Le Comité de citoyennes et de citoyens contre tout nouveau crédit public pour le stade de la Praille (Comité Praille) annonce qu'il a déposé deux recours au Tribunal fédéral et un recours au Tribunal administratif, contre la décision du Fonds d'équipement communal (FEC) d'accorder à la Fondation du stade de la Praille (FSG), un don lui permettant de payer sa dette de 11 millions auprès de l'entreprise Zschoke (Implenia)
L'entourloupe consiste à accorder un don princier de 11 millions de francs, puisés dans le FEC, afin de permettre à la FSG de payer l’ardoise laissée auprès de l’entreprise Zschokke (Implenia). Dans un premier temps, on remplit les caisses d’un organisme intercommunal (FEC) en puisant dans celles des communes, pour ensuite puiser dans les caisses du FEC pour payer les factures d’une fondation privée.
Mais l’exercice ne se limite pas au racket, il atteint au sublime dans le déni de démocratie: moins de deux après que les citoyennes et les citoyens de la Ville aient refusé à une majorité écrasante (73%), de prêter 2,5 millions à la FSG, on contraint la Ville par l'intermédiaire du FEC à payer au moins 3 millions à la même fondation.
Pour éviter un référendum populaire, le Conseil d'État et les dirigeants de l'Association des communes genevoise (ACG) et du FEC n'ont pas hésité à violer la loi, les ressources du FEC ne pouvant servir à financer des projets privés, ni à régler des dettes privées. Nous signalons que la proposition de ponctionner le FEC n'a été portée à l'ordre du jour des délibérations ni du FEC ni de l'ACG.
En l'absence de recours déposés par les municipalités, en premier lieu la Ville de Genève, qui s'est contentée d'alerter la Cour des comptes (voir dossier de presse, document 6) - laquelle ne peut annuler la décision du FEC - nous avons en tant que citoyens, déposé nous-même un recours auprès du Tribunal administratif et deux recours auprès du Tribunal fédéral.
D'autre part, nous avons invité les communes, toutes contributrices au FEC, à dénoncer auprès de l'ACG la méthode utilisée pour leur faire supporter la dette privée de la fondation privée du stade. Nous tenons ici à saluer la proposition du Conseil administratif de la Ville de Genève de convoquer une assemblée extraordinaire de l'ACG pour débattre de cette méthode pour le moins inacceptable.
Nous remercions les groupes du Conseil municipal de la Ville qui sont intervenus pour exiger du Conseil administratif qu'il donne les explications légitimes, et qu'il agisse comme il se doit pour faire respecter le vote de l'écrasante majorité de ses citoyennes et citoyens.
Nous saluons également la démarche entreprise par 21 conseillères et conseillers communaux de la Ville de Meyrin, représentant les deux tiers et presque tous les partis du Conseil municipal, et exprimant au Conseil d'État, à l'ACG et au FEC leur indignation.
Nous signalons que le même genre de procédé utilisé pour contourner la démocratie à propos du stade de la Praille, est réutilisé pour faire payer à la collectivité les frais liés à l'organisation de l'EuroFoot 2008 à Genève et exclure un référendum populaire.
Nous invitons les politiciennes et politiciens genevois à sortir du budget de l'État les crédits couvrant l'organisation de l'EuroFoot 2008 et à les soumettre au référendum obligatoire comme les autorités de la Ville de Berne l'ont décidé pour leur part. Nous saluons, comme elle le mérite cette décision bernoise.
Le Comité de citoyennes et citoyens contre tout nouveau crédit pour le stade de la Praille prend acte, avec une satisfaction qu'il ne songera pas à déguiser, et qui d'ailleurs n'étonnera personne, du résultat du vote municipal sur l'avant-dernière tentative en date de ponctionner les caisses publiques pour boucher le trou financier creusé à la Praille.
Le Comité remercie les citoyennes et les citoyens qui, par leur vote, ont clairement exprimé leur refus de voir les collectivités publiques payer à la place des promoteurs privés les dettes d'un projet sans légitimité, sans utilité et sans mesure.
Le Comité remercie également les partis politiques qui ont appelé avec lui à dire NON À L'ARNAQUE et à refuser de payer le fourrage du mammouth de la Praille, fût-il rebaptisé " mammouth de Genève "
Le Comité rappelle que ce vote municipal offrait., pour la première fois (mais vraisemblablement pas la dernière) l'occasion au " peuple souverain " de dire ce qu'il pensait d'un équipement qu'on avait soigneusement préservé jusque là du vote populaire. Le Comité remercie donc également les partis et responsables politiques (ceux de l'Entente, de l'UDC et du PS) qui ont permis, malgré eux, et par le niveau calamiteux de leur argumentation (" le stade est construit, payez-le ! ") l'expression du refus populaire. Ce refus est aussi la sanction de leur obstination à vouloir faire assumer par la collectivité les conséquences de choix imposés à la collectivité par une chaîne de centres commerciaux et une banque privée (entre autres philanthropes)
Le Comité espère que le résultat du vote de ce dimanche sera compris par ceux qui depuis des mois bricolent montages financiers sur plans comptables, tous plus improbables les uns que les autres, dans l'illusion d'éviter le naufrage du Titanic de la Praille. Le Comité espère que ce résultat contribuera à dissuader d'autres bricoleurs de se joindre à ceux qui se sont manifestés dans les dernières semaines, voire les derniers jours, de la campagne, avec la même crédibilité que les ultimes " sauveurs " du Servette FC. Il espère enfin que les producteurs du triste feuilleton de la Praille ne songeront pas à en tourner un remake à Blandonnet
Le Comité de citoyennes et citoyens contre tout nouveau crédit pour le stade de la Praille reste mobilisé et déterminé à combattre, y compris par voie référendaire, toute proposition visant à pérenniser la mise à contribution des budgets publics pour payer les dettes d'un projet privé, et notamment toute proposition de transformer l'actuelle fondation privée du stade en fondation de droit public. Le Comité se tient également prêt à combattre, y compris par voie référendaire, toute proposition de crédit, cantonal ou municipal, destiné à l'actuelle fondation du stade, quelles que soient les modalités d'un tel engagement.
Est delendum stadium
Sitôt connu le résultat du vote municipal, les courageux " investisseurs " privés (qui n'investissaient pas de fonds propres, mais prêtaient ou payaient leur loyer d'avance) ont commencé à se défiler : la Fondation Hippomène reprend ses billes (un prêt de 2,5 millions) et va jouer avec dans le parc Hentsch, Jelmoli et le Crédit Suisse déclarent qu'ils n'iront pas au-delà des 2,5 millions proposés chacun et Jelmoli pousse même le bouchon plus loin : non seulement le groupe ne veut pas payer, mais son directeur, Alain Rolland demande (Le Temps du 25 avril) à Zschokke un " important rabais " sur sa facture. C'est toujours la même chanson de Rolland : que les autres casquent, nous, on a notre centre commercial à la Praille, on veut en plus y coller un complexe cinema, et on projette un nouveau centre commercial à Blandonnet (au prétexte non plus d'un stade, mais d'une patinoire...)..
Parachuté à la tête (si l'on peut dire) de la fondation du stade, Jean-Pierre Carera est inquiet (avec quelque raison de l'être) de ce coïtus interruptus : " Une quelconque contribution publique supplémentaire n'est pas envisageable après le message exprimé par les électeurs genevois ", admet Carera (ATS, 25 avril), qui ajoute : " Nous voulons esquisser des pistes susceptibles de nous faire sortir de cette situation inextricable ". Le propre d'une situation inextricable étant, par définition du terme " inextricable ", qu'on ne peut s'en extirper, on souhaite bonne chance à Carera.
Il est cependant, hélas, peu vraisemblable que les majorités politiques nécessaires à l'une ou l'autre de ces solutions puissent être dégagées rapidement, sauf à ce que les citoyens en imposent une. Dans l'immédiat, donc :
S'ils refusent la démolition du stade, les actuels " partenaires " privés de la fondation doivent assurer un financement supplémentaire, sans contre-prestations -une avance de loyers ou de redevances ne pouvant être considérée comme une participation supplémentaire. Ce financement supplémentaire par les privés doit couvrir la totalité des dettes courant au moment de la création de la fondation de droit public. Toutes les dettes correspondant à des engagements pris avant la création de la fondation de droit public doivent être couvertes par les privés. En outre, les privés doivent assumer, et assumer seuls, les déficits d'exploitation du stade, son entretien et son amortissement.
Même lorsque tous les travaux seront payés, faire fonctionner le stade et l'entretenir coûtera plusieurs millions par an. Il manquait (fin décembre 2004) de onze à vingt millions pour payer et pour terminer les travaux ; même si les " investisseurs privés " mettaient la main au porte-monnaie, et payaient le tout -ce qu'ils refusent- il faudra encore assurer la maintenance des équipements, leur entretien, les inévitables réparations, et faire " tourner " ce pachyderme, c'est-à-dire le rendre utile à quelque chose. Quel que soit l'exploitant, il ne pourra se passer de demander des subventions publiques-et nous ne pourrons donc nous passer de nous y opposer. Combien ? Au minimum, si tout va bien, si une équipe résidente verse un loyer couvrant au moins les frais de son utilisation du stade, si aucun accident n'intervient, si tous les équipements sont à la fois utilisables, utilisés et payés, il manquera au moins trois millions par an. Pour un stade aux trois quarts vide. Responsable romand de la Société suisse des entrepreneurs, Serge Oesch rappelle fort utilement que " dans le cas des ouvrages publics (…) pour le seul maintien du patrimoine bâti, il faut prévoir une part pour l'entretien régulier de 1,5 à 2 % de sa valeur "… et que si on n'assure pas, chaque année, cet entretien, et la couverture de son coût, " il faut s'attendre à des coûts beaucoup plus élevés lorsqu'il faudra intervenir d'urgence plus tard ". En clair : ou bien on paie des millions tout de suite, ou bien on en paie plus encore un peu plus tard, mais de toutes façons, on paie ! A moins qu'on se soit rendu compte à temps que l'utilité de l'ouvrage n'est pas telle qu'il faille se charger de son entretien jusqu'à ce que l'on puisse le considérer comme un vestige du passé -mais n'est pas le Colisée qui veut, et un stade en béton a une durée de vie réelle (c'est-à-dire d'utilisation pour ce à quoi il était destiné) qui n'excède pas le demi-siècle.
Comme nous le souhaitions, les citoyennes et citoyens de la Ville ont refusé l'arnaque et renvoyé à son expéditeur (la majorité du Conseil municipal) sa proposition d'engloutir deux millions et demi dans le trou de la Praille ? Au pire (ou au meilleur ?) la Fondation sera donc mise aux poursuites par ses créanciers (après qu'elle-même ait mis aux poursuites et contribué à mettre en faillite la Société d'exploitation présidée par Marc Roger, laquelle aurait aussi pu mettre la SA du Servette aux poursuites -ce qui aurait été assez comique, le président de l'une étant le président de l'autre : on imagine le Marc Roger de la SESGA mettre le Marc Roger du SFC aux poursuites…). La Fondation ne pouvant régler ses dettes, la poursuite pourrait aboutir à sa mise en faillite, et le stade serait mis aux enchères ! C'est, pour tout le monde, la meilleure solution : pour les collectivités publiques, si elles tiennent vraiment à récupérer le monstre, et qui pourraient ainsi le faire à moindre prix ; pour d'éventuels (mais fort hypothétiques) investisseurs privés, qui pourraient décharger totalement les collectivités de l'entretien du stade en rachetant celui-ci ; pour les créanciers, qui pourraient se payer sur la bête en la rachetant (ou en la faisant racheter) ; pour les contribuables, si les collectivités publiques finissent par comprendre qu'elles n'ont rien à faire dans ce Jurassic Park et acceptent de laisser ce stade aux privés ; pour les citoyens, enfin, qui sauront, puisque la faillite entraînera l'examen des comptes, combien de millions ont été versés dans ce trou, qui a décidé de les y verser, où ils sont passés, à quoi (ou à qui) ils ont servi…
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