices.

Les surcoûts de l'Euro 2008 (une facture multipliée par 18 pour les collectivités publiques) ? "C'est un problème helvético-suisse", estime le directeur de la communication à l'Union européenne de foot (UEFA), William Gaillard ("La Tribune de Genève" du 24 janvier 2006)

... et les coups de pieds citoyens au cul de la mafia du sport pognon, c'est un problème calabro-sicilien ?

Les villes, les cantons et les politiques (et la presse) se sont réveillés bien tardivement : si l'UEFA est une bande de margoulins et ceux qui ont négocié avec elle au nom de la Confédération, une bande de taborniaux, que dire de ceux qui ont cru que l'organisation de l'Euro2008 pouvait ne coûter aux collectivités publiques toutes ensemble (la confédération, quatre cantons, quatre villes) que 10 millions... soit moins que ce que le Conseil municipal de Meyrin a voté pour rénover son stade municipal ? Et que dire des braiements de joie la presse à l'annonce que la Suisse allait co-organiser la fête à blaireaux de 2008 ?

Or donc, cantons et villes se réveillent (ou font semblant), et demandent aujourd'hui que la Confédération assume ses conneries et n'en reporte pas le coûts sur des collectivités publiques qui n'ont pas été consultées au moment de la signature du "chèque en blanc", et que les grands bénéficiaires de l'Euro 2008 (l'UEFA) en assument au moins une partie des coûts sécuritaires. A Genève, le Conseiller d'Etat en charge du dossier, Mark Muller, proteste de son "approche positive" du débat -lequel débat est précisément le résultat de l'"approche positive" de la Confédération il y a trois ans : une approche un peu plus négative aurait évité qu'on se retrouve en 2006 avec une facture (provisoire) dix-huit fois plus élevée qu'annoncé en 2003. Muller demande, avec ses collègues de Berne et, formellement au moins, de Bâle et de Zurich, que la Confédération soutienne les quatre villes hôtes à hauteur de 17 millions de francs. La Commission parlementaire chargée de l'Euro 2008 mégotte, discute le bout de gras, et propose à la Confédération d'accorder 10,5 millions sur les 17 demandés par les cantons et les villes. Genève demande aussi un "effort" à l'UEFA -dont la disponibilité à un tel effort est d'autant moins évidente qu'elle peut, pour refuser de payer quoi que ce soit, s'appuyer sur les engagements pris par la Confédération en 2003.

Le directeur de l'Eurofoot pour la Suisse, Christian Mutschler, fait mine de se demander si on peut "imaginer un Euro sans Genève, ville de l'ONU et des institutions internationales". Ben si, on peut. On peut imaginer un Euro2008 sans Genève, et Genève sans Euro2008.

Pour Mark Muller, un crédit de neuf à treize millions serait acceptable par le Grand Conseil. Mais si ledit Grand Conseil vote pour cette sauterie un crédit supérieur au coût total d'une votation populaire, soit en gros, pour une votation cantonale, un million, la question du lancement d'un référendum sera non seulement posée, mais aura un début de réponse.

Plutôt positive, la réponse. Et de plus en plus positive au fur et à mesure que le volume du crédit grossira. A un million, le référendum est envisageable. A cinq, il est probable. A dix, il est certain. Et au-delà, on peut d'ores et déjà le donner pour victorieux. Après tout, nous avons lancé, fait aboutir et gagné un référendum sur un crédit de 2 millions et demi pour le stade -alors, un crédit de 10 millions (ou plus) pour que l'UEFA puisse se remplir les poches...

Les conneries continuent ? Le combat contre les conneries aussi...

Pendant ce temps, les sponsors privés suisses et autrichiens de l'Eurofoot se font rares : l'UEFA en prévoyait huit (quatre en Autriche, quatre en Suisse), les organisateurs n'en ont trouvé qu'un (l'UBS). Seuls les grands groupes multinationaux semblent intéressés, dont Coca-Cola, partenaire principal de l'Eurofoot -et à ce titre en mesure d'empêcher que d'autres fabricants de saloperies à bulles (comme l'autrichien Red Bull) ne viennent s'immiscer dans la fête à blaireaux.

Le Conseil fédéral a approuvé le 22 février le versement d'une "avance" (vu le coût total de la plaisanterie, "avance" est le mot) de 3,4 millions pour la préparation de l'Eurofoot 2008. Un crédit de 72 millions est demandé au parlement, pour l'Office fédéral du sport, afin de financer la sécurité des matches et de leurs à-côtés et de faire de la promotion économique et touristique autour de l'Eurobeaufs.

A ces 72 millions puisés dans la caisse fédérale vont s'ajouter les dizaines de millions puisés dans les caisses des cantons et des communes. Plus très vraisemblablement quelques autres dizaines de millions puisés à nouveau dans la caisse fédérale.

Un lecteur avisé de "La Tribune de Genève", David Pataracchia, fait observer dans l'édition du 20 février qu'avec l'argent demandé aux collectivités publiques genevoises pous assurer le déroulement de trois matches de l'Euro 2008 à Genève (c'est à dire pour faire trottiner sur une pelouse 66 personnes pendant quatre heures et demie), on pourrait offrir pendant 35 ans à 10'000 enfants ou 10'000 personnes âgées un abonnement pour la piscine.

Voui. Mais d'abord quand on on aime (le sport professionnel) on ne compte pas.

Ensuite, les gamins ou les vieux dans la piscine, ça permet pas à une mafia du sport pognon de se faire des couilles en or pendant que les collectivités publiques payent l'organisation des festivités.

Enfin, il ne s'agit de permettre à la population de faire du sport, mais de permettre aux sponsors de se faire de la pub.

Alors, les chtis nenfants y zont qu'à faire se faire payer la piscine par leurs parents. Et les chtis vieux y zont qu'à prendre des bains chez eux. S'ils arrivent encore à entrer dans la baignoire.

Toujours dans la rubrique "c'est la collectivité qui paie, c'est les privés qui encaissent", le seul match amical Argentine-Angleterre à la Praille a coûté 18'000 heures supplémentaires à la police genevoise -et donc à la caisse cantonale. A vue de nez, ça doit faire dans le million et demi.

 

Comme annoncé dans la presse (et accompagné de quelques sanglots plus ou moins contenus), nous lancerons donc un référendum contre tout crédit affecté par le canton (ou la Ville) à l'organisation de l'Euro2008 à Genève, à moins que ce crédit ne dépasse pas le million (et qu'on ne nous fasse pas le coup de proposer plusieurs crédits d'un million pour atteindre la somme espérée, parce qu'on est tout à fait capables de faire signer quinze référendums d'un coup...)

Seul un référendum pourra en effet poser au bon peuple la question qui fâche : combien de millions est-on prêt à sortir des caisses publiques pour arroser le foot-pognon, alors que les caisses publiques sont asséchées et qu'on rogne sur les aides sociales ? A quel niveau situe-t-on le montant acceptable d'un cadeau fait aux organisateurs (privés) d'une manifestation dont ils se réservent les bénéfices tout en exigeant que les collectivités publiques en assument les charges ?

Et quand l'Office fédéral du sport nous sort opportunément un sondage qu'il a lui-même commandité, et affirmant que près de 90 % des Suisses (et les Romands plus que les Alémaniques) seraient "en faveur de l'Euro 2008", on se contentera de rappeler qu'on nous clamait la même chose à propos du Stade de la Praille lorsque nous avons lancé le référendum municipal contre le prêt accordé par la Ville à la fondation du stade -et en réalité, plus de 72 % des votants ont refusé ledit prêt. Et on ajoutera que selon le même sondage, 43 % des Alémaniques (et donc au moins un tiers des partisans de l'Euro) et 34 % des Romands (et donc au moins un quart des partisans de l'Euro) pensent qu'il ne servira à rien. Ce qui n'est évidemment pas l'avis de l'UEFA qui compte en retirer un milliard.

Martine Brunschwig Graf (Conseillère nationale libérale) se plaint dans "La Tribune de Genève" (du 18 mars), à propos de la contestation de l'Euro 2008 : "Nous souffrons en Suisse d'un problème répétitif. Les grands événements nous dépassent"...

... et donc nous feignons d'en être les organisateurs...

Le coût total de l'Euro 2008 pour les collectvités publiques est, pour l'instant (pas de panique, ça va grimper !) de 182 millions de FS : 72 pour la Confe, 81 pour les cantons et les villes "hôtes", 29 pour les autres cantons. Le budget de la sécurité atteint à lui seul 64 millions (soit sept fois plus que le total du budget initial...), dont près de la moitié à la charge des villes et des cantons, et 35,7 millions à la charge de la Confédération.

Genève est appelée à claquer 20,4 millions. Mark Muller est prêt à en claquer treize. C'est douze de trop, et de toutes façons, entre ce que Muller est déjà prêt à claquer et ce que la Confédération est prête à avancer, il manque encore sept millions. Muller a pris sa sébille et est parti à Berne le 16 mars quémander des sous. Il a arraché 2,6 millions, et s'est vu refuser 1,8 million de plus (la majorité du Conseil national ayant refusé de donner ce "coup de pouce" aux cantons et aux villes, qu'acceptaient les socialistes). Du coup, Muller revient avec un manco de 4,8 millions, s'il s'en tient au plafond de 13 millions à sortir des caisses cantonales pour financer les à-côtés de l'Eurofoot, ou de 7,8 millions s'il abaisse ce plafond à 10 millions comme il l'a déclaré en réponse à l'annonce d'un référendum.

"Un refus en votation populaire (des crédits cantonaux de soutien à l'organisation de l'Eurofoot 2008 à Genève) risque d'empêcher Genève de profiter de l'impact extraordinaire de l'Euro 2008"

(Mark Muller, Conseiller d'Etat libéral, "20 Minutes" du 17 mars)

... c'est fou ce que les libéraux sont prompts à sortir du pognon des caisses publiques (en déficit d'un demi-milliard) quand il s'agit de le refiler aux privés. Mais il a raison Muller : un refus en votation populaire des crédits destinés à l'Eurofoot risque d'empêcher Genève de profiter de "l'impact extraordinaire" des canettes de bière lancées par les supporters bourrés dans les vitrines de commerçants...

Le Conseil national était appelé le 16 mars à voter un crédit de 72 millions pour l'Euro, crédit comportant une petite "rallonge" de 10,6 millions aux cantons pour couvrir les surcoûts en matière de sécurité, ou de 17 millions pour les quatre cantons et ville hôte, et 10,6 millions pour l'engagement de l'armée (sans qu'on sache précisément à quoi va correpondre cet engagement). Les Verts demandaient le renvoi du projet de crédit au Conseil fédéral, avec mandat de faire cracher les organisateurs (UEFA et ASF) au bassinet. Peine perdue : la droite a fait bloc, la plupart des socialistes se sont dégonflés erguant du fait accompli (la piquette est tirée, il faut la boire) et finalement, le Conseil national s'est prononcé pour un crédit de 82,5 millions, en augmentant de 10,5 millions la somme proposée par le Conseil fédéral pour la sécurité. La "rallonge" fédérale comprend aussi un crédit de 10,8 millions pour l'aménagement des stades, alors que la même somme avait déjà été votée une première fois en 1998, une seconde fois en 2000, sans être utilisée.

"Si Genève se bat pour que Berne débloque (pléonasme) un crédit de 17 millions pour aider les villes à organiser l'Eurofoot, c'est pour "organiser une grande fête", explique Mark Muller ("Le Matin" du 13 février).

... quel genre de fête : une escalade des gapillages, un carnaval des animaux ou la fête à neuneu ? Peu importe, au fond. Nous aussi, on veut lui faire sa fête, à l'Euro2008...

Au total, l'Euro2008 coûtera au moins 182 millions, dont la plus grande partie (100 millions) sera prise en charge par les villes et cantons. Mais ces chiffres sont encore tout ce qu'il y a de plus provisoires, les villes et les cantons devant encore négocier avec la société organisatrice (une société anonyme, évidemment, Euro 2008 S.A.), "Le Matin" annonçant que les négociations pour la location des stades n'ont eommencé que début mars, et la Confédération ayant si bien négocié avec l'UEFA qu'elle se retrouve pieds et poings liés par un accord au bénéficice exclusif de l'UEFA (tous les profits lui reviennent, toutes les dépenses d'infrastructure et de sécurité sont à la charge des collectivités publiques).

"L'Euro est un instrument pour une ville de taille moyenne de se profiler au niveau européen"

(Marc Bretton, "Tribune de Genève" du 17 mars)

... ... de se profiler comme quoi ? Comme une ville "de taille moyenne" qui s'est fait enfiler un stade de taille magnum doit elle ne sait pas quoi foutre et qu'elle est prête à remplir avec n'importe quoi ? Pas besoin de l'Eurofoot pour se profiler ainsi, c'est dàjà fait.

Le même Marc Bretton, "responsable politique" de la rubrique genevoise de la Julie, nous ressort dans le même commentaire le bon vieil argument du fait accompli :

"Nous avons sur les bras un stade qui doit être utilisé; on peut condamnéer l'incurie des pouvoirs publics qui n'ont pas été capables de contrôler la construction de cette infrastructure et les conditions de son exploitation; on peut regretter l'amateurisme du secteur privé qui s'est 'planté' dans son 'business plan'; on peut estimer pitoyable cette méthode qui consiste à sous estimer des frais pour faire passer des manifestations (...) mais ce stade étant construit, il faut 'bonifier le ballon', comme disent les rugbymen"

... bref, amis Genevois, vous vous êtes fait niquer jusqu'à la glotte, redemandez-en ! Ce stade étant construit, il faut bonifier l'arnaque, comme disent les arnaqueurs.

On notera avec l'amusement nécessaire les chiffres ronflants annoncés par le Conseil fédéral pour justifier la mise à contribution des caisses publiques pour l'Euro2008 : le truc est supposé produire un milliard de chiffre d'affaire (mais là, c'est l'UEFA qui encaisse), 50 millions de retombées fiscales (soit quatre fois moins que ce qu'on va sortir des caisses, tu parles d'un investissement rentable), 800 nuitées (en comptant les bordels ?), 2500 journalistes, 180 chaines de télévision retransmettant l'événement "pour plusieurs milliards de téléspectateurs". Rien que ce chiffre donne le vertige -mais c'est l'incompétence artithmétique de ceux qui le donnent qui est vertigineuse. Petit problème de calcul :

Sachant

... calculez :

"Les autorités (genevoises) n'ont pas été consultées au départ, c'est vrai. La gestion fédérale du dossier n'a pas été exemplaire, c'est vrai. L'Union européenne de football (UEFA) fait son beurre d'un tel événement", c'est vrai... mais "on pourrait se demander ce qui arriverait si nous n'étions pas capables de l'accueillir après avoir accepté collectivement de le faire".

(Martine Brunschwig Graf dans la "Tribune" du 18 mars)

... D'abord Titine nous n'avons pas "accepté collectivement de le faire". Ensuite, à la question de savoir ce qui "nous arriverait si nous n'étions pas capables" d'accueillir l'Eurofoot, la réponse est claire : rien !

Et c'est la même réponse qui peut être apportée aux autres questions posées par Martine Brunschwig Graf dans le même papier : "qu'avons-nous à attendre d'Euro 2008 ?" et "qu'en retire-t-on si l'événement a lieu ?". Réponse : rien ! ou alors des emmerdements. Pour rien.

Dans le petit paquet accordé par la Confe à Piogre, on trouve 2,8 millions destinés à aménager le stade de la Praille conformément aux normes de l'UEFA et aux critères de sécurité -ce qui confirme que ledit stade n'était pas conforme à ces normes et ces critères. Mark Muller n'en démord pas : il veut permettre à Genève l'organisation d'une "grande fête" parallèlement à l'Eurofoot. Une fête qui durera un mois, annonce son organisateur, l'inévitable Frédéric Hohl. Quant au projet de l'évitable Gérard Ramseyer, l'"Eurokids", il a été abandonné, mais l'immarcescible stadolâtre s'accroche à son projet en affirmant vouloir le faire financer par des privés. Férédéric Hohl plus Gérard Ramseyer : la "fête" autour de l'Euro2008, c'est la fête à neuneu...

Quant aux réactions à l'annonce du lancement d'un référendum contre tout crédit de plus d'un million, le moins que l'on puisse en dire est qu'elles sont convenues, à l'exemple de Mark Muller, qui évoque le risque d'"empêcher Genève de profiter de l'impact extraordinaire de l'Euro 2008", de Martine Brunschwig Graf, qui se plaint que "les grands événements nous dépassent" ("La Tribune de Genève" du 18 mars) et qui se demande "ce qui arriverait si nous né'tions pas capables (d'accueillir l'Euro) après avoir accepté collectivement de le faire" (réponse : rien !), ou de cette reprise par le commentateur de la "Tribune", Marc Bretton (édition du 17 mars), qui nous re-serine le refrain du fait accompli, sur l'air de "on vous a entubé d'un stade, utilisez-le !", même si "on peut condamner l'incurie des pouvoirs publics", "l'amateurisme du secteur privé" et la "méthode qui consiste à sous-estimer des frais pour faire passer des manifestations". C'est vrai, on peut ? Ben merci, alors, on est vraiment en démocratie : on peut condamner, mais verbalement, et si possible sans hausser le ton. Et ensuite on la ferme, et on fait ce que le Monsieur il a dit de faire : on paie ! Finalement, la différence entre le sport-pognon et la prostitution c'est que dans une relation de prostitution on paie pour baiser, alors qu'avec le sport pognon on paie pour se faire baiser.

Dans les à côtés festifs de l'Euro 2008, on notera l'hypothèse d'une prohibition de l'alcool dans les quatre villes hôtes (Genève, Bâle, Berne et Zurich), hypothèse évoquée par la "Sonntagszeitung", qui fait référence à des discussions entre les experts de la sécurité et l'Union européenne de football (UEFA) autour de plusieurs projets allant de la prohibition dans toute la ville à l'instauration d'un périmètre d'interdiction de la vente d'alcool autour des stades (ce qui n'empêchera évidemment pas les supporters d'arriver bourrés, pour peu qu'ils aient siphonné ailleurs, ce qui fut le cas lors du match amical Angleterre-Argentine à Genève il y a quelques mois, alors que la vente d'alcool était interdite dans toute la ville). Le Conseil national a cependant courageusement refusé de lier le soutien de la Confédération à l'Euroburp à l'interdiction de la publicité pour l'alcool dans et autour des stades, et à l'interdiction de sa consommation : que les villes et les cantons se démerdent avec d'éventuelles mesures de police a, en gros, répondu Samuel Schmid aux socialistes et aux Verts qui proposaient, bande d'irresponsables !, un Eurohips sans alcool. Et de toutes façons, on peut pas interdire la publicité pour l'alcool, parce que ça violerait la liberté du commerce, a le radical Wasserfallen (qui en l'ocurrence porte mal son nom). Et qu'en plus, a surenchéri Samuel Schmid, ça fâcherait les sponsors sans lesquels une manifestation comme l'Eurogarçonencoreunpetit dernierpour laroute ne pourrait pas être organisée. Mais que pour calmer les esprits, seuls les noms des sponsors seront affichés dans les stades, et pas des pubs pour leur produit. C'est pas hypocrite du tout, ça... On a généralement raison de prendre les supporters pour des cons, mais tout de même pas au point de croire que lorsqu'ils voient en gros "Heineken" dans un stade ils pensent à autre chose qu'à de la bibine.


A Meyrin, on votera peut-être sur le crédit de onze millions accordé par la majorité de droite du Conseil municipal pour les aménagements somptuaires du stade -à moins, bien entendu, que le Conseil municipal revienne sur sa décision initiale, en rabatte des ambitions du club local et réduise la dépense aux huit millions que les opposants estiment suffisants. Le référendum lancé par l'Alternative contre le crédit a abouti avec 2120 signatures (1400 étaient nécessaires), dont 387 signatures de ressortissants étrangers, qui pour la première fois pouvaient signer un référendum à Genève, et ont donc apporté 18 % des signatures (alors qu'ils représentent 36 % du nouveau corps électoral municipal). Le référendum aurait de toutes façons abouti sans les signatures des étrangers. Et il a abouti alors qu'au début de la récolte de signatures, le club, ses supporters et les partisans du crédit avaient tenté d'intimider les référendaires et de perturber la tenue de leurs stands.

"Quand ce sera trop tard, peut-être verrons ces beaux parleurs, ces Messieurs/Dames de l'Alternative, retrousser enfin leurs manches pour aller éteindre les incendies allumés par tous ces braves gosses désoeuvrés que notre Cité ne voulait plus intégrer ni éduquer par le sport", panique une Conseillère municipale PDC de Meyrin (Myriam Girardet) dans "La Tribune de Genève du 20 janvier 2006, à l'idée que les habitants pourraient refuser en référendum de claquer près de 12 millions pour le stade municipal...

... avant "au feu les pompiers", on peut toujours scander "à la folle les infirmiers", à Meyrin...

La droite et le club veulent une tribune de 645 places (alors que les matches du FC Meyrin, club de Ligue B, attirent entre 300 et 500 spectateurs dans tout le stade, et que les places assises "normales" actuelles ne sont même pas toutes remplies), une salle de presse, une salle de réunion, un secrétariat, une buvette et une salle de musculation. L'Alternative propose de renoncer à la salle de presse et à la salle de musculation et de réduire les tribunes de moitié, le tout réduisant le coût des aménagements d'un tiers. Si ces propositions sont refusées, les Meyrinois voteront (en juin ou septembre, vraisemblablement).

L'aménagement du stade n'est que l'un des éléments du projet de suréquipement sportif de Meyrin : il s'y ajoutent une nouvelle patinoire fermée (entre 16 et 21 millions) et un boulodrome (3,8 millions), le total se situant entre 31 et 35 millions. Et les crédits pour la patinoire et le boulodrome pouvant, comme ceux pour le stade, faire l'objet d'un référendum.

31 à 35 millions d'équipements sportifs ? A ce prix là, Meyrin pourrait se racheter le stade de la Praille...

Le 25 janvier, le Conseil municipal de Meyrin (c'est-à-dire sa majorité de droite renforcée curieusement d'un Vert) a voté un nouveau crédit pour la rénovation du stade meyrinois, nouveau crédit de 9,3 millions de francs, remplaçant celui de 11,9 millions voté deux mois avant par le même Conseil, et contre lequel un référendum avait été lancé par la gauche, et avait abouti. But de l'exercice : contourner le référendum (ou obliger à un nouveau référendum) en faisant mine de réduire la dépense, sans d'ailleurs pouvoir fournir la moindre garantie que la diminution de 2,6 millions d'un crédit à l'autre pourra être tenue, puisqu'il va falloir négocier avec les mandataires de l'ancien projet pour les prier de le revoir à la baisse.

C'est un sport genevois, que celui qui consiste à essayer de faire passer des projets d'équipement sportifs mégalomanes en coutournant les droits populaires : au plan cantonal, les promoteurs du Stade de la Praille avaient réussi l'exercice, en faisant traîner l'examen de l'initiative "pour un stade raisonnable" le temps nécessaire au lancement des travaux de construction du stade déraisonnable, afin de permettre l'annulation au Tribunal fédéral de ladite initiative au prétexte qu'elle n'impliquait plus la construction du stade qu'elle proposait, mais la démolition de celui qu'on était en train de construire... Au plan municipal de la Ville, les stadolâtres auraient bien voulu, mais n'ont pas pu, empêcher le référendum contre le crédit de 2,5 millions destiné à égréner un peu d'argent public dans le trou qu'ils avaient creusé. Au plan municipal meyrinois, nouvelle tactique : on annule la délibération contestée par référendum pour en prendre une nouvelle qui lui ressemble comme une petite soeur. Bref, tout est bon pour empêcher les habitants de se prononcer sur des équipements qu'on affirme vouloir construire pour eux, mais dont on se doute bien qu'ils n'ont strictement rien à braire.

D'ailleurs, l'équipe résidante du stade, le FC Meyrin, se retrouve (mais pour d'autres raisons que le FC Servette) dans une situation aussi précaire que celle de l'équipe résidante du stade de la Praille : "Mauvais budget, mauvaise gestion, résultats sportifs qui conduisent droit à une relégation" en 1ère ligue (où elle rejoindrait Servette), résume "La Tribune de Genève". A Meyrin, le trou financier de l'équipe locale est de 300'000 francs. Trente fois moins que le nouveau crédit de rénovation du stade, quarante fois moins que l'ancien crédit. La brave conseillère municipale PDC qui, dans la "Julie" du 20 janvier, annonce déjà les émeutes et les incendies allumés par les jeunes privés "d'intégration par le sport" et privés de stade (un stade dont personne ne demande d'ailleurs la démolition), n'a pas dû mesurer le rapport (ou l'absence de rapport) entre ce dont l'équipe locale a besoin et ce que les promoteurs de la rénovation du stade ont fait voter par le Conseil municipal...

D'ailleurs, le risque de voir des "jeunes" crâmer Meyrin faute de foot reste assez faible. Contrairement au risque de voir les matches de l'Euro 2008 permettre aux hooligans et supporters violents se défouler dans et autour des stades. Une loi fédérale contre le hooliganisme est d'ailleurs prévue -le Conseiller national radical neuchâtelois Burkhalter demande qu'elle soit applicable au-delà de l'échéance prévue (2009), vu que le hooliganisme et les violences périsportives ne vont pas cesser avec l'Euro 2008 (suivi du championnat du monde de hockey sur glace, en 2009)


Le 15 février, le Conseil d'Etat, sagace bailli des Communes, a constaté officiellement l'aboutissement d'un référendum municipal obsolète : celui lancé par la gauche meyrinoise contre un crédit de plus de onze millions destiné au stade de Meyrin. Lequel référendum n'a plus d'objet puisque la délibération qu'il contestait a été annulée par une autre délibération (pour un crédit de 9,5 millions) contre laquelle un référendum ne sera pas lancé. Le procédé consistant à modifier une décision combattue par référendum pour obliger les référendaires à relancer un nouveau référendum a été justement dénoncé par la gauche meyrinoise comme une manière particulièrement sournoise de contourner le vote démocratique. Mais ladite gauche meyrinoise se félicite toute de même d'avoir, grâce à son référendum, fait économiser plus d'un million et demi à la commune. N'empêche que finalement il sera dépensé un million et demi de plus que ce que les référendaires proposaient (eux s'en tenaient à huit millions).


A Meyrin, la majorité de droite, aidée des socialistes, a accordé le 14 mars un prêt de 150'000 francs (sans intérêts, dans tous les sens du terme) au club de foot local, le FC Meyrin. Une partie de l'AdG et les Verts se sont vainement opposés au vote dans l'urgence d'un tel prêt, alors que la faillite du club n'est pas (encore) imminente, et que le prêt n'est là que pour masquer la gestion désastreuse du club. Bref, les élus municipaux se sont fait forcer la main par un club qui figure certes au dernier rang de la "Challenge League", mais tout de même devant Servette, et qui risque tout au plus d'échanger sa place avec Servette en Première ligue le saison prochaine.

Le prêt de 150'000 balles accordé au club s'ajoute donc au crédit de 9 millions voté (par les mêmes) pour la construction d'une nouvelle tribune, mais également à un versement de 66'000 francs versé par la commune pour couvrir le déficit de la saison 2004-2005.

Bref, à Meyrin aussi la pompe à fric est amorcée.

"Il faut parfois savoir mettre le poing dans sa poche et soutenir notre jeunesse"

(Didier Schweizer, Conseiller municipal radical de Meyrin, défendant le prêt municipal de 150'000 francs au FC Meyrin, "Tribune de Genève" du 16 mars)

... il faudrait aussi parfois savoir mettre son poing dans la gueule de ceux qui brandissent "la jeunesse" à chaque fois qu'il est question de pognon dans le foot...

A Lancy, ladite pompe avait été amorcée en décembre 2002, lorsque la Ville avait accordé un prêt de 3 millions à la Fondation du Stade, prêt remboursable à partir du 31 décembre de l'année dernière, à coup de 100'000 balles. Or non seulement Lancy n'a pas vu venir l'ombre d'un remboursement mais en plus les avantages accordés à Lancy en échange du prêt ont été supprimés : Lancy ne reçoit plus de billets gratuits pour les "événements" qui ont lieu au Stade, et ne plus plus utiliser l'"Even center". "Les citoyens ont le droit de savoir si ce dossier a été mal géré", s'énerve le Conseiller municipal radical Alain Eretzian. Parce qu'un doute subsiste encore à ce sujet ? "On se fiche des contribuables de Lanvy", s'énerve aussi le Conseiller municipal Thierry Aeschbacher. Ben oui, mais on est égalitaires à la fondation du stade : on se fiche de l'ensemble des contribuables du canton. Le président du Conseil de fondation du stade, jean-Pierre Cerera, se contente de déclarer que le budget d'exploitation de la fondation est "équilibré", ce qui en creux signifie qu'il est impossible en plus d'honorer les dettes de ladite fondation à l'égard de Lancy et de l'Etat, ainsi que de l'entreprise Zschokke -qui, elle, n'entend pas se faire rouler dans la farine.

Contrairement aux collectivités publiques dont apparemment la farine est le biotope.

"On se fiche des contribuables de Lancy", clame le Conseiller libéral de Lancy Thierry Aeschbacher, à propos du non-remboursement par la Fondation du Stade de la Praille du prêt de 3 millions princièrement accordé par Lancy à ladite fondation ("Tribune de Genève" du 15 mars)

... ben oui, "on" se fiche des contribuables de Lancy. Mais, amis Lancéens, consolez-vous : "on" se fiche aussi des contribuables de la Ville, et de ceux de tout le canton. Dans l'arnaque, le principe d'égalité règne. Du moins entre les arnaqués.

... et le radical Alain Eretzian d'emboîter le pas à son collègue libéral : "Les citoyens ont le droit de savoir si ce dossier a été mal géré".

... parce qu'après tout ce qui a été révélé sur le merdier du Stade, il ne savent pas encore ? Y'a vraiment des élus qui tombent de la lune...

"Prailletime", c'est-à-dire les organisateurs des retransmissions des matches du Mondial sur écrant géant (et dans un stade très largement vide) à la Praille. a reçu une aide de 6000 FS de la commune de Lancy (qui a décidément le porte-monnaie facilement oubvert dès qu'il s'agit de foot).


 




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